CAIRN.INFO : Matières à réflexion

1Au xviie siècle, l’assistance aux pauvres malades est, pour une large part, laissée aux congrégations religieuses, à la tête d’un réseau d’établissements hospitaliers. Toutefois, les capacités d’accueil des hôtels-Dieu se révèlent rapidement insuffisantes. L’Arrêt du Parlement du 1er août 1566 stipulant que les médecins, chirurgiens et apothicaires de Paris s’assemblent quatre fois par an, trois jours consécutifs, aux Écoles de médecine pour secourir les pauvres malades « à prix et frais modérés [1] » est tombé en désuétude, jugé allusif et inapplicable, (car niant la hiérarchie existante entre les trois professions médicales).

2Docteur de la Faculté de Médecine de Montpellier, Commissaire général des pauvres valides et invalides du Royaume, Théophraste Renaudot s’insère dans cette brèche [2]. Dès 1630, la tenue de consultations charitables, approuvée par le roi, déclenche l’opposition des docteurs régents de la Faculté de médecine de Paris, détenteurs du plus haut grade octroyé par cette institution et seuls autorisés à exercer leur art dans la capitale. Au terme d’un procès scellant pourtant leur victoire, les docteurs régents sont contraints par le Parlement, en 1644, de reprendre le système de Renaudot à leur compte. Parallèlement à ce service public, la charité médicale privée s’organise dans les paroisses, sous l’égide des Filles de la Charité fondées par Vincent de Paul, aidant le « bon pauvre malade » ou « pauvre honteux malade », incarnation des souffrances du Christ, par opposition au « faux pauvre », mendiant professionnel, refusant délibérément de travailler. Contribuant au maintien d’un état favorisant l’autonomie, le médecin est un intervenant légitime dans le domaine de la charité urbaine. Sa présence exige de repenser les relations et rôles des traditionnels pourvoyeurs de secours.

3Les récentes études sur l’assistance remettent en cause la thèse du grand renfermement des pauvres [3] à l’hôpital et nuancent l’idée d’une laïcisation des secours avant 1789. Le thème de l’aide médicale est abordé à l’échelle d’un groupe spécifique [4], d’une institution d’assistance [5], d’un acteur charitable [6], mais l’action du médecin reste peu analysée (exception faite du cadre hospitalier) [7]. Dans sa thèse sur les médecins parisiens au xviiie siècle, Paul Delaunay égrenait déjà les noms de quelques médecins charitables tout en prenant soin de distinguer leurs zones d’intervention, à savoir l’hôpital, espace institutionnel, et la paroisse, à la fois délimitation territoriale et communauté placée sous l’administration spirituelle d’un curé [8]. Cette dimension spatiale retient également l’attention d’Alain Thillay, dans un article sur la Charité de Sainte-Marguerite où il démontre que l’action charitable s’incarne dans un territoire dont les spécificités orientent les formes d’expression, les moyens et les contenus des secours [9].

4Dans ce paysage historiographique, notre contribution ambitionne d’analyser l’attitude des docteurs régents de la Faculté de médecine de Paris face à une population cumulant deux handicaps, la maladie (secteur d’intervention propre au médecin) et la pauvreté (domaine étranger à des docteurs régents en constante recherche de clients capables d’assumer le coût de leur visite estimée à trois livres en moyenne), entre 1632, temps de la mise en place de consultations charitables par Théophraste Renaudot, et 1791, date de réception du dernier docteur régent par la Faculté de médecine de Paris. Comment les docteurs régents vivent-ils cette « relation d’assistance [10] » tant avec les pauvres qu’avec les autres personnes charitables ? Porter secours implique de répondre au besoin spécifique d’un individu, ce qui pose la question de la formulation d’une demande, de sa réception et de son traitement. Pour Georg Simmel, la pratique de l’assistance s’attache à satisfaire le donateur plus que le receveur. Une telle finalité invite à examiner la nature réelle des motivations des docteurs régents.

5Les sources normatives renseignent sur l’organisation de l’assistance médicale, tels les Règlements des charités de paroisse, les délibérations des assemblées des docteurs régents, contenues dans les Commentaires de la Faculté de médecine de Paris, sorte de journal de bord de la Faculté, rédigé par le doyen en charge. La réalité de ces dispositifs, révélateurs d’un idéal à atteindre, est à interroger à la lumière des archives des Compagnies de Charité de paroisse et des ouvrages de médecine charitable. Les actes notariés (contrats d’installation des Filles de la Charité, inventaires après décès des docteurs) conduisent à discuter la notion de gratuité des secours. Si de 1639 à 1779, la Faculté de médecine tente d’imposer aux docteurs régents la pratique des consultations charitables afin de préserver les intérêts du corps, ces derniers finissent par y titrer des bénéfices personnels et à s’investir, individuellement, dans les Charités de paroisse participant ainsi au développement de micro-centres de secours de rayonnement local. Dès lors, le médecin de paroisse collabore à l’essor de la Charité privée. Fort de son savoir sur les besoins d’une population spécifique, le docteur régent formule une réponse adaptée et devient un interlocuteur privilégié du pouvoir royal, apte à seconder ses tentatives pour réinvestir le champ de l’assistance, à partir des années 1770.

Une tentative de confiscation de la charité publique par la Faculté de médecine de Paris

6Réactualisant le système de la consultation charitable en 1630 [11], Théophraste Renaudot rompt avec l’image d’oisiveté traditionnellement accolée à des pauvres assimilés aux seuls mendiants, pour les considérer comme des victimes de mauvaises conditions économiques. Mais, son organisation compromet la suprématie des docteurs régents et favorise la pratique, à Paris, de médecins non gradués par la Faculté qui y voit une atteinte à ses privilèges.

Le moment Renaudot ou la prise de conscience de la Faculté de médecine de Paris

7Au Bureau d’Adresse, rue de la Calandre [12], douze à quinze médecins, diplômés d’une Faculté étrangère (majoritairement de Montpellier), des chirurgiens et apothicaires donnent des consultations aux pauvres, de façon identique à celles pratiquées auprès d’une clientèle solvable, une fois par semaine, et se livrent même à la consultation à plusieurs. Th. Renaudot utilise les ressorts de la charité privée, les consultations étant financées par les patients aisés. Les moins riches s’acquittent uniquement des mémoires du chirurgien et de l’apothicaire tandis que les pauvres bénéficient d’une totale gratuité. En dépit d’honoraires deux fois moins élevés que ceux des docteurs régents [13], les médecins ne menacent pas la pérennité de l’organisation. En contrepartie de cette concession financière, ils peuvent, quoique dépourvus du diplôme requis pour le faire, exercer à Paris, de surcroît dans des conditions très favorables puisque le Bureau leur adresse la clientèle et leur fournit un lieu où la recevoir. Th. Renaudot s’appuie aussi sur un réseau de chirurgiens et d’apothicaires consentant à « se faire simplement indemniser de leurs déboursés [14] », c’est-à-dire des sommes avancées pour acheter les pansements ou les drogues, système garantissant leur qualité, un approvisionnement rapide et un dédommagement lorsque le produit acheté n’est finalement pas utilisé. De plus, chirurgiens et apothicaires sont certains d’être payés, directement par le Bureau ou par le pauvre lui-même, celui-ci ayant reçu la somme exigée en même temps que la prescription.

8Bien qu’interdits en 1560 par une Faculté de médecine fidèle aux théories d’Hippocrate et de Galien, les remèdes chimiques sont proposés aux malades (recommandés aux riches, davantage imposés aux pauvres). Partisan de la médecine chimique, Th. Renaudot ouvre aux apothicaires les « Fourneaux du Bureau d’Adresse [15] », lieu où fabriquer légalement ce type de médicament. Centre de diffusion de la doctrine chimique, ce laboratoire est le symbole de l’opposition à la conservatrice Faculté de médecine de Paris. Certains étudiants désertent les leçons théoriques de la rue de la Bûcherie pour assister aux consultations et voir les malades, revendiquant de la sorte le besoin d’un enseignement plus axé sur la pratique. La Faculté est outragée à double titre : le privilège d’exercice de ses docteurs est bafoué, sa doctrine médicale remise en cause. Membre de l’Université de Paris, placée sous la tutelle de l’Église, elle s’estime seule en droit de proposer des secours charitables, ce que font quatre docteurs régents dès 1639, sous la forme de consultations écrites aux pauvres malades [16]. Néanmoins, inquiète du succès grandissant de Th. Renaudot, la Faculté l’assigne devant le Lieutenant civil, le 23 octobre 1640.

9En 1641, Th. Renaudot obtient gain de cause du Conseil Privé du Roi [17]. Pourvu du titre de médecin du roi, il est libre d’exercer à Paris. Cependant, la disparition de ses protecteurs, le cardinal de Richelieu (1642) et Louis XIII (1643), met un terme à ses projets. Le 7 août 1643, la Faculté fait renvoyer l’affaire devant le Châtelet et le Parlement. Le 9 décembre 1643, le Prévôt de Paris réaffirme le privilège d’exercice des docteurs régents dans Paris et ses faubourgs, en interdisant aux autres médecins d’y pratiquer, sous peine de 500 livres d’amende [18]. Si l’arrêt du Parlement du 1er mars 1644 confirme la sentence [19], il exige que la Faculté rédige un projet de règlement pour des consultations charitables. Par ce biais, le Parlement en reconnaît l’utilité et la capacité à contribuer à sa politique de maintien de l’ordre public.

L’organisation des consultations charitables de la Faculté

10L’Arrêt pour la visite des pauvres malades aux Écoles de médecine, du 13 mai 1644 [20], reprend l’organisation de Th. Renaudot. Bi-hebdomadaires, les consultations charitables sont rendues régulièrement par six docteurs régents, trois Anciens (gradués depuis plus de dix ans) et trois Jeunes, en présence du doyen de la Faculté et de plusieurs docteurs, aux Écoles Supérieures de Médecine. Un grand soin est attendu des médecins visitant et examinant chaque pauvre, ordonnant par écrit les remèdes adéquats remis gratuitement par la Faculté, n’hésitant pas à pratiquer la consultation à plusieurs ou à se rendre chez les invalides. Souhaitant garantir la totalité des secours, l’Arrêt leur accorde les droits de panser et opérer, jusqu’alors réservés aux chirurgiens.

