Introduction : carte universitaire ou cartes universitaires ?
1Pour qui s’intéresse à la carte universitaire et à ses transformations depuis les années 1960, les dénominations actuelles des implantations de base s’avèrent riches d’enseignements. Viennent alors pêle-mêle des universités dites « petites », comme Avignon, ou « grandes » comme Paris I – Panthéon-Sorbonne? [1], des universités multi-polaires comme celles du Littoral, entre Calais, Dunkerque, Boulogne-sur-Mer et Saint-Omer, des antennes universitaires comme Auch, mais aussi les Pôles de Recherche et d’Enseignement Supérieur (PRES), urbains comme celui de Lyon voire régionaux comme en Bretagne. Autant de configurations spatiales voire territoriales qui renvoient tantôt à des implantations ponctuelles et leurs aires d’influence réelles ou supposées, tantôt à des tentatives de mise en réseau. À partir de toutes ces « figures territoriales (élémentaires) de l’Université »? [2], il semble bien difficile de se contenter d’une seule et unique carte universitaire. Des publications des vingt dernières années sont là pour en témoigner. Qu’il s’agisse des planches publiées dans l’Atlas de la France universitaire, ou des cartes éditées chaque année dans l’Atlas régional de l’enseignement supérieur par le Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche? [3], toutes traduisent les difficultés de rendre compte sur un seul document de la complexité et des intrications des différents niveaux de structuration du fait universitaire français. Toutes soulignent également les contradictions de la « carte universitaire » en France, écartelée entre les cadres national et européen mais aussi entre les niveaux local (implantation et structuration d’un campus, inventaire de tous les établissements existant en un lieu), régional (souvent assimilé au niveau académique jusqu’au milieu des années 1990) et national. Pour toutes ces raisons, la carte universitaire ne peut être un simple état des lieux, participant uniquement d’une démarche de connaissance et de compréhension des processus à l’œuvre? [4]. Elle est souvent instrument au service d’une politique, qui vise à « canaliser » la répartition d’un type d’équipement universitaire ou à suggérer la réorganisation d’un espace particulier? [5], mais aussi instrument au service de la recherche. C’est cette mise en tension entre deux usages, deux fonctions souvent proches, qui est retenue ici pour envisager les transformations de la carte universitaire au cours des 50 dernières années et sa capacité à rendre compte de l’aménagement des territoires de ou/et par l’université.
2Les cartes des années 2000 rendent en partie compte des effets du dernier programme de redéploiement de l’équipement universitaire « U 2000 » : formidable densité du fait universitaire en régions et remarquable diffusion dans la hiérarchie urbaine française. Comment alors ne pas céder à la tentation de mettre en regard les situations au début des années 1960 et au milieu des années 1990? [6] (Figure 1) ? Cette mise en scène, mise en cartes du chemin parcouru, fait alors surgir une question : les dynamiques observées au cours des 20 dernières années sont-elles différentes de celles à l’œuvre depuis le début des années 1960 ? Pas si sûr car, à bien des égards, la carte universitaire actuelle peut être considérée comme un point d’achèvement des décisions arrêtées au début des années 1960, comme en témoignent les sites universitaires bretons et plus encore les universités des villes nouvelles d’Île-de-France.
La carte universitaire au début des années 2000
3Comme cadrage du fait universitaire en France, quelques formules de François Dubet méritent d’être rappelées : « L’Université française n’a jamais été une institution forte […], elle n’a jamais été le temple de la Science, de la Grande Culture, de la République ou de la Nation […] à la différence des Grandes Écoles »? [7]. Et c’est sur ce « maillon faible » de l’enseignement supérieur qu’a reposé l’essentiel de la mise en œuvre des politiques publiques, réponses aux déclarations velléitaires répétées depuis le milieu des années 1980 visant à conduire 80 % d’une classe d’âge au niveau du baccalauréat. Aujourd’hui, avec 66 % de titulaires du précieux sésame par génération (mais tous ne vont pas dans les universités), les objectifs sont presque atteints et le système universitaire reste le parent pauvre du dispositif d’enseignement supérieur français. Si la notion de carte universitaire a été réactivée lors du plan « U 2000 », il convient de s’interroger sur le cadre territorial privilégié : l’hexagone? [8] pour contrôler au mieux la diffusion des équipements universitaires dans la trame urbaine nationale ou plutôt les régions, en vue de tenir compte certes de leurs spécificités tant urbaines qu’universitaires mais aussi du processus de décentralisation à l’œuvre depuis 1982, qui a pu ça et là réactiver des « tentations provinciales » et « régionales »? [9].
1960-1995, la carte universitaire au prisme de la déconcentration

1960-1995, la carte universitaire au prisme de la déconcentration
La force de la hiérarchie urbaine
La ville universitaire française, une notion très improbable ?
4Une réalité mérite d’être rappelée : l’université a d’abord une vocation urbaine, tout particulièrement l’université française. Et ce d’autant plus qu’à l’inverse les villes françaises n’ont pas de « vocation universitaire »? [10]. Les auteurs ayant étudié les logiques du plan « U 2 000 » ont souligné qu’au cours des dernières décennies il n’y a pas eu de fondation urbaine spécialisée, de ville faite par et pour l’Université comme Heidelberg en Allemagne, Oxford et Cambridge en Angleterre, Louvain en Belgique ou encore Salamanque en Espagne? [11]. Pour certains, la création volontaire de tels lieux aurait pu constituer un des enjeux de ce dernier plan de redéploiement des équipements universitaires? [12].
