CAIRN.INFO : Matières à réflexion

1La guerre froide n’épargna pas le monde étudiant français. Ce dernier se retrouva même au cœur des relations internationales de l’aprèsguerre par la participation de l’Unef à la naissance d’une union internationale des étudiants. Pensée dans la Résistance, empreinte de l’idéal pacifique et social d’une jeunesse qui avait été acculée au combat, inscrite dans les objectifs fixés à Grenoble, la création de l’UIE mobilisa les énergies des étudiants français. Ne croyaient-ils pas possible de réaliser à l’échelle internationale les conditions universitaires, culturelles et fraternelles d’un rapprochement entre les peuples ? Pourtant le rêve unitaire se brisa sur la partition du monde en deux blocs. Phagocytée par les communistes dès les premiers mois de son existence, l’UIE devint une organisation du bloc de l’Est [1]. Les étudiants français n’avaient plus qu’à en tirer les conséquences et partir. Ce qui fut fait sous la pression des événements en 1949, trois années seulement après leur adhésion. Cette décision ne fut pas facile à prendre. Elle marquait trop, pour cette première génération des dirigeants de l’Unef de l’après-guerre, la fin d’un espoir insensé : celui de fondre en un même mouvement tous les étudiants du monde. Le repli occidental s’organisait alors mais sans réelle conviction, tant était fort le refus de la partition définitive du monde parmi les étudiants.

Les étudiants français et la naissance de l’UIE

2À la Libération, le président de l’Unef, Emmanuel Villedieu, pensait pouvoir ranimer la Confédération internationale des étudiants (CIE) de l’entre-deux-guerres. Aussi tenta-t-il en janvier 1946 de réunir quelques pays, mais ce fut un échec [2]. La CIE appartenait à un passé que l’on souhaitait révolu. L’engagement des étudiants dans la Résistance leur permettait désormais d’envisager de peser jusque dans les décisions internationales et de prendre ainsi leur part à la reconstruction du monde et à la défense de la paix.

3Dès la fin du mois d’octobre 1945 s’ouvrait à Londres la « Conférence mondiale de la jeunesse » qui donnait naissance à la Fédération mondiale de la jeunesse démocratique (FMJD). Si les étudiants se retrouvèrent nombreux à la FMJD, cette dernière ne pouvait pas être considérée pour autant comme une organisation internationale étudiante puisque par définition elle se donnait pour but de rassembler la jeunesse du monde. C’est quelques jours plus tard, au congrès qui fait suite à la création de la FMJD, le 17 novembre 1945, à Prague, qu’est désigné un « Comité préparatoire » de douze pays chargé de réfléchir au projet d’une union internationale étudiante. Les représentants des États-Unis, de l’Union soviétique, de la Grande-Bretagne, de la Chine, de la France, de l’Australie, du Danemark, de la Belgique, de la Pologne, de la Tchécoslovaquie, de la Yougoslavie et de l’Inde se réunirent quatre fois sous la forme de sessions de 8 à 12 jours chacune pour élaborer la charte et les statuts de la nouvelle organisation internationale. Le travail fut de l’avis des observateurs considérable et toutes les décisions, en dépit de discussions quelquefois vives, furent prises à l’unanimité. Une des questions fondamentales débattues dans le cadre de ces réunions porta sur le lien à entretenir avec la FMJD. Fallait-il intégrer la nouvelle organisation internationale étudiante au sein de la Fédération mondiale de la jeunesse ? En fait, les représentants français commençaient à exprimer des craintes sur l’orientation politique de la FMJD. Ils la jugeaient déjà trop proche des positions soviétiques, et surtout bien trop marxiste et anticolonialiste à leur goût [3]. Un compromis fut alors trouvé. L’Union internationale des étudiants (UIE) devint membre autonome et associé de la FMJD à défaut d’être membre constituant. Les étudiants français souhaitèrent et obtinrent encore que le mouvement international reposât exclusivement sur des mouvements ayant à la fois le caractère national et le caractère représentatif. Ces principes, garants de la démocratie et de l’esprit syndical, furent inscrits dans les statuts de l’UIE. Ils précisaient que l’adhésion d’organisations autres que les Unions nationales d’étudiants ne pouvait avoir lieu qu’à titre temporaire. Ce qui obligea, par exemple, Bill Ellis, représentant des étudiants américains à déployer ses efforts pour créer une Union nationale d’étudiants américains. Le rôle que jouèrent les représentants français dans la naissance de l’UIE est en fait considérable. Pierre Rostini, Paul Bouchet ou encore Pierre Trouvat exercèrent une réelle influence sur la rédaction des statuts de la nouvelle organisation étudiante internationale. Le parallèle avec la charte de Grenoble a souvent été fait. Les droits des étudiants et les moyens de les défendre sont clairement affirmés tandis que les buts de l’UIE sont ainsi définis : « Encourager chez les étudiants [...] l’amour de la liberté et de la démocratie. Apporter une aide active aux gouvernements et aux organisations sociales qui luttent pour la paix et la sécurité à seule fin de combattre pour extirper de tous les systèmes d’éducation tous les vestiges de l’idéologie et de l’oppression fasciste, de s’élever contre toute forme de discrimination...[4] »

4En ce mois d’août 1946, au premier congrès des étudiants du monde, qui se tint à Prague, et où naquit l’UIE, les représentants français pensaient encore que les mots fascisme, démocratie, liberté avaient le même sens pour tout le monde. Aussi est-ce dans l’enthousiasme que les institutions de l’UIE se mirent en place. Le président des étudiants tchécoslovaques, Joseph Grohmann, est porté à la tête de la nouvelle organisation, l’Américain Bill Ellis et le Français Pierre Trouvat en deviennent les vice-présidents. Tandis que le secrétariat général revient au Britannique Tom Madden. Pourtant le rêve unitaire et fraternel allait être de courte durée. Les premiers nuages s’amoncellaient déjà. La guerre froide et la partition du monde en deux blocs obligèrent les dirigeants étudiants français à des révisions déchirantes.

