CAIRN.INFO : Matières à réflexion

Les personnages

1- Le Rapport d’expertise de l’Inserm, publié en 2005, sur « Les troubles des conduites chez l’enfant et l’adolescent » [1]

2- Le livre collectif Pas de zéro de conduite pour les enfants de 3 ans[2], de juin 2006,

3- Le livre du pédopsychiatre canadien Richard Tremblay, membre de l’expertise Inserm, paru en mars 2008 sous le titre Prévenir la violence dès la petite enfance[3],

4- L’enquête filmée Enfants, graines de délinquance ?[4], présentée sur France 5 en novembre 2008.

La scène

5Les controverses nées de la publication du rapport de l’Inserm.

Le décor

6Sur la base de ce rapport, le ministère de l’Intérieur de l’époque envisage, dans son projet de loi sur la prévention de la délinquance, de mettre en place un dépistage précoce des troubles du comportement puisque ceux-ci sont déclarés statistiquement prédictifs, à 36 mois, d’une délinquance future. La mobilisation médiatique et celle initiée par le collectif de la pétition Pas de zéro de conduite pour les enfants de 3 ans, qui a récolté près de 200 000 signatures, font échouer cette tentative.

Les costumes

7Les études standardisées, le chiffrage statistique et les diagrammes pour Tremblay et les autres signataires du rapport Inserm. Les discours sur le sujet et sa singularité pour le monde psychanalytique.

Le metteur en scène

8Le gouvernement, à qui il incombe d’initier, d’infirmer, ou de confirmer, des mesures de santé publique et des mesures de sécurité publique.

L’auteur bicéphale

9Le gouvernement, qui enterre ou fait valoir les rapports d’expertise suivant ses propres besoins et credos et, pour plagier Charlie Chaplin, les temps modernes.

La scripte

10Une psychanalyste travaillant depuis une vingtaine d’années dans un centre médico-psycho-pédagogique (CMPP) avec des enfants et leurs familles.

11*

12Rideaux ouverts ou rideaux fermés, la pièce continue de se dérouler. Le scénario visible oppose une conception « performante » de l’être humain, revendiquée par les thérapies cognitivo-comportementales (TCC), à une expérience plus complexe, voire contrariée, de l’être humain aux prises avec ses conflits internes, élaborée par les psychanalystes. Leurs actions respectives varient entre l’attaque avec mépris de l’autre, ou la self-défense. À l’instar de certaines pièces de théâtre, plusieurs scènes se déroulent simultanément et la focale n’est pas la même suivant le spectateur, ce qui rend la pièce difficile à raconter. Essayons de trouver les bonnes questions et espérons que petit à petit elles permettront d’y voir plus clair.

13C’est d’abord le prologue, fracassant.

14Des hommes sont délinquants et meurtriers.

15Tous les hommes ont été des enfants.

16Les enfants sont parmi nous.

17Qui ?

18Qui ne retiendrait son souffle ? Telles sont les intrigues angoissantes que la télévision nous donne à voir chaque soir. Dans la réalité ce sont des drames qui font peur à tout le monde. Continuons cependant : si tous les enfants agressifs de trois ans ne deviennent pas des délinquants ou des criminels, une grande partie des délinquants et des criminels ont été des enfants impulsifs, coléreux, agités. Tel est le constat de l’Inserm.

19La peur empêcherait-elle le danger ? Peut-on amoindrir la violence en initialisant les processus de prévention par la peur que nous aurions des enfants ?

Scène 1 : Le diagnostic

20Le diagnostic « trouble des conduites » est-il valide ? Ce ne semble pas être entièrement le cas, d’une part parce qu’il n’instaure pas une frontière nette entre le normal et le pathologique ; d’autre part, parce que pour un même enfant d’autres diagnostics sont possibles : par exemple le TOP (trouble oppositionnel avec provocation) ou le TDAH (trouble de l’attention avec hyperactivité). Le « trouble des conduites » n’est donc pas un diagnostic discriminant, ce qui est pourtant un des critères méthodologiques exigibles en médecine.

21Maintenant, que l’on appelle caractériel un enfant opposant, agité ou qu’on le dise atteint d’un trouble des conduites, qu’est-ce que cela change sur le fond ? À nos yeux, pas grand-chose, car pour nous un diagnostic incite à consulter en recherchant les raisons d’une souffrance et d’un dysfonctionnement. Qu’est-ce que cela change aux yeux des partisans des TCC et des « nouvelles politiques de santé » ? Pourquoi ces nouvelles dénominations sont-elles importantes pour eux ?