11Rassemblant un nombre conséquent de malades incapables de revendiquer de quelconques égards dans leur prise en charge du fait de leur situation financière, les consultations charitables sont, pour les étudiants, le moment de se « former insensiblement à la pratique » [21]. Le pauvre se mue en matériel pédagogique vivant, objet de leçons de clinique avant la lettre [22], complément à sept années de formation théorique où alternent commentaires de textes anciens et débats argumentés. La participation aux consultations charitables est exigée à deux étapes-clefs du cursus médical. Les bacheliers, tenus d’assister à l’examen des malades, rédigent les ordonnances prescrites par les docteurs [23]. Exercice d’enregistrement formalisé, il permet la mise en relation des maladies et traitements proposés, la constitution de son propre recueil de cas. Les consultations charitables donnent à voir au bachelier la totalité du travail du médecin, du premier contact avec le malade à la résolution de l’énigme pathologique, chose impossible dans le cadre d’une pratique libérale, le docteur régent ne pouvant imposer au patient la présence d’un confrère. Elles offrent aux nouveaux diplômés une première occasion d’appliquer leurs connaissances et de gérer l’ensemble de la démarche médicale car ils établissent un diagnostic, formulent un pronostic et ordonnent un traitement. Requis une heure avant les Anciens, les Jeunes évoluent dans un espace d’autonomie contrôlée. Après un premier tri des malades, ils réservent les cas les plus complexes à une consultation collective dirigée par les docteurs expérimentés, procédé similaire à celui adopté lors des consultations gratuites des avocats [24].

12Pour les Anciens, le cadre de la consultation charitable est propice à l’établissement de nouveaux rapports avec les apothicaires, dans le but de faciliter l’accès des pauvres aux traitements ordonnés. De plus, cette association professionnelle restreint les velléités de quelques apothicaires tentés de mettre en place une organisation charitable parallèle [25]. La délibération du 30 avril 1707 [26], de l’assemblée des marchands apothicaires, accorde aux gardes de la Compagnie le droit de composer, avec le doyen de la Faculté de médecine, le Codex ou formules des remèdes que la communauté des marchands apothicaires fournit gratuitement aux pauvres exclus des Charités de paroisse, sur les ordonnances des médecins. Il s’agit de limiter la distribution de remèdes spécifiques, d’uniformiser la préparation des médicaments et de se gagner un nouveau groupe de malades. Le 17 mai 1707, le doyen Pierre Bonnet Bourdelot suggère que huit à neuf Jeunes docteurs régents se trouvent chez autant d’apothicaires pour examiner les pauvres et ordonner les remèdes remis immédiatement et gratuitement. Aux yeux des apothicaires, cette dépense est susceptible d’empêcher un report de la demande vers les empiriques et charlatans. Le contrôle de la délivrance des médicaments renforce la suprématie des docteurs régents tentant de mettre fin aux consultations illégales données dans les arrière-boutiques d’apothicaires. Ces dispositions sont rendues publiques par le biais d’affiches indiquant, pour chaque quartier, les noms de l’apothicaire et du docteur régent y officiant.

Un devoir reconnu par le groupe des docteurs régents mais non assumé individuellement

13Réponse à une exigence royale, les consultations charitables deviennent, pour la Faculté, un instrument de défense du monopole d’exercice des docteurs régents à Paris. Elles font l’objet d’une publicité orchestrée par la Faculté. Le préambule de la liste des docteurs régents de l’Almanach Royal, constamment inséré entre 1714 et 1778, en martèle l’existence. Lors du déménagement de la Faculté dans les locaux des anciennes Écoles de droit, le doyen Jacques Louis Alleaume prend le soin d’envoyer à chaque curé, un billet imprimé leur demandant de « publier aux prônes de leur paroisse [27] » la permanence de leur tenue.

14En tant que corps, les docteurs régents admettent la nécessité des consultations charitables mais se singularisent, à titre individuel, par des apparitions épisodiques à cette manifestation. L’inefficacité des décrets disciplinaires, adoptés en assemblées solennelles de la Faculté, contraint le doyen Hyacinthe Théodore Baron à modifier le sens accordé aux consultations charitables, les faisant passer du rang de simple obligation à celui d’élément constitutif de l’identité des docteurs régents. Ce basculement, de l’obligation au critère de définition du groupe, est enregistré dans deux textes majeurs, en 1751. De portée pratique, les Rites, usages et louables coutumes de la Faculté, entérine l’antériorité de l’action des docteurs régents dans le domaine charitable. L’article 2 des Statuts de la Faculté (homologués par le Parlement), fait de la participation aux consultations gratuites un devoir intrinsèque du groupe dont le non-respect est une négation de ce qu’est le corps des docteurs régents et une transgression de ses règles fondamentales [28].

15La Faculté sait que tout manquement à la tenue des consultations charitables favoriserait la naissance d’une structure concurrente, comme le précédent Renaudot l’a démontré. En conséquence, elle s’émeut, lorsqu’en février 1770, les médecins ordinaires et par quartier du roi décident de donner des consultations charitables au Louvre [29]. Dépourvue d’arguments justifiant une action judiciaire, (les médecins du roi ont le droit d’exercer à Paris en vertu de leur proximité avec la famille royale, leur contester le droit de secourir les pauvres est moralement impossible), la Faculté prend deux mesures : l’une, d’application interne (renforcement de la répression envers les absentéistes), l’autre devant, à terme, autoriser une action publique (un comité de surveillance de sept docteurs régents traque la moindre irrégularité dans l’action de ces médecins). Cependant, l’absentéisme persistant des docteurs régents contraint la Faculté à associer arsenal répressif et méthode incitative. Dès août 1779, chaque docteur présent reçoit un jeton, procédé probablement efficace car, à partir de cette date, les Commentaires n’enregistrent plus de délibération sur ce thème. En effet, les jetons peuvent être monétarisés. Par ce biais, la Faculté vient de trouver le moyen de rétribuer un service sensé être gratuit.

Une invitation à l’action charitable entendue à l’échelle individuelle

16Après 1760, la Faculté accompagne ses mesures disciplinaires et incitatives d’un discours louant la figure du médecin charitable. Valeur privée, la charité s’incarne dans des figures illustres, reconnues par le groupe pour leurs qualités professionnelles, dont le docteur Jacques-Albert Hazon dresse le panégyrique dans ses Éloges, en 1778. Claude Bourdelin incarne la charité en action. Il examine les pauvres aussi bien chez eux que dans sa propre demeure et finance leurs remèdes [30]. L’exemple de Jacques Bénigne Winslow sert de mise en garde contre la tentation de se consacrer uniquement aux patients capables de supporter les honoraires [31], la valeur d’un malade n’étant pas réduite à ses capacités financières. L’exercice de la charité, partie intégrante de la déontologie professionnelle, est désormais revendiqué et assumé.

17Imprégné de cet idéal, le docteur régent Antoine Petit décide d’inscrire son action charitable dans un cadre officiel et constitue en cela un cas atypique. Fidèle au modèle de secours de la Faculté, mais ayant compris qu’aucun médecin ne participera bénévolement, il crée, à Olivet, près d’Orléans, en 1789, des « Consultations gratuites de médecine et de jurisprudence [32] », assurées par quatre médecins, quatre chirurgiens, des avocats et un procureur [33], tous appointés. Deux fois par semaine, durant trois heures, deux médecins (chacun pourvu de 500 livres d’honoraires) reçoivent les pauvres et visitent ceux du district dont ils sont responsables. Choisis par les médecins, les chirurgiens opèrent sous leur direction. Ce respect de la hiérarchie entre professions médicales explique l’échec partiel du projet [34]. Les chirurgiens refusent les conditions imposées car « aucun d’eux ne se chargerait de donner, sous l’inspection des médecins, leurs soins [35] ». Tirant partie de cette expérience, A. Petit fonde, par disposition testamentaire du 15 mai 1791 [36], en région parisienne, un Bureau de bienfaisance, dirigé par un seul médecin.

18Somme toute, la mise en place des consultations charitables de la Faculté de médecine de Paris résulte du souhait du Parlement de garantir l’ordre public en proposant une aide médicale aux pauvres, mais aussi du souci de la Faculté, en tant que corps, de préserver le monopole d’exercice de ses membres. Si, avant 1779, les docteurs régents peinent à assumer la régularité des consultations, ils s’y astreignent dès lors qu’une rémunération est proposée. La Faculté cherche à faire des docteurs régents des intervenants reconnus dans le domaine de la charité privée. Néanmoins, elle est incapable de s’assurer de la réalité de l’indigence des malades. Seules des structures dont l’implantation locale favorise la connaissance précise des populations indigentes peuvent s’occuper du versant administratif de l’assistance (recensement des pauvres, distribution des secours…) et offrir des compensations régulières et attractives aux docteurs régents.

La paroisse, lieu d’exercice d’une charité individuelle encadrée

19En pratiquant la charité dans sa paroisse, le docteur régent, par ses multiples déplacements, découvre son territoire d’exercice professionnel et se donne une plus grande visibilité. À l’échelle paroissiale, les Compagnies de Charité opèrent un premier tri des pauvres, grâce aux informations à caractère médico-social collectées par les Dames de la Charité [37]. Les Charités aident les pauvres honteux malades, de tout âge et sexe, « d’une condition honnête [38] », domiciliés sur la paroisse [39], et exclus de l’hôpital réservé aux indigents. La plupart sont victimes d’une pauvreté conjonturelle, leur situation de dépendance est passagère [40]. Aux aspects économiques et géographiques s’ajoutent des considérations morales [41]. Les malades incurables ou non guéris après trois semaines de secours sont transportés à l’Hôtel-Dieu, aux dépens de la Compagnie incapable de supporter des traitements lourds, longs et coûteux.

20Le silence de l’historiographie sur la fonction de médecin de paroisse résulte de l’absence de sources sur le sujet. Aussi, établir la liste des médecins de paroisse est une gageure, cette fonction étant absente du Catalogue des docteurs régents et de la titulature adoptée dans les actes notariés. Toutefois, la partie de l’inventaire après décès consacrée aux dettes actives comble parfois cette lacune en signalant un reste d’appointement dû au titre de médecin de paroisse. Ici, je voudrais analyser la spécificité des services offerts par les docteurs régent à des malades incapables de payer leurs honoraires. Quels bénéfices retirent-ils d’une activité réduisant le temps consacré à la clientèle solvable ? N’étant pas les seuls à intervenir auprès des pauvres malades, comment gèrent-ils les relations avec les Filles de la Charité et avec les autres soignants ?

Choisir un médecin de paroisse

21Les modalités de nomination du médecin de paroisse sont inconnues. Néanmoins, cette fonction est revendiquée comme le privilège exclusif des docteurs régents. En avril 1752, le curé Jean Dulau Dallemans attribue l’une des places de médecin de la paroisse Saint-Sulpice à Caumont, médecin de Montpellier et de la Compagnie des Cent-Suisses [42]. Le doyen H. Th. Baron s’oppose à ce choix sous prétexte que le soin aux pauvres est un « droit naturel [43] » de la Faculté et que la fonction appartient aux docteurs régents depuis « des siècles sans interruption […] dans toutes les paroisses de Paris [44] », l’usage faisant force de loi. Le doyen défend un double monopole, à la fois géographique (réitération des dispositions de l’édit de Marly de 1707) et professionnel. Revêtus de leur privilège d’exercice à Paris, les docteurs régents possèdent de fait une autorité sur tous les Parisiens. Outre la possession du grade, le médecin doit résider dans la paroisse dont il est chargé [45]. Il est probable qu’il soit nommé ou élu lors des assemblées générales des Dames de la Charité [46], convoquées sur ordre du curé, temps de bilan des activités paroissiales et de prises de décisions. Les jeunes diplômés sont préférés car plus faciles à convaincre qu’un praticien déjà accaparé par sa clientèle privée. Un cas laisse penser à l’existence d’un système de recommandation entre docteurs régents. Pierre Jean Burette, médecin de la paroisse Saint-Germain-l’Auxerrois, accueille et forme Jean-Baptiste Dubois à l’Hôpital de la Charité, dont il est aussi le médecin. Celui-ci lui succède dans ses fonctions charitables, avant 1726.

