CAIRN.INFO : Matières à réflexion

Ensoleiller la découverte de Moïse au bord du Nil semble un procédé assez rare dans l’iconographie occidentale moderne. On le trouve dans trois tableaux tardifs de Véronèse et de son atelier, sous forme de plages rayonnantes tantôt jaunes, tantôt blanches, peintes à l’aplomb de Moïse (fig. 1 et 2).
Dans un tableau achevé en 1647 pour le banquier et marchand de soie Jean Pointel (c.1580-1660), Nicolas Poussin associe à son tour le sauvetage de l’enfant hébreu sur le Nil à une éclaircie, au sens chromatique et météorologique du terme (fig. 3). Usant, comme Véronèse, d’une grande nuée blonde au-dessus de la tête de Moïse, il amplifie l’illumination de sa composition par un spectaculaire reflet blanc sur le fleuve qu’on ne trouve pas dans les tableaux de son devancier (fig. 4).
Cette tache fascine tout à la fois par son éclat et l’étrangeté de sa forme : aveuglante au centre, sa blancheur s’éteint dans les eaux grises suivant un dégradé assez subtil pour qu’on ne puisse délimiter nettement ses contours. La modulation des écarts de valeurs et de teintes entre cette zone éblouissante et les gris sombres alentour rend le scintillement de la lumière du jour sur le Nil. Ce traitement virtuose de la lumière diurne a fait l’admiration des artistes et des amateurs, comme le peintre et graveur Sébastien Bourdon (1616-1671), qui situait la scène au « lever du soleil », si l’on en croit la version de sa conférence qu’a lue le collectionneur Pierre-Jean Mariette (1694-1774) à l’Académie royale de peinture et de sculpture le 10 mai 1752 …

Français

L’étude propose une réévaluation du sémantisme des motifs solaires et des effets d’ensoleillement que Nicolas Poussin a peints dans un Moïse sauvé des eaux destiné au marchand de soie Jean Pointel. À partir d’une observation rapprochée de la composition qu’éclairent aussi la poésie et l’exégèse relatives à la découverte de Moïse, on tâche de montrer comment le chromatisme et la disposition des personnages et du décorum aboutissent à une réinvention sublime du sujet, présenté comme la naissance d’un astre providentiel qui dissipe les ténèbres de la religion païenne égyptienne et présage l’avènement du monothéisme chrétien en tant que figure du Christ Soleil de Justice, étoile brillante du matin, et Verbe lumière.

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Matthieu Somon
Matthieu Somon Post-doctorant en histoire de l’art à UCLouvain Fondation Sedes Sapientiæ, Institut RSCS
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Mis en ligne sur Cairn.info le 15/07/2020
https://doi.org/10.3917/dss.203.0543
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