Les premières fractures

5Dès les premiers mois de l’année 1948, l’UIE est en crise. Son attitude face au début de la guerre froide est contestée par les Unions nationales de l’Ouest qui lui repprochent ses sympathies communistes trop affichées. Il est vrai que dès 1946, les Soviétiques et les Chinois détiennent à eux seuls la majorité des mandats [5]. En effet, d’une manière quasi systématique l’UIE prenait position en faveur des intérêts soviétiques. Ainsi le plan Marshall fut-il condamné comme un premier pas vers la guerre. Lorsqu’en février 1948, le coup d’État communiste à Prague fut suivi d’une épuration qui vit l’arrestation de nombreux étudiants pour délit d’opinion, l’UIE se montra d’une étonnante discrétion. Discrétion qui trancha d’ailleurs avec la vigueur qu’elle manifesta quelques mois plus tard quand en Yougoslavie étaient arrêtés des étudiants « kominformistes » sans que l’organisation des étudiants yougoslaves n’ait réagi [6]. Enfin, de véritables campagnes sont menées en faveur de l’indépendance des peuples coloniaux qui débouchèrent sur la mise en cause sans nuance de l’attitude française à Madagascar et en Indochine. Ces campagnes furent souvent relayées en France par les étudiants communistes. On en trouve de larges échos à partir de 1948 dans les colonnes de Clarté qui exprime son soutien aux étudiants vietnamiens et souhaite « en finir avec la honte du colonialisme[7] ».

Couverture de la brochure I de l’UIE sur les jeux universitaires de 1947 (Fonds Tom Madden, Mission CAARME).

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Couverture de la brochure I de l’UIE sur les jeux universitaires de 1947 (Fonds Tom Madden, Mission CAARME).

L’Étudiant de France, novembre 1959 (coll. BDIC).

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L’Étudiant de France, novembre 1959 (coll. BDIC).

6Si à l’origine l’UIE ne devait pas se tenir à l’écart des problèmes politiques, une partie de ses membres fondateurs pensait qu’elle interviendrait dans le débat international avec plus de discernement. Les dirigeants français pouvaient même espérer qu’en dépit de la guerre froide les étudiants parviendraient à maintenir le cap des origines. Mais il fallait bien se rendre à l’évidence, les notions de liberté et de démocratie n’avaient pas le même sens selon le camp auquel on appartenait. Il était évident qu’en l’espace d’une année, d’août 1946 à septembre 1947, le ciel des relations internationales étudiantes s’était considérablement obscurci. L’heure était pour nombre d’organisations étudiantes de l’Ouest au retrait. Bill Ellis, qui s’était pourtant beaucoup investi dans la naissance de l’organisation internationale étudiante démissionnait avec éclat à la suite du coup de Prague. Dans une lettre datée du 24 mars 1948, il justifiait ainsi son geste : « Vice-président américain de l’UIE, je résigne ma fonction en protestation contre votre refus de condamner la façon brutale et antidémocratique dont les étudiants tchécoslovaques ont été traités par leur gouvernement dans la semaine qui suivit le 22 février 1948. Je refuse d’être complice de votre lâche inaction, de vos omissions passées ou de vos machinations futures. Par votre inaction, vous avez trahi notre confiance et les principes de toutes les libertés étudiantes. Vous avez trahi la véritable tradition du 17 novembre qu’il vous appartenait d’entretenir et de défendre. Vous n’êtes plus dignes de cette tradition. » Puis dans une succession de douze points, il démontrait le parti pris unilatéral de l’UIE en faveur des intérêts soviétiques qui pour lui expliquait l’attitude de l’organisation étudiante face à l’affaire tchèque. Une organisation étudiante qui n’interprétait pas « la démocratie comme le régime de la majorité, qui respecte les droits de la minorité et de l’individu » mais « comme la dictature du prolétariat[8] ». Cette position du représentant américain avait le mérite de la clarté. Elle entraîna le départ des Suédois, des Danois, ainsi que des Belges et des Suisses, et suscita un véritable choc à l’Unef.

L’Unef et la chronique d’un retrait annoncé

7Dans ces conditions, la question du retrait de l’Unef ne manqua pas d’être posée. Elle constitua un des points importants à l’ordre du jour du congrès de Nice en avril 1948.

8Lors de sa longue intervention sur les questions internationales, Pierre Trouvat (président de l’Unef) rejoignait de manière plus nuancée les analyses de Bill Ellis mais n’en renonçait pas moins à croire encore possible une entente reposant sur de nouvelles bases : « Nous devons nous demander si cette mauvaise compréhension des problèmes est une chose absolument nécessaire étant donné le caractère de l’UIE ou si c’est une chose simplement contingente, si c’est un caractère qui peut être modifié[9]. » Nous mesurons là combien pour Pierre Trouvat, et pour tous ceux qui comme lui ont cru construire un grand mouvement international étudiant, il fut difficile, voire déchirant, de renoncer au rêve qu’ils pensèrent un moment étreindre. Aidé par Paul Bouchet, le président de l’Unef réussit à convaincre le congrès de ne pas prendre de décision précipitée tant que les étudiants français n’avaient pas fait valoir leurs arguments devant le comité exécutif de l’UIE. En attendant, en guise d’avertissement solennel, l’Unef démissionnait du Comité français de la jeunesse démocratique, et par conséquent de la FMJD. Cette manœuvre permettait à la direction du syndicat étudiant de gagner un peu de temps. Les étudiants communistes ne s’y trompèrent pas. Ils eurent alors beau jeu de dénoncer dans Clarté les « conclusions bâtardes » de ce congrès et de démontrer que l’Unef demeurait membre malgré tout de la FMJD par l’intermédiaire de l’UIE qu’elle n’a pas quittée [10]. Le moi; suivant, Pierre Trouvat devant le comité exécutif de l’UIE ne réussit pas à obtenir de l’organisation internationale une condamnation de l’évolution en Tchécoslovaquie. Au contraire, l’Unef se vit repprocher dans une lettre adressée aux étudiants français de ne pas avoir pris une position assez claire contre la guerre d’Indochine.

