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1 La mission militaire du général Berthelot en Roumanie est la plus importante de toutes celles envoyées par la France à l’étranger pendant la Grande Guerre. Certes, Berthelot n’a pas réussi à sauver Bucarest, qui est prise par les Allemands en décembre 1916, mais, une fois le front stabilisé sur le Siret, il a présidé à la reconstitution complète de l’armée roumaine qui, au cours de l’été de 1917, a remporté trois succès importants à Mărăşti, Mărăşeşti et sur l’Oituz, avant de devoir déposer les armes du fait de la défection des armées russes. La mission française a alors dû quitter le pays (mars 1918) ; entre-temps, Berthelot avait été fait citoyen d’honneur du pays.

2 La mémoire de cette mission est une sorte de miroir des relations franco-roumaines et même des fluctuations de la politique intérieure roumaine. Entre 1918, date de la dissolution de la mission Berthelot, et 2007, qui marque l’entrée de la Roumanie dans l’Union européenne, plusieurs phases sont à distinguer : du vivant de Berthelot, d’abord, et au-delà, jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, domine la reconnaissance : une vulgate officielle se développe ; puis le régime stalinien éradique cette vision, tandis que les éléments d’une légende dorée ne varietur survivent dans l’émigration ; la période Ceauêescu est marquée par une inflexion du déni et même parfois une réhabilitation de la mission sur fond de russophobie feinte ou réelle ; enfin, la période postcommuniste voit l’épanouissement de plusieurs courants, entre rigueur historique et nationalisme, mais surtout l’effacement du souvenir.

La mémoire de la mission, du vivant de Berthelot

3 Avant même la fin du premier conflit mondial, la mission Berthelot devient une référence mémorielle, puisqu’elle incarne l’époque où Alliés et Roumains combattaient côte à côte. Contrainte de signer une humiliante paix séparée le 7 mai 1918, la Roumanie vit pendant plusieurs mois sous la botte des Puissances centrales. Pour les francophiles réfugiés à Iaşi, autour de la famille royale, le nom du chef de la mission française demeure synonyme d’espoir. Dans son Journal, la reine Marie se réjouit des bonnes nouvelles qui lui parviennent du front français : « Notre cher Berthelot y commande une armée, écrit-elle. [...] C’est avec un réel plaisir que nous lisons son nom. » [1] Revenu dans les Balkans à la tête de l’armée du Danube, il obtient in extremis la deuxième entrée en guerre de la Roumanie, qui la replace du même coup dans le camp des vainqueurs (le 10 novembre). Les liens que le général a noués avec les dirigeants et le peuple roumain ne sont pas rompus au moment où il quitte ses fonctions à Bucarest, en mai 1919. Au-delà de l’indéniable aspect affectif des retrouvailles périodiques qui ont lieu par la suite, il continue de poursuivre le même but qu’au cours des années 1916-1919 : étendre l’influence de la France en Orient et faire de « la Grande Roumanie la plus belle colonie française qui soit au monde » [2].

4 Devenu gouverneur militaire de Metz, puis de Strasbourg, il continue à recevoir de nombreux témoignages d’amitié de Roumanie, ainsi que la visite des personnalités de passage, comme la reine Marie et ses filles, qui sont ses hôtes le 6 juillet 1920 dans la capitale de la Lorraine recouvrée [3]. En avril 1924, il a l’occasion d’accueillir en France pour la seconde fois la reine qui accompagne pour la circonstance le roi [4]. D’un autre côté, par ses retours périodiques en Roumanie dans les années 1920, le général semble vouloir rappeler sans cesse à ses nouveaux concitoyens à qui ils doivent, en grande partie, l’accomplissement de leurs rêves d’unité. En octobre 1922, il assiste au couronnement des souverains de la Grande Roumanie à Alba Iulia [5], puis il préside à l’inauguration, dans le parc Ciémigiu à Bucarest, d’un monument à la mémoire des soldats français morts en Roumanie pendant la Grande Guerre [6]. À la faveur de ce voyage, le 24 octobre 1922, la Chambre roumaine met à sa disposition, « comme marque de reconnaissance impérissable pour ses mérites à l’égard du peuple roumain, l’un des lots réservés à l’État par la loi d’expropriation » (loi de réforme agraire) [7]. Le 27 mars 1923, lui est attribuée la terre de Farcadin de Jos(désormais appelée General Berthelot), dans le district de Hunedoara, sur les frontières de la Transylvanie et du Banat [8]. Le 22 septembre suivant lui sont remis les titres de la propriété, « principauté française dans un royaume roumain » [9]. À partir de cette année 1923, Berthelot séjourne en Roumanie presque tous les ans.

