CAIRN.INFO : Matières à réflexion

1 – Introduction: aux sources de l'éducation physique ou de son historiographie?

1 Par arrêté du 30 mai 1903, est fondé à Paris le Cours supérieur d’éducation physique de l’Université. Dirigé par G. Demeny, il résulte alors, d’une part, de son action déterminée en faveur d’une éducation physique pédagogique soustraite à l’influence militaire, et d’autre part, d’un véritable engagement militant de la part de l’Union des Sociétés de Gymnastiques de France (USGF) et de son président, C. Cazalet. Cet événement, s’il est souvent évoqué dans l’historiographie de l’éducation physique, n’en a pas moins des conséquences parfois bien méconnues. Parmi celles-ci, il en est une sur laquelle nous voudrions apporter notre contribution et qui concerne paradoxalement un objet des plus communs : la naissance de l’éducation physique scolaire.

2 En effet, en créant un complément de formation, une sorte de « corps d’élite », G. Demeny fait naître du même coup les intérêts spécifiques des professeurs diplômés du Cours supérieur [1]. Professeurs qui, dans le système concurrentiel qui sévit alors en matière de recrutement [2], ont bien vite à cœur de lutter pour faire reconnaître leur spécificité. C’est ainsi, dans une logique corporatiste, qu’est créée dès le 30 août 1906, l’Association amicale des anciens élèves du Cours supérieur de l’Université, présidée par Désiré Séhé (annexe 1). Cette association, si elle est le départ de l’amicalisme en éducation physique, s’avère être plus encore en constituant les sources d’un véritable syndicalisme. Or, si l’éducation physique est aujourd’hui ce qu’elle est, et simplement si elle a perdurée, il est permis de penser qu’elle le doit en grande partie à ces différentes organisations professionnelles. Dès lors, il nous semble que la constitution de la corporation des enseignants d’éducation physique du second degré, vue à travers ses associations de défense, soit un des aspects essentiels de l’histoire de cette discipline. Car la naissance de l’éducation physique scolaire, pour être achevée, ne nécessite-t-elle pas en plus de la naissance d’un enseignement du corps, celle d’un corps enseignant ?

3 Parce qu’elle concerne aussi bien les aspects pédagogiques que les aspects purement corporatifs, l’histoire qui de D. Séhé à E. Orjollet nous fait passer d’une amicale à un syndicat mérite non seulement que l’on s’y intéresse, mais fait en outre émerger une question centrale. En effet, faut-il voir dans les racines amicalistes du syndicalisme en éducation physique les raisons de son implication en matière de pédagogie, ou cet intérêt n’est-il que la marque d’une subordination de la pédagogie aux intérêts corporatifs ? En d’autres termes, par l’histoire il nous semble possible de donner écho à une question encore bien actuelle, celle des relations du pédagogique et du corporatif, celle qui amène à se demander si les intérêts des professeurs d’éducation physique se confondent avec ceux de leur discipline et ceux de leurs élèves.

4 Enfin, plus qu’un simple retour aux racines de l’histoire de l’éducation physique, c’est peut-être également un retour à celles de son historiographie que nous proposons, tant du point de vue de l’objet étudié que de la méthode employée. En effet, loin des approches socio-historiques en vogue, loin d’une histoire culturelle ou « des idées » (bien que la défense des intérêts corporatifs en soit une, qui constitue bien le fil rouge de notre recherche), il s’agit ici d’une histoire plus descriptive. Elle comprend notamment la présentation de nouveaux « précurseurs et pionniers de l’éducation physique »[3] et la mise en évidence d’une chronologie (annexe 2). Ainsi, c’est animé de « l’esprit historien » tel que le décrit Alain que nous avons œuvré, car en effet, selon ses dires, celui-ci « en toutes questions, remonte à l’inventeur principal et à la circonstance décisive, comme si les idées avaient leur source ainsi que les fleuves  » (Alain, 1943, 1186).

5 Nous avons donc avant tout oeuvré à partir d’une traditionnelle analyse qualitative et quantitative d’archives, l’intérêt du travail mené résidant pour une grande part dans le caractère inédit des documents consultés [4].

2 – Du militantisme aux intérêts corporatifs(Fin XIXe S. - 1906)

