CAIRN.INFO : Matières à réflexion
« Les yeux et les oreilles sont pour les hommes de piètres témoins,s’ils ont des âmes qui n’en comprennent pas le langage. »
Héraclite
« On a l’obligation de se servir de la monnaie qui a cours dans le pays que l’on explore… »

1 La problématique posée implicitement par le titre de ce numéro de la RPPG (L’observation psychanalytique dans les pratiques groupales) nous confronte à de sérieuses difficultés (méthodologiques, philosophiques, épistémologiques) que nous ne saurions éluder à propos de l’objet même de l’observation et partant de ses modalités spécifiques dès lors qu’elle est qualifiée de psychanalytique, d’une part, et prétend s’exercer, d’autre part, dans des situations plurisubjectives et, par conséquent, à l’égard (des avatars) de la phénoménologie de l’inconscient (dans la perspective) d’un appareil psychique groupal (R. Kaës).

2 Les connotations naturelles de l’observation dont la fonction est attachée aux sciences dites d’observation et associée à la démarche expérimentale ne sont pas sans nous interpeller dès lors qu’on introduit cette procédure méthodologique dans le champ de la psychanalyse et de son application à des phénomènes dont les causalités n’auraient aucune réalité matérielle, tangible, apparente. Indépendamment des instruments de mesure dont elle peut se doter, elle est, en effet, censée s’appliquer à l’examen minutieux de la réalité telle qu’elle se découvre et se donne à voir directement ou indirectement et présuppose déjà un a priori épistémologique sur le statut de celle-ci. Les choses qui sont observées existent-elles comme des choses en soi, ayant une réalité ontologique propre ou sont-elles simplement des réalités empiriques, observées sans qu’on puisse se prononcer sur leur réalité intrinsèque, intime ou substantielle (indépendante de ce qui, d’elles, est observé) ? Quel rapport sommes-nous autorisés à établir entre ce qui est pour soi et ce qui est supposé en soi ?

3 C’est à ce type de question épistémologique sur le statut de la réalité, que la physique quantique n’a pas manqué de confronter les physiciens depuis ses débuts, à l’orée du XXe siècle. Cette référence à la physique quantique dont les découvertes sont contemporaines de la psychanalyse n’est pas fortuite. Si, pour la physique classique, il s’agit de décrire le réel conçu comme ce qui existe indépendamment de la connaissance que nous en avons, dès l’origine, la physique quantique remet en cause les attributs qu’on peut affecter à ce qu’on peut appeler les objets réels. On peut dire que la théorie quantique change fondamentalement le statut de l’objectivité et la représentation que nous nous faisons du « réalisme scientifique ». Comme la psychanalyse, à la même époque, elle nous introduit à un autre type de réalité, contradictoire, contre-intuitive, correspondant à un « nouveau monde », à de nouveaux territoires, à de nouveaux « objets » inédits, à de nouvelles versions de la matière au comportement étrange et paradoxal ! Selon É. Klein (2001), « les objets quantiques ont… des comportements étranges… Pour les comprendre, il faut rompre de façon franche et définitive avec notre intuition, et aussi avec la représentation visuelle des objets physiques. C’est le côté iconoclaste de la physique quantique ».

4 Pour en revenir à l’observation et à ses connotations, on notera qu’observer, c’est faire attention, être attentif à, regarder avec attention, respecter, surveiller, voire épier. Par là même, observer invite à remarquer, à discerner ou à considérer avec application afin de ne laisser échapper rien de ce qui mérite d’être perçu, retenu eu égard à ce qui est estimé utile ou important par rapport à ce qu’on cherche ou recherche. Selon l’étymologie, « observer » vient du latin observare. Servare se traduit par : regarder, veiller, surveiller, ne pas quitter des yeux, (observare ut : veiller à ce que…, observare ne : éviter que…). Le préfixe ob-, signifie : devant, au-devant de, en face, à l’opposé… En tant que préposition, l’expression ob oculos se traduit par : devant les yeux.

Une matière « dé-choséifiée » !

5 Nous retiendrons de l’observation qu’elle consiste à considérer avec attention des choses, des êtres, des événements. Elle se présente à cet égard essentiellement comme un constat de ce qui est. Selon une célèbre expression, « il faut laisser parler les faits tels qu’ils sont » et, à la limite, on ne saurait avoir raison contre les faits conçus comme des données primitives avec lesquelles il serait impossible de négocier ! Il s’ensuit que l’observation repose sur le présupposé épistémologique de la séparation méthodologico-dichotomique de l’observateur et de l’observé (du sujet et de l’objet) et le maintien entre les deux d’une stricte et intangible partition ou démarcation sous peine d’invalider toute prétention à une vision objective.

6 En science, l’observation est affectée à décrire correctement ce qui est observable ; elle se présente comme un procédé scientifique d’investigation consistant dans l’examen attentif d’un fait ou d’un processus en vue de mieux le connaître, le comprendre et excluant toute action sur les phénomènes étudiés. En ce sens, elle vise la plus grande objectivité en prétendant exercer un décalque, une « sténographie de la réalité physique » conçue comme une donnée déjà là. Même s’il est vrai que les apparences sont trompeuses, que « le réel n’est jamais “ce qu’on pourrait croire” » (G. Bachelard) et qu’il convient de dépasser le réalisme naïf, de surmonter la phénoménologie première et accepter qu’« il n’est de science que de ce qui est caché » (G. Bachelard), la physique classique présuppose et se fonde sur d’authentiques réalités, sur l’existence d’un monde réel et sur « la capacité de celle-ci à dépeindre les structures intimes du réel tel qu’il existe indépendamment de nous [3] ».

7 Contre Einstein, qui ne conteste pas la physique quantique, mais qui ne peut abandonner le « réalisme ordinaire » et considère pour cela que la physique quantique est incomplète [4], Niels Bohr (1935), objecte « qu’on doit se garder de tout raisonnement sur la réalité même des choses » ; certaines découvertes fondamentales (comme la notion de « complémentarité [5] », par exemple) étant désormais incompatibles avec le réalisme comme avec ce qui contrevient au principe de localité d’Einstein. Ce principe exclut, en effet, que deux événements puissent s’influencer mutuellement lorsque « ces deux événements sont si lointains dans l’espace et si rapprochés dans le temps que la lumière n’a pas le temps de les relier [6] ». Or les expériences contredisent définitivement et irrémédiablement ce principe [7]. La non-séparabilité, par exemple, défie la distance ou l’intervalle (du genre espace) qui sépare les particules.