5 En octobre 1927, Berthelot est même chargé d’une véritable mission par le gouvernement Poincaré. L’organisation militaire de la Roumanie présente des faiblesses qui éclatent d’autant plus à la vue des observateurs français qu’ils la connaissent mieux depuis le traité de 1926, fondateur de la Petite Entente. Un peu comme en octobre 1916, on compte sur le général pour « modifier la situation lamentable dans laquelle se trouve l’armée roumaine au point de vue matériel » et pour « secouer la torpeur générale » [10]. Sous le règne du général Averescu (vieil adversaire nationaliste de Berthelot), président du Conseil du 30 mars 1926 au 3 juin 1927, l’Italie – où il avait été formé du temps de la Triplice – obtenait tous les marchés. Grâce à l’intervention de Berthelot, le gouvernement roumain promet de s’adresser désormais « en principe » à la France pour son armement. Une mission militaire française rendrait « d’immenses services » en Roumanie, estime le ministre de France Georges Clinchant. Quelques militaires patriotes la souhaitent et même l’ont demandée, mais « la susceptibilité et la vanité nationales » sont telles que le gouvernement, même s’il est dirigé comme en 1916 par le libéral Ion I. C. Bratianu, ne peut l’accepter. Elle ne serait vraisemblablement réclamée qu’en cas de très graves dangers, en temps de guerre, après les premières défaites, c’est-à-dire trop tard [11]. Berthelot ne se fait guère d’illusions au sujet des promesses reçues. « Je regrette même aujourd’hui d’avoir accepté une mission en Roumanie en octobre dernier, écrit-il le 27 janvier 1928, parce qu’après avoir fait des propositions que le gouvernement roumain avait acceptées au sujet de son armement, aucune suite ne lui est donnée. » [12]

6 Le hasard veut que la dernière visite du général en Roumanie prenne en quelque sorte la forme d’une apothéose. À son arrivée à Bucarest, le 26 mai 1930, il est accueilli par le général Presan, son principal allié dans la période 1916-1918. Deux jours plus tard, c’est le comte de Saint-Aulaire, le ministre de France des années de guerre, qui débarque à Constanta et gagne la capitale. Une séance solennelle du Parlement est convoquée en leur honneur. L’ancien diplomate prend place au banc des ministres pendant que le général, en tant que citoyen roumain, tient absolument à s’asseoir au milieu des députés, sous les acclamations : « Vive Saint-Aulaire ! Vive Berthelot ! Vive la France ! » Berthelot quitte la capitale dans la soirée du 31 mai 1930, pour ne plus jamais y revenir [13].

Berthelot, héros national

7 Le 28 janvier 1931, sa mort est annoncée. « Son souvenir est resté gravé au fond de nos âmes, télégraphie le roi Carol II au président de la République française, et nous déplorons, tous ses amis de Roumanie et moi, la perte de ce grand ami de notre pays. » [14] De nombreuses municipalités envoient également des télégrammes de condoléances. Le ministère de l’Instruction publique décide de consacrer une heure à la mémoire de Berthelot dans toutes les écoles [15]. Un buste du général est exposé dans le salon d’honneur du Musée militaire à Bucarest. Tous les journaux consacrent de longs articles à sa mémoire ; l’éditorial de L’Indépendance roumaine du 30 janvier porte un titre émouvant : « Notre Berthelot ». Le président du Conseil et le gouvernement au grand complet assistent à une messe de requiem à Bucarest [16].

8 Bien avant sa mort déjà, Berthelot était devenu un personnage historique en Roumanie, comme le prouve la quasi-totalité des ouvrages publiés entre les deux conflits mondiaux, qui témoignent de l’admiration et de la reconnaissance des auteurs roumains pour l’œuvre accomplie par la mission française, auréolée par la légende dorée. Dès 1918, le général Găvănescu célèbre le rôle éminent de ces soldats conduits par « l’un des généraux les plus distingués de France » [17]. « Quand le général Berthelot est arrivé à la tête de la mission militaire, écrit de son côté le grand historien Gheorghe I. Bratianu, avec lui, ce n’était pas seulement le brillant commandant et organisateur qui nous est parvenu, mais surtout l’esprit victorieux de la France éternelle. » [18] Encenser l’œuvre de la mission militaire et du général Berthelot fait partie des figures de style incontournables de cette littérature de l’entre-deux-guerres.

9 En 1934 paraît en France La Roumanie dans la Guerre mondiale de Constantin Kiritescu, préfacée par André Tardieu. Il s’agit de la traduction de l’Istoria rµzboiului pentru întregirea României dont l’auteur a, en 1923, envoyé un exemplaire dédicacé à Berthelot. Cet ouvrage, très bien accueilli en France, fait encore figure aujourd’hui d’ouvrage de référence en dépit d’un style grandiloquent, de mise à cette époque. Selon Kiritescu, Berthelot réunit en sa personne « toutes les belles qualités » de l’âme française. « Sa participation à la reconstruction de l’armée roumaine, ses conseils sages, compétents et désintéressés, la grande affection qu’il a témoignée envers la Roumanie, lui ont donné une place dans la galerie des bienfaiteurs illustres de la nation et lui ont créé dans l’armée et le peuple une popularité des plus touchantes. » [19] Pour la génération du feu, Papa Berthelot, comme le surnommaient les paysans, est resté un héros national. Aurel Cosma, qui lui consacre en 1932 une brochure intitulée Generalul Berthelot éi dezrobirea Românilor (Le général Berthelot et la libération des Roumains), rappelle qu’il a fait l’objet d’un véritable culte : il n’était pas rare de trouver son portrait à côté des saintes icônes, sur l’autel familial des foyers humbles [20].

