CAIRN.INFO : Matières à réflexion

1 Dans les imaginaires sociaux européens l’enfant est d’abord un corps : un fil rouge unit Pierre l’ébouriffé de Heinrich Hoffmann aux personnages de Lignes de faille de Nancy Huston [2006] laquelle, racontant l’impossibilité de donner voix à quatre petits de six ans, affirme la difficulté « d’être dans le corps d’un enfant qui explore son corps. L’enfant et le sang, l’enfant et la morve, l’enfant et la pisse, l’enfant et la merde, l’enfant et les croûtes, l’enfant et les peaux mortes, la saleté entre les orteils » [1]. Croûtes, morve, saletés renvoient à une prétendue naturalité qui est censée faire de l’enfant un être pas complètement civilisé, pas encore fini.

Un corps autre ?

2 Le corps participe de la définition de l’enfant en tant que « Autre » de l’adulte : tantôt corps incompétent par la petitesse, la fragilité, l’acquisition progressive de savoir-faire, tantôt corps triomphant par la souplesse, l’infatigabilité, les capacités d’adaptation. Diminuer ou idéaliser ces habiletés corporelles constituent autant de manières d’épingler les enfants à une nature transcendante et essentialiste. Par cette naturalisation, qui souligne les différences plutôt que les similitudes, se construit le grand partage entre enfants et adultes. Ainsi quand des dispositions « enfantines » sont entretenues par les « grands », elles sont repoussées aux frontières de ce qui est formel, productif ou socialement valorisé : les jeux avec la nourriture, pratiqués seulement lors des pique-niques ou des apéritifs, la capacité de grimper aux arbres ou de courir, cantonnée aux domaines du sport ou du loisir. Comme dans le cas de la distinction entre masculin et féminin, les relations entre adultes et enfants se qualifient par « des manières d’agir attendues dans une situation » [Théry, 2008 : 22] et, par le corps, ses représentations, ses techniques, se met en place un processus de classement analogue à celui qui participe de la production de femmes et d’hommes : des catégories distinctes et inégales à travers la conversion de différences moyennes en différences absolues [Connell, 1987].

3 Si la vulnérabilité, l’immaturité, la proximité au monde de la « nature » et du « sauvage » ont longtemps placé les enfants dans une condition de liminarité, et toutes les sociétés connues adoptent des pratiques visant à parachever l’incomplétude constitutive de l’être humain [Remotti, 2003], peu de travaux ont, par contre, interrogé ce que signifie grandir dans les sociétés européennes contemporaines et comment ce processus est envisagé par les enfants. Cette question nous paraît d’autant plus centrale que la régulation des corps enfantins est devenue, progressivement, une arène entre pouvoirs (familiaux, éducatifs, médicaux, sociaux) et un enjeu politique, en ligne droite avec l’extension, en Europe, de la prise en charge du mineur et de sa famille par l’État [Segalen, 2010]. Le corps de l’enfant fascine et inquiète. Médecins, artistes, écrivains, industriels, juristes, psychanalystes l’observent et s’en préoccupent. Des débats contemporains soulignent les périls qui toucheraient l’enfant dans son développement et la nécessité d’y faire face : le traitement du trouble de l’attention et de l’hyperactivité (TDAH), la crainte du surpoids et de l’obésité, les débats sur la puberté précoce, sur l’hypersexualisation des filles, sur les conduites à risque, sur les vêtements et les attitudes dans l’espace scolaire et public.

4 Ces inquiétudes constituent un avatar de la panique morale concernant, depuis longtemps déjà, les jeunes générations. Des dispositifs de recherche et de contrôle s’en suivent qui, d’une part ont l’objectif d’améliorer la santé et la croissance, de l’autre suscitent des formes d’anxiété, ainsi qu’un zèle de normalité souvent endossé par les enfants eux-mêmes [2]. Être en forme ou rentrer dans la courbe de croissance font désormais partie des tâches enfantines : « C’est mon corps, donc c’est mon boulot (job) ! » s’exclament les enfants de 5 à 9 ans interrogés par Berry Mayall [1993] sur leurs pratiques de santé à l’école et à la maison.

5 Après avoir enquêté sur les Nouvelles adolescences en 2010, Ethnologie française questionne aujourd’huicette conception du grandir comme une entreprise hasardeuse, dense de périls qu’il est important d’esquiver. La population ici considérée, les enfants de 9 à 13 ans, est encore peu étudiée, malgré les débats dont elle fait l’objet. À la croisée entre le médical (la question des pubertés précoces), le marketing et la communication (la multiplication des produits à destination de cet âge), le social (le sentiment d’une fin de l’enfance, la définition d’un groupe d’âge aux frontières indéterminées), l’institutionnel avec ses politiques socio-éducatives et le juridique (le débat sur l’abaissement de l’âge de la responsabilité juridique), ce temps de la vie comporte de nombreux enjeux pour les sociétés contemporaines [3]. Mais la définition de cette catégorie d’âge est, avant tout et inextricablement, liée à la production et au gouvernement d’un corps en transformation. La réflexion collective ici proposée a l’ambition d’interroger comment le corps de l’enfant qui grandit est socialement appréhendé, accompagné et encadré ; comment les enfants se construisent en tant que sujets par des techniques corporelles spécifiques à cet âge de la vie et comment ils s’approprient les représentations, les normes et les imaginaires dont ils font l’objet.