22Pour les docteurs, être médecin de paroisse est une manière de se gagner la considération des bienfaiteurs de la paroisse. Ils entrent en contact avec la notabilité bourgeoise de leur quartier de résidence, des familles anciennement installées, occupant des offices locaux. De plus, les Dames charitables, souvent parentes de marguilliers [47], forment une clientèle solvable, donc recherchée. De fait, l’exercice de la charité devient un outil d’auto-promotion professionnelle et un moyen de vendre son image à moindre frais, en se forgeant une réputation d’homme vertueux.

Les fonctions du médecin de paroisse

23Le nombre de malades laissés au médecin varie selon la taille et la situation sanitaire de la paroisse. Ainsi, en 1786, Jean Charles Henri Sallin s’occupe d’environ cent malades de la paroisse Saint-Roch, effectif pouvant aller jusqu’à 300 en cas d’épidémie [48]. Afin de mieux répartir la charge de travail, les paroisses à forte densité de pauvres sont confiées à plusieurs docteurs simultanément (quatre en 1778, dans la paroisse Saint-Sulpice).

24Le médecin de paroisse voit régulièrement les pauvres. Lors de la première visite, il s’assure de l’état de maladie, détermine le tempérament et procède à l’examen des signes pathologiques (attention portée à l’état physique général, à la position adoptée par le malade, au pouls, à la chaleur du corps, à l’aspect de l’urine, à l’odeur de l’haleine…).

25Outre les maladies du grand âge, les pauvres subissent les conséquences de carences nutritionnelles (scorbut, dysenterie, diphtérie), de l’absence d’hygiène ou de confort dans les logements (dermatoses diverses). Aux maladies professionnelles (comme la phtisie due à l’inhalation de chaux [49]) s’ajoutent les accidents professionnels [50] justifiant l’usage fréquent de l’« eau rouge » par les Filles de la Charité, remède convenant aux blessures, coupures, contusions, foulures et douleurs occasionnées par des chutes [51].

26La qualité et la façon de préparer la nourriture influençant les humeurs du corps, le médecin commence par adapter le régime alimentaire. Suivant ses recommandations, les Sœurs confectionnent la portion, la demi-portion ou le seul bouillon pour les malades tandis que les convalescents bénéficient d’un régime spécial [52]. La portion se compose d’un bouillon réalisé avec trois quarterons ou au moins 250 grammes de viande (un tiers de bœuf, un tiers de veau, un tiers de mouton) [53]. À Saint-Germain-l’Auxerrois, en 1737, elle comprend quatre bouillons, une livre de viande et un pain mollet d’une demi-livre [54]. Aliment thérapeutique liquide, le bouillon se divise en deux catégories [55]. Le « bouillon alimentaire », nourrissant, peu salé et non assaisonné, contient des herbes (oseille, laitue, poirée…) remplacées, en hiver, par de la chicorée, des racines de persil et de l’orge mondé [56]. Des substances thérapeutiques sont incorporées aux « bouillons médicamenteux ». Tisane et eau panée (eau dans laquelle des tranches de pain grillé ont macéré) sont les boissons ordinaires, servies à discrétion [57]. Lorsqu’un cas est désespéré, des aménagements de régime sont possibles, les Sœurs lui accordant « plus [de] ce qu’il désire manger pourvu qu’il n’excède pas en quantité et en qualité [58] ». Les médecins s’emploient à proposer une alimentation peu coûteuse et facile à préparer. À Saint-Roch, les docteurs régents J. Ch. H. Sallin et Noël Marie de Gévigland inventent, après la lecture du mémoire du chevalier de Mustel, paru à Rouen en 1767, le « riz économique pour les pauvres ». Testé sur 800 pauvres, de novembre 1768 à janvier 1769 [59], le mélange se compose de riz et de pommes de terre, aliment jugé « agréable [60] », évitant aux enfants certains maux intestinaux. Avec vingt livres, les médecins réalisent 408 à 412 portions d’adulte, ce qui fait revenir la portion à un sou (avec des marchandises achetées à Paris) [61]. Proportionnable selon les besoins, cette bouillie se conserve cinq jours.

27Les prescriptions médicamenteuses sont consignées dans un « Mémoire » dressé par le médecin pour chaque malade. Guidé par le principe de simplicité, il ordonne des remèdes composés de drogues usuelles, d’un coût modique, faciles à réaliser par des non-professionnels, simples à utiliser par les malades. Les remèdes officinaux (conformes aux formules du Codex et toujours disponibles chez les apothicaires) sont achetés alors que les remèdes magistraux (à base de drogues simples [62]) sont confectionnés par les Sœurs, affirmant d’ailleurs posséder un réel savoir en la matière [63]. En 1772, elles rappellent « n’avoir pas encore mérité un reproche sur cette partie, [à leur portée] dans toutes ses branches, à la réserve de certains cours brillants de chimie [64] ». Les Sœurs prétendent à une certaine spécialisation pharmaceutique, acquise de façon empirique et non officielle, auprès de la Sœur apothicaire [65].

28Une circulation du savoir pharmaceutique entre les Sœurs peut être envisagée. La conservation de carnets de recettes médicinales [66], rédigées par les Sœurs ou extraites de journaux comme les Affiches ou annonces[67], autorise à penser à un système de transmission de remèdes éprouvés. La présence d’ouvrages de médecine charitable dans les inventaires des Compagnies de paroisse prouve que ces livres de vulgarisation, à la fois manuels didactiques et guides pratiques, rédigés en français à l’intention des personnes charitables, étaient consultés sinon lus [68]. En 1732, la Sœur Bénigne Soyer (dont la paroisse est ignorée), possède le Traité des maladies les plus fréquentes et des remèdes spécifiques pour les guérir (édition de 1708), du docteur Jean-Adrien Helvétius, comprenant des traitements pour les maladies fréquentes [69]. Les Sœurs consultent le Dictionnaire portatif de santé (1759), du docteur Charles Augustin Vandermonde, contenant une table alphabétique des médicaments simples et composés utilisés, ainsi que l’indication du prix des drogues simples et étrangères, des médicaments composés entrant dans les préparations.

29Les ouvrages de médecine charitable renseignent sur la nature des substances administrées [70]. Parmi les remèdes simples, Ph. Hecquet cite les purgatifs (séné, rhubarbe…) et fait du quinquina, du tarte émétique et de l’opium des drogues indispensables à posséder. Beaucoup de remèdes sont des aliments tels le lait, les lentilles, les écrevisses. Apozèmes (macérations de substances médicinales dans l’eau) et décoctions (matières végétales portées à ébullition dans un liquide) sont aux fondements de la médecine des pauvres. Les Sœurs confectionnent également les remèdes externes (cataplasmes, onguents…). Ces publications donnent aussi des méthodes pour faciliter la prise du remède. Dans Le Manuel des Dames de la Charité[71], Louis Daniel Arnault de Nobleville, docteur de Reims, invite à le diluer dans du vin, à l’incorporer à du pain à chanter (pain sans levain) ou à le mélanger à du sirop.

Nouer de nouveaux rapports professionnels

30Le médecin est d’abord un relais de l’action évangélique des Sœurs. Dans la paroisse Saint-Roch, il reçoit une « Instruction manuscrite [72] », stipulant que la poursuite des soins est soumise à l’obligation pour le malade et sa famille de se confesser après sa deuxième visite (réitération des dispositions de la Constitution Super Gregens du 8 mars 1566). Le médecin s’engage à prévenir la Trésorière de la Compagnie de Charité en cas de maladie funeste afin qu’elle puisse organiser les derniers sacrements (reprise de l’article 8 de la Déclaration Royale du 24 mai 1724). En période de Carême, il établit la liste des malades pour lesquels la consommation d’œuf ou de viande reste permise.

31La collaboration entre les médecins et les Sœurs s’établit, en premier lieu, sur un plan administratif. Celles-ci lui communiquent les noms et adresses des pauvres à visiter, répertoriés dans le « Livre des malades [73] », conservé à la Maison de charité. Des relations similaires se tissent avec le chirurgien de la paroisse quand les Sœurs, lui délivrant les cartes ordonnant les saignées [74], jouent le rôle de transmetteur d’informations entre les deux soignants.

32Si le docteur régent tente de préserver sa sphère d’intervention naturelle, il doit composer avec les Filles de la Charité dont la présence quotidienne auprès des malades en fait un interlocuteur de choix et un support de l’action médicale. Les Sœurs secondent le médecin de la paroisse auquel elles doivent parfaite « obéissance [75] ». Il leur est strictement interdit de s’occuper des malades d’un autre médecin afin de ne pas disperser les fonds de la Charité. La fabrication des remèdes répond aux exigences du docteur (qui supervise leur réalisation dans la paroisse Saint-Eustache) de même que leur distribution [76]. Cependant, les Sœurs ne sauraient être cantonnées aux seules fonctions d’exécution. Les visites, les distributions de bouillons et remèdes sont autant de moment d’observation de l’environnement et des troubles du malade [77] dont médecin et Sœurs se font mutuellement part. Une surveillance réciproque s’instaure puisque, durant ses visites, le médecin est conduit à vérifier le travail des Sœurs dont il rend compte aux Administrateurs et à la Trésorière. L’assiduité du médecin auprès des malades est contrôlée par des Dames de Charité n’hésitant pas à questionner les pauvres. Dans la paroisse Saint-Roch, la Trésorière des malades, aidée de deux assistantes [78], s’assure que le médecin répond aux besoins des pauvres tout en respectant les intentions de la Compagnie, au cours de sa visite annuelle.

33L’organisation de la Charité paroissiale respecte la hiérarchie médicale. La collaboration entre les docteurs régents et les chirurgiens s’effectue autour du geste technique de la saignée, réalisé par le seul chirurgien quand la Charité dispose de suffisamment de fonds pour financer ses services [79]. Dans la paroisse Saint-Germain-l’Auxerrois, les saignées du pied sont exclusivement pratiquées par le chirurgien, à cause de leurs conséquences (syncopes, formations de caillots sanguins, ecchymoses) [80]. Quel que soit le type de saignée retenue, la décision en revient toujours au médecin [81].

