CAIRN.INFO : Matières à réflexion

1L’année 2007 s’achève pour l’Azerbaïdjan sur de remarquables résultats économiques. Il a décuplé ses revenus et sa situation financière lui permet de regarder l’avenir avec une certaine sérénité. Cependant, l’état actuellement connu des réserves d’hydrocarbures ne lui offre qu’une quinzaine d’années pour construire une économie solide. L’Azerbaïdjan est devenu un élément essentiel du dispositif d’acheminement des hydrocarbures de la mer Caspienne. Les transports sont une priorité pour désenclaver le pays, désormais fournisseur de gaz et de pétrole de l’Europe. Les autorités investissent dans les sphères sociales et de l’éducation, s’attachent au développement économique régional et à la diversification industrielle. Toutefois, l’inflation frappe de plein fouet les ménages, en dépit des tentatives du gouvernement pour la juguler. Par ailleurs, cet enrichissement soudain venu avec la manne pétrolière n’encourage pas les autorités à libéraliser l’économie et à engager de plus amples réformes démocratiques.

2La politique intérieure a été placée en 2007 sous le signe de la stabilité, le Président s’employant à consolider son régime et se préparant sereinement à l’élection présidentielle de 2008. Les rapports sur la situation des médias et des droits de l’homme n’en dénoncent pas moins une détérioration certaine.

3Par ailleurs, les autorités annoncent avoir déjoué plusieurs projets de coup d’Etat et une attaque terroriste en octobre contre les ambassades américaine et anglaise à Bakou.

4Sur le plan international, le président Aliev enregistre de réels succès, notamment dans la tâche difficile visant à maintenir des relations de bon voisinage avec Russes et Iraniens tout en restant un partenaire privilégié de la Turquie et un allié stratégique des Etats-Unis. Néanmoins, cet équilibre reste fragile. L’Azerbaïdjan, fort de ses ressources financières, s’impose désormais comme un élément décisif de la dynamique régionale. Cependant, les négociations sur le conflit du Haut-Karabakh piétinent, alors que des déclarations de plus en plus belliqueuses se font entendre dans le pays.

Croissance économique et budget démultipliés

5En 2007, la croissance économique (+ 24 % environ) a été, une fois de plus, l’une des plus élevée du monde. Elle est essentiellement alimentée par les revenus de l’industrie pétrolière (+ 45 % en 2007) dopés par l’exploitation d’importants gisements de pétrole et de gaz, ainsi que par la mise en service de l’oléoduc Bakou-Tbilissi-Ceyhan et du gazoduc Bakou-Tbilissi-Erzurum. Ainsi, c’est en 2007 que le gisement de gaz de Shahdeniz, qui serait équivalent à celui de la mer du Nord, a été mis en service. Le boom énergétique a un effet d’entraînement sur l’activité des autres secteurs de l’économie (+ 9 % de croissance) et en particulier dans les services, en pleine expansion.

6Le budget pour 2007 est en augmentation de 40 % par rapport à celui de 2006 et pour l’exercice de 2008 il a encore été accru de 35% pour atteindre près de 10 milliards de dollars. Les chiffres officiels affichent une progression d’environ 38 % du revenu par habitant (le PIB par tête est de 3 500 dollars). Les dépenses de l’Etat ont augmenté de 50 %. Le poids de la dette extérieure reste faible, à 7,7 milliards de dollars. En revanche, l’inflation qui était d’environ 9 % en 2006, aurait atteint 16 % en 2007 selon le gouvernement, mais des sources non officielles évoquent plutôt le chiffre de 20 %, voire plus.

Principaux indicateurs économiques de l’Azerbaïdjan en 2000-2007

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Principaux indicateurs économiques de l’Azerbaïdjan en 2000-2007 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006(1) 2007(2) PIB (variation en %) 11,1 9,9 10,6 11,2 10,2 26,4 34,5 28,0 Production industrielle (variation en %) 6,9 5,1 3,6 6,1 5,7 33,5 36,6 30,0-32,0 Production agricole (variation en %) 12,1 11,1 6,4 5,6 4,6 7,5 0,9 4,0 Consommation des ménages (variation en %) 12,1 9,9 13,1 6,0 6,9 21,7 nd nd Formation brute de capital fixe (variation en %) 2,6 20,6 64,8 72,6 13,0 14,6 nd nd Taux de chômage officiel (en % des actifs, en décembre) 1,1 1,3 1,4 1,4 1,4 1,4 1,3 1,2(3) Indice des prix à la consommation (moyenne annuelle, %) 1,8 1,5 2,8 2,2 6,7 9,6 8,3 16,0 Solde budgétaire (en % du PIB) - 0,6 - 0,4 - 0,5 - 0,8 + 1,0 + 2,6 + 0,1 + 2,4 Exportations de marchandises (en millions de dollars) 1 745 2 314 2 167 2 592 3 615 4 347 6 372 4 315,8(4) - vers la CEI 235 223 243 334 614 905 930 810,6(4) - vers le reste du monde 1 510 2 091 1 924 2 258 3 001 3 442 5 442 3 505,2(4) Importations de marchandises (en millions de dollars) 1 172 1 431 1 665 2 626 3 516 4 211 5 265 3 907,4(4) - de la CEI 375 445 650 851 1 201 1 449 2 098 1 305,5(4) - du reste du monde 797 986 1 015 1 775 2 315 2 762 3 167 2 601,9(4) Balance commerciale (en millions de dollars) + 573 + 883 + 502 - 34 + 99 + 136 + 1 107 + 408,4(4) Balance des transactions courantes (en % du PIB) - 3,5 - 0,9 - 12,3 - 27,8 - 29,8 + 1,3 + 15,6 + 19,8 Dette extérieure brute (en % du PIB) 19,8 20,2 41,7 37,7 40,2 32,8 24,6 nd Investissements directs étrangers nets (en millions de dollars) 149 299 1 048 2 353 2 351 458 - 926 - 4 963 (1) Données préliminaires (2) Projections (3) Fin septembre (4) Janvier-septembre Sources : Berd, Transition Report 2007; Comité des statistiques de la CEI

Principaux indicateurs économiques de l’Azerbaïdjan en 2000-2007

Berd, Transition Report 2007; Comité des statistiques de la CEI

7Depuis 2004, les crédits alloués à la défense ont été multipliés par six pour atteindre, en 2007,1 milliard de dollars (+ 27 % par rapport à 2006). Les autorités justifient l’importance de ce budget par la coûteuse réforme de l’armée.