22Parce que leur objet est d’isoler un trouble, les conduites agressives, la violence agie sur autrui, et de tenter de remonter à son origine, y compris prénatale et périnatale, en établissant des probabilités statistiques dans tous les champs où il y a déjà des cotations : le comportemental, l’émotionnel, le sociologique, le génétique, le biologique, le neurologique, l’éthologique… Les résultats sont donc des chiffrages. De façon très résumée, les conclusions qu’ils tirent de ces chiffres sont que plus on intervient tôt et plus on aide les parents à s’occuper de leurs enfants, mieux c’est. Dès le premier. Les drogues, le tabac et l’alcool pendant la grossesse font mauvais ménage avec le fœtus. Il vaut mieux faire de petits groupes d’enfants pour les aider à apprendre plutôt que de grands groupes d’adolescents déjà répertoriés comme délinquants : les mettre ensemble favorise plus la criminalité que le retour à un comportement socialement acceptable. Les enfants exclus par les autres du fait de leur comportement et/ou qui s’isolent sont plus susceptibles de développer différentes pathologies. Il faut donc développer les habiletés parentales et enfantines et intervenir avant qu’il ne soit trop tard…

23Tout cela paraît de strict bon sens. Alors, franchement, pourquoi tant de gens en colère ?

Scène 2 : Catalogue ou sens ?

24Les statistiques semblent pousser la pensée des gens qui s’en emparent vers la prédiction. Or, est-il possible de seulement imaginer le nombre de variables qu’il faudrait intégrer pour retracer une vie humaine ? Simplement pour essayer de l’évoquer ? Alors, prédire ! Ensuite, quelles que soient les variables que l’on identifie, à partir du moment où on les met ensemble, même si c’est une poule et un clou, on aboutira à un chiffrage. Ce chiffrage sera considéré comme plus ou moins pertinent, entraînant de ce fait des discussions sur la méthodologie (les items choisis, les groupes témoins, les « placebos »), mais pas sur le type de culture qui se met alors à prévaloir. Pour appréhender l’humain, préférons-nous lire Shakespeare, ou savoir que n % des amours adolescentes se terminent tragiquement lorsque leurs parents respectifs sont enserrés dans de très anciennes et très virulentes querelles ?

25Reprenons. Dans le mode de pensée objectivant, le chiffrage se fait sur la base de tests et de questionnaires dont certains démarrent à l’orée de la vie et qui comportent des items comme : « Pleure-t-il ou rit-il trop facilement ? », « Est-il cynique ? », « A-t-il un index de moralité bas ? » (à 3 ans), « Est-il désobéissant ? », « A-t-il déjà mis le feu ? » À partir d’un certain nombre d’items cochés, puisque la cotation les rend équivalents, des clignotants s’allument ; en résulte ce que le technicien formé à lire le test appelle une alerte. Les adultes, mais aussi les enfants sont dans le monde occidental de plus en plus classés, évalués, tant dans le champ professionnel que dans celui de la santé mentale.

26D’où vient cette pression au classement ?

27Concernant la santé mentale, une première réponse apparaît lorsque l’on remarque la concomitance de ces modes de classement avec le changement de perspective intervenu dans la nosographie de la santé mentale internationale, c’est-à-dire dans le mode de référencement des maladies psychiatriques depuis l’apparition des DSM (manuels diagnostiques et statistiques des troubles mentaux). Dans le DSM II de 1968 apparaissent 145 pathologies différentes ; 230 pour le DSM m de 1980, et 410 pour le DSM IV de 1994. Le nombre d’entités pathologiques répertoriées a quasiment triplé. Sommes-nous trois fois plus malades ? On ne saurait l’exclure. Mais il y a surtout que l’on s’est mis à compiler des symptômes un par un, en les désignant par le trouble qu’ils apportent à une fonction, au détriment des maladies elles-mêmes. Par exemple, un enfant qui régresse pourra être triste, anxieux et faire pipi au lit… Doit-on se demander pourquoi il régresse et ce qu’on peut faire, ou bien traiter le pipi au lit, la tristesse et l’anxiété séparément ? C’est ce que propose l’industrie pharmaceutique, dont l’influence dans le changement de perspective noté précédemment est majoritairement reconnue.

28Par exemple, qui saurait dire qui est la poule et qui est l’œuf, entre la Ritaline et les troubles du comportement ? Ce qui est sûr, c’est qu’à partir du moment où l’on dispose de cette molécule, elle est de plus en plus prescrite.

29Ce qui frappe surtout dans ces compilations, c’est la disparition du sens. Pas le sens, la cause, mais la recherche du sens comme processus interne au travail de soin. Les causes, le contexte, l’histoire sont radicalement absents du rapport de l’Inserm, ainsi que du livre de Tremblay mentionné plus haut. L’un et l’autre envisagent simplement des co-morbidités, par exemple l’anxiété ou la dépression. Co-morbidité veut dire que l’on ne cherche pas s’il y a un lien entre les deux et quelle serait la nature de ce lien. Les troubles sont simplement juxtaposés, on signale qu’ils sont souvent associés au trouble des conduites, mais aucune relation, éventuellement causale, n’est recherchée.