9Plus rien ne pouvait désormais freiner la marche inexorable vers la désaffiliation, d’autant que la sociologie du syndicat étudiant rejoignait la politique pour en accélérer le pas. En effet, la fin des années quarante est marquée en milieu étudiant par la relève des générations. La génération étudiante de la Résistance quitte les bancs de l’université remplacée par des cadets qui n’ont pas participé directement aux combats de l’ombre Ces derniers sont nés à la politique au moment de la Libération, et n’ont connu très vite comme horizon que les joutes idéologiques de la guerre froide. Cette génération, plus pragmatique, issue de plus en plus des petites classes moyennes de la société prit la partition du monde comme un état de fait qui obligeait à choisir son camp pour « se faire une place au soleil[11] ». Et pour une majorité d’entre-eux, les promesses d’une reconstruction américaine valaient bien celles d’un paradis soviétique, surtout quand ce dernier se peupla de coup; d’État, de blocus de Berlin, de traîtres mis hors d’état de nuire. Ce fut dans cette génération que se développa après-guerre un anticommunisme assez virulent, mais contrairement à ce qu’affirme Gérard de Bernis tous ces étudiants ne se recrutaient pas obligatoirement dans un milieu où on lisait L’Aurore et Le Figaro[12] même s’ils furent sensibles au discours du général de Gaulle comme l’atteste la place que prirent les étudiants gaullistes dans l’Unef à la fin des années quarante [13].

10Aussi est-ce au congrès du Touquet (18 au 24 avril 1949) que la question du maintien ou du départ de l’Unef de l’UIE fut officiellement tranchée. Dans une atmosphère passionnée et en présence de nombreux observateurs des mouvements jeunesses politiques, deux thèses s’affrontèrent : celle du maintien à l’UIE sous réserve d’obtenir des garanties et celle du retrait pur et simple. Une nouvelle fois Pierre Trouvat, Paul Bouchet, appuyés par Marcel Colombet et Charles Lebert montèrent au créneau. Ces anciens du syndicalisme étudiant qui s’étaient tous illustrés dans la Résistance soutenaient l’idée de la nécessité d’une collaboration internationale des étudiants, surtout au moment dramatique où le monde se divisait en deux blocs. Pour eux, l’UIE constituait le seul moyen, même s’il n’était pas parfait, de développer cette collaboration et de maintenir l’unité internationale des étudiants. Paul Bouchet s’écriait : « Le problème n’est pas de partir mais de rester en obtenant des garanties[14]. » Mais en 1949, la thèse du maintien s’apparentait de plus en plus à un radeau de la Méduse. Comment pouvait-on penser que l’UIE accepterait de laisser leur liberté aux Unions nationales adhérentes et qu’elle respecterait au moins dans ses formes la démocratie en publiant à côté des vœux de la majorité ceux de la minorité ? Annie Kriegel, qui appartenait à la délégation des étudiants communistes au congrès du Touquet, résume assez bien quelques quarante années plus tard le fond du problème. Les garanties exigées par les principaux dirigeants de l’Unef posaient « des règles qui avaient été celles des organisations mondiales, politiques ou syndicales, se situant dans la tradition fédéraliste et autonomiste de la Ile Internationale, de l’Internationale de Vienne ou de l’Internationale socialiste. Mais ces règles étaient précisément à l’opposé de l’esprit centralisateur et hiérarchique ayant présidé à la conception marxiste de la lère Internationale et surtout à la conception léniniste de la llle. Elles étaient incompatibles avec le raidissement qu’à l’instar de toutes les autres organisations internationales de masse sur lesquelles le mouvement communiste avait réussi, après la victoire de 1945, à mettre la main, l’UIE avait imprimé à sa politique depuis le tournant de 1947[15] ». En fait, ce que craignaient ceux qui défendaient la thèse du maintien, c’était l’évolution qu’un retrait de l’UIE ne manquerait pas d’entraîner au sein de l’Unef : un repli rapide sur une pratique corporative qui sonnerait la fin des espoirs syndicaux de la Libération. Le débat international se doublait d’une lutte pour le pouvoir au sein du syndicat étudiant.

11Jacques Boissieras, président de l’AGE de Bordeaux et étudiant gaulliste, prit la tête des partisans du retrait. Pour lui et pour tous ceux qui le suivirent, l’UIE n’était plus qu’un grand espoir déçu. Son attitude partisane la condamnait sans espoir de salut. Dans un mémorandum produit lors du congrès, les délégués de Paris-Droit considéraient que la France n’avait tiré aucun avantage de l’UIE, dans la mesure où le seul point qui trouvait grâce à leurs yeux, les jeux universitaires mondiaux, auraient pu avoir lieu sans son patronage. Pour eux, et sans hésitation, le retrait s’imposait mais sans pour autant abandonner toute idée de coopération internationale des étudiants [16].

12Deux motions à l’issue du débat furent proposées. L’une par les délégués de Grenoble en faveur du maintien, l’autre par les délégués de Bordeaux en faveur du retrait. La seconde l’emporta assez nettement par 154 voix contre 106 et 8 abstentions. Pourtant, la manière dont l’Unef quittait l’UIE traduisait bien que la décision n’avait pas été facile à prendre. Personne au fond ne souhaitait une rupture définitive avec l’organisation internationale étudiante comme en témoignait la déclaration de l’assemblée générale de l’Unef à la fin du congrès qui rappelait que sa démission de l’UIE n’impliquait pas l’abandon des grands principes inclus dans la constitution de l’organisation internationale et affirmait que l’Unef n’entendait pas non plus « susciter la création, ni donner son adhésion à un groupement international étudiant qui pourrait se présenter ou être présenté comme concurrent de l’UIE », et entendait continuer à participer à certaines activités pratiques [17].

Jiri Pelikan et Pierre-Yves Cossé sortant du colloque du GERME « Regards sur les internationales étudiantes, les étudiants en guerre froide », Paris, Sorbonne, 15 juin 1996 (Ccliché Jean-Paul Delbègue).

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Jiri Pelikan et Pierre-Yves Cossé sortant du colloque du GERME « Regards sur les internationales étudiantes, les étudiants en guerre froide », Paris, Sorbonne, 15 juin 1996 (Ccliché Jean-Paul Delbègue).