« Paris et le désert (universitaire) français » ?
5Les implantations universitaires concernent actuellement quelque 150 agglomérations qui comptent presque toutes plus de 20 000 habitants? [13]. Il semble alors facile de brocarder l’importance de la métropole parisienne, qui abrite certes 38,6 % de la population des villes concernées par l’Université, 34 % de l’ensemble des étudiants inscrits en 3e cycle mais seulement 22,3 % des 1ers cycles. Tandis que les villes de plus de 500 000 habitants regroupent elles aussi plus de 38 % de la population des villes touchées par l’Université, plus de 38 % des 3e cycles et près de 36 % des 1ers cycles. Dans ce domaine au moins, l’expression « Paris et le désert français »? [14] ne rend plus compte de la réalité. Au-delà du seuil des 200 000 habitants, il existe une bonne coïncidence entre le poids des villes et celui des étudiants, qui indique combien les plus grandes métropoles jouent un rôle majeur dans le processus de déconcentration du fait universitaire. En deçà, les situations sont plus hypothétiques. L’ensemble des villes qui comptent entre 100 et 200 000 habitants représentent ainsi plus de 18 % de la population des villes touchées par le fait universitaire mais seulement 6 % de l’ensemble des étudiants.
6L’importance de la dimension hiérarchique de la trame urbaine renvoie à une autre réalité du système universitaire : celle du niveau et de la variété des formations proposées? [15]. Si les premiers cycles universitaires sont accessibles dans la plupart des pôles urbains de 50 à 200 000 habitants, les deuxièmes et troisièmes cycles, tout comme les formations du secteur de la Santé, ne concernent que les métropoles qui comptent plus de 300 000 habitants. Les villes universitaires n’ont pas le même impact selon qu’elles n’abritent que des formations supérieures courtes comme les IUT ou plutôt des formations de deuxième cycle du secteur de la Santé ou encore les troisièmes cycles de Langues, Lettres et Sciences Humaines. Cette différenciation se calque sur la taille des villes : la plupart des plus petites n’abritant que des formations professionnelles de début de parcours de formation. Au-delà de la caractérisation de ce semis de villes universitaires, peut-on parler de réseaux qui fonctionneraient tantôt sur des complémentarités des offres de formation, tantôt sur des similitudes pour ne pas dire des concurrences ?
Densités et spécialisations universitaires régionales
7Ces quelque 150 villes soulignent une autre réalité de la carte universitaire : de remarquables densités régionales. Dans l’ensemble des 22 régions métropolitaines, deux villes abritant au moins une formation universitaire ne sont séparées en moyenne que de 32 kilomètres? [16]. Cette distance moyenne entre deux pôles universitaires est également observée entre deux lieux abritant au moins un lycée. Ce qui signifie que l’équipement de formations supérieures qui concerne le plus d’étudiants est maintenant aussi répandu que l’équipement dans lequel s’achève la scolarité obligatoire. Ce que vient conforter le fait que tous les grands pôles universitaires complets se situent à moins de deux heures de route des autres pôles de leur région ou des régions voisines? [17]. La trame du peuplement apparaît en filigrane de cette géographie des distances-temps entre pôles d’enseignement supérieur.
8Le niveau régional donne également à voir des spécialisations marquées et des évolutions remarquables entre le milieu des années 1980 et le début des années 2000 (Figure 2). Et ceci même si l’opposition majeure entre régions métropolitaines se maintient au cours du temps et renvoie dos à dos des régions comme l’Ile-de-France, dans lesquelles les formations de 3e cycles en Langues, Lettres, Sciences humaines ou/et Droit, Économie et AES sont surreprésentées, et des régions comme la Picardie dans lesquelles les formations supérieures courtes (IUT et dans une moindre mesure STS) sont omniprésentes. Cette principale opposition renvoie directement à l’importance de la population étudiante régionale, classant les régions selon leur taille. Comme dans le cas des villes, plus les régions sont caractérisées par une forte surreprésentation des étudiants en IUT et STS, moins elles comptent d’étudiants. À l’inverse, plus elles sont marquées par une forte surreprésentation des étudiants en fin de parcours de Langues – Lettres et Sciences Humaines ou/et de Droit – Économie – AES, plus leurs populations étudiantes sont nombreuses. À partir de ces caractéristiques et à l’exception de l’Ile-de-France, les régions métropolitaines ont enregistré des modifications importantes dans leurs offres de formations universitaires. On pense immédiatement à la Picardie, à la région Champagne-Ardennes ou encore à la Franche-Comté qui se sont forgé une spécialisation dans les formations supérieures courtes universitaires (IUT) certes sélectives mais de premier cycle. On peut s’interroger sur leur rôle et les relations qu’elles sont susceptibles de lier avec les autres régions. Autarcie pour garantir le bon fonctionnement des marchés locaux de l’emploi ? Régions destinées à former des techniciens supérieurs pour d’autres régions ou correspondant à des « réserves » d’étudiants diplômés de premiers cycles reconnus et désireux de poursuivre leurs cursus universitaires en d’autres lieux ? Et que dire des plus grandes régions universitaires ? Celles-ci ont tendu vers un profil d’offre de formations universitaires semblable, semblant se placer délibérément en situation de concurrence les unes avec les autres - notamment pour les régions directement voisines que sont Rhône-Alpes, Provence-Alpes-Côte-d’Azur et Languedoc-Roussillon.