30Petit rappel clinique : Françoise Dolto disait que certains enfants qui grimpent aux rideaux et se montrent agressifs ont une mère dépressive. Elle appelait cela l’électrochoc du pauvre. Si nous prenons maintenant une focale plus courte, lorsque Tremblay parle de « conduites externalisées » pour nommer les agressions, il faut bien entendre qu’il désigne par là ce qu’il fait lui-même: il clive radicalement un comportement de son auteur, du sens que ce comportement pourrait avoir pour toutes les personnes impliquées et de la place occupée par son auteur pour ces personnes. Dans le livre cité de Tremblay, l’unique occurrence d’une « internalisation » est une association entre l’agression et la colère : « […] J’ai fini par comprendre […] qu’il est plus facile d’identifier les origines du développement de l’agression physique quand on commence par étudier le développement de la colère et les comportements qui lui sont associés. » [5] Certes, mais pourquoi seulement la colère ? Pourquoi par exemple n’envisage-t-il pas la peur, entre autres facteurs, comme pouvant être une des causes de l’agression (« la meilleure défense, c’est l’attaque »), alors que le rapport Inserm développe tout un chapitre sur la fonction de l’agression chez l’animal de laboratoire ? Les études citées dans ce chapitre mesurent le stress physique et social, lesquels se différencient en fonction de la nature des « stresseurs », inanimés ou vivants ; elles sont d’une grande finesse descriptive [6]. Se pourrait-il que Tremblay n’intègre pas la peur ou le stress dans ses analyses « humaines » parce que ces émotions, plus que pour la colère, conduiraient à prendre en compte le(s) « stresseurs(s) », ce qui mènerait à s’intéresser non seulement à l’environnement mais à la nature du lien humain en cause ?

31De même, comment se fait-il que son livre ne fasse référence à aucune étude sur les sociétés à très bas niveau de violence physique, ni aux études sur la transformation d’adultes civilisés en criminels (cf. le nazisme, les guerres civiles, les dictatures, les terrorismes, etc.) ? Ces études ne manquent pourtant pas, Boris Cyrulnik en fait régulièrement état dans ses ouvrages [7].

32Ces incohérences montrent à quel point est puissant le mouvement qui fragmente et tend à formater. L’on peut remarquer à ce propos que les troubles dénommés « réactionnels » dans la CFTMEA (Classification française des maladies mentales des enfants et des adolescents) sont tous devenus dans la CIM 10 (Classification internationale des maladies mentales, moins utilisée dans le monde anglo-saxon que le DSM), des « troubles de l’adaptation ».

Scène 3 : Cerveau ou boîte noire ?

33À dissocier l’individu de son psychisme, Tremblay reproduit cliniquement et fidèlement le fonctionnement dont il voudrait se débarrasser : celui de ces gens qui agissent « hétéro-agressivement » par défaut d’élaboration intérieure (il range les « auto-agressivement » au rayon des co-morbidités). Il fait comme si le cerveau était une boîte noire à n’ouvrir qu’en cas d’accident (l’agression physique). Tenter de remédier à ce triste état de fait ne devrait pas vouloir dire procéder à l’identique.

34Les 200 000 signataires de la pétition Pas de zéro de conduite ne sont pas tous des psy-chiatres, -chologues, -chothérapeutes, -chanalystes, loin s’en faut. Quand le journal Le Monde fait sa « Une » [8] sur la publication du rapport Inserm le lendemain de sa parution, peut-être le journaliste a-t-il lu les 428 pages dans la nuit, mais plus probablement, des éléments ont « fuité » du fait d’une inquiétude diffuse, déjà présente. Pouvons-nous nous risquer à en dire quelque chose ? Je pense que c’est à cause du syndrome de la « boîte noire », de l’escamotage logique à l’œuvre.

35On ne peut pas traiter de l’enfance potentiellement dangereuse avant de traiter de l’enfance en danger. Si nous n’avons pas le minimum d’empathie (qui est un des items qu’ils s’attachent à coter… pour les autres), nous permettant de nous demander ce qui arrive à un enfant lorsqu’il manifeste des symptômes, nous ne sommes plus des adultes responsables à divers titres de sa sécurité et de son développement affectif et cognitif. Nous nous mettons juste à l’observer comme un adulte en miniature. Il est du reste frappant que cette réflexion vienne plusieurs fois à Tremblay, tant dans son livre que dans son film La violence de l’agneau : « Si les petits de 2 ou 3 ans avaient nos armes et notre force physique, ils nous tueraient. » Sans doute, mais ils seraient bien embêtés et ce n’est pas une raison pour en avoir peur ! Et ces remarques n’ont rien à voir avec la psychanalyse ou avec sa défense supposée. Tout le monde ne s’est pas entendu parler, c’est-à-dire n’a pas l’expérience d’une ouverture potentielle sur son monde intérieur. Tout le monde ne sait pas à quel point il est déterminé, construit par le langage, tout le monde ne s’enseigne pas de ses actes manques ou de ses lapsus ; mais tout le monde sait que les petits sont des êtres en devenir, en formation, et que le regard porté sur eux ne peut pas être un regard d’entomologiste prédictif, parce que sinon… Sinon quoi ?