8L’Otan et certaines capitales occidentales expriment leurs craintes face au réarmement massif de ce pays qui ne cache pas ses motivations. Son Président déclarait ainsi en 2007 : « Nous sommes pour un règlement pacifique du conflit, mais d’autres voies ne sont pas exclues et nous devons être prêts à libérer nos territoires par tous les moyens, y compris militaires. Pour ce faire, nous avons besoin d’une armée forte et nous la créons ».

? Développement économique : trois priorités

9Trois domaines bénéficient d’une attention particulière de la part de l’Etat : l’ouverture de nouvelles routes d’exportation des hydrocarbures, le développement d’un pôle high-tech et la modernisation des infrastructures du pays.

Vers un nouveau hub de hautes technologies ?

10Le président Aliev, conseillé par Bill Gates, a choisi de diversifier l’économie en mettant l’accent sur les nouvelles technologies de l’information. Les autorités souhaitent créer un technopark, avec l’objectif d’en faire, à terme, « un centre régional de transit de l’information ». Les monopoles de téléphonie Aztelekom et Baktelekom devraient être prochainement privatisés et il est prévu de construire un réacteur nucléaire pour la recherche avant 2011. Pour les autorités, les revenus de ce secteur devraient progressivement devenir équivalents à ceux du pétrole.

De nouvelles voies d’acheminement des hydrocarbures de la Capsienne

11Dans ce domaine, d’importants investissements sur fonds propres ont pu être réalisés, comme la construction de la ligne ferroviaire Kars-Akhalkalaki-Tbilisi-Bakou (KATB). Elle permettra d’augmenter le fret ferroviaire de 15 à 20 milliards de tonnes par an et offre à la Géorgie et à l’Azerbaïdjan une précieuse alternative aux chemins de fer russes. Al’avenir, les hydrocarbures kazakhstanais et turkmènes destinés à l’Europe pourraient également emprunter cette ligne, les travaux devant être achevés dans deux ou trois ans.

12L’Arménie est sciemment tenue à l’écart de ce projet, toute action de coopération étant conditionnée au retrait préalable de ses troupes des territoires occupés. De ce fait, ce projet a soulevé de nombreuses protestations, notamment aux Etats-Unis, où le Congrès américain a interdit toute participation de fonds publics. Finalement, l’Azerbaïdjan a accordé un prêt de 220 millions de dollars à faible intérêt (1 %) à la Géorgie pour financer ce chantier.

13L’Azerbaïdjan a désormais les moyens d’investir et a, par conséquent, un pouvoir de décision bien réel sur le développement des réseaux de transport régionaux. La compagnie pétrolière nationale, la Socar, se montre très active dans ce domaine : elle a construit le port de Kulevi sur la côte géorgienne de la mer Noire, qui, relié par train à l’Azerbaïdjan, ouvre une nouvelle voie d’exportation. Elle a également signé un accord de coopération stratégique avec une compagnie turque, Turcas, dans le but d’implanter une raffinerie de pétrole à Ceyhan, dont la capacité sera supérieure à celle de Rotterdam.

14Fin décembre, un protocole a été signé avec l’Italie qui prévoit, à partir de 2012, l’exportation de gaz vers l’Italie via la Turquie et la Grèce (construction du gazoduc TGI). L’Azerbaïdjan aurait donc plusieurs nouvelles routes possibles pour ses livraisons d’hydrocarbures à l’Europe : le BTC (Bakou-Tbilissi-Ceyhan), via la mer Noire, Le Nabucco et le TGI via la Turquie et la Grèce.

15Enfin, le changement intervenu au sommet de l’Etat turkmène a fait renaître l’espoir que le projet de gazoduc transcaspien (TCGP) soit réactivé. Traversant la mer Caspienne, le gaz turkmène rejoindrait ainsi les conduites azerbaïdjanaises pour être exporté vers l’Europe.

16L’Azerbaïdjan a également décidé de moderniser ses infrastructures portuaires.

17La société sud-coréenne GS E&S va superviser la construction d’un nouveau port aux portes de Bakou (Alat, à 70km de la capitale) qui sera relié à la ligne ferroviaire KATB.

Les infrastructures publiques

18Grâce au fonds pétrolier (plus de 2,5 milliards de dollars) l’Etat a entrepris de rénover les infrastructures du pays, d’investir dans des programmes sociaux et d’améliorer le niveau de vie de la population. Officiellement, le nombre d’habitants vivant en dessous du seuil de pauvreté aurait été ramené à 16 %, contre 49 % en 2003. Les dépenses consacrées par le budget à la sphère sociale ont augmenté de plus de 30 % en 2007, permettant une hausse sensible des salaires et des retraites. Le développement des infrastructures et l’amélioration des services publics sont également une priorité. Les fonds alloués à l’éducation sont en progression constante, et s’élevaient à 900 millions de dollars en 2007. La santé n’est pas non plus oubliée avec un budget multiplié par cinq depuis 2003.

? La face cachée du boom azerbaïdjanais

19La conséquence négative de cette croissance réside dans l’inflation, qui aurait officieusement largement dépassé les 20 %. Les tarifs de l’électricité ont triplé, ceux de l’eau ont doublé, le gazoil a augmenté de 50 % et les transports publics de 30 %. Même si les salaires et les pensions ont été revalorisés (le salaire moyen équivaut à 124 euros), ces hausses ne compensent pas celles des prix des biens de consommation et l’on constate un appauvrissement des plus démunis.