2.1 – Premières formes de militantisme en éducation physique

6 Comme l’exprime G. Bui-Xuan, « La défense du corps des enseignants d’éducation physique n’est pas une donnée récente que l’on pourrait attribuer à tel courant de pensée. Il semble que ce soit une préoccupation permanente de « la profession » » (Bui-Xuan, 1995, 245). Ainsi, dès le XIXe siècle, bien avant la création de l’Amicale des anciens élèves du Cours supérieur, des voix se sont élevées pour défendre et promouvoir l’enseignement de ce qui était alors la gymnastique scolaire. Des personnages influents tels que A.H. Triat, N. Laisné, G. Demeny ont chacun fait connaître aux pouvoirs publics leur souhait de voir se constituer une Ecole Normale civile de gymnastique. Certains, tels que P. Grousset et E. Paz, le firent même de façon plus collective à travers les groupements dont ils furent les fondateurs (Ligue Nationale d’Education Physique (LNEP), fondée en 1888 par P. Grousset, et USGF fondée en 1873 par E. Paz). Enfin, plus proche de notre objet, de simples enseignants n’ayant d’autre poids que celui du nombre, surent, dès les années quatre-vingt, s’organiser en associations de défense. En 1884, d’anciens élèves du Cercle de gymnastique rationnelle de G. Demeny, aidés entre autres par D. Séhé, fondèrent l’Union des Professeurs de Gymnastique de France (UPGF), qui eut pour président du comité de patronage M. Bertheaux (Collot-Laribe, 1982, 1985, Gougeon, 1994). J. Collot-Laribe dit de cette union qu’elle constituait déjà « un type d’organisation corporative mi-professionnelle, mi-syndicale » (Collot-Laribe, 1986, 286). J. Thibault quant à lui, évoque la création à Bordeaux, à la fin du XIXe siècle, d’une association régionale « des professeurs et moniteurs de gymnastique regroupant aussi bien les fonctionnaires de l’enseignement que les moniteurs des sociétés » (Thibault, 1995, 413).

7 Ainsi, la promotion de la gymnastique au sens large s’organise-t-elle, et c’est dans ce contexte que D. Séhé, fondateur et vice-président de l’UPGF, mais également membre de l’USGF et de la LNEP (annexe 2), commence à se faire connaître et reconnaître pour son action militante. En 1887, il publie un projet complet et chiffré d’Ecole Normale Civile de gymnastique (La gymnastique n° 50 (2e année), 11 décembre 1887) et œuvre à regrouper les forces en présence « pour que la gymnastique ne fut plus considérée comme une récréation facultative, mais comme un enseignement indispensable au relèvement moral et physique de notre pays » (Séhé, La gymnastique n° 4, deuxième année, 22 janvier 1887, 1).

8 En ayant pour président D. Séhé, et pour président du comité de patronage M. Berthaux, l’Amicale des anciens élèves du Cours supérieur se situe bien dans la filiation du mouvement revendicatif ici évoqué. Pourtant, plus qu’une étape, cette association n’est-elle pas un véritable point de départ ?

2.2 – Le Cours supérieur d’éducation physique de l’Université et l’Amicale des anciens élèves, étape ou point de départ ?

9 Une étape, le Cours supérieur lui-même en est bien une en matière de formation, celle conduisant à l’Ecole Normale d’Education Physique (ENEP) qui ne verra le jour qu’en 1933. Etape encore, le Cours supérieur l’est à nouveau si l’on considère qu’il sera à la source d’une activité militante, et qu’il est lui-même une première conséquence d’un « militantisme de 30 ans » (Thomas, 1996, 66-67), celui de l’USGF. Pourtant, l’amicale qui y prend place a bien un caractère original et innovant en matière de défense corporative. En effet, en s’attachant à défendre spécifiquement les professeurs diplômés du Cours supérieur, cette association défend pour la première fois les intérêts de ceux qui désirent alors devenir les seuls enseignants d’éducation physique du second degré. Ainsi, le premier vœu de cette amicale, soutenu par leur membre éminent G. Demeny, fut la reconnaissance de leur formation et l’obtention du monopole sur l’enseignement en collèges et lycées. En satisfaisant ces demandes en 1908 et 1909 (création du CAEG Degré Supérieur par le décret du 30.05.1908 puis obligation de son obtention pour enseigner dans le secondaire par celui du 12.01.1909), les pouvoirs publics apportent alors ce qui nous semble bien être la dernière pierre nécessaire à l’édification véritable de la corporation des professeurs d’éducation physique du second degré, fondée non plus seulement sur une identité de fonction mais également sur une identité de formation.

10 Dès lors émerge une problématique, celle de savoir si pour assurer leur promotion ces professeurs doivent organiser une lutte spécifique ou bien réaliser l’union de tous ceux ayant intérêt à la promotion de la discipline. Défendre l’éducation physique ou ses professeurs ? Entre solidarité et concurrence, apparaissent des débats qui non seulement animeront alors le mouvement et le feront évoluer, mais qui en outre restent bel et bien présents aujourd’hui.

3 – Le temps de l'amicale des anciens élèves du cours supérieur, un pré-syndicalisme (1906-1912) ?

3.1 – Le terrain corporatif, représentation et représentativité

11 La loi de 1884 sur l’autorisation des syndicats professionnels n’ayant pas été étendue aux fonctionnaires, c’est donc, à l’instar des autres enseignants, dans le cadre de l’amicalisme que s’organisent les professeurs d’éducation physique. Pour autant, cette situation n’empêche pas l’association, comme le font d’ailleurs les amicales d’instituteurs pionnières en la matière, de se situer en bien des aspects sur le terrain propre à l’action syndicale. Ainsi, les statuts déclarés le 10 septembre 1906 précisent bien que l’un des objets poursuivi est d’« être représenté auprès des pouvoirs public par un conseil d’administration (art. 4) » (Bulletin d’éducation physique n° 31-32, janvier-février 1909, 2). Dans cette même logique, mais plus précisément sur le terrain de la représentativité, D. Séhé n’hésite pas, à l’occasion, à se présenter comme le porte-parole des enseignants eux-mêmes. Notamment, en 1909 (l’Amicale regroupe alors 100 membres sur les 150 diplômés du Cours supérieur), lorsqu’il s’exprime en ces termes lors de l’inauguration d’un centre pédagogique mis en place par l’amicale : « je crois utile de faire en quelques mots, l’historique de l’évolution qui s’est produite relativement au personnel enseignant la gymnastique, puisque c’est en son nom que j’ai l’honneur de parler » (Séhé, Bulletin d’éducation physique n° 31-32, janvier-février 1909, 6).