13La guerre froide battait son plein : les régimes communistes traquaient leurs « traîtres », les Américains entamaient sous la conduite du sénateur Mac Carthy leur « chasse aux sorcières », et les blocs se structuraient autour d’alliances défensives et économiques. C’était le temps où Rajk était coupable et Hollywood truffé de communistes, où l’invective servait de dialogue, où en Asie les deux grands s’affrontaient par adversaires interposés. Que pouvaient peser les résolutions des congrès étudiants ? L’année suivante à Arcachon, l’Unef entérinait la décision du Touquet. Mais le nouveau président des étudiants de France, le jéciste Gérard de Bernis fut élu malgré tout sur une ligne en politique internationale qui affirmait la nécessité de poursuivre les contacts avec l’UIE. Aussi en dépit de la désaffiliation, l’Unef continua-t-elle d’entretenir des relations étroites avec l’organisation internationale tout au long de l’année. Le président de Bernis alla jusqu’à qualifier cette période, d’avril à novembre 1950, de « collaboration fructueuse[18] ». De fait, la fin du printemps et une partie de l’été furent consacrées à la préparation du IIe congrès mondial des étudiants qui se tint à Prague en août de la même année. Une forte délégation française composée de onze membres dont le président de Bernis s’y rendirent. La résolution finale de ce congrès alla jusqu’à inclure des propositions françaises dont une phrase expliquant que certains groupes d’étudiants manifestaient leur lutte contre l’utilisation de l’arme atomique par d’autres textes que l’appel de Stockholm. Les représentants français pouvaient même penser qu’ils avaient « réussi à changer le désastreux climat antérieur[19] ». Les ponts semblaient loin d’être totalement rompus entre l’Unef et l’UIE.

14Pourtant au sein du syndicat étudiant français, une forte opposition à l’action internationale de Gérard de Bernis se manifestait de plus en plus bruyamment. Les jeunes du RPF n’entendaient pas voir se poursuivre cette politique qu’ils jugeaient complaisante à l’égard des communistes dans le contexte international du début des années cinquante. En fait, la contestation de l’action internationale du président de l’Unef n’était qu’un prétexte pour s’emparer de la direction du syndicat étudiant. Aussi est-ce de la rue Solférino, siège du Groupement national des étudiants RPF, sous la direction de Pierre Dumas, que fut menée de main de maître l’opération de déstabilisation de Gérard de Bernis [20]. Longtemps attribuée à Jean-Marie Le Pen, la mise en minorité du président de l’Unef au CA du 11 et 12 novembre 1950, qui le contraignit à la démission, fut en fait l’œuvre des gaullistes. Claude Gaudibert (délégué de l’AGE de Montpellier) et Jean Sarvonat (étudiant en médecine, ancien responsable de l’Intergroupe santé RPF de Paris) produisirent un document accusant de Bernis d’avoir livré « l’Unef aux mains de la Ve colonne soviétique[21] » et lui reprochèrent au congrès de Prague du mois d’août de s’être « levé à l’arrivée des délégués nord-coréens en séance lorsqu’ils furent salués par le congrès enthousiaste[22] ». À l’issue du CA, Jean Sarvonat fut porté à la tête de l’Unef. La révolution de palais modifiait profondément la donne : la rupture avec l’UIE était consommée et le repli occidental s’organisait.

La naissance d’une nouvelle organisation internationale : la CIE-COSEC

15Depuis plusieurs années des tentatives de groupement occidental s’étaient produites. En 1949, la conférence de Londres qui visait à réunir les Unions nationales qui avaient quitté l’UIE fut un échec retentissant. Pourtant, en décembre 1950, les étudiants suédois avec à leur tête Olof Palme prirent l’initiative d’une Conférence internationale des étudiants qui se tint à Stockholm. Elle marqua malgré les réticences d’un certain nombre de participants le début du processus conduisant à la naissance d’une nouvelle organisation internationale étudiante. Jean Sarvonat espérait bien recréer autour de l’Unef une organisation occidentale sur le modèle de celle de l’entre-deux- guerres. En décembre 1951, largement à son initiative, se tint à Nancy une conférence européenne. Mais ce fut le mois suivant, en janvier 1952, à Edimbourg, que les bases d’un véritable regroupement occidental furent jetées. Pourtant la majorité des participants, venus d’Europe occidentale et d’Amérique, n’était pas décidée à fonder une nouvelle union internationale. Les délégués souhaitaient en fait mettre en place une structure souple autour de rencontres annuelles avec entre temps un travail purement technique. Cette attitude était motivée par la volonté de ne pas renoncer à plus ou moins long terme à une réunification internationale. Dans leur esprit, la guerre froide ne pouvait pas être une donnée immuable des relations internationales. À cette fin, la Conférence internationale des étudiants se dotait d’un secrétariat de coordination (Cosec) dont le siège fut établi à Leyde (Pays-Bas). Cet organisme avait un rôle purement administratif. Il n’était pas habilité à intervenir en matière de politique générale.

16Le fonctionnement de la CIE-Cosec extrêmement décentralisé s’élabora autour de trois institutions : la conférence annuelle qui trace les perspectives et oriente l’activité, le secrétariat qui est chargé de les faire appliquer et une commission de contrôle composée de cinq Unions nationales. La liberté des UN est largement respectée, ce qui a pour effet d’entraîner de nombreuses adhésions dans les années qui suivirent sa création. Entre 1952 et 1956, les adhérents passèrent d’une vingtaine à une cinquantaine de membres [23]. D’un organisme purement administratif à ses débuts, la CIE-Cosec en vint à poser un certain nombre de problèmes politiques. En acceptant l’entrée d’Unions nationales appartenant aux continents africain, asiatique et latino-américain, la Conférence se transforma progressivement en une véritable organisation mondiale, mais surtout subit l’influence des nouveaux venus. En effet, elle prit position contre le colonialisme en élaborant un anticolonialisme étudiant sans faiblesse mais nettement moins sectaire que celui de l’UIE. Pourtant les dirigeants de l’Unef en vinrent à dénoncer officiellement la représentativité et l’inefficacité de la CIE.

