CAIRN.INFO : Matières à réflexion

1Au point de vue des relations internationales, la seconde moitié du xixe siècle marque tout à la fois l’apogée de l’influence des grandes puissances européennes sur le reste du monde et la remise en question de plus en plus virulente, puis l’effondrement de l’ordre européen tel qu’il avait été établi lors du Congrès de Vienne de 1815 [1]. Ce dernier a cependant eu une influence considérable, non seulement sur l’histoire européenne, mais aussi sur la manière dont elle a été perçue et étudiée. En effet, le Congrès de Vienne a – via le système du Concert européen notamment, auquel n’étaient conviés que les « grands » – élaboré une véritable dichotomie entre les puissances de premier et de second ordre [2]. Or, ce clivage a encouragé les historiens à n’envisager que la politique étrangère des grandes puissances, reléguant les plus petits États au rang de faire-valoir et leur niant un rôle d’acteur à part entière dans les relations internationales [3]. Dans un tel contexte, où la grande majorité des États sont considérés comme des enjeux et non des acteurs, il n’y a rien d’étonnant à ce que les activités et le pouvoir d’influence des acteurs non étatiques dans les relations internationales aient été encore plus rarement envisagés. Or, les derniers développements de la recherche dans les Critical Security Studies et le renouvellement conceptuel qui s’ensuit amènent à devoir reconsidérer la nature des menaces auxquelles peut être confronté un État, et à élargir son champ d’application aux acteurs non étatiques et aux mouvements clandestins [4]. Le but de cet essai est donc de sortir de cette lecture stato-centrée des relations internationales au xixe siècle, et de démontrer l’importance de ces acteurs non étatiques au sein du système international. C’est dans cette optique que nous avons choisi d’étudier le cas du Comité d’Ostende ainsi que son impact sur les relations belgo-espagnoles.

2Formé durant le mois d’août 1866 à l’initiative du général Juan Prim [5], ce comité regroupe une série de figures des partis progressistes et démocrates espagnols opposés à la reine Isabelle II, partis en exil après l’échec d’un premier pronunciamiento en juin 1866. La situation de l’Espagne est à l’époque très complexe : plusieurs crises politiques, financières, industrielles et agraires se succèdent et appauvrissent la population, attisant son mécontentement, tandis que la guerre hispano-sud-américaine écorne l’image du pays et de ses gouvernants [6]. Miné par plusieurs crises internes mêlant corruption, despotisme et incompétence, le gouvernement dirigé par le parti modéré au pouvoir depuis 1845 se révèle incapable de trouver des solutions [7]. La monarchie elle-même est remise en question en raison de l’impopularité de la reine Isabelle II, à qui l’on reproche non seulement certaines interventions politiques, mais aussi et surtout une vie privée dissolue, très mal perçue dans une Espagne encore fortement marquée par le catholicisme conservateur [8].

3Progressistes et démocrates réunis à Ostende se divisent sur la question du régime du futur État espagnol – monarchie constitutionnelle ou véritable république – mais parviennent néanmoins, le 16 août, à un accord connu sous l’appellation de Pacte d’Ostende. Celui-ci se résume à deux objectifs : d’une part détruire l’ordre des choses existant dans les hautes sphères du pouvoir en Espagne ; d’autre part former un gouvernement provisoire et une assemblée constituante élue au suffrage universel qui pourrait alors décider du sort du pays [9]. Il va sans dire que les procédés envisagés pour parvenir à ces fins ne passent pas par la voie légale, mais relèvent plutôt du registre de la conjuration et du coup d’État, via une série de pronunciamientos que les conjurés comptent provoquer simultanément dans plusieurs villes du pays. Ce Pacte d’Ostende est important à bien des points de vue : non seulement il fixe les priorités des progressistes et démocrates espagnols, mais il les unit aussi et avant tout au sein d’une même structure – dont le Pacte est le texte fondateur – qui n’est ni un parti politique, ni même un simple mouvement d’opposition. Si ce comité s’est fixé des objectifs nationaux, le cadre géographique et politique dans lequel il évolue ne se limite plus uniquement à l’Espagne. À l’inverse des précédents mouvements d’insurrection qui avaient secoué le pays, le Comité d’Ostende a ainsi clairement une vocation internationale, cherchant partout en Europe des soutiens politiques, financiers, et militaires, en dehors des cercles traditionnels strictement espagnols.

4À partir des nombreuses archives laissées par la Sûreté publique et les Affaires étrangères belges sur les pérégrinations du général Prim et du Comité d’Ostende, cet essai porte tant sur le rôle et l’impact que ceux-ci ont pu avoir au sein du système international que sur la manière dont ils ont été appréhendés par les gouvernements belge et espagnol, mais aussi sur l’évolution des relations diplomatiques entre les deux États tout au long de la période étudiée. Celles-ci ont en effet, sans surprise, beaucoup souffert de l’organisation en Belgique d’une véritable conspiration fomentée contre la couronne d’Isabelle II, et plus tard des heurts entre les autorités belges et le général Prim, finalement parvenu au pouvoir.

Des activistes et réfugiés politiques parmi d’autres

5Les progressistes et démocrates espagnols ne se sont pas réunis à Ostende par hasard. Des proscrits du Second Empire aux carbonari italiens, des anarchistes de tous bords aux patriotes polonais, tous ont, à un moment ou à un autre, mené leur combat depuis le plat pays. Dans une Europe encore largement sous la férule de monarques absolutistes et de gouvernements autoritaires, la Belgique du xixe siècle en effet fait figure, avec l’Angleterre, d’exception. Sa constitution garantit la plupart des droits et libertés qui définissent encore aujourd’hui un État démocratique : séparation des trois pouvoirs, égalité des citoyens devant la loi, garantie des libertés fondamentales telles que les libertés de la presse, de culte, de réunion et d’association. La législation concernant les étrangers y est certes encore assez répressive, mais l’impossibilité légale d’extrader les criminels politiques, le faible coût de la vie, la situation géographique du pays – à mi-chemin de Londres, Paris et Berlin et disposant d’une ouverture sur la mer – et ses nombreuses voies de communication contribuent à faire de la Belgique le refuge idéal pour tous les activistes et réfugiés politiques d’Europe [10].