10 La mort de Berthelot est l’occasion de nouvelles publications. La dédicace du Generalul Henri Berthelot du major Cerbulescu, recueil de témoignages concernant le chef de la mission militaire française et d’hommages consécutifs à son décès, précédés d’une courte biographie, témoigne sans équivoque de l’état d’esprit dominant du moment : « Pleurez, Roumains, car nous est enlevé un grand et cher ami, sincère et dévoué. » « Le pays confondra toujours dans un même souvenir reconnaissant le général Berthelot, ses collaborateurs et la France généreuse qui a contribué à la résurrection de l’armée et à la confiance en la victoire », proclame l’auteur, « certain d’interpréter le sentiment populaire » [21].

11 Une voix détonne au milieu de ces hymnes à l’amitié roumano-française, celle du maréchal Averescu, l’homme fort de l’armée royale en 1916, plus tard chef d’un parti populiste, plusieurs fois président du Conseil. Pour lui, Berthelot a constitué un obstacle sur le chemin du pouvoir suprême, dans l’armée d’abord, mais aussi en politique. La gloire du général français lui fait de l’ombre. En février 1937, six ans après la mort de Berthelot, paraissent les Notes journalières de guerre (1914-1918) d’Averescu [22]. Selon le colonel Delmas, attaché militaire français, c’est l’œuvre d’un « homme aigri », qui ne s’est pas consolé de n’avoir pu arriver au commandement en chef des armées roumaines et qui critique toutes les personnalités, roumaines ou françaises, qui, à l’en croire, l’ont écarté du poste suprême. Il se montre « parfaitement injuste » à l’égard du général Berthelot et de la mission française, envers lesquels il entreprend une œuvre de dénigrement systématique. Toutefois, les autorités françaises s’opposent, « afin d’éviter toute polémique », à toute réponse publiée sous le sceau du ministère de la Guerre.

12 Certains Roumains, déçus par cette riposte timide de la France, prennent eux-mêmes la défense de Berthelot. Selon l’attaché militaire français à Bucarest, un grand nombre de personnalités déplorent « cette publication agressive » qui tend à diminuer le rôle de la mission, « qui a été la plus belle expression de la solidarité de guerre franco-roumaine » [23]. Le journal Universul publie notamment plusieurs articles où s’exprime une franche admiration pour l’œuvre de Berthelot. Les Notes d’Averescu comprennent de nombreuses lacunes et des erreurs, qui obscurcissent ou déforment la vérité historique, souligne le journaliste et député Romulus  eiêanu. Leur caractère subjectif saute aux yeux. La Roumanie n’est pas un pays où la terre « ne convient qu’à faire pousser l’herbe de l’ingratitude ». Le général Berthelot, « qui, avant de venir en Roumanie, prouva sur le front occidental ses vertus militaires, fut un véritable collaborateur du GQG, un ami dévoué et éprouvé de notre peuple. Il a bien mérité le titre de citoyen d’honneur de la Roumanie » [24].

La période communiste

13 En dépit de l’arrivée au pouvoir en 1940 du maréchal Antonescu, représentant du courant germanophile dans l’armée roumaine dès la Première Guerre mondiale, la mémoire du général Berthelot continue à être honorée jusqu’à l’avènement de la République populaire en 1947. Les premiers historiens de l’époque communiste s’attachent ensuite à prendre le contre-pied de ceux de l’époque royale. L’histoire est alors l’une des formes de la lutte politique destinée à balayer les vestiges des régimes précédents, bourgeois puis fasciste, lutte très âpre dans les années 1950. Tous les historiens roumains sont placés sous la coupe de l’Académie, elle-même contrôlée par le Parti, et il n’est pas question de s’écarter de la ligne officielle. Cette critique manichéenne entend, par contraste, attirer les nouvelles générations vers le régime nouveau. La mission Berthelot fait les frais de ce combat idéologique. L’épopée franco-roumaine est gommée des manuels scolaires dès 1948. Le Dictionar enciclopedic român met surtout l’accent sur le rôle d’agent des puissances impérialistes joué par Berthelot : « Général français, commandant d’armée au moment de la Première Guerre mondiale. Chef de la mission militaire française en Roumanie durant cette même guerre. A participé, en tant que chef de l’armée alliée du Danube, à l’écrasement de la République soviétique hongroise (1919). » [25]

14 Un ancien de la mission, devenu directeur du Centre culturel français de Bucarest, Marcel Fontaine, se montre écœuré par la nouvelle histoire roumaine. Selon lui, l’aide de la France à la Roumanie pendant la guerre de 1916-1918 est présentée comme « une invention française ». « C’est par l’héroïsme déployé par les soldats roumains et russes qu’un rude coup a été porté à l’envahisseur allemand... », telle est la nouvelle version de la bataille de Mărăşeşti. Les Roumains, bien sûr, mais les Russes ! « Ainsi que beaucoup d’autres, ce mensonge a pour objet d’effacer le souvenir de l’aide et de l’amitié françaises, pour les remplacer par une aide et une amitié russes inventées pour la cause. » [26] À cette époque, l’idéologie marxiste-léniniste pure domine donc nettement l’historiographie roumaine, et l’alignement sur Moscou est total.

