CAIRN.INFO : Matières à réflexion

1Mal aimé du système socialiste, selon lequel seule l’industrialisation permettrait l’instauration d’une société égalitaire et l’épanouissement de l’homme nouveau, le monde agricole et rural a longtemps été regardé avec suspicion par les idéologues communistes. Jusqu’en 1965 au moins, les livraisons obligatoires de produits agricoles à l’Etat moyennant des prix peu rémunérateurs pour le producteur illustrent la volonté des dirigeants d’encadrer et de ponctionner un secteur qui ne bénéficiera que trop tard, des investissements nécessaires pour se développer.

2Si le rouleau compresseur de la collectivisation est parvenu à fondamentalement remodeler les structures et l’organisation des exploitations, l’idéologie communiste s’est heurtée, sur le terrain, à tout un ensemble de résistances, forçant ses adeptes à amender tantôt à la marge, tantôt sensiblement le modèle imposé. Tandis que l’importance du lopin individuel pour le ravitaillement de la population obligeait, à certaines époques, les dirigeants soviétiques mais aussi est-allemands, tchèques ou roumains à se montrer moins dogmatiques, l’agriculture individuelle polonaise, l’autonomie étendue accordée aux coopératives hongroises ou encore le dynamisme des entreprises agricoles bulgares témoignaient de la diversité des trajectoires. Quels que soient cependant les accommodements et les semi-réussites obtenus durant la période socialiste, aucune de ces agricultures n’a pu éviter de subir de plein fouet le traumatisme de la transition vers l’économie de marché.

3Le choc de la décollectivisation et surtout de la libéralisation des échanges fut tel qu’il est aujourd’hui légitime de se demander si ce que le volontarisme aveugle du système communiste n’est pas parvenu à détruire, la course effrénée à la rentabilité et au profit n’est pas en train de le réaliser ! En effet, alors que la restructuration des exploitations agricoles, conséquence inévitable du morcellement excessif des terres intervenu au début des années quatre-vingt dix, contribuera dans les années à venir à la baisse d’une population active nettement plus nombreuse, dans la plupart des cas, que dans les pays de l’Europe occidentale, les rigueurs de la concurrence des produits agro-alimentaires occidentaux ajoutées aux exigences de l’UE en matière de normes sanitaires et vétérinaires risquent fort d’avoir raison des potentiels agricoles reconnus de la majorité des pays d’Europe centrale et orientale. Seule, la Russie devrait pouvoir tirer son épingle du jeu sur le plan céréalier de même, peut-être, que la Hongrie et la Pologne mais pour des niches de production tout à fait circonscrites. A l’inverse, les autres pays issus de l’URSS, comme les trois Etats du Sud-Caucase, ont perdu, avec l’implosion de l’empire soviétique et la libéralisation des échanges, leur fonction centrale de fournisseurs de produits méridionaux à leurs voisins tandis que le secteur agricole bulgare et surtout roumain risque, à la suite de l’intégration dans l’Union européenne, d’être dépossédé, à court et à moyen termes du moins, de ses très modestes avantages comparatifs. Cette crise agricole profonde n’est évidemment pas sans conséquences sur le tissu rural :
quid, dans ce maelström de l’Histoire, des hommes et des campagnes ?

4L’hémorragie de main-d’œuvre et de population qu’ont connue ces dernières durant les vingt premières années de l’instauration du socialisme a été impressionnante au point que les planificateurs de l’époque durent user, à compter des années soixante-dix, de la carotte et du bâton pour endiguer cet exode. Après 1990, les restructurations et les privatisations des entreprises, source d’une explosion du chômage industriel changèrent à nouveau la donne. Acculés dans de nombreux pays post-communistes, à commencer par la Pologne, à des stratégies de repli et d’autosubsistance, voire, pour les plus jeunes, à l’émigration, des millions de paysans sont voués, dans les quinze années à venir, à disparaître, la population rurale se caractérisant partout par son vieillissement et son taux élevé de féminisation. Il est certes permis d’espérer que l’important effort financier réalisé en faveur des actuels candidats à l’entrée dans l’UE et des nouveaux pays membres dans le domaine du développement rural, au travers notamment du programme de pré-adhésion Sapard et du second pilier de la Politique agricole commune (PAC), permette une diversification indispensable des activités agricoles, une organisation efficace des acteurs économiques et sociaux du monde rural, enfin une amélioration des conditions de vie qui, en matière d’adduction d’eau, d’électrification ou encore de services, restent souvent lamentables avec les cas extrêmes des pays de la CEI. Mais comment parvenir à ce que cette nécessaire « modernisation » des campagnes qui participe d’une politique de cohésion économique et sociale visant à réduire les disparités régionales de pays où les différences de niveaux de vie entre villes et campagnes sont allées, dans la majorité des cas, en s’accentuant depuis 1990, ne soit pas, sur un plan sociologique et culturel, par trop brutale ? La réponse dépend autant des politiques d’aménagement du territoire qui seront mises en place que des modalités de préservation d’un patrimoine et de traditions qui seront retenues, s’agissant de sociétés, encore caractérisées bien souvent par leurs origines rurales.

Heurs et malheurs de l’agriculture collectivisée

5« La préoccupation de l’heure à l’Est semble être l’agriculture et chaque pays, par des voies diverses, cherche à en augmenter la production. En URSS, pour ce faire, on avait déjà introduit le salaire minimum garanti dans les kolkhozes (coopératives agricoles). On avait même apporté une aide officielle aux possesseurs de lopins individuels pour les pousser à produire davantage.

6Actuellement, les autorités se penchent sur le problème des sovkhozes (fermes d’Etat) qui fournissent 40 % de la production agricole du pays.

7Après de longs mois d’études et de discussions, on a annoncé fin mars, la prochaine introduction dans l’agriculture d’une réforme similaire à celle en vigueur dans l’industrie. On veut appliquer dans les sovkhozes les principes d’autonomie et de rentabilité pour abandonner la méthode ancienne, selon laquelle les sovkhozes rentables payaient les déficits des sovkhozes mal gérés.

8La Pravda estime même que la rentabilité des fermes d’Etat s’accroîtrait avec l’introduction de tels principes et “si leurs activités étaient moins contrôlées d’en haut”. Deux formules sont en présence. Le comité du Plan préconise une formule prudente à essayer dans quelques entreprises pilotes. Certaines autorités régionales estiment qu’il vaudrait mieux appliquer la réforme dans des régions entières.

9Le Parti communiste roumain vient également d’adopter des mesures concernant les fermes d’Etat mais on en ignore encore les principes.

10En Bulgarie, enfin, se tient actuellement le premier congrès des fermes coopératives. Le chef du gouvernement et du Parti, Teodor Jivkov, vient de proposer la création d’une Union autonome des fermes coopératives qui serait une sorte d’organisme central dirigeant les kolkhozes. Cet organisme devrait être fondé sur les principes “de la démocratie, du volontariat et du financement autonome”. Il devrait obtenir une intensification de la production et de la productivité. Mais, a dit T. Jivkov, “le nouveau système de gestion rencontre toujours des obstacles”

11... ce qui doit être aussi vrai en Bulgarie qu’en URSS. »

12Article non signé « L’éternel problème agricole » CPE, n° 76,5 avril 1967, p. 4

? Le secteur agricole : casse-tête des dirigeants soviétiques

13« Depuis 1917, l’agriculture a toujours posé des problèmes aux dirigeants soviétiques : Staline a collectivisé l’agriculture au début des années 30, y puisant les ressources nécessaires à l’industrialisation du pays ; le nom de N. Khrouchtchev est lié à la première tentative de décentralisation de l’économie et de l’agriculture, en particulier avec la création des “sovnarkhozes” et des “stations de machines et tracteurs (MTS)”, ainsi qu’à la campagne historique des “terres vierges” en 1954.

14Comme ses prédécesseurs, L. Brejnev s’y est trouvé confronté. Au cours de l’Assemblée plénière du Parti communiste de l’Union soviétique de mars 1965, date qui marque une nouvelle approche des problèmes agricoles, il a reconnu que la stagnation du secteur agricole était un obstacle majeur à la modernisation de l’économie du pays et de la société tout entière. Le point de vue du consommateur commençait à être pris en compte. En 1982, dans la dernière année de son exercice, Leonid Brejnev a annoncé le “Programme alimentaire”, vaste programme affectant tous les secteurs du complexe agroindustriel et ayant pour but ultime l’amélioration de l’alimentation des Soviétiques.

15Y. Andropov n’est pas resté assez longtemps aux commandes du pays pour laisser sa marque sur l’agriculture. Il avait hérité du “Programme alimentaire” et son équipe comptait un spécialiste avisé, Mikhaïl Gorbachev, pour s’occuper de ces problèmes. Konstantin Tchernenko, apparemment est plus impliqué dans le développement de l’agriculture qu’il définit comme “non seulement un objectif économique mais comme une tâche socio-politique d’une suprême importance”.

16Depuis 1965, les responsables soviétiques ont constamment cherché à améliorer l’activité de l’agriculture dont les bons résultats, enregistrés certaines années, sont plus la conséquence de conditions atmosphériques propices que d’une utilisation rationnelle des investissements énormes consacrés à ce secteur. [...] La mutation indispensable de l’agriculture soviétique vers une forme plus intégrée, plus industrialisée, mieux gérée économiquement, en un mot plus efficace compte tenu des investissements alloués au complexe agroindustriel (le tiers du total des investissements dans l’économie), se heurte à un certain nombre d’obstacles que la Conférence de mars 1984 et les communiqués réguliers sur les travaux de la “commission pour le complexe agro-industriel auprès du Présidium du Conseil des ministres de l’URSS” ont particulièrement mis en évidence. Ces difficultés concernent autant les secteurs en amont de l’agriculture (mécanisation, bonification, chimisation) que ceux en aval : infrastructure routière, stockage, prestations de services et surtout amélioration des conditions de vie en milieu rural dont dépend le maintien dans les campagnes d’une main-d’oeuvre de plus en plus déficitaire. [...] Les problèmes posés par leur introduction au niveau de toute l’URSS démontrent que l’esprit d’initiative et l’autonomie “à la hongroise” sont des articles difficilement transposables en Union soviétique. »

17Alain Giroux, Le courrier des pays de l’Est « La difficile mutation de l’agriculture soviétique » CPE, n° 285, juin 1984, pp.3-21

De réorganisation en réorganisation

18« Sorti renforcé de l’épreuve [la guerre 1939-1945], le régime entreprit dès 1950, alors que la production dans son ensemble avait retrouvé son niveau de 1940, une nouvelle phase de son évolution. Il s’agissait alors d’organiser en profondeur le système socialiste de production agricole. Les mesures d’organisation commencèrent par le regroupement des nombreux kolkhozes, de dimensions souvent restreintes (10 à 30 foyers), en grosses unités dont la taille répond aux moyens modernes de production et de gestion. Le renforcement des kolkhozes commença en 1950. Le terme d’agroville lancé au début de l’opération pour désigner l’agglomération qui devait se créer à la campagne, effaroucha et fut abandonné. Mais la réalité qu’il représente avec un mode d’habitat quasi urbain, centre d’une exploitation scientifique où le champ et l’étable remplacent l’usine et ses ateliers, demeure tacitement l’objectif à terme.