20L’appréciation du taux de change menace d’agir négativement sur la compétitivité des secteurs non pétroliers. Parmi ceux-ci, l’agriculture joue un rôle majeur, mais elle souffre non seulement des conséquences du taux de change, mais également du manque de main-d’oeuvre, attirée massivement par le boom de la construction. D’une façon similaire, l’industrie métallurgique et en particulier la production de l’aluminium (2,3 % des exportations) est de plus en plus handicapée par les fortes hausses des prix de l’énergie.

21Pour certains, ces différents signes suggèrent que l’Azerbaïdjan a déjà pris le chemin du Nigeria qui, en quelques années, a vu son statut de principal exportateur agricole passer à celui d’importateur. Les autorités, conscientes de ce risque, ont adopté toute une série de mesures pour endiguer une telle évolution, comme la création du Fonds pétrolier et la mise en place d’institutions destinées à soutenir le développement des secteurs non pétroliers dont les effets furent globalement positifs.

22Toutefois, il semble que le gouvernement ne soit pas encore disposé à prendre les décisions radicales qui s’imposent, à savoir freiner drastiquement les dépenses de l’Etat, supprimer les monopoles, ouvrir le cercle des affaires et du pouvoir économique à d’autres acteurs, renforcer la lutte contre la corruption et promouvoir l’Etat de droit.

Politique interne : stabilité et consolidation du régime

23Sur le plan intérieur, le calme et la stabilité sont remarquables. Le président Aliev conforte sa position et celle de ses proches. Il y a eu peu de changements dans l’équipe gouvernementale et on n’en prévoit guère, à part peut-être la nomination d’un civil à la tête du ministère de la Défense conformément aux principes de l’Otan. L’administration a entrepris de se réformer progressivement et les ministères, désormais dotés de moyens plus conséquents, se réorganisent et planifient leurs missions à moyen et long termes. Les gouverneurs dans les régions mettent en place des réseaux locaux grâce aux fonds mis à leur disposition pour la création d’emplois et le soutien des entrepreneurs.

24Le président Aliev, candidat du parti au pouvoir (YAP), est donné favori de l’élection de 2008. Porté par des résultats économiques record, il a également su profiter de l’héritage de son père pour poursuivre l’oeuvre de stabilisation du pays. Il bénéficie en outre d’une certaine aura, dans la mesure où il a réussi à s’imposer sur la scène internationale et à agir sur la situation géopolitique régionale, sans devoir faire trop de concessions. Enfin, son discours alliant modernisme et nationalisme a su conquérir et apaiser une majeure partie des citoyens. Dans ce contexte, une campagne et une collecte de signatures « spontanées » ont été lancées en faveur de l’extension du mandat présidentiel de cinq à huit ans...

25Le père du Président, Heydar Aliev, continue de faire l’objet d’un culte de la personnalité, contribuant à ancrer la famille Aliev dans l’histoire du pays.

26La tendance à la concentration des pouvoirs politique et financier dans les mains des proches du Président s’est confirmée en 2007. Par ailleurs, pour beaucoup, le climat des affaires, marqué par les liens personnels et familiaux, manque de transparence et les investissements s’en ressentent. Le rapport Doing Business 2008 de la Banque mondiale place l’Azerbaïdjan à la dernière place dans le Sud-Caucase, et à la 96e (sur 178 pays) pour le climat des affaires. Selon l’organisation Transparency international, ce pays se situe au 150e rang (sur 179) en ce qui concerne l’indice de perception de la corruption.

27L’opposition, sortie très affaiblie des élections législatives de 2005, a connu de nouvelles épreuves en 2007. Un conflit a entraîné la scission du Parti démocratique d’Azerbaïdjan (PDA) et le bloc d’opposition Azadlyg est menacé par ses divisions internes. L’opposition est de facto de plus en plus marginalisée par le pouvoir, tandis que ses tentatives pour mobiliser la population se heurtent de plus en plus souvent à des interdictions, et que les réunions non autorisées sont dispersées par la police et leurs participants interpellés.

28Les opérations de discrédit dont ils font l’objet, le manque de moyens financiers, les querelles dues aux ambitions personnelles de ses leaders, achèvent de rendre ces partis de moins en moins actifs, visibles et peut-être même populaires. Il est peu vraisemblable que l’opposition parvienne à se mettre d’accord pour présenter un candidat unique à l’élection présidentielle. Ali Kerimli, président du Parti du front populaire, aurait déjà déclaré que le bloc Azadlyg auquel sa formation est affiliée pourrait boycotter ce scrutin.

? La situation des droits de l’homme : toujours préoccupante

29Les libertés d’expression et de réunion font toujours l’objet de restrictions drastiques. Les institutions internationales ont dénoncé l’arrestation et la condamnation de plusieurs journalistes et rédacteurs d’importants journaux d’opposition ou critiques du gouvernement (Bizim yol, Realny Azerbaijan, Azadliq, Muhalifet, Ideal...). Officiellement, ils auraient été sanctionnés pour diffamation de personnalités du gouvernement, hooliganisme, ou encore pour détention de drogue, corruption, terrorisme... Les journalistes, tout comme les défenseurs des droits de l’homme, signalent la multiplication des manoeuvres délibérées visant à discréditer la presse locale et y voient une stratégie préélectorale destinée à encadrer strictement la liberté d’expression avant l’élection présidentielle. Reporters sans frontières recense également les violences physiques et les pressions morales exercées sur les journalistes. En juin, deux journaux d’opposition, Realny Azerbaijan et Gundelik Azerbaycan, ont été expulsés de leurs locaux et ont suspendu leurs activités. Quatorze des employés de ces rédactions auraient par la suite pris le chemin de l’exil.

30Quelques-uns de ces journalistes ont bénéficié de la grâce présidentielle en janvier 2008 et ont été libérés, l’Union européenne ayant néanmoins regretté que cette mesure ne s’applique pas à l’ensemble des journalistes emprisonnés et s’étant prononcée pour la dépénalisation des procédures en diffamation.