6La Sûreté publique – nom porté par la police secrète belge, chargée notamment de la police des étrangers – s’efforce bien de tenir le gouvernement au courant des agissements de ceux qui, parmi eux, forment des groupes supposés dangereux, mais sa mission se voit compliquée par le fait que « dans un pays libéral où toute surveillance politique paraît illégitime, le déploiement de ces polices secrètes, malgré tout restreint au regard d’autres pays voisins, subira de nombreux aléas et manquera pour le moins de coordination [11] ». Le cas de l’orangisme belge est particulièrement éclairant, puisque même la surveillance de ce mouvement contre-révolutionnaire est remise en question, les autorités privilégiant l’épuration de ses partisans dans l’administration et leur mise à l’écart des organes de pouvoir [12]. Cette répugnance vis-à-vis de la surveillance politique permet en conséquence aux orangistes de mener plusieurs coups d’État entre 1830 et 1841, en dépit des efforts d’Emmanuel François puis d’Alexis Hody, les administrateurs de la Sûreté publique. Rapidement réprimés, ces coups d’État ne tempèrent toutefois nullement l’impopularité de la Sûreté publique « considérée comme aussi inutile qu’inefficace et dangereuse », et de ses méthodes, directement héritées de la police secrète de Fouché [13].

7Les autorités belges, tenues par les traités internationaux de conserver une certaine neutralité et de ne pas s’immiscer dans les affaires intérieures de leurs voisins, ont en outre fait preuve d’un certain laxisme envers ces réfugiés politiques, ce qui mérite une attention toute particulière. Cette tolérance doit être appréciée à la lumière du concept de « culture politique [14] ». Les différents ministres, députés et sénateurs du Parti libéral au pouvoir depuis près de vingt ans en Belgique, partagent et défendent tous un certain nombre de valeurs et de libertés qui forment une culture politique commune avec les mouvements progressistes et démocratiques qui fleurissent un peu partout en Europe durant le xixe siècle. Les hommes politiques libéraux se reconnaissent donc en grande partie dans ces groupes, et notamment dans les progressistes et démocrates espagnols, même s’ils ne peuvent les soutenir officiellement :

8

Les valeurs libérales auxquelles le régime belge a adhéré ont en fait atténué de très nombreux éléments de sa rigoureuse politique des étrangers. […] Le pouvoir législatif, via le parlement, a également contrôlé et encadré les pouvoirs de l’exécutif envers les étrangers, en s’assurant que la Sûreté reste une institution relativement faible [15].

9Les autorités belges se montrent de ce fait très cordiales avec les activistes et réfugiés politiques tant que ceux-ci se plient aux lois du pays et ne s’en prennent pas à la Belgique ou ne menacent pas sa sécurité. On observe par exemple qu’elles ne prennent aucune mesure d’importance à l’encontre des nombreux journalistes et écrivains proscrits par le Second Empire pour s’être livrés à des activités de presse et d’édition répréhensibles. Même la loi Faider sur les crimes de presse, pourtant adoptée précisément en 1852 afin de contenter Napoléon III, n’est guère appliquée [16]. En fait, les seuls exilés poursuivis sont ceux qui s’étaient montrés hostiles auparavant à la Belgique, ou ceux dont l’activité met directement en danger la sécurité du pays, comme Victor Hugo. L’écrivain, qui a pourtant été accueilli en Belgique avec bienveillance pendant près de vingt ans, et dînait même souvent avec le bourgmestre de Bruxelles et le ministre d’État, Jules Van Praet, se voit expulsé au lendemain de la Commune de Paris, après avoir publié une lettre dans l’Indépendance belge du 28 mai 1871 dénonçant le manque d’hospitalité de la Belgique à l’égard des réfugiés français, ce qui a entraîné de nombreux remous tant dans la rue qu’à la Chambre des représentants [17]. La plupart du temps toutefois, les autorités belges ne cherchent pas la confrontation, sans doute aussi pour ne pas attirer plus l’attention, misant sur le fait que la plupart des scandales finissent par s’étouffer d’eux-mêmes. Le journaliste Henri Rochefort, qui avait dû fuir la France pour échapper aux poursuites judiciaires de l’Empire à la suite des scandales suscités par ses Lanternes, en avait par la suite repris la publication depuis Bruxelles ; il relate dans ses souvenirs que :

10

Le gouvernement belge, un peu inquiet de cette lutte entamée sur son territoire avec un voisin qu’il redoutait, s’il ne l’aimait guère, m’avait fait prier, non pas de quitter Bruxelles, mais de dater mes numéros d’une ville d’Allemagne ou de Hollande ce qui dégagerait dans une certaine mesure la responsabilité de la Belgique. Je louai aussitôt, moyennant la somme peu ruineuse de vingt-cinq francs par mois une chambre à Aix-la-Chapelle où je n’ai jamais mis les pieds, mais d’où sont datées presque toutes mes Lanternes écrites en exil [18].

11Dans la mesure où les progressistes et démocrates espagnols n’ont jamais eu le moindre démêlé avec la Belgique et ne semblent pas menacer sa sécurité, il n’y a dès lors rien d’étonnant à ce que les autorités belges les aient laissés se réunir sur leur sol en août 1866. La Sûreté publique se montre en revanche très inquiète lorsqu’un mois plus tard, des journaux parisiens affirment sur la foi de rumeurs que les réfugiés espagnols disposent à Ostende d’une presse qui leur sert à propager, depuis Bruxelles, des textes et des proclamations incendiaires en Espagne [19].

Des conspirateurs peu discrets

12L’arrivée des réfugiés politiques espagnols à l’Hôtel de France à Ostende n’échappe à personne, pas plus que le motif de leur présence en Belgique. Dès l’arrivée du général Prim au mois d’août 1866, la Sûreté publique a dépêché un agent sur place qui entretient quotidiennement de tous ses faits et gestes Napoléon Verheyen et Jules Bara, l’administrateur de la Sûreté et le ministre de la Justice. La Sûreté demande en outre des rapports supplémentaires au bourgmestre d’Ostende, Jean Van Iseghem, et au commissaire de police de cette même ville d’effectuer des contrôles auprès des hôtels et restaurants fréquentés par le général Prim et ses amis [20]. Prim ne se montre de toute façon guère discret, et ne semble pas avoir l’intention de renoncer au train de vie qui était le sien en Espagne ; sa seule suite (lui et sa famille, les dames de compagnie, femmes de chambre, courriers et domestiques) comprend pas moins de dix-neuf personnes [21]. Il reçoit en outre énormément de réfugiés espagnols et participe activement à la vie mondaine de la petite cité balnéaire, pratiquant la chasse, allant au théâtre et sortant beaucoup, en particulier au Kursaal, un luxueux casino où il côtoie tout le gratin européen, croisant tour à tour Léopold II et son épouse ou la reine du Wurtemberg [22]. De plus le Général ne dissimule rien de ses ambitions et de ses projets. Le prince Alexandre Cuza, ex-roi de Roumanie déchu quelques mois plus tôt et qui occupe lui aussi une suite à l’Hôtel de France, est ainsi en mesure d’expliquer à un agent infiltré de la Sûreté publique la manière dont sont organisées les cellules clandestines mises en place par Prim en Espagne. Le prince Cuza indique même que ce dernier lui a affirmé avoir obtenu le soutien du Portugal [23] !