12 Sur un plan purement corporatif, l’action déjà évoquée concernant le CAEG DS révèle l’implication de l’Amicale et si le terme de « vœux » euphémise le propos, c’est bien dans une démarche revendicative qu’elle se situe. Les statuts eux-même en font état, l’article 6 exprimant la volonté de « rechercher avec l’USGF les moyens d’établir la fondation d’une école normale civile et la création d’inspecteurs régionaux pourvus des titres nécessaires » (ibid.). Toutefois, la défense des intérêts moraux et matériels de ses membres ne figure pas au rang des objets explicites de l’association, ces derniers mettant en avant l’autre pôle de l’action amicaliste : le terrain pédagogique.

3.2 – Le terrain pédagogique, prosélytisme au temps de la guerre des méthodes ?

13 Malgré les aspects évoqués précédemment, il est important relever que, dans la logique de l’amicalisme, l’action sur le pôle pédagogique est la composante dominante de l’association. C’est à cet aspect que les statuts concèdent la plus grande place, ceci avec 5 articles dont un au caractère explicitement prosélytique : « (…) administrer un bulletin officiel servant d’intermédiaire entre les professeurs du cours et les élèves, ainsi que d’arriver à la diffusion de la méthode du Cours supérieur (art. 5) » (ibid.).

14 Alors, si dans le discours de l’Amicale déclaré impartial, la notion d’éclectisme prend une place croissante, ce n’est pas pour autant de pluralisme dont il s’agit et tout opposant au « vénéré » G. Demeny se voit vite vilipendé dans les colonnes du Bulletin d’éducation physique. Ainsi, sur un plan pédagogique autant que corporatif, l’action de l’Amicale se situe dans le contexte marqué alors par la guerre des méthodes. Désireuse de soustraire la formation à l’Ecole de Joinville, celle-ci œuvre également pour diffuser les conceptions pédagogiques et scientifiques enseignées au Cours supérieur. Dès 1902 G. Demeny écrivait que l’« on commet la plus grossière erreur en confiant l’enseignement à des instructeurs militaires non initiés à la pédagogie et qui négligeront le côté hygiénique pour ne voir que le développement brutal de la force » (Demeny, 1902, édit de 1931, 16), et renchérissait en 1909 par le désormais célèbre : « A chacun son métier (…) L’instituteur n’a rien à apprendre du militaire pour le milieu scolaire où seule la pédagogie est intéressante » (Demeny, 1909, édit de 1921, 135). On constate alors que la leçon est bien apprise quand on lit dans le bulletin de l’Amicale les propos suivants :

« A notre avis, l’école doit faire des enfants qui la fréquentent, des hommes instruits et bien portants ; elle ne doit, en aucun cas, être une école d’enfants de troupe (…) de ceux qui pétrissent les âmes on exige des aptitudes pédagogiques ; ces dernières sont également nécessaires à ceux qui pétrissent les corps ».
(Bulletin d’éducation physique n° 50, juillet 1911, 269-270)

3.3 – Une action qui réussit, mais grâce à qui ?

15 Rapidement, l’Amicale connaît des réussites. Sur le plan pédagogique, le bulletin remplit sa fonction, notamment en bénéficiant des fréquentes contributions des enseignants du Cours supérieur que sont le Pr Racine et le Dr J. Philippe, tous deux membres de l’association. De même, en 1909, est mis en place un centre pédagogique constituant un lieu d’information et de formation toujours au service de la pensée du Cours supérieur. Enfin, en voyant aboutir des vœux relevant du corporatisme tels que l’obligation du CAEG DS, non seulement les enseignants prennent le pas sur les militaires [5], mais ce sont en outre des conséquences pédagogiques importantes qui en découlent, chaque futur enseignant de collège ou lycée devant officiellement passer entre les mains de G. Demeny.

16 Néanmoins, si des résultats vont dans le sens des souhaits de l’Amicale, il semblerait bien que ceux-ci soient à mettre davantage à l’actif de certains de ses membres et sympathisants qu’à une prise en compte par le législateur de cette bien petite association. En effet, sans parler de G. Demeny, reconnu par les pouvoirs publics et influant auprès d’eux, il faut noter que C. Cazalet, à la tête de la puissante USGF est toujours resté très lié à l’Amicale et au Cours supérieur. D. Séhé quant à lui, en étant sous-inspecteur à l’enseignement primaire occuppera un poste susceptible de lui ouvrir quelques portes dans l’administration. Enfin, M. Berthaux fut à plusieurs reprises ministre de la guerre, et on apprend par exemple dans le bulletin n° 48 : « notre association amicale lui doit les subventions qu’elle obtient des différents ministères » (Bulletin d’éducation physique n° 48, janvier-mars 1911, 231). En effet, en n’étant pas représentée auprès des pouvoirs publics en tant que telle, les actions de l’Amicale sur le plan revendicatif se limitent à l’élaboration et à l’émission de vœux, présentés en outre sur un ton dont on ne peut pas dire qu’il se caractérise par la violence et la détermination. En témoignent les propos bien prévenant tenus en juillet 1909 :