Spécialisations universitaires « régionales » entre changements et reproductions

Spécialisations universitaires « régionales » entre changements et reproductions
9De tout ceci que reste-t-il ? La force de la hiérarchie des territoires, urbains et régionaux. La densité atteinte par ce type d’équipement, qui pousse à s’interroger sur le caractère novateur qu’il y aurait à mettre la proximité géographique au premier plan, et ce faisant sur la manière de concevoir ce service aux populations.
1960-2000 : les transformations de la carte universitaire… dans la continuité
10La contrainte de l’éloignement dans le choix d’entamer ou pas des études supérieures n’a été vraiment explicitée que dans les réflexions et la mise en place du plan « U 2000 » tant elle s’avère complexe, protéiforme. Évoquer le surcoût de l’éloignement à la formation supérieure ne saurait en effet se réduire aux seules dépenses supplémentaires liées soit aux déplacements quotidiens, soit à la location d’un logement et plus généralement à l’organisation d’une vie sur place : ce qu’il est coutume d’appeler « les aménités ». Ce serait oublier que ce surcoût renferme une dimension psychologique difficile faite de difficultés personnelles rencontrées par les étudiants pour faire face à l’éloignement des cercles familiaux et relationnels mais aussi de découverte et de familiarisation avec un nouvel environnement. Autant d’éléments permettant de comprendre des parcours de formation chaotiques souvent marqués par l’échec.
De la professionnalisation au développement local, un service à des populations de plus en plus variées
11Dès le début des années 1960, la plupart des évolutions et des adaptations de l’université ont été analysées au prisme des inégalités sociales. L’ouverture de l’institution aux milieux professionnels, la création de filières de formations professionnalisantes étaient d’abord considérées comme des traductions de la démocratisation d’une partie du dispositif d’enseignement supérieur. Ce faisant, une possibilité serait ainsi offerte aux bacheliers qui n’étaient pas issus des classes sociales les plus favorisées en capital culturel d’acquérir une formation et des compétences en dehors d’un cursus dit « classique », « traditionnel ». Dès les années 1970-1980, des sociologues ont souligné les effets pervers des développements d’un enseignement supérieur court aux côtés d’un enseignement supérieur long mais aussi les relations entre l’importance de « l’auto-sélection » pratiquée par les étudiants et l’appartenance de leurs parents à une Profession et Catégorie Sociale (PCS)? [18]. L’entrée en IUT s’avérait ainsi être le propre des bons élèves des classes populaires et des élèves les moins bons des classes sociales supérieures? [19]. Actuellement, les masters professionnels attirent plus d’étudiants que les masters dits de recherche et les formations à finalités professionnelles ont constitué le secteur universitaire le plus dynamique au cours des 30 dernières années : créations des Maîtrises de Sciences et Techniques (MST), des Diplômes d’Études Supérieures Spécialisées (DESS) au cours des années 1970, et plus récemment des Diplômes d’Études Universitaires de Sciences et Techniques (DEUST), des diplômes d’ingénieurs-maîtres dispensés par les Instituts Universitaires Professionnalisés (IUP) sans oublier le dernier avatar de ces formations, les Licences Professionnelles. Car la croissance des effectifs étudiants au cours des années 1950 et 1960 a été plus vigoureuse qu’au cours des décennies 1980 et 1990? [20]. Ce constat permet de mettre en relief les missions clairement formulées en pleine période de reconstruction et d’aménagement du territoire et réaffirmées à la fin des années 1980 : à savoir offrir des formations de plus en plus en prise sur le monde du travail qui tiennent compte à la fois des étudiants de milieux de plus en plus divers et de demandes formulées par les « professionnels »? [21]. À cette époque, on ne parlait pas encore d’« université de masse » mais déjà d’« enseignement supérieur de masse ».
12Nul ne semblait s’intéresser à la proximité géographique à cet équipement. Nul ne prenait en compte explicitement le fait qu’être bachelier à Quimper, Lorient, Lannion ou encore Vannes ne permettait pas d’intégrer immédiatement une université ou de postuler à une Classe Préparatoire aux Grandes Écoles et par extension d’avoir accès à une formation supérieure. Or, parce que les IUT n’avaient dans un premier temps aucune obligation de recherche, leur développement a surtout mis en évidence la dissociation possible de ces deux missions. Grâce à leur relative autonomie par rapport à leurs universités de rattachement, grâce à la variété des liens qu’ils étaient susceptibles d’entretenir avec les acteurs des sphères économiques et politiques, ces IUT pouvaient devenir de véritables leviers du développement local et régional. Une partie des élus locaux de l’époque y a sans doute vu par anticipation la possibilité de retenir une partie de la jeunesse formée jusqu’au baccalauréat en lui permettant d’entamer un parcours de formation supérieure sur place. Une région comme la Bretagne, dans laquelle le réseau des villes abritant au moins une formation supérieure est extrêmement dense, constitue une parfaite illustration de cette logique à l’œuvre.
« U 2000 », un aboutissement des décisions prises dans les années 1960 ?