Scène 4 : Observation ou clinique ?

36La logique de la fragmentation et de l’adéquation (le formatage) apporte avec elle deux risques importants : le phénomène d’autoréalisation, qui fait que regarder et intervenir auprès d’un enfant comme s’il était un danger en puissance, le « condamne », le dispose plus à le devenir. Dans la vie, mieux vaut ne pas avoir trop peur et encore moins des enfants. Ensuite, la stigmatisation, l’exclusion en puissance contenue dans ce regard mobilise les ressources propres de l’enfant d’abord et avant tout pour faire face à l’hostilité qu’il ressent, c’est-à-dire pour se défendre, plus que pour avancer, puisque ce n’est pas lui qui est pris en considération, lui et ce avec quoi il se débat, mais son comportement anti-social.

37Nous avons toujours le choix quand nous sommes sensibles à un phénomène de le traiter comme un problème ou comme un symptôme. Un enfant qui n’apprend pas à l’école, tant qu’il ne gêne pas les autres c’est un problème pour lui, pour ses parents et sa maîtresse. La maîtresse peut le voir comme un symptôme dans son enseignement (méthode syllabique ou globale par exemple), ou un symptôme de l’enfant (qui n’a aucune appétence orale). Les parents peuvent aussi le voir comme un problème et l’aider à travailler, ou comme un symptôme, pouvant venir d’eux (par exemple, ils ne sont jamais à la maison avec l’enfant), ou pouvant venir de l’enfant (qui du reste n’aime pas grand-chose depuis quelque temps). Pour l’enfant, c’est assez simple: si personne n’entend que ça peut être un symptôme, ça restera juste un problème compliquant drôlement sa vie.

38« Symptôme » appelle une question : symptôme de quoi ? « Problème » implique de l’action : problème à traiter. Par la recherche qu’il initie, « symptôme » ouvre un espace, accroît les perceptions et dilate le temps. « Problème » n’ouvre pas d’espace et de ce fait contracte le temps. Quand on a un problème, on veut qu’il soit géré rapidement – si cela ne paraît pas possible, on le cache, le dénie, le déplace, etc. ! J’ai pris à l’instant l’exemple d’un enfant qui n’apprend pas, mais c’est la même chose avec un enfant dont l’agitation ou l’agressivité perturbe tout le monde, à cette importante nuance près que dans ce cas, il ne suffit pas de considérer ses difficultés comme un symptôme. Les psychanalystes ont là une part de responsabilité sociale dans le recours actuel à une vision comportementale. La psychanalyse avec les enfants est différente de l’analyse avec les adultes au moins sur ce point : l’étanchéité par rapport au monde extérieur n’est ni toujours possible ni souhaitable. Il faut pouvoir prendre en compte l’impact du comportement d’un enfant sur son entourage au sens large. Déplier un symptôme, se rendre sensible à ses composants, ne s’oppose pas au fait d’être attentif aux retours de l’environnement et de les soutenir.

39Par contre, sont antagonistes une position d’observation et une position de soin. Parce qu’on ne peut pas soigner de loin. Or tous ces classements qui aboutissent éventuellement à l’état d’alerte précédemment cité flèchent vers l’extérieur en promettant des solutions, mais ne disent pas comment on soigne. Cette dissociation entre l’observation et le soin prédispose aux « techniques » soignantes, à l’application de « grilles de soin ». Dans le rapport Inserm, comme dans le livre de Tremblay, sont essentiellement préconisées des thérapies cognitivo-comportementales et des mesures de soutien à la parentalité. D n’y a pas pour autant de clinique rapportée de ces mesures et thérapies, mais seulement des évaluations portant sur des programmes standardisés de prévention.

40D’où la difficulté de se faire une idée de ce qu’ils font, concrètement. Pourtant il y a bien in fine quelqu’un qui parle avec un enfant, avec une famille, avec un enseignant. Est-ce un travers de psychanalyste que de se demander, y compris pour des programmes qui s’appliquent directement au « trouble des conduites », comment les comportementalistes se comportent avec les enfants ? Avec un enfant qui a des terreurs nocturnes ? Avec un enfant inhibé ? Avec un enfant qui se masturbe à longueur de temps ? Avec un enfant qui n’est jamais content? Est-il possible de se faire une idée clinique de la pertinence thérapeutique d’une méthode qui cible un trouble, non pas par des évaluations, elles aussi standardisées, mais par le compte-rendu du travail lui-même ? Les outils statistiques sont précieux, mais ne remplacent pas la pensée. Me revient la boutade d’un économiste entendue à la radio : « Si vous avez la tête dans le four et le cul dans le frigo, d’un point de vue statistique, vous êtes à la bonne température parce que vous êtes dans la norme. Le seul hic, c’est que vous êtes mort. »