6 Une thématique classique de l’ethnologie – le passage d’âge et ses inscriptions corporelles – est ici revisitée par l’adoption de deux perspectives. La première est l’importance accordée au point de vue des enfants. L’enfant n’est plus le « petit sujet » de l’anthropologie, « ce “primitif” du “primitif” » [Lallemand et Le Moal, 1981 : 7] qui illustre la diversité des sociétés et des modèles d’éducation. Depuis les années 1990, les chercheurs ont mis en question une idée de socialisation en tant qu’internali­sation linéaire et ils ont montré à quel point les enfants participent de manière active et réfléchie à la production du monde social [Alanen, 1988]. Ils l’ont fait de manière variable selon les contextes socio-historiques, les pratiques scientifiques, les enjeux institutionnels, comme l’ont montré en France, Doris Bonnet [2012] pour l’ethnologie et Régine Sirota [2010] pour la sociologie [4]. Prendre au sérieux le point de vue des enfants, les considérer comme des acteurs sociaux à part entière ont déplacé l’horizon scientifique, comme, il y a un siècle déjà, l’adoption du point de vue de « l’indigène », auquel Franz Boas invitait ses contemporains, a révolutionné l’anthropologie. Le deuxième renversement de perspective concerne le statut du corps. Il ne constitue pas un objet extérieur à l’individu, ni une page blanche sur laquelle s’inscrivent des identités et des statuts. Par la corporéité, ses soubresauts, ses sensations, l’expérience du sujet est engendrée. Source de partage, elle produit des relations, des appartenances, des cultures. Et si le social est incorporé, il est également « chargé de matérialité et de physiologie humaine : des aspirations, des besoins et des désirs des corps, proclamés par ses affects » [Probyn, 2004 : 50].

7 L’ensemble des prescriptions, des savoirs, des pratiques instituant et régulant le passage d’âge est ainsi mis en miroir avec l’expérience concrète des jeunes, la manière dont ils pensent, administrent et « se débrouillent » avec un corps qui change. Dans ce but, nous avons choisi de présenter quelques travaux issus d’une même recherche, menée en Alsace, Lorraine et Vénétie, auprès de populations différentes – enfants, parents, éducateurs, animateurs, professionnels de santé – afin de mettre en relief les différents points de vue, de les comparer, d’en montrer les décalages et les effets de redondance [5]. Cette recherche a analysé la manière dont les enfants se représentent et vivent les transformations corporelles entre 9 et 13 ans, ainsi que la façon dont les adultes qui les entourent appréhendent et accompagnent ce temps de la vie. Le dispositif de recherche [6] adopté a permis de produire de nombreuses informations sur chaque enfant et contexte exploré, mais il ne se prête pas à des généralisations liées aux différences de classe sociale ou d’appartenance culturelle. Ces clivages visibles et analysables à une échelle macro-sociale disparaissent à une échelle plus micro, où se donnent à voir, par contre, le jeu des acteurs, leurs négociations et des pratiques situées. Comme dans une polyphonie, c’est la variété des accents, des registres et des voix, mais également leur entrelacs qui permet de restituer la complexité de cette transition où les enfants expérimentent des transformations corporelles importantes et rapprochées.

Mesurer, encadrer, classer

8 Dès l’époque médiévale, les représentations des âges de la vie montrent l’inéluctable travail du temps dans la transformation des corps tout au long de l’existence, la pointe de la pyramide marquant la plénitude physique et sociale de l’âge adulte. à partir de la fin du xviiiesiècle, le corps enfantin devient la cible de préoccupations publiques et de politiques hygiénistes visant non seulement à enrayer la mortalité infantile, mais à soigner l’enfance, à assurer les conditions physiques et économiques de cette survie, à gérer convenablement cet âge de la vie [Foucault, 1979].

9 Plus tardivement, des savoirs spécifiques, souvent médicaux, ont défini et stabilisé les critères de la « normalité » du bien grandir [Armstrong, 1983]. Les études de population, en particulier, comportent une nouvelle façon de penser caractérisée par les faits numériques, les statistiques, les probabilités, la moyenne, la dispersion et les corrélations. La collecte des données, les mesures, les classifications contribuent à définir des régularités temporelles, à échelonner la croissance en stades et à définir trois formes sociales de la normalité du développement des enfants : « être normal signifie être dans la moyenne statistique, être en bonne santé (en opposition à un état pathologique) et être “acceptable” » [Turmel, 2013 : 192]. La mesure et la classification font des enfants des objets de connaissance scientifique et contribuent à asseoir leur différence par rapport à d’autres acteurs sociaux. Par les graphiques, les tableaux, les indications relatives aux soins du corps, « c’est moins un “savoir” qui s’exprime, qu’un “vouloir”, et ce qui est en cause est moins la santé ou le développement de l’enfant, que l’insertion sociale d’un futur citoyen et de sa mère » [Delaisi de Parseval et Lallemand, 2001 : 16].