« Chaque chose en son temps : nous ne demandons pas l’étude immédiate de toutes ces questions, mais nous savons combien l’administration universitaire nous porte d’intérêt, pour être certain que chaque desiderata étudié l’un après l’autre et avec toute l’ampleur désirable, obtiendra la réalisation tant désirée. Nous profitons de cette circonstance pour renouveler une fois de plus à nos chefs, l’assurance de notre respectueux dévouement et pour leur adresser nos remerciements les plus sincères pour tout ce qu’ils ont fait pour l’éducation physique et les personnes chargées de cet enseignement ».
(Bulletin d’éducation physique n° 37-38, juillet-août 1909, 81)
Apparaît alors clairement combien les responsables de l’Amicale et certains de ses membres, en étant bien plus influents en leur nom que l’association ne pouvait l’être elle-même, initièrent l’action corporative en la basant bien plus sur les relations avec le pouvoir que sur le conflit et le rapport de force. En ce sens l’amicalisme en éducation physique est alors à l’image de celui des instituteurs, dont B. Compagnon et A. Thévenin disent qu’il fut « un corporatisme de compromis, de collaboration confiante avec l’administration » (Compagnon & Thévenin, 2001, 37). C’est un des aspects qui, sous l’influence d’un contexte (la mise en place d’un syndicalisme enseignant, la situation déplorable faite aux enseignants d’éducation physique), mais aussi d’un acteur (Paul Fisher), va alors commencer à changer.

4 – P. Fisher et l'évolution vers le syndicalisme (1912-1926)

4.1 – Une nouvelle amicale, regrouper pour mieux lutter

17 « Les fonctionnaires doivent-ils se grouper sous le couvert de la loi de 1901 ou revendiquer le bénéfice de la loi de 1884 ? Question brûlante et bien propre à éveiller les passions, car dans toutes les corporations il existe des militants avertis et des adhérents plus timorés que certains mots effraient » (Fournier, La tribune du fonctionnaire n° 4, avril 1913, 1). Par ces mots écrits en 1913, le président de la Fédération nationale des associations professionnelles des Employés de l’état (fondée le 4 décembre 1909), révèle les débats qui animent les mouvements de fonctionnaires à partir des années dix. Les professeurs d’éducation physique ne font pas exception et, dès 1909, le bulletin d’éducation physique évoque à demi-mots les tensions naissantes :

« L’année 1910 sera encore plus florissante, car nous verrons venir à nous les hésitants, ceux qui trouvent que nous ne marchons pas assez vite, qui croient que pour combler les nombreuses lacunes existantes et que nous avons signalées, il y a lieu de sortir de notre réserve et méconnaître tout ce qui a déjà été fait en notre faveur ».
(Bulletin d’éducation physique n° 41-44, novembre 1909-février 1910, 127)
C’est dans ce contexte qu’il nous semble possible de mettre en avant, si ce n’est « l’inventeur principal » ou « la circonstance décisive » pour reprendre les mots d’Alain (Alain, 1943, 1186), tout au moins un acteur central faisant basculer progressivement ce mouvement vers le syndicalisme. En 1909, P. Fisher est reçu au CAEG DS et s’investit très rapidement dans l’Amicale au point d’être qualifié d’ « excellent confrère » dès janvier 1911 (Bulletin d’éducation physique n° 48, janvier-mars 1911, 232). Son dynamisme au sein de l’association est alors l’expression de sa volonté de voir se durcir le mouvement, de le rendre plus fort, plus puissant, plus représentatif.

18 Ainsi, le 19 novembre 1911, profitant du congrès annuel de l’USGF, il organise une réunion destinée à promouvoir l’idée d’un rassemblement concernant tous les enseignants d’éducation physique, qu’ils soient munis du CAEG DS ou non, et qu’ils officient dans l’enseignement secondaire ou primaire. « Plus nombreux nous serons, plus nous aurons de chance de faire aboutir nos revendications reconnues très légitimes, nous ne pouvons pas, en effet, rester dans une situation si équivoque, si précaire » (Fisher, Bulletin d’éducation physique n° 51, octobre 1911, 285). L’importance majeure qu’il entend donner à la lutte corporative apparaît nettement dans ses propos, qui emportent une large adhésion et le soutien de D. Séhé.

19 C’est ainsi que le 4 février 1912, succédant à l’Amicale des anciens élèves du Cours supérieur, est fondée l’Association amicale des professeurs d’éducation physique de France et des colonies diplômés de l’Université et des anciens élèves du Cours supérieur, dont P. Fisher assurera la présidence. Des vœux aux revendications, de l’usage des relations à la recherche du rapport de force, c’est bien une étape qui est alors franchie dans l’évolution progressive de l’amicalisme strict au syndicalisme officiel. En outre, une nouvelle conception de la défense corporative est alors mise en avant, celle visant à la fois la défense des intérêts communs les plus larges et celle des divers intérêts particuliers par l’union du plus grand nombre.