34Les fonctions de médecin de paroisse obligent le docteur à intégrer un code régissant les nouvelles relations professionnelles avec les Filles de la Charité. Le docteur régent se plie à ces contraintes dans l’espoir d’en retirer des compensations.

Une économie charitable

35« Pour être gratuite, la charité n’est pas sans coût [82] ». L’achat de nourriture est fonction des effectifs de malades et de la flexibilité des prix. L’approvisionnement en drogues est réparti en « médicaments pour les malades », employés tels quels, en « médicaments pour les médecines », transformés selon les exigences du médecin. Le niveau des réserves et l’état de conservation des produits déterminent l’achat des « médicaments pour l’apothicairerie [ou] pour provision », afin d’en garantir la disponibilité et la qualité. Les drogues simples et les aliments curatifs proviennent des jardins des simples, sont fournis gratuitement par les Dames de la Charité, sous forme de dons en nature et legs en argent [83], ou sont achetées chez l’épicier-droguiste, l’herboriste, par la Trésorière de la Compagnie. Dans la paroisse Saint-André-des-Arts, entre 1757 et 1762, la dépense en remèdes n’excède pas 105 livres par mois [84]. Quelques Compagnies disposent d’un abonnement auprès d’un apothicaire, comme le recommandait Ph. Hecquet [85]. Les Sœurs pourvoient aussi aux dépenses en matériel nécessaire à la réalisation des pansements et des soins [86].

36La rétribution des médecins est gage du sérieux et de la régularité de leurs services. Une relation contractuelle non écrite, prorogeable jusqu’au décès du médecin, lie docteurs régents et Compagnies de Charité. J. Ch. H. Sallin, médecin de la paroisse Saint-Roch depuis 1764, meurt en charge en 1797. Le montant des honoraires du médecin des pauvres est fonction des capacités financières de la Compagnie. Les comptes de M. Rouland, Trésorier de la paroisse Saint-Merry, conservés pour la période 1772-1791 [87], portent au chapitre des « Dépenses à cause des charges annuelles fixes », les appointements du médecin (Pierre Chevalier de La Hamonais puis Édouard François Marie Bosquillon, à partir de 1779), fixés à 200 livres annuelles, également réparties entre honoraire et gratification. À Saint-Germain-l’Auxerrois, en 1781, le budget alloué au paiement des honoraires des deux médecins (Denis Claude Doulcet, Nicolas Mallet) et du chirurgien Bussac est de 605 livres, tandis que 619 livres sont consacrées à l’achat de drogues [88]. Le 1er janvier 1782, la Compagnie verse 248 livres par an au docteur régent D. Cl. Doulcet [89]. Les honoraires de N. Mallet sont vraisemblablement de même montant, et, par conséquent, ceux du chirurgien de 109 livres par an (voir figure n° 1). Au contraire, en 1788, Jean Nicolas Millin de La Courvault, médecin de la paroisse Sainte-Marguerite, ne reçoit que cinquante livres par an [90].

Figure n° 1

Budget alloué aux soins médicaux des pauvres par la Compagnie de Charité de la paroisse Saint-Germain-l’Auxerrois, en 1781

Figure n° 1

Budget alloué aux soins médicaux des pauvres par la Compagnie de Charité de la paroisse Saint-Germain-l’Auxerrois, en 1781

37Les honoraires de médecin des pauvres restent relativement faibles pour des docteurs régents devant rassembler en moyenne 5 000 livres annuelles pour accéder à un équilibre budgétaire. Mais, la rétribution régulière et assurée de cette fonction leur est précieuse. En 1773, François David Hérissant combine pratique libérale et pratique charitable de la médecine. Bien que résidant rue Quincampoix, paroisse Saint-Merry, depuis 1759, il est, simultanément, médecin des paroisses Saint-Nicolas-des-Champs, Saint-Louis-en-l’Île et Saint-Germain-le-Vieux, cumulant ainsi 450 livres par an venant compenser le versement aléatoire des revenus de la pratique privée. En 1773, il n’a toujours pas obtenu le paiement de cinquante-neuf visites et de 100 livres d’honoraires dus par deux patients pourtant condamnés par sentence du Châtelet [91].

38La répartition efficace des tâches entre les Sœurs et le chirurgien autorise un paiement à l’acte de ce dernier. En effet, seul un geste technique est attendu du professionnel tandis que la surveillance de l’évolution des plaies (occasion de multiplier les visites auprès d’une clientèle privée) revient aux Sœurs. À Saint-Eustache, le chirurgien récupère les cartes des Sœurs pour les saignées et les billets des Administrateurs ou de la Trésorière pour les pansements [92], collectant ainsi des preuves de son activité. Dans les petites paroisses, à faible densité médicale, les Compagnies de Charité passent un marché avec le chirurgien, seul moyen d’obtenir en temps voulu les conseils et remèdes adaptés à chaque malade.

39Les Sœurs portent gracieusement secours aux pauvres malades, mais ne peuvent être considérées comme de parfaites bénévoles. Les contrats d’établissements des Filles de la Charité distinguent les frais ordinaires (logement, nourriture, fourniture du « gros linge » tels les draps, nappes, torchons ou tabliers) et les frais personnels pour lesquels elles reçoivent une pension annuelle [93]. Cette dernière passe de 100/150 livres à la fin du xviie siècle, à 300 livres dans les années 1780 [94]. Payable d’avance, en deux versements, les Sœurs sont libres de l’employer à leur guise, sans en rendre compte à leur Supérieure. Il est convenu que les Sœurs malades ou infirmes par suite de leurs services soient prises en charge par la paroisse.

40Outre la garantie d’un revenu régulier, la fonction de médecin de paroisse permet d’approcher l’administration locale mais sans y avoir de pouvoir décisionnel. Bien que placé sous la tutelle de la Trésorière des pauvres, le docteur parvient à s’attribuer un véritable rôle social. Rendu légitime par son expertise, il tente une mise en adéquation des secours et du savoir accumulé sur une frange spécifique de la population [95]. Les Compagnies paroissiales développent un système de clientélisme destiné à aider les bons pauvres honteux, parents de petits artisans, anciens maîtres des métiers et marchands [96]. Pour les docteurs régents, secourir une ancienne élite pouvant retrouver son statut antérieur, revient à s’assurer une future clientèle. Ici, la relation initiale supposant un don gratuit se transforme en échange économique différé. Pour les docteurs régents, la charité implique la réciprocité. Une telle modalité de relation suppose que le docteur régent soit en mesure de répondre à une demande spécifique.

Vers un « marché de l’assistance »

41Intensification et diversification de l’offre de secours aux pauvres ne sont pas le seul fait des docteurs régents. À l’origine d’une demande de soins, le pauvre ne reste pas passif face à l’aide reçue d’où l’interrogation sur l’existence et sur les caractéristiques d’une « consommation de l’assistance [97] ». Nouveau vivier de patients, les pauvres sont l’objet d’une concurrence entre les soignants dont l’enjeu est de gagner leur confiance. Ainsi, Christelle Rabier postule l’existence d’un « marché de la charité [98] » lorsqu’elle étudie la façon dont les chirurgiens parisiens s’approprient le financement du traitement des pauvres.

42La notion de marché implique celles d’une régulation et d’une organisation assumées par l’État. L’action de la Charité paroissiale privée est guidée par le souci moral de faire son Salut. Or, l’intervention du pouvoir royal répond au besoin d’utilité sociale. L’aide aux pauvres est l’expression du lien de solidarité entre les membres de la société. Elle donne sens au devoir du Roi chrétien de veiller au bien de tous ses sujets [99]. À partir de 1750, les Lumières insistent sur l’obligation faite à l’État de s’occuper des pauvres [100], qui, en vertu de principes mercantilistes, multiplie les mesures d’incitation au travail (ouverture de dépôts de mendicité en 1767, financement des chantiers de charité en 1770). Participant au maintien de l’ordre civil et moral, l’assistance médicale veut faire du pauvre un membre de la société à nouveau productif et autonome. Dans les Idées d’un citoyen sur les besoins, le droit et les devoirs des vrais pauvres (1765), le physiocrate Nicolas Baudeau dresse une nouvelle typologie différenciant les pauvres invalides par suite d’un handicap ou de leur grand âge, des pauvres occasionnels, affectés de façon imprévisible et transitoire par une maladie. Il revient donc à l’État de mener une politique d’assistance généralisée, en adaptant l’aide au type de pauvre, en privilégiant les secours à domicile, en rompant avec un système uniquement répressif [101]. Le pouvoir royal essaye de reprendre l’initiative dans le domaine de la bienfaisance en mettant en place une « charité méthodique » [102]. Grâce à leur expérience en tant que médecin de paroisse, les docteurs régents sont en mesure de soutenir cette ambition.

L’hospice de Charité, une réponse à la revendication de structures adaptées aux « pauvres honteux »

43Les pauvres honteux éprouvent une véritable « répugnance [103] » envers l’hôpital. Pour les familles honnêtes, le transport à l’hôtel-Dieu est une humiliation synonyme de déclassement social [104], signe ultime de la pauvreté, conduisant à une assimilation avec les « gens du bas Peuple [105] ». Mais, les secours à domicile ne peuvent répondre aux besoins de malades gravement atteints, d’où la nécessaire mise en place d’une forme d’assistance complémentaire. L’hospice de Charité est une petite structure réservée aux habitants du quartier dans le cas d’être envoyés à l’Hôtel-Dieu (à l’exception des contagieux), qui y trouvent un confort que leur domicile ne peut offrir et un suivi plus individualisé du fait des effectifs réduits [106]. Situé au cœur de la paroisse, facilement accessible aux Filles de la Charité et aux proches du malade, il permet des secours rapides [107].

44Le développement des hospices de Charité repose sur la collaboration entre le pouvoir temporel (fournisseur de fonds), spirituel (en vertu de son expérience en matière d’administration des organes d’assistance et de sa connaissance des populations concernées), et médical (expertise scientifique). Charité publique et charité privée se complètent dans une mise en commun des moyens, concrétisée dès 1779, par l’ouverture de l’hospice des paroisses Saint-Sulpice et du Gros-Caillou, sous l’impulsion de Mme Necker, avec l’aide du Gouvernement, le soutien de l’Archevêque de Paris et du curé de Saint-Sulpice. L’activité du docteur régent y est strictement encadrée [108]. À partir de 1780, François Doublet, sous-inspecteur des Hôpitaux civils et de Maisons de Force du Royaume, déjà sensibilisé aux traitements et besoins d’une collectivité souffrante, est médecin de l’hospice (jusqu’en 1783), avec 600 livres d’appointement tandis que François Thierry de Bussy est médecin consultant sans appointement. Logé mais non nourri, le médecin se consacre quasi exclusivement à ces 120 malades de l’hospice. La journée est rythmée par les deux visites régulières (plus fréquentes en cas de maladie grave) qu’il effectue muni des ordonnances de la veille, consignées par le chirurgien. La Sœur de salle lui rapporte les accidents ou symptômes survenus. Dans un premier registre, le médecin note la date d’entrée du patient, la nature et le caractère de la maladie, le traitement employé et, si nécessaire et possible, les causes de son échec. Il dresse un bilan mensuel des maladies rencontrées, précise la température de l’air, les remèdes utilisés et leurs effets. Le classement de tous les genres de maladies et l’état chiffré de la mortalité dans l’hospice est transmis à l’Administration. Un second registre est consacré à la description des maladies particulières. Moment d’analyse réflexive de sa pratique, cette rédaction est parfois suivie d’une modification de traitements. La prise en charge des malades respecte des règles strictes. Numéroté, chaque lit porte une marque indiquant le régime alimentaire suivi. Si cinq Sœurs président aux services des salles [109], le docteur régent conserve son autorité sur les deux Sœurs de l’apothicairerie. La gestion des urgences est assurée par un garçon chirurgien, logé mais non appointé, tandis que deux chirurgiens se consacrent exclusivement aux maladies externes.