10 Les premières règles des filles n’échappent pas à ce zèle classificatoire. À travers l’analyse de corpus médicaux et administratifs établis avant et après la Révolution française, Catherine Rollet montre ici la genèse d’une inquiétude pour la précocité des filles, qui traverse nombre d’études sur la puberté encore aujourd’hui, et d’une hypothèse morale identifiant dans l’anticipation de la puberté les transformations sociales issues du contexte révolutionnaire, et notamment la promiscuité entre les sexes. La crainte de la puberté précoce, révélatrice d’un désordre social plus large, apparaît également dans l’analyse que Donatella Cozzi fait de la littérature médicale contemporaine et de sa vulgarisation. Le questionnement sur l’âge à la puberté montre l’inquiétude d’un temps bouleversé, qui se pose à l’antithèse d’une croissance normée et normale, telle qu’elle est construite par la pensée du développement. Et c’est en particulier le sujet féminin qui apparaît irresponsable, moralement incompétent, instable. à travers d’autres instruments, savants ou domestiques, fabriqués ou bricolés, la toise de mesure prolonge la surveillance des corps enfantins et rappelle d’autres procédures de mensuration qui, par l’anthropométrie, ont soutenu des politiques d’identification individuelle et collective par l’assignation à des groupes réputés inférieurs, dangereux ou déviants (colonisés, malades, gens du voyage, fous, etc.). Simona Tersigni en évoque l’histoire, tout en montrant à quel point les enfants se saisissent de ces mêmes instruments pour négocier leur autonomie ou leur place dans la famille. L’école participe de cette renégociation des « justes » corporéités enfantines, même si à travers d’autres critères, mis en évidence par Ingrid Voléry. Si cette taille est scrupuleusement mesurée par les mères et les enfants en milieu domestique, les enseignants, eux, se focalisent davantage sur la carrure des garçons ou les formes (hanches, seins) des filles. Dans leur regard et paroles, les transformations corporelles marquent moins un passage d’âge qu’une frontière de sexe. Cette nature qui semble provisoirement prendre le dessus, trouble l’ordre scolaire et nécessite un temps d’arraisonnement des corps, en particulier féminins.

11 Les collectes de données, les échelles, les classements et les hiérarchies montrent la nécessité de stabiliser un corps qui se transforme sans cesse. Autant dans la littérature biomédicale, que dans les discours des professionnels de l’éducation, le grandir se configure en termes de franchissement d’étapes non réversibles, qui obligent à codifier et modéliser les variations infinies des corps individuels et à stabiliser les frontières d’un âge incertain. Un processus continu est segmenté en une série d’événements ponctuels et discrets, qui enserrent la fluidité des changements corporels dans des manifestations mesurables, associées à des catégorisations et des âges sociaux. La mutabilité des corps enfantins rend visible, par la rapidité et la visibilité des changements, ce corps non fini qui se modifie inlassablement tout au long de l’existence individuelle, même s’il connaît des pics de visibilité socialement accrédités. Les inquiétudes autour de la transition pubertaire montrent aussi à quel point, malgré la valeur socialement accordée à la flexibilité et au « devenir » [Lee, 2001], les sociétés européennes contemporaines ont du mal à penser le processus et sont très loin d’une conception de la personne, comme celle des Matis du Brésil par exemple, qui donne priorité à la métamorphose, à la formation continue de l’être et au caractère filé du processus de transformation des corps [Erikson, 2003].

Les changements physiques : des ressources pour le sujet

12 Si tout passage d’âge est social [Van Gennep, 1909], la « nature », sous la forme d’âge à la ménarche, de poussée hormonale, de métaphore végétale ou animale, est convoquée ici pour légitimer le passage pubertaire et lui donner les contours rassurants de la normalité. Toutefois, plus on essaye de cerner des critères physiologiques universels, plus on se heurte à des variations, des nuances, des idiosyncrasies, des fluctuations temporelles. Le désordre et l’informel, Mary Douglas nous l’annonçait il y a bientôt cinquante ans [1966], guettent les transitions, et révèlent tout leur potentiel d’ambiguïté : des périls, certes, mais également des pouvoirs et des sources de renouveau. Penser le corps qui change nous renvoie à cette condition de liminarité féconde, où la condition d’être « entre » plusieurs états, génère de nouvelles positions ou catégorisations. Les transformations qui interviennent à la sortie de l’enfance constituent alors une de ces expériences qui font basculer les vies individuelles du mode indicatif au mode subjonctif, de la certitude à une incertitude riche en possibilités: « the mood of maybe » [Turner, 1986 : 42] [7].