41Revenons au soin. Autant on comprend bien que des adultes puissent faire appel à des techniques comportementales pour s’aider à résoudre une phobie de l’avion ou du dentiste, ou même une addiction au tabac par exemple, autant on est très réticent devant toute protocolisation comportementale dans la prise en charge des difficultés ou du mal-être des enfants. Il est d’ailleurs à signaler que jusqu’à une époque récente, ni les thérapies comportementales, ni les TCC n’étaient préconisées pour les enfants. Les institutions de la petite enfance semblaient préservées de cette soi-disant rationalisation.

42La protocolisation pousse à l’anonymat, il est fondamental de ne pas se leurrer sur ce point. Le monde actuel semble avoir un peu perdu de vue que c’est par les relations créées que nous nous « élevons », pas par l’administration d’engrais (pédagogie) ou de pesticides (épouvantail diagnostique) à dose normée, comme si les enfants étaient des tomates hors-sol. En d’autres termes, si tous les enfants se trouvent mieux avec de l’attention, de l’écoute, des champs d’expérimentation variés, de la pédagogie et des adultes qui n’ont pas trop peur de leur déplaire, certains ont la malchance d’être soignés « au nom de la science ». Par exemple, des fillettes de 11-12 ans débutant une anorexie se retrouvent hospitalisées trois semaines sans droit de visite familial, non parce que la clinique le voudrait mais parce que le protocole est ainsi fait. Protocole qui est même contractualisé ! [9]

43Cet anonymat socialisé me rappelle l’exergue d’un livre : « Tant et tant de chevaux, mais personne ne connaît plus leurs noms, ni leur pelage, ni leur origine… » [10] Sommes-nous perdus dans la civilisation de masse ? Le grand nombre exclut-il le nom ? Allons-nous tous donner à nos enfants des prénoms rares, dans l’espoir qu’ils surnageront dans l’anonymat ambiant ? Ou pour rehausser notre narcissisme ? La pente du classement, avec la distance qu’elle instaure, nous empêchera-t-elle d’essuyer les larmes et les colères de nos enfants à la crèche ou à l’école ? J’ai vu des petits de 4 ans hurler dans l’entrée des écoles, sans que le personnel éducatif ne songe à les prendre dans les bras, à leur hauteur, et à parler avec eux. Par contre, on dit après : cet enfant est difficile. Certes, l’école n’est pas un lieu de soin, mais y agir si tôt avec si peu de « portage » révèle que la culture diagnostique qui autorise à poser des appellations et des trajectoires sur des enfants très petits est passée par là.

Scène 5 : De l’action ?

44Peu encline à la mélancolie et favorable aux évaluations chiffrées, la puissance publique, centrant nombre de ses discours sur la sécurité, est par nature compatible avec des programmes d’action évalués, qui promettent des solutions clefs en main, depuis le diagnostic de troubles jusqu’aux rééducations, sans trop s’interroger sur les raisons en cause. Elle accompagne ainsi un courant sociétal puissant qui tente de réduire la complexité des choses plutôt que de la clarifier et qui se défie du langage, particulièrement du temps (et des effets, imprévisibles) de la parole. Protocole et compilation ne sont en effet ni clinique, ni discours. Le vocabulaire de la réussite et de la performance (avec tous les coachs) a envahi la scène sociale, là où antérieurement le vocabulaire du refoulement, avec l’inconscient et le conflit psychique, structurait l’espace. Bien sûr cela m’attriste parce que j’ai l’impression que nous y perdons en intelligibilité des phénomènes, mais je n’ai pas assez de hauteur de vue pour savoir s’il s’agit d’un mouvement de balancier qui peut, après tout, avoir sa valeur de confrontation avec d’autres façons de penser et de faire, ou d’un changement profond de civilisation.