20 Paradoxalement, en devenant moins strictement corporative dans son recrutement, l’association devient nettement plus corporatiste dans ses objets.

4.2 – La priorité à la lutte corporative

21 Avant tout, il semble nécessaire de signaler que la pédagogie n’est pas totalement oubliée. Malgré les horizons divers des enseignants susceptibles d’adhérer à l’Amicale, est toujours affirmée la volonté « d’agir par tous les moyens possibles (publications, conférences), pour obtenir la vulgarisation de la méthode d’éducation physique enseignée au Cours supérieur (art. 4) » (l’Educateur physique moderne n° 9, mai 1919, 1). Mais ces mêmes statuts voient bel et bien s’inverser le rapport auparavant favorable à l’action pédagogique. En effet, non seulement le désir de représentation se précise, l’objectif étant dès lors « d’être représentée, près des pouvoirs publics, par un bureau nommé par les membres de l’association (art. 3) », mais surtout est alors explicitement avancé l’objet selon nous majeur de « donner plus particulièrement au personnel enseignant, une situation morale et matérielle digne de la tâche qui lui incombe (art. 6) » (ibid.). Dès lors, cette association n’aura de cesse de lutter sur un aspect seulement évoqué par l’amicale précédente : la revalorisation des traitements.

22 La Grande Guerre, si elle vient mettre en veille l’action des amicales comme celle des syndicats, est par contre suivie d’une période de mobilisation et de grèves sans précédents dans le monde du travail. Face à un gouvernement particulièrement hostile au droit syndical des fonctionnaires, les instituteurs les premiers eurent à cœur de sortir des limites de l’amicalisme, et bousculant la non-reconnaissance officielle, donnèrent naissance à divers syndicats. Faisant de même, la Fédération nationale des associations professionnelles des Employés de l’état change ses statuts en 1920, devient la Fédération Nationale des Syndicats de Fonctionnaires (FNSF), et adhère à la Confédération Générale du Travail (CGT) (La tribune des fonctionnaires n° 45, 15 avril 1920). Du côté des enseignants d’éducation physique, ce mouvement social ne semble pas avoir été sans influences et l’on voit alors P. Fisher redoubler d’activité pour faire avancer la revendication de la hausse des salaires et « re-mobiliser » les récents « démobilisés ». C’est avec toujours plus de vigueur qu’il dénonce la situation faite aux enseignants d’éducation physique et en appelle à l’union de toutes les forces :

« Nous sommes toujours les parias du personnel enseignant et malgré le mouvement formidable que la guerre a créé en faveur de l’éducation physique, nous avons encore des détracteurs puissants. (…) Et bien cher collègues, le moment est venu de frapper dur et ferme ! Assez de discours ronflants… passons aux actes ! ».
(Fisher, l’Educateur physique moderne n° 9, mai 1919, 2)
Laissant à d’autre le soin d’animer le pôle pédagogique, ce dernier agit strictement sur un plan corporatif et oriente clairement dans ce sens l’action amicaliste (pour illustration, le contenu du numéro de « reprise » de mai 1919 est à plus de 75 % consacré aux aspects corporatifs, les questions pédagogiques ne prenant que 4 pages sur les 26 du bulletin). Il donne alors naissance à une revendication dont il ne se doute certainement pas qu’elle restera centrale jusqu’à la fin des années trente : le reclassement des professeurs d’éducation physique munis du degré supérieur au même niveau que les professeurs de dessin, c’est-à-dire à un niveau restant bien inférieur aux autres enseignants du second degré disposant quant à eux d’une licence universitaire.

23 Au-delà de l’échec alors essuyé sur ce point, si l’association bénéficie de quelque influence, il semble que ce soit, comme pour l’Amicale précédente, bien plus du fait de certaines relations en haut-lieux que par sa force de représentativité. L’administration de l’éducation physique est alors en élaboration et constitue un microcosme facilement approchable par des hommes investis dans le milieu de l’éducation physique tels que P. Fisher [6]. Ce dernier obtient régulièrement des entrevues auprès de G. Vidal [7] ou de H. Paté [8] sans même prendre rendez-vous, souvent le jour-même de la demande. Le fait qu’il rende personnellement visite à H. Paté, dès la nomination de ce dernier au poste de Haut commissaire à l’éducation physique, au sport et à la préparation militaire, en 1921, témoigne des rapports privilégiés alors entretenus. Progressivement, c’est même un certain réseau de relation qui se fait jour, notamment lorsque est fondée en mai 1922 le Conseil consultatif de l’éducation physique, au sujet duquel on pourra lire dans l’Educateur physique :