1957 : le retour des vétérans

15 En 1957 se situe pourtant un épisode qui pourrait, à première vue, évoquer la « Détente ». La République socialiste de Roumanie de Petru Groza décide en effet de célébrer avec faste le quarantième anniversaire de Mărăşeşti. Le Dr Sorrel, ancien de la mission Berthelot, qui participe à un congrès médical à Bucarest en mai, est officiellement prié par le gouvernement communiste de revenir au mois d’août en compagnie d’une délégation de vétérans. Cette invitation, qui se situe « dans la ligne du sourire de Khrouchtchev », selon le Quai d’Orsay, fait l’objet d’un débat passionné au sein du groupe des anciens de la mission. L’un d’eux, Guy de Courson de la Villeneuve [27], se montre conscient du « péril que [peut] présenter ce voyage dont la propagande communiste ne manquer[a] pas d’essayer de tirer des fruits » ; mais, à ses yeux, refuser d’aller en Roumanie apparaît « politiquement et sentimentalement » une faute [28].

16 Conduite par les généraux Chambe, Pétin et Cochet, la délégation, qui compte encore une vingtaine d’autres membres, accompagnés de plusieurs journalistes, est accueillie avec faste à Bucarest au soir du 1er août (mais, bien entendu, des « anges gardiens », à la fois guides et surveillants, sont affectés au service des vétérans). On préfère alors sortir dans la rue ou dans un parc pour échanger des impressions qui, dans les chambres, ne manqueraient pas d’être enregistrées. Les cérémonies débutent au cimetière Ghencea des héros roumains de 1916-1919, où les Français se voient présenter, sous des uniformes de généraux du cadre de réserve, quelques-uns des jeunes officiers roumains de 1916. Le général Pétin s’approche des vétérans, leur demande dans quelle unité ils ont servi et les noms de leurs officiers français : « Leurs réponses nous montrent que ce ne sont pas des figurants, mais d’authentiques poilus... », affirme Courson. Au cimetière Belu, où le carré français avait été laissé à l’abandon par l’ambassade de France, l’armée roumaine s’est chargée de remettre les tombes en état. C’est ensuite un discours solennel devant le monument du jardin Ciémigiu.

17 Le 3 août, les vieux soldats sont reçus au grand amphithéâtre de l’École de guerre (Académie Staline) à Bucarest. Tous arborent les décorations royales roumaines et impériales russes, interdites dans la nouvelle Roumanie. Les vétérans roumains de 1917, pour la plupart en état de délabrement avancé, faute de soins selon Courson, ont été sélectionnés et remis sur pied. On leur a fourni des vêtements décents, leur solde est passée tout à coup de 500 à 1 500 lei par mois et ils ont été autorisés à former une association d’anciens combattants. Le Général-Oprescu (77 ans), ancien attaché militaire à Paris, prononce le discours de circonstance. Courson profite du temps magnifique pour se promener ensuite dans la rue. Un libraire francophone lui apprend que la rue du général Berthelot a été rebaptisée strada Popov : « La vie n’est pas drôle ici, je vous assure », ajoute-t-il. Une vendeuse est heureuse de voir de « vrais Français » et non pas des membres d’une quelconque délégation du PCF ou de la CGT. Au cours de la réception donnée à l’ambassade de France, la femme de l’attaché militaire prévient les Français : tout le personnel roumain est sous le contrôle de la Securitate. Les quelques grandes dames de l’ancien régime présentes sont vêtues d’accoutrements pitoyables. Sur les visages que les officiers de la mission ont connus à l’époque de leur splendeur, le temps et la misère ont fait leur œuvre.

18 Le dimanche, un office est célébré dans la chapelle française, dont les autorités n’ont permis la réouverture que la veille au soir. Il faut ensuite visiter le Musée militaire où ne demeurent que quelques photos du général Berthelot. Le 6 août, les Français assistent aux grandioses cérémonies de Mărăşeşti où les a conduits un train spécial. Courson et Sorrel déposent une couronne devant le monument. Les barrages sont rompus et les vétérans se retrouvent un moment noyés dans la foule ; certaines personnes leur disent gentiment bonjour en français : « Au quarantième anniversaire de la bataille de Mărăşeşti, écrit le général Pétin dans le livre d’or du musée de la bataille, vingt-cinq officiers de la mission Berthelot sont venus revoir leurs camarades roumains et évoquer les souvenirs d’un passé symbole de l’indestructible amitié franco-roumaine. »

19 À Iaşi, le général fait célébrer une messe impromptue au cimetière militaire, devant le monument français qui contient les cendres des quatorze personnes, mortes du typhus ou des combats en 1917 et 1918, dont les noms sont lus à haute voix. Le cimetière des morts soviétiques de 1944 est un passage obligé. Les vétérans sont choqués par ces stèles de granit au sommet desquelles l’étoile rouge a remplacé la croix. Au cimetière roumain on les dissuade de déposer eux-mêmes une gerbe devant le monument de la Grande Guerre : « L’emplacement de la crypte est exigu, votre délégation n’y tiendrait pas. » Vérification faite : les noms du roi Ferdinand Ier et de la reine Marie sont inscrits en lettres capitales sur la stèle...