45Ce que je remarque, avec ces questionnaires et auto-questionnaires, avec tous ces classements, c’est que les enfants ont de moins en moins de marge. Il est assez paradoxal de voir que l’on pousse à la perception de soi et au contrôle de soi et qu’en même temps, on en appelle à la restauration de l’autorité. Comme si tout cela était un même « package ». Déplions. Vous surprenez un petit, la main dans le pot de confiture, et il vous dit : « C’est pas moi. » Bonne chance à votre relation si vous lui répondez : « Si, c’est toi, je t’ai vu », au lieu, par exemple, de « non je sais, c’est ta main ». Personne n’est dupe, l’honneur est sauf et l’humour gagne. Vous expliquez de long en large et en travers à Paul qu’il ne doit pas taper Jacques et quand Paul tapera Jacques vous pourrez l’entendre (se) dire « Paul pas taper, pas bien taper ». La capacité à se voir, comme celle de réfréner ses pulsions, est donc une affaire plus complexe que la morale ne le dit. C’est une affaire intéressant (sans exclusivité) les psychanalystes. Il faut savoir à ce sujet que pousser la conscience tris tôt, trop tôt, loin de favoriser l’intégration lente des pulsions et des règles sociales, accroît surtout l’angoisse. Un bon exemple en est donné dans le film Enfants, graines de délinquants ?. Deux journalistes français sont allés au Canada voir ce que donnaient concrètement les programmes d’évaluation et de suivi des enfants atteints de « trouble des conduites ». C’est instructif. On y voit, entre autres choses, de jeunes adolescents embêtés de ne pouvoir répondre que par oui ou par non (jamais parfois ou je ne sais pas) aux questionnaires précités. Vive la complexité du langage. Le film permet également de mieux mesurer l’intérêt et l’écho que ces programmes suscitent en France – ainsi que la résistance qu’ils rencontrent [11]. Prenons l’exemple du questionnaire de la MGEN que la région PACA a fait remplir en 2005 [12] sur la santé mentale des enfants scolarisés de 6 à 11 ans, questionnaire rempli séparément par les trois parties, les enseignants, les enfants, leurs parents. Un des résultats est que 23 % des enfants pensent qu’ils souffrent de troubles du comportement, pour 8 % des parents et 6 % des enseignants. Et lorsqu’on croise ces résultats, on s’aperçoit qu’on ne peut pas les superposer ! Ce ne sont pas les mêmes enfants qui se pensent troublés et qui sont désignés comme fauteurs de troubles (sauf pour 0,7 % d’entre eux, bienvenue au royaume du découpage !) [13]. Ce décalage massif renvoie au fait que la perception passe par la subjectivité, et que les enfants ayant bien plus peur de mal se conduire et/ou du regard de l’adulte qu’on ne l’imagine, majorent la gravité de leurs troubles.

Déchiffrage 1

46Ne sommes-nous pas en train d’installer une grande confusion des places et des rôles? Ces questionnaires sont donnés à l’école maternelle, pour les parents et par le médecin scolaire ; on y trouve des items comme : « L’embrassez-vous ?, « Lui dites-vous : va-t-en je ne veux plus te voir quand il a fait une bêtise ? », « Êtes-vous sur son dos ? », « Fouillez-vous dans ses poches ? » Éducation nationale, santé mentale, éducation « parentale » mêlées.

47Les enseignants répondent, eux, à des items concernant les petits de 3 ans comme : « Taquine-t-il ou brutalise-t-il les autres ? », « Pense-t-il qu’il ne pourra pas réussir ? ».

48Dans cette confusion des places (les enfants réduits à l’état d’adultes en miniature), la justice aussi est touchée, avec des policiers qui écoutent mais négligent de plus en plus d’aller vérifier les dires (d’enquêter, donc). Des juges, ceux aux affaires familiales comme les juges pour enfants, qui renvoient de plus en plus à de la médiation et à des expertises. Celles-ci concluent aux « conflits de loyauté », et parlent de dysfonctionnement parental quand les parents se déchirent.

49On ne veut pas voir les conflits internes, et on se tient à distance des conflits externes ? On n’ose plus être responsable, donc on écarte en faisant gérer par d’autres ? Les passions effraient, donc on tente de les atténuer en faisant jouer des protocoles ? On n’ose plus trancher et affirmer, quitte à se tromper, mais, notons l’ironie, on en appelle à l’autorité ?

Déchiffrage 2

50Dans cette façon d’objectiver la violence des petits et de la tracer de manière rétrospective et prédictive, ce que l’on n’entend pas, ce que l’on refuse de voir, c’est ce que depuis Freud l’on nomme sexualité infantile. Dans une société presque sans plus aucun tabou du côté des pratiques sexuelles des adultes, cet énorme machin mettant sérieusement en mouvement l’enfantine curiosité humaine que reste le choc de la différence des sexes, passerait presque inaperçu. Et le développement des enfants, qui se fait par une érotique à l’œuvre, orale, anale, génitale pour ne citer que les formes les plus importantes, n’est plus alors appréhendé qu’en termes de comportement. Les manifestations de la sexualité infantile en deviennent potentiellement pathologiques. Ce n’est pas drôle. On a vu dans plusieurs pays des plaintes pour harcèlement sexuel à l’encontre de petits de 5 ans. Difficile d’imaginer que ce soit totalement sans conséquence sur leur sexualité adulte. Quand les petites filles se parent de fanfreluches roses et de bijoux, y verrons-nous des manipulatrices perverses ? Soyez inquiets, c’est à l’œuvre. Pas encore en ce qui concerne les prévisions de délinquance pour les porteuses de fanfreluches, mais bien pour les petits garçons qui coursent les filles en leur tirant les cheveux ou ceux et celles qui s’emparent sans demander du jouet du voisin. On sait pourtant plutôt bien dans tous les endroits de socialisation des petits (crèche, école), quels sont ceux qui ne vont pas bien. Il n’est pas besoin de cotations objectivantes, rendant inopérant le discernement nécessaire entre sexualité infantile et pathologies, pour le voir et le dire. Évidemment, il y a des enfants et des familles qui passent au travers des mailles de la prévention et du soin, mais s’imaginer qu’on va attraper ces poissons-là, si j’ose dire, avec des grilles de comportement qui étouffent et figent tout le monde (adultes et enfants) ressemble quand même à un mauvais plan. Sans compter l’argent public qui part dans ces « recherches ».