45L’État encourage également les initiatives individuelles. En décembre 1783, la fondation de l’hospice de Saint-Merry par le curé Louis Esprit Viennet, est soutenue par les autorités car elle contribue, sans frais supplémentaires pour l’État [110], au désengorgement de l’Hôtel-Dieu, à la prévention des désagréments consécutifs à un séjour à l’hôpital. Son installation, dans le cloître Saint-Merry, rue Brise Miche, autorise quelques économies (le curé y dispose déjà de locaux) et accentue la centralisation des secours en ces lieux, tant spirituels (présence du curé et des prêtres) que temporels (proximité des Sœurs de la Charité, de l’apothicairerie et de la Marmite de la paroisse). La polarisation facilite l’échange d’informations entre les intervenants, la gestion des flux des malades, et permet aux docteurs régents de circonscrire leurs déplacements charitables à une zone restreinte. Le suivi d’un petit nombre de malades (quatorze au maximum), quoique plus individualisé [111], simplifie l’alternance entre exercice charitable et pratique libérale de la médecine. Prestataire de service, le médecin est avare de son temps.

46Afin de rassurer les propriétaires limitrophes pour qui l’hospice est source de contagion et de mauvaises odeurs, la Compagnie de Charité de Saint-Merry requiert le docteur Bosquillon, pour rédiger un mémoire sur la salubrité de l’air de l’hospice, dont elle assure l’impression et la diffusion pour 198 livres [112]. En soutenant le projet, É. Fr. M. Bosquillon concourt à l’extension du domaine d’influence de l’assistance charitable, nouveau moyen de préserver la santé publique. L’organisation de l’hospice favorise la circulation de l’air et répond à des préoccupations hygiénistes. Les deux corps de bâtiments, doté chacun de leur entrée, l’une sur la rue Brise Miche, l’autre par le cloître, créent une séparation entre les Sœurs et les malades. En isolant le malade, l’hospice limite le risque de contagion non seulement au sein du milieu familial mais encore dans l’espace urbain. Il se révèle salutaire pour l’ensemble des paroissiens.

Figure n° 2

Le pôle charitable de la paroisse Saint-Merry

Figure n° 2

Le pôle charitable de la paroisse Saint-Merry

Fusionner les intérêts médicaux et étatiques

47Solution apportée aux demandes de confort et de gestion de maladies spécifiques, l’hospice de charité se transforme progressivement en espace d’expérimentation médicale. Si l’aspect économique prévaut dans la décision d’attribuer des secours, une sélection des pauvres s’opère selon leurs pathologies. Ainsi, le Lieutenant général de police, Jean Charles Pierre Lenoir, crée, en 1781, dans sa maison de Vaugirard, un établissement réservé aux femmes enceintes, enfants et nourrices, atteints du mal vénérien [113]. Fr. Doublet et le chirurgien Faguer-Despemères se chargent du service de cet hospice, administré par Jean Colombier, docteur régent, Inspecteur général des hôpitaux et prisons de France [114]. Délivré de la tutelle administrative des Sœurs, le médecin dispose d’une plus large amplitude d’action et se concentre sur les questions scientifiques. Il expérimente un traitement à base de mercure incorporé à du lait [115], sur près de 800 enfants, entre 1780 et février 1785. Les résultats sont concluants puisque sur sept enfants nés ou conduits à l’hospice, seuls deux meurent du mal vénérien, le plus souvent compliqué par une autre pathologie. La création de petits hospices spécialisés se retrouve, dans une moindre mesure, chez les chirurgiens qui en 1774, fondent, à l’École de chirurgie, un établissement de six lits pour les indigents souffrant de maladies chirurgicales extraordinaires.

48La spécialisation de l’offre de secours est encouragée par l’État qui n’hésite pas à solliciter des experts. En 1780, suite à la publication de ses Recherches sur la rage, le docteur régent Charles Andry est requis à Senlis, par l’Intendant Berthier de Sauvigny, pour traiter quinze personnes. Ayant sauvé dix malades, Ch. Andry se voit attribuer le titre de médecin breveté pour le traitement de la rage, en mars 1781, avec une pension de 1 200 francs [116]. En juillet 1786, le roi lui demande de soigner les pauvres des faubourgs et de la banlieue de Paris, à son domicile de la rue des Écouffes, trois fois par semaine, et de répondre aux consultations écrites venues de toute la France, tout cela gratuitement. Son apothicaire attitré délivre gracieusement les médicaments, sur ses ordonnances. Ce peut être Louis Guillaume Laborie [117], apothicaire et ancien garde de son corps, témoin au mariage du docteur, habitant rue Saint-Antoine, donc dans le même secteur. Ici, l’ancienne relation amicale vient consolider l’association professionnelle et favorise l’organisation de secours à l’échelle du quartier.

À nouveaux consommateurs, nouveaux remèdes

49En faisant du pauvre un acteur du processus de soin, les docteurs régents l’installent dans le rôle de consommateur à satisfaire. Bien que les pauvres ne puissent supporter les honoraires des docteurs régents, ils forment une clientèle potentielle à laquelle il faut s’adapter sous peine de la voir se diriger vers les circuits parallèles des illégaux (individus qui, quoique non gradués par la Faculté, exercent la médecine). Leurs remèdes ont une efficacité non reconnue officiellement mais les pauvres acceptent le risque d’effets négatifs, la promesse d’un soulagement immédiat, à moindre coût et en toute discrétion, l’emportant sur toutes autres considérations. En 1714, le Règlement des Compagnies de Charité de la paroisse Saint-Louis-en-L’Île évoque la honte, « à cause de leurs profession ou de leur naissance » [118], de ceux qui, auparavant tenaient boutiques en qualité de marchands ou artisans, demandent maintenant publiquement des secours. Les pauvres ne sont pas avides des conseils donnés par les docteurs régents dans leurs ordonnances mais recherchent des substances à ingérer dont l’emploi n’implique aucune modification des habitudes ou du mode de vie. La matérialité du remède leur donne l’impression que le médecin agit véritablement. Ce qui importe est de se sentir mieux et non de traiter le mal. Sujet devenu acteur du processus de soin, le pauvre prétend à une « consommation de l’assistance » [119]. Cette modification profonde de statut oblige les docteurs régents à élaborer des remèdes qui leurs soient spécialement destinés, dont la qualité et l’efficacité sont contrôlées, sous peine d’être qualifiés de « remèdes secrets ». Mais les pauvres restent une clientèle volatile. Il faut savoir capter sa confiance et se la garder.

50Ainsi, le docteur régent Pierre Lalouette souhaite-t-il se positionner sur ce marché en soignant les écrouelles, maladies touchant principalement les pauvres. Il fixe le prix de son remède à trois livres la boîte de soixante pilules et précise qu’il est délivré gratuitement aux journaliers, familles nombreuses et enfants pauvres. Cette mansuétude dissimule une stratégie scientifique et économique. Habituellement repoussés par les médecins, les pauvres malades se ruent chez le docteur, rue Jacob, d’autant plus volontiers que les secours dispensés sont entièrement gratuits. Le nombre important de malades (plusieurs milliers selon P. Lalouette), de constitutions et d’âges divers, permet d’accumuler les observations, de mener des études comparatives sur plusieurs échantillons [120]. Prouver les vertus d’un remède suppose de répéter les essais, de les multiplier, les patients n’ayant pas tous les mêmes réactions. Expérimentant son traitement durant près de quarante ans, P. Lalouette a pu en corriger les effets secondaires et juger de la pérennité de son action [121]. Une fois l’efficacité du remède avéré, P. Lalouette entend en tirer parti et met en place une stratégie de commercialisation privilégiant deux vecteurs publicitaires. Les nombreuses guérisons permettent de persuader les pauvres qui en répandent la nouvelle entre eux [122]. Les distributions gratuites, le dimanche après-midi, temps de repos des artisans, contribuent à fidéliser les malades. L’article des Affiches, annonces et avis divers du 12 juillet 1780, destiné aux marchands, artisans et maîtres, rappelle très précisément l’adresse où se procurer le remède [123]. De sorte que le docteur contrôle l’intégralité de la chaîne de production et de vente de son médicament.

51La protection du pouvoir royal favorise l’intervention des docteurs régents dans le « marché de la bienfaisance ». Le docteur Joseph Jacques Gardanne s’associe au Lieutenant de police J. Ch. P. Lenoir dans la lutte contre le mal vénérien [124]. Sur son ordre, il dispense son « traitement populaire [125] » aux enfants, dans une salle mise à sa disposition, et donne des avis gratuits aux adultes payant le remède [126]. Sous prétexte d’en vérifier la bonne prise et d’éviter les surdosages, il ne leur remet que la quantité de médicaments nécessaires à deux jours de soin, stratagème pour s’assurer de leur venue régulière. J. J. Gardanne s’occupe aussi de ceux dont les maux ne justifient pas l’emploi des Grands Remèdes et pour qui l’hôpital est inaccessible, en les invitant à se soigner à bon marché. Il affirme faire œuvre de charité car si « les personnes opulentes [ont] la facilité de se procurer des secours et [de les faire chercher] avec promptitude ; […] le peuple en proie à toutes sortes de besoins, ne saurait souvent se faire traiter [127] ». Son action évite une perte importante de main-d’œuvre à l’État et concourt à limiter la contagion [128]. Le docteur diffuse le prix de son traitement afin d’apprendre aux « pauvres à se soustraire à l’exaction odieuse de gens obscurs et peu délicats [129] ». Le prix de base pour un adulte au tempérament ne présentant aucune particularité est de onze livres vingt sols. J. J. Gardanne ne précise pas le nombre de prise offerte par le remède : il est donc possible qu’il faille le renouveler. Quoique la part représentée par la vente de ce médicament dans les revenus de J. J. Gardanne me soit inconnue, je pense qu’elle devait être importante car la formule est récupérée et utilisée par un de ses parents, Charles Gardanne Duport, chirurgien ordinaire du roi en sa Grande Prévôté, dans les mêmes conditions.