19Aussi bien la réorganisation des kolkhozes continua-t-elle après la mort de Staline par une série de mesures institutionnelles et économiques : planification allégée dès 1955 (on en était venu à imposer dans les enquêtes demandées aux kolkhozes 8 fois plus d’indices en 1953 qu’en 1940) ; suppression des contraintes liées à l’existence des MTS avec la réorganisation de celles-ci en Stations techniques de réparation (RTS) en 1958 et concentration de l’initiative de la production dans les kolkhozes avec une cascade de réorganisations administratives. »

20Inna Kniazeff « Cinquante ans d’agriculture soviétique.

21Les moyens mis en œuvre » CPE, n° 107,17 juillet 1968, pp.13-25

Le profit individuel : hérétique mais indispensable !

22« Le XIIe quinquennat (1986-1990)

23apparaît comme celui pendant lequel s’impose “un sérieux changement dans le style et les méthodes d’encadrement” ; le collectif de base, celui qui laboure, sème, récolte doit se sentir “patron” (khoziaïn) de la terre dont il a la responsabilité. C’est de son travail dont dépend en fin de compte la production agricole. C’est pourquoi, depuis 1982, on parle beaucoup des “contrats collectifs” et en général de toutes les formes d’organisation qui permettent d’obtenir des rendements élevés, et par là, des gains substantiels.

24[...] Les mesures adoptées visent à augmenter, à tous les échelons, l’intéressement des travailleurs aux résultats finaux. Meilleure est la récolte, plus hauts sont les salaires et plus fortes sont les primes. Cette recherche du profit doit être le moteur de la productivité. La rentabilité doit être la règle d’or des entreprises. C’est la raison pour laquelle les autorités généralisent l’introduction de l’autonomie comptable et l’organisation du travail sur la base des contrats collectifs.

25Mais parallèlement à cette campagne pour la rentabilité et l’efficacité, un débat s’est installé dans la presse, depuis un an environ, sur d’autres formes d’organisation du travail d’autant plus intéressantes qu’elles enregistrent des succès importants sur le plan de la production et rapportent des gains sub-stantiels à ceux qui les pratiquent, alors que la majorité des rapports sur les contrats collectifs font état de grandes difficultés de fonctionnement dans les conditions actuelles. Le débat, ou plutôt la polémique, porte sur la notion “d’argent bien ou mal gagné” et témoigne de la sensibilisation d’une grande partie de la population pour des problèmes dont les dirigeants vont avoir à tenir compte dans un avenir proche.

26La campagne pour l’introduction des contrats collectifs ou “brigade sous contrat” a commencé en 1979 et s’est surtout développée en 1981-1982 [...].

27Nous rappellerons seulement qu’il s’agit de petites équipes, responsables, pour une superficie donnée, de tout le cycle agricole ?des labours à la récolte ?et qui s’engagent par contrat passé avec le kolkhoze ou le sovkhoze, à fournir une certaine récolte. L’entreprise agricole dont ils dépendent doit leur fournir tout le matériel nécessaire. [...] Certains exemples en disent long sur les problèmes qui se posent à l’existence des contrats collectifs. Souvent les membres des collectifs se séparent au bout de un, deux ou trois ans pour incompatibilité d’humeur ou bien parce que l’équipe n’a pas les moyens de fonctionner correctement. Mais la revue Eko cite le cas de conducteurs de machines qui, dans le cadre d’un contrat collectif percevaient des salaires mensuels de 500 à 600 roubles et qui ont préféré retourner à leur ancienne affectation pour un salaire de 250 roubles, une fois leurs “poches remplies”, pour la simple raison que gagner plus était inutile dans la mesure où “il n’y avait rien à acheter”. [...] Les contrats familiaux ne semblent pas, par contre, se heurter aux mêmes obstacles que les contrats collectifs.

28Cela fait plusieurs années que ces formes d’organisation existent d’une manière non officielle dans différentes parties du pays : Estonie, Lituanie, Lettonie, Géorgie, Ouzbékistan, Moldavie, Crimée, Kouban, terres non noires. Après s’être implantées dans la culture du tabac, du raisin, des légumes, elles se développent maintenant dans la production laitière.

29[...] Le secret de la réussite de ces familles sous contrat est évident. Se sentant responsables de leur troupeau, elles travaillent beaucoup plus que les autres;

30l’autonomie comptable s’appliquant tout naturellement au sein de la famille, il n’y a pas de problèmes de répartition des primes. Jusqu’à présent, cette forme d’organisation n’avait pas de caractère officiel, aucun statut ne venant la réglementer, contrairement aux contrats collectifs. De plus, beaucoup de directeurs d’entreprises, de responsables locaux et de particuliers sont méfiants par rapport à cette forme d’organisation du travail qui procure des revenus considérés par eux comme trop importants et donc suspects. Il est vrai que, au sein des entreprises agricoles, cette disparité de revenus fait de nombreux jaloux, même si les gains obtenus le sont grâce à un travail réel.

31[...] En même temps que le contrat familial, le “contrat individuel” est également officialisé. Il s’agit, sur le même modèle, d’un contrat passé avec une seule personne. Par contre, à ce sujet, les exemples manquent.

32Travailleurs modèles pour les uns, parasites sociaux pour d’autres, les chabachniki sont en fait des travailleurs saisonniers qui passent des contrats avec des entreprises agricoles pour assurer la culture et la récolte de melons, d’oignons, de légumes. Leur statut n’est défini par aucun document.

33Ils se déplacent par équipes de 5 à 8 personnes et viennent surtout des républiques du sud de l’URSS (Arménie entre autres). Leur but avoué est de gagner le maximum d’argent mais les rendements qu’ils obtiennent dépassent de loin ceux des travailleurs officiels.

34[...]

Les possesseurs de lopin : fournisseurs de produits ou spéculateurs ?

35L’importance de l’agriculture privée est reconnue par les responsables. En 1977 et 1981, des textes importants ont été pris pour soutenir ce secteur d’activité. Actuellement 12,6 millions de kolkhoziens, 11 millions de travailleurs des sovkhozes et environ 9 millions d’employés et de travailleurs citadins possèdent un lopin. Il faut ajouter à cela également 9 millions de familles qui participent aux jardins collectifs (horticulture). Les lopins contribuent pour 25 % au produit agricole de l’URSS et les revenus procurés par l’exploitation privée représentent en moyenne 20 % des revenus globaux des familles. La surface utilisée par les lopins atteint 8 millions d’hectares. »

36Alain Giroux, Le courrier des pays de l’Est, « Gorbatchev et l’agriculture :cinq ans pour convaincre » CPE n° 305, avril 1986, pp.3-21

? Europe centrale : du dogme... à la mise en oeuvre

37« Une étude comparative du cheminement des réformes depuis 1945 permet d’embrasser un certain nombre de problèmes, sinon de tirer une conclusion définitive sur la “voie socialiste” en matière d’agriculture. L’industrialisation de la RDAlui a sans doute permis de résoudre plus vite les problèmes d’intégration du secteur agricole ;

38Hongrie et Pologne cherchent chacune la meilleure voie pour absorber une main-d’oeuvre agricole importante au départ, mais la productivité agricole hongroise dépasse celle de la Pologne au prix d’acquisitions technologiques coûteuses. En tout état de cause, spécialisation et intégration forment le tronc commun de ces voies qui, toutes, aboutiront à l’industrialisation agroalimentaire à plus ou moins long terme. [...]

Diversité des trajectoires : entre « modèle hongrois » et « exception polonaise »

39En Hongrie, la relance de la socialisation agraire par les coopératives est massive entre 1958 et 1961. Le mouvement est achevé en 1961 (82 % de la SAU). Elle prend la forme d’un compromis attractif pour les paysans, conçu pour obtenir leur adhésion au mouvement. Il semble que la pression idéologique ait joué un rôle moins important qu’en RDA. Par contre, l’effort massif d’apport de moyens de production industriels et de soutien technique et financier semble avoir joué un rôle décisif ; il est remarquable eu égard aux possibilités limitées de l’industrie hongroise et du CAEM.

40Mais le trait le plus original de cette relance hongroise est une autonomisation économique exceptionnellement précoce et poussée des coopératives agricoles, qui se renforce par étapes tout au long des années 60. [...] En Pologne, on assiste à un assouplissement des rapports Etat-paysans.

41Après 1956, les contraintes globales qui pesaient sur l’agriculture minifundiaire se sont progressivement détendues. On renonce à une collectivisation rapide ; une nouvelle stratégie industrielle accorde plus d’importance aux biens de consommation et aux moyens de production agricoles ; une légère détente démographique se produit du fait de la résorption partielle du sous-emploi rural par l’industrialisation extensive et du développement massif de l’agriculture à temps partiel (notamment dans les zones industrialisées du Sud-Est). Pourtant, le dynamisme démographique reste assez puissant pour maintenir à peu près au même niveau la population active agricole entre 1960 et 1970.