8 « Pour moi, écrivait Max Planck [8], qui ai consacré toute ma vie à la science la plus rigoureuse, l’étude de la matière, voilà tout ce que je puis vous dire des résultats de mes recherches : il n’existe pas, à proprement parler, de matière ! » On pourrait inférer de cette déclaration que la représentation que nous nous faisons de la matière à partir de notre expérience ordinaire et banale, et même jusqu’ici confortée par les présupposés de la physique newtonienne, peut s’avérer trompeuse ou pour le moins insuffisante. Déjà, depuis Galilée et ses « expériences de pensée », nous avons appris que les lois physiques disent le contraire de ce qu’on observe ! La découverte récente au CERN [9] par le LHC de Genève du boson de Higgs [10] dont l’existence avait été prédite par le formalisme mathématique depuis cinquante ans (c’est-à-dire déjà connue par les équations [11]), nous découvre l’existence d’un état originel de la matière (qui ne coïncide pas avec l’observation), c’est-à-dire avant qu’elle n’accède à la moindre consistance ou densité et faisant apparaître la masse qui est substantiellement ou intrinsèquement associée à la plus infime particule, serait-elle corpusculaire, comme une propriété secondaire, voire contingente. « L’existence de cette particule (le boson) vient défaire le lien quasi ontologique qu’on avait pris l’habitude d’établir entre matière et masse, comme s’il allait philosophiquement de soi que ces deux notions participent l’une comme l’autre de la même idée de « substance » (É. Klein).

9 La masse acquise par certains corps résulterait de l’interaction des particules avec le vide, ce qui impliquerait que celui-ci ne serait pas tout à fait vide… (É. Klein). La « matière noire » et « l’énergie sombre » des astrophysiciens, matière de nature inconnue, exotique, supposée répartie dans l’univers, constitueraient 96 % de ce qu’il y a dans l’univers. La matière dite normale, celle que nous connaissons et qui intéresse la physique classique ne représente que 4 % !

10 Quoi qu’il en soit, le monde de la physique des particules ne se limite pas à ce qui se passe à l’échelle microscopique ou subatomique ; ses lois gouvernent de façon sous-jacente, presque « souterrainement », l’univers tout entier dont nous faisons partie et nous interrogent désormais sur la conception que nous nous faisons du réel. La réalité des choses ne va plus de soi dès lors que la physique quantique « semble accorder davantage de réalité à ce qui se cache qu’à ce qui se montre [12] ».

La réalité psychique

11 Du côté de la psychanalyse, on ne perdra pas de vue que l’hypothèse constitutive de celle-ci réside dans l’attention portée à une réalité d’un type bien particulier pour autant qu’elle est décrétée à la fois « psychique » et inconsciente. L’inconscient ou « la réalité psychique inconsciente » concentre la découverte fondamentale de Freud. « La réalité psychique est une forme d’existence particulière qu’il ne faut pas confondre avec la réalité matérielle [13]. » De quoi est faite cette réalité psychique ? De ce qui, pour le sujet, prend, dans son psychisme, valeur de réalité et, de ce fait, peut avoir la même valeur pathogène, que si celle-ci était fondée sur des événements réels. Cette réalité psychique englobe les désirs inconscients et les fantasmes connexes, lesquels « possèdent une réalité opposée à la réalité matérielle ». Selon Freud, « … il ne nous a pas encore été donné de constater une différence quant aux effets, selon que les événements de la vie infantile sont un produit du fantasme ou de la réalité [14] ».

12 Si « le fantasme, le symptôme et le rêve » sont des expressions et des constructions de l’inconscient, elles en sont de ce fait des « formations accessibles » pour autant que nous pouvons au moins en observer les effets manifestes et inférer de ces effets le type de réalité latente susceptible de les produire [15]. Il va de soi que cette réalité psychique inconsciente n’est discernable et accessible que d’une manière indirecte à travers les effets qu’elle produit, d’une part, et compréhensible paradoxalement qu’à partir des effets qu’elle induit chez « l’observateur », d’autre part. Singulière remarque qui présuppose d’emblée que l’analyse n’est possible que dans le contexte d’une interaction entre les deux protagonistes engagés dans cette entreprise (d’élucidation d’un sens) et la prise en compte d’une corrélation psychique entre les deux inconscients, celui de l’analysant et celui de l’analyste. Ce qui se passe dans la tête du thérapeute-observateur fait partie de l’étude. On ne saurait dissocier les échanges réciproques de cette entité « patient plus analyste » ! Ce point de vue nous est devenu familier avec l’utilisation par l’analyste des effets contre-transférentiels comme instrument privilégié de « connaissance » ; la résonance « d’inconscient à inconscient » constituant la seule communication authentiquement psychanalytique et l’interprétation de ces résonances s’avérant l’accès principal à ce qui se joue fondamentalement dans ce qu’induit et provoque l’actualisation transférentielle [16].

13 On retiendra que la suppression de cette ligne de démarcation, présupposant deux univers psychiques séparés et distincts, disjoint irrémédiablement la psychanalyse de la psychologie. Ces deux champs de connaissances se situent dans des registres épistémologiques radicalement hétérogènes (aussi éloignés l’un de l’autre que la physique quantique peut l’être de la physique newtonienne, pour autant qu’elles n’obéissent pas aux mêmes lois ou à la même logique et se situent dans des champs épistémiques radicalement différents).

14 Évoquer la réalité psychique comme « forme particulière qu’il ne faut pas confondre avec la réalité matérielle [17] » revient à adopter un point de vue « énergétiste » ou dynamique, pour autant que nous avons affaire à une réalité qui, bien qu’immatérielle et paradoxalement irréelle, s’avère cependant au moins aussi efficiente ou effective que la réalité tangible [18]. Elle rend possible le contre-transfert dans ses effets de résonance et de passage de l’inconscient de l’un à celui de l’autre dans des échanges réciproques (« des contenus de l’inconscient transitent d’un sujet à l’autre [19] »), comme elle conditionne le travail d’élucidation du sens par l’analyste dès lors que chacun est censé « posséder en son propre inconscient un instrument (ein Apparat zu deuten) avec lequel il peut interpréter les expressions de l’inconscient chez les autres », c’est-à-dire les contenus inconscients des autres appareils psychiques. Il s’ensuit qu’on peut se poser la question : un tel point de vue sur la nature intrinsèque de la réalité psychique est-il compatible avec le postulat et l’assertion selon laquelle « il n’y a de réalité intérieure inconsciente qu’individuelle » ? (Anzieu). Est-elle conciliable avec les limites d’un appareil psychique isolé [20] ? Selon une expression de R. Kaës, la réalité psychique ne saurait être localisée tout entière dans le sujet considéré dans la singularité de son appareil psychique [21]. On ne peut établir de frontières étanches entre les appareils psychiques et donc penser des limites entre les espaces psychiques à la faveur d’une corrélation entre ceux-ci. Les limites de la réalité psychique ne coïncident pas de principe avec l’espace individuel et son étayage corporel [22]. R. Kaës en vient à soutenir « l’hypothèse selon laquelle la réalité psychique inconsciente est pour une part […] transindividuelle [23] » « L’inconscient, objet électif de la psychanalyse, ne coïncide pas strictement dans ses processus de formation, dans ses contenus et dans ses manifestations, avec les limites et la logique interne de l’appareil psychique du sujet considéré isolément [24]. » Il en infère qu’« une partie de la réalité psychique est […] partagée avec d’autres sujets [25] ».