52Avec l’instauration de consultations charitables à Paris par Th. Renaudot, la Faculté de médecine réalise l’importance, pour ses membres, de proposer une aide médicale aux pauvres. Pour le corps des docteurs régents, il s’agit davantage de défendre des privilèges professionnels que de faire acte de charité. Mais, les carences d’une charité publique, organisée par la Faculté en ce qui concerne le contrôle des pauvres aidés, et la régularité des secours proposés contribuent à l’essor des Compagnies de Charité de paroisse, dont la fine connaissance de l’espace local permet de cibler les actions et de les inscrire dans la durée. Les docteurs régents acceptent la charge de médecin de paroisse, motivés par la perspective d’appointements réguliers et fixes. En outre, cette fonction leur donne la possibilité de se rendre plus visible à la notabilité locale et d’apprendre à décrypter le langage de ceux qui peuvent, à tout moment, retrouver une position économique stable et assumer le coût de leurs honoraires.

53Habitués, dans le contexte de la Charité paroissiale, à recevoir des soins, les pauvres sont désormais capables d’exprimer leurs besoins en matière médicale, mais aussi leurs attentes. Après identification de la demande de ces nouveaux consommateurs de soin, les docteurs régents inventent une offre adaptée tant sur le plan financier que sur le plan médical. Ainsi, se trouvent-ils en mesure de participer à la nouvelle politique d’assistance du pouvoir royal. La fourniture de soins aux pauvres, originellement conçue comme un don gratuit circonscrit à l’entité paroissiale, devient, après 1760, une réponse à la demande spécifique de « consommateurs de la charité », dans l’espérance d’un profit ouvrant les portes d’un « marché de la charité ».