La Bretagne, laboratoire de l’aménagement du territoire des années 1965-1980 ?
13Pour ce faire, la Bretagne et surtout ses villes moyennes ont bénéficié du poids politique et de la détermination de leurs élus dans les années 1965-1980? [22]. Sièges d’IUT, Lannion, Lorient, Quimper et Vannes étaient au début des années 1990 tout à la fois « milieux innovants » et fragiles. Le cas du département de Biologie Appliquée de Quimper constitue un exemple, certes très rare, de ces milieux innovants dans la mesure où il a été à l’origine d’une dynamique de filière à base territoriale initiée dès 1972, juste un an après l’ouverture de l’IUT. Et ceci autour des industries agroalimentaires : décision très controversée en son temps. Car les handicaps ne manquaient pas : situation marginale, trop grande proximité de l’Université de Brest, dont l’IUT abritait également un département de Biologie Appliquée, enfin relatif isolement de cette formation industrielle au sein d’un IUT plutôt orienté vers les formations liées aux activités de services. Il a fallu toute la détermination des initiateurs de ce projet pour porter littéralement au milieu des années 1980 la création de l’Association pour le Développement de la Recherche Appliquée aux Industries Agricoles et Alimentaires (ADRIA). Ce n’est pas un hasard si l’on retrouve aux premiers rangs des artisans de ce choix deux géographes très impliqués dans la vie politique bretonne : MM. Lecam et Phliponneau. Au final, la greffe a pris, puisque le pôle de recherches appliquées dans les industries agroalimentaires s’est étoffé avec la fondation en 1987 du pôle d’innovation Quimper-Atlantique devenu Technopôle Quimper-Cornouaille en 1995? [23].
14Il s’agit également d’une région pour laquelle le plan « U 2000 » a permis de développer les IUT existants mais aussi de créer une université en réseau, l’Université de Bretagne-Sud, reposant sur les villes morbihannaises de Lorient, Vannes et Pontivy. Cette configuration inédite ne doit pas faire oublier le relatif échec d’antennes universitaires comme celle de Saint-Brieuc ou encore la situation délicate dans laquelle se trouve l’IUT de Lannion après le désengagement du CNET (Centre National d’Étude des Télécommunications). Ce dernier exemple ne peut qu’être rapproché de la crise économique que subissent la plupart des filières économiques qui ont contribué au « Miracle breton », qu’il s’agisse de l’industrie agro-alimentaire ou encore de l’électronique et des télécommunications. Ce renversement de tendance en moins de trente ans conduit à s’interroger sur l’efficacité des grandes opérations d’aménagement du territoire décidées au cours des années 1950 et réalisées lors de la décennie suivante. Les plus pessimistes y verront sans doute une région-laboratoire de l’aménagement du territoire tel qu’il se pratiquait dans les années 1950 et 1960 et surtout de ses limites. Ce serait nier les retombées d’une partie de ces mesures. En particulier pour ce qui est de l’élévation du niveau moyen d’éducation, ce serait oublier que cette région, caractérisée dans les années 1970 par des taux médiocres de bacheliers dans une classe d’âge (environ 24 % en 1975, soit la moyenne de la France métropolitaine), a accédé en un peu plus d’une génération à un des taux les plus élevés (73,6 % en 1995 contre 62,7 % pour la France métropolitaine ; 72 % en 2008 contre 59 % pour la France métropolitaine).
L’Île-de-France, du monstre à la structuration d’une « méga-région »
15Le chemin parcouru par la région capitale semble être bien différent (Figure 3). En effet, l’Île-de-France a longtemps été brocardée comme monstre universitaire. L’essentiel des mesures-phares du plan « Université 2000 » ne lui était donc pas destiné. Elle n’avait pas à être promue au rang de pôle universitaire européen, elle l’était de fait. L’organisation de réseaux d’universités ne la concernait pas, pas plus que la maîtrise d’antennes universitaires. En revanche, son « aménagement » a conduit à la création à partir de 1991 de 4 universités nouvelles en partie, comme Versailles-Saint-Quentin, ou en totalité dans les villes nouvelles, comme à Cergy-Pontoise, Marne-la-Vallée et Evry-Val-d’Essonne. Ce dernier épisode de l’aménagement du territoire universitaire régional a répondu à trois objectifs : limiter la saturation des établissements du centre de Paris ; mettre à la disposition des populations résidentes de la grande couronne une offre de formation universitaire de proximité ; et enfin, dans le cas des villes nouvelles, étayer le développement de pôles secondaires d’une grande région métropolitaine en y implantant un équipement de niveau supérieur? [24]. Ces 4 nouveaux établissements universitaires, dénoncés à maintes reprises comme une contribution au renforcement du monstre universitaire parisien, doivent alors être envisagés comme un point d’achèvement depuis la mise en place des villes nouvelles en réponse à une demande qui vise à compléter les fonctions de décision des villes nouvelles (Figure 3).
16Plus de dix ans après leurs créations quels enseignements tirer ? Malgré une active politique de déconcentration des équipements universitaires en périphérie de la région, force est de constater que l’organisation auréolaire du système universitaire francilien conserve une lisibilité certaine? [25]. Notamment au travers de la position quantitativement dominante de Paris : 179 000 étudiants dans les 8 universités de Paris intra-muros, contre seulement 97 000 en petite couronne et 38 000 en grande couronne.