42Tout ceci permet très progressivement, et avec des “hésitations” traduisant une incertitude sur la nouvelle problématique du développement agricole, la mise en place d’une articulation assouplie entre secteur d’Etat et exploitations agricoles coopératives et individuelles (qui utilisent désormais plus de 80 % de la surface agricole). [...] Le caractère indirect de la planification agricole (sauf pour le secteur d’Etat) s’affirme donc : réduction de la place relative des livraisons obligatoires (supprimées en 1972 seulement) au profit des contrats, rôle accru des prix et du crédit (distribué par des coopératives d’épargne et de prêt). Il y a donc “autonomisation” des unités agricoles comme en Hongrie, mais à un niveau beaucoup plus réduit, celui de la ferme paysanne.

43[...] Ala fin des années 60, la déconcentration territoriale de la planification et le rôle croissant des “leviers économiques”

44indirects pouvaient laisser penser que l’on se rapprochait progressivement de la voie hongroise de “planification indirecte”. Le mouvement de concentration des coopératives, parallèle en Hongrie et en RDA, bien que situé à un niveau différent (deux fois plus de surface et trois à quatre fois plus de travailleurs par coopérative en Hongrie), allait dans le même sens.

45Compte tenu des nouveaux moyens techniques disponibles poussant à la constitution de grands ateliers de production, deux voies possibles s’ouvraient en fait :

  • soit l’accélération brutale de la concentration de coopératives restant polyvalentes. C’est schématiquement la voie choisie par la Hongrie (aujourd’hui près de 4 000 ha agricoles par coopérative et 7 000 ha par ferme d’Etat, en partant de 1 800 et 3 000 environ en 1970), transformée cependant par les “systèmes” spécialisés ;
  • soit l’éclatement des coopératives polyvalentes en ateliers spécialisés et le regroupement de ceux-ci en nouvelles grandes associations spécialisées qui deviennent progressivement des unités de production économiquement puis juridiquement séparées des “coopératives mères”. C’est la voie que la RDA a suivie à partir du VIIIe congrès du SED (1971). [...]

46Entre 1967 et 1970, l’agriculture individuelle polonaise avait connu une quasi-stagnation de sa production, résultant en partie des incertitudes sur son sort et d’une politique exagérée d’autarcie fourragère (prix élevés et rareté des céréales et fourrages, bas prix des produits animaux) décourageant la production animale. Ceci avait contribué indirectement au déclenchement des émeutes urbaines de décembre 1970. […] En attendant que la socialisation agraire puisse se généraliser grâce à un exode agricole massif (prévu surtout dans les années 80), on risque donc de voir éclater l’agriculture familiale en deux groupes séparés, plus concurrents sur les moyens de production mécaniques et l’accès aux circuits agro-industriels d’aval que complémentaires : d’un côté des exploitations ou petits groupes d’exploitations, de taille plutôt grande, très intégrées dans ces circuits, intensives et spécialisées ; de l’autre côté, des petites fermes paysannes en voie de repli semi-autarcique, de marginalisation et de paupérisation. »

47Alain Pouliquen, chargé de recherche à l’Inra de Montpellier « Trois voies de restructuration agraire : Hongrie, Pologne, République démocratique allemande » CPE, n° 208, juin 1977, pp.3-25

Les agricultures socialistes dans la tornade de la transition

? A qui appartiendra la terre ?

48« La privatisation de l’agriculture pose un nombre impressionnant de problèmes que l’on peut au moins tenter d’organiser autour de quelques points.

49

  • Les nouveaux pouvoirs issus des élections législatives des années 1990-1991 ont eu à trancher une question économiquement et socialement délicate et politiquement très sensible :
    faut-il ou non restituer les terres à leurs anciens propriétaires ou les indemniser ? Cette indemnisation (dite encore compensation), dont il s’agit de fixer le montant alors que le prix de la terre est encore fictif, doit-elle leur ouvrir la possibilité d’acheter, avec (ou non) une priorité sur les autres acheteurs, d’autres terres ou encore de devenir actionnaire dans une ferme d’Etat ou coopérative, transformées en sociétés par actions ?
  • Dans quelle mesure faut-il démanteler et liquider les anciennes coopératives et fermes d’Etat et se priver ainsi de la possibilité ?dans le cas où ces unités sont réputées pouvoir être rentables ? de conserver en l’état des superficies importantes, gages de performances prometteuses ? Si, dans le cas des fermes d’Etat, les terres que l’Etat s’était appropriées avaient appartenu à un nombre restreint de propriétaires souvent facilement identifiables (grande noblesse, Eglises, communautés allemandes dans le cas de la Tchécoslovaquie et de la Pologne), la situation est plus complexe pour les coopératives qui ont accaparé l’ensemble ou partie des terres, les propriétaires les ayant concédées” à titre d’usufruit.
  • La transformation des coopératives en sociétés par actions ou à responsabilité limitée s’adresse-t-elle en priorité à ceux qui ont cultivé les terres concernées quatre décennies durant et qui peuvent donc prétendre, en fonction de leur investissement en travail, à une parcelle de terre ou à quelques actions gratuites ou non ? Faut-il ouvrir la prise de participation aux étrangers, voire permettre à ceux-ci l’achat de terres ?
  • Comment, une fois encore en l’absence de marché foncier, fixer les critères de location-bail, formule qui, dans le cas où la procédure de restitution est choisie, se posera sans aucun doute, les anciens propriétaires ou leurs héritiers n’ayant pas l’intention, généralement, de gérer eux-mêmes leurs terres ?

50Autant de questions que viennent encore compliquer les multiples aménagements fonciers qui rendent impossible, aujourd’hui, la reconstitution de l’ancienne parcelle ou même sa simple identification dans des pays où, au vide juridique, s’ajoute l’absence de mise à jour des cadastres. Enfin, il faut aussi compter avec les conflits d’intérêts entre une nomenklatura locale (directeurs de coopératives, ingénieurs agronomes, secrétaires du Parti communiste, responsables des stations de machines agricoles) qui a régné sans partage sur la paysannerie et tous ceux désireux de “(re)monter” leur petite exploitation, entreprise périlleuse dans un contexte de récession économique et de concurrence. [...]

? Bouleversements dans la production et l’emploi

51La privatisation des terres implique non seulement un processus de décollectivisation de celles-ci ?qui n’est en fait pour l’heure que partiellement amorcé ? mais aussi un formidable désengagement de l’Etat à la mesure de l’emprise qui fut la sienne en système communiste ; elle provoque donc un nombre important de perturbations.

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  • Sur la production agricole. L’incertitude qui règne sur l’identité des propriétaires de milliers de parcelles n’incite guère les paysans à engager leurs ressources financières pour autant qu’ils puissent en avoir, dans des cultures dont ils ne sont pas sûrs de récolter le bénéfice. C’est ainsi que des centaines d’hectares n’ont été ni ensemencés, ni emblavés pour la seconde année consécutive pour cause d’incertitude sur l’identité du véritable propriétaire de la terre ou pour non-détention en bonne et due forme du titre de propriété [...].
  • Sur l’emploi. Les problèmes y sont de deux ordres. Le premier se pose essentiellement dans les pays qui ont choisi de redistribuer les terres à une myriade d’anciens propriétaires qui, partis depuis travailler à la ville, ne sont nullement disposés à opérer “un retour à la terre” mais uniquement prêts à recueillir les fruits d’une location ou d’un fermage pour lesquels il faudra également définir des cadres juridiques.
  • ...] Le second recouvre l’immense perte de savoir-faire en raison de la destruction du rapport à la terre durant quatre décennies et de la “taylorisation” des tâches agricoles au sein des coopératives et des fermes d’Etat. Une telle réalité soulève également le problème de la perte du sentiment de responsabilité individuelle, que l’on retrouve partout évoqué au niveau de l’ensemble des acteurs économiques et sociaux de ces pays. [...]
  • Sur l’amont et l’aval de la production agricole. Le désengagement de l’Etat qu’implique la rupture avec l’ancien système planifié signifie le démantèlement des monopoles pour lequel chaque pays a mis en place un dispositif juridique ainsi que le rétablissement, à tous les niveaux de l’activité économique, des règles de la concurrence. En amont de la production agricole, cela signifie que, brutalement, les centres d’approvisionnement en intrants (machines, semences, produits phytosanitaires, engrais) se sont transformés en sociétés commerciales, libres de fixer leurs tarifs en fonction de l’état de l’offre et de la demande. Mais en attendant que cette nouvelle réalité soit plus qu’une création juridique et se concrétise sur le terrain, les principaux fournisseurs d’intrants, maîtres du jeu de l’offre et de la demande, en l’absence de toute concurrence réelle, font régner leur loi sur les utilisateurs. [...]

? Europe centrale et orientale : révolution agraire ou décollectivisation en douceur ?

53L’aggravation de la situation dans le secteur agricole et partant du sort des agriculteurs a essentiellement pour causes :

  • les coupes sombres opérées dans les dépenses budgétaires au nom de la restauration des grands équilibres financiers et budgétaires et qui ont durement éprouvé un secteur réputé pour avoir été particulièrement “aidé” par l’Etat ; [...]
  • la libération des prix : parallèlement à des hausses sensibles du coût de leurs intrants (énergie, engrais, semences, fourrage), les paysans n’ont pas bénéficié en proportion de la hausse des prix de détail des produits alimentaires en raison de l’écran dressé par les monopoles de l’aval ; [...]
  • la chute de la demande intérieure, conséquence directe des baisses impressionnantes du pouvoir d’achat subies par l’ensemble des populations, a engendré des phénomènes de mévente dans les pays où le déséquilibre entre l’offre et la demande au détriment de la seconde était, du moins dans le domaine des produits alimentaires de base, peu important : en Hongrie, en Pologne, en Tchécoslovaquie ; [...]
  • la dislocation du CAEM avec surtout la perte des marchés de l’ex-URSS et de l’ex-RDA, ont largement contribué à cette situation de mévente, privant ces pays, surtout la Hongrie, de plus de la moitié de leurs débouchés dans le secteur agricole et agroalimentaire ;
  • enfin, cette mévente s’est encore accentuée avec la libéralisation des échanges extérieurs et l’arrivée de quantités importantes de produits occidentaux, notamment laitiers, dont la qualité ou, plus simplement, la présentation et le conditionnement ont eu immédiatement les faveurs des consommateurs, contraignant les producteurs locaux à brader leurs produits. [...]

