CAIRN.INFO : Matières à réflexion

Quel événement ! Il est inattendu et impressionnant. Et il est double.
Le Livre Rouge de Jung se trouve exposé, ouvert, dans les Giardini de la Biennale d’art contemporain de Venise. Non pas quelque reproduction en fac similé comme nous en avons tous un ou deux exemplaires dans notre bibliothèque ou sur notre table de chevet. Mais bien lui-même, en personne, peut-on dire : l’exemplaire unique, original, de ce livre si longtemps tenu, contenu, détenu secrètement dans les coffres d’une banque suisse par les gardiens du temple jungien.
On l’avait vu, bien sûr, cérémonieusement et religieusement présenté ici ou là dans des lieux plus classiques, dans les institutions de la culture la plus établie et la plus savante, du musée Rietberg des arts orientaux à Zurich à la Bibliothèque du Congrès à Washington, en passant par le musée Rubin à New York ou le musée Guimet à Paris. Et le voilà au centre, l’épicentre de l’un des événements les plus courus de nos temps modernes, ou postmodernes, la Biennale d’art 2013 à Venise.
Et cette Biennale n’est elle-même en rien la reproduction, la répétition ou la continuation des précédentes, dont on sait combien et comment elles dépendaient du marché de l’art, de la connivence aussi intéressée que complaisante non seulement des marchands d’art, mais aussi des galeristes en vogue, des critiques d’art et d’un public tout acquis à un conscient collectif aussi élitiste que convenu. Elle est elle-même radicalement originale dans son champ propre, celui donc des arts contemporains…

Français

Cet article se présente comme une sorte de visite guidée de la Biennale d’art 2013 de Venise, une Biennale doublement inattendue : d’une part, elle a été confiée à un commissaire qui, tout au contraire de s’en tenir aux valeurs trop généralement célébrées, diffusées et exploitées dans le petit monde des arts contemporains les plus médiatisés, s’est attaché à porter son attention et la nôtre sur les expressions singulières dont témoigne toute une part, plus discrète, parfois presque secrète, de la création d’hier et d’aujourd’hui, et d’autre part, fait plus surprenant encore, l’original du Livre Rouge de Jung s’y trouve exposé et présenté en introduction à l’événement, auquel il donne le ton. Au passage, l’auteur discute ce qu’on entend d’ordinaire par « art brut », les accointances supposées entre le surréalisme et la psychanalyse, les parentés et les différences entre ce livre et les voies orientales de méditation et de sagesse ici exposées, la question de savoir s’il s’agit là d’art, ainsi que le rapport entre ce livre et l’œuvre ultérieure de Jung, et il fait place notamment, à une « performance » de Tino Sehgal, au propos graphique et pédagogique de Rudolf Steiner, aux collections de pierres de Roger Caillois et à d’autres rencontres dont il montre la parenté avec la démarche de Jung et avec notre pratique des rapports avec l’inconscient.

MOTS-CLÉS

  • « Art brut »
  • Art contemporain
  • Roger Caillois
  • Marché de l’art
  • « Performance »
  • Rapport à l’inconscient
  • Rudolf Steiner
  • Surréalisme
  • Venise
  • Voies orientales de méditation et de sagesse
English

This essay is presented as a sort of guided tour of the 2013 Venice Art Biennale, an event which broke from tradition in two ways. Although the Biennale is usually confined to celebrating the values propagated and exploited by the cream of the world’s tiny contemporary art scene, the director and curator of last year’s Biennale were committed to focusing its attention and ours on the singular expressions attested to by the creations of today and yesteryear, more discreetly and sometimes almost secretly. Even more surprisingly, the original Red Book by Jung was exhibited and presented as an introduction and keynote work for the Biennale. This article considers the exhibition within the context of the usual definition of art brut; the supposed acquaintanceships between surrealism and psychoanalysis, the kinship and differences between the Red Book and Asian ways of meditation and wisdom ; the question of whether the Red Book is art ; and the relationship between the book and Jung’s later work. In particular, this essay notes a piece of performance art by Tino Sehgal, Rudolf Steiner’s writings on graphics and education, and Roger Caillois’s rock collections. These and other encounters can be related to Jung’s approach and to the way we ourselves engage in rapport with the unconscious.

Christian Gaillard [*]
Paris
  • [*]
    Ch. Gaillard est psychanalyste, membre du Collège des didacticiens de la Société Française de Psychologie Analytique.
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Mis en ligne sur Cairn.info le 22/05/2014
https://doi.org/10.3917/cjung.139.0119
Pour citer cet article
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