La matière psychique

15 On a pu s’étonner de l’apparition et de l’utilisation chez R. Kaës d’une expression qui pourtant tire sa logique de l’usage aujourd’hui banalisé du concept de réalité psychique, irréductible et opposable à tout autre ordre de réalité, comme celle de « matière psychique », qui se meut au sein d’espaces psychiques « superposés » et interférents. S’agit-il de simples analogies, de procédés didactiques, de commodités de langage, de désinvolture verbale ? Apparemment, ces associations paraissent inconvenantes comme autant d’oxymores, à moins de prendre en compte ce que la physique quantique nous a appris et notamment que la matière n’est pas ce que l’on croit communément.

16 La matière psychique serait au fondement ou à l’origine de ce qui prend forme et consistance à partir de son mouvement interne propre et de son organisation originaire intrinsèque. Elle est à la fois le mode de fonctionnement originel de la psyché et le matériau (composite) à partir duquel s’exerce ce fonctionnement sans qu’on puisse séparer l’un de l’autre. Tout se passe, en effet, comme si c’était la nature même de cette matière qui induisait le fonctionnement spécifique de la psyché (ou de la partie divisée de celle-ci) et en définissait les modalités particulières d’activité. La psyché serait un mode de fonctionnement originairement et constitutivement déterminé par la spécificité de la matière « psychique » dont elle est formée. Selon R. Kaës, la structure et l’activité fondamentale, originaire et constante de la psyché, consistent à « associer de la matière psychique, d’en combiner les éléments, de les différencier, de les transformer et de les organiser en des ensembles de complexité variable, mais aussi de les dissocier, ou de les réduire en une masse compacte et indifférenciée, ou encore de les agglomérer en des formations composites et hétérogènes [26] ». « L’activité de la psyché dans la psyché » se caractérise par une activité de groupement/dégroupement, activité qui est fondamentalement le schème d’organisation et de représentation de la matière psychique [27]. « Freud décrit l’inconscient comme une qualité de la matière psychique [28]. »

17 La réalité psychique doit être considérée comme un effet donnant consistance à la mobilisation (énergisation ? mise en mouvement ?) de la matière psychique aux prises avec… ou entrant en interaction avec les situations (environnementales, circonstancielles et relationnelles) dans lesquelles baigne le sujet. À cet égard, ne peut-on pas considérer les formations de l’inconscient comme les fantasmes, les désirs inconscients ou les rêves (voire les pictogrammes de P. Aulagnier) donnant consistance à la réalité psychique, comme des effets secondaires et contingents d’une matière psychique qui « s’incarne » (accessoirement) dans des représentations, lesquelles, pour n’en rester pas moins inconscientes, n’en constitueraient pas l’origine élémentaire.

18 Comme nous l’avons souligné précédemment, la matière psychique, constitutive de la psyché inconsciente et du mode de fonctionnement particulier qu’elle induit selon sa nature, ne saurait être assignée à résidence et localisée dans « l’espace intrapsychique individuel conçu comme lieu exclusif de l’Inconscient ». La réalité psychique inclut de fait une conception polytopique de l’Inconscient [29]. Avec la question des transmissions psychiques c’est l’inconscient qui se délocalise, mais dans le maintien de « son unité épistémique [30] », ce qui signifie que ses formations et ses processus subissent des arrangements spécifiques selon le contexte environnemental – familial, groupal ou institutionnel – qui est imposé à la matière psychique subissant alors les interactions particulières avec ces différents champs psychiques. Les forces liées à l’environnement créent une inertie faisant acquérir à la dynamique de la matière psychique des configurations spécifiques selon les lieux spécifiques qu’elle traverse.

19 Ici, cette découverte révolutionnaire que représente la mise en évidence expérimentale du boson de Higgs, est susceptible de nous servir de modèle. Contrairement à ce que l’observation laissait apparaître jusqu’ici et selon laquelle il existe un lien consubstantiel entre l’idée de matière et l’idée de masse – celle-ci constituant pour l’observation du sens commun, comme pour celle de la physique classique, un attribut essentiel et primitif des objets matériels –, le « Modèle standard » de la théorie quantique prévoyait que les particules élémentaires ont des masses nulles. La découverte expérimentale du fameux boson de Higgs (jamais observé jusqu’ici) établit désormais, et conformément à la théorie que la matière, à l’origine, n’a pas de masse et donc que celle-ci ne constitue pas une propriété intrinsèque des corps. La masse qui confère aux particules une configuration particulière ne s’acquiert qu’en fonction de l’inertie qu’impose leur interaction avec un champ particulier [31] qu’on nomme ici le champ de Higgs [32].

« Non-séparabilité » et décohérence !

20 Dans les années 1990, une théorie dite de la « décohérence » explique que « c’est leur interaction avec leur “environnement” (constitué de tout ce qui baigne les objets), qui a fait très rapidement perdre aux objets macroscopiques leurs propriétés quantiques [33] » originelles. Cet « environnement » agirait comme un observateur qui, éliminant toutes les superpositions et interférences constitutives originairement des objets quantiques, engendrerait ainsi de la « décohérence » !

21 À propos des différents espaces superposés – intriqués, emmêlés, conjoints et interférents –, convoqués, provoqués désormais par nos pratiques cliniques groupales, comme l’espace privé intrapsychique, l’espace intersubjectif et l’espace groupal conçus comme autant de lieux, « contenants, surfaces, scènes, dépôts, enclaves, limites, frontières [34] », R. Kaës présuppose que « le système formé par ces différents espaces n’est pas totalement clos [35] », avance que « la singularité de l’espace privé coexiste avec les zones de réalité commune et partagée avec d’autres sujets [36] » – tant il va de soi qu’« il n’y a pas de lien sans une matière commune [37] » –, postule « la constance relative de la matière psychique dans les trois espaces psychiques », et précise enfin que « la matière psychique traverse en se transformant ces différents espaces et qu’elle se maintient relativement constante au-delà des formes spécifiques que la réalité psychique prend dans chacun de ces espaces [38] ». Si « ces espaces sont hétérogènes », si « leur consistance et leur logique sont distinctes », nous devons convenir qu’« ils communiquent entre eux [39] ». « Notre écoute psychanalytique rencontre cette complexité lorsqu’elle se situe aux frontières et aux interférences de ces trois espaces psychiques [40]… »

22 Ces considérations sur les transmissions intersubjectives, intragroupales, intergénérationnelles ne peuvent manquer de provoquer la question : que faut-il penser de « l’inestimable objet de la transmission » (Legendre, 1985), de « la transmission de la vie psychique entre générations » (Kaës et coll, 1993) ? ou « à la lumière des phénomènes transgérationnels » (Guyotat, 1986), du « psychisme à l’épreuve des générations » (Tisseron et coll, 1995) ? ou encore des « actualités transgénérationnelles en psychopathologie » (Guyotat, Fédida, 1986) ? de « l’approche du générationnel en thérapie familiale psychanalytique » (Eiguer et coll., 1997) ? Que faut-il penser de l’attention portée aux liens de filiations, aux secrets de famille, à la problématique du « fantôme » (Abraham, Torok, 1978), comme ce qui, du « passé sous silence » (Rouchy, 1978), fait retour dans le présent ?