« Sachez bien que tous les intérêts corporatifs sont en bonnes mains. La présence de Mr Adolphe Chéron[9], député ; Mr Leune, inspecteur général ; Mr le Colonel Bonvalot, directeur de Joinville ; Mr Racine et de notre président à la commission administrative, nous en sont un sûr garant. (…) Courage, patience, l’horizon s’éclaircit ».
(l’Educateur physique moderne n° 21, 15 mai 1922, 21)
Moins virulent, plus diplomate, P. Fisher ménage ses relations, tel qu’en témoigne le compte rendu des propos tenus lors de l’assemblée générale du 26 novembre 1922 :
« Les relations les plus étroites se sont établies entre le bureau et le nouveau service de l’éducation physique, créé par Mr G. Vidal au Ministère de l’instruction publique. Le président est heureux de rendre hommage à Mr L’hôpital directeur du service, et à Mr Sauvage, chef du bureau, en qui il trouve toujours des fonctionnaires aussi aimables que compétents pour la solution des affaires en cours  ».
(l’Educateur physique moderne n° 24, 1er janv 1923, 120)
Après avoir été, dans un premier temps, ferme et énergique, P. Fisher semble alors revenir au type d’action menée par l’Amicale des anciens élèves du Cours supérieur qu’il avait lui-même contesté. A son tour, il devra alors essuyer les attaques de membres porteurs d’une autre conception de la lutte corporative.

4.3 – Des premières luttes intestines au premier syndicat

24 En effet, malgré l’activité de l’Amicale, les résultats tardent à venir, et naissent alors de nouvelles tensions qui prennent rapidement l’allure de véritables « luttes intestines » (Fisher, l’Educateur physique moderne n° 18, 25 oct 1921, 7). Celles-ci amènent P. Fisher, en 1921, à en appeler à ce que l’on nommerait aujourd’hui la discipline syndicale, et déclare par la voie du bulletin :

« L’unité seule est notre force et toute division nous affaiblit. Lorsque votre représentant peut dire au ministère : « Je parle au nom de tous les professeurs d’éducation physique de France », songez aux chances de réussite que vous donnez à la requête ainsi présentée ».
(Fisher, l’Educateur physique moderne n° 18, 25 oct 1921, 4)
Néanmoins, se sentant alors noyé dans une association de plus de 500 membres, un groupe de professeurs du secondaire munis du CAEG DS va faire dissidence. Lors de l’assemblée générale du 12 novembre 1921, Henri Hoenig et Raymond Cormontagne (qui fut un instituteur syndicaliste) attaquent le bureau de l’Amicale sur un sujet sensible, en l’accusant « non seulement de ne pas avoir empêché, mais d’avoir favorisé la main-mise des militaires sur l’enseignement de l’éducation physique dans l’université » (l’Educateur physique moderne n° 19, 15 janvier 1922, 7). Après de vifs échanges, et rejetant les propositions de conciliation de P. Fisher, R. Cormontagne annonce la création prochaine de l’Amicale des professeurs d’éducation physique de l’enseignement secondaire, dont il assurera la présidence.

25 Ainsi, dans cette période de transition rendant toujours plus floue la frontière entre amicalisme et syndicalisme, l’après-guerre a été propice aux débats et aux conflits, que ceux-ci aient porté sur les limites à donner à la notion de corporation ou sur les moyens à employer pour la défendre. C’est alors qu’un événement important intervint, avec l’accès au pouvoir en 1924 du Cartel des gauches. François Albert, ministre de l’Instruction Publique du gouvernement d’Edouard Herriot, ordonne en effet aux recteurs de nouer le dialogue avec les syndicats enseignants déjà existants, assurant ainsi selon B. Guay, « de fait, leur reconnaissance » (Guay, 1997, 44). Les portes du syndicalisme officiellement ouvertes aux enseignants, la situation ne pouvait qu’évoluer dans le domaine de l’éducation physique. Pour autant, il fallut patienter pour assister à la naissance d’un syndicat et notamment attendre que les leaders ennemis P. Fisher et R. Cormontagne parviennent à réaliser ce qui fut alors nommé « l’Union sacrée »[10]. Réunis le 2 juillet 1926 afin d’en rédiger les statuts, ils permirent au Syndicat national des professeurs d’éducation physique de l’enseignement secondaire de voir le jour le 20 novembre suivant et, à R. Cormontagne, d’en être le premier secrétaire général. Destiné aux seuls détenteurs du CAEG DS et assimilés, le Syndicat entraîne alors en toute logique la fin de l’Amicale de R. Cormontagne. Mais l’association de P. Fisher, en contre partie, conserve toute sa légitimité et ce dernier clarifie alors la situation en expliquant qu’elle devient « un groupement d’éléments différents, professeurs ou non, sympathisants et s’intéressant à l’éducation physique. Le syndicat [étant] un groupement purement corporatif, ne comprenant que des professeurs titulaires en exercices dans les lycées, collèges et cours secondaires ». En conséquence, il précise que « c’est le syndicat SEUL qui renseignera sur toutes questions concernant les traitements, les heures supplémentaires, les horaires, le service, etc. », pour enfin ajouter : « que tous fassent donc leur devoir et adhèrent sans retard au syndicat national » (Fisher, Bulletin syndical n° 1, février 1927, 3-6).

26 Dès lors, c’est de collaboration dont il sera question entre Amicale et Syndicat. Une relation qui connaîtra certes des périodes de tensions et des évolutions [11], mais qui montrera comme l’a déjà évoqué G.Bui-Xuan (Bui-Xuan, 1995) combien promotion corporative et pédagogie auront toujours du mal à être distinguées.

