CAIRN.INFO : Matières à réflexion

Lors de ses rencontres avec Charles Juliet, Beckett confia à ce dernier qu’il écrivait « pour respirer » (Juliet, 1999, p. 43). Nous proposons de revenir sur ce dire, de questionner le lien noué entre écriture et fonction vitale. Dans ses œuvres et sa correspondance, Beckett a souvent témoigné du sentiment d’être « moins vif que mort », ou de l’impression de n’être tout au plus que « simili-vivant ». Ce sentiment fait l’indice d’une singularité, et nous essaierons dans un premier temps d’en cerner les coordonnées. Aussi, suivant les pas de l’écrivain, nous interrogerons en quoi le recours à l’écriture permit de parer à l’impression d’une extinction, en quoi cette pratique fit remède au sentiment d’un étouffement.
Dans Compagnie, Beckett développe quelques instantanés de son histoire personnelle. Deux d’entre eux ont particulièrement retenu notre attention. Le premier est celui où il évoque une tendance à se jeter dans le vide.
Dans sa biographie, James Knowlson fait mention d’une pratique qu’avait le jeune Beckett, pratique consistant à sauter depuis la cime des sapins du jardin familial. Le biographe dresse le portrait d’un enfant « intrépide […] confiant dans l’idée que les branches basses amortiraient sa chute au sol » (Knowlson, 2007, p. 61). Cependant, la lecture de Compagnie diffuse une impression d’un tout autre ordre. Voici le passage en question : « Tu es seul dans le jardin. Ta mère est dans la cuisine se préparant au goûter avec Madame Coote […] Ta mère lui répond en disant : “Il joue dans le jardin”…

Français

Dans les écrits de Beckett, le langage est malmené, érodé, troué. L’écriture relève ici d’un traitement de la langue, traitement visant à y creuser ce qu’il nommait « des abîmes insondables de silence ». Aussi, l’écrivain nous indique que les enjeux de cette pratique ne sont pas seulement d’ordre esthétique. En effet, l’auteur disait écrire « pour respirer », et nous tenterons de prendre la mesure du lien noué entre écriture et fonction vitale. Beckett put témoigner de l’impression d’être « moins vif que mort », de ce qu’avec Lacan nous nommerons une perturbation « du sentiment de la vie », et nous interrogerons en quoi l’écriture put permettre de remédier à cette perturbation, en quoi son travail lui permit de parer au sentiment d’une extinction.

Mots-clés

  • Beckett
  • écriture
  • fonction vitale
  • silence
Denys Gaudin
Psychologue clinicien, docteur en psychologie, 26B boulevard John Fitzgerald Kennedy, F-66100 Perpignan
denys.gaudin@orange.fr
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Mis en ligne sur Cairn.info le 02/11/2018
https://doi.org/10.3917/cm.098.0229
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