31Les organismes de défense des droits de l’homme soulignent également les déficiences du système judiciaire : les procédures paraissent exagérément longues et opaques et ne semblent pas respecter les normes du droit le plus élémentaire. Elles rapportent également des allégations de torture. Des révoltes ont éclaté dans quelques prisons pour protester contre les conditions de détention et le refus des autorités de commuer les peines à perpétuité. La Cour européenne des droits de l’homme a condamné les autorités azerbaïdjanaises à payer une somme de 10 000 euros en dédommagement des mauvais traitements physiques infligés à l’un des leaders de l’opposition, incarcéré à l’occasion de l’élection présidentielle de 2003 et 20 000 euros au profit de Alikram Gumbatov, ex-prisonnier politique, dont le procès a été jugé inéquitable, qui a été victime de torture et s’est vu refusé un traitement médical pendant sa détention.

? Menaces terroristes

32Aplusieurs reprise en 2007, les autorités ont annoncé avoir arrêté des groupes de personnes en possession illégale d’armes et suspectées de vouloir organiser un coup d’Etat. Certains d’entre eux, présentés comme « islamistes radicauxwahhabistes » ont été accusés de terrorisme ou d’intelligence avec des services étrangers. En octobre, le ministère de la Sécurité nationale révélait que des attaques de terroristes islamistes dirigées contre les ambassades de Grande-Bretagne et des Etats-Unis, avaient été déjouées, que 17 personnes avaient été arrêtées et qu’une autre était décédée lors de l’interpellation.

33Par ailleurs, les quinze participants au « coup d’Etat manqué » de janvier 2007 ont été condamnés à de lourdes peines de prison. En avril, six hommes appartenant au groupe Al-Muvahhidun Jamaat étaient jugés pour détention illégale d’armes et six autres, se revendiquant d’Al Qaida-Caucase, pour trahison et terrorisme. Plusieurs incidents auraient eu lieu entre la police et de prétendus terroristes, notamment dans les districts du Nord-Est, selon des informations souvent difficilement vérifiables. Néanmoins, deux éléments nouveaux sont à souligner : les opérations de police à l’encontre de wahhabistes se multiplient et le contrôle exercé sur les activités religieuses a été sérieusement renforcé.

34Dans les régions, la police aurait même entrepris une véritable « chasse à l’extrémiste » et la vente d’ouvrages religieux dans le commerce se ferait de plus en plus discrète. Néanmoins, tout en reconnaissant le risque réel de radicalisation religieuse dans ce pays, les associations de défense des droits de l’homme dénoncent une répression inutile et excessive, qui contribue à conférer une image de martyrs à ces terroristes supposés.

Diplomatie multi-vectorielle

? Détérioration des relations azerbaïdjano-russes...

35Le début de la crise entre les deux pays remonte à décembre 2006, quand Gazprom décide alors d’aligner les prix de son gaz vendu à l’Azerbaïdjan et à la Géorgie sur ceux pratiqués en Europe (augmentation de 50 %). Cette décision est très mal perçue à Bakou, d’autant que les alliés de Moscou, l’Arménie et la Biélorussie, continuent de bénéficier de tarifs préférentiels.

36Bakou y voit même une mesure de rétorsion pour le soutien qu’elle apporte à la Géorgie. Aussi, sa réponse ne se fera-t-elle pas attendre et sera-t-elle vive : les autorités azerbaïdjanaises annoncent l’interruption des importations de gaz en provenance de Russie, ainsi que celle de l’acheminement du pétrole par les oléoducs russes. Elles auraient même envisagé de dénoncer le contrat de location de la station radar de Gabala à la Russie ou du moins d’augmenter significativement le montant du loyer. Autre réaction, l’Azerbaïdjan décide de fermer les chaînes russes de télévision. Ce pays a également violemment protesté contre le projet de construction d’une seconde base russe en Arménie, la fourniture à Erevan, à des prix négociés dans le cadre de l’Organisation du traité de sécurité collective (OTSC), d’équipements militaires qu’il craint de voir en partie installés dans les territoires occupés. Enfin, le malaise entre Moscou et Bakou sera exacerbé par les nombreuses expulsions, agressions et tracasseries à l’encontre des travailleurs émigrés azerbaïdjanais en Russie.

37Le rapprochement de l’Europe et du Caucase dans le domaine énergétique qui ont comme objectif commun de se libérer de leur dépendance respective à l’égard de Moscou y est également cause d’agacement. Ainsi les récentes initiatives azerbaïdjanaises visant à multiplier les routes d’exportation en évitant la Russie, comme les projets Nabucco, KATB, ou d’oléoduc Odessa-Brody-Gdansk ne sont pas du goût de Moscou.

38Autre sujet d’irritation encore, la participation active de l’Azerbaïdjan au GUAM (Géorgie-Ukraine-Azerbaïdjan-Moldavie), forum considéré à Moscou comme anti-russe. Dans le discours prononcé à l’occasion des dix ans de cette organisation, qu’il présidait en 2007, le chef de l’Etat azerbaïdjanais a mis l’accent tout particulièrement sur les problèmes de séparatisme auxquels sont confrontés trois des pays membres.

39Enfin, le rapprochement avec l’Otan et les développements de la coopération militaire azerbaïdjano-américaine inquiètent Moscou, qui voit d’un mauvais oeil des radars américains postés à ses frontières ou la création d’une flotte azerbaïdjanaise en mer Caspienne grâce à l’aide américaine.

?... et renforcement de la politique d’intégration régionale

40La détérioration de ses relations avec la Russie a contribué à renforcer les liens de l’Azerbaïdjan avec la Géorgie qui partage certaines de ses rancoeurs.

41Ainsi, l’Azerbaïdjan s’est engagé à fournir de l’électricité et du gaz à la Géorgie à moindre prix. Les déclarations des autorités azerbaïdjanaises sur la nécessité de résoudre les « conflits gelés » en se fondant sur le principe de l’intégrité territoriale reflètent un soutien à peine voilé à leurs homologues géorgiennes, dans les conflits engendrés par les revendications séparatistes en Ossétie du Sud et en Abkhazie. Les relations entre les deux pays sont au beau fixe, le volume des échanges a augmenté de 1,5 en 2007 et les projets communs sont de plus en plus nombreux, à commencer par la ligne ferroviaire KATB.