5 – La première ère du syndicalisme en éducation physique (1926-1940)

27 Dans les limites de cette contribution, il ne saurait être question de détailler quatorze années d’une action syndicale qui, avant d’être stoppée par la guerre, fut riche en événements. Tout au plus proposons-nous ici, comme il est d’usage lorsqu’on aborde un sujet méconnu, de poser les jalons essentiels d’une histoire qui reste bel et bien à écrire.

5.1 – Représentation et représentativité au temps du syndicalisme

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Raymond Cormontagne, premier secrétaire général du premier syndicat des professeurs d’éducation physique du second degré. (photo tirée de La tribune du fonctionnaire n° 524, 15 octobre 1933, 4) (original de mauvaise qualité)

28 Après un fort mouvement d’adhésion portant à 205 le nombre de syndiqués dès 1927, puis à 292 en 1929, le Syndicat connaît pendant la première partie des années trente une importante période de récession (annexe 2). Dans ce contexte, R. Cormontagne est remplacé par Lucien Lemaire lors d’un renouvellement du bureau le 11 octobre 1931. Mais ce dernier ne peut en rien inverser le mouvement de désyndicalisation qui va alors perdurer. Certes, l’action syndicale tarde à faire la preuve de son efficacité mais la crise économique qui sévit et qui touche durement les professeurs d’éducation physique (toujours situés au bas de l’échelle des traitements) est certainement la première des causes à incriminer. Les adhésions sont de moins en moins nombreuses et les cotisations tardent à être payées. La situation financière se dégrade et, en passant en dessous des 200 syndiqués en 1934, se pose de plus en plus la question de la possible disparition de l’organisation. E. Orjollet, successeur de L. Lemaire depuis le 26 novembre 1933, milite alors pour ouvrir les portes du Syndicat à la totalité des enseignants d’éducation physique du secondaire, en accueillant les professeurs de l’enseignement technique et des écoles primaires supérieures. En obtenant la modification des statuts le 28 décembre 1935, il transforme l’organisation en un Syndicat national des professeurs d’éducation physique de l’enseignement public (second degré) qui, profitant en outre de la sortie des premières promotions de l’ENEP, connaît alors une forte croissance de ses effectifs (le syndicat regroupe 380 adhérents en 1938).

29 Malgré la période difficile dont nous avons parlée, force est de constater que la représentativité du Syndicat est toujours restée exceptionnellement forte. En naviguant entre 45 % en 1934, et approximativement 85 % en 1929 et 80 % en 1939, le taux de syndicalisation reste sur l’ensemble de la période tout à fait remarquable en regard de ce que l’on connaît aujourd’hui [12]. Pour autant, si en matière de représentativité le Syndicat est bien placé, sa représentation auprès des pouvoirs publics n’est pas sans poser problèmes. Alors que dans le secteur primaire, le ministre de l’Instruction Publique A. de Monzie met en place les Comités consultatifs départementaux (chargés de la gestion des personnels en consultation avec les représentants syndicaux), les professeurs d’éducation physique sont, quant à eux, tenus à l’écart de l’administration. E. Herriot lui-même, lors de la mise en place en septembre 1927 de la Commission d’étude pour l’organisation de l’éducation physique, s’il y nomma des militaires et des journalistes, ne crut pas bon d’y intégrer de représentants du personnel. Ce n’est qu’après intervention de R. Cormontagne que le ministre concéda la participation ponctuelle d’un responsable syndical. Certes, la création, en 1928, du Sous secrétariat d’Etat de l’éducation physique, marquant le retour aux affaires de H. Paté, vit s’ouvrir une période d’intense collaboration, saluée par le Syndicat lui-même [13]. Mais une nouvelle fois, apparaît l’importance des personnalités dans la mise en place de relations syndicat-administration, celles-ci évoluant au gré des nominations ministérielles. Ainsi, de toléré, le Syndicat réussit à devenir écouté à partir des dernières années folles. Pour être enfin entendu, il fallut néanmoins attendre 1936 et l’arrivée du Front Populaire.

5.2 – L’augmentation des traitements, fer de lance de l’action syndicale

30 Après l’obtention du droit syndical, nul doute que la revendication prioritaire des associations de fonctionnaires fut la hausse des traitements. L’action de la FNSF fut constante sur ce point, et aboutit même à l’organisation de sa première manifestation (5000 personnes), à Paris, le 4 juin 1926 (La tribune du fonctionnaire n° 236, 5 mai 1926, 1). En cette année, pour les fonctionnaires, « La situation ne s’éclaircit pas, elle ne s’améliore pas non plus » selon P. Neumeyer, qui prévient que « la crise des changes, en s’aggravant, menace de rendre nos conditions d’existence de plus en plus difficiles » (Neumeyer, La tribune…, ibid.).