23 À ce propos, on notera la contemporanéité (est-ce une étrange coïncidence ou l’expression d’un changement de paradigme ?) de l’intérêt des cliniciens et des ouvrages concernant les transmissions transgénérationnelles avec les expériences en physique dites « à choix retardé » de J.A. Wheeler (1978) et singulièrement celles d’A. Aspect (début des années 1980) dont « le verdict sans appel de l’expérience » établissait, contre le sens commun et la logique scientifique classique, la « non-séparabilité » ou la « non-localité ». Ces expériences de physique mettaient en évidence que « les constituants ultimes de l’univers peuvent d’une certaine façon communiquer entre eux en ignorant les distances qui les séparent à nos yeux. » L’expérimentation mettait curieusement en cause notre conception de l’espace, mais aussi du temps ! Une influence peut se transmettre instantanément entre deux systèmes ou deux particules, dépassant ainsi la limite fixée par la vitesse de la lumière, si bien qu’une cause en un lieu donné peut avoir un effet immédiat en un lieu éloigné [41]. Mais si rien ne peut se propager plus vite que la lumière (Einstein), ce qui se transmet ne pouvant de ce fait être la transmission ni d’énergie ni de signaux, nous devons admettre que deux éléments ou événements qui ont interagi à un moment dans le passé (on parle alors de corrélation et d’intrication), puis se sont séparés, constituent un tout inséparable, même lorsqu’ils sont très éloignés l’un de l’autre.

« Comment nous savons ce que nous savons ? » (R. Kaës)

24 « La question du groupe interroge les savoirs de la psychanalyse, la façon dont celle-ci les a construits… : elle a frayé une des voies d’accès à une critique épistémologique de la psychanalyse [42]. »

25 Y a-t-il plus que des analogies fortuites entre la psychanalyse et la physique quantique, dont je note qu’elles sont contemporaines, que toutes deux sont des découvertes originales, des contributions et constructions groupales, une nouvelle conception du monde bouleversant jusqu’à nos assises épistémologiques (les plus assurées) et de ce fait susceptibles de nous interpeller sur les moyens de « savoir ce que nous savons [43] ».

26 Ces rapprochements épistémologiques n’ont échappé ni aux psychanalystes ni aux physiciens, dès l’origine [44]. Seul, à ma connaissance, G. Devereux [45], pour ce qui nous occupe ici, en a tiré d’explicites enseignements en raison sans doute de sa formation initiale de physicien et singulièrement à propos de la notion de « complémentarité » empruntée à Niels Bohr mais aussi à propos des notions de non-séparabilité et d’intrication [46]. Mais c’est sans doute à R. Kaës, lequel n’a pas manqué de noter cet emprunt [47], que revient le mérite d’inscrire « les principes épistémologiques pour l’analyse des rapports entre les espaces de la réalité psychique inclus dans le groupe » dans ce champ nouveau de la connaissance.

27 R. Kaës nous dit qu’au cours de ses recherches, il a été amené à définir plusieurs principes d’analyse pour penser les relations entre les différents espaces psychiques inclus dans les groupes. Certains sont censés organiser la pensée théorique, comme le principe de complexité, le principe d’incertitude et celui d’indétermination multifactorielle, d’autres ont une portée épistémologique et clinique comme le principe de constance, de transversalité de la matière psychique, celui de complémentarité, de plurifocalité et de polyphonie[48]. Autant de notions et de principes familiers de la physique quantique et que celle-ci ne désavouerait pas tant on pourrait trouver d’équivalences et de comparaisons (d’analogies ?) dans ce champ théorique et expérimental.

28 Certes, comme la mécanique quantique, la psychanalyse nous introduit dès l’origine dans un autre univers ; un univers d’un nouveau type (paradoxal), non réductible à l’univers conscient, « séparé » de celui-ci, ayant ses propres lois, obéissant à d’autres logiques. Et, pour ce qui nous occupe singulièrement, elle nous convie à rencontrer des rapports d’un nouveau genre avec l’observation d’un objet particulier et spécifique, celui des manifestations de l’inconscient et qualifiée pour cela de psychanalytique.

29 Souvenons-nous que c’est par la problématique déconcertante à propos de l’observation que s’ouvre la physique quantique. Selon les principes au fondement de l’observation scientifique, celle-ci n’aurait qu’un rapport passif avec le réel et se bornerait à l’enregistrement objectif de quelque chose qui est « déjà là », se contentant d’opérer sur lui un simple décalque [49]. Mais la réalité mise en évidence par cette physique d’un nouveau genre n’est pas dissociable de l’observation ou de la mesure utilisée. C’est « la nature des appareillages utilisés qui détermine le type de phénomène observé [50] ! » On peut même dire que « les objets quantiques ne possèdent aucun attribut propre. Ils constituent de fait des entités inséparables de leurs conditions d’observation [51] ».

30 On retiendra principalement que l’observation influe sur le système observé : au cours de la mesure d’un observable, un système quantique voit son état modifié. Ce phénomène est inhérent à la mesure et ne dépend pas du soin que l’expérimentateur prendrait à ne pas « déranger » le système.

31 N. Bohr déclarait que la physique ne concerne pas des objets réels mais le couple inséparable « objet-sujet », et qu’elle ne porte pas tant sur la nature proprement dite mais sur notre façon de la décrire.

32 On a souvent objecté à la psychanalyse, pour en contester la validité scientifique [52], que sa technique « crée le phénomène qu’ensuite elle explique [53] ». Comme le rappellent Laplanche et Pontalis : « Le transfert est classiquement reconnu comme le terrain où se joue la problématique d’une cure psychanalytique, son installation, ses modalités, son interprétation et sa résolution caractérisant celle-ci [54]. » La situation analytique (cadre et dispositif) a pour objectif essentiel d’induire et provoquer une névrose clinique nommée névrose de transfert. L’élucidation de ce qui se joue alors dans et à partir de la relation avec l’analyste dans la cure est censée conduire à la découverte de la névrose infantile. Cette névrose clinique permet une actualisation du passé dans le présent et un déplacement sur la personne de l’analyste [55].

33 Dans l’« Argument » qui présente la problématique fondamentale de son ouvrage De l’angoisse à la méthode dans les sciences du comportement, G. Devereux centre d’emblée son entreprise sur la question épistémologique et, fondamentalement, sur la faculté et la possibilité de savoir ce que nous savons [56] ! À propos des modalités d’accès à la connaissance, « Freud, écrit-il dès les premières lignes, a établi que le transfert est la donnée la plus fondamentale de la psychanalyse, considéré comme méthode d’investigation. À la lumière de l’idée d’Einstein selon laquelle nous ne pouvons observer que les événements “survenus auprès de” l’observateur – que nous ne connaissons que ce qui a lieu auprès de et dans l’appareil d’expérimentation, dont l’élément le plus important est l’observateur – j’ai fait un pas de plus dans la voie tracée par Freud. J’affirme que c’est le contre-transfert, plutôt que le transfert, qui constitue la donnée la plus cruciale de toute science du comportement [57]… »

34 Sans doute, transfert et contre-transfert sont-ils intrinsèquement liés, au point de créer un « chevauchement » des psychés ; celles du sujet d’étude et de l’observateur. Cette situation n’est pas sans poser un certain nombre de perturbations (angoisses, résistances) et de déformations « impossibles à éliminer ». Il s’ensuit que « toute méthodologie efficace en science du comportement doit traiter ces perturbations comme étant les données les plus significatives et les plus caractéristiques de la recherche dans cette science », laquelle doit dès lors « exploiter la subjectivité inhérente à toute observation en la considérant comme la voie royale vers une objectivité authentique plutôt que fictive [58] ».