L’avenir ?

51D’un point de vue clinique, aucune société humaine ne perdure sans limiter la sexualité infantile, dont les excès d’insatiabilité, d’avidité, de volonté d’emprise sur l’autre, voire de volonté de nuire sont visibles et dommageables (sauf pour ceux qui en usent pour accéder aux places de pouvoir… ou pour s’y maintenir). La morale et les oripeaux de l’autorité sont nécessaires mais non suffisants, d’autant moins quand les adultes ont peur; peur pour eux et pour l’avenir de leurs enfants, voire peur de leurs enfants. Mais la longue-vue du soin à distance, « scientifiquement » prescrit, participe du phénomène de violence que l’on prétend combattre.

52Par contre, accompagner le développement des enfants et apporter les castrations orales et anales en temps voulu, c’est apporter à l’enfant les bases de la vie sociale. C’est lui faire passer, en mots ou en actes : ce n’est pas parce que tu dis que c’est (mais tu peux dire) ou, ce n’est pas parce que tu veux comme ça que c’est comme ça (mais tu peux vouloir). C’est en ne grossissant pas à la loupe la possible tyrannie infantile qu’on la traite. Le mouvement désirant n’a pas à être combattu mais déployé (il l’est de fait par l’enfant, quand par bonheur il n’est pas dressé) et limité (par les adultes) : il y a un au-delà de toi (comme il y a un au-delà de chacun de nous) et de ce que tu vises.

53Cela paraît une bien pauvre clinique en regard des affaires criminelles ? Oui, mais soyons honnêtes, tout est une pauvre clinique dans ces cas.

54Commençons donc par ce que nous pouvons faire, qui est de mettre au contact des petits des gens qui s’en sentent psychiquement responsables, qui ont envie de leur servir d’interlocuteurs. Et pour tous les enfants qui se tricotent continûment une cotte de maille serrée de tyrannie et de mégalomanie, travaillons avec leurs parents, qui sont souvent très angoissés et convaincus de ne pas savoir faire, mais qui ne peuvent aborder cette question (cet auto-sabordage dénarcissisant) que dans une relation de vraie confiance, longue à instaurer. Quant aux petits qui sont insupportables, en dehors des pathologies psychotiques, je suis sûre que l’on pourrait statistiquement remarquer que leurs parents parlent beaucoup de la « souffrance » de leurs enfants là où eux-mêmes ont juste peur d’intervenir concrètement. Bruno Bettelheim remarquait dès les années 1950 que l’impuissance des parents renvoie régulièrement à des épisodes de leur propre situation infantile [14]. La culpabilité consciente et inconsciente, tant pour les adultes que pour les enfants, n’est pas un bon terreau, même si jamais nous n’en pourrons mesurer le degré exact d’acidité.

55C’est en nous contentant d’aimer les enfants, en nous réfugiant dans ce lien comme s’il était le plus fort de tous et le moins précaire, que comme adultes nous défaillons. Notre travail est aussi de les contraindre à se développer (les « castrations symboligènes » de Dolto sont à mes yeux la meilleure façon de le dire). Sinon, ils risquent vraiment de se transformer en autant de bulles narcissiques, peut-être admirables mais sûrement invivables et aveugles aux autres. La tâche est culturellement immense, en ces temps où chacun peut de plus en plus vivre parallèlement aux autres avec ses propres objets de consommation, sans nécessité de croiser les ressentis. Puissions-nous préserver autant que possible les lieux sociaux du vivre ensemble, en ne confondant pas l’exigence de responsabilité avec les formes actuelles d’évaluations codifiées, qui fragilisent et les liens et la responsabilité non pas juridique mais humaine.