13 Ce mode subjonctif impose de nouvelles relations, comme celles qui se nouent entre médecins et jeunes patients, décrites par Virginie Vinel, empreintes de contradictions et d’ambiguïtés. L’enfant devient un interlocuteur, mais sa parole est toujours filtrée par la présence des parents, la consultation clinique se déroule dans un jeu de cache-cache à cause de la nouvelle pudeur enfantine, les risques d’ambiguïté sexuelle imposant aux médecins des gestes précautionneux. Une nouvelle phénoménologie corporelle – odeurs, poils, poids, taille – impose à l’enfant de savoir distinguer les indices qui qualifient le processus de grandir et le passage vers un nouvel âge de la vie. Les articles de Nicoletta Diasio et de Marie-Pierre Julien montrent, respectivement pour les odeurs et les poils, que la synchronisation entre changements physiologiques et nouvelles techniques du corps n’est pas aisée : elle fait l’objet d’apprentissages, d’expérimentations, de jeux, de réflexivité, de négociations au sein de la famille et du groupe de pairs. L’épilation, le rasage, le recours au déodorant ou au parfum doivent témoigner la bonne temporalité du grandir et de la concordance entre âge calendaire, physiologique et social. Ils constituent également une manière d’apprivoiser un corps, qui semble tout d’un coup se manifester avec plus de vigueur.

14 Les discours et les pratiques des enfants révèlent comment, dans un processus biologique continu et multiforme, les acteurs reconnaissent et réinterprètent « les limites qu’impose chaque société en réponse à sa conception propre des âges ». Ces seuils constituent « autant d’artifices qui introduisent des “à-coups dans la marche du temps” et des non-congruences créatrices d’incertitudes » [Peatrick, 2003 : 18]. Mais ces tournants ne font pas que produire des sentiments de vulnérabilité et d’inquiétude : dans l’instabilité se nichent des ressources pour se construire. Si les enfants ne peuvent pas contrôler les changements physiques et leur vigueur, ils les utilisent en tant que marqueurs identitaires [James, 1993 ; 2000]. Une odeur désagréable, une petite taille, une corpulence excessive sont mobilisés aussi bien pour désigner « l’Autre » – soit-il petit, pauvre, étranger ou d’un sexe différent – que pour s’affirmer.

15 Déplacer le regard des savoirs experts et des transitions institutionnelles aux expériences des enfants, au plus près du vécu de leur corps qui change, révèle alors une autre vision du grandir où le processus prime sur l’événement, où les étapes ne sont pas pensées forcément comme irréversibles et où le devenir entre en tension avec les formes sociales d’encadrement et de régulation. Normes et préconisations assignent les sujets à des catégories, mais les jeunes se les approprient selon les situations. Au jour le jour, au fil des activités ordinaires, les enfants innovent, s’adaptent, reformulent de manière active et réfléchie, élaborent des connaissances et font face aux risques liés au défaut de sommeil, à l’excès de nourriture, aux poils qui incommodent. Ainsi, dans les pratiques alimentaires, règles et savoirs ne constituent pas un dispositif surplombant qui ne laisse aucune marge de manœuvre ou de résistance. Louis Mathiot le montre à partir des différentes stratégies de contrôle de soi mises en œuvre par les filles et par les garçons. Les préconisations relatives à la santé, apparemment si homogènes pour un regard extérieur, révèlent bricolages et accommodements lorsqu’elles sont mises en pratique.

16 Cantines scolaires, rues, cabinets de médecins, salles de classe, aires de jeux, vestiaires, ou, dans l’espace domestique, cuisines, salles de bain et chambres constituent des occasions où se négocient, selon les situations sociales, ce qu’est un enfant ou un adolescent, ce qu’est un corps sain, ce qu’est se conduire en fille ou en garçon et, à l’inverse, tout ce qui ne rentre pas dans cette “normalité” socialement définie.

Le devenir de la société, arrimé au corps des filles ?

17 Le corps de l’enfant constitue également le lieu de validation de modèles familiaux et sociaux. La bonne santé, le corps propre, le carnet de vaccination à jour peuvent être utilisés pour prouver la compétence parentale ou, à l’inverse justifier des déplacements d’autorité et des mises en questions des manières d’exercer le métier de parent, d’élève, d’enfant. Le décalage entre un idéal normatif et ce que William Corsaro [1997] appelle la « reproduction interprétative » constitue le cœur d’un troisième ensemble de contributions. Natacha Baboulène-Miellou et Jeanne Teboul montrent à quel point l’apprentissage de la féminité dans deux familles françaises de classe favorisée passe par le modelage d’un corps capable de fabriquer du beau comme de l’incarner. Cette incorporation d’un sens esthétique et de la « bonne mesure » ne se fait pas sans résistance de la part des enfants qui d’une part défient le modèle maternel et de l’autre expérimentent, dans l’espace intime de la chambre et dans le cadre de loisirs informels, des formes plus flexibles d’identification de genre.