17C’est aussi l’inégale répartition des formations professionnelles qui souligne une forte dimension centre/périphérie de la répartition de l’offre universitaire en Île-de-France. Ce secteur de formation attire près de 28 % des étudiants franciliens. Cette moyenne régionale masque pourtant de grandes différences entre les universités centrales, dans lesquelles la proportion chute à 16 %, et les universités périphériques les plus récentes, où elle atteint 38 %. Ces différences traduisent l’existence de certaines complémentarités entre les offres de formation de ces deux groupes d’établissements. Les universités centrales concentrent leurs potentiels sur les cursus généraux classiques, pour près de 84 % de leurs inscrits. Les universités récentes se sont, quant à elles, forgé une certaine identité grâce aux formations à finalité professionnelle. Une telle spécialisation n’est pas sans conséquences sur le profil des étudiants recrutés. Alors que les titulaires d’un baccalauréat technologique ou professionnel ne représentent que 10 % de la population étudiante francilienne, cette proportion est deux fois plus élevée dans les universités des villes nouvelles et deux fois plus faible dans les universités centrales. Le développement des pôles universitaires les plus récents s’est affirmé sur la base d’une offre de formation explicitement professionnalisante, ce qui est un des signes les plus tangibles de l’évolution du système universitaire régional. On pourrait alors considérer que la dynamique des universités localisées dans les villes nouvelles a dépassé les objectifs fixés dans les documents de planification initiaux. Les quatre établissements de la grande couronne canalisent les demandes des étudiants résidant dans le voisinage. Le développement stratégique de formations professionnelles s’est donc avéré payant.

1967-2002 : l’aménagement universitaire des périphéries de la région parisienne
18À ce point de la démonstration, comment ne pas évoquer le positionnement de la région capitale dans le Bassin parisien ? Espace en perpétuelle construction abritant 31 des 150 pôles universitaires de France métropolitaine - soit 20 % de l’ensemble, elle concentre plus du tiers des quelque 1,4 millions d’étudiants inscrits en France métropolitaine. Or plus de 7 étudiants sur 10 sont inscrits dans une des 17 universités franciliennes. La présence différenciée de l’université dans le Bassin parisien constitue une traduction du remarquable déséquilibre de sa hiérarchie urbaine. Déséquilibre que l’on retrouve dans l’offre de formations : les inscrits dans les premiers cycles (2 premières années d’études) représentent en moyenne 70 % de l’ensemble des étudiants du Bassin parisien alors qu’ils ne représentent pas la moitié des étudiants parisiens. Autant d’éléments qui plaident pour la structuration de cet espace selon le modèle centre-périphérie et qui conduisent à se demander s’il est possible d’exister à côté de Paris. Ce qui se passe au niveau des masters souligne cette difficulté. Certes, le Bassin parisien rassemble 37 % de l’ensemble des masters voire 39 % des formations de la filière recherche : soit quelque 2 136 formations, dont 25 % en partenariat. Mais ces derniers ne font que renforcer l’extrême puissance du centre du Bassin parisien puisque 77 % d’entre eux concernent uniquement des établissements universitaires d’Ile-de-France, voire 80 % pour les masters recherche. La cohésion de cet espace semble bien fragile dans la mesure où les partenariats à sa périphérie sont trop peu développés. Le réseau Caen-Rouen-Le Havre constitue une exception, tandis que des villes comme Amiens, Le Mans, Orléans et Reims se distinguent grâce aux relations qu’elles tissent en dehors du Bassin parisien, s’appuyant sur le fait que la moitié des partenariats interrégionaux des établissements provinciaux se font avec le Bassin parisien. Brosser le paysage universitaire du Bassin parisien à grands traits met en évidence une structuration récurrente de cet espace : un centre regroupant l’essentiel des étudiants et des formations de master et des périphéries peu intégrées voire davantage ouvertes vers l’extérieur. N’est-ce pas alors dans cette structuration que le « Bassin parisien universitaire » peut faire sens ?
Conclusion : cartes universitaires et aménagement du territoire, du passé faisons table rase ?
19L’érosion des effectifs étudiants au cours de la dernière décennie et les prévisions jusqu’en 2017 semblent plaider pour une évolution du modèle universitaire de référence, fondé sur la croissance. Ce dernier s’est construit uniquement à partir de ce qui a été observé dans les plus grandes villes, Paris bien entendu mais aussi Lyon, Lille, Grenoble, Toulouse ou encore Montpellier. Il repose sur une accumulation et une diversification des formations sur une période relativement longue, indispensable pour la constitution de pôles universitaires dits complets. Jusqu’à présent, à chaque fois qu’un nouveau seuil quantitatif a été franchi, de nouvelles formations mais surtout de nouvelles structures ont été créées et juxtaposées aux côtés des plus anciennes. Or toutes les villes universitaires n’ont pas les mêmes capacités à s’adapter au « saupoudrage » des formations selon l’air du temps. Pour les plus petits centres universitaires, de telles opérations rendent dans un premier temps l’offre de formation relativement inintelligible. Comment alors parvenir à participer aux processus de développement local ? Comment, pour les édiles, structurer des systèmes locaux d’innovation voire des stratégies locales d’innovation ? Car la plupart des décisions qui ont été prises pour les localisations des nouveaux équipements universitaires jusqu’à la fin des années 1990 ont accompagné le passage à ce qu’il est coutume d’appeler « l’Université de masse » et ont donc privilégié les activités de formation. Depuis quelques années, les activités plus spécifiquement liées à la recherche gagnent en importance pour justifier certaines recompositions du « fait universitaire ».