20 Devant la statue de Berthelot, fraîchement réinstallée dans le jardin du Théâtre national, Pétin prononce un discours improvisé : « Bonjour, mon général, je vous présente vingt-trois de vos officiers de 1917 venus, après quarante ans, vous rendre visite sur cette terre amie. En cette ville de Iaşi qui fut votre poste de commandement, ils évoquent avec émotion les souvenirs de la mission dont vous fûtes le magnifique chef. » Sur la façade de la maison du Dr Bogdan (dont la famille a été expropriée par les communistes), une plaque rappelle le séjour du chef de la mission : « Ici a habité, partageant nos douleurs, le citoyen roumain et le grand ami de notre nation, le général Berthelot. » Après le festin interminable à l’hôtel Traian, les Français se mêlent aux passants. Les jeunes ne savent rien des combats de 1917, mais un vétéran s’écrie : « J’en étais, moi, de Mărăşeşti, je servais dans l’artillerie. Ce sont vos canons longs qui ont gagné la bataille. » Le 10 août, les vieux poilus prennent place à bord d’un Iliouchine à destination de Prague. Dans leurs bagages, ils emportent chacun une caisse frappée aux armes de la République populaire de Roumanie contenant des cadeaux : « Autant de récupéré sur les biens que m’ont volés les Soviets à Pétersbourg », écrit, en guise de conclusion à son odyssée, un Courson spolié en 1917 des biens qu’il possédait en Russie.

21 Pourquoi donc le gouvernement totalitaire a-t-il organisé cet accueil fastueux ? Pour Marcel Fontaine, ce n’était certainement pas pour donner un nouveau souffle à l’amitié franco-roumaine, bien au contraire : « Il s’agissait, et le cas est typique, non d’une résurrection, mais d’un enterrement. » [29] À partir de 1957, la mission Berthelot et son chef, « jadis si populaires dans le pays, sont rayés de la nouvelle histoire roumaine. Il est interdit d’en parler » [30].

L’époque Ceauşescu

22 Avec l’arrivée au pouvoir de Nicolae Ceauşescu, c’est le camp nationaliste le plus chauvin qui s’impose. Si, dans la littérature historique, l’internationalisme prolétarien demeure, c’est seulement à l’état de vernis. Le culte du passé fait fonction de sublimation du communisme à la roumaine. L’historiographie exalte à la moindre occasion les souvenirs de la Grande Roumanie et des années de la lutte pour l’accomplissement de l’idéal national le plus élevé au cours des années 1916 à 1919. L’animosité à l’encontre des Soviétiques apparaît presque au grand jour, celle traditionnellement nourrie à l’égard des « frères » hongrois ne s’embarrasse même plus de précautions de style. Les grands personnages de l’histoire roumaine prennent une dimension planétaire. On se soucie de leur place dans « la constellation de l’histoire mondiale » [31]. Cette volonté de magnifier l’élément national, parfois jusqu’au ridicule, explique pourquoi l’œuvre de Berthelot est largement minimisée.

23 L’année 1967 voit la célébration avec faste du cinquantième anniversaire des victoires de Mărăşti et de Mărăşeşti et un nouveau revirement de l’historiographie communiste. C’est alors la pleine période d’ouverture du régime. On parle de « voie roumaine ». La Revue roumaine d’histoire publie un article sur la mission Berthelot. Les qualités du général y sont reconnues en termes élogieux : « Sa capacité et son expérience militaire, son caractère optimiste et loyal, le prestige acquis sur les champs de bataille de France l’avaient fait considérer par le général Joffre comme l’homme le plus qualifié à collaborer avec le commandement roumain de la guerre. » [32] La visite du général de Gaulle à Bucarest en 1968 est à nouveau l’occasion de rappeler l’amitié franco-roumaine « multiséculaire ».

24 Cette atmosphère courtoise, qui reste d’ailleurs très superficielle, se dégrade quelque peu dans les années 1970. Dans la très marxiste Histoire des Roumains de Miron Constantinescu, publiée en 1970, les victoires de 1917 se sont muées en « succès obtenus en collaboration avec l’armée russe ». Le nom du chef de « la mission militaire française, arrivée dès l’automne 1916, [et qui] contribua elle aussi à la réorganisation de l’armée » [33], n’est même pas cité. Mais Dinu G. Giurescu, autre historien de la période flamboyante du régime Ceauêescu, dans un ouvrage officiel publié en français, présente encore une image tout à fait favorable, bien que fugitive là aussi, de l’action de la France durant la Première Guerre mondiale : « La mission française commandée par le général Henri-Mathias Berthelot s’avère d’une aide précieuse. » [34]

25 Dans les années 1980, le régime, de plus en plus isolé, dérive au rythme de la mégalomanie du conducător, qui se méfie de plus en plus de tout ce qui vient de l’étranger, même d’URSS, surtout à partir de la Pérestroïka. La politique historiographique est toutefois variable. Si on ne relève pas un mot sur l’action ni même la présence des Français en Roumanie pendant la Grande Guerre dans l’ouvrage attribué au frère du dictateur, le général Ilie Ceauşescu, La guerre du peuple tout entier, en 1982, il s’agit cependant d’une exception. Les auteurs de Comandanţi militari. Dicţionar (Dictionnaire des commandants militaires), en 1983, n’oublient pas, eux, le général dans leurs Vies des grands capitaines. Dans România în anii Primului Război mondial (La Roumanie dans les années de la Première Guerre mondiale), histoire officielle de la Grande Guerre parue à Bucarest en 1987, le rôle de la Mission militaire française est en revanche largement décrit. Le nom de Berthelot est cité plusieurs dizaines de fois. On le constate, la mission Berthelot est utilisée alternativement comme arme anti-russe, anti-hongroise ou, au contraire, omise pour des raisons politiques lorsqu’il s’agit de resserrer les liens de la Roumanie avec les pays frères, ou pour des raisons diamétralement opposées, lorsqu’il s’agit d’exalter exclusivement l’armée roumaine au détriment des armées alliées, et plus encore, on le comprend, de l’armée russe.