54Au terme de deux années de débats, la privatisation des terres, objectif que se sont fixé la Hongrie, la Tchécoslovaquie, la Pologne, la Roumanie, la Bulgarie, l’Albanie, commence à peine à se concrétiser. Cette opération en plusieurs temps a débuté selon des modalités différentes en fonction tant des majorités gouvernementales en place que de l’état et de la place dans l’économie du secteur agricole ; si les pays d’Europe orientale ont très rapidement initié une “révolution agraire”, ceux d’Europe centrale connaissent un processus de décollectivisation en douceur. L’échec de la socialisation des terres et le niveau de vie souvent précaire des paysanneries en Roumanie ou encore en Albanie ont incité celles-ci à rejeter d’un bloc l’ancien système tandis que les dirigeants ex-communistes visaient, en répondant à cette “faim de terres”, à acquérir une nouvelle légitimité et surtout une clientèle électorale.

55En Europe centrale, les réactions des populations rurales et la réponse des politiques furent moins radicales. »

56Edith Lhomel, Le courrier des pays de l’Est « Privatisations et politiques agricoles en Europe centrale et orientale » CPE, n° 367, mars 1992, pp.3-43

? Russie : la sécurité alimentaire menacée ?

57« L’agriculture est-elle, en Russie, la grande perdante dans la course engagée pour le passage à l’économie de marché ?

58A la lecture de certaines déclarations officielles, des médias, des revues spécialisées russes qui dressent un sombre tableau de la situation, corroboré par de nombreuses analyses d’observateurs étrangers, on pourrait le penser. Le gouvernement russe, face aux critiques, affiche lui-même ses préoccupations.

59Le secteur agricole ? ainsi que celui des industries agro-alimentaires ? a toujours été un problème majeur pour l’économie soviétique et russe. Selon le puissant lobby agrarien, il s’agit maintenant pour la Russie d’assurer sa “sécurité alimentaire” face à l’effondrement de la production nationale et à la concurrence croissante des produits étrangers meilleur marché mais de qualité considérée comme inférieure.

60Le consommateur russe ne se plaindra pas, quant à lui, de voir nombre de commerces et de petites boutiques lui proposer ces produits. Le danger de pénuries extrêmes ?qui faisait la une des médias au début de la décennie et qui a déclenché l’aide alimentaire de l’hiver 1990-1991 ?semble bien écarté même si on assiste à une baisse insidieuse des rations alimentaires chez une part importante de la population.

61Aune époque pas si lointaine, par plaisanterie et pour en souligner les faiblesses chroniques, on disait que l’agriculture soviétique était frappée par quatre maux : le printemps, l’été, l’automne et l’hiver. Les fluctuations du climat ont bien sûr toujours une incidence sur les récoltes, comme l’a prouvé de nouveau cette année la sécheresse qui a affecté la Russie. De leur côté, les dysfonctionnements récurrents du secteur, hérités de l’URSS, ont été depuis longtemps répertoriés et analysés. Cependant, avec la difficile transition vers l’économie de marché, d’autres difficultés sont venues s’y ajouter. Elles concernent surtout l’approvisionnement en amont (équipements, engrais, etc.) qui s’est notablement détérioré depuis 1992, le financement du secteur agro-alimentaire, le cours chaotique de la réforme agraire et des privatisations, les difficultés financières des agriculteurs, la difficile concurrence face aux importations, la baisse de la demande solvable d’une majorité des consommateurs. [...]

Les avatars de la réforme agraire

62Le processus de la réforme agraire a vraiment commencé à la fin des années 80 avec le lent développement des fermes familiales, encouragé par Mikhail Gorbatchev. Entre novembre 1989 et mars 1990, le Soviet suprême de l’URSS a adopté les lois sur les baux, sur la propriété, sur la terre, qui ont permis à des individus et à des familles de contracter des baux à long terme à l’extérieur et à l’intérieur des kolkhozes et des sovkhozes. Ala fin de 1990, le Soviet suprême de la Fédération de Russie a été plus loin avec l’adoption de lois sur l’exploitation (ferme) paysanne, sur la réforme agraire, sur le développement social des campagnes. Sans engager une véritable redistribution des terres, elles mettaient en place des mécanismes permettant aux paysans d’acquérir des terres en propriété privée sans qu’ils aient cependant le droit de la vendre à une autre personne privée. [...] Ces quatre dernières années apparaissent donc comme le temps des occasions ratées pour la réforme agraire.

63Celle-ci a commencé avec la restructuration des entreprises agricoles alors que les réformes financières et le développement des infrastructures n’ont pas suivi. L’agriculture russe continue de connaître un énorme gaspillage dû aux conditions de la récolte, de stockage, de transports. Chaque année, 30 à 40 % des produits agricoles sont perdus pour les consommateurs. Les retards qui s’accumulent, la situation dans laquelle se trouve actuellement le complexe agro-industriel hypothèquent une amélioration dans un avenir proche.

64Les signes encourageants enregistrés ici et là sont le résultat d’initiatives locales prises par des entrepreneurs et des autorités dynamiques anticipant sur les mesures fédérales. Comme dans les autres secteurs de l’économie, la Russie a besoin d’aide extérieure et celle-ci ?y compris celle de la Banque mondiale qui soutient la réforme agraire ? reste et restera sans doute insuffisante. Les importations continueront à alimenter une grande partie du marché urbain russe et les paysans vont faire le rude apprentissage de la concurrence. [...] La résurrection de l’agriculture reste pour elle un des grands défis du troisième millénaire. »

65Alain Giroux, Le courrier des pays de l’Est, « L’agro-alimentaire russe en panne entre réforme et conservatisme » CPE, n° 405, décembre 1995, pp.3-24

Productions et échanges agricoles : des évolutions paradoxales

? De l’URSS à la Russie : des rendements en dents de scie

66« L’agriculture soviétique demeure une agriculture extensive dans son ensemble.

67C’est la première constatation qui s’impose et il suffit pour s’en convaincre de comparer la concentration et l’intensité de la production agricole dans les exploitations collectives et étatiques, à celles des “lopins” individuels : sur 6 % des surfaces cultivées du pays, les lopins occupent plus de 30 % du temps de travail dépensé dans l’agriculture et produisent environ le tiers de la production agricole de l’URSS. [...] Le développement extensif de la production agricole a ses limites naturelles mais des possibilités s’ouvrent encore à l’URSS dans cette voie. Mais une agriculture extensive n’est pas l’indice d’une économie développée. Une production intensive par contre permet d’accroître les rendements et de réduire les coûts, mais elle suppose que des moyens techniques et financiers y soient affectés. Les efforts portés dans ce domaine par les dirigeants de l’économie soviétique depuis une décennie sont considérables. Ils demeurent pourtant très insuffisants et sont loin d’avoir atteint tous les effets possibles et souhaitables.

68Le caractère extensif de la production agricole se traduit, en particulier, par des variations annuelles de production, considérables, qui sont un des handicaps de la croissance de l’économie soviétique. Sur la période de cinq ans qui a été observée, les dix régions économiques que l’on peut considérer comme les régions agricoles développées de l’URSS sont responsables de 65 à 82 % des variations de la production agricole. En réalité, quatre d’entre elles influent de façon décisive sur ces variations ; ce sont d’une part le Caucase-Nord, et, d’autre part, les trois régions caractérisées par une agriculture extensive du Kazakhstan, de la Sibérie occidentale et de la Volga [...].

69Ainsi, ces régions qui représentent 28 % de la production agricole de l’URSS sont responsables de 62 % de l’accroissement de la production en 1966 et de 70 % de la diminution de cette production en 1969.

70La production céréalière, élément déterminant qui polarise la politique agricole de l’URSS, est une de celles dont le développement est le moins intensif.

71C’est celle aussi qui accuse les écarts de récoltes les plus considérables. »

72Chantal Beaucourt, Groupe d’études prospectives internationales (CFCE)

73« Le potentiel agricole de l’URSS.Une approche régionale » CPE, n° 170, janvier 1974, pp.9-31

Hier, dépendante en céréales

74« Rarement dans l’histoire économique récente un fait aussi banal en soi que l’achat de blé sur le marché mondial pour pallier une défaillance de la production intérieure a suscité un retentissement aussi considérable que les importations de 24 millions de tonnes de blé et de 2 millions de tonnes de farine effectuées par l’URSS de fin 1963 à 1967.

75C’est en effet tout le modèle de l’agriculture socialiste à travers le mythe de son inhérente supériorité qui s’est trouvé ainsi battu en brèche. L’événement a pris plus de relief encore peut-être en raison de l’abondance bien connue des terres arables, réparties sous les cieux les plus divers, qui était censée compenser largement les éventuelles erreurs de gestion d’une politique agricole mal inspirée. L’incapacité subséquente où a été l’URSS de subvenir aux besoins des démocraties populaires et des autres pays amis, sinon par le biais d’un mécanisme d’achat et de revente n’a pas peu contribué non plus à entacher le prestige général de ce pays.

76Quoi qu’il en soit, le coût politique des mauvaises récoltes de blé de 1963 et de 1965 l’emporte de très loin sur la dépense en devise proprement dite.

77[...] Résolu dans l’immédiat (grâce aux importations), comment se présente le problème du blé et des céréales en général, pour les prochaines années ?

78La tâche que doit résoudre l’agriculture soviétique n’est pas si malaisée puisque les céréales étant cultivées sur plus de 120 millions d’hectares, il suffirait d’accroître les rendements d’un peu plus de 2 quintaux à l’hectare et de les élever à 16 quintaux pour porter la récolte globale à 200 millions de tonnes.

79C’est là un objectif qui n’est nullement irréalisable car il fait appel pour l’atteindre à la mise en œuvre de techniques agronomiques pas très évoluées.

80[...] Mais il ne suffit pas de produire des céréales, faut-il encore pouvoir les conserver et les stocker. La presse s’est fait l’écho à plusieurs reprises des nombreuses pertes enregistrées dans ce domaine, notamment dans les zones reculées du pays... »

81Conseiller commercial Ambassade de France à Moscou « L’URSS a-t-elle résolu son problème de blé ?»