35 Cette perspective épistémologique sur le lien indissociable entre l’observateur et l’observé est pourtant inscrite, dès l’origine de la psychanalyse, dans la suppression dichotomique de la ligne de démarcation séparant le monde en deux ; L’interprétation des rêves, repose en grande partie sur l’observation de Freud par lui-même [59]. Ici, l’observateur et l’observé communient intimement. L’enseignement implicite de cette auto-analyse ou « analyse originelle » (Mannoni, 1967) réside dans ce que les découvertes essentielles de Freud ne proviennent pas de sa clinique et singulièrement de son divan : « Elles ont pris leur source de Freud lui-même », autrement dit de l’observation de soi-même par soi-même [60]. Freud est lui-même son objet d’investigation et « le rêveur Freud se trouve être l’auteur du livre [61] ». Ne peut-on considérer que Freud nous a donné ou montré là, dans cet ouvrage inaugural et fondamental de l’histoire de la psychanalyse, « la méthode à suivre et sa signification » ? (Keve, 2010).

Le paradigme épistémologique de la psychanalyse

36 À cet égard, L’interprétation des rêves est aussi le paradigme de l’épistémologie psychanalytique. Non seulement cet ouvrage définit pour l’analyste la nature et l’objet de l’observation, le premier exemple et le modèle de l’interprétation comme mise en évidence d’un sens (latent, au-delà ou en deçà), mais il décide aussi du destin épistémologique de la psychanalyse [62] en définissant de manière exemplaire les voies spécifiques de cet accès. Il s’agit fondamentalement de passer par l’observation de soi-même (et par là éviter l’impasse de se disperser à l’extérieur). L’observation est fondamentalement une auto-observation. L’obtention du but poursuivi dans l’analyse est subordonnée à ce moyen !

37 Le débat à propos de l’auto-analyse et sur le fait de savoir s’il est possible de faire l’économie d’un tiers dans l’analyse va non seulement témoigner de la résistance à inscrire la psychanalyse dans un nouveau paradigme par rapport à celui de la psychologie (ou celui des Sciences Humaines en général), mais aussi occulter la question épistémologique sous-jacente et relative à l’attention fondamentale portée (prioritairement) à ce qui se passe en soi-même. Concentrer l’attention exclusivement sur la problématique générée par le tiers – bien que requise – constitue un évitement de l’enjeu véritable et par là même un dévoiement relatif à la fonction de ce tiers comme sujet supposé savoir. Il faudra du temps pour retrouver le sens de cette découverte fondamentale dans l’attention accordée à ce qui se passe dans la psyché de l’analyste et singulièrement alors à propos du contre-transfert, non plus considéré comme la « bêtise de l’analyste [63] » ou « la tache aveugle qui altère le tain et ternit l’image renvoyée », mais comme « l’outil le plus précieux [64] » et même « l’instrument de connaissance par excellence » (P. Heimann, W.R. Bion). Quant au transfert lui-même nous devons le concevoir aussi « comme le dépôt, l’induction, l’intrusion forcée des parties du soi refoulées, inacceptées, voire non encore symbolisées du patient dans les parties du soi du psychanalyste [65]… ». Il s’ensuit que le contre-transfert n’est pas qu’un simple « phénomène d’empathie » : « Par la suspension de la barrière entre le dehors et le dedans, par la non-liaison de certains états psychiques chez le patient en raison de leur clivage multiple et de leur diffraction, par l’instauration du psychanalyste en objet partiel idéal et omnipotent dont le patient se sent totalement dépendant, le contre-transfert est alors le nom savant d’un phénomène qu’on appelle de façon populaire la télépathie et il en est une forme provoquée par la situation, contrôlable cliniquement et exploitable techniquement [66]. »

38 Si l’interprétation psychanalytique présuppose un double sens on ne perdra pas de vue que l’« observation » de l’analyste porte originairement sur une interprétation [67] conçue comme une « élaboration secondaire ». « Quand on me demande comment on peut devenir psychanalyste, je réponds : par l’étude de ses propres rêves [68]. » On conviendra qu’il s’agit alors en un certain sens d’une auto-analyse portant sur son interprétation première ou spontanée. L’analyse se révèle être alors une interprétation sur une interprétation (originelle, déjà-là) et, fondamentalement, un rapport de soi à soi !

39 L’observation psychanalytique considère que le discours manifeste comme l’activité du sujet cachent et expriment à la fois un sens latent lequel n’est accessible que par l’analyse du contre-transfert non seulement dans ses effets de résonance et d’écho, mais aussi conçu dans sa précession (Neyraut, 1960 ; Searles, 1979).

40 Dans le chapitre de l’ouvrage Lire Bion (2006), intitulé « Notes sur l’observation psychanalytique selon Bion », Silva Oliva écrit que « l’observation psychanalytique est un type particulier d’observation qui tient compte, dans la description, dans la compréhension et dans l’interprétation des phénomènes, des réactions émotives de l’observateur pris dans la situation [69]. »

41 Bion subordonnait la possibilité d’observer, pour l’analyste, « à sa capacité d’accepter que sa psyché soit profondément influencée par les émotions et par les communications des patients…, à sa capacité de vivre des situations fortement émotives…, afin de les rendre “pensables” à lui-même et, par voie de conséquence, à ses patients [70] ». Ainsi, l’analyste doit-il « aller au-delà du pur phénomène représenté par les communications verbales explicites, et parfois incompréhensibles selon la logique commune, pour entrer en contact avec la “chose en soi”, c’est-à-dire la réalité (intime) du patient, entité primitive et inconnaissable appelée O [71] ».

42 Rêves, fantasmes, associations et émotions sont déjà, par rapport à cette entité primitive, à la « chose en soi [72] », des aspects évolués. Ces « aspects évolués » sont ce que nous avons désigné comme des interprétations premières, des élaborations à partir de ce que nous avons supposé être la matière psychique. « Ce qui n’est pas encore évolué ne peut être perçu comme objet de connaissance dans la mesure où l’on n’en suppose pas, ou alors très imparfaitement, l’existence [73]. » Cette « réalité ultime » – impropre à représenter quelque chose qui, par définition, est inconnaissable, mais dont « l’existence est déduite de conjectures phénoménologiques [74] » – ne se manifeste (dans l’analyse) qu’à travers « ses aspects évolués », autrement dit à travers ses incarnations. Cette réalité ultime n’est accessible qu’indirectement et à la faveur d’un « devenir », c’est-à-dire lorsqu’elle a pu évoluer jusqu’à un point où elle peut être conçue (« à travers le savoir tiré de l’expérience »), et formulée en termes qui découlent de l’expérience sensorielle [75].

