CAIRN.INFO : Matières à réflexion

La psychanalyse institue une culpabilité fondamentale. La notion de culpabilité fut au cœur de l’histoire du christianisme, et se prolonge ainsi dans la critique contemporaine du christianisme et du fait religieux, puisqu’elle est au centre de la démarche freudienne. Qu’en est-il de l’évanescence postmoderne du religieux et de la gestion actuelle de la culpabilité ? Qu’en est-il aussi de la culpabilité comme « axiome » de la psychanalyse ?
L’anthropologie freudienne de la culpabilité est en relation avec la gestion de la dette, et son déséquilibre. La dette de l’enfant vis-à-vis de ses parents est insolvable : une réaction morbide à la dette consisterait, par souci de symétrie, à tenter de la combler. Les pathologies de la dette ont ainsi fleuri dans une culture, jusqu’au milieu du xxe siècle, où la reproduction de la tradition n’était plus inamovible. D’où la charge excessive du moment subjectif de la culpabilité à l’époque où émerge, depuis la fin du xviiie siècle, selon la formulation de Marcel Gauchet, « l’homme psychique ». Dès le xixe siècle, « l’homme psychique » est devenu une figure centrale de la scène scientifique et culturelle, avec corrélativement « une explosion du vocabulaire de la psyché ». L’inculpation collective d’une humanité uniformément pécheresse, dans une culture vouée à la hiérarchie de l’être, culture de part en part traversée par la faillibilité, va faire la place, pendant cette période, à l’intérieur même du christianisme – c’est l’opinion de Marcel Gauchet –, à une « inculpation » cruciale du sujet…

Français

Résumé

Dans la culture contemporaine, la culpabilité s’est déplacée du face-à-face avec autrui à celui avec soi-même. Le « traitement » psychique de la culpabilité n’a pas disparu, mais s’est transformé pour laisser la place à de nouvelles formes subjectives de la culpabilité, plus archaïques et plus proches de la honte, dont l’objet ne touche pas nécessairement à un fait précis, mais à une angoisse d’insuffisance plus globale. La figure ancienne de « l’homme coupable » a, par ailleurs, laissé la place à celle de l’« homme blessé » : cette présence marquée du thème de la blessure devient alors une dimension importante des cheminements spirituels contemporains. Le volontarisme de la blessure – « guérir » d’abord l’estime de soi mise à mal – a ainsi remplacé l’ancien volontarisme moral.

Jacques Arènes
Psychologue clinicien, Psychanalyste Directeur de l’École de Psychologues. Praticiens Institut catholique de Paris
jarenes@psycho-prat.fr
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Mis en ligne sur Cairn.info le 17/06/2019
https://doi.org/10.3917/retm.302.0039
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