13À la veille de la signature du Pacte d’Ostende, l’agent envoyé par la Sûreté publique a déjà identifié plus d’une dizaine d’officiers et politiciens espagnols accompagnant le général Prim [24]. Van Iseghem relève de son côté qu’après avoir séjourné un temps à l’Hôtel de France, Prim et sa suite ont emménagé dans une maison particulière, tandis que d’autres Espagnols, parmi lesquels de nombreux officiers généraux et supérieurs, louent des appartements dans les rues avoisinantes ou des chambres à l’Hôtel de Gand [25]. La Belgique servant en effet de centre d’opérations à partir duquel progressistes et démocrates organisent leur contestation du pouvoir de Madrid, seuls les meneurs de ces deux partis ont besoin d’y être présents. Ceci se vérifie dans les listes d’Espagnols présents à Ostende et Bruxelles dans les semaines qui suivent, où la part d’aristocrates et d’officiers supérieurs est anormalement élevée [26]. La grande majorité des Espagnols en exil, principalement des soldats et sous-officiers accompagnés de leur famille, sont en réalité restés dans le Sud-Ouest, ou se sont établis dans l’Est de la France, à proximité de la frontière suisse [27]. Ne faisant qu’attendre pacifiquement les ordres de leurs chefs, ils ne sont pas inquiétés par les autorités françaises, qui n’ont rien à leur reprocher. Le général Prim et ses comparses, en revanche, ont besoin des libertés que leur accorde la Belgique pour mener à bien leurs projets, multipliant les estafettes à destination de Paris et de Londres afin de gagner les soutiens politiques et financiers qui leur font encore défaut [28].

14Dans un premier temps, le gouvernement belge préfère laisser faire. Sa ligne de conduite peut paraître surprenante par rapport à celle, nettement moins conciliante, qu’il a adoptée à la même époque à l’encontre des réfugiés politiques français [29]. C’est qu’à l’inverse de la France, avec laquelle la Belgique a opté pour une politique accommodante et ce, avant même le coup d’État de Napoléon III de 1851, favorisant notamment l’expulsion des proscrits français qui « arriveraient en Belgique dans des vues hostiles à la tranquillité publique [30] », l’Espagne n’est en rien une menace pour la sécurité de la Belgique. Alors que les autorités avaient officiellement fait « tout ce qui [était] en leur pouvoir pour éviter que la Belgique ne devienne un centre d’intrigues » contre la France, elles font preuve d’une apathie manifeste face aux progressistes et démocrates espagnols qui se réunissent à Ostende [31]. Les seuls ordres donnés par le ministre de la Justice à la Sûreté publique les concernant consistent à exercer une surveillance active à leur encontre, ainsi qu’à leur réclamer leur passeport, contrôle dont ils sont normalement dispensés [32]. Or, il s’avère que plusieurs membres influents du Comité d’Ostende produisent de faux documents ou taisent leur véritable identité, ignorant encore être suivis par la Sûreté publique depuis leur arrivée en Belgique [33]. Sommé de fournir son véritable passeport par un agent qui l’avait reconnu, le général Contreras, qui se faisait appeler don Juan Carrasco y Román, avoue user de ce pseudonyme depuis plusieurs semaines « pour ne pas être reconnu à son retour en Espagne, et qu’il avait déjà fait trois voyages dans ce dernier pays » sans être inquiété le moins du monde par les autorités espagnoles [34]. À la même époque, des rumeurs évoquant d’importants achats d’armes par le général Prim auprès des armuriers de Liège inquiètent beaucoup la Sûreté publique, sans que pour autant de nouvelles mesures soient prises à son encontre [35].

15Il faut attendre une réclamation officielle du ministre plénipotentiaire de la légation d’Espagne, le marquis de San Carlos, pour que le gouvernement belge se décide à agir. Le 16 octobre 1866, le diplomate espagnol attire en effet l’attention du ministre des Affaires étrangères, Charles Rogier, sur « certains actes posés en Belgique par l’émigration espagnole : 1. Sur une réunion extraordinaire tenue à Ostende ; 2. Sur un mouvement continuel entre Paris et Bruxelles d’émissaires chargés des ordres de Prim ; 3. Sur un emprunt qui aurait été négocié par M. Prim ; 4. Sur une paie régulière distribuée par M. Prim aux réfugiés ; 5. Sur le port de faux noms par certains réfugiés [36] ». Le Général avait quitté Ostende le 29 septembre avec une vingtaine d’autres Espagnols pour s’installer à Bruxelles [37], facilitant ainsi le travail de la Sûreté publique qui dispose de plus de contacts dans la capitale. Une liste de près d’une trentaine de réfugiés espagnols présents à Bruxelles, mentionnant les noms, les titres et qualités, les date d’arrivée dans la capitale et les moyens par lesquels ils y sont arrivés, ainsi que l’adresse à laquelle résident tous les réfugiés espagnols identifiés, est préparée dans les heures qui suivent la visite du ministre de la légation d’Espagne à Rogier [38]. La Sûreté publique ne tarde en outre pas à démontrer que le général Prim n’a réalisé aucun emprunt et n’a procédé à aucun achat d’armes, mais s’engage à faire exercer une surveillance plus rigoureuse sur ses activités [39]. Après la protestation du diplomate espagnol, la liste des réfugiés espagnols présents à Bruxelles est actualisée à cinq reprises entre la mi-octobre et la fin novembre 1866, et plus d’une cinquantaine de personnes y sont précisément identifiées [40]. Sans qu’il ait été possible de déterminer si Verheyen en a reçu l’ordre de Bara ou s’il en a lui-même pris l’initiative, la Sûreté publique commence également à renseigner le marquis de San Carlos sur les déplacements des principaux meneurs du Comité d’Ostende à partir du mois d’octobre [41].