82CPE, n° 113, janvier 1969, pp.63-67

Demain, sérieuse concurrente de l’Union européenne ?

83« La réforme foncière [loi de juillet 2001] intervient à un moment où l’agriculture russe fait preuve d’une indéniable capacité de rebond. [...] Bien que la situation sur le terrain soit contrastée, certaines régions et certaines fermes faisant preuve d’une réelle vitalité alors que d’autres périclitent de manière parfois pathétique, on peut schématiquement distinguer trois phases dans l’évolution de l’agriculture russe depuis le début de la transition : dans la première moitié des années 1990, le secteur subit une série de chocs extrêmement brutaux qui entraînent une contraction marquée de l’offre ; puis, se mettent en place de ci de là des mécanismes d’adaptation qui permettent d’enrayer la chute de la production ; après la crise financière de 1998, ces mécanismes se généralisent et débouchent sur une reprise soutenue de l’offre des productions végétales, le secteur animal n’ayant que très récemment amorcé son rebond. [...] Comme pour la politique des marchés agricoles, il paraît donc probable que la Russie avancera à tâtons s’agissant des transformations apportées aux structures agraires. Si la libéralisation de la réglementation foncière permettra incontestablement aux grandes agroholdings d’acquérir plus facilement d’immenses domaines agricoles et surtout de mieux estimer leur valeur, elle n’éliminera pas du jour au lendemain les grandes exploitations collectives. A priori, celles qui sont bien gérées et rentables devraient garder les moyens d’une certaine autonomie. Quant à celles qui sont en faillite et surendettées (au début de 2001, les dettes accumulées représentaient 7,7 milliards de dollars, soit l’équivalent de 60 % de la production des grandes fermes collectives, dont une grande partie n’est pas mise sur le marché), elles constitueront à l’évidence des cibles privilégiées pour des prédateurs extérieurs. Mais leur remise à flot demandera des efforts considérables, la variable décisive dans leur approche étant le facteur humain. [...] Pour toutes ces raisons, il est clairement de l’intérêt stratégique des nouveaux investisseurs agricoles, qui pèsent d’un poids déterminant sur les décisions politiques, de favoriser l’émergence de réseaux de véritables fermiers entrepreneurs auxquels ces agro-holdings apporteraient des biens fonciers et du capital. Couplé avec la reconstitution d’un système national de crédit à l’agriculture, celle-ci pourrait s’orienter vers un modèle de développement assez proche de celui qui fit la fortune de l’Angleterre au XVIIe siècle et qui était basé sur la complémentarité entre landlords et farmers liés par des contrats de fermage ou de métayage à très long terme.

84Si un tel modèle venait à se mettre en place, la production agricole russe serait susceptible de connaître une croissance soutenue dans les prochaines années. Elle pourrait en effet tirer parti d’un volant considérable de terres en friches qu’il serait relativement aisé de remettre en cultures ou au moins en prairies artificielles. Quant à la maind’œuvre, elle serait largement suffisante pour faire face à la fois à une intensification de la production végétale et à la relance de l’élevage. Certes, d’après la FAO, la part de la population agricole dans le total de la population active ne dépasse pas aujourd’hui 10,5 % en Russie, contre 21,7 % en Pologne, mais le découpage des terres y est remarquablement bien adapté à la mécanisation, les champs étant dans les terres noires, par exemple, de l’ordre de 70 à 100 hectares d’un seul tenant.

85Sous réserve d’une bonne gestion, l’agriculture russe pourrait ainsi devenir à terme l’une des plus productives d’Europe.

86Dans ce contexte, on comprend les angoisses des responsables de l’UE et des milieux paysans européens qui craignent les retombées pour leurs marchés d’un boom agricole russe. Ces craintes sont partiellement fondées.

87Les coûts de production étant aujourd’hui très bas, en raison à la fois de la faible utilisation d’intrants chimiques (engrais, pesticides) et de salaires inférieurs à 50 dollars par mois, dont en outre une grande partie en nature, il suffirait de 3 milliards de dollars pour emblaver les 30 millions d’hectares de terres abandonnées à la friche depuis le début de la transition. Si l’on y ajoute la réduction des jachères au niveau d’avant la transition, et sous réserve du maintien des rendements à la hauteur de ces dernières années, la Russie serait en mesure de produire environ 130 millions de tonnes de céréales, contre un peu plus de 85 millions actuellement. Aussi la menace pour l’équilibre précaire des marchés internationaux, si ces volumes venaient à s’y déverser, est-elle majeure. [...] La Russie a donc aujourd’hui le choix entre une agriculture qui, partiellement contrôlée par les oligarques, resterait durablement sous-capitalisée et donc incapable d’augmenter sa production ; ou une agriculture qui, progressivement, permettrait l’émergence d’une nouvelle catégorie de fermiers entrepreneurs rappelant à certains égards les koulaks d’antan. Dans ce dernier cas, les contraintes de l’espace et les besoins du marché intérieur favoriseraient un rééquilibrage en faveur de l’élevage, éloignant définitivement le “spectre” d’une inondation des marchés européens par les blés russes. »

88Christophe Cordonnier, Cercle Kondratieff « Russie. Droit foncier et stratégies agricoles » CPE, n° 1034, avril 2003, pp.4-13

? Europe centrale et orientale : une capacité d’exportation toute relative

89« Dans les prochaines années, les pays de l’Europe de l’Est espèrent développer leurs exportations agricoles et alimentaires vers le monde occidental et plus particulièrement vers l’Europe de l’Ouest, à l’instar des pays occidentaux qui nourrissent des ambitions fort similaires, mais de sens contraire.

90Certes, les agricultures est-européennes éprouvent des difficultés persistantes et chroniques à bien des niveaux. Production, qualité, productivité, gestion et organisation de l’agriculture comme de l’industrie agro-alimentaire sont autant de points sensibles dans ces pays qui traditionnellement exportent de la viande, des produits laitiers, des fruits et des légumes frais et en conserve sur les marchés en devises fortes. Mais jusqu’à présent encore, il leur faut se procurer, en devises, le blé et les céréales fourragères qu’ils ne parviennent pas à produire en quantités suffisantes pour répondre à la demande croissante de la population et surtout pour assurer la réalisation de leurs programmes d’expansion de l’élevage. Jusqu’à présent encore, les populations de ces pays connaissent des moments de pénuries pour certains produits alimentaires : viande, fruits et légumes frais. [...] Ainsi, en 1976, les importations nettes de produits agricoles représentaient près de 42 % du déficit commercial Est-Ouest. [...]

Démocraties populaires : une autosuffisance alimentaire discutable

91Pour l’ensemble de la zone, il semble que ce soit le monde occidental qui fournisse la majeure partie des importations. En 1977, la Pologne et la RDA qui représentaient 80 % des céréales importées par ces pays, totalisaient plus de 50 % des échanges globaux agro-alimentaires des six pays esteuropéens. [...] La modernisation de l’industrie requiert des équipements et des technologies que le pays doit acquérir sur le marché occidental, en devises fortes.

92Les surplus agricoles devaient compenser en partie le déficit commercial inévitable au premier stade de la “modernisation”. D’où la tendance à maintenir un approvisionnement tendu sur le marché intérieur des produits agro-alimentaires. Cette politique qui frappe le niveau de consommation, présente un “seuil d’intolérance” que la Pologne a expérimenté à diverses reprises. Le mécontentement suscité par des pénuries alimentaires chroniques [émeutes de 1970] a fini par constituer une pression populaire qui agit sur le pouvoir de décision.

93Celui-ci doit tenir compte de cette pression et céder à certaines revendications de type alimentaire en se procurant en devises fortes, ou auprès des autres pays socialistes lorsque c’est possible, les mêmes catégories de produits qu’elle exporte (viande notamment), ce qui aggrave son déficit commercial.

94On peut se demander si l’évolution que l’on a observée en Pologne depuis plusieurs années est spécifique de ce pays. La Roumanie et la Bulgarie, tout comme la Pologne financent grâce à leurs exportations agro-alimentaires une partie de leur industrialisation. Or, leur niveau de consommation alimentaire par habitant est inférieur à celui de la Pologne. Est-ce à dire que le “seuil d’intolérance” varie d’un pays à l’autre ?

95Quoiqu’il en soit, ceci pose le problème de la capacité réelle optimum d’exportation agro-alimentaire qui, dans ces trois pays, se trouverait surévaluée. »

96Anita Tiraspolsky, Le courrier des pays de l’Est « Vers une auto-suffisance agro-alimentaire de l’Europe orientale » CPE, n° 232, septembre 1979, pp.3-25

Economie de marché et libéralisation des échanges : l’épreuve de vérité

97« L’analyse macro-sectorielle conduit donc finalement aux diagnostics et pronostics globaux suivants. A moyen terme, compte tenu du manque de financements (surtout budgétaires) disponibles dans et pour le secteur agro-alimentaire, et donc de la lenteur avec laquelle sont et seront surmontés des handicaps structurels hérités du système antérieur, la tendance de la production agro-alimentaire à reculer plus rapidement qu’une demande intérieure en voie de stabilisation semble devoir se poursuivre encore généralement au moins quelques années.

98Pour les mêmes raisons, là où est amorcée une relance de la croissance globale (en particulier en Pologne), celle-ci aura très probablement, dans une première phase, un effet plus dynamisant sur la demande que sur la production agro-alimentaire nationale.

99Tant que se maintiennent, pour l’essentiel, les actuelles “règles du jeu” des marchés agricoles internationaux déprimés par les excédents très subventionnés des grands agro-exportateurs protectionnistes (Union européenne, Etats-Unis en particulier), l’agroexportation rentable des PECO vers ces marchés (y compris vers la CEI) restera impraticable à l’échelle de masse. Al’inverse, les PECO continueront en pratique à protéger leurs agricultures contre ces excédents subventionnés et contre d’autres importations alimentaires compétitives. Dans ces conditions, l’hypothèse la plus optimiste à moyen terme est que ces pays parviennent à conserver des positions plus ou moins proches, selon les cas, de l’autosuffisance alimentaire en produits de la zone tempérée.