Notes

  • [*]
    Cette recherche a bénéficié d’un soutien financier de la Société Française d’Histoire Urbaine.
  • [1]
    Jean Verdier, La Jurisprudence de la médecine en France, Paris, Prault Père, 1763, t. 1, pp. 683-684.
  • [2]
    Howard M. Solomon, Public Welfare, Science and Propaganda in Seventeenth Century France. The Innovations of Theophraste Renaudot, Princeton, Princeton University Press, 1972.
  • [3]
    Michel Foucauld, Histoire de la folie à l’âge classique, Paris, Gallimard, 1972, 3e partie.
  • [4]
    Isabelle Robin-Romero, Les Orphelins de Paris, enfants et assistance aux xvie-xviiie?siècles, Paris, Pups, 2007.
  • [5]
    Sur les hôpitaux parisiens, voir les travaux de Marcel Fosseyeux ou Jean Imbert?; Micheline Louis-Courvoisier, Soigner et Consoler. La vie quotidienne dans un hôpital à la fin de l’Ancien Régime, Genève, 1750-1820, Genève, Georg éd., 2000, pp. 19-34?; Susan C. Lawrence, Charitable Knowledge. Hospital Pupils and Practitioners in Eighteenth Century London, Cambridge, Cambridge University Press, 1996.En ligne
  • [6]
    Matthieu Brejon de Lavergnée, Histoire des Filles de la Charité, Paris, Fayard, 2011, pp. 479-493. Marie-Claude Dinet-Lecomte, Les Sœurs hospitalières en France aux xviie et xviiie?siècles. La charité en action, Paris, H. Champion, 2005.
  • [7]
    Sur l’action charitable des chirurgiens dans le cadre hospitalier, voir Christelle Rabier, «?La disparition du barbier chirurgien. Analyse d’une mutation professionnelle au xviiie?siècle?», Annales. Histoire, Sciences Sociales, n° 3, 2010, pp. 707-709. Je remercie Mme Rabier de ses conseils.
  • [8]
    Paul Delaunay, Le Monde médical parisien au xviiie?siècle, Paris, Librairie J. Rousset, 1906, p. 91.
  • [9]
    Alain Thillay, «?La Charité Sainte-Marguerite et le secours des pauvres à Paris, au cours de la première moitié du xviiie?siècle?», Histoire urbaine, n° 32, 2011/3, pp. 101-125. En ligne
  • [10]
    Georg Simmel, Les Pauvres, Paris, Puf, «?Quadrige?», 2011, p. 23.
  • [11]
    Dès 1370, le règlement de la compagnie des chirurgiens de Paris stipule que les pauvres non reçus dans les hôpitaux seront pansés gratuitement.
  • [12]
    Théophraste Renaudot, Inventaire des Adresses du Bureau de rencontre, 1630.
  • [13]
    Théophraste Renaudot, Les Consultations charitables pour les pauvres malades, Paris, 1640, pp. 8-9.
  • [14]
    Ibidem, p. 9.
  • [15]
    «?Lettres patentes du 2 septembre 1640?», in Direction des Archives de France, Père des journalistes et Médecin des pauvres, Théophraste Renaudot (1586-1653), Corpus de textes établi, présenté et annoté par Gérard Jubert, Paris, CHAN/Champion, 2005, pp. 262-263.
  • [16]
    «?Affiche portant décision du 27 mars 1639?», in Charles-Augustin Sainte-Beuve, Causeries du lundi, Paris, Garnier Frères, 3e éd., s.d., t. 8, p. 104.
  • [17]
    Direction des Archives de France, op. cit. (n. 15), «?Rapport présenté au Conseil Privé du Roi, avant le 14 juin 1641, Arrêt du conseil privé du Roi du 14 juin 1641 et du 9 juillet 1641?», pp. 277-280.
  • [18]
    Ibidem, p. 369.
  • [19]
    Ibidem, pp. 372-400.
  • [20]
    Reproduit in Nicolas Andry de Boisregard, Cléon à Eudoxe touchant le mémoire des chirurgiens contre la prééminence de la médecine sur la chirurgie, s. l., s. n., 1739, pp. 405-407.
  • [21]
    «?Statuts de la Faculté de médecine de Paris, 1751?» in Commentaires de la Faculté de médecine de Paris, 1777 à 1786, Paris, G. Steinheil éd., 1903, article 2, p. 315.
  • [22]
    Sur le débat sur la naissance de la clinique, voir Othmar Keel, L’Avènement de la médecine clinique moderne en Europe, 1750-1815. Politiques, Institutions et savoirs, Genève, Georg éd., 2001, pp. 44-52.
  • [23]
    Bibliothèque Inter-universitaire de Médecine de Paris [désormais BIUM]?: ms 22, Commentaires de la Faculté de médecine de Paris, 1756-1764, p. 8 et p. 48.
  • [24]
    Hervé Leuwers, «?Les avocats et la défense du pauvre. L’aide judiciaire dans la France du xviiie?siècle?», in Philippe Guignet (dir.), Le Peuple des villes dans l’Europe du Nord-Ouest, (fin du Moyen-Âge - 1945), Lille, Centre de Recherches sur l’Histoire de l’Europe du Nord-Ouest-Université Charles-de-Gaulle-Lille III, 2003, vol. II, pp. 39-40.
  • [25]
    Ce qu’avait fait Nicolas Houel avec le Jardin des Simples de la Maison de la charité chrétienne, en 1578. Voir Laurent Paya, «?Du Jardin des Simples de la Maison de la charité chrétienne au Jardin des Apothicaires (1578-1624)?», http://cour-de-france.fr/article590.html (Site consulté en mars 2012).
  • [26]
    BIUM?: ms 17, Commentaires de la Faculté de médecine de Paris, 1690-1711, p. 683.
  • [27]
    Bibliothèque Nationale de France?: 4-T6-586, Circulaire du doyen de la Faculté de médecine, Alleaume, aux curés de Paris, pour la publication d’un avis relatif aux consultations gratuites, 19 octobre 1775.
  • [28]
    Voir «?Rites, usages et louables coutumes de la Faculté de médecine de Paris, rédigés d’après les décisions de la Compagnie, M. Hyacinthe Théodore Baron étant doyen?», Article 2, et «?Statuts de la Faculté de médecine, 1751?», Article 2, in Commentaires de la Faculté de médecine de Paris, 1777 à 1786, op. cit. (n. 21), pp. 250-251 et p. 315.
  • [29]
    BIUM?: ms 23, Petites affiches de Paris, du 8 février 1770, in Commentaires de la Faculté de médecine de Paris, 1764-1774, p. 331.
  • [30]
    Jacques-Albert Hazon, Notices des hommes les plus célèbres de la Faculté de médecine de l’Université de Paris, depuis 1100 jusqu’à 1750 inclusivement, &c, Paris, B. Morin, 1778, p. 174.
  • [31]
    Ibidem, p. 208.
  • [32]
    Archives départementales [désormais AD] Loiret?: 2Mi 308, R1.
  • [33]
    Idem. Avocats et procureurs consultent, instruisent et plaident gratuitement les causes des pauvres du bailliage d’Orléans. Mais, par délibération du 12 décembre 1789, ils refusent de coopérer à l’œuvre d’Antoine Petit, pour un motif qui nous est inconnu.
  • [34]
    Si la fusion professionnelle n’est pas à l’ordre du jour chez les docteurs régents en 1790, elle existe déjà chez les avocats de la Miséricorde de Nancy, qui travaillent avec des procureurs, huissiers, greffiers et geôliers.
  • [35]
    AD Loiret?: op. cit. n : 308, n1, f°42 r°, 11 janvier 1790.
  • [36]
    Acte du 15 mai 1791, in Fernand Bournon, Fontenay-aux-Roses?: notice historique et renseignements administratifs, publié sous les auspices du Conseil général, Département de la Seine, Montévrain, Direction des affaires départementales, 1901, p. 13.
  • [37]
    Bibliothèque Sainte-Geneviève?: ms 749 (GR 2208), Abbaye de Sainte Geneviève, Aumônes, Rapports des Dames de la Charité, première moitié du xviiie?siècle. Cartes à jouer des Dames de la Charité portant des indications sur les pauvres à secourir.
  • [38]
    Archives des Filles de la Charité de Saint-Vincent-de-Paul [désormais FDLC]?: 390, Statuts et Règlement des Compagnies de Charité de la Paroisse Saint-Louis-en-l’Île, 1714. Mes remerciements à Mme Aurore Zhou Darnet, archiviste de la Compagnie des Filles de la Charité de Saint-Vincent de Paul.
  • [39]
    La condition de domiciliation répond aux tentatives de lutte contre la mendicité. Le temps de résidence minimal exigé varie d’une paroisse à l’autre. À Montpellier, les «?passades?» offrent aux «?pauvres passants malades?» un lit pour une nuit avec un petit-déjeuner, dans un hôpital?; voir Colin Jones, Charity and Bienfaisance. The Treatment of the Poor in the Montpellier Region, 1740-1815, Cambridge, Cambridge University Press, 1982, p. 62.
  • [40]
    Laurence Fontaine, L’Économie morale. Pauvreté, crédit et confiance dans l’Europe préindustrielle, Paris, Gallimard, NRF Essais, 2008, p. 27.
  • [41]
    Parmi les exclus de l’assistance, figurent les pauvres de mauvaise vie, ne faisant pas leurs Pâques, refusant de travailler, vivant dans de mauvais lieux, les maris violents…
  • [42]
    BIUM?: ms 21, Commentaires de la Faculté de médecine de Paris, 1745-1756, f° 514.
  • [43]
    Ibidem, f° 531. Sur l’interprétation de cet argument, voir Céline Pauthier, L’Exercice illégal de la médecine (1673-1793). Entre défaut de droit et manière de soigner, Paris, Glyphe et Biotem, 2002, p. 83.
  • [44]
    BIUM?: ms 21, op. cit., f° 531.
  • [45]
    Règlements généraux de la Compagnie de la paroisse Saint-Eustache à Paris, pour le soulagement et l’assistance des pauvres honteux malades et pour l’instruction des pauvres enfants de l’un et l’autre sexe, confirmés et approuvés par son éminence Monseigneur le cardinal de Noailles, archevêque de Paris, Paris, X. L. Thiboust, 1723, Chap. 5e, article 1er, p. 17.
  • [46]
    Tel est le cas à Toulouse. Josseline Guyader, «?Bureaux et maisons de charité. L’assistance aux pauvres malades dans le cadre des paroisses toulousaines (1686-1797)?», Revue d’Histoire de l’Église de France, n° 2025, 1994, p. 236.
  • [47]
    David Garioch, «?Les bourgeois du faubourg Saint-Marcel avant et après la Révolution?», in Jean-Pierre Jessenne (dir.), Vers un ordre bourgeois?? Révolution française et changement social, Rennes, Pur, 2007, pp. 95-96.
  • [48]
    Pierre Samuel Dupont de Nemours, Idées sur les secours à donner aux pauvres malades dans une grande ville, Paris, Moutard, 1786, p. 27
  • [49]
    Philippe Hecquet, La Médecine, la chirurgie et la pharmacie des pauvres, Paris, David, Durand, 1749, t. 2, p. 24.
  • [50]
    FDLC?: 1167, Registre des délibérations des Dames de la Charité des pauvres malades de la paroisse Saint-Sauveur depuis le 1er décembre 1718 au 4 août 1729. Voir les délibérations des 1er décembre 1719, 5 août 1720 et 11 juillet 1727.
  • [51]
    FDLC?: 133 et 4382, Recette de l’eau rouge.
  • [52]
    Cas dans la paroisse Saint-Roch en 1712. Ordinairement, le régime alimentaire du pauvre se caractérise par sa frugalité. En Anjou, les pauvres ne consomment jamais de viande et se contentent d’une soupe au beurre, de légumes, de fruits, de laitages et de pain de mauvaise qualité. À Paris, ils consomment moins de 2000 calories par jour. Voir François Lebrun, Les Hommes et la mort en Anjou aux 17e et 18e siècles, Paris, Mouton, 1971, pp. 271-272?; Daniel Roche, Le Peuple de Paris, Paris, Aubier-Montaigne, 1981, p. 252.
  • [53]
    Un quarteron équivaut environ à 122 grammes. Une fois le bouillon obtenu, la viande est donnée à la famille du malade, ce qui explique l’importante quantité utilisée.
  • [54]
    Le pain mollet contient du lait, du sel et de la levure de bière.
  • [55]
    Louis Henri Macquart, «?Bouillon?», in Encyclopédie méthodique, Médecine, par une société de médecins, «?BO-CLY?», Paris, Panckoucke, 1792, t. 55, pp. 113-119.
  • [56]
    Archives Nationales (par la suite AN)?: LL/1665, Façon du bouillon, pp. 180-181.
  • [57]
    Nicolas Jadelot, La Pharmacopée des pauvres ou Formules des médicaments les plus usuels dans le traitement des maladies du peuple, Nancy, Haener, 1784. Docteur de Nancy, il réunit dix recettes de tisane accompagnées de leurs propriétés thérapeutiques.
  • [58]
    AN?: LL/1665, Statuts et règlements généraux de la Compagnie des Filles de la Charité servant les pauvres malades, p. 182.
  • [59]
    Éphémérides du citoyen ou bibliothèque raisonnée des sciences morales et politiques, 1769, Didot, t. 3, pp. 218-219, Certificat de J. Ch. H. Sallin, du 2 février 1769. Claude-Marc-Antoine Varenne de Beost, La cuisine des pauvres, ou Collection des meilleurs mémoires qui ont paru depuis peu, soit pour remédier aux accidents imprévus de la disette des grains, soit pour indiquer des moyens aux personnes peu aisées de vivre à bon marché dans tous les temps, Dijon, Defay, 1772, pp. 25-31.
  • [60]
    Rapport fait à la Faculté de médecine de Paris sur l’usage des pommes de terre, Paris, Imprimerie Royale, 1771, p. 12.
  • [61]
    Riz économique de la paroisse Saint-Roch, Paris, Imprimerie Royale, 1776, «?Quantité de matières qui entrent dans le riz économique et leurs prix suivant le marché de Paris?».
  • [62]
    Les drogues simples sont des matières premières végétales, minérales ou animales, nécessaires à la fabrication des remèdes.
  • [63]
    Sur la distinction entre «?remèdes officinaux?» et «?remèdes magistraux?» voir Antoine Baumé, Éléments de pharmacie théorique et pratique, Paris, Samson, 1797, pp. 182-183.
  • [64]
    AN?: S/6160, Mémoire justificatif des Filles de la Charité de l’Hôtel Royal des Invalides, novembre 1772.
  • [65]
    Marie-Claude Dinet-Lecomte, «?Pour une histoire des Sœurs apothicaires dans la France moderne?», Revue Mabillon, vol. LXXIX, série 9, 1998, pp. 221-244.
  • [66]
    FDLC?: 133, Divers carnets de recettes médicinales.
  • [67]
    Idem.
  • [68]
    Olivier Lafont, Des Médicaments pour les pauvres. Ouvrages charitables et santé publique aux xviie et xviiie?siècles, Paris, Pharmathèmes, 2010, pp. 109-212.
  • [69]
    FDLC?: 4382, Jean-Adrien Helvétius, Traité des maladies les plus fréquentes et des remèdes spécifiques pour les guérir avec les méthodes de s’en servir pour l’utilité du Public et le soulagement des Pauvres, Paris, P. A. Le Mercier, 1708. La première édition paraît en 1703, chez L. d’Houry.
  • [70]
    Mireille Laget, «?Les Livres de santé pour les pauvres aux xviie et xviiie?siècles?», Histoire, économie et société, n° 4, 1984, pp. 567-582.
  • [71]
    Louis Daniel Arnault de Nobleville, Le Manuel des Dames de Charité ou Formules de médicaments faciles à préparer dressées en faveur des Personnes charitables qui distribuent des Remèdes aux Pauvres dans les Villes et les Campagnes, Avec des remarques pour faciliter la juste application des Remèdes qui y sont contenus, ensemble un Traité abrégé de la saignée, Paris, Debure l’aîné, 1765. L’ouvrage est dédié à la sœur de l’auteur, Dame de Charité, en remerciement de ses conseils sur le choix des remèdes et sur la rédaction du livre.
  • [72]
    Ibidem, p. 28.
  • [73]
    Pons Augustin Alletz, Tableau de l’humanité et de la bienfaisance ou Précis historique des charités qui se font dans Paris, Paris, Musier fils, 1769, p. 232.
  • [74]
    Idem.
  • [75]
    FDLC?: 1136, Manuel pour la conduite des Filles de la charité, p. 78.
  • [76]
    AN?: LL/1665, op. cit. (n. 56), p. 94.
  • [77]
    AN?: LL/1662, Avis particulier pour les mêmes infirmières, non daté.
  • [78]
    Règlements pour la Compagnie de la Charité de la paroisse Saint-Roch, Paris, J. B. Delespine, 1717, p. 25.
  • [79]
    À Anvers, en 1780, la Chambre des pauvres recourt à un chirurgien pour les hernies, payé pour la cure et les bandages, et à un accoucheur des pauvres. Mais, dans les cas extraordinaires, médecin et chirurgien consultent ensemble. Voir le Traité touchant la suppression de la mendicité et l’administration des pauvres dans la ville d’Anvers, Anvers, J. Grange, 1780.
  • [80]
    Archives de l’Assistance Publique – Hôpitaux de Paris (par la suite AP-HP)?: A-18344, Règlement des compagnies de charité de la paroisse royale Saint-Germain-l’Auxerrois, Paris, Bullot, 1737, p. 43.
  • [81]
    Louis Daniel Arnault de Nobleville, Le manuel op. cit. (n. 71), p. 465.
  • [82]
    Matthieu Brejon de Lavergnée, Histoire des Filles de la Charité, op. cit. (n. 6), p. 465.
  • [83]
    AN?: S/6171, Création de quatre Filles de la Charité à Moulins le 9 janvier 1684. AD Paris?: DC6?217, Testament de Marguerite de Beauharnais, veuve de Guillaume de Nesmond, Président à Mortier au Parlement de Paris, du 22 septembre 1723. Elle lègue 1?400 livres pour l’entretien d’ustensiles pour les malades, 50 livres de remèdes pour les pauvres de la paroisse de Cambron et 6?000 livres aux pauvres malades de la paroisse Saint-Nicolas-du-Chardonnet à Paris.
  • [84]
    AN?: S/61562, Livre des dépenses pour les pauvres de la paroisse Saint-André-des-Arts, commencé le 2 juin 1757.
  • [85]
    Philippe Hecquet, La médicine op. cit. (n. 49), t. 4, pp. 10-11. Cette pratique semble se systématiser. En 1790, le comité de bienfaisance du district de Saint-Dominique achète les drogues ordonnées par ses deux chirurgiens chez l’apothicaire Demachy, payé à la fin de chaque mois, sur présentation de son mémoire. Voir AP-HP?: A 1834B, District des Jacobins Saint-Dominique. Compte rendu du comité de bienfaisance jusqu’au 1er mars 1790, Paris, Clousier, 1790, pp. 19-20.
  • [86]
    AN?: S/61562, op. cit. En janvier 1762, quinze livres sont dépensées en bandes et pincettes de corps (servant à introduire dans la plaie le pansement qui ne peut être mis avec les doigts), seize livres pour deux bandages et menues dépenses.
  • [87]
    Archives historiques de l’Archevêché de Paris?: Saint-Merry, registre Z, Registres des comptes de M. Rouland, Trésorier des pauvres de la Charité de Saint-Merry, 1772-1791. Lacunes pour les années 1777, 1783 et 1789.
  • [88]
    AN?: T//108/1, Comptes de Mme Quatremère, Trésorière des Pauvres pour l’année 1781.
  • [89]
    AN?: MC/ET/XXIX/567, Inventaire après décès de Denis Claude Doulcet, 3 juillet 1782.
  • [90]
    AN?: MC/ET/XLVII/421, Inventaire après décès de Jean Nicolas Millin de La Courvault, 22 août 1788.
  • [91]
    AN?: MC/ET/CXVIII/582, Inventaire après décès de François David Hérissant, 26 août 1773.
  • [92]
    Il est possible que le billet soit un simple bon portant les nom et adresse du malade, l’ordre d’achat des pansements, tandis que la carte, plus facile à archiver, donne des indications d’ordre médical (nature et localisation de la saignée, quantité de sang à retirer…).
  • [93]
    AN?: S/6160, Établissement de onze Sœurs de la Charité pour le soulagement des pauvres malades de la paroisse Saint-Sulpice de Paris, 22 juillet 1778.
  • [94]
    Matthieu Brejon de Lavergnée, Histoire des Filles de la Charité, op. cit. (n. 6), p. 466.
  • [95]
    Idées d’un citoyen sur les besoins, les droits et les devoirs des vrais pauvres, Paris, Hochereau, 1765.
  • [96]
    Nicolas Lyon-Caen, La Boîte à Perrette. Le jansénisme parisien au xviiie?siècle, Paris, Albin Michel, «?L’évolution de l’humanité?», 2010, pp. 367-369. AN?: MC/ET/CXV/431, Règlements généraux pour la Compagnie de la paroisse Saint-Eustache à Paris établie sous le titre de la Confrérie de Notre-Dame dite de Bon Secours, le 30 juin 1723, «?De la qualité des pauvres qui devront être assistés?», p. 15.
  • [97]
    Anne Borsay, Peter Shapeley (dir.), Medicine, Charity and Mutual Aid. The Consumption of Health and Welfare in Britain, c.1550-1950, Asghate, Aldershot, 2007.
  • [98]
    Christelle Rabier, «?Les chirurgiens de Paris et de Londres, 1740-1815. Économie, identités, savoirs?», thèse de doctorat de l’Université de Paris 1, 2008, p. 177.
  • [99]
    Camille Bloch, L’Assistance en France à la veille de la Révolution (généralités de Paris, Rouen, Alençon, Orléans, Châlons, Soissons, Amiens, 1764-1790), Paris, Picard, 1908, p. 148. Philippe Sassier, Du Bon Usage des pauvres. Histoire d’un thème politique, xvie-xxe?siècles, Paris, Fayard, 1990.
  • [100]
    Sur le débat sur les rôles de l’État en matière d’assistance aux pauvres, voir Vincent Milliot, Un Policier des Lumières, suivi des Mémoires de J.C.P. Lenoir, Paris, Champs Vallon, 2011, pp. 369-375?; Guy Thuillier, Aux origines de l’administration sociale?: Le rapport sur la mendicité de Loménie de Brienne en 1775, Paris, Comité d’Histoire de la Sécurité Sociale, 2003.
  • [101]
    Sur les critères de classement des pauvres, voir Abram de Swaan, Sous l’aile protectrice de l’État, Paris, Puf, 1995, pp. 28-35.
  • [102]
    Camille Bloch, L’Assistance en France, op. cit. (n. 99), p. 342.
  • [103]
    AP-HP?: 4 FOSS E/7/a, Délibération de la Compagnie de la Charité de Saint-Merry, à Paris, pour l’établissement d’un hospice, 6 avril 1783.
  • [104]
    FDLC?: 1167, op. cit. (n. 50), Délibération du 6 mai 1727. AP-HP?: A-18347, Extrait des Délibérations de l’Assemblée générale des districts réunis du Val-de-Grâce et de Saint-Jacques-du-Haut-Pas, le 19 juin 1790, pp. 1-3.
  • [105]
    Dominique Antoine Tellés D’Acosta, Plan général d’hospices royaux, ayant pour objet de former, dans la ville et faubourgs de Paris, des établissements pour six mille pauvres malades, Paris, s. n., 1789, p. 6 et p. 18.
  • [106]
    Ibidem, p. 4 et p. 14.
  • [107]
    AP-HP?: 45 FOSS E/7/a, op. cit.
  • [108]
    AP-HP?: C 1258, Hospice de la Charité, institution, règles et usages de cette maison, Paris, Imprimerie Royale, 1780.
  • [109]
    AP-HP?: 3 FOSS 1, Réflexions et remarques sur le régime et les dépenses présentées au public sous le Titre d’Hospice de la Charité.
  • [110]
    AN?: F/15/269, Lettre de L. E. Viennet du 17 septembre 1782. Abbé Constant Baloche, L’Église Saint-Merry de Paris. Histoire de la paroisse et de la collégiale, 700-1910, Paris, Librairie H. Oudin, s.d., t. 2, p. 43. L. E. Viennet loue, pour 1?300 livres par an, à Guy Mousset, commis au greffe civil de la Grand’Chambre, une maison pour y installer son hospice, dans le Cloître Saint-Merry. Les frais résultant de la venue de deux Filles de la Charité (300 livres) et les gages des deux domestiques affectées au service des malades, sont assumés par la paroisse. La situation est similaire à l’hospice de Saint-Jacques-du-Haut-Pas, où le curé Cochin avait acheté, sur ses fonds propres, quatre maisons en face de l’Observatoire pour les pauvres et les vieillards.
  • [111]
    Édouard François Marie Bosquillon, Mémoire sur le nouvel hospice de Saint-Merry dans lequel on prouve que cet Hospice est de la plus grande utilité pour les Pauvres, et ne peut nullement nuire à la salubrité de l’air, Paris, Valade, 1783, p. 2.
  • [112]
    Abbé Constant Baloche, L’Église Saint-Merry, op. cit. (n. 110), p. 44.
  • [113]
    Georges Henri Asselin, Une expérience hospitalière au xviiie?siècle. L’hospice de Vaugirard, Mémoire de l’École Pratique des Hautes Études de Paris, 1960-1961.
  • [114]
    Scarlett Beauvalet-Boutouyrie, «?La syphilis innocente?: la mise en place de l’hôpital de Vaugirard au xviiie?siècle?», in Bernard Barbiche, Jean-Pierre Poussou, Alain Tallon (dir.), Pouvoirs, contestations et comportements dans l’Europe moderne. Mélanges en l’honneur du professeur Yves-Marie Bercé, Paris, Pups, 2005, p. 1126.
  • [115]
    François Doublet, Mémoires sur les symptômes et le traitement de la maladie vénérienne des enfants nouveau-nés, lu à l’Assemblée de la Faculté de médecine le 15 octobre 1781.
  • [116]
    AN?: O/3/815, 1821, Ordre de Saint-Michel, M. Andry, «?Copie de la supplique présentée au roi?».
  • [117]
    AN?: MC/ET/XXIII/735, Contrat de mariage de Charles Louis François Andry et de Marie Louise Brisseau, 21 janvier 1775.
  • [118]
    FDLC?: 390, op. cit. (n. 38)
  • [119]
    Anne Borsay, Peter Shapeley, (dir.), Médicine op. cit (n. 97).
  • [120]
    Pierre Lalouette, Traité des scrofules vulgairement appelés écrouelles ou humeurs froides, Paris, Fr. Didot, 1785, t. 1, p. XIII.
  • [121]
    Pierre Lalouette, Traité des scrofules vulgairement appelés écrouelles ou humeurs froides, Paris, Gauguery, 1782, t. 2, pp. XVII-XVIII. Il fait venir les malades pendant la semaine pour poursuivre ses observations et les visite aussi à domicile.
  • [122]
    Ibidem, pp. IX-X.
  • [123]
    Affiches, annonce et avis, n° 28, 12 juillet 1780, p. 111.
  • [124]
    Jean Charles Pierre Lenoir est sensibilisé aux questions médicales en tant qu’associé libre de la Société Royale de Médecine.
  • [125]
    Joseph Jacques Gardanne, Manière sûre et facile de traiter les maladies vénériennes, Paris, s. n., 1773, p. V.
  • [126]
    Traitement public et gratuit des Enfants attaqués de la maladie vénérienne administré par M. le Lieutenant général de Police, Paris, Gueffier, 1770, p. 3.
  • [127]
    Joseph Jacques Gardanne, Recherches pratiques sur les différentes manières de traiter les maladies vénériennes, Paris, P. Didot, 1770, p. 260.
  • [128]
    Ibidem, Préface, p. XXIII.
  • [129]
    «?Rapport de MM. les Commissaires de la Faculté de médecine de Paris, 19 octobre 1772?», in Joseph Jacques Gardanne, Manière sûre et facile de traiter les maladies vénériennes, op. cit. (n. 125), pp. 93-94.
Français