20Tout ceci conduit à s’interroger sur la portée de certaines décisions politiques, voire des politiques publiques et de certaines opérations d’aménagement du territoire? [26]. Depuis les années 1890, l’État a dû compter avec les collectivités territoriales pour mettre en œuvre ses plans de diffusion des équipements universitaires? [27]. Jusqu’à la fin des années 1960, ce sont essentiellement les villes qui ont participé au financement de telles opérations. Ce qui a conduit par exemple des journalistes (ou des syndicalistes) à présenter certaines implantations d’IUT comme des « arguments politiques » : l’institut de Vannes a ainsi été baptisé « IUT Marcellin »? [28] tandis que celui d’Egletons était nommé « IUT Chirac ». Certains chercheurs, sur le ton de la boutade, se sont ainsi demandé si les édiles municipaux ne demandaient pas des universités comme leurs prédécesseurs avaient réclamé en leurs temps des usines ou des gares ! Dès les années 1970, ce ne sont plus seulement les villes qui ont participé à l’installation d’équipements universitaires mais aussi les Conseils généraux (départements) et surtout à partir des années 1990 les Conseils régionaux (régions)? [29]. C’est cette multitude des intervenants qui rend la carte universitaire multidimensionnelle et qui conduit à dresser des bilans très contrastés de la réorganisation du système universitaire national. La variété des diagnostics posés en fonction des cartes retenues souligne les limites de la visualisation du paysage universitaire : la carte certes fixe les idées mais elle peut aussi les figer.
21Au-delà, certaines cartes rendant compte des structurations et des changements régionaux liés aux formations universitaires méritent une mise en perspective qui dépasse le dernier demi-siècle écoulé. Les caractéristiques du partage hexagonal des principales caractéristiques et évolutions régionales semblent se caler sur certains découpages multi-séculaires du territoire métropolitain (Figure 2). À la vue de ces cartes, une autre vient à l’esprit : celle de la répartition des hommes ayant « signé leur acte de mariage » à la fin du XVIIIe siècle – indicateur du degré d’alphabétisation des populations. Ces cartes rappellent également celle des inégalités face à l’instruction populaire, qui souligne l’opposition « France éclairée/France obscure » du baron Dupin en 1826? [30]. Ces coïncidences régionales et hexagonales laissent une impression étrange. Les opérations d’aménagement du territoire universitaire ne pourraient s’affranchir de structures multi-séculaires qu’elles contribuent à remettre au premier plan. Tout se passe comme si ces structures possédaient une capacité à se reproduire tout en changeant de contenus.
Notes
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[*]
Maître de conférences de géographie à l’Université Paris VII.
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[1]
L’Université d’Avignon a été créée en 1984 et compte quelque 7 500 étudiants en 2009. Après environ 25 années d’existence, cette université n’a pas franchi le seuil des 10 000 étudiants. L’Université de Paris I – Panthéon-Sorbonne, refondée en 1971 autour du droit, de l’économie et des sciences humaines et sociales pour l’essentiel, est l’établissement parisien qui compte le plus d’étudiants : plus de 39 000 étudiants. Il existe ainsi un rapport de 1 à plus de 5 entre l’Université d’Avignon et celle de Paris I.
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[2]
Pour reprendre le titre des journées scientifiques du RESUP de Toulouse au mois de juin 2004, qui avait donné lieu à des échanges intéressants concernant les acceptions de la notion de figure territoriale, renvoyant pour une grande partie à différents niveaux d’analyse : du local au national, en passant par le régional. Voir D. Filâtre (dir.), Les figures territoriales de l’Université. Actes des journées du RESUP, CD-Rom, 2005, http://www.resup.u-bordeaux2.fr/ (consulté le 17 octobre 2010).
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[3]
Voir A. Frémont, R. Hérin et J. Joly, Atlas de la France universitaire, Paris, La Documentation française, 1992. Ce premier atlas se veut un véritable état des lieux remettant en perspective le plan « Université 2 000 ». Quant à l’Atlas régional de l’enseignement supérieur, ses premières diffusions remontent à la fin des années 1980. L’enseignement supérieur en cartes est, quant à lui, sorti en 1989 avant les éditions régulières à partir de 1992 des atlas régionaux de l’enseignement supérieur. Les dernières versions sont téléchargeables à l’adresse suivante : http://www.enseignementsup-recherche.gouv.fr/pid20312/atlas-regional-les-effectifs-d-etudiants.html (site consulté le 30 juin 2010). On se replongera aussi avec beaucoup d’intérêt dans le dossier consacré à l’aménagement du territoire universitaire de la revue L’Espace géographique en 1990-1991 (volume XIX-XX, n° 3, p. 193-213), qui contient des interventions et autres mises au point d’Armand Frémont mais aussi de Roger Brunet et Thérèse Saint-Julien.
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[4]
Voir P. Caro et F. Cuney, « Carte universitaire et aménagement du territoire », in P. Caro, O. Dard, J.-C. Daumas (dir.), La politique d’aménagement du territoire. Racines, logiques et résultats, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2002, p. 151-169.