100L’analyse effectuée par ailleurs des impacts actuels et prévisibles des récents accords régionaux de libéralisation partielle des échanges, concernant les PECO (accords d’association avec l’UE, accords de Visegrad, accords avec l’AELE) n’infirme ces conclusions en rien d’essentiel. En effet, les concessions les plus importantes (UE surtout, et AELE) sont en elles-mêmes modestes. Et surtout leur dissymétrie formelle en faveur des PECO s’est avérée généralement, jusqu’à présent, plus que compensée par une dissymétrie de compétitivité effective en faveur des exportateurs ouesteuropéens. Ainsi, depuis les accords d’association, la balance des échanges agro-alimentaires des pays d’Europe centrale a évolué en faveur de l’UE, cependant que les nouveaux contingents d’importation à régime privilégié offerts par celle-ci n’ont souvent été utilisés que très partiellement.

101A long terme, globalement les PECO disposent de plus de terres agricoles par habitant que l’Europe occidentale.

102L’abondance relative de force de travail agricole peu chère est un autre atout.

103Mais ces avantages comparatifs partiels ne pourront se traduire en nouvelle expansion agricole que si le secteur a accès aux financements indispensables à son adaptation structurelle à grande échelle, en même temps qu’à des débouchés assez larges et rémunérateurs. »

104Alain Pouliquen, directeur de recherches à l’Inra de Montpellier « L’agriculture des pays d’Europe centrale et orientale : quelles productions pour quels marchés ?»

105CPE, n° 391, août 1994, pp.35-43

Intégration à l’UE, mais PAC « au rabais »

106« En juin 2000, une étape importante a été franchie dans le déroulement des négociations d’adhésion des pays d’Europe centrale et orientale (PECO) à l’Union européenne (UE). En effet, parmi les 31 chapitres de la législation de l’UE qui doivent être successivement traités par chaque Etat candidat avec son interlocuteur européen, celui relatif à l’agriculture a été ouvert.

107Limitée provisoirement au groupe de Luxembourg, c’est-à-dire à la Pologne, la Hongrie, la République tchèque, l’Estonie, la Slovénie et Chypre, cette ouverture est un événement marquant.

108De fait, deux ordres de grandeur traduisent le poids considérable de la question agricole dans les négociations d’adhésion et l’impact qu’aura, dans ce domaine, l’intégration des PECO.

109Ainsi, alors que le PIB des dix PECO s’élevait en 1998 à 4,4 % de celui de l’UE, les surfaces agricoles représentaient 46 % de la moyenne européenne et la production 30 %. Aceci s’ajoutent deux caractéristiques essentielles. D’une part, l’agriculture occupe une place relativement importante dans les économies de ces dix pays en contribuant au PIB pour près de 7 % contre 1,6 % dans l’UE. D’autre part, ce secteur emploie 21,5 % des actifs, contre seulement 5 % dans l’UE. [...] Dans ce contexte marqué par de grandes incertitudes, les pays candidats n’ont pas plus de raisons d’être satisfaits de la réforme annoncée à Berlin concernant la viande bovine que de celle relative aux céréales. Leur inéligibilité, même après leur adhésion, aux aides directes, alors qu’elles vont augmenter pour les membres actuels de l’UE, paraît être une position politique difficilement tenable. Deux questions méritent à cet égard une attention particulière. En premier lieu, avec l’abaissement du niveau des prix des céréales dans l’UE, les agriculteurs des pays candidats ne verront pas leurs revenus augmenter grâce à ceux-ci, comme ce fut le cas, par le passé, pour les membres actuels lors de leur accession. Certes, les écarts de prix qui existent encore actuellement entre l’UE et les PECO, s’ils poursuivent la tendance actuelle, vont progressivement s’amenuiser pour finalement disparaître d’ici l’adhésion de ces derniers. Dans ce cas, aucune période de transition ne sera nécessaire pour permettre un alignement des prix comme cela le fut lors des précédents élargissements. Quoi qu’il en soit, si les agriculteurs des pays candidats ne reçoivent pas de paiements compensatoires, lesquels sont devenus le moyen le plus répandu dans l’UE de soutenir les revenus agricoles, se pose la question de savoir quels bénéfices ils tireront de l’adhésion. En d’autres termes, comment rendre cette dernière attractive pour les plus sceptiques ?

110En second lieu, si les pays candidats sont exclus du champ des paiements compensatoires, la hausse de ces derniers, décidée dans le cadre de la réforme de 1999, va rendre les négociations encore plus difficiles. La concurrence entre les PECO et les membres de l’UE a, en effet, toutes les chances d’amener les premiers à revendiquer la mise en place de mécanismes faisant contrepoids. De fait, on peut s’interroger sur la capacité des petites unités de production bulgares à supporter la pression des grands producteurs ouest- européens, ou sur l’avenir de l’agriculture hongroise, encore au stade “de la seconde révolution industrielle”, si les subventions étaient supprimées. Quant au négociateur en chef polonais, Jan Kulakowski, il réclamait, en mai 2000, que son pays “bénéficie des mêmes avantages que les agriculteurs européens”, faisant allusion aux aides directes destinées à compenser les baisses de prix des céréales et de la viande bovine. [...]

Compétitivité des agricultures de l’Est et coût de l’intégration à l’UE

111L’éventualité que les PECO retrouvent à terme leurs niveaux de production antérieurs à 1989 pour certains produits, dont les excédents posent déjà problème à l’UE, a été à l’origine d’un vif débat sur les risques encourus par les producteurs ouest-européens et l’Union européenne dans son ensemble. Les experts ont tenté de le dédramatiser :
pour certains, cette hypothèse n’a aucun fondement dans la mesure où les PECO représentent “une considérable et durable opportunité d’exportations nettes de l’UE, accrue après l’élargissement”. De plus, tous les PECO, à l’exception de la Hongrie et de la Bulgarie, ont, depuis 1990, une balance commerciale agroalimentaire déficitaire avec l’UE. Ce débat soulève, en fait, la question de la compétitivité future de l’agriculture des PECO par rapport à celle de l’UE, dont va finalement dépendre le coût de leur intégration. [...] En fin de compte, le choc provoqué par l’adhésion des PECO sur la compétitivité-prix des produits agricoles devrait être moins important qu’on ne l’envisageait initialement, au moins pour certains de ceux-ci. En outre, la mise en conformité aux normes communautaires, notamment dans le domaine sanitaire, ne peut qu’entraîner à la hausse les prix agricoles des pays candidats. [...] La réforme de la PAC de 1999 présente bien des faiblesses en ce qui concerne l’intégration des agricultures esteuropéennes. D’une part, elle ne résout pas la question des aides directes, cruciales dans les secteurs des céréales et de la viande bovine, et dont l’extension aux PECO conduirait à réévaluer son budget d’au moins 3,5 milliards d’euros par an, mais qui, si elle est refusée à ces pays risque de conforter l’opposition à l’adhésion à l’UE de certaines franges de l’opinion. [Ndlr - Un compromis sera finalement trouvé en 2002 ; les pays bénéficieront des aides directes de façon progressive, soit 25 % en 2004, année de l’adhésion, 30 % en 2005... pour arriver à 100 % en 2013]. D’autre part, les mesures de 1999 n’envisagent pas de solution pour faire face à la concurrence qu’exerceront les PECO dans certains secteurs, déjà en crise (le lait et le porc en particulier) du fait de l’absence de réformes visant à juguler des productions excédentaires ; et pourtant, l’entrée de ces pays dans l’UE ne manquera pas d’avoir pour celle-ci un coût très important, non seulement financier (gestion des stocks et chute des cours), mais également social. Soucieux de limiter le poids des dépenses futures de la PAC dans le budget communautaire, les Quinze ont pris le risque, à Berlin, d’avoir à affronter l’hostilité des PECO déçus par un tel manque de solidarité. »

112Marie-Line Duboz, Université de Franche-Comté, Centre de recherche sur les stratégies économiques (CRESE), Jean-Luc Proutat, Assurances Générales de France « Agricultures et élargissement. Les enjeux et les coûts » CPE, n° 1014, avril 2001, pp.33-51

Le devenir du monde paysan

? Recul de la population rurale en Union soviétique

113« La modernisation de l'agriculture soviétique s'accompagne, désormais, d'un exode rural que les médias du pays, après en avoir reconnu l'existence, dénoncent comme un danger.

114Entre les recensements de 1970 et de 1979, la population rurale soviétique, ramenée de 105,729 à 98,851 millions de personnes, a perdu 6,5 % de ses effectifs initiaux, alors que la population totale s'accroissait de 8,6 %, le nombre des citadins ayant progressé, de son côté et dans le même laps de temps, de 20,3 %. Aussi les ruraux qui formaient 44 % de la population totale en 1970 ne représentent-ils plus que 38 % de celle ci en 1979 : l’urbanisation de la société, comme celle de l'espace soviétique, ont donc progressé de manière significative au cours de la décennie. Pourtant, cette “déruralisation” ne s'effectue pas au même rythme partout comme le montre l'analyse au niveau des différentes unités administratives qui se partagent le territoire national : républiques fédérées, régions économiques, oblast et entités de même rang. [...] Ainsi, dans les régions économiques à peuplement slave de l'Europe soviétique, tout comme dans celles qui accueillent les anciens “allogènes” de l'Ouest, l'industrialisation de l’économie a provoqué l'urbanisation de l'espace et de la société, vidant les campagnes de la plus grande partie de leur population active. Le territoire de l'Union soviétique présente donc lui aussi de vastes espaces ruraux que la modernisation des forces productives cantonne de plus en plus exclusivement dans l'exercice d'une fonction de production agricole, la mécanisation des façons culturales y provoquant une inquiétante dépopulation, et il en est même où progresse la friche. Inversement, en Transcaucasie, au Kazakhstan et surtout en Asie moyenne, les ruraux sont de plus en plus nombreux et il leur arrive même, c'est le cas au Tadjikistan, de tenir une place grandissante dans la société globale ! Ici, les dépositaires de la puissance publique s'efforcent de provoquer un exode auquel les populations locales demeurent rebelles et les voici qui doivent même envisager la diffusion, dans ces campagnes où sévit un sous-emploi chronique mais caché, d'activités non agricoles, tâche d'aménagement fort ardue. »

115Pierre Carrière, Université Paul Valéry, Montpellier III « La population rurale en URSS (1970-1979).