18 Le corps de la jeune fille constitue par ailleurs le lieu d’expression et de matérialisation de changements qui affectent plus largement la société. Les familles transnationales rom étudiées à Milan par Alice Sophie Sarcinelli sont confrontées à des modèles de socialisation qui se heurtent aux normes culturelles définissant la personne en tant qu’adulte, membre de son groupe et individu sexué. Les filles en particulier découvrent un « nouvel âge de la vie » où tout en n’étant plus des enfants, elles ne sont pas encore soumises aux obligations de la femme mariée. Elles engagent leur corps dans un refus qui bouleverse un modèle normatif idéalisé suite à la migration. De manière analogue, Serena Bindi analyse l’émergence, dans l’Himalaya indien, d’une phase de transition entre enfance et adolescence, qui expose les filles à des risques qu’il convient de conjurer collectivement. Pendant la puberté le corps féminin est particulièrement perméable aux influences extérieures et tout un idiome corporel vise à parfaire la maîtrise de soi et l’évitement des risques associés aux nouveaux modes de vie. Toutefois, en attribuant à des causes surnaturelles les conduites « irrégulières » des filles, le rituel vient déresponsabiliser les jeunes adolescentes et leur famille d’actes susceptibles de les déshonorer.

19 Si, comme le rappelle Hervé Le Bras [2003], les catégorisations d’âge et leur usage social sont en rapport étroit avec l’organisation sociale et politique, la redéfinition des seuils qui séparent les âges de la vie, en l’occurrence ceux qui distinguent l’enfance du monde adulte, risquent d’introduire du désordre dans les systèmes sociaux. Les filles, dans les textes ici présentés, constituent les sentinelles de cet ordre des âges, et donc de la société dans son ensemble ; par la conformité de leur grandir se mesure la “bonne” transmission des valeurs et des normes d’un groupe, et leur corps devient, concrètement voire parfois violemment, un terrain de lutte où s’affrontent des modèles contradictoires.

20 Faire des adultes signifie alors faire des hommes et des femmes, en arrimant l’entrée dans un âge à un arraisonnement des corps et à une identification de genre. Que ce soit dans la littérature médicale, dans le rituel, dans les témoignages des enseignants, des parents ou des enfants, la sortie de l’enfance et l’entrée dans l’adolescence se présentent comme un moment où se renforcent, de manière concomitante, les injonctions à s’inscrire dans un âge, dans un genre, dans une génération et dans une orientation (hétéro)sexuelle. La puberté, notamment, constitue la pierre de touche de la naturalisation de ces inscriptions catégorielles, ainsi que de leur hiérarchisation [8].

21 Les catégorisations d’âge et de genre sont à penser ensemble car elles constituent deux manières de réguler, par la naturalisation, ces incertitudes auxquelles toute société doit faire face. La première est celle d’un corps fluide, qui se développe dans la tension entre la continuité du biologique et des marquages sociaux et culturels qui introduisent des ruptures dans la continuité du vivant. Le deuxième aléa est celui de la continuité du groupe, de son horizon temporel de survivance, impliquant par là des formes d’assignation sexuelle et une normativité des relations entre les sexes. Fixer les âges renvoie à fixer les contours de l’inscription genrée et de l’exercice de la sexualité. L’inscription dans la parenté, la succession des générations, leur influence dans la manière de devenir et d’agir contextuellement en femme, homme, adulte, vieux, enfant, acquièrent une place centrale dans ce processus. Cette articulation est périodiquement négociée ou réaffirmée, surtout dans ces moments de passage où tout semble basculer.

22 D’où l’intérêt pour une approche qui montre à quel point ces assignations impliquent une dimension performative par laquelle les sujets résistent, dans et par leur corps, aux normes proposées [Martin, 1987 ; Butler, 2004]. “As individuals, we always display or « do » gender, but this dichotomous difference […] may be more or less relevant, and relevant in different ways, from one social context to another […] Individuals enter situations as girls or boys, displaying gender through details as names, dress, and adornment. But gender may or may not be central to the organization and symbolism of an encounter” [Thorne, 1993 : 29]. La distinction entre espaces publics, privés et intimes, ainsi que la diversité des cercles sociaux, offrent, tour à tour, des ressources pour instituer, négocier, transgresser les frontières qui distinguent le masculin du féminin, ainsi que différents modèles de féminité et masculinité. Dans un cas, des expérimentations impensables dans la cour de récréation deviennent possibles dans l’espace intime de la salle de bain ou de la chambre. Dans d’autres, comme pour les filles rom vivant à Milan, c’est plutôt l’espace scolaire qui consent des attitudes non conformes à une Romni. Ces gender transgression zones[9] témoignent aussi des ressources du grandir.

Ce corps qui résiste

23 La performativité a aussi ses zones de résistance et se heurte à une matérialité corporelle instable et en constante évolution qui résiste aux tentatives de la fixer et de l’apprivoiser une fois pour toutes [James et Hockey, 2007]. Les écrits ici présentés témoignent des écueils d’un double réductionnisme : celui déterministe, inspiré des sciences biologiques et médicales, et celui socioconstructiviste qui fait du corps le produit de discours et de représentations sociales. Malgré l’appel de Mauss [1934] à une approche totalisante du corps, l’éviction de la matérialité a longtemps caractérisé l’anthropologie française. Le paradigme de l’irréductibilité du culturel au biologique, fondateur de l’autonomie épistémologique des sciences sociales, a entraîné une ambiguïté entre le corps vécu, condensation de processus physiques, psychiques et sociaux, sa représentation et sa mise en discours [Warnier, 2009 : 173] [10].