? Relations américanoazerbaïdjanaises : Washington a besoin de Bakou...

42En tant que avant-poste de l’Irak, pays voisin de l’Iran et élément pivot du dispositif énergétique régional, l’Azerbaïdjan est un allié stratégique des Etats-Unis dans le Caucase. Il est également impératif pour Washington de renforcer la présence américaine dans une région où la Russie tente de consolider ses positions, d’où son insistance depuis quelques années pour que Bakou lui accorde l’installation de bases militaires sur son territoire. Les Etats-Unis souhaiteraient aussi que l’Azerbaïdjan s’engage plus avant à ses côtés, dans le bras de fer qui les oppose à Téhéran.

43Cependant, ce pays a, à plusieurs reprises, signifié son refus de se mettre dans une position politiquement inconfortable vis-à-vis de l’Iran avec lequel il entretient une relation délicate mais stratégique. Plus récemment, le président Bush a décidé de nommer un représentant spécial pour l’énergie dans la région de la mer Caspienne, ce qui, selon les dires d’un sénateur américain, montre « que Washington considère cette zone stratégique comme une priorité ».

?... et ménage sa susceptibilité

44Pour la première fois, des officiels américains se sont fermement opposés ? au nom de l’administration américaine ?à l’adoption par la Chambre des représentants de la résolution 106 sur la reconnaissance du génocide arménien, au motif que ce texte pourrait nuire aux intérêts nationaux dans la région. En avril, pour protester contre un rapport du département d’Etat qui avait omis de rappeler l’occupation des territoires azerbaïdjanais, le voyage d’une délégation azerbaïdjanaise à Washington pour des consultations bilatérales sur la sécurité a été annulé, conduisant l’administration américaine à prendre ses distances à l’égard de ce texte et à réitérer son soutien au principe de l’intégrité territoriale de l’Azerbaïdjan.

45La coopération s’articule autour de deux grands pôles : l’énergie et le domaine de la sécurité et de la défense. Le programme américain d’assistance militaire à l’étranger envisage de fournir dans ce cadre 4,3 millions de dollars à l’Azerbaïdjan en 2008 et de nombreux responsables militaires et civils se sont rendus dans le pays en 2007, pour des missions de coopération. Le directeur de la CIAa effectué une visite surprise en octobre dans le cadre de la coopération bilatérale pour la lutte contre le terrorisme. En réalité, les deux pays travaillent déjà ensemble dans un grand nombre de domaines. Les militaires ont une autorisation permanente de survol de l’espace aérien, des experts sont associés aux efforts de modernisation de l’armée et le Pentagone sponsorise, entre autres, la formation d’une force navale azerbaïdjanaise dans la mer Caspienne ainsi que la rénovation de bases aériennes.

? L’Azerbaïdjan au coeur de la querelle russo-américaine sur le bouclier anti-missiles

46S’opposant à l’installation par les Américains d’éléments du bouclier antimissile en République tchèque et en Pologne, et convaincu que cette initiative allait à l’encontre de ses intérêts stratégiques, Moscou a formulé une contre-proposition envisageant la mise en place d’un programme de défense antimissile conjoint à partir de la station radar azerbaïdjanaise de Gabala, louée à la Russie jusqu’en 2012. En septembre, une délégation d’experts des trois pays concernés s’est rendue sur le site pour examiner les capacités de cette installation. Au terme de longues négociations aucun accord n’a pu encore être trouvé. La proposition russe, à laquelle Bakou avait donné son accord de principe, envisageait la modernisation de la station, son exploitation conjointe par les forces russes et américaines ainsi que son intégration dans le système de défense antimissile américain.

? Partenariat avec l’Otan

47La coopération entre l’Otan et l’Azerbaïdjan se poursuit. Ce dernier s’est engagé dans la deuxième étape du Programme de partenariat individuel (IPAP) dont la réalisation implique des réformes considérables de l’armée. Les déclarations officielles soulignent que la coopération avec l’Otan n’est pas orientée vers l’adhésion, mais pourrait le cas échéant raccourcir le chemin qui y mène. Face au réarmement de ce pays, l’Alliance, de concert avec de grandes capitales, l’a incité à respecter ses engagements en matière de limitation des armements ainsi que les quotas prévus au titre du traité sur les forces conventionnelles en Europe, dont il est signataire.

? Iran : des relations délicates mises à mal

48En août, le président Ahmadinejad a effectué une visite officielle en Azerbaïdjan au cours de laquelle des accords ont été signés dans les domaines de la pétrochimie, de l’hydroélectricité et des transports. En dépit d’intérêts économiques et stratégiques communs, les deux pays entretiennent des relations délicates. Téhéran voit d’un mauvais oeil le développement de la coopération de son voisin avec les Etats-Unis et craint que Bakou accepte une présence militaire américaine. L’Azerbaïdjan, quant à lui, redoute le prosélytisme politico-religieux des officines iraniennes et s’indigne des discriminations dont seraient victimes les minorités azéries vivant dans le nord de l’Iran.

49L’absence d’accord sur le statut juridique de la mer Caspienne complique également le dialogue entre ces deux Etats. La visite du Président iranien au mois d’août n’est certainement pas étrangère à la proposition russe, faite aux Américains quelques semaines auparavant, d’instaurer un programme de défense antimissile conjoint à partir de la station radar azerbaïdjanaise. Les relations entre les deux pays ont connu un nouveau refroidissement en décembre, à la suite de la condamnation d’un groupe de quinze personnes pour tentative de coup d’Etat et espionnage au profit de l’Iran.

? Réforme de l’armée et coopération avec la Turquie

50La Turquie est le premier partenaire économique de l’Azerbaïdjan. Les liens étroits qui unissent les deux pays ont facilité la conquête de parts stratégiques du marché des télécommunications et du secteur bancaire par les entreprises turques. Signe de l’importance de ce pays pour Ankara, le président Abdullah Gul, nouvellement élu, s’est rendu à Bakou pour sa première visite officielle à l’étranger. La coopération azerbaïdjano-turque s’est tout particulièrement développée dans le domaine militaire. Dans le cadre d’un programme de formation (2007-2011), de hauts gradés et conseillers militaires turcs ont été intégrés au sein des structures de défense azerbaïdjanaises pour piloter la réforme de cette institution.

