CAIRN.INFO : Matières à réflexion

« L’histoire du socialisme français ne sera probablement jamais écrite ; en tout cas, ceux qui ont le plus activement été mêlés à la propagande socialiste ne semblent pas désireux de faire part au public de leurs souvenirs ; mais il est utile de posséder de bons recueils de documents. Il y a quelques années, M. de Seilhac a publié une compilation remarquable sous le titre : Les Congrès ouvriers en France, 1876-1897 ; il a fait ce travail en informateur consciencieux, qui connaît à fond son métier. Depuis lors, M. Blum a écrit deux brochures : Les Congrès ouvriers et socialistes français, destinées, d’après ses amis, à rectifier le livre de son prédécesseur et à donner un tableau définitif de l’évolution des idées. La Petite République du 22 janvier 1901, en annonçant cette bonne nouvelle, déclarait que le livre de M. de Seilhac fourmillait d’erreurs ; je suis persuadé, au contraire, que les brochures de M. Blum valent tout juste autant que les primes populaires de M. Dejean. » On a là l’ouverture du long article que Georges Sorel consacre, sans doute en 1902, à l’histoire du socialisme. Aux tentatives présentées comme partiales et erronées de Léon Blum, aux éloges injustifiés de La Petite République, en l’occurrence ceux de Jaurès lui-même, il oppose donc le travail minutieux et probe de Léon de Seilhac. Ce n’est pas la première fois, et Sorel a déjà salué à plusieurs reprises l’œuvre du bibliothécaire et de l’enquêteur du Musée social. Ce dernier n’a rien pourtant d’un socialiste, encore moins d’un révolutionnaire : autodidacte, passé du journalisme à la science sociale, il voisine plutôt avec le christianisme social et les différents mouvements leplaysien…

Français

Léon de Seilhac n’est pas uniquement connu et reconnu pour son travail d’enquêteur sur les grèves et les mouvements sociaux, mais aussi pour son œuvre de documentaliste, de chroniqueur et d’observateur du mouvement socialiste et ouvrier, en particulier pour la période qui va de la renaissance de ce dernier après la Commune à sa structuration sous une double forme partisane et syndicale. Étranger au mouvement socialiste, Léon de Seilhac n’en apparaît pas moins comme l’un de ses premiers historiographes. Il n’est pas sans intérêt dans ces conditions de s’attarder sur la manière dont il aborde ce mouvement, sur les méthodes qu’il met en œuvre, comme sur les conclusions auxquelles il aboutit. Il s’agit aussi de s’intéresser aux évaluations et à la réception de l’œuvre de Seilhac, en particulier par le mouvement socialiste lui-même. Elles amènent en effet à réfléchir aux catégories à l’œuvre dans ces évaluations (ainsi autour de la réforme, des réformateurs, et des réformistes) et à questionner ainsi sous un autre angle un milieu socialiste en gestation.

Marion Fontaine
(IUF – Université d’Avignon – Centre Norbert Elias)
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Mis en ligne sur Cairn.info le 08/09/2017
https://doi.org/10.3917/cj.223.0051
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