26 De leur côté, les historiens roumains de l’émigration se situent pour la plupart dans la droite ligne de l’historiographie traditionnelle roumaine. C’est dire qu’ils reconnaissent, presque unanimement, le rôle fondamental de la mission Berthelot dans la réorganisation de l’armée roumaine et la réalisation de la Grande Roumanie, et plus généralement celui de la France. Pamfil  şeicaru dédie ainsi son ouvrage La Roumanie et la Grande Guerre, publié à Paris en 1968, à la mémoire « du général Berthelot, du comte de Saint-Aulaire, ambassadeur de France, des officiers, sous-officiers et soldats de la Mission militaire française qui ont vécu l’épopée roumaine en une pathétique solidarité de foi et de sacrifice » [35].

Le souvenir de la mission dans la période postcommuniste

27 La révolution de décembre 1989 a suscité l’épanouissement d’une nouvelle historiographie en Roumanie, même si à bien des égards, tant au niveau du personnel universitaire que parfois des idées elles-mêmes, les changements se sont faits dans la continuité. Tout naturellement, les ouvrages et articles parus au cours des années qui suivent la chute de la dictature reprennent pour la plupart la tradition des années 1920 et 1930. En 1989, les Français redécouvrent la Roumanie, mais les Roumains, eux aussi, revisitent une partie à bien des égards occultée de leur passé. En novembre 1992, une plaquette intitulée Souvenirs d’une coopération militaire franco-roumaine dans la Victoire, 1916-1919 est publiée conjointement par les soins de l’ambassade de France en Roumanie et du Musée militaire national. Berthelot retrouve sa place dans les manuels scolaires. Dans les versions de 1994 et de 1997 du livre d’histoire des classes de 12e (Terminale), publié par Editura didactică şi pedagogică, on peut lire : « La défense du dernier lambeau de territoire où battait encore le cœur de l’État roumain constituait, depuis la campagne de 1916, l’objectif principal des autorités militaires roumaines. Grâce à un effort gigantesque, une force militaire comprenant 460 000 soldats et officiers avait été reconstituée. Ce résultat fut obtenu pour une bonne part par l’obtention d’un armement moderne, acheté à l’étranger et grâce à la mission militaire française conduite par le général Berthelot. » [36] En 1997, Dumitru Preda, chercheur à l’Institut d’histoire et de théorie militaires de Bucarest, publie un ouvrage bilingue : Berthelot et la Roumanie, recueil de photos du général et des acteurs français, roumains et russes de la Grande Guerre, accompagné d’un commentaire à la fois très patriotique et favorable à l’action de la mission.

28 Les retrouvailles franco-roumaines se concrétisent par un certain nombre de colloques mixtes. L’année 1996 voit plusieurs manifestations commémoratives de l’anniversaire de l’arrivée de la mission. Un colloque intitulé La présence française en Roumanie pendant la Grande Guerre 1914-1918 est organisé à Cluj les 27 et 28 juin 1996 [37]. Une autre rencontre (Général Henri Berthelot, 80 ans après la Mission française en Roumanie) est organisée à Bucarest les 15 et 16 octobre [38]. Parallèlement, une exposition montée par le Musée d’histoire militaire est présentée dans le hall du Cercle militaire de la capitale. La télévision roumaine (TVR) et la presse écrite couvrent l’événement. Enfin, un symposium intitulé Le général Henri Berthelot et la Mission militaire française en Roumanie se tient à l’Institut d’histoire A. D. Xenopol de Iaşi le 25 octobre.

29 L’action de la mission militaire française et la personnalité du général Berthelot ne sont toutefois pas perçues de la même façon unanime par tous les historiens. Certains, comme Gheorghe I. Florescu, ont plutôt tendance à adopter le point de vue du général Averescu – ou, du moins, à s’en rapprocher. « Il ne faut pas que nous surévaluions gratuitement le rôle du général Berthelot et de sa mission, car, dans l’armée roumaine, il existait de nombreux officiers de valeur – et non pas seulement des officiers – qui, après les défaites du début, ont rendu possibles les victoires de l’été 1917 », écrit ce chercheur dans la préface de son édition des poèmes du colonel Dumon (lui aussi présent en Roumanie en 1916-1918), avant de reconnaître cependant que « le rôle de Berthelot et de la mission ne doit pas être sous-estimé et que l’assistance française dans son ensemble a été un fait favorable » [39]. C’est donc la résurgence d’une école historique non pas tant antifrançaise que nationaliste.