43 Le succès d’une psychanalyse dépend du maintien d’un point de vue psychanalytique et ce point de vue, son vertex, selon l’expression de Bion (ce qui ne doit pas être perdu de vue), c’est cette réalité ultime, (qu’il désigne par) O. C’est O qui intéresse l’analyste ; c’est le but de l’analyse ! Pour cela, l’analyste doit devenir O ; il faut qu’il soit O, c’est-à-dire qu’il parvienne à atteindre « ce qui est commun à lui (l’analysant) et à moi (l’analyste) ». « Être cet O », « devenir O », équivaut, selon l’expression de Bion, à « ne faire qu’un [76] ». C’est à cette condition que l’analyste est capable de connaître les événements qui sont les évolutions de O. Cette connaissance des événements de l’analyse (ce qui se dit, se raconte, se passe, etc.), c’est-à-dire l’accès à ces transformations opérées à partir de O est subordonné à cet « état d’unisson » préalable, à l’aptitude de l’analyste de « ne faire qu’un avec O [77] ».

44 Ici, on prend la mesure que cette nécessité opératoire, voire ce réquisit méthodologique relatif à la présence effective d’un tiers (externe) comme sujet supposé savoir invalidant a priori l’auto-analyse réduite (en amont) à un auto-engendrement, a jeté une ombre sur cet aspect du contre-transfert comme « intersection de deux personnalités [78] ». Le débat sur l’auto-analyse, comme investigation de soi par soi a détourné (dévoyé) l’attention sur le paradigme épistémologique inscrit dans L’interprétation des rêves et désormais indissociable des conjonctions ou corrélations de subjectivités. C’est tout le débat récurrent entre une conception de « l’autre de l’objet » (fondement de la relation d’objet) et de « l’autre dans l’objet ». C’est aussi en ce point, par les implications (théorico-épistémologiques) qui y sont liées, que résident malentendus et équivoques sur la troisième topique.

45 Dans la vaste fresque qu’il consacre aux Trois conceptions du monde [79], Tom Keve (2010) imagine les échanges suivants en 1921 lors d’une rencontre à Göttingen entre Ferenczi et Lou Andréas-Salomé à propos de la question relative à la transmission de pensée et à la télépathie[80], conçue par S. Freud, à cette époque, comme « un pur transfert de pensée auquel il convient de donner une interprétation psychanalytique [81] ». Ici se conjoignent de multiples travaux sur les transmissions psychiques inconscientes interpsychiques, intersubjectives, transpsychiques, transgénérationnelles, mais aussi sur l’identification projective (« voie royale de la transmission ») pour tenter de « rendre intelligibles un certain nombre de processus ou d’effets observables dans des situations cliniques [82]… »

46 – S. Ferenczi : « … La transmission entre le patient et l’analyste, la communication tacite du divan à la chaise et de la chaise au divan, le dialogue entre deux inconscients – on ne peut pas se tromper sur ce qui se passe. Qu’est-ce d’autre que de la transmission de pensée ? »

47 « Loin de rejeter mes idées, elle exprima quelques réserves constructives. “Il est incontestable que l’analyse implique une forme de communication au-delà de ce qui est dit, affirma-t-elle. Mais on peut imaginer qu’elle emprunte d’autres canaux, sans nécessairement conclure à un phénomène de transmission de pensée. Dès que deux individus sont dans la même pièce, même s’ils ne se voient pas, ils s’entendent, se sentent, se perçoivent, se devinent. C’est de cela qu’il peut s’agir”. »

48 Sommes-nous alertés par ces remarques sur ce qu’O. Avron nommera (soixante ans plus tard) les « effets de présence », pour stigmatiser ces processus énergétiques d’interliaison rythmique entre les individus en présence, dans un groupe ?