24 L’idée d’un enfant qui n’est pas le destinataire passif de techniques du corps, mais qui utilise ce dernier pour s’affirmer, produire de la culture et connaître le monde, entre alors en résonance avec des théories et des recherches accordant une importance majeure à la dimension sensible et incarnée de l’action individuelle et sociale. Cette matérialité est faite également de l’espace, de la culture matérielle et des conduites sensori-motrices qui les englobent. Que permet de faire ce nouveau corps ? Telle est la question qui semble rebondir, parmi d’autres, entre ces expériences de croissance. Sur un ton plus personnel, celui de l’auto-ethnographie, Martin de la Soudière y répond par le souvenir, en évoquant sa fascination d’enfance pour l’altitude. Faire de la montagne et s’y engager à plein corps – pluie, orages, faim, fatigue, ampoules – renvoient à la manière toute physique qu’ont les enfants de s’éprouver, de mesurer capacités et performances à l’aune d’un espace d’abord inaccessible, et puis arpenté, apprivoisé, escaladé, conquis.

25 Pour rester sur ce registre géographique, le processus de grandir tel qu’il se donne à voir entre 9 et 13 ans impose de penser ensemble « la carte et le territoire » : le corps en tant que production sociale et réalité biologique de transformation [Prout, 2000]. L’expérience des enfants, marquée par la visibilité, la rapidité et l’inéluctabilité des changements corporels, nous invite à ne pas dissocier une approche constructiviste et une autre d’inspiration plus phénoménologique. L’incorporation du temps qui passe et l’expérience de l’instabilité constituent alors des entrées pour questionner des vécus analogues, mais moins visibles, chez les adultes : la maladie, le vieillissement, d’autres transitions biologiques et sociales comme la ménopause ou la grossesse, là où le corps brouille les pistes, impose de nouvelles pratiques, devient une carte aux signes opaques, auxquels donner cohérence et signification. Ces moments denses interrogent le concept même de changement. Le tricotage entre dimensions individuelles, familiales, sociales et culturelles va accréditer différemment un indice plutôt qu’un autre et transformer un donné biologique en un événement ou un repère susceptibles de marquer un passage ou un nouveau statut.

26 Penser le corps qui change permet enfin de ne pas encapsuler les enfants dans l’enfance, mais d’inscrire l’avancée en âge dans une condition d’incomplétude existentielle qui n’est pas sans frictions entre des vécus singuliers et les catégorisations sociales qui en endiguent la fluidité : « Les choses se font et se défont : je demeure encastré dans ces Âges de la Vie et j’ai de moins en moins l’espoir d’échapper à leur cadre [...], enchâssé que je suis dans leur boiserie rectangulaire » [Leiris 2007 : 33]. C’est dans ce faire et défaire des choses, que se nichent les pouvoirs et périls dont il est ici question.■

Notes

  • [1]
    Nancy Huston, entretien à Le Monde, le 22 mai 2009.
  • [2]
    En France, par exemple, le rapport Jouanno du 5 mars 2012, qui prône un contrôle plus rigoureux de l’hypersexualisation des filles dans les médias, le Plan National Nutrition Santé ou la recherche elfe.
  • [3]
    Cf. les travaux de Dan Cook et Susan Kaiser [2004] sur l’émergence, dès les années 1940 aux états-Unis, d’une niche de marché par l’industrie des produits pour l’enfance et les dispositifs marchands. Pour un bilan des débats sur la préadolescence cf. De Iulio 2014, Delalande 2014 et Diasio et Vinel 2014.
  • [4]
    Nous assistons également à une institutionnalisation de ce domaine par la pluralité des séminaires, des réseaux de recherche, des programmes financés, des projets collectifs, des blogs scientifiques qui, depuis le début des années 2000 ont investi le domaine de l’enfance et des enfants. Ce n’est pas un hasard si huit des douze articles qui composent le dossier rendent compte de recherches collectives sur différents financements de l’Agence Nationale de la Recherche. Sur ce point, on peut consulter également le numéro Recherches familiales 2015 (12), section : « Autour de l’enfant : parents, intervenants, institutions ».
  • [5]
    Les articles de Donatella Cozzi, Nicoletta Diasio, Marie-Pierre Julien, Simona Tersigni, Virginie Vinel et Ingrid Voléry montrent différents pans de la recherche « Expériences du corps et passage d’âge : le cas des 9-13 ans en France et en Italie », acronyme CorAge, financée par l’anr, programme « Enfants et enfances », coordonnée par le Laboratoire Cultures et Sociétés en Europe, actuellement umr 7367 Dynamiques européennes (CNRS-Université de Strasbourg), en collaboration avec le Laboratoire Lorrain des Sciences Sociales (Université de Lorraine) sous la responsabilité scientifique de Virginie Vinel et une équipe de l’Université Ca’ Foscari de Venise animée par Donatella Cozzi.
  • [6]
    Nous avons effectué pendant 4 ans des observations du quotidien familial et scolaire en milieu urbain et rural de 69 enfants, des entretiens individuels et collectifs avec eux, ainsi qu’avec leurs parents, des professionnels de santé et de l’éducation et de l’animation, l’analyse des règlements scolaires, de la littérature médicale, de la presse appelée enfantine et féminine, des analyses fines d’objets et de pratiques.
  • [7]
    “Ordinary life is in the indicative mood, where we expect the invariant operation of cause and effect, of rationality and commonsense. Liminality can perhaps be described as a fructile chaos, a storehouse of possibilities, not a random assemblage, but a striving after new forms and structures, a gestation process, a fetation of modes appropriate to postliminal existence”.
  • [8]
    Cette naturalisation a surtout été explorée dans la construction de la féminité [Mardon 2009, Houseman 2010], plus rares sont les travaux sur la socialisation de la puberté au masculin [Fine 1986, Ayral et Raybaud 2014].
  • [9]
    Il s’agit de zones-frontières permettant des incursions dans des terrains conventionnellement attribués à l’autre genre sans pour autant se traduire en véritable infraction. Ce concept a été élaboré par Shawn McGuffey et Lindsay Rich à partir des pratiques de jeu dans lesquelles les enfants se séparent par groupes de sexe homogènes pour ensuite défier l’autre groupe. Néanmoins, si les incursions des filles dans le domaine des garçons sont acceptées, l’inverse est regardé avec beaucoup moins de faveur.
  • [10]
    C’est ce que Warnier appelle « l’effet Magritte » en référence « à la série de tableaux représentant chacun une pipe à tabac au-dessous de laquelle il a écrit  “Ceci n’est pas une pipe” : […] une pipe et un tableau de la pipe sont deux objets différents. On peut bourrer du tabac dans la pipe et allumer celui-ci. On ne peut rien faire de tel avec le tableau de la pipe » [2009 : 173].