Heurts belgo-espagnols à propos du Comité d’Ostende et Dégradation des rapports entre Prim et la Belgique

16Durant toute la fin de l’année 1866 et au début de 1867, le général Prim renforce sa position à la tête du Comité d’Ostende. Il entretient financièrement un grand nombre de réfugiés espagnols en France, en Belgique et en Angleterre, accentuant sa mainmise sur l’organisation, et se rendant irremplaçable par sa capacité à mobiliser un grand nombre d’officiers et de soldats [42]. La situation se complique encore en mars 1867. Démocrates et progressistes du Comité d’Ostende se réunissent en effet à nouveau à Mons afin de renforcer leur collaboration et d’établir des plans d’action plus précis, ce qui ne manque pas d’inquiéter le gouvernement espagnol. Connaissant mal les moyens d’action des conspirateurs, celui-ci pense pouvoir en conjurer les effets en restreignant sévèrement les conditions d’entrée dans la péninsule. Mais « si ces mesures de prudence maintenaient les conspirateurs en dehors du territoire, elles n’interrompaient pourtant pas tout rapport entre eux et l’intérieur du pays [43] », et ne les inquiétaient nullement dans leurs préparatifs, leur laissant toute latitude pour de nouvelles concertations. À la fin du mois de mars, observant qu’aucune mesure n’avait été prise en Belgique à l’encontre du général Prim ou des autres réfugiés espagnols à la suite de la protestation de San Carlos, le ministre des Affaires étrangères espagnol, Eusebio Calonge, convoque Auguste Van der Straten-Ponthoz, le ministre de Belgique à Madrid, occasion pour lui de revenir sur les « conspirations ourdies en Belgique par les réfugiés politiques espagnols » et d’insister « sur leurs fréquents voyages à Paris et leur présence dans une seule et même ville de Belgique » [44]. Il formule pour la première fois des exigences très strictes au gouvernement belge, préconisant l’internement de ces réfugiés politiques dans différentes villes du royaume et la soumission de tous leurs déplacements à une autorisation préalable des autorités belges, exigences répétées à plusieurs reprises auprès de Van der Straten dans les jours qui suivent [45].

17Si les autorités belges n’obtempèrent pas, la Sûreté publique exerce toujours une surveillance très stricte sur les réfugiés politiques espagnols. Depuis le mois d’octobre, elle tient ainsi à jour plusieurs listes de réfugiés séjournant dans les grandes villes du pays, et recourt aux administrations communales et aux services de police des villes d’Anvers, Gand, Mons, Liège, Spa, Bruxelles et d’autres communes aux alentours pour les compléter et se tenir informée de leurs déplacements et de leurs fréquentations [46]. Lieux de sociabilité de tous les réfugiés politiques exilés déjà tout particulièrement tenus à l’œil par la police, les cafés et estaminets de Bruxelles où se réunissent quotidiennement les progressistes et démocrates espagnols, sont davantage surveillés encore [47]. Au total, la Sûreté publique suit ainsi de près les faits et gestes d’une centaine de réfugiés politiques espagnols, mais aussi de certains officiers de l’armée belge avec lesquels ils sont en contact [48]. Des fiches de signalement très précises sont également rédigées concernant Prim et les autres leaders du Comité d’Ostende, en particulier les anciens officiers et hommes politiques tels que les généraux Milans del Bosch, Contreras, Pierrard Alcedar et De la Torre, ou l’ancien ministre Joaquin Aguirre de la Peña [49].

18Les demandes verbales de Calonge n’ayant toutefois pas abouti, San Carlos adresse le 22 avril 1867 une note au gouvernement belge, sur les instructions du gouvernement espagnol, proposant « 1. de notifier aux émigrés l’endroit où ils devraient résider ; 2. de leur interdire de quitter leur résidence sans motif justifié et sans avis donné à l’autorité locale [50] ». C’était beaucoup plus que ce que le gouvernement belge était prêt à concéder, d’autant plus que « les réfugiés ne commettaient aucun délit de nature à motiver leur expulsion, et [qu’]une surveillance plus stricte ne cadrait pas avec l’esprit des institutions belges [51] ».

19La comparaison des politiques tenues respectivement à l’égard des réfugiés français et espagnols est à nouveau pertinente. Pourquoi les autorités belges font-elles si peu cas des exigences espagnoles ? De quels moyens et arguments les autorités espagnoles disposent-elles pour convaincre ou contraindre leurs homologues belges à répondre favorablement à leurs demandes ? En réalité, la marge de manœuvre de Madrid est très limitée : l’Espagne ne représente en rien une menace au point de vue militaire pour la Belgique, dont l’indépendance et la neutralité sont garanties par les grandes puissances européennes ; elle ne dispose d’aucun moyen de pression qui pourrait lui permettre de parvenir à ses fins. Au surplus, l’instabilité chronique du régime espagnol, tant au point de vue politique qu’économique, de même que sa dépendance envers les investissements étrangers et notamment belges [52] affaiblissent sa position vis-à-vis de Bruxelles. En d’autres termes, tant que le projet de coup d’État ne se matérialise pas en actes ouvertement menaçants, le gouvernement belge n’a aucune raison de céder aux demandes espagnoles et se refuse à agir. Néanmoins, dans un souci de conciliation, le général Prim est invité par Bara à ne pas s’éloigner de Bruxelles sans en avoir averti au préalable la Sûreté publique [53]. Soucieux de pas s’aliéner les autorités belges alors que les préparatifs du coup d’État ne sont pas achevés, Prim accepte et s’engage à restreindre autant que possible le cercle des réfugiés qui le visitent [54]. Ces mesures ne semblent cependant pas suffire au gouvernement espagnol, Calonge et San Carlos réitérant vivement leurs plaintes auprès des autorités belges [55].

20Les événements s’accélèrent brutalement pendant l’été 1867 : Prim et les progressistes du Comité d’Ostende se rendent sur les côtes de Catalogne afin d’y faire éclater l’insurrection fomentée à Bruxelles. Le gouvernement belge en a vent et avertit alors le général espagnol qu’il ne serait plus admis à rester en Belgique s’il tentait d’y revenir par la suite. À la demande de la Sûreté publique, la demeure dans laquelle réside la famille de Prim à Bruxelles est mise sous surveillance par la police, qui dresse des rapports quotidiens au bourgmestre sur toutes les allées et venues des proches du général [56]. Madrid finit donc par obtenir satisfaction, trop tard semble-t-il, sauf que la tentative de coup d’État se révèle rapidement être un échec cuisant. Le prestige du général Prim en sort entaché, ce dernier n’ayant même pas tenté de participer aux combats pour des raisons qui font encore l’objet de nombreuses discussions aujourd’hui [57]. Le statut de Prim et le jugement que porte sur lui le public belge ont changé : de héros chevaleresque et idéaliste auquel les libéraux vouaient quelques sympathies, l’homme est devenu un conspirateur, un comploteur ne pouvant que susciter le désordre et l’insécurité même en Belgique.