116Etude cartographique » CPE, n° 252, juin 1981, pp.37-46 « Les problèmes posés par la restructuration du milieu rural apparaissent tout particulièrement dans le cas de la mise en valeur des terres non noires (TNN) de la RSFSR, un des plus grands programmes soviétiques actuels d'aménagement du territoire, lancé en 1974, et qui concerne 23 régions et 6 républiques autonomes s'étendant sur 2 823 000 km2 (soit environ la superficie de l'Europe de l'Ouest). Cette zone inclut notamment Moscou, Leningrad et Gorki [l'actuel Nijni-Novgorod].

117[…] Ce sont surtout les jeunes qui sont candidats à la migration vers les villes (environ 60 % des migrants). Ces dernières années, le processus s'est amplifié avec pour conséquences un vieillissement marqué de la population rurale (à dominante féminine) et un déficit inquiétant en main-d'oeuvre.

118[…] 25 % seulement des jeunes ayant suivi un enseignement dans les écoles rurales choisissent de vivre et de travailler dans leur ferme d'origine. La plupart des parents (40 %), de leur côté, poussent leurs enfants à quitter le secteur agricole. Une enquête menée dans la région de Kalouga, très représentative de la zone des TNN, auprès de 767 jeunes ayant quitté la campagne pour travailler à l'usine en ville a fait apparaître que 24,2 % d'entre eux émigraient à cause des conditions insatisfaisantes de vie, du manque d'activités culturelles, 19,4 % à cause de l'insuffisance des salaires, 13,8 % à cause des mauvaises communications avec la ville (état des routes et des moyens de transport), 12,1 % à cause de l'impossibilité de travailler et de s'instruire en même temps, 10,7 % pour des raisons familiales, 6,2 % pour non-satisfaction dans le travail, 4,8 % à cause de l'impossibilité de trouver du travail dans leur spécialité, 4,3 % à cause des conditions de logement.

119Dès 1974, et dans le but de lutter contre l'hémorragie de main-d'oeuvre, le programme de 15 ans prévoyait un certain nombre de mesures destinées à fixer la population rurale.

A propos des « villages sans avenir »

120Le point le plus important de ce programme concerne l'élimination des petits villages “sans avenir”, le déplacement et le regroupement des populations dans des centres modernes de type urbain. [...] Mais les populations marquent une résistance très forte aux déplacements et refusent de quitter les villages “sans avenir”, malgré les offres de crédit et les facilités qui leur sont offertes. Souvent, les personnes qui acceptent de migrer avec leur famille, par l'intermédiaire d'une agence de recrutement et au vu d'une annonce alléchante (appartement avec toutes les commodités, travail dans la spécialité recherchée, etc.) sont déçues par les conditions de vie qu'elles trouvent en arrivant : pas de gaz ni d'eau dans les appartements, absence de lopins individuels, mauvaises conditions de travail.

121Les journaux dénoncent souvent ces publicités mensongères de la part des entreprises agricoles en quête de maind'oeuvre, et l'absence de contrats en bonne et due forme qui responsabiliseraient plus ces entreprises. »

122Alain Giroux, Le courrier des pays de l'Est "La difficile mutation de l'agriculture soviétique" CPE, n° 285, juin 1984, pp.3-21

? La lutte contre l'exode rural en Europe de l'Est

123« Le phénomène d'exode rural est très marqué en Roumanie. On peut penser qu'en 1930,84 % de la population active travaillaient dans l'agriculture, alors qu'en 1975,38 % y étaient employés. L'Etat a pratiqué une politique de “saupoudrage industriel” sur l'ensemble du territoire. La rareté des implantations d'usine, sous le régime antérieur, permettait de partir de zéro pour aménager la répartition comme on l'entendait. De ce fait, les hommes ont été attirés par les nouveaux emplois, et ceci a accentué leur désaffection à l'égard des travaux des champs. Seules restent à la coopérative l'épouse et la fille. Au moment des gros travaux, des récoltes, les entreprises agricoles ont d'importantes difficultés de maind'oeuvre et il faut faire appel à des étudiants. [...] La réglementation pour freiner l'exode vers la capitale est particulièrement tatillonne et, au dire de certains Roumains, se présente comme un traquenard. Il est indiqué, par exemple, que l'on peut obtenir sa carte d'identité urbaine si l'on a un emploi et un logement à Bucarest. Mais les candidats à un logement se voient exiger une carte d'identité urbaine. Or sans logement, on ne peut avoir cette carte.

124C'est un cercle vicieux.

125“L'exode pendulaire” est important dans toute la région qui subit l'attraction de la capitale. Mais de très nombreux habitants des zones rurales, à plus de deux cents kilomètres de Bucarest, viennent travailler en ville en louant une chambre et repartent chaque weekend chez eux. [...] Tout ceci finit par vider la Grande Plaine autour de Bucarest de ses paysans, et pour pouvoir continuer à exploiter, l'on fait appel à des agriculteurs de régions plus éloignées qui acceptent de venir parce que les sols y sont plus fertiles et qu'ils sont plus près de la capitale.

126Il est étonnant de voir tous les ouvriers, venus travailler à Bucarest, repartir le soir avec des provisions. Ou bien, en week-end, de nombreux paysans viennent des alentours faire leurs achats en ville. Les contrats que l'Etat passe avec les coopératives sont en effet assez durs. Les quantités à livrer sont importantes. Il finit par y avoir pénurie sur place. Il reste peu pour la consommation des paysans, et ceux-ci vont se ravitailler en ville. Le phénomène est étrange, mais indiscutable.

127Le phénomène d'exode rural en Tchécoslovaquie présente deux caractères. D'une part, il n'a pas revêtu l'ampleur qu'il a prise ailleurs, d'autre part, il n'a pas toujours impliqué une hémorragie de population quittant la campagne pour aller s'installer en ville. Depuis 1950, le nombre de personnes vivant dans des bourgs de moins de 2 000 habitants n'a cessé de diminuer, mais il n'y a pas eu écroulement comme en Occident. La densité humaine est très forte, d'environ 110 habitants au km2. Il existe, dans le pays, près de 20 000 villages. Par la force des choses, ils ne sont jamais très éloignés d'une agglomération urbaine. De plus, traditionnellement, les moyens de communication (autobus principalement) ont toujours été très développés. Le nombre de voitures est plus élevé que dans les autres démocraties populaires. [...] Le gouvernement s'est efforcé de créer le maximum d'usines en zones rurales, en particulier en Slovaquie. Il est donc tentant pour le paysan d'abandonner sa profession pour aller travailler dans le secteur industriel, sans quitter son cadre de vie. En effet, si un ou deux membres de la famille continuent à faire partie de la coopérative (ou même de la ferme d'Etat), cela est suffisant pour continuer à bénéficier des avantages accordés par l'entreprise : jardin, lopin individuel, élevage personnel et surtout logement. Donc les ouvriers cherchent à ne pas quitter leur cadre de vie. Si l'Etat a eu moins à intervenir qu'en URSS et en Bulgarie pour freiner l'exode rural, il a cependant exercé une action particulière pour Prague. Il a sévèrement réglementé l'entrée dans la capitale jusqu'en 1965. Toutefois, depuis 1970, il a accepté le principe d'un “Prague d'un million d'habitants”, mais la construction de logements est loin de suivre à une vitesse suffisante. [...] En 1962, fut édicté un ensemble de mesures administratives destinées à freiner l'exode vers Budapest, dont on voulait diminuer la puissance attractive sur la population des campagnes. La règle de base est que, pour acheter un logement dans la capitale, ou en louer un comme locataire en titre (“locataire principal”), il faut justifier d'un emploi à Budapest, ou bien y habiter depuis 5 ans comme sous-locataire (“locataire secondaire”). Or être sous-locataire oblige à passer par des exigences très dures, imposées par les propriétaires ou les locataires à titre principal. Le minimum réclamé pour une seule pièce est de 1 000 forints par mois, alors que certains salariés ne gagnent pas plus de 2 800 forints. Le nouvel arrivant à Budapest a également la solution d'aller habiter hors des limites administratives de la ville, dans les communes limitrophes, et d'effectuer des déplacements pendulaires. C'est seulement au bout de 5 ans que “l'émigré” pourra demander officiellement à bénéficier d'un logement d'Etat. [...] L'attitude officielle du gouvernement, dans les zones rurales, est de laisser faire librement les paysans pour leur habitat. La planification des migrations rurales n'a été assortie d'aucune mesure coercitive pour que les agriculteurs abandonnent leur maison isolée. Aucune pression officielle ne s'exerce pour supprimer les hameaux, car toute action en ce sens pourrait encore accentuer le départ des jeunes. L'on préfère que les regroupements se fassent spontanément. Il s'agit de problèmes de générations. Les vieux manifestent souvent le désir de mourir dans leur maison. Aleur décès, les enfants abandonneront le plus souvent l'habitat dispersé, iront vers des centres plus importants. [...] L'Etat, sans l'avouer, tout comme en Bulgarie, en Tchécoslovaquie, en Roumanie est tenté de faire renaître une mentalité paysanne productiviste, dont la flamme n'est pas entièrement éteinte, en dépit du progrès de l'agriculture industrielle. “L'usine aux champs” ne s'est pas révélée être une panacée.

128La révision de la politique de l'Etat ne peut faire l'objet de déclarations fracassantes. Elle se fait lentement, dans les faits, de façon subreptice. Il est peu d'esprits pour prôner désormais les bienfaits des agrovilles, des regroupements autoritaires dans le but de maintenir sur place la population et de freiner l'exode rural. »

129Georges Frelastre, professeur, Faculté des sciences économiques de Clermont-Ferrand « Les moyens de lutte contre l'exode rural en Europe de l'Est » CPE, n° 258, janvier 1982, pp.27-38

? Les campagnes : zones de repli ou futurs pôles de développement ?