Les étudiants français et la CIE

17L’incident de la Conférence d’Istambul en 1953, qui vit les deux délégués de l’Unef quitter la séance et rentrer en France, illustre assez bien les reproches qu’une partie des étudiants français adressait à l’organisation internationale. En effet, la CIE avait admis en son sein l’Association générale des étudiants de Dakar avec le statut de délégué, alors qu’à l’époque le Sénégal était encore une colonie française dans le cadre de l’Union française. Roger Aldebert et Roger Guilloux, membres du bureau de l’Unef et respectivement secrétaire général et vice-président extérieur de l’organisation étudiante, mirent, dès l’ouverture de la Conférence, en cause la représentativité de l’AGE de Dakar et s’étonnèrent de sa présence à Istambul. Ils en vinrent logiquement à exiger son départ, ce que contestèrent un certain nombre de délégués des autres Unions nationales dont celui des étudiants allemands. Or ce qui n’était à l’origine qu’un incident, qui aurait pu faire l’objet d’une suspension de séance et d’une négociation de couloir devint un véritable casus belli après l’intervention du représentant d’outre-Rhin : Roger Aldebert répondant « que ce n’était pas à un Allemand de définir la conduite des étudiants français[24] ». Les deux délégués français, constatant qu’ils ne pourraient pas imposer leurs vues, quittèrent la salle d’un commun accord. Sans vouloir exagérer la portée de cette « dispute » entre le délégué allemand et les représentants français, il ne faut pas pour autant oublier qu’en France la querelle autour de la CED bat son plein et a probablement contribué à envenimer la situation. Toujours est-il que cette politique de la chaise vide fit du bruit dans le landernau étudiant et obligea l’Unef à prendre officiellement position par rapport à la CIE. Le CA de janvier 1954 décida la suspension à l’unanimité des relations avec le Cosec et posa trois conditions au retour de l’Unef : l’organisation d’activités pratiques en nombre suffisant, le respect du cadre purement technique imparti au Cosec, une étude précise de la représentativité des Unions membres.

18En fait, les « majos », qui dirigeaient l’Unef depuis novembre 1950, reprochait à la CIE-Cosec une double erreur à leur yeux : s’être engagée un peu trop sur le terrain politique et notamment sur celui de l’anticolonialisme tout en essayant d’imposer ses vues aux Unions nationales. Aussi « majos » et « minos » se trouvaient-ils en accord pour quitter la Cosec, mais pour des raisons différentes. Les « majos », à l’origine de la nouvelle organisation, considéraient qu’elle avait failli à ses engagements de départ. Tandis que pour les « minos », qui ne l’avaient jamais réellement acceptée, c’était la chance inespérée de rétablir la balance avec l’UIE et rompre avec la politique des blocs dans un contexte qui, depuis la mort de Staline, pouvait s’y prêter [25]. Quelques mois plus tard, au congrès de Toulouse (21/25 avril 1954), la décision du CA de janvier est confirmée. La motion de politique générale adoptée par les délégués des AGE parlait de « stérilité souvent manifeste des conférences internationales de ces dernières années » et insistait sur le fait que « le Cosec ne présente pas actuellement d’activités pratiquement suffisantes ». Pourtant les congressistes n’envisageaient pas de rompre définitivement avec lui. Ils demandaient la reprise des relations avec le Cosec sous la réserve « du retrait du statut des délégués à l’AG de Dakar lors de la prochaine conférence[26] » et de profondes réformes de structures. Un repli régional était envisagé. N’était-il pas demandé de « prévoir, sur le plan régional, une coordination plus étroite des activités des UN des pays voisins, coordination pratiquement plus facile à réaliser qu’une coordination mondiale[27] » ? Et un délégué de Paris pouvait tranquillement ironiser sur le peu d’activité du Cosec en étant vivement applaudi : « On a fait un certain nombre de reproches au Cosec ; on a dit : il ne fait rien. C’est évident. Seulement ce qu’on a oublié de dire, c’est qu’il est dans les statuts du Cosec de ne rien faire. Il se contente de coordonner plus ou moins et d’informer les diverses Unions nationales sur leurs activités propres. Dire que le Cosec ne fait rien, c’est une vérité première[28]. »

L’Étudiant de France, janvier 1960 (coll. BDIC).

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L’Étudiant de France, janvier 1960 (coll. BDIC).

19La CIE-Cosec ne fut donc jamais en mesure dans l’esprit des étudiants français de remplacer l’UIE. Ses limites, voulues par les uns condamnées par les autres, étaient trop évidentes. Si elle permettait les contacts nécessaires entre les Unions occidentales, elle souffrait, même auprès des dirigeants français qui avaient contribué à sa création, d’être un erzatz d’organisation internationale née du remords de ne pas avoir pu faire de l’UIE la grande union des étudiants du monde dont ils rêvaient. Cependant l’évolution des relations internationales vers la détente et un changement de majorité à la tête de l’Unef à partir de juillet 1956 remettaient à l’ordre du jour la question de l’unité internationale.

Renouer les fils du dialogue avec l’UIE

20La mort de Staline en mars 1953, la fin de la guerre de Corée la même année et l’arrivée de Khrouchtchev à la tête de l’Union soviétique se soldèrent dès 1954 par une certaine retombée de la tension internationale. Cela suffit pour relancer dans le monde étudiant le débat à propos de l’UIE. D’autant que cette dernière fut prompte à prendre la mesure de l’évolution qui s’amorçait.

Paul Bouchet discutant avec Tom Madden, Paris, 7 décembre 2006 (cliché Robi Morder).

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Paul Bouchet discutant avec Tom Madden, Paris, 7 décembre 2006 (cliché Robi Morder).

21Un changement, peut-être pas radical mais tout au moins significatif, commença à s’opérer au sein de l’UIE. Au congrès de Varsovie, en 1953, elle créait un statut de membre associé qui permettait aux Unions nationales de participer aux débats sans être engagées par les décisions finales. De plus, son nouveau secrétaire général, le Tchèque Jiri Pelikan, se montrait beaucoup plus ouvert que son prédécesseur en proposant de nouvelles bases de coopération mondiale. Mais ce fut au congrès de Prague, l’année suivante que la nouvelle orientation l’emporta. L’UIE cessait de se proclamer représentative de tous les étudiants du monde. François Borella et Michel de la Fournière pouvaient constater qu’elle accueillait désormais avec empressement toutes les propositions de réalisation pratique venues des autres Unions nationales et qu’on ne parla plus de la défense de la paix sinon incidemment [29]. D’ailleurs quelques jours avant le congrès de l’Unef, qui se tint à Nice en avril 1955, Jiri Pelikan écrivait aux dirigeants du syndicat étudiant français pour leur proposer une reprise des relations sur la base d’un programme d’activités pratiques qu’il se montrait prêt à discuter dans les moindres détails. Il en profitait aussi pour avancer l’idée d’une « conférence de l’unité[30] ». D’une intelligence politique remarquable, Jiri Pelikan insistait dans sa lettre sur le « rôle très important dans la réussite d’une telle initiative » que pourrait jouer la France. Elle serait à même d’entraîner une partie des Unions nationales de l’ouest vers une collaboration avec l’UIE que le virage amorçé par le mouvement communiste international rendait désormais possible. À terme l’Unef pourrait être ce trait d’union nécessaire entre la CIE et l’UIE que déjà certains étudiants français se proposaient de lui faire jouer. Si le congrès de Nice refusa à une faible majorité de rétablir les relations techniques avec l’UIE, il ne repoussa pas l’idée d’une conférence de coopération selon la définition technique et relativement limitée qu’en donnait Jiri Pelikan dans sa lettre. On mesure bien l’embarras du mouvement étudiant français. Il est aussi significatif d’une évolution interne de l’Unef qui voit progressivement les « minos », en faveur d’un rapprochement avec l’UIE, prendre une place de plus en plus importante au sein du syndicalisme étudiant français.