Références bibliographiques

  • En ligneAlanen Leena, 1988, “Rethinking Childhood”, Acta Sociologica, 31: 53-67.
  • Armstrong David, 1983, Political Anatomy of the Body. Medical Knowledge in Britain in the Twentieth Century, Cambridge, Cambridge University Press.
  • Ayral Sylvie, Yves Raibaud (dir.), 2014, Pour en finir avec la fabrique des garçons, Bordeaux, Editions de la Maison des Sciences de l’Homme d’Aquitaine.
  • Bonnet Doris, 2012, “The absence of the child in ethnology: a non-existent problem?” Anthropochildren. Perspectives ethnographiques sur les enfants et l’enfance, 1, consulté en ligne le 15 mai 2015.
  • En ligneButler Judith, 2004, Undoing Gender, New York/London, Routledge.
  • Connell Raewyn, 1987, Gender and Power, Cambridge, Polity Press.
  • En ligneCook Daniel Thomas et Susanne Kaiser, 2004, “Betwixt and Be Tween. Age, ambiguity and the sexualization of the female consuming”, Journal of Consumer Culture, 4, 2: 203-227.
  • Corsaro William, 1997, The Sociology of Childhood, Thousand Oaks, Pine Forge Press.
  • En ligneDe Iulio Simona, 2014, « Entre catégorisation et indétermination : l’image des frontières de l’enfance dans la presse féminine et dans la presse “jeune” », Revue des Sciences Sociales, 51 : 26-33.
  • Delaiside Parseval Geneviève et Suzanne Lallemand, 2001 [1980], L’Art d’accommoder les bébés. Cent ans de recettes françaises de puériculture, Paris, Odile Jacob.
  • En ligneDelalande Julie, 2014, « Devenir préadolescent et entrer au collège », Revue des Sciences Sociales, 51, 112-119.
  • En ligneDiasio Nicoletta et Virginie Vinel (dir.), 2014, « La préadolescence : un nouvel âge de la vie », Revue des Sciences Sociales, 51 : 8-13.
  • Douglas Mary, 2001 [1966], De la souillure : essai sur la notion de pollution et de tabou, Paris, La Découverte/ Syros.
  • En ligneErikson Philippe, 2003, « “Comme à toi jadis on l’a fait, fais-le moi à présent...”. Cycle de vie et ornementation corporelle », L’Homme,3-4, 167-168 : 139.
  • En ligneFine Gary, 1986, “The Dirty Place of Little Boys”, Society¸ 24, 1: 63-67.
  • Foucault Michel, 1994 [1979], « La politique de santé au xviiiesiècle », inDits et écrits, III : 725-742.
  • En ligneHouseman Michael, 2010, « Des rituels contemporains de première menstruation », Ethnologie française, XL, 1 : 57-66.
  • Huston Nancy, 2006, Lignes de faille, Arles, Actes Sud.
  • Nouvelles adolescences, 2010, Ethnologie française, XL, 1.
  • James Allison, 1993, Childhood Identities. Self and Social Relationships in the Experience of the Child, Edinburgh, Edinburgh University Press.
  • En ligneJames Allison, 2000, “Embodied Being(s): Understanding the Self and the Body in Childhood” in Alan Prout (ed.), The Body, Childhood and Society, London/New York, MacMillan St. Martin’s Press: 19-37.
  • James Allison and Jenny Hockey, 2007, Embodying health identities, Basingstoke, Palgrave/ McMillan.
  • En ligneLallemand Suzanne et Guy Le Moal, 1981, « Un petit sujet », Journal des Africanistes, 51, 1-2 : 5-21.
  • En ligneLe Bras Hervé, 2003, « Les politiques de l’âge », L’Homme, 3-4, 167-168 : 25-48.
  • Lee Nicolas, 2001, Childhood and Society. Growing up in an age of uncertainty, Maidenhead, Open University Press.
  • Leiris Michel, 2007 [1939], L’âge d’homme, Paris, Gallimard.
  • En ligneMardon Aurélia, 2009, « Les premières règles des jeunes filles. Puberté et entrée dans l’adolescence », Sociétés contemporaines, 75 : 109-129.