51Cette coopération pourrait mener à la signature prochaine d’un accord de sécurité entre les deux pays.

? Union européenne

52Sous la présidence allemande, l’une des priorités de l’Union a été de renforcer la politique de voisinage avec le Caucase, en particulier dans le domaine de la sécurité énergétique, Bruxelles prévoyant que 15 % environ du gaz européen provienne du Caucase d’ici 2020. Le projet Nabucco consiste dans la construction d’un gazoduc (3 400 km, pour un coût de 5 milliards d’euros) vers l’Europe, contournant la Russie et passant par l’Europe centrale. Cependant, et en dépit d’efforts européens, son financement est encore incertain et sa réalisation se heurte à un projet concurrent (South Stream) lancé par la Russie.

? Le règlement du conflit du Haut-Karabakh toujours dans l’impasse

53En 2007, présentée comme l’année de la dernière chance avant le cycle électoral qui concernera les deux pays, les espoirs de règlement du conflit ont été déçus, une fois encore. En dépit des déclarations encourageantes des coprésidents du groupe de Minsk de l’OSCE qui pensaient parvenir à un accord de principe sur la libération des cinq régions azerbaïdjanaises jouxtant le Haut-Karabakh, leur restitution à l’Azerbaïdjan, l’installation de forces de maintien de la paix et le retour des réfugiés, ce ne fut pas le cas. Dans ce plan, les négociations sur la restitution des régions de Kelbadjar et de Latchine, la définition du statut de l’enclave ainsi que la garantie d’un corridor entre celle-ci et l’Arménie faisaient l’objet d’une seconde étape.

54En juillet, une élection présidentielle a été organisée dans la république autoproclamée. Le nouveau Président, Bako Sahakian, a déclaré que sa politique s’inscrirait dans la continuité de celle de son prédécesseur, Arkadi Goukassian.

55Au cours de cette consultation, 98,6 % des électeurs ont également approuvé le nouveau projet de Constitution qui, selon les autorités autoproclamées, doit faire du Haut-Karabakh un Etat souverain. Ces élections n’ont pas été reconnues par la communauté internationale et leur caractère illicite a été vivement dénoncé par l’Azerbaïdjan. Au cours d’une tournée des capitales, les coprésidents du groupe de Minsk se sont également entretenus avec les nouvelles autorités du Haut-Karabakh qui, une nouvelle fois, ont exprimé leur frustration de ne pas être invitées aux actuels pourparlers. Mais pour Bakou, il sera possible de « mener des négociations avec les habitants du Haut-Karabakh, quand l’Arménie reconnaîtra l’intégrité territoriale de l’Azerbaïdjan ».

Annexe

Chronologie 2007

5616 janvier

57Arrestation de seize personnes suspectées de tentative de coup d’Etat.

5829-31 janvier

59 Visite d’Etat du Président azerbaïdjanais en France.

607 février

61 Rencontre à Tbilissi de Ilham Aliev, Mikhaïl Saakachvili et du Premier ministre turc, R. T. Erdogan. Ils signent une convention sur la « vision commune pour la coopération régionale » qui comprend le projet d’ouverture de la ligne de chemin de fer Kars-Akhalkalaki-Tbilissi-Bakou.

629 mars

63 Ouverture du Forum international des diasporas azerbaïdjanaise et turque à Bakou; 48 pays sont représentés.

6414 mars

65 Rencontre des ministres des Affaires étrangères arménien et azerbaïdjanais à Genève dans le cadre des négociations sur le conflit du Haut-Karabakh placées sous l’égide du groupe de Minsk de l’OSCE.

664 avril

67 Signature d’un accord sur le développement régional des transports par les Premiers ministres azerbaïdjanais, géorgien et kazakhstanais.

6814 avril

69 Condamnation d’Ali Insanov, ex-ministre de la Santé, à onze ans de prison ferme pour corruption. La décision sera maintenue en appel.

702 mai

71 Visite du Président biélorusse, Alexandre Loukachenko, à Bakou. Les deux Présidents signent un accord d’amitié et de coopération dans les domaines des transports (oléoduc Odessa-Brody) et de l’armement.

7221 mai

73 Visite à Bakou du ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, qui s’entretient notamment avec le président Aliev de l’état des négociations sur le conflit du Haut-Karabakh.

744 juin

75 Visite à Bakou du ministre des Affaires étrangères espagnol et président en exercice de l’OSCE, Miguel Angel Moratinos.

769 juin

77 Rencontre des Présidents azerbaïdjanais et arménien à Saint-Pétersbourg dans le cadre du processus de négociation de l’OSCE pour la résolution du conflit au Haut-Karabakh.

7818-19 juin

79 Organisation du sommet du GUAM (Géorgie, Ukraine, Azerbaïdjan, Moldavie) à Bakou qui s’achève avec la signature de la « Déclaration de Bakou » réitérant les termes de la coopération entre les pays membres.

803 juillet

81 Premières livraisons de gaz azerbaïdjanais à la Turquie via le gazoduc Bakou-Tbilissi-Erzerum.

8220 juillet

83 Le journaliste F. Novrouzoglu du journal Nota Bene est condamné à trois ans de prison pour diffamation et insulte au peuple azerbaïdjanais, sur deux plaintes déposées par le ministre de l’Intérieur et le président du Comité d’Etat à la diaspora. Il s’était précédemment cousu la bouche pour protester contre son arrestation, et a entamé une grève de la faim.

8421 juillet

85 Entretiens entre Peter Semneby, représentant spécial de l’UE pour le Sud-Caucase et les autorités azerbaïdjanaises sur le Plan d’action dans le cadre de la politique de voisinage avec l’UE.

8624 juillet

87 Arrestation de Muchvig Husseynli, journaliste à Bizim Yol, accusé de chantage et de corruption.

8827 juillet

89

  • La Turquie supprime le régime de visa pour les citoyens azerbaïdjanais.
  • Le président Aliev signe un décret sur le soutien financier de l’Etat aux ONG, qui prévoit également la création d’une structure gouvernementale pour la coordination avec les ONG.