22Ainsi ne fut-il pas question avant 1956 d’un rétablissement effectif du dialogue avec l’UIE. Et cela d’autant plus que depuis 1953 des relations bilatérales avec les pays de l’Est et l’Union soviétique s’étaient établies. Le geste le plus spectaculaire fut le voyage en URSS en septembre 1953 d’une délégation de vingt membres de l’Unef dirigé par Guy Penne (président d’honneur de l’Unef), Roger Aldebert (secrétaire général) et Jacques Etcheverry (président de la Mnef). À l’invitation des membres étudiants du Comité antifasciste de la jeunesse soviétique, elle visita successivement les villes et les universités de Moscou, Leningrad, Kiev, Dniepropetrovsk, Stalingrad, Tbilissi. Au cours des trois semaines que dura le voyage, les étudiants français furent reçus au Kremlin et plusieurs fois à l’ambassade de France à Moscou par Louis Joxe qui « s’attacha à souligner l’espoir que faisait naître en lui la reprise des relations culturelles entre la France et l’Union soviétique[31] ». Il n’en était pas moins clair que le principe d’une collaboration avec l’UIE faisait son chemin.

23Si à partir de juillet 1956, les « minos », devenus majoritaires à l’Unef, emmenés par Michel de La Fournière se montrèrent plus conciliants vis-à- vis de l’UIE, ils n’entendaient tout de même pas réintégrer l’organisation internationale sans conditions. Dans son rapport moral lu devant le congrès de Paris en 1957, Michel de La Fournière faisait remarquer : « Si nous sommes attachés aux relations techniques pour des raisons d’ordre pratique, jamais nous ne rentrerons à l’UIE tant qu’elle demeurera ce qu’elle est aujourd’hui. Certes, nous constatons que depuis plusieurs années, surtout depuis l’époque 1948-1952, elle a fait de grands progrès, mais tant qu’elle comprendra en son sein des unions fantômes, tant que les débats s’y dérouleront d’une façon que nous considérons comme non démocratique, tant qu’elle apparaîtra comme liée à un certain bloc et prendra des positions politiques orientées dans un sens, il n’est pas question pour nous que nous réintégrions l’UIE[32]. » Pourtant pour le président de l’Unef et sa majorité la division internationale des étudiants ne pouvait être considérée comme un fait acquis sur lequel il était impossible de revenir. Un problème majeur allait toutefois détourner l’Unef de sa quête unitaire : la guerre d’Algérie. Ce n’est qu’à la fin du conflit que le débat est relancé mais l’unité s’avéra tout aussi impossible que la réunification. Aussi l’Unef finit-elle par retrouver l’UIE en 1964, mais avec le statut de membre associé. Au congrès de Toulouse en 1964, le représentant des étudiants allemands ne put s’empêcher de reprocher aux étudiants français cette décision. Il se vit répondre par Étienne Mougeotte (vice-président international de l’Unef) que c’était un moyen d’affermir le rôle de trait d’union que l’Unef entendait toujours jouer entre la CIE et l’UIE.

24On ne sortait donc pas de cette problématique déjà ancienne, elle-même erzatz d’une grande idée qui n’avait pas cessé depuis vingt ans, dans le milieu étudiant, de servir de prisme à une analyse des relations internationales. Ce qui pouvait se concevoir à l’échelle d’un État et constituer la matière d’une politique extérieure relativement originale n’était, tout au moins dans les apparences, pour une organisation étudiante qu’un aveu d’impuissance. Le président de l’Unef n’avait pas les mêmes moyens que le général de Gaulle. Plus pragmatique, ce dernier n’entendait pas réconcilier le monde, mais explorer une forme de troisième voie qui avait pour but de situer la France à égale distance entre l’Est et l’Ouest et lui faire tenir son « rang » dans le monde. N’est-il pas intéressant de constater que les étudiants et le gouvernement, que tout semblait a priori séparer, tenaient en fin de compte sensiblement la même position en matière de relations internationales ? Le milieu étudiant malgré ses caractéristiques propres était loin d’être coupé de la nation. Profondément marqué par la division du monde, comme le furent en fait tous les Français, les étudiants n’y réagirent pas de manière bien originale. Leur attitude fut en fait dictée par la courbe sinuosidale des relations Est/Ouest, à deux exceptions près néanmoins mais elles étaient de taille : ils leur fallut, jeunesse et idéal obligent, plus de temps que le gouvernement français pour tirer les conséquences de l’entrée en guerre froide, mais ensuite ils refusèrent toujours de considérer cette partition du monde comme une donnée immuable. L’Histoire, un quart de siècle plus tard leur donna raison.

25D. F.

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Document

Mémorandum Paris Droit - 1949

26La France peut-elle demeurer affiliée à l’Union internationale des étudiants ? La question, une fois de plus, va se poser au congrès de l’Union nationale.

27Un bref bilan de la participation de l’UN à cet organisme depuis près de trois ans constitue en soi, une éloquente réponse.

28Quels avantages directs la France a-t-elle tiré de l’UIE ? Sans crainte d’erreur, on peut affirmer aucun (les Jeux universitaires mondiaux eussent pu avoir lieu sans son patronage).