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[5]
Les archives du ministère de l’Éducation Nationale portent traces de telles démarches. Dès le début des années 1970, il est fait mention de la nécessité d’élaborer une carte des IUT pour mettre fin à la relative anarchie des premières années de diffusion. En 1974, un groupe de travail s’est constitué en lien avec l’Institut d’Aménagement et d’Urbanisme de la région parisienne afin de construire une carte universitaire du Bassin parisien en vue d’élaborer un schéma directeur des enseignements supérieurs.
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[6]
Voir A. Frémont, R. Hérin et J. Joly, Atlas de la France universitaire, op. cit., p. 27-28 ; J.-R. Pitte, « La carte universitaire des villes », in D. Pumain et F. Godard (coord.), Données urbaines 1, Paris, Anthropos, 1996, p. 259, figure 2.
-
[7]
Voir F. Dubet, « Problèmes d’une sociologie de l’enseignement supérieur », in G. Felouzis (dir.), Les mutations actuelles de l’Université, Paris, PUF, 2003, p. 363-380.
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[8]
Le choix de cette terminologie ne doit rien au hasard. Comme le rappelait Marie-Claire Robic, l’adoption de la figure géométrique hexagonale est contemporaine et indissociable de la fin de la décolonisation et de la création de la DATAR en 1963. Pour preuve, la publication de l’ouvrage d’A. Trintignac, Aménager l’hexagone. Villages, villes, régions, Paris, Le Centurion, 1964 (voir M.-C. Robic, « Sur les formes de l’hexagone », Mappemonde, n° 4, 1989, p. 19-23).
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[9]
A. Frémont, « L’aménagement du territoire universitaire français », L’Espace géographique, t. XIX-XX, n° 3, 1990-1991, p. 193-202. On regardera avec attention les fonds de carte utilisés pour rendre compte du fait universitaire : départemental chez J.-R. Pitte (art. cit.) ; académique chez A. Frémont et alii (op. cit.).
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[10]
Une façon de mesurer cette vocation ou « ambiance » universitaire est d’envisager le ratio nombre d’étudiants/100 000 habitants : plus ce rapport est élevé, plus l’activité universitaire est importante pour la ville. À part Aix, Montpellier et Poitiers qui peuvent être qualifiées de villes « universitaires » car on y compte plus de 10 000 étudiants pour 100 000 habitants, la plupart des villes sont caractérisées par un ratio inférieur à 5 000 étudiants pour 100 000 habitants. Quant à Paris, elle compte un peu moins de 3 300 étudiants pour 100 000 habitants, ratio proche de ceux d’Arras ou encore Perpignan.
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[11]
T. Saint-Julien, « L’université et l’aménagement du territoire », L’Espace géographique, t. XIX-XX, n° 3, 1990-1991, p. 206-210.
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[12]
Les développements de Roger Brunet sont emblématiques de cette tendance, fustigeant le développement de l’enseignement supérieur et de la recherche calqué uniquement sur « la place des villes dans la hiérarchie administrative ». Selon lui, les implantations universitaires de Pau (1970) ou d’Avignon (1984) pouvaient être considérées comme des exemples de la réussite de l’Université en « quelques lieux neufs » (R. Brunet, « L’université, la ville et la région », L’Espace géographique, t. XIX-XX, n° 3, 1990-1991, p. 212-213).
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[13]
J.-R. Pitte, « La carte universitaire des villes », art. cit. Les données sélectionnées pour rendre compte de la présence des formations universitaires proviennent de la Base Centrale de Pilotage (BCP) de la direction de l’Évaluation, de la Prospective et de la Performance (DEPP) du ministère. Chaque ville universitaire est caractérisée par le nombre d’étudiants inscrits dans les 3 cycles des 4 grands secteurs disciplinaires que sont Droit-Économie-AES, Langues-Lettres et Sciences Humaines, Santé et Sciences et STAPS. Sans oublier les Instituts Universitaires de Technologie (IUT), traités à part et ne couvrant que les premiers cycles.
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[14]
Empruntée au livre de J.-F. Gravier, Paris et le désert français, Paris, Le Portulan, 1947.
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[15]
M. Baron et T. Saint-Julien, « University Functions and Urban Network: Hierarchical Structure and Regulations », in E. Holm (ed.), Modelling Space and Networks. Progress in Theoretical and Quantitative Geography, Umeå, GERUM kulturgeography, 1997, p. 59-80 ; T. Saint-Julien, « Formation supérieure et hiérarchie urbaine », in J.-P. de Gaudemar (dir.), Formation et développement régional en Europe, Paris, La Documentation française, 1991, p. 86-108.
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[16]
La densité d’un équipement ou d’un service se conçoit d’autant mieux qu’elle est définie non pas selon le nombre de lieux ou de pôles qui l’abritent mais en fonction des distances qui séparent ces pôles, comme dans la méthode du plus proche voisin. Pour ce faire, on prend en compte le nombre de villes assurant une formation universitaire dans chacune des régions métropolitaines. Connaissant la superficie de chacune des régions, on peut alors calculer la distance moyenne qui sépare deux villes pour chacun des grands types de formation universitaire dans le cas d’une répartition aléatoire. La distance régionale moyenne ainsi calculée pour chacun des 15 types de formation retenus (cf. note 12) est la distance la plus probable dans le cas d’une répartition aléatoire. Le but de cette approche n’est pas de caractériser chacune des trames d’équipement de formation universitaire par rapport à une trame de référence mais plutôt de les positionner les unes par rapport aux autres. Voir T. Saint-Julien (coord.), Atlas de France. Services et commerces, vol. 10, Montpellier – Paris, GIP RECLUS – La Documentation française, 1999, p. 56.