Notes

  • [1]
    É. Klein attire notre attention sur le fait que « hors du spectacle » est l’anagramme en français de « la chute des corps » !
    Que les corps tombent tous à la même vitesse et quelle que soit leur masse, c’est quelque chose que personne n’a jamais pu observer. Galilée explique le réel par l’impossible (A. Koyré). La physique permet de dire le contraire de ce qu’on observe !
  • [2]
    S. Freud, « Formulation sur les deux principes des événements psychiques », dans Résultats, idées, problèmes, t. I, Paris, Puf, 1985, p. 142.
  • [3]
    É. Klein, Petit voyage dans le monde des quanta, Paris, Flammarion, coll. « Champs sciences », 2004, p. 98.
  • [4]
    Incomplète, tant qu’on n’a pas découvert ce qu’Einstein suppose être la « variable cachée ». La physique quantique ne serait dès lors qu’une « théorie approchée », non totalement aboutie !
  • [5]
    La révolution scientifique du début du XXe siècle est marquée par une approche différente de l’étude des particules élémentaires. De nouveaux concepts, comme la « complémentarité quantique », bouleversent l’approche de la physique newtonienne qui sépare corpuscule et onde d’une particule, expérimentation et étude de la particule. D’après Niels Bohr, l’un des pères fondateurs de la physique quantique, selon le type de dispositif utilisé, une particule a tantôt un comportement corpusculaire, tantôt un comportement ondulatoire. Pour mesurer ou faire l’analyse d’une particule en fonction d’une expérience, l’un et l’autre des comportements sont indispensables. Il y a complémentarité entre corpuscule et onde.
  • [6]
    É. Klein, Petit voyage dans le monde des quanta, op. cit., p. 100.
  • [7]
    Ibid., p. 107, 114.
  • [8]
    Déclaration faite à Florence à l’occasion d’une conférence en avril 1944, sur « La nature de la matière » (tiré des archives de l’histoire de Max Plank, Rep. 11, n° 1797).
  • [9]
    Centre européen de recherche nucléaire près de Genève et son collisionneur de particules le LHC (Large Hadron Collider).
  • [10]
    Le 4 juillet 2012 ! Cette découverte a permis à son découvreur théorique, Peter Higgs – conjointement avec François Englert – de recevoir le 8 octobre 2013 le prix Nobel de physique. Le boson de Higgs est une particule élémentaire dont l’existence, postulée indépendamment en 1964 par Robert Brout, François Englert et Peter Higgs, permet d’expliquer pourquoi certaines particules ont une masse et d’autres n’en ont pas. Son existence a été confirmée de manière expérimentale en 2012 grâce à l’utilisation du LHC.
  • [11]
    C’est l’équation qui décrit que ce que l’on observe (a posteriori) se comporte comme le prévoit l’équation !
  • [12]
    É. Klein, Petit voyage dans le monde des quanta, op. cit, p. 20.
  • [13]
    S. Freud, L’interprétation des rêves (1900), Paris, Puf, 1967, p. 526. Un colloque récent (octobre 2013) s’est tenu à Paris sur Les fondements de la réalité psychique.
  • [14]
    J. Laplanche, J.-B. Pontalis, Vocabulaire de la psychanalyse (1965), Paris, Puf, 1967, p. 391.
  • [15]
    « Les processus et les formations de l’Inconscient ne peuvent être reconnu que par leurs effets dans l’organisation de la vie psychique, notamment à travers les formations de structure symptomatique que produisent le conflit psychique et la division topique de l’appareil psychique. » R. Kaës, Le groupe et le sujet du groupe, Paris, Dunod, 1993, p. 93.
  • [16]
    J. Laplanche, J.-B. Pontalis, Vocabulaire de la psychanalyse, op. cit., p. 104.
  • [17]
    S. Freud, L’interprétation des rêves, op. cit., p. 526.
  • [18]
    Le représentant de la théorie « énergétiste », Wilhelm Ostwald, écrivait en 1895, dans la Revue générale des sciences pures et appliquées : « La matière est une invention assez imparfaite d’ailleurs, que nous nous sommes forgés, pour représenter ce qu’il y a de permanent dans toutes les vicissitudes. La réalité effective, c’est-à-dire celle qui fait effet sur nous, c’est l’énergie » (cité par E. Klein, 2004, p. 165, note 1). Max Planck ne disait-il pas la même chose lorsqu’il écrivait : « Toute matière tire son origine et n’existe qu’en vertu d’une force qui fait vibrer les particules de l’atome et tient ce minuscule système solaire qu’est l’atome en un seul morceau… » ?
  • [19]
    R. Kaës, Le groupe et le sujet du groupe, op. cit., p. 94.
  • [20]
    R. Kaës, Les théories psychanalytiques du groupe, Paris, Puf, 1999, p. 20, 85, 98.
  • [21]
    Ibid., p. 20.
  • [22]
    Ibid., p. 80.
  • [23]
    R. Kaës, Le groupe et le sujet du groupe, op. cit., p. 78.
  • [24]
    Ibid., p. 96. Souligné par l’auteur.
  • [25]
    Ibid., p. 79.
  • [26]
    R. Kaës, Les théories psychanalytiques du groupe, op. cit., p. 113.
  • [27]
    Ibid., p. 113.
  • [28]
    R. Kaës, Un singulier pluriel, Paris, Dunod, 2007, p. 37.
  • [29]
    R. Kaës, Le groupe et le sujet du groupe, op. cit., p. 254.
  • [30]
    Ibid., R. Kaës, p. 256.
  • [31]
    Ce champ joue un rôle majeur dans la nature car, sans lui, les particules n’auraient pas de masse. C’est comme si des objets initialement sans masse traversaient un milieu visqueux et se mettaient donc à peser de plus en plus lourd. Cette particule, présente partout, mais jamais observée, se couplant avec ses congénères leur fournit de la masse. La manière d’agréger la « boue » dépendrait de l’interaction avec ce champ.
  • [32]
    « Tout cela montre […] qu’il est illégitime de prétendre caractériser les objets quantiques par les attributs des corpuscules classiques. » (É. Klein, Petit voyage dans le monde des quanta, op. cit., p. 52).
  • [33]
    É. Klein, ibid., p. 182-183
  • [34]
    R. Kaës, Le groupe et le sujet du groupe, op. cit., p. 83.
  • [35]
    R. Kaës, Un singulier pluriel, op. cit., p. 45.
  • [36]
    Ibid., p. 42.
  • [37]
    Ibid., p. 43.
  • [38]
    Ibid., p. 45
  • [39]
    Ibid., p. 49
  • [40]
    Ibid., souligné par moi.
  • [41]
    Cf. M. Kumar, Le grand roman de la physique quantique. Einstein, Bohr… et le débat sur la nature de la réalité (2008), Paris, Flammarion, coll. « Champs sciences », 2012, p. 531.
  • [42]
    R. Kaës, Les théories psychanalytiques du groupe, op. cit., p. 123.
  • [43]
    Comment nous savons ce que nous savons ?, tel était le titre de la communication de R. Kaës, à Perpignan en novembre 2012, à l’occasion du colloque sur les 40 ans du GAIRPS.
  • [44]
    W. Pauli, l’un des plus grands physiciens de ce siècle, prix Nobel en 1946 et un des fondateurs de la mécanique quantique, avait suivi dans les années 1930 une cure analytique avec l’un des élèves de Carl Gustav Jung, cure dont la série de rêves a été étudiée par Jung lui-même dans Psychologie et alchimie. Ce que l’on savait moins jusqu’ici, c’est que les relations avec Jung se sont étalées sur un quart de siècle, jusqu’à la disparition de Pauli en 1958.
  • [45]
    « Lorsque György Dobó (Georges Devereux) arrive à Paris en 1926, âgé de dix-huit ans, c’est pour apprendre la physique, la chimie et les mathématiques. Il étudie avec Marie Curie et Jean Perrin, et il restera toute sa vie imprégné par ces connaissances, surtout par les théories probabilistes de Werner Heisenberg, Niels Bohr et Georges Cantor. » G. Bloch (2000).
  • [46]
    « Le génie de Georges, écrit son neveu, a été de voir les analogies possibles entre les approches et les démarches de ces domaines si différents, en apparence, de la pensée humaine. » M. Ghil (2007).
  • [47]
    R. Kaës, Un singulier pluriel, op. cit., p. 46, note 1.
  • [48]
    Ibid., p. 45-49.
  • [49]
    É. Klein, Petit voyage dans le monde des quanta, op. cit., p. 34.
  • [50]
    Ibid., p. 35.
  • [51]
    Ibid., p. 33.
  • [52]
    Pascual Jordan (physicien-théoricien allemand), qui contribua de façon décisive à la fondation de la mécanique quantique et de la théorie quantique des champs, « porta le rejet d’une réalité indépendante de l’observateur jusqu’à sa conclusion logique : “Nous produisons nous-mêmes les résultats de la mesure” » (K. Manjit, Le grand roman de la physique quantique. Einstein, Bohr… et le débat sur la nature de la réalité, op. cit., p. 441)
  • [53]
    G. Devereux, De l’angoisse à la méthode (1967), Paris, Flammarion, 1980, p. 408.
  • [54]
    J. Laplanche, J.-B. Pontalis, Vocabulaire de la psychanalyse, op. cit., p. 492.
  • [55]
    Ibid., p. 498 et « … la cure psychanalytique peut être comprise comme venant fournir le lieu où les conflits intrasubjectifs, eux-mêmes reliquats des relations intersubjectives de l’enfance, réelles ou fantasmatiques, vont à nouveau se manifester… » (ibid., p. 495).
  • [56]
    « Le point de départ de mon livre est l’une des propositions les plus fondamentales de Freud, modifiée à la lumière de la conception d’Einstein sur la source des données scientifiques. » G. Devereux, De l’angoisse à la méthode, op. cit., p. 15.
  • [57]
    Ibid.
  • [58]
    Ibid., p. 16.
  • [59]
    « Aucun de mes travaux n’a été aussi autochtone, écrit-il, c’est mon propre fumier, mon plant, et de plus une nouvelle espèce créée par moi (nova species mihi). »
  • [60]
    Freud est le premier sujet-rêveur impliqué, puisqu’il fournit cinquante rêves. « Cela permet de situer ce travail dans le cadre de l’auto-analyse. » P.-L. Assoun, Dictionnaire des œuvres psychanalytiques, op. cit., p. 688.
  • [61]
    Ibid., p. 684.
  • [62]
    Freud considérait le chapitre conclusif (chap. VII) de L’Interprétation… comme « l’un des trois textes de son œuvre auxquels il attachait la plus grande importance, ceux dont il aurait voulu qu’on se souvienne et sa contribution valable au savoir humain. » (Jones, 1961).
  • [63]
    C’est-à-dire une déformation ou un résidu névrotique de l’analyste.
  • [64]
    D. Anzieu, Le travail de l’inconscient, textes choisis, présentés et annotés par R. Kaës, Paris, Dunod, 2009, p. 498.
  • [65]
    Ibid., p. 498.
  • [66]
    Ibid., p. 500.
  • [67]
    Cette élaboration secondaire ne constitue pas un remaniement après coup, mais s’exerce d’emblée, sous l’effet d’une influence inductrice et sélective sur le fonds des pensées du rêve (cf. S. Freud, 1900, p. 371).
  • [68]
    S. Freud, L’interprétation des rêves, op. cit., p. 36.
  • [69]
    S. Oliva, « Notes sur l’observation psychanalytique selon Bion », dans C. Neri, A. Correale, P. Fadda (sous ma direction de), Lire Bion, Toulouse, érès, 2006, p. 143.
  • [70]
    Ibid., p. 146.
  • [71]
    . Ibid., p. 147.
  • [72]
    « Chose en soi » ou « noumène ». « Je considère avec Kant que l’expression « chose en soi » se rapporte aux objets qui sont inconnaissables à l’humanité. » W.R. Bion, Aux sources de l’expérience (1962), Paris, Puf, 2003, p. 100.
  • [73]
    Ibid., p. 146.
  • [74]
    W.R. Bion, L’attention et l’interprétation. Une approche scientifique de la compréhension intuitive en psychanalyse et dans les groupes (1970), Paris, Payot, 1974, p. 61.
  • [75]
    Ibid.
  • [76]
    À partir de l’expression anglaise « to be at one with », Bion a forgé un substantif « at-one-ment » pour désigner un état d’union, de communion » (« Glossaire », ibid., p. 10) et qu’on traduit par l’expression : « ne faire qu’un ».
  • [77]
    Ibid., p. 70.
  • [78]
    Ibid., p. 153.
  • [79]
    Cet ouvrage écrit par un physicien anglais d’origine hongroise est présenté par l’éditeur Albin Michel, comme un « document entre fiction et non-fiction ».
  • [80]
    On ne perdra pas de vue que la question de la télépathie et de la transmission de pensée, question pourtant longtemps méconnue, cachée, occultée, est une question récurrente qui traverse toute l’œuvre de Freud. (cf. R. Kaës, Transmission de la vie psychique entre générations, Paris, Dunod, 1993.
  • [81]
    E. Roudinesco et M. Plon, Dictionnaire de la psychanalyse, Paris, Fayard, 1997, p. 1054. Cf. S. Freud, Psychanalyse et télépathie, Rêve et télépathie, Le rêve et l’occultisme.
  • [82]
    A. Ciccone, La transmission psychique inconsciente, Paris, Dunod, 1999, p. 7.
Français