30 Elle demeure cependant minoritaire. Berthelot, qui était redevenu l’un des traits d’union les plus forts entre une France qui redécouvre la Roumanie et une Roumanie très désireuse de s’arrimer à l’Ouest et de renouer avec sa longue tradition francophile, a d’abord connu un regain d’intérêt. À Bucarest, une rue porte de nouveau depuis 1990 le nom d’Henri-Mathias Berthelot, « général français » (c’est l’ancienne strada Popov, devenue strada Nuferilor (des nénuphars) en 1965). Le monument aux morts français du parc Cişémigiu et le cimetière français Belu sont toujours soigneusement entretenus. Le Musée militaire présente de nombreuses photos de la Grande Guerre, parmi lesquelles celles de Berthelot entrant à Bucarest le 1er décembre 1918 aux côtés des souverains roumains. On trouve aussi une rue Berthelot à Iaşi et le buste en bronze du général continue d’orner le parc du Théâtre national. La maison où il habita est encore debout et habitée. À Mărăşeşti, Berthelot est le seul général étranger (devenu roumain en 1917, il est vrai) à avoir reçu en 1992 l’honneur d’un buste au milieu des grands chefs de l’armée roumaine, tout près du mausolée des soldats morts pour la Patrie.

31 Cette renaissance n’a pourtant eu qu’un temps comme en témoigne le triste état du manoir du général à Fărcădin de Jos. Successivement transformé par le régime communiste en coopérative agricole, puis en école et en jardin d’enfants, il a, pour finir, été laissé à l’abandon. Après 1989 est née l’idée d’en faire un musée dédié au général. Première étape, peut-être, le 28 janvier 2001, l’association locale Général Berthelot (fondée en novembre 2000 par un magistrat, Ioan Moca), la municipalité et le Conseil local décident de poser un rectangle de marbre sur le mur de la mairie, portant cette inscription : « On a appliqué cette plaque à l’occasion de la commémoration de soixante-dix ans de la mort du général Henri-Mathias Berthelot (1861-1931). » En septembre 2001, l’Académie roumaine fait l’acquisition de la maison de l’un des plus illustres de ses anciens membres. Sur ces entrefaites, General Berthelot, qui était devenu Unirea en 1965 sur décision de Ceaușescu, retrouve son nom (le 7 décembre 2001) à la suite d’un référendum local qui a donné 91,6 % de votes favorables. Le 11 mai 2002, Ioan Moca est reçu officiellement par la municipalité de Feurs (Loire), ville natale de Berthelot. Enfin, le 12 septembre 2004, la commune de Nervieux (berceau familial de Berthelot) et celle de ce General Berthelot roumain sont officiellement jumelées. Mais le manoir continue de se dégrader. Toutefois, au début du XXIe siècle, la force du souvenir n’est plus assez importante pour susciter l’intervention de l’État ou de riches particuliers pour la sauvegarde d’un élément du patrimoine sentimental commun à la France et à la Roumanie.

32 Ce sont finalement parfois les Roumains de la diaspora qui se montrent les plus attachés à la figure du général. Le cas de l’Alsace apparaît tout particulier : d’une part, un buste de Berthelot (offert par le département de Iaşi) a été inauguré en septembre 1997 à Strasbourg et une commémoration annuelle y est organisée à l’occasion de la fête nationale (autour du 1er décembre) en présence des associations roumaines de la région et des représentants roumains auprès des institutions européennes (cette fête a pris un grand éclat en 2006 pour le quatre-vingt-dixième anniversaire de l’arrivée de la mission à Bucarest) ; d’autre part, le nom de Berthelot est aussi évoqué tous les ans (en mai) lors de la cérémonie qui se déroule au cimetière militaire de Soultzmatt (Haut-Rhin), où sont enterrés plusieurs centaines de prisonniers roumains morts en 1917 et 1918 dans une Alsace alors allemande. Quelques Français et Roumains considèrent donc toujours le général comme un trait d’union entre « les Latins d’Occident et ceux d’Orient ».

33 Pourtant, le souvenir de la mission française est devenu marginal : si l’exposition de 1996 est de nouveau présentée en septembre 2006 à l’occasion du sommet de la francophonie à Bucarest, l’accent est exclusivement porté au cours de cette grande manifestation sur un autre général, devenu curieusement, a posteriori, le grand médiateur entre la France et la Roumanie : Charles de Gaulle. L’épopée de la mission Berthelot, toujours évoquée avec nostalgie par les Roumains francophiles cultivés, est en revanche complètement inconnue du grand public. Certes, le temps a fait son œuvre – et beaucoup de Français ignorent d’ailleurs également jusqu’aux épisodes les plus célèbres de la Première Guerre mondiale – mais cet effacement de la mémoire est symptomatique de la distanciation croissante des liens culturels et politiques entre la Roumanie et la France. À cet égard, il apparaît même comme tout à fait symbolique.