  • Martin Emily, 1987, The Woman in the Body. A Cultural Analysis of Reproduction, Boston, Bacon Press.
  • Mauss Marcel, 1993 [1934], « Les techniques du corps » in Marcel Mauss, Sociologie et anthropologie, Paris, Presses universitaires de France : 363-386.
  • En ligneMayall Berry, 1993, “Keeping Healthy at home and school: ‘it’s my body, so it’s my job’!”, Sociology of Health and Illness, 15 (4) : 464-487.
  • En ligneMcGuffey Shawn and Lindsay Rich, 1999, “Playing in the Gender Transgression Zone: Race, Class, and Hegemonic Masculinity in Middle Childhood”, Gender and Society, XIII, 5: 608-627.
  • En lignePeatrick Anne-Marie, 2003, « L’océan des âges », L’Homme, 3-4, 167-168 : 7-23.
  • Probyn Elspeth, 2004, « Déplacés : honte, corps et lieux », Anthropologie et sociétés, 28, 3 : 39-58.
  • En ligneProut Alan, 2000, “Childhood Bodies: Construction, Agency and Hybridity”, in Alan Prout (ed.), The Body, Childhood and Society, London/New York, MacMillan St. Martin’s Press: 1-18.
  • Remotti Francesco, 2003, « De l’incomplétude », in Francis Affergan, Silvana Borutti, Claude Calame, Ugo Fabietti, Mondher Kilani et Francesco Remotti, Figures de l’humain, Paris, Éditions de l’ehess : 19-74.
  • En ligneRollet Catherine, 2008, Les Carnets de santé des enfants, Paris, La Dispute.
  • En ligneSegalen Martine, 2010, À qui appartiennent les enfants ? Paris, Tallandier.
  • En ligneSirota Régine, 2010, “ French Childhood Sociology: an unusual, minor topic or a well-defined field?”, in Doris Bühler-Niederberger and Régine Sirota, Marginality and Voice. Children in Sociology and Society, Current Sociology, 58 (2): 250-271.
  • En ligneThéry Irène, 2008, « Pour une anthropologie comparative de la distinction de sexe » in Irène Théry et Pascale Bonnemère (dir.), Ce que le genre fait aux personnes, Paris, Éditions de l’ehess : 15-43.
  • Thorne Barrie, 1993, Gender Play. Girls and Boys in School, New Brunswick, Rutgers University Press.
  • Turmel André, 2013 [2008], Une sociologie historique de l’enfance. Pensée du développement, catégorisation et visualisation graphique, Laval, Presses de l’Université de Laval.
  • Turner Victor, 1986, “Dewey, Dilthey and Drama: An Essay in the Anthropology of Experience”, in Victor Turner and Edward M. Bruner (eds.), The Anthropology of Experience, Urbana-Chicago, University of Illinois Press: 33-44.
  • Van Gennep Arnold, 1981 [1909], Les rites de passage, Paris, Picard.
  • En ligneWarnier Jean-Pierre, 2009, « Le corps du litige en anthropologie », in Dominique Memmi, Dominique Guillo et Olivier Martin (dir.), La Tentation du corps. Corporéité et sciences sociales, Paris, Editions de l’ehess : 171-197.
Nicoletta Diasio
Université de Strasbourg
Faculté des Sciences Sociales
Dynamiques européennes (cnrs-Unistra, umr 7367)
Maison Inter-universitaire des Sciences de l’Homme Alsace
5, allée du Général Rouvillois
67083 Strasbourg cedex
nicoletta.diasio@misha.fr
Mis en ligne sur Cairn.info le 29/10/2015
https://doi.org/10.3917/ethn.154.0597
Pour citer cet article
Distribution électronique Cairn.info pour Presses Universitaires de France © Presses Universitaires de France. Tous droits réservés pour tous pays. Il est interdit, sauf accord préalable et écrit de l’éditeur, de reproduire (notamment par photocopie) partiellement ou totalement le présent article, de le stocker dans une banque de données ou de le communiquer au public sous quelque forme et de quelque manière que ce soit.
keyboard_arrow_up
Chargement
Chargement en cours.
Veuillez patienter...