La question du groupe soumet la psychanalyse à une nécessaire interrogation sur les origines historiques de ses fondements épistémologiques.
À l’orée du XXe siècle deux grandes révolutions intellectuelles vont changer fondamentalement notre regard sur la nature de la réalité et, en amont, sur la matière elle-même et ses origines. Il s’agit de la physique quantique, d’une part, et de la psychanalyse, d’autre part. Si la première rompt avec la logique qui fonde la physique classique, la seconde bouleverse la conception traditionnelle du psychisme et du comportement humain.
L’aventure épistémologique qu’elles inaugurent semble s’inscrire dans le partage impensé d’une commune épistémè qui révèle une façon radicalement nouvelle de voir et de décrire le monde. L’une et l’autre nous confrontent à un type de réalité bien éloigné de ce que le sens commun comme la science traditionnelle repèrent dans l’usage de cette notion ou considèrent comme concevable.
Ce qu’il y a de plus surprenant tant en physique quantique que dans la psychanalyse, c’est ce que ces deux approches de la réalité partagent sur le statut de l’observation dont les incidences assurent la spécificité et la fécondité de leur pratique. Toutes deux s’appuient sur une théorie de la connaissance qui abolit la séparation ou la démarcation d’un objet observé et d’un sujet observant, mais qui implique le sujet de façon inextricable tant dans l’objet de l’observation que dans l’actualisation de cette réalité.

Mots-clés

  • observation
  • réalité psychique
  • matière psychique
  • contre-transfert
  • intersubjectivité
  • boson de Higgs
  • épistémologie
  • physique quantique
  • paradigme
  • complémentarité
  • décohérence
Español

Observar lo que es « fuera del espectáculo » ! Problemática epistemológica paradójica de la observación psicoanalítica

El tema del grupo somete la psicoanálisis a una necesaria interrogación sobre los orígenes históricos de sus fundamentos epistemológicos. A orillas del XXe siglos dos grandes revoluciones intelectuales van a cambiar fundamentalmente nuestra mirada sobre la naturaleza de la realidad y, antes, sobre el material propio y sus orígenes. Se trata de la física cuántica, por una parte, y del psicoanálisis, por otra parte. Si la primera rompe con la lógica que funde la física clásica, la segunda trastorna la concepción tradicional del psiquis y del comportamiento humano.La aventura epistemológica que inauguran parece inscribirse en el compartir impensado de un común epistemado que revela una manera radicalmente nueva de ver y de describir el mundo. La una y la otra nos enfrentan con un tipo de realidad muy alejada de lo que el sentido común como la ciencia tradicional reparan en el uso de esta noción o consideran como concebible. Lo más sorprendente es que tanto en física cuántica, como en la psicoanálisis, es ver como aquellos dos enfoques de la realidad convergen en el estatuto de la observación cuyas incidencias aseguran la especificidad y la fecundidad de su práctica. Ambas se apoyen en una teoría del conocimiento que abole la separación o la demarcación de un objeto observado y de un sujeto observando, pero que implica el sujeto de manera inextricable tanto en el objeto de la observación como en la actualización de esta realidad.

Palabras claves

  • Observación
  • realidad y psíquica
  • material psíquica
  • contra-transferencia
  • intersubjetividad
  • boson de Higgs
  • epistemología
  • física cuántica
  • paradigma
  • complementariedad
  • descoherencia

Bibliographie

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Jean-Pierre Vidal
Jean-Pierre Vidal, psychanalyste, analyste de groupe et d’institution ; 30 rue des Trois Journées, 66100 Perpignan ; jean-pierre.vidal26@wanadoo.fr
Mis en ligne sur Cairn.info le 17/12/2014
https://doi.org/10.3917/rppg.063.0007
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