Prospective

56À ne pas être sensible à la sexualité infantile dans son développement, à ne pas préserver la part d’ombre et d’intimité (de non mise en lumière, de non objectivation) inhérente à la sexualité, ce qui ressort fatalement ce sont les comportements, les sensations. Les garçons adolescents espèrent et certains croient savoir faire avec l’autre sexe grâce aux films pornos. Les filles de 14 ans sont socialement mises à mal à l’école quand elles se font traiter de « frigides » par les « bonnes ». Bienvenue dans la violence des interclasses et ayons une pensée compatissante pour les professeurs qui tentent d’inculquer, par exemple, les règles de fonctionnement du Parlement européen au milieu de cette jungle ouverte. Bien sûr, cela n’empêchera pas les adolescents de tomber amoureux, mais le don de soi, cette manière d’abandon inhérent au sentiment amoureux est à l’heure actuelle socialement vécu comme une faiblesse et une fragilité, alors que c’est lui qui prédispose aux plus importantes mutations créatrices pour les êtres humains. Ce qui est maltraité dans notre civilisation, ce sont les ressentis, les émois liés à la rencontre de l’autre, les temps nécessaires à l’intériorité, qui est aussi une condition de la pensée. Ce n’est donc pas simplement que nous, adultes, risquerions de traiter les enfants comme des adultes en miniature, c’est aussi que eux nous singent, de plus en plus tôt et de plus en plus anesthésiés.

Pour conclure, un peu

57Abandonner les relations et la parole peut, néanmoins, être non seulement efficace mais utile. Je suis entièrement favorable à la mise en place des radars qui nous verbalisent (sic) anonymement sur les routes, même si mon permis de conduire n’est plus tout à fait ce qu’il était et même si être pris à 95 km/h au heu de 90 km/h déclenche une colère que la morale réprouve. Mais n’imaginons pas que cette contention comportementale puisse tenir lieu de politique de civilisation. Or ce sont bien des processus de civilisation qu’il nous faut offrir aux petits – et jamais nous ne créerons d’intériorité à partir d’une objectivation comportementale. Tout ce que l’on provoque alors, ce sont des processus de défense, mis en place justement pour tenter de protéger cette intériorité non reconnue. Les enfants ont besoin et appétit d’être accueillis et non pas traités. Hospitalité, reviens !

Notes

  • [1]
    Service commun d’expertise collective de l’Inserm SC14 Troubles des conduites chez l’enfant et l’adolescent, éd. Inserm, septembre 2005. Également sur internet.
  • [2]
    Ouvrage collectif Pas de zéro de conduite pour les enfants de 3 ans, Érès, juin 2006. Leur site Internet www.pasde0deconduite.ras.eu.org est aussi riche d’articles et de commentaires.
  • [3]
    Tremblay (Richard E.), Prévenir la violence dès la petite enfance, Paris, Odile Jacob, mars 2008.
  • [4]
    Réalisateurs: Marina Julienne, Christophe Muel, Enfants, graines de délinquants ?, avec la participation de France 5, Planète Justice, CNC. Diffusion : novembre 2008.
  • [5]
    Tremblay (Richard E.), Prévenir la violence dès la petite enfance, op. cit., p. 88.
  • [6]
    Trouble des conduites chez l’enfant et l’adolescent, op. cit., p. 220.
  • [7]
    Cyrulnik (B.), Autobiographie d’un épouvantail, Paris, Odile Jacob, décembre 2008.
  • [8]
    « Le trouble des conduites de l’enfant concept psychiatrique discuté », Le Monde, 23 septembre 2005, article de Cécile Prieur.
  • [9]
    Au sujet du contrat et de l’opposition entre contrat et don, voici quelques extraits de ce qu’avance Marcel Henaff: « Le contrat est de forme impersonnelle […]. La relation de don doit s’effacer devant la relation marchande lorsqu’il s’agit d’échange équitable de biens. Inversement, la relation marchande n’est pas en mesure de lier les hommes et ne saurait y prétendre […]. Pour aller plus loin : le lien contractuel n’est pas le lien social et ne doit pas l’être. C’est une des questions les plus graves des sociétés modernes, où l’on voit le rapport de contrat tendre à s’imposer comme modèle de toutes les relations publiques et privées […]. Se développe une société neutre, contraignante et efficace, où le déficit de liens personnels est compensé par l’amabilité et la civilité formelle », in Prix de la vérité. Le don, l’argent, la philosophie, Paris, Seuil, coll. « La couleur des idées », février 2002.
  • [10]
    Ruffato (L.), Tant et tant de chevaux, Métailié, mars 2005.
  • [11]
    Giampino (S.), titre provisoire : L’enfance est-elle une maladie ?, Paris, Albin Michel, à paraître en septembre 2009.
  • [12]
    Informations et exemples donnés sur www.fondationmgen.org/PDF/pedagogie_PACA.pdf.
  • [13]
    Statistiques données dans le film Enfants, graines de délinquants ?.
  • [14]
    Bettelheim (B.), Dialogues avec les mères, Paris, Robert Laffont, coll. « Réponses », trad. française 1973, 1re publication aux États-Unis en 1962.
Catherine Desnos
Dernière publication diffusée sur Cairn.info ou sur un portail partenaire
Mis en ligne sur Cairn.info le 26/09/2012
https://doi.org/10.3917/chev.031.0033
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