902 août

91

  • Le président Aliev signe le décret de mise en oeuvre de la nouvelle stratégie nationale de lutte contre la corruption et de renforcement de la transparence 2007-2011.
  • Début des consultations américano-russes à Washington concernant l’utilisation commune de la station radar de Gabala.

923 août

93 Signature d’un accord avec la Grèce pour le développement de la coopération bilatérale dans le domaine de l’énergie.

9422 août

95 Visite officielle du président iranien M. Ahmadinejad à Bakou. Une série d’accords bilatéraux sont signés dans les domaines de l’énergie et des transports.

9628 août

97 Effondrement d’un immeuble dans le centre de Bakou faisant une vingtaine de victimes.

986 septembre

99 Réunion du Conseil des ministres de l’Intérieur de la CEI à Bakou. Le chef de l’Etat reçoit Vladimir Rouchaïlo, président du comité exécutif de la CEI.

1007 septembre

101 Sept employés de l’aéroport international de Bakou dont le responsable de la sécurité et un responsable du ministère de la Sécurité nationale, sont arrêtés, accusés de trafic d’êtres humains et de stupéfiants.

10212 septembre

103 Près de 20 prisonniers condamnés à perpétuité entament une grève de la faim et demandent la révision de leur peine.

10416 septembre

105 Condamnation à onze ans de prison de Farhad Aliev, ex-ministre du Développement économique, accusé de corruption, et à dix ans pour son frère Rafig, ex-président d’Azpetrol, accusé d’évasion fiscale.

10624 septembre

107 Cinq missionnaires wahhabites sont arrêtés par les services de la Sécurité nationale à Chéki.

1081er octobre

109 Un soldat azerbaïdjanais est tué au cours d’échanges de tirs le long de la ligne de front.

1105 octobre

111 Le président Aliev se rend à Douchanbé pour participer au sommet de la CEI.

11210 octobre

113 Visite de D. Akhmatov, ministre kazakhstanais de la Défense. Un plan de coopération militaire pour 2008 prévoyant une coopération entre les forces navales des deux pays, ainsi que l’achat d’armement kazakhstanais par l’Azerbaïdjan est signé.

11411 octobre

115 Le président Aliev se rend au Sommet de l’énergie à Vilnius où il retrouve ses homologues ukrainien, lituanien, géorgien et polonais.

11616 octobre

117 Sommet des pays riverains de la mer Caspienne (Azerbaïdjan, Russie, Kazakhstan, Iran, Turkménistan) à Téhéran, dont le thème principal est la délimitation et le statut de la mer.

11829 octobre

119 Les autorités annoncent avoir déjoué une série d’attaques terroristes visant l’ambassade de Grande-Bretagne et celle des Etats-Unis à Bakou.

12019-20 novembre

121 Visite de travail du président Aliev à Paris.

122Il s’entretient avec le président Sarkozy et évoque les différents aspects des relations bilatérales et les perspectives de règlement du conflit du Haut-Karabakh.

12328 novembre

124 Visite d’Anatoly Serdioukov, ministre de la Défense russe. Il signe avec son homologue un accord bilatéral dans le domaine militarotechnique.

12529 novembre

126 Réunion des ministres des Affaires étrangères d’Arménie et d’Azerbaïdjan ainsi que des coprésidents du groupe de Minsk à Madrid.

12710 décembre

128 Condamnation de quinze personnes accusées de tentative de coup d’Etat et d’intelligence avec les services iraniens.

12913 décembre

130 Signature d’un accord intergouvernemental avec l’Italie sur la construction d’un gazoduc (TGI) reliant l’Italie, la Grèce et la Turquie afin d’exporter le gaz de la Caspienne vers l’Europe.

13128 décembre

132 Le président Aliev signe un décret d’amnistie en faveur de 114 prisonniers.

Principales formations politiques

133

  • Parti du nouvel Azerbaïdjan (pro~présidentiel)
  • Moussavat (Egalité)
  • Parti du front populaire (aile réformatrice)
  • Parti démocratique
  • Parti de l’indépendance nationale
  • Parti de la solidarité civique
  • Parti libéral

Résultats des dernières élections

134? Election présidentielle (15 octobre 2003)*

135Taux de participation : 71,23 %

136 Le Président sortant, Heïdar Aliev, avait été élu en 1978 avec 76,1 % des voix.

tableau im2
Candidats Suffrages en % Ilham Aliev 76,84 Isa Gambar 13,97 Lala Chovket Gadjieva 3,31 Etibar Mamedov 2,92 * Les autres candidats ont obtenu moins de 1 % des suffrages. Les observateurs internationaux ont fait état de fraudes massives et les candidats de l’opposition n’ont pas reconnu la validité du scrutin.

137? Elections législatives (6 novembre 2005 et 13 mai 2006 dans dix circonscriptions après invalidation des résultats)

138Taux de participation : 42,2 % le 6 novembre 2005 et 36,5 % le 13 mai 2006

139Le Parlement monocaméral compte 125 députés, élus pour cinq ans au scrutin majoritaire.

tableau im3
Partis Nombre de sièges 6 novembre 2005 13 mai 2006 Parti du nouvel Azerbaïdjan 56 5 Indépendants (pro-gouvernementaux 40 3 Moussavat 5 --Sans appartenance déclarée 3 --Ana Vatan (Mère patrie) 2 --Parti de la solidarité civique 2 1 Umid (Espoir) 1 --Prospérité sociale 1 --Parti du Front populaire 1 --Réformes démocratiques 1 --

tableau im4
Front populaire uni 1 --Grande création 1 --Unité civique 1 --Adalat (Justice) 1 --Total 115 10

Composition du gouvernement en janvier 2008 (principaux ministres)

