1(English version below)
2Voici le deuxième numéro de la revue Horizons stratégiques. Comme la précédente, cette livraison trimestrielle existe à la fois sous forme électronique, gratuite et accessible sur notre site, et sous forme papier, en vente par abonnement ou au numéro. Qu’il me soit permis, à cette occasion, de remercier tous les lecteurs qui nous ont manifesté leur satisfaction et adressé leurs encouragements : lancer une revue est toujours une entreprise difficile et ces marques d’intérêt sont des soutiens précieux.
3Préfigurant le contenu du rapport annuel que le Centre publiera d’ici la fin de l’année, le Dossier de ce deuxième numéro est consacré au thème de la cohésion sociale. Comment notre système social se maintient-il malgré l’existence d’inégalités et de disparités ? Quels sont les effets de l’individualisme sur les liens sociaux et familiaux, sur les modes de sociabilité ou sur l’engagement dans la vie de la cité ?
4En essayant de répondre à ces questions, notre objectif est double. Tout d’abord, nous voulons contribuer à une approche renouvelée de ces phénomènes et formuler des éléments de diagnostic s’appuyant sur les données les plus récentes. En second lieu, en accord avec la mission plus opérationnelle qui est celle du Centre, nous souhaitons éclairer les choix à long terme et aider à concevoir des politiques publiques adaptées.
5Denis Fougère et Nadir Sidhoum ouvrent le Dossier avec une analyse des rapports entre nouvelles inégalités et intégration sociale. Ils montrent comment la montée continue du chômage et de la précarité a favorisé l’apparition d’une nouvelle pauvreté et l’enracinement dans la société française d’un noyau dur de personnes durablement privées d’emploi, concentrées dans certaines zones urbaines ou péri-urbaines. Ce constat les amène à préconiser un plus grand ciblage de l’action publique, notamment en matière d’emploi et de formation.
6Complétant cette approche statistique, Pierre-Yves Cusset nous livre un panorama des évolutions du « lien social » en France depuis une trentaine d’années sous l’effet d’un individualisme croissant. Défendant une vision nuancée de ce phénomène, il constate que certaines des transformations dénoncées aujourd’hui – incivilités, distension des liens de solidarité familiale – sont la contrepartie des libertés nouvelles apportées par le processus historique d’individualisation.
7De son côté, Cécile Vignal s’intéresse aux liens entre mobilité professionnelle, logiques familiales et choix résidentiels. Elle se concentre en particulier sur les facteurs expliquant la mobilité ou au contraire l’ancrage résidentiel des salariés peu qualifiés, licenciés ou au chômage. Elle montre ainsi comment se construisent les compromis qui aboutissent aux décisions des familles lorsqu’elles sont confrontées à des choix professionnels qui impliquent un déménagement. Ses conclusions sont d’autant plus intéressantes qu’elles s’appuient sur une enquête de terrain, réalisée lors de la restructuration d’un site industriel transféré de la Picardie vers la Bourgogne.
8Pour mieux se connaître, il est souvent bon de se comparer, et le détour par les États-Unis auquel Alberto Alesina et Edward L. Glaeser nous invitent ne peut qu’aider à prendre conscience des forces et faiblesses du compromis social français. Après avoir souligné les différences dans la lutte contre la pauvreté et les inégalités des deux côtés de l’Atlantique, ils passent en revue les facteurs (institutions politiques, capital social, héritage idéologique, fragmentation de la société, etc.) expliquant nos conceptions radicalement différentes de l’État-providence. Leur texte est précédé d’une introduction de Julien Damon qui le situe dans le contexte américain et donne quelques clés de lecture.
9Le Dossier se clôt sur un débat contradictoire entre Olivier Galland, Pascal Gauchon et Laurent Mucchielli, qui ont tous trois publié ces derniers mois des ouvrages consacrés aux mutations de la société française. Si leurs diagnostics sont souvent divergents, ils se retrouvent en revanche sur certaines préconisations, en particulier celles relatives à l’évolution de nos institutions et à la réforme du système éducatif.
10La rubrique Varia est dans ce numéro à tonalité économique. Elle s’ouvre sur un article de Vanessa Wisnia-Weill revenant sur le contenu de la stratégie de Lisbonne et les enjeux pour les politiques publiques au plan européen et national : plus grande cohérence des réformes du marché du travail et du marché de produits ; renforcement des synergies entre l’investissement en capital humain et en R & D ; accompagnement macro-économique renforcé des réformes structurelles ; « lisbonisation » nécessaire du budget européen.
11Yves Chassard et Georges Asseraf, quant à eux, se livrent à une analyse des enjeux de la mobilité professionnelle en France. Partant des tensions qui sont susceptibles d’apparaître sur le marché du travail du fait du départ à la retraite des papy-boomers, ils montrent que les entreprises, les branches et les territoires vont avoir un rôle majeur à jouer pour assurer le remplacement des salariés au fur et à mesure de leur départ et accompagner l’essor des nouveaux métiers. Cela nécessite une identification précise des besoins de formation et l’organisation effective de mobilités dans les entreprises comme à l’extérieur.