Élite médicale, les docteurs régents de la Faculté de médecine de Paris possèdent le privilège exclusif d’exercer leur art dans la capitale. À ce titre, la Faculté de médecine parvient à faire interdire la tenue des consultations charitables mises en place par Théophraste Renaudot, docteur de Montpellier, mais le Parlement lui donne l’ordre d’y suppléer en 1644.
Si la Faculté de médecine peine à imposer la tenue de ces consultations gratuites aux docteurs régents, ceux-ci s’adonnent aux activités charitables dans le cadre des Compagnies de Charité de paroisse tenues par les Filles de la Charité de Saint-Vincent-de-Paul. Devenu médecin de paroisse, aux appointements fixes et réguliers, le docteur régent explore son territoire d’exercice, accumule un savoir spécifique sur un groupe, « consommateur de la charité », exprimant une demande de soin spécifique et pouvant, à tout moment, retrouver une position économique stable. Acteur de la nouvelle politique d’assistance du pouvoir royal, les docteurs régents cherchent à dominer ce « marché de la charité », dont l’implantation paroissiale tend progressivement à s’élargir au Royaume.

Mots clés

  • France
  • xviie-xviiie siècles
  • Paris
  • assistance
  • économie de la médecine
  • Docteurs régents de la Faculté de médecine
  • Filles de la Charité
Isabelle Coquillard
Isabelle Coquillard est doctorante en Histoire moderne à l’Université Paris Ouest-Nanterre-La Défense, membre du Chisco (Centre d’Histoire Sociale et Culturelle de l’Occident, EA 1587) et de la Société Française d’Histoire de la médecine. Elle prépare, sous la direction de Jean Duma, une thèse sur les docteurs régents de la Faculté de médecine de Paris (1707-1822). Elle a participé à l’ouvrage Histoires de nobles et de bourgeois. Individu, groupes, réseaux en France xvie-xviiie siècles (sous la direction de Jean Duma) et à la 11e Conférence internationale d’histoire urbaine (Prague, 29 août-1er septembre 2012).
Mis en ligne sur Cairn.info le 16/01/2014
https://doi.org/10.3917/rhis.134.0875
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