Notes

  • [1]
    Marie de Roumanie, Histoire de ma vie, Paris, 1938, vol. 3, p. 542.
  • [2]
    G. E. Torrey, General Henri Berthelot and Romania, New York, 1987, p. 203 (Lettre à G. Berthelot, 7 janvier 1919) – Journal du général publié par un chercheur américain.
  • [3]
    Le Courrier de Metz, 7 juillet 1920.
  • [4]
    Service historique de la Défense - Terre (ci-après SHd), Vincennes, 7 N 3068, Bulletin de la presse roumaine (avril 1924).
  • [5]
    Il est considéré comme « un héros national » et « un des leurs » par les Roumains, constate Weygand (Mémoires, Paris, 1953, vol. 2, p. 158).
  • [6]
    SHd, 7 N 3044, Attaché militaire en Roumanie au ministre de la Guerre, 26 octobre 1922.
  • [7]
    L’Indépendance roumaine (IR), 26 octobre 1922.
  • [8]
    Ibid., 30 janvier 1931.
  • [9]
    SHd, 7 N 3044, Attaché militaire en Roumanie au ministre de la Guerre, 13 octobre 1923.
  • [10]
    Ibid., 7 N 3054, Légation de France en Roumanie aux Affaires étrangères, 16 octobre 1927.
  • [11]
    Ibid.
  • [12]
    Ibid., Dossier personnel Berthelot HM, 9 Yd 645, 27 janvier 1928.
  • [13]
    IR, 31 mai et 1er juin 1930.
  • [14]
    Nicolae Cerbulescu, Generalul Henri Berthelot, Sibiu, 1931, p. 43.
  • [15]
    La Région illustrée, février 1931, p. 6-7.
  • [16]
    Universul, 2 février 1931, cité par Cerbulescu, op. cit., p. 45.
  • [17]
    Epopea româna. Războiul nostru pentru întregirea neamului (L’Épopée roumaine. Notre guerre pour l’unification de la nation), Iaşi, 1918, p. 62.
  • [18]
    Souvenirs d’une coopération militaire franco-roumaine dans la Victoire, 1916-1919, Bucarest, 1992, p. 14.
  • [19]
    Version française, p. 297.
  • [20]
    Cerbulescu, op. cit., p. 4. En 1923, un officier du nom de Mitu va jusqu’à prénommer son fils Berthelot D. (lettre du lieutenant F. Zoicescu à Berthelot, 8 octobre 1923).
  • [21]
    Cerbulescu, op. cit., p. 172.
  • [22]
    Notiţe zilnice din războiu, Bucarest, 1937, 2 vol.
  • [23]
    SHd, 7 N 3051, Attaché militaire en Roumanie au ministre de la Guerre, 10 février 1937.
  • [24]
    Ibid.
  • [25]
    Bucarest, 1962, vol. 1, p. 347.
  • [26]
    Marcel Fontaine, La République populaire roumaine contre la culture française, Paris, 1962, p. 78-80.
  • [27]
    Guy de Courson a rédigé en 1967 un journal de son voyage, intitulé : Dix jours derrière le rideau de fer (publié par nos soins dans la Revue roumaine d’histoire (RRH), t. XXXIX, no 1-4, janvier-décembre 2000, p. 231-296, croisé avec des articles de Combat et des extraits de René Chambe, Route sans horizon, Paris, 1981). On s’y reportera pour le détail des citations.
  • [28]
    Courson, op. cit., p. 8-10.
  • [29]
    Fontaine, La République, op. cit., p. 182.
  • [30]
    Ibid., p. 80.
  • [31]
    Philippe Cinquini, La Dacie dans la revue d’archéologie et d’histoire ancienne « Dacia », mémoire de DEA, Strasbourg II, 1996, p. 75.
  • [32]
    Ion Focşeneanu, « Une mission militaire française en Roumanie (1916-1918) », RRH, no 3, 1967, p. 382.
  • [33]
    P. 302.
  • [34]
    Histoire illustrée des Roumains, Bucarest, 1981, p. 411-413.
  • [35]
    P. 5.
  • [36]
    M. Manea, B. Teodorecu, Istoria Românilor de la 1821 pâna în 1989 (Histoire des Roumains de 1821 à 1989), Bucarest, 1994, p. 207-208.
  • [37]
    Publié à Cluj en 1997 par George Cipăiănu et Vasile Vesa.
  • [38]
    Publiée l’année suivante par l’Institut culturel français.
  • [39]
    En Roumanie. Quelques vers, Iaşi, 1997, p. IV.
Français

La mémoire roumaine de la mission Berthelot (1918-2007)

La mémoire de la mission Berthelot est une sorte de miroir des relations franco-roumaines et même des fluctuations de la politique intérieure roumaine. Entre 1918, date de la dissolution de la mission Berthelot, et 2007, qui marque l’entrée de la Roumanie dans l’Union européenne, plusieurs phases sont à distinguer : du vivant de Berthelot, d’abord, et au-delà, jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, domine la reconnaissance : une vulgate officielle se développe ; puis le régime stalinien éradique cette vision, tandis que les éléments d’une légende dorée ne varietur survivent dans l’émigration ; la période Ceauşescu est marquée par une inflexion du déni et même parfois une réhabilitation de la mission sur fond de russophobie feinte ou réelle ; enfin, la période postcommuniste voit l’épanouissement de plusieurs courants, entre rigueur historique et nationalisme, mais surtout l’effacement du souvenir.

Jean-Noël Grandhomme
Université Marc-Bloch - Strasbourg II.
Mis en ligne sur Cairn.info le 01/12/2008
https://doi.org/10.3917/gmcc.228.0023
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