21En dépit des avertissements du gouvernement belge, Prim revient en Belgique au mois d’octobre, après un bref séjour en France. Le ministre d’Espagne exige immédiatement son expulsion, soutenu par une partie de l’opinion publique catholique, mais aussi libérale, « qui la réclame par crainte des complications diplomatiques [58] ». Pour faire fléchir le gouvernement, la presse libérale radicale – avec qui Prim entretient d’excellents rapports – se lance dans de vibrants plaidoyers en faveur du Général. Les différents organes de presse du pays s’opposent violemment sur le sujet, les journaux radicaux libéraux abandonnant très vite leur ton conciliant envers le gouvernement, ouvertement critiqué pour sa servilité et sa sujétion supposée aux puissances étrangères. La Liberté se fait par exemple l’écho d’un entretien que Bara aurait eu avec Prim avant son départ pour l’insurrection manquée d’août 1867, au cours duquel le ministre belge se serait montré particulièrement curieux de ses plans et de ses objectifs. Prim, « froissé jusqu’au vif aurait répondu qu’il était étonné de voir un ministre belge se faire l’espion du marquis de San Carlos [59] ». Critiquant à son tour l’éventualité de l’expulsion du général Prim, le Peuple belge proclame, quant à lui, que « ceux qui outragent ainsi l’esprit et la loi de la Constitution » doivent s’attendre « à voir tous les bons citoyens se ranger autour de nos institutions libérales pour défendre contre le gouvernement même la grande œuvre et la révolution de 1830 » [60]. L’Indépendance belge, qui estime illogique d’expulser Prim alors qu’il n’avait jamais fait mystère de ses plans, rajoute pour sa part, dans un article prophétique, « n’oublions pas aussi que les proscrits d’aujourd’hui peuvent être demain au pouvoir [61] ».

22Pour satisfaire aux instances de plus en plus pressantes du gouvernement espagnol, le ministre des Affaires étrangères, Charles Rogier, signifie donc au général Prim « qu’il a à évacuer la Belgique. Celui-ci lui répond qu’il ne s’en irait qu’entre deux gendarmes » [62]. Le ton monte rapidement entre les deux hommes, au point que Rogier en vient à mettre en doute le courage du général Prim lors de sa tentative de coup d’État du mois d’août. Les rapports sont muets sur la suite de leur conversation, mais le leader du Comité d’Ostende quitte volontairement la Belgique quelques jours plus tard pour ne plus jamais y revenir, sans toutefois qu’un ordre d’expulsion lui eût été signifié, et sans que le moindre gendarme l’ait escorté à la frontière [63]. Interrogé à la Chambre des représentants quelques mois plus tard à ce sujet, Bara tenta de dédouaner le gouvernement et de rejeter la faute sur Prim, déclarant sans sourciller qu’il ignorait tout de ses agissements et n’avait aucune preuve qu’il conspirait contre l’Espagne avant l’insurrection de 1867 [64]. Depuis Londres, Prim lui répond en publiant une lettre particulièrement vindicative dans LIndépendance belge, ce journal se livrant par la suite à un duel par articles interposés avec L’Écho du Parlement, le journal officieux du gouvernement [65]. Prim nourrit donc quelques ressentiments à l’encontre de Rogier et plus encore de Bara, parlant de ce dernier « avec une colère méprisante, soutenant que celui-ci le fait espionner comme un vulgaire conspirateur [66] ». La Sûreté publique continue d’ailleurs à le faire surveiller même après qu’il se soit établi à Londres, et se tient au courant de tous ses déplacements, craignant encore son retour en Belgique [67].

23Cet incident aurait pu ne pas prêter à conséquences, mais la situation du gouvernement espagnol et de la reine Isabelle II se détériore rapidement à partir de mars 1868. Les progressistes et démocrates du Comité d’Ostende, qui continuent leur lutte depuis l’Angleterre, obtiennent en effet le soutien du général Serrano, à la tête des unionistes libéraux qui se rallient définitivement à eux le 30 juin 1868 en signant le Pacte de Bruxelles [68]. Les trois factions profitent de la mort du général Narváez, leader incontesté du parti modéré, et de la faiblesse de son successeur González Bravo pour déclencher un nouveau mouvement insurrectionnel à Cadix le 18 septembre. Cette révolution de 1868, la Gloriosa, se répand partout dans le pays et Isabelle II est contrainte de fuir Saint-Sébastien pour la France, avant la mise en place d’un gouvernement provisoire le 8 octobre, et l’élection d’une assemblée constituante au suffrage universel [69]. C’est le triomphe des idées du Comité d’Ostende, et le général Prim obtient sans surprise dans le nouveau cabinet l’important poste de ministre de la Guerre. Après sa victoire lors des élections de janvier 1869, il s’arroge également le poste de président du Conseil des ministres, qu’il occupa jusqu’à sa mort en décembre de l’année suivante. Pour l’Espagne, cette période marque le début des « sexenio democrático », six années durant lesquelles elle a pour la première fois connu et expérimenté des gouvernements démocratiques, avant la restauration bourbonienne de décembre 1874. Mais pour les relations belgo-espagnoles, la situation est on ne peut plus tendue, Prim ne perdant jamais une occasion de rappeler aux ministres belges la manière dont ils l’avaient traité [70].

Conclusions

24Comment le Comité d’Ostende a-t-il été perçu par les autres acteurs du système international auxquels il a été confronté ? Pour les gouvernements espagnols modérés qui se succèdent au pouvoir dans les dernières années du règne d’Isabelle II, le Comité d’Ostende n’a pas d’existence reconnue, et ses différents membres sont de vulgaires conspirateurs. La vision qu’en a le gouvernement belge est plus nuancée, et ce en raison de son expérience des organisations et mouvements clandestins qui trouvent refuge sur son territoire. Le général Prim est officiellement considéré comme le meneur des réfugiés espagnols, et c’est en tant que tel qu’il est convoqué par le ministre des Affaires étrangères et chef du gouvernement. Le Comité d’Ostende n’est certes pas une organisation non-gouvernementale telle qu’on l’entend aujourd’hui, mais il peut être assimilé dans son fonctionnement à un réseau clandestin obéissant à un certain nombre de règles. Ses objectifs ont été clairement définis, et il bénéficie d’une structure organisationnelle dont les ramifications s’étendent un peu partout en Espagne, en Belgique, mais aussi en France et en Angleterre où il a établi ses bases de repli. Si sa période d’activité n’excède pas quelques années, le Comité d’Ostende a pourtant bel et bien joué un rôle au sein du système international. Il a non seulement conditionné toutes les relations diplomatiques entre la Belgique et l’Espagne entre 1866 et 1870, mais a aussi bouleversé l’histoire espagnole en contribuant au succès de la révolution de 1868 et en inaugurant les sexenio democrático.