29Au contraire, son affiliation a causé fréquemment les plus sérieux inconvénients à l’Unef. Inconvénients moraux sans doute, mais dont les incidences matérielles sont indéniables et se sont manifestées :

  • par l’abstention de nombreux étudiants, fondée sur une apparente politisation de l’UN ;
  • par l’indisposition et la perte du soutien d’une partie de l’opinion publique ;
  • par la méfiance, sinon les entraves des pouvoirs publics à l’égard de l’action syndicale (mutuelle...).
    Quelques exemples :
    I/ dus à l’action positive de l’UIE
    a) Manifestations dites « anticolonialistes »

30— hostilité permanente de l’état d’esprit UIE à l’égard de ce que la majorité des français considèrent comme l’intérêt national.

31— Vietnam (cf. congrès de Strasbourg et de Nice).

32— « Colonialisme » étranger même (Malaisie, Égypte, Inde).

33— 21 février 1949 (Révolte de marins hindous)

34b) Affiliation à la FMJD et interférence complète avec l’UIE, alors que l’UN a du se retirer depuis un an de cet organisme, strictement politique.

35c) Ingérence dans la politique intérieure française. Lettre du « Comité exécutif de l’UIE aux étudiants français » (suivie d’ailleurs d’une rétractation).

36d) Formes habituelles de propagande, desservant constamment, en termes outrageants, le prestige de la France.

37— Journal Étudiants du monde

38— Propagande (affiches illustrées notamment...)

39Il/ Exemples dus à son inaction.

40a) Lors des événements de Prague présentant des analogies certaines avec ceux d’Espagne ou de Grèce, à l’occasion desquels l’UIE est intervenue en faveur de la liberté.

41b) Son refus de participer avec voix prépondérante à un comité consultatif étudiant groupant plusieurs organisations internationales universitaires, sous l’égide de l’Unesco, susceptibles de procurer des avantages substantiels (bourses, voyages en particulier). Ceci en contradiction avec me § 1 de la section 4 de ses propres statuts !).

42Les conclusions à tirer d’un tel bilan de trois ans de coopération s’imposent d’elles-mêmes.

43L’Union nationale a attendu assez longtemps pour constituer constater aujourd’hui — malgré les promesses de ses dirigeants — qu’il est impossible de modifier la constitution de l’UIE.

44Il apparaît dans ces conditions qu’elle ne peut souffrir davantage le lourd préjudice que lui cause son affiliation à l’Union internationale.

45• Le Retrait s’impose •

46Ce qui ne saurait signifier qu’elle abandonne toute idée de coopération internationale des étudiants dont elle doit s’attacher à rechercher la meilleure solution.

47Source : BDIC 4° delta 11519 – 1949.

Document

Motion présentée par Bouchet et Lebert 1949

48Considérant que la déclaration unanime du Bureau présentée par la délégation au conseil de Sofia n’a pas été prise en réelle considération par la majorité du conseil et qu’en conséquence les conditions d’une réaffiliation à l’UIE n’ont pu être réunies.

49Considérant d’autre part que les difficultés actuellement rencontrées rendent plus nécessaires que jamais une action continue et efficaces sur le plan international.

50L’Unef déclare rester entièrement fidèle à son principe fondamental d’une union vraiment internationale et vraiment syndicale et définit en conséquence sa politique internationale, notamment sur les points suivants :

  1. L’Unef continuera à lutter pour qu’un congrès réellement mondial soit réuni, c’est à dire qu’y soient invités invitées avec voix délibérative toutes les organisations représentatives d’étudiants, alors membres ou non de l’UIE, qui sont en accord avec les principes de la constitution de l’UIE votée en 1946, sans aucune exclusive d’autre ordre.
  2. Cette condition étant admise, l’UN devra participer pleinement à ce congrès et y proposer les réformes prônées dans le document établi par le précédent bureau de l’Unef à l’occasion du conseil de Sofia.
  3. L’Unef continuera à s’opposer à toute tentative d’union occidentale tendant à diviser irrémédiablement le mouvement étudiant.
  4. L’Unef devra maintenir des contacts avec toutes les UN, étant entendu que devra être respecté le principe fondamental ci-dessus réaffirmé.
  5. L’Unef devra prêter une attention spéciale à la collaboration étudiante dans le domaine du secours, particulièrement propice au maintien de l’unité étudiante internationale à travers les divisions actuelles, afin d’assurer la continuation de cette collaboration après la disparition à envisager du fonds mondial de secours aux étudiants.
  6. Pour toute question importante posée l’application pratique des décisions ci-dessus et notamment pour la participation éventuelle à toutes manifestations placées sous l’égide de l’UIE, le bureau devra demander l’avis du conseil d’administration.

51Source : BDIC 4° delta 1151 - 1949.

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Document

1957 : l’Unef fête son cinquantenaire

52L’UNEF qui fête son cinquantenaire en 1957 est au faîte de sa puissance organisationnelle. Regroupant près d’un étudiant sur deux, elle amalgame folklore étudiant, activités corporatives, dynamique syndicale et engagement citoyen. En mars 1957, un mot d’ordre de grève est lancé non sur les questions budgétaires, mais sur la revendication de l’allocation d’études. Aussi ce cinquantenaire se veut marquant : non seulement est organisé un festival culturel international, où musique et théâtre alternent sur cinq jours pleins, mais se tiennent, également à Paris, les Jeux universitaires. On peut voir aussi la force de l’UNEF dans sa capacité à mobiliser les classes dirigeantes : pour son cinquantenaire, elle a mis, dans son comité d’honneur, la majeure partie des autorités politiques du moment et, dans son comité de patronage, une belle brochette d’autorités administratives.

53Et pourtant... L’UNEF connaît une certaine crise... L’année précédente, la « mino » a pris la majorité et compte notamment s’engager contre la guerre d’Algérie, ce qui a poussé certaines AGE à quitter l’UNEF lors du congrès de Paris, en avril 1957, au nom de I’« apolitisme ». La création du MEF (Mouvement des étudiants de France) sera éphémère et les AGE scissionnistes rentreront dans la maison commune, ce qui ne sera pas le cas de la FNEF (Fédération nationale des étudiants de France) en 1961.

54Outre des extraits de la brochure du festival culturel international et d’articles de presse de l’époque, vous pouvez retrouver l’ensemble du discours du président de l’UNEF d’alors, Pierre-Yves Cossé, qui, selon la brève de Marcel Hansenne, n’avait eu le temps de le prononcer complètement... L’ensemble des documents présentés est extrait du fonds Pierre-Yves Cossé consultable à la Mission CAARME.