-
[17]
Voir C. Grasland et M. de Saboulin (dir.), Les migrations étudiantes contraintes. Les déterminants individuels de la migration non contrainte, convention de recherche CNRS – MENRT n° 98-378, Paris, 1999 ; M. Baron, P. Caro, F. Cuney, C. Perret, Mobilités géographiques étudiantes. Quelles disparités régionales ?, convention de recherche CNRS – MESRNT – DATAR, 2e rapport, Besançon, 2005.
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[18]
Voir A. Mingat, « Aptitudes et classes sociales. Accès et succès dans l’enseignement supérieur », Population, n° 2, 1981, p. 337-359. http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/pop_0032-4663_1981_num_36_2_17177?_Prescripts_Search_isPortletOuvrage=false (consulté le 16 octobre 2010).
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[19]
J. Markiewicz-Lagneau, M. Netter, J. Lorieux, Les étudiants des IUT en France, Paris, OCDE, 1973.
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[20]
Voir C. Musselin, La longue marche des universités françaises, Paris, PUF, 2001. Le nombre de bacheliers accédant à l’enseignement supérieur était en effet passé de 120 000 à la fin des années 1940 à 279 000 à la fin des années 1950 avant d’atteindre 536 000 en 1968. Selon les analyses de P. Salmon reprises par C. Musselin, les taux de croissance annuelle des étudiants inscrits à l’Université ont été toujours supérieurs à deux chiffres entre 1958 et 1968, variant entre 11 et 18 %. Tandis qu’entre 1985-1986 et 1995-1996, les effectifs étudiants inscrits à l’Université ont été multipliés par 1,5, passant de presque 967 800 à 1 486 000. Au final, il s’agit d’une croissance moins soutenue mais qui a porté les effectifs étudiants bien au-delà du seuil symbolique du million.
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[21]
Dès les lendemains de la Seconde Guerre mondiale, l’ouverture de l’enseignement supérieur sur les milieux économiques et professionnels était jugée nécessaire. C’était le sens d’une partie des conclusions auxquelles était parvenue la Commission présidée par le physicien Paul Langevin et le psychologue Henri Wallon, et chargée par le général De Gaulle de réfléchir à une réforme complète du système français d’enseignement. Mettre en place un enseignement supérieur technique de qualité, c’était tenter une revalorisation de l’enseignement technique français qui avait connu un grand développement jusqu’en 1931, puis subi des coupes sombres dans les années 1930 (voir C. R. Day, Les écoles des Arts et Métiers. L’enseignement technique en France XIXe – XXe siècle, Paris, Belin, 1991).
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[22]
Les IUT sont créés à partir de 1966.
-
[23]
Voir S. Ertul (dir.), L’enseignement professionnel court post-baccalauréat (IUT-STS), Paris, PUF, 2000, p. 13-39 ; R. Séchet, « Les technopôles agronomiques et agro-alimentaires de l’Ouest », in Réseaux de villes / Villes en réseaux, vol. 2, ESO (URA 915) – DATAR, rapport de recherche, 1996, 14 p.
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[24]
Voir A. Frémont et alii, op. cit. ; S. Vassal, « Les nouveaux ensembles universitaires français. Éléments de géographie urbaine », Annales de géographie, vol. 78, n° 426, 1969, p. 131-157, http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/geo_00034010_1969_num_78_426_15836?_Prescripts_Search_isPortletOuvrage=false (consulté le 16 octobre 2010).
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[25]
Voir T. Saint-Julien et R. Le Goix (dir.), La métropole parisienne. Centralités, inégalités, proximités, Paris, Belin, 2007, p. 65-87 [halshs-00162861 ? version 1] (consulté le 16 octobre 2010).
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[26]
Pour une mise en perspective des opérations d’aménagement du territoire, on se replongera avec beaucoup d’intérêt dans M. Brocard, « Aménagement du territoire et développement régional : le cas de la recherche scientifique », L’Espace géographique, n° 1, 1981, p. 61-73. et dans P. Aydalot, « L’aménagement du territoire en France. Une tentative de bilan », L’Espace géographique, n° 4, p. 245-253.
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[27]
Voir L. Liard, Universités et Facultés, Paris, A. Colin, 1890 ; A. Prost, « L’échec du projet universitaire de la IIIe République », in D. Filâtre (dir.), Les figures territoriales de l’Université, op.cit.
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[28]
Maire de la ville, conseiller général du Morbihan mais aussi et surtout membre de tous les gouvernements des années 1960.
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[29]
Voir M.-C. Lecocq et A. Delamarre (dir.), Développement universitaire et développement territorial. L’impact du plan U 2000 (1990-1995), Paris, La Documentation française – DATAR, 1998.
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[30]
Cf. C. Christen et F. Vatin (dir.), Charles Dupin (1784-1873) : ingénieur, savant, économiste, pédagogue et parlementaire du Premier au Second Empire, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2009.