12Deux contributions relatives aux classements internationaux des universités complètent ces Varia. Dans un premier temps, Mohamed Harfi et Claude Mathieu retracent l’origine du classement dit « de Shanghai », largement commenté par les médias, et en décrivent la méthode d’élaboration. Ils soulignent que les indicateurs retenus, s’ils avantagent incontestablement les universités anglo-saxonnes, révèlent aussi de réelles insuffisances de nos établissements d’enseignement supérieur. Prolongeant cette analyse, Xavier Chapuisat et Claudine Laurent font des propositions concrètes pour renforcer l’attractivité des établissements français et leur visibilité dans les classements internationaux.
13Dans les Chroniques, troisième partie de la revue, Aude Rousselot poursuit sa recension de l’activité de nos homologues étrangers. On trouvera cette fois-ci l’actualité du Bureau néerlandais pour l’analyse de la politique économique et du Bureau fédéral du Plan belge. Des comptes rendus de lectures et de colloques, concernant des sujets sur lesquels le Centre mène une activité de veille, terminent le numéro.
14Je vous souhaite une très bonne lecture.
Editorial, by Sophie Boissard
15This is the second number of Horizons stratégiques. Like the first one, this trimester’s instalment exists both online (free and available for consultation on our site) and in printed form (for sale by subscription or by number). I would like to take this occasion to thank all of our readers who have expressed their satisfaction and sent their encouragements. Starting a review is always a difficult enterprise and their support has been precious.
16In anticipation of the annual report which the Centre shall publish between now and year’s end, the Dossier of this second number is devoted to the theme of social cohesion. How does our social system hold together despite the existence of disparities and inequalities ? What are the effects of individualism on social and family relations, modes of sociability and involvement in public life ?
17In attempting to answer these questions, our aim is twofold. First and foremost, we wish to contribute to a renewed approach to these phenomena and formulate diagnostic principles that draw upon the most recent data. Second, and in keeping with the Centre’s consultative mission, we hope to throw light on long-term options and help conceive well-adapted public policies.
18Denis Fougère and Nadir Sidhoum open the Dossier with an analysis of relations between new forms of inequality and social integration. They show how ongoing growth in unemployment and job insecurity encourages the emergence of a new type of poverty as well as the creation of a hard core of durably unemployed individuals concentrated in urban and suburban areas. This observation leads them to recommend better targeted public policies, particularly in the areas of employment and training.
19Rounding off this statistical approach, Pierre-Yves Cusset offers us a panoramic survey of the effect of growing individualism on the evolution of “social relations” in France over the past thirty years. Arguing for a more nuanced vision of this phenomenon, he notes that certain of today’s widely denounced transformations – incivility, strains on relations of family solidarity – are the counter-parts of the new liberties brought about by the historic process of individualisation.
20Cécile Vignal, for her part, examines the relations between professional mobility, family strategies and residential choice. In particular, she focuses on the factors which account for residential mobility/immobility among low-skilled, laid-off and unemployed workers. She thus shows how compromises – and, through them, decisions – are constructed among families confronted with professional choices involving change of residence. The fact that her conclusions draw upon field work undertaken during the reorganization of an industrial site transferred from Picardy to Bourgogne makes them all the more interesting.
21Comparison with others enhances knowledge of the self ; the detour through United States offered by Alberto Alesina and Edward L. Glaeser can only help us become aware of the strengths and weaknesses of the French social compromise. After having drawn attention to the different ways in which poverty and inequality are confronted on the two sides of the Atlantic, the authors review the factors (political institutions, social capital, ideological heritage, social fragmentation, and so forth) which explain our radically different conceptions of the welfare state. Their text is preceded by an introduction by Julien Damon that situates it in the American context and offers several interpretive keys.
22The Dossier closes with a debate between Olivier Galland, Pascal Gauchon and Laurent Mucchielli, all three of whom have in recent months published work on the transformation of French society. While their diagnoses frequently diverge, they nevertheless jointly support certain policy recommendations, particularly in what concerns institutional change and educational system reform.
23The Varia rubric of this number is devoted to economic questions. It opens with an article by Vanessa Wisnia-Weill in which she revisits the content of the Lisbon Strategy and considers the stakes it involves for national and European public policy : greater coherence in labour and goods market reforms ; strengthening investment synergies in human capital and R&D ; strengthened macro-economic assistance for structural reforms ; necessary “lisbonisation” of the European budget.
24Yves Chassard and George Asseraf, for their part, examine what’s at stake in professional mobility in France. After noting the tensions likely to be created in the labour market by the retirement of the baby boom generation, they show that businesses, corporate branches and territories will have a major role to play in encouraging the growth of new trades and assuring that employees are replaced in rhythm with the pace of retirement. This will require precisely identifying training needs and effectively organising mobility within businesses and beyond.
25The Varia rubric closes with two contributions concerning international university rankings. First, Mohamed Harfi and Claude Mathieu retrace the origins and describe the methods of the much-remarked “Shanghai” ranking. The authors emphasise that, although the ranking’s criteria are incontestably skewed in favour of universities in the Anglophone world, they nevertheless reveal genuine shortcomings in our institutions of higher learning. Extending this analysis, Xavier Chapuisat and Claudine Laurent offer concrete proposals for increasing the attractiveness of French institutions and their visibility in international rankings.
26In the Chronicles, the third and final part of the review, Aude Rousselot continues her review of our foreign counter-parts’ activity. Here, one finds news from the Dutch Bureau for the Analysis of Economic Policy and Belgium’s Federal Planning Bureau. The number ends with literature and colloquium reviews concerning subjects monitored by the Centre.