Pierre-Yves Cossé intervenant lors de la séance inaugurale du 80e congrès de l’UNEF, Lille, 22 mars 2007 (cliché Caroline Chalier/Mission CAARME)

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Pierre-Yves Cossé intervenant lors de la séance inaugurale du 80e congrès de l’UNEF, Lille, 22 mars 2007 (cliché Caroline Chalier/Mission CAARME)

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Notes

  • [1]
    Joël Kotek, Paix et guerre parmi les jeunes et les étudiants, thèse de doctorat IEP, Paris, sous la direction de Pierre Hassner, 3 volumes, 1992.
  • [2]
    Voir François Borella et Michel de La Fournière, Le Syndicalisme étudiant, Paris, Seuil, 1957, p. 151
  • [3]
    Témoignage de Paul Bouchet.
  • [4]
    BDIC 4° delta 1151/1 (1958-2). Documentation de congrès, questions internationales, p. 9.
  • [5]
    Ils déclarent 2 650 000 membres selon Borella et La Fournière, op. cit., p. 156.
  • [6]
    L’organisation des étudiants yougoslave est exclue de l’UIE sans que ses représentants n’aient pu être entendus. L’exclusion des Yougoslaves n’est évidemment pas étrangère au « schisme titiste ».
  • [7]
    Clarté, n° 3, jeudi 5 février 1948, ainsi que le n° spécial sur le colonialisme du 2 février 1950.
  • [8]
    BDIC 4° delta 1151/1. Congrès du Touquet (1949), lettre de Bill Ellis.
  • [9]
    BDIC 4° delta 1151/1. Congrès de Nice, 1er avril 1948, intervention de Pierre Trouvat, pp. 42-43.
  • [10]
    Clarté, n° 6, samedi 17 avril 1948. La rédaction du journal communiste considérait que la question du retrait de l’Unef de la FMJD résultait « de compromis de coulisses entre aspirants politiciens aux ambitions personnelles divergentes ».
  • [11]
    Roger Aldebert (vice- président international de l’Unef en 1954-1955), entretien du 19 juin 1991.
  • [12]
    Gérard de Bernis, « L’unité internationale est-elle possible » in Esprit, avril 1952.
  • [13]
    Cette influence des étudiants gaullistes au sein de l’Unef est liée au succès enregistré par le RPF, mais aussi au contexte de guerre froide qui voit se développer un fort anticommuniste dont les militants du Groupement national des étudiants RPF sont porteurs. Le gaullisme apparaît comme une idéologie dynamique, capable de concurrencer l’idéologie communiste, ce qui fit un temps relativement bref son attrait en milieu étudiant. Voir Yann Tanguy, Les Mouvements de jeunes gaullistes de 1947 à 1958, DEA d’études politiques, Rennes, 1978 (un exemplaire à l’Institut Charles-de-Gaulle, Paris).
  • [14]
    BDIC 4° delta 1151/1. Congrès du Touquet, 18-24 avril 1949.
  • [15]
    Annie Kriegel, Ce que j’ai cru comprendre, Paris, R. Laffont, 1991, p. 421.
  • [16]
    BDIC..., op. cit.
  • [17]
    Ibid., Annexe 4, Déclaration de l’assemblée générale de l’Unef
  • [18]
    Gérard de Bernis, op. cit.
  • [19]
    Ibid.
  • [20]
    Institut Charles- de-Gaulle, voir la correspondance entre Pierre Dumas et Jacques Soustelle ; boite n° 6, lettre du 7 novembre 1950 et boite n° 8, lettre accompagnée du rapport détaillé des opérations du 13 novembre 1950.
  • [21]
    Ibid.
  • [22]
    Gérard de Bernis, op. cit., p. 651.
  • [23]
    François Borella et Michel de La Fournière, op. cit., p. 158.
  • [24]
    R. Aldebert, op.cit.
  • [25]
    D’ailleurs, deux ans plus tôt, un grave incident avait eu lieu au sein de l’Unef quand les AGE « minos » de Lyon, Grenoble et Strasbourg avaient envoyé des représentants au Conseil de l’UIE à Bucarest alors que l’Unef refusait de s’y rendre. Certains « majos » avaient demandé publiquement l’exclusion de ces AGE du syndicat étudiant. Le président Guy Penne réussit à éviter la crise en faisant signer aux responsables des trois AGE en question une déclaration limitant leur geste.
  • [26]
    BDIC 4° delta 1151/1 (1954-1955). 43e congrès Unef de Toulouse 21-25 avril 1954), motion de politique générale, p.5.
  • [27]
    Ibid., p. 6.
  • [28]
    Ibid., pp. 112-113. Discussion sur le rapport moral présenté par le président de l’Unef Jean-Marc Mousseron.
  • [29]
    François Borella et Michel de La Fournière, op. cit., p. 160.
  • [30]
    BDIC 4° delta 1151/1 (1954-1955). Congrès de Nice (14-17 avril 1955), lettre de Jiri Pelikan du 25 mars 1955.
  • [31]
    R. Aldebert, op. cit.
  • [32]
    BDIC 4° delta 1151/1. Congrès de Paris (21-27 avril 1957), rapport moral, p. 72.
Français

Résumé

La guerre froide n’épargna pas le monde étudiant français. La création de l’UIE à la Libération mobilisa les énergies de l’Unef. Le rêve unitaire se brisa sur la partition du monde en deux blocs. L’UIE devint une organisation du bloc de l’Est. Les étudiants français quittent l’union internationale sous la pression des événements en 1949. Cette décision ne fut pas facile à prendre. Elle marquait trop, pour cette première génération des dirigeants de l’Unef de l’après-guerre, la fin d’un espoir insensé: celui de fondre en un même mouvement tous les étudiants du monde. Le repli occidental s’organisait alors par la création du CIE/Cosec mais l’Unef ne se résignant pas à cette division, tenta, notamment après son changement de majorité en 1956, de jouer un rôle de pont entre l’Est et l’Ouest.

Didier Fischer
Docteur en histoire contemporaine, professeur d’histoire au lycée de Rambouillet.
Cette publication est la plus récente de l'auteur sur Cairn.info.
Mis en ligne sur Cairn.info le 01/11/2011
https://doi.org/10.3917/mate.086.0009
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