25L’épisode pose aussi le problème du droit d’ingérence, évidemment lié aux développements du droit international. Selon la théorie classique des juristes du xixe siècle, face à une insurrection, une révolte ou une guerre civile, le gouvernement légal demeure le seul véritable représentant de l’État. À leurs yeux, le devoir de non-intervention est un principe intangible, et les puissances tierces se doivent de ne pas interférer avec les affaires intérieures de leurs voisins, ceci ne pouvant « que compromettre la paix et provoquer des tensions internationales [71] ». Mais en 1866, le cadre législatif régissant la notion d’ingérence dans le système international n’en est encore qu’à ses balbutiements, et il n’existe aucune définition de ce devoir de non-intervention ni de ses limites. Reconnaître le Comité d’Ostende comme belligérant et accorder à ses membres la libre circulation en Belgique, est-ce déjà une ingérence de la part de l’État belge dans les affaires intérieures espagnoles ? À l’inverse, si Prim avait été arrêté ou expulsé dès son arrivée à Ostende, ou s’il avait été contraint par la Sûreté publique de demeurer en résidence surveillée comme l’auraient voulu Calonge et San Carlos, ne se serait-on pas trouvé en présence d’un autre cas d’ingérence où la Belgique aurait pris fait et cause pour le gouvernement d’Isabelle II ? En accueillant les réfugiés politiques espagnols sur son sol, la Belgique ne compromet-elle pas sa neutralité, pourtant principe fondateur de sa politique étrangère ?

26Dans un cadre plus large, cet essai nourrit également de nouvelles réflexions sur la remise en cause des lectures stato-centrées des relations internationales. Il s’agit d’une problématique essentielle dans le renouvellement des notions et des approches de cette discipline, amorcée dès la fin des années 1970 par James Rosenau et reprise ensuite dans les Critical Security Studies[72]. Cette « désétatisation » de l’histoire des relations internationales s’accompagne d’une prise en compte de plus en plus systématique des acteurs non-étatiques, dorénavant pleinement intégrés au sein du système international. Ces acteurs non-étatiques ne doivent pas être réduits aux seuls mouvements politiques insurrectionnels. Ils se caractérisent au contraire par leur grande diversité : les groupes financiers ou industriels qui disposent d’un pouvoir d’influence sans cesse grandissant, les internationales politiques, les réseaux criminels et mafieux, les groupes de presse, certaines congrégations religieuses, associations de libres penseurs ou loges maçonniques, autant de protagonistes nouveaux ou anciens des relations internationales [73]. D’autres acteurs non-étatiques que le Comité d’Ostende ont donc pu influencer les relations belgo-espagnoles entre 1866 et 1870. C’est potentiellement le cas de la Société générale de Belgique, qui a investi énormément d’argent dans la construction du réseau de chemins de fer espagnol et dont l’influence politique en Belgique est sans commune mesure [74], mais aussi de certaines loges maçonniques belges proches des milieux progressistes espagnols, pour ne citer que quelques exemples. Avec l’apparition et le développement de ces nouveaux acteurs, c’est une nouvelle vision plurielle et multi-centrée du système international qui se fait jour.

