CAIRN.INFO : Matières à réflexion

Dans l’ouvrage L’emprise de l’organisation (Pagès et coll., 1979), le groupe ibm était présenté comme une organisation hypermoderne dont les techniques de management débouchaient sur la création d’un système sociomental exerçant une emprise considérable sur les salariés. Ce constat a été confirmé et approfondi depuis quarante ans par les sciences sociales, lesquelles se sont employées à montrer que les « entreprises libérées » (Getz, 2017), comme leurs ancêtres, les entreprises « du troisième type » (Archier et Sérieyx, 1984), ou leurs descendantes (les entreprises sociocratiques ou holacratiques), instauraient des systèmes managériaux fragilisant physiquement et psychiquement les individus (Aubert et Gaulejac, 1991 ; Ehrenberg, 1998 ; Boltanski et Chiapello, 1999). Je propose ici un « pas de côté » en présentant des phénomènes d’emprise rencontrés au sein d’organisations totalement différentes tant par la taille que par le satut ou le point de vue de leurs missions. Mon questionnement de départ peut être ainsi résumé : comment des phénomènes d’emprise peuvent-ils se développer au sein de petites structures ? Quels sont les processus à l’œuvre ? Comment sont affectés les individus ? Comment aider les protagonistes de ces situations à s’arracher de ce qui les « plie » psychiquement ? Quels sont les obstacles à leur « dépliage », à une déprise collective ? Pour tenter de répondre à ces questions, trois temps seront distingués. Tout d’abord, il conviendra de définir ce que recouvre la notion d’emprise…

Français

Depuis plusieurs décennies, les sciences sociales analysent les formes de management des organisations hypermodernes, en soulignent les effets d’emprise et les conséquences destructrices que cela peut avoir sur la santé de leurs salariés. Opérant un pas de côté en observant le fonctionnement de deux associations de l’économie sociale et solidaire au sein desquelles émergent des formes différenciées d’emprise, le texte suggère que les rouages de ce phénomène pourraient procéder de pulsions susceptibles de s’exprimer dans n’importe quelle forme d’organisation. Une adhésion sans retenue, une remise de soi fidéiste au service d’un projet considéré comme noble… peuvent générer une anesthésie du sens critique et provoquer, de façon inattendue, des dérives d’emprises vers de « l’abusif » ou du « sectaire ». Le sociologue, dans ce genre de situation, peut gagner à ne pas retenir une posture bien tempérée pour préférer une certaine radicalité.

Mots-clés

  • Associations
  • déprise
  • emprise consensuelle/abusive/sectaire
  • intervention
  • organisations hypermodernes
  • radicalité
Gilles Herreros
Professeur émérite, université Lyon2, Centre Max-Weber.
gilles.herreros@univ-lyon2.fr
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Mis en ligne sur Cairn.info le 10/06/2020
https://doi.org/10.3917/nrp.029.0075
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