140

  • Premier ministre : Artur Rasizadé
  • Premier vice-Premier ministre : Eyub Yacubov
  • Vices Premiers ministres : Elcin Efendiyev, Ali Hasanov, Abid Sharifof
  • Ministres :
    • Finances : Samir Sharifov
    • Affaires étrangères : Elmar Mamediarov
    • Défense : Safar Abiev
    • Intérieur : Ramil Oussoubov
    • Justice : Fikret Mamedov
    • Transports : Zia Mamedov
    • Sécurité nationale : Eldar Mahmoudov
    • Situations d’urgence : Kamaladdin Heydarov
    • Industrie de défense : Yaver Jamalov
    • Développement économique : Heïdar Babaïev
    • Santé : Oktaï Shikhaliev
    • Travail et Protection sociale : Fizuli Alekperov
    • Industrie et Energie : Natig Aliev
    • Communication et Techniques de l’information : Ali Abbassov
    • Jeunesse et Sports : Azad Ragimov
    • Culture et Tourisme : Aboulfaz Garayev
    • Ecologie et Ressources naturelles : Hussein Baghirov
    • Impôt et Taxes : Fazil Mamedov
    • Agriculture : Ismet Abbassov

Français

L’Azerbaïdjan a connu des résultats économiques remarquables en 2007, avec une croissance de plus de 20 %, et une situation financière saine. Mais les réserves connues d’hydrocarbures ne laissent au pays qu’une quinzaine d’années pour mettre en place une économie solide et diversifier le secteur industriel. Le pays s’est affirmé comme un maillon régional essentiel dans les transports, notamment de l’énergie, vers l’Europe. En investissant, via son fonds pétrolier de 2,5 milliards de dollars, dans de nouvelles voies d’acheminement, il ne fait que conforter sa position, en offrant des possibilités de contournement de la Russie. L’ambitieux président Aliev compte par ailleurs faire de son pays un pôle high-tech, une sorte de «hub» des technologies de l’information, avec pour conseiller Bill Gates en personne. Mais ce boom a sa face cachée, même si, officiellement, le nombre d’habitants vivant en dessous du seuil de pauvreté aurait été ramené à 16 % contre 49 % en 2003 et si les dépenses sociales ont été augmentées de 30 % en 2007. L’inflation reste élevée, de plus de 20 %, les prix de transports et de l’électricité ont connu des hausses de 30 % et 50 % respectivement et la revalorisation des salaires et des pensions est loin de compenser la hausse des prix à la consommation. Dans ces conditions, l’enrichissement évident du pays, grâce à la manne pétrolière, n’encourage pas les autorités à trop libéraliser l’économie, ni à engager de plus amples réformes démocratiques. Calme et stabilité restent les maîtres mots : pour cela, le Président s’est attaché à renforcer les positions des membres de son clan. Profitant de l’héritage laissé par son père, Heydar Aliev, il a su s’imposer dans le contexte géopolitique régional et sur la scène internationale, sans faire trop de concessions. En jouant à la fois la carte du modernisme et du nationalisme, il est candidat à sa propre succession en 2008, tout en lançant une campagne de «collecte spontanée» de signatures en faveur de l’extension du mandat présidentiel de cinq à huit ans.

English

Azerbaijan Future Emirate of the Caucasus ?

Azerbaijan enjoyed remarkable economic results in 2007, with growth at over 20 %, and a healthy financial situation. Known oil reserves, however, leave the country only about fifteen years to set up a solid economy and to diversify the industrial sector. The country is an essential regional transport link, for energy in particular, towards Europe. While investing its 2.5 billion dollars in oil revenues in new transport routes, it is consolidating its position by providing ways of going around Russia. Its ambitious president I. Aliev also hopes to make his country a high tech pole, a kind of information technology hub, with Bill Gates as its advisor. This boom has, however, its dark side ; even if the official number of inhabitants living below the poverty line has been brought down to 16 % compared with 49 % in 2003, welfare expenditures increased by 30 % in 2007. Inflation remains high at over 20 %, transportation and electricity rose 30 % and 50 % respectively, while wage and pension revalorizations far from compensate for the rise in consumer prices. Under these conditions, the country’s enrichment through oil manna does not encourage the government to liberalize the economy too much, nor to engage in greater democratic reforms. Calm and stability remain the key words : for that, the President has endeavored to reinforce the positions of his clan members. Benefiting from the heritage left by his father, Heydar Aliev, he has become irreplaceable in the regional geopolitical context and on the international scene, without making too many concessions. By playing both the modernism and nationalism cards, he is expected to succeed himself in 2008, launching “a spontaneous” signature collection campaign for the prolongation of the presidential term from five to eight years.

Sélection bibliographique

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  • Gurbanov (Turad), Le pétrole de la Caspienne et la politique extérieure de l’Azerbaïdjan. Tome 1 : Questions économiques et juridiques, 303 p. Tome 2 : Questions géopolitiques, 289 p., L’Harmattan, Paris, 2007.
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  • En ligne Makhmutova (Meruet), « The Budget Process in Caspian Countries : The Experience of Azerbaijan and Kazakhstan », Problems of Economic Transition, vol. 50, n° 4 (août 2007), pp. 24-65.
  • En ligne Mathey (Raphaëlle), « Azerbaïdjan. Croissance hors norme et consolidation du pouvoir », in La Russie et les autres pays de la CEI en 2006, Le courrier des pays de l’Est, n° 1059, janvier-février 2007, pp. 94-108.
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  • Najman (Boris), Pomfret (Richard), Raballand (Gaël), The Economics and Politics of Oil in the Caspian Basin. The Redistribution of Oil Revenues in Azerbaijan and Central Asia, Routledge, Taylor & Francis Group, Londres, juillet 2007,240 p.
  • En ligne Slay (Ben) (Ed. by), « Poverty, Growth, Reform and Foreign Investment in Azerbaijan and Tajikistan », Problems of Economic Transition (n° special), vol. 50, n° 6 (octobre 2007), pp. 3-83.
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Raphaëlle Mathey
Doctorante en anthropologie politique (LAIOS), EHESS. Manuscrit clos en janvier 2008
Mis en ligne sur Cairn.info le 27/05/2008
https://doi.org/10.3917/cpe.077.0092
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