Notes

  • [1]
    Winfried Baumgart, Europäisches Konzert und nationale Bewegung. Internationale Beziehungen 1830-1878, Paderborn, Schöningh, « Handbuch der Geschichte der Internationalen Beziehungen », 1999 ; Georges-Henri Soutou, L’Europe de 1815 à nos jours, Paris, Puf, « Nouvelle Clio », 2009, 2e éd., pp. 77-158, 445-450.
  • [2]
    Thierry Lentz, Le Congrès de Vienne : une refondation de l’Europe, Paris, Perrin, 2013, pp. 59-105, 241-258.
  • [3]
    Coenraad Arnold Tamse, « The Role of Small Countries in the International Politics of the 1860s: The Netherlands and Belgium in Europe », Acta Historiae Neerlandicae: Studies on the History of the Netherlands, 1976, t. 9, pp. 143-169.
  • [4]
    Fondamental sur ce sujet : Barry Buzan, People, States & Fear: An Agenda for International Security Studies in the Post-Cold War Era, Colchester, ECPR Press, 2016.
  • [5]
    Juan Prim y Prats (Reus 1814 - Madrid 1870) est un général et homme politique espagnol qui a considérablement influencé l’histoire de son pays. Général de renom et homme fort du Parti progressiste, il s’oppose au gouvernement et dirige la révolution de 1868 qui renverse Isabelle II. Il est ensuite ministre de la Guerre, président du Conseil des ministres et régent à partir de 1869, et contribue à faire élire Amédée de Savoie-Aoste roi des Espagnols. Il est assassiné en pleine rue avant que ce dernier ne monte sur le trône. Émilio de Diego Garcia, Prim. Mucho más que una espada, Madrid, Actas, 2014 ; Père Anguera, El general Prim. Biografía de un conspirador, Barcelone, Edhasa, 2003.
  • [6]
    Jordi Canal (dir.), Histoire de l’Espagne contemporaine de 1808 à nos jours, Paris, Armand Colin, 2009, pp. 68-95 ; Juan Francisco Fuentes, El Fin del Antiguo Régimen (1808-1868). Política y sociedad, Madrid, Sintesis, 2007.
  • [7]
    Juan Francisco Fuentes, op. cit., p. 233.
  • [8]
    Marie-Françoise Schmidt, Isabelle II, reine d’Espagne, Paris, Pygmalion, 2011.
  • [9]
    Jorge Vilches, Progreso y Libertad. El Partido Progresista en la Revolución Liberal Española, Madrid, Alianza Editorial, 2001, p. 71.
  • [10]
    Frank Caestecker, Alien Policy in Belgium, 1840-1940: the Creation of Guest Workers, Refugees and Illegal Aliens, New-York, Berghahn, 2000, pp. 4-9.
  • [11]
    Luc Keunings, Des polices si tranquilles. Une histoire de l’appareil policier belge au xix e siècle, Louvain-la-Neuve, Presses universitaires de Louvain, « Histoire, justice, sociétés », 2009, p. 52.
  • [12]
    Els Witte, Le Royaume perdu. Les orangistes belges contre la révolution (1828-1850), Bruxelles, Samsa, 2016, pp. 115-173.
  • [13]
    Luc Keunings, op. cit., p. 20, pour la citation ; id., « Les grandes étapes de l’évolution de la police secrète en Belgique au xixe siècle », Bulletin trimestriel du Crédit communal de Belgique, 1989, n° 169, pp. 5-15.
  • [14]
    Serge Berstein, « L’historien et la culture politique », Vingtième Siècle. Revue d’histoire, 1992, vol. 35, n° 1, pp. 67-77.
  • [15]
    Frank Caestecker, op. cit., p. 17 (citation traduite de l’anglais par l’auteur).
  • [16]
    Éliane Gubin et Jean-Pierre Nandrin, La Belgique libérale et bourgeoise (1846-1878), Bruxelles, Le Cri, 2010, p. 30.
  • [17]
    Anne Morelli, « Victor Hugo expulsé comme agitateur », in Anne Morelli (dir.), Le Bruxelles des révolutionnaires de 1830 à nos jours, Bruxelles, CFC Éditions, 2016, pp. 82-85.
  • [18]
    Henri Rochefort, Les Aventures de ma vie, t. 2, Paris, Paul Dupont, 1896, p. 70.
  • [19]
    Archives générales du Royaume, Bruxelles (ci-après : AGR), Administration de la Sûreté Publique – Police des Étrangers, Dossiers individuels (ci-après : ASP-PEDi), n° 72772 : Prim, lettre de Verheyen à Van Iseghem, 21 septembre 1866.
  • [20]
    Ibid., lettre de Verheyen à Van Iseghem, 16 août 1866 ; AGR, Administration de la Sûreté Publique – Police des Étrangers, Dossiers généraux (ci-après : ASP-PEDg), n° 244, correspondance entre Verheyen et Van Iseghem, août-septembre 1866.
  • [21]
    AGR, ASP-PEDi, n° 72772 : Prim, lettre de Van Iseghem à Verheyen, 24 août 1866.
  • [22]
    Ibid., lettre du gouverneur de Flandre-Occidentale, Benoît Vrambout, à Verheyen, 8 septembre 1866 ; Louis Piérard et Marc-Antoine Pierson, Belgique, terre d’exil, Bruxelles, Labor, 1932, pp. 99-100.
  • [23]
    AGR, Fonds « Jules Bara », n° 26, rapport de la Sûreté publique, 26 août 1866.
  • [24]
    Ibid., rapport de la Sûreté publique, 15 août 1866.
  • [25]
    AGR, ASP-PEDi, n° 72772 : Prim, lettre de Van Iseghem à Verheyen, 21 août 1866.
  • [26]
    AGR, ASP-PEDg, n° 244, fiches de signalement des réfugiés espagnols 1866-1867.
  • [27]
    Constantin Arnoux de Maison-Rouge, préfet du Doubs, indique par exemple à Bara que 300 d’entre eux sont arrivés à Besançon à la fin juin et y logent depuis, à l’exception de l’un ou l’autre de leurs officiers qui sont partis pour Londres le 26 juillet. Ceux-ci se sont ensuite rendus en Belgique le 13 août afin de prendre part aux discussions du Comité d’Ostende. Ibid., lettre de Bara à Arnoux, 29 août 1866, et réponse, 1er septembre 1866.
  • [28]
    Archives du ministère des Affaires étrangères de Belgique, Bruxelles (ci-après : AMAEB), Fonds « B.60. Politique intérieure », vol. 4 : 1861-1870, rapport sur le général Prim, 1867.
  • [29]
    Christophe Chevalier, « Les objectifs et déterminants de la politique étrangère belge – Le cas du conflit austro-prussien de 1866 », Revue belge d’histoire contemporaine, 2017, vol. 47, n° 1, pp. 36-71.
  • [30]
    D’abord très cordiaux avec la France de Louis-Philippe, les rapports deviennent hostiles sous la IIRépublique, puis prudents et craintifs sous le Second Empire. Jean Léo, Napoléon III et la Belgique, Bruxelles, Racines, 2003 ; Romain Yakemtchouk, La Belgique et la France. Amitiés et rivalités, Paris, L’Harmattan, 2010, pp. 20-35. Sur la politique à l’égard des proscrits du Second Empire : AGR, ASP-PEDg, n° 49, Circulaire du 15 décembre 1851.
  • [31]
    Nicolas Coupain, « L’expulsion des étrangers en Belgique (1830-1914) », Revue belge d’Histoire contemporaine, 2003, vol. 33, n° 1-2, pp. 28-30.
  • [32]
    AGR, ASP-PEDg, n° 244, lettre de J.F. Opdebeeck, chef de division à la Sûreté publique, à Verheyen, 22 août 1866.
  • [33]
    AGR, ASP-PEDi, n° 72772 : Prim, lettre de Van Iseghem à Verheyen, 21 août 1866.
  • [34]
    AGR, ASP-PEDg, n° 244, rapport de Verheyen à Bara, 13 septembre 1866.
  • [35]
    AGR, ASP-PEDi, n° 72772 : Prim, lettre de Verheyen à Ferdinand Piercot, bourgmestre de Liège, 18 septembre 1866.
  • [36]
    AMAEB, Fonds « B.60. Politique intérieure », vol. 4 : 1861-1870, rapport sur le général Prim, 1867.
  • [37]