130Russie : une société délaissée « Les salaires agricoles sont de deux fois inférieurs à ceux pratiqués en moyenne dans les autres secteurs de l'économie. Le seul avantage pour les paysans est la possibilité de s'autoapprovisionner en produits frais grâce à leur lopin individuel tout en obtenant un revenu supplémentaire. En fin de compte, toutes les enquêtes font ressortir un désintéressement évident des paysans pour les résultats de leur travail, un développement inquiétant de l'alcoolisme, une dégradation de la discipline. [...] Le retard des infrastructures sociales est un problème récurrent pour la Russie. De ce point de vue, les campagnes ont toujours été défavorisées et la politique de désinvestissement de l'Etat n'est pas pour améliorer la situation. A la fin de 1990, un programme ambitieux pour le développement social des campagnes avait été adopté mais il n'a pu être appliqué. Avec l'introduction de la réforme, les anciens réseaux de financement par l'Etat ont disparu et les nouveaux (par le canal des autorités locales) ne sont pas encore en place.

131On relève une absence quasi totale de gestion des infrastructures sociales et le risque existe de voir revenir la liquidation des “villages sans avenir”, imaginée par N. Khrouchtchev. En situation de déficit des ressources, celles qui sont disponibles vont en priorité aux villes et aux centres industriels.

132L'état médiocre des budgets locaux entraîne une chute des investissements et les banques, très frileuses vis-à-vis de l'agriculture, rechignent à débloquer des prêts à long terme.

133Les résultats de cette absence pérenne de politique apparaissent dans les données statistiques corroborées par tous les observateurs. Sur 153 000 localités rurales, seules 10 % sont entièrement équipées de toutes les infrastructures modernes. [...] L'approvisionnement centralisé en eau n'est assuré que pour la moitié des appartements en zones rurales et 15 % seulement d'entre eux ont l'eau courante à l'intérieur du logement. Le grand retard enregistré par la société rurale inquiète nombre d'observateurs en Russie. Il représente un danger pour la société tout entière. »

134Alain Giroux, Le courrier des pays de l'Est « L'agro-alimentaire russe en panne entre réforme et conservatisme » CPE, n° 405, décembre 1995, pp.3-24 »

Des politiques de développement rural pour les futurs membres de l'UE

135« Durant ces années de transition économique, synonymes pour la majorité des populations concernées d'une importante diminution de leur niveau de vie, les campagnes ont pour partie assuré un rôle de tampon social, à commencer par les pays ayant connu une multiplication des micro-exploitations individuelles. Frappés par le chômage industriel, nombreux ont été les ouvriers de la première génération à regagner les campagnes qui, pour beaucoup d'ailleurs, étaient demeurées le lieu de résidence officiel de ces “navettistes”.

136Peu satisfaisant sur le plan économique, puisque allant à l'encontre de la modernisation du secteur agricole, il reste que ce rôle de “tampon” joué par les campagnes a été reconnu par beaucoup comme socialement nécessaire, à tout le moins comme une solution transitoire. Mais pour combien de temps ? Le phénomène d'exode rural observé en Albanie, avant qu'une nouvelle crise politique et financière ne précipite l'effondrement de ce pays, mais aussi dans certaines régions de Roumanie, s'il n'infirme pas la fonction de “zone de repli” jouée par les campagnes, témoigne simplement des limites rapidement atteintes par cette solution de court terme, dès lors qu'aucune autre activité économique n'est envisagée pour inciter la population à rester.

137C'est ainsi que la politique de développement rural introduite dans les pays occidentaux il y a une vingtaine d'années, qualifiée par les spécialistes, selon les cas, de “durable” ou encore d' “intégré” (voire de “global”) a commencé de faire un certain nombre d'émules dans différentes institutions européennes et occidentales (comme l'OCDE) travaillant sur et avec l'Europe centrale et orientale, ainsi que dans les ministères (ceux de l'agriculture notamment) des pays concernés.

138Plusieurs arguments plaident en faveur de cette approche. Bien sûr et avant tout, la place importante (démesurée chez certains) qu'occupe l'emploi agricole, ajoutée au nombre de ruraux, font du développement des zones rurales un élément fondamental d'une politique d'aménagement du territoire, que peu d'Etats dans ces pays ont formulé pour le moment. La présence d'une population active dans l'agriculture, encore nettement en surnombre, sous-entend l'existence d'un chômage, certes inégalement réparti, mais quasiment généralisé à l'ensemble des espaces ruraux.

139Qu'il soit ouvert ou masqué, il pose le problème des possibilités de création d'emplois, auquel le seul secteur agricole est dans l'incapacité de pouvoir répondre ; par ailleurs, et l'étude des structures le prouve, la restructuration actuellement à l'oeuvre engendrera encore de nombreuses pertes d'emplois. La tendance à considérer que dans les campagnes, les populations pouvaient toujours “se débrouiller”, a conduit à oublier que le secteur agricole a été très durement touché par le chômage et qu'il continuera de l'être, si des solutions de remplacement ne sont pas mises en place. Le fait, par exemple, que la privatisation des anciennes fermes d'Etat tchèques se soit faite avec pour contrepartie l'engagement de ne pas licencier pendant trois ans, ne fait que surseoir à un problème qui, tôt ou tard, se posera de façon ouverte.

140Le caractère encore insuffisant, voire sous-développé, des services et surtout du tissu des petites et moyennes entreprises en milieu rural, incite à considérer cette notion de politique de développement rural autrement que comme un simple gadget, créateur, à tout le moins, de quelques centaines d'emplois dans un secteur comme le tourisme rural. La déstructuration de la chaîne de transformation agro~alimentaire et le démantèlement des monopoles dans ce secteur ont engendré, sur le plan local, de nombreuses opportunités de création de petites unités de transformation et de commercialisation, auxquelles seule l'absence de capital fait défaut pour être concrétisées.

141Enfin, la mise en oeuvre d'une politique de développement rural est également un instrument à mettre au service de la lutte contre les disparités régionales anciennes et surtout nouvelles, créées par les récentes restructurations industrielles. La politique suivie en la matière ne peut être que volontariste, sachant qu'il est exclu de pouvoir compter sur un apport en capitaux étrangers pour faire fonction d'amorce; les investissements extérieurs se concentrent par expérience dans les régions déjà dotées d'un minimum d'infrastructures. Qui dit zones rurales dit donc, dans un grand nombre de cas, “zones défavorisées” (concept plus généralement utilisé par la Banque mondiale), désignant ainsi des régions victimes d'un taux de chômage nettement supérieur aux moyennes nationales.

142[…] Abandonner une logique agricole strictement “productiviste” dont il apparaît qu'à court terme du moins, même les pays les mieux placés (Hongrie, Pologne, République tchèque) ne sortent pas forcément gagnants, au profit d'une approche privilégiant la pluri-activité en milieu rural, dont il ne faut pas a contrario sous-estimer les coûts, constitue une nouvelle équation, dont les termes demandent à être posés à l'échelle de chacune des réalités nationales ».

143Edith Lhomel, Le courrier des pays de l'Est « Structures agricoles en Europe centrale et orientale : une transformation inachevée » CPE, n° 416, janvier-février 1997, pp.40-50

  1. Heurs et malheurs de l’agriculture collectivisée
    1. ? Le secteur agricole : casse-tête des dirigeants soviétiques
      1. De réorganisation en réorganisation
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    2. ? Europe centrale : du dogme... à la mise en oeuvre
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    1. ? Recul de la population rurale en Union soviétique
      1. A propos des « villages sans avenir »
    2. ? La lutte contre l'exode rural en Europe de l'Est
    3. ? Les campagnes : zones de repli ou futurs pôles de développement ?
      1. Des politiques de développement rural pour les futurs membres de l'UE

Pour plus d’informations, lire dans Le courrier des pays de l’Est

  • Article non signé, « La réforme agraire en Roumanie », n° 37,16 septembre 1965, pp. 23-32.
  • Alexandre Guthart, « L’agriculture polonaise à l’étape de la “consolidation” de la propriété foncière privée », n° 93,3 janvier 1968, pp. 19-28.
  • Gérard Wild, « Agriculture et croissance économique : l’exemple roumain », n° 141, mai 1971, pp. 79-90.
  • Françoise Lemoine, Georges Sokoloff, « Les interventions de l’URSS sur le marché céréalier mondial », n° 190, novembre 1975, pp. 6-19.
  • Alain Giroux, « Les possibilités de réformes structurelles dans l’agriculture soviétique », n° 252, juin 1981, pp. 3-20.
  • Colette Beaucourt, « L’alimentation du bétail : clé de voûte du “programme alimentaire” soviétique », n° 268, décembre 1982, pp. 3-25.
  • Alain Giroux, « L’expérience hongroise au secours de l’agriculture soviétique », n° 273, mai 1983, pp. 3-21.
  • Edith Lhomel, « Les productions agricoles en Europe de l’Est », n° 336, janvier 1989, pp. 3-28.
  • Wilhelm Jampel, avec la coll. d’Edith Lhomel, « L’industrie agro-alimentaire en Europe de l’Est. Production et échanges », n° 338, mars 1989, pp. 3-33.
  • Edith Lhomel, « Les mutations des structures agricoles à l’Est 1980-1990 », n° 347, février 1990, pp. 3-32.
  • Alain Giroux, « Transformation et distribution des produits agricoles en URSS : la désagrégation », n° 355, décembre 1990, pp. 3-37.
  • Edith Lhomel, « Privatisations et politiques agricoles en Europe centrale et orientale », n° 367, mars 1992, pp. 3-25.
  • Edith Lhomel, « Industries agro-alimentaires et investissements occidentaux en Europe centrale et orientale », n° 377, mars 1993, pp. 3-35.
  • Alain Pouliquen, « L’illusoire compétitivité agricole des PECO : vers l’élargissement des exportations de l’UE », n° 416, janvier-février 1997, pp. 51-56.
  • Nadège Ragaru, Maria Halamska, « Quels porte-parole pour le monde rural ? Les cas bulgare et polonais », n° 1013, mars 2001, pp. 17-28.
  • Jurgita Maciulyte, « L’agriculture en Lituanie. Dix ans de transition », n° 1025, mai 2002, pp. 52-60.
  • En ligneFrançois Bafoil, Rachel Guyet, Loïc L’Haridon, Vladimir Tardy, « Pologne. Profils d’agriculteurs », n° 1034, avril 2003, pp. 28-47.
Pour citer cet article
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