    AGR, ASP-PEDg, n° 244, lettre de Van Iseghem à Verheyen du 30 septembre 1866 ; compte des réfugiés espagnols ayant quitté Ostende du 15 octobre 1866.
  • [38]
    AGR, Fonds « Jules Bara », n° 26, liste nominative des réfugiés espagnols séjournant à Bruxelles à la date du 16 octobre 1866.
  • [39]
    AGR, ASP-PEDi, n° 72772 : Prim, correspondance de Verheyen avec Piercot et le commissaire de la police de Liège, septembre-octobre 1866.
  • [40]
    AGR, Fonds « Jules Bara », n° 26, suites de la liste des réfugiés espagnols séjournant en Belgique, octobre-novembre 1866.
  • [41]
    AGR, ASP-PEDg, n° 244, lettre de San Carlos à Verheyen du 3 novembre 1866.
  • [42]
    AGR, ASP-PEDi, n° 72772 : Prim, lettre de l’adjoint du bourgmestre de Bruxelles, Jules Anspach, à Verheyen du 30 octobre 1866.
  • [43]
    Rose Lucas, La Lutte contre la révolution en Espagne à la fin du règne d’isabelle II (1864-1868), Louvain-la-Neuve, mémoire de licence, 1939, pp. 81-82.
  • [44]
    AMAEB, Fonds « B.60. Politique intérieure », vol. 4 : 1861-1870, rapport sur le général Prim de 1867.
  • [45]
    Rose Lucas, op. cit., p. 83.
  • [46]
    AGR, ASP-PEDg, n° 244, liste nominative des réfugiés politiques espagnols ayant résidé en Belgique en 1866 et 1867, liste des Espagnols séjournant à Bruxelles, Spa, Gand et Ostende 1866-1867, et correspondance entre l’administration de la Sûreté publique et les bourgmestres de villes et communes belges 1866-1867.
  • [47]
    Hans Vandevoorde, « Lieux de conspiration : les débits de boisson révolutionnaires au xixe siècle », in Anne Morelli (dir.), op. cit., pp. 114-129 ; AGR, ASP-PEDi, n° 72772 : Prim, rapport de surveillance du Chien d’or du 10 avril 1867.
  • [48]
    AGR, ASP-PEDg, n° 244, renseignements confidentiels au sujet de relations existant entre les réfugiés espagnols et certains sous-officiers de l’armée belge, 20 novembre 1866.
  • [49]
    Ibid., fiches de signalement des réfugiés espagnols 1866-1867.
  • [50]
    AMAEB, Fonds « B.60. Politique intérieure », vol. 4 : 1861-1870, rapport sur le général Prim de 1867.
  • [51]
    Rose Lucas, op. cit., p. 83.
  • [52]
    Albert Broder, « Les investissements étrangers en Espagne au xixe siècle : causes et mécanismes d’une dépendance. Un essai d’histoire économique à partir d’une comparaison des systèmes bancaires », Transportes, Servicios y Telecomunicaciones, 2010, n° 18, pp. 36-118.
  • [53]
    AGR, ASP-PEDi, n° 72772 : Prim, rapport sur le général Prim du 16 avril 1867.
  • [54]
    AMAEB, Fonds « B.60. Politique intérieure », vol. 4 : 1861-1870, rapport sur le général Prim, 1867.
  • [55]
    Idem ; AGR, ASP-PEDg, n° 244, lettre de San Carlos à Bara du 2 mai 1867.
  • [56]
    AGR, ASP-PEDi, n° 72772 : Prim, rapports de surveillance de la rue Royale, août-octobre 1867.
  • [57]
    Josep Fradera, « Juan Prim y Prats (1814-1870). Prim Conspirador o la pedagogía del sable », in Isabel Burdiel et Manuel Pérez Ledesma (dir.), Liberales, agitadores y conspiradores. Biografías heterodoxas del siglo XIX, Madrid, Espasa Calpe, 2000, p. 263.
  • [58]
    Louis Piérard et Marc-Antoine Pierson, op. cit., pp. 100-101.
  • [59]
    La Liberté, 8 septembre 1867.
  • [60]
    Le Peuple belge, 3 octobre 1867.
  • [61]
    L’Indépendance belge, 4 octobre 1867.
  • [62]
    Louis Piérard et Marc-Antoine Pierson, op. cit., pp. 103-104.
  • [63]
    AMAEB, Fonds « B.60. Politique intérieure », vol. 4 : 1861-1870, rapport sur le général Prim de 1867.
  • [64]
    Annales parlementaires (Chambre), session 1867-1868, séance du 15 mai 1868, pp. 1283-1289.
  • [65]
    L’Indépendance belge, 16, 19, 21, 24 et 26 juillet 1868 ; L’Écho du Parlement, 17, 20, 23 et 25 juillet 1868.
  • [66]
    Louis Piérard et Marc-Antoine Pierson., op. cit., pp. 99-100.
  • [67]
    AGR, ASP-PEDi, n° 72772 : Prim, Prim, rapports de surveillance du général Prim des 24 février et 19 juillet, et lettre de Verheyen à Van Iseghem, 15 juin 1868, et réponse, 16 juin 1868.
  • [68]
    Il est intéressant de constater que malgré son expulsion, Prim a une nouvelle fois choisi de réunir le Comité d’Ostende en Belgique pour signer le pacte scellant l’union entre progressistes, démocrates et unionistes libéraux. À dessein et pour provoquer le gouvernement belge ? Juan Francisco Fuentes, op. cit., pp. 227-229.
  • [69]
    Juan Francisco Fuentes, op. cit., p. 235.
  • [70]
    Louis Piérard et Marc-Antoine Pierson, op. cit., pp. 99-100.
  • [71]
    Charles Zorgbibe, Le Droit d’ingérence, Paris, Puf, 1994, p. 7.
  • [72]
    James Rosenau, « Le touriste et le terroriste ou les deux extrêmes du continuum transnational », Études internationales, 1979, vol. 10, n° 2, pp. 219-252 ; Barry Buzan, People, States & Fear: The National Security Problem in International Relations, Brighton, Wheatsheaf books, 1983 ; Barry Buzan, Ole Waever et Jaap de Wilde, Security: A New Framework for Analysis, Boulder, Lynne Rienner, 1997.
  • [73]
    « Le développement des acteurs non étatiques. Entretien avec Guillaume Devin », Questions internationales, 2013, n° 63, pp. 37-43.
  • [74]
    La Société générale de Belgique investit notamment 10 millions de francs dans la Société des chemins de fer du Nord de l’Espagne en 1858, puis revend ses actions avec une forte plus-value tout au long des années 1860, s’étant, au passage, assurée que des commandes considérables soient passées auprès d’entreprises sidérurgiques sous son patronage : René Brion et Jean-Louis Moreau, La Société Générale de Belgique (1822-1997), Anvers, Mercator, 1998, pp. 165-167. Entre 1866 et 1868, elle compte trois anciens ministres des Finances et un ancien ministre de la Justice parmi les sept membres de son comité de direction : Ginette Kurgan-van Hentenryk, Gouverner la Générale de Belgique – Essai de biographie collective, Bruxelles, De Boeck, 1996, pp. 54-62, 67-71, 75-76.
Français

En août 1866, les dirigeants des partis progressistes et démocrates espagnols en exil se réunissent à Ostende et y forment un comité, qui a pour mission de renverser l’ordre des choses existant en Espagne et de constituer un gouvernement provisoire. Alors que se trame sur le sol belge une véritable conspiration contre le gouvernement espagnol, les autorités belges s’illustrent par leur politique du laissez-faire qui, fatalement, leur est reprochée à Madrid. Le Comité d’Ostende joue dès lors un rôle de premier plan dans les relations belgo-espagnoles entre 1866 et 1870, mais son étude apporte également un nouvel éclairage sur les relations internationales au xixe siècle, démontrant notamment l’importance des acteurs non étatiques et leur influence au sein du système international.

Mis en ligne sur Cairn.info le 03/09/2018
https://doi.org/10.3917/ri.174.0007
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