31 On peut alors comprendre combien la situation des professeurs d’éducation physique, au bas de l’échelle des rémunérations, est déplorable lorsque se fonde le Syndicat. En effet, les traitements des professeurs d’éducation physique représentent alors tout juste 60 % de ceux qu’ils croient alors être leurs « collègues » des matières intellectuelles. Ce en quoi, en outre, ils se trompent, M. Sauvage (chef du bureau de l’éducation physique au Ministère de l’Instruction Publique) expliquant au Syndicat au cours d’une audience que « l’administration de l’enseignement secondaire ne considère pas la gymnastique comme un enseignement » (Bulletin syndical n° 3, mai-juin 1927, 8). En réussissant à obtenir le soutien de la FNSF (fédération à laquelle il adhère), le Syndicat parvient alors à donner plus de poids à ses revendications et obtient des satisfactions. Avec le décret du 28 août 1927, une première étape est franchie. Les professeurs d’éducation physique munis du degré supérieur intègrent la catégorie des professeurs d’enseignements spéciaux et deviennent l’égal des professeurs de dessin de degré élémentaire et de ceux de couture et de chant de degré supérieur. Si R. Cormontagne peut déclarer justement « nous récoltons quelques fruits d’une campagne qui remonte à plusieurs années » (Cormontagne, Bulletin syndical n° 3, mai-juin 1927, 12), c’est de fruits bien avariés dont il s’agit, les enseignants rejoints par les professeurs d’éducation physique subissant au même moment une dévaluation vis à vis des professeurs bacheliers, auxquels ils étaient auparavant associés. Ainsi, les instituteurs, qui constituent alors la majorité des professeurs d’éducation physique, continuent bel et bien à subir, en changeant de fonction, une régression tout autant statutaire que financière. Pire qu’une simple stagnation, la situation empire au cours des années trente. Dès 1931, le salaire d’un professeur d’éducation physique de degré supérieur représente moins de la moitié de celui d’un professeur licencié. Dans une situation financière déplorable, ces enseignants sont souvent amenés, pour vivre décemment, à donner des cours privés, à animer des gymnases. Contraint par la crise, le Syndicat en viendra même à défendre ardemment les heures supplémentaires, tout en reconnaissant avec E. Orjollet « que l’abandon des heures supplémentaires est juste en principe, et je fais tout ce que je peux pour que celles-ci ne nous soient plus nécessaires pour compléter des traitements scandaleusement insuffisants » (Orjollet, Bulletin syndical n° 23 (nouvelle série), octobre 1934, 11).

32 Dans cette lutte, l’amélioration de la formation avec la création de l’ENEP est sans effets immédiats, si ce n’est celui de rendre la situation toujours plus scandaleuse. En témoigne la colère de R. Plasson, président de la FNEP, qui écrit en 1935 à propos de la première promotion qu’elle « vient d’entrer dans les cadres, au salaire d’un manœuvre ou d’un balayeur de cours. Notre amertume est grande ! » (Plasson, l’Educateur physique n° 25 (nouvelle série), nov 1935, 4). Toutefois, l’amélioration de la formation (qui passe à 2 ans à l’ENEP) permet aux revendications de gagner en légitimité, et c’est bien là une étape essentielle en vue de leur satisfaction. En décembre 1935, lors de la discussion du budget au sénat, R. Besnard (président du groupe de l’éducation physique) s’insurge contre l’injustice faite aux enseignants d’éducation physique et déclare :

« Si le niveau de leurs études s’est beaucoup élevé depuis 1907, ils en sont encore au traitement de 1907. (…) Je vous demande, monsieur le ministre, non seulement des paroles bienveillantes, mais des engagements en faveur de ces professeurs, dont le sort doit être amélioré … ».
(Besnard, cité par Orjollet, Bulletin syndical n° 24, février 1935, 5)
Ce à quoi le ministre de l’Instruction Publique M. Mallarmé répondra qu’en effet :
« Ces professeurs ne sont plus les anciens moniteurs que nous avons connus, presque tous anciens sous-officiers dégagés de leurs obligations militaires et qui, pour la plupart, n’avaient pas une grande culture générale, et possédaient peu de notions sur l’hygiène et le développement physique des enfants. (…) Nos professeurs d’éducation physique actuels méritent mieux ».
(Mallarmé, cité par Orjollet, ibid.)
Il semblerait alors que la situation ait enfin évoluée depuis le temps où Mr Vial, alors directeur de l’enseignement secondaire, expliquait à R. Cormontagne et P. Fisher que la profession était « victime de la réputation du professeur de gymnastique d’autrefois » (Bulletin syndical n° 5, décembre 1927-janvier 1928, 10).

33 C’est sur cette base que l’arrivée au pouvoir du Front Populaire permet d’aboutir à de véritables avancées. Celles-ci ne sont pas, pour autant, obtenues sans difficultés ni sans péripéties, les contraintes budgétaires faisant régulièrement obstacle aux déclarations et promesses des responsables de l’éducation physique. Il faut en effet attendre le 26 mars 1938, pour que J. Zay, ayant reconnu dès son accession au pouvoir la condition de « parias » faite aux enseignants d’éducation physique, signe un décret portant le traitement de ceux étant munis du degré supérieur au même rang que celui de leurs collègues de dessin également dotés d’un degré supérieur. Pour l’aboutissement de cette revendication, mais également pour l’ensemble des mesures prises en faveur de l’éducation physique (Sport scolaire retiré de la tutelle des fédérations sportives, mise en place de la demi-journée de plein-air, réintégration totale de l’éducation physique au ministère de l’éducation nationale), J. Zay fut l’objet d’une véritable vénération par le Syndicat.

5.3 – La pédagogie, terrain de lutte contre les concurrences

34 S’il est un problème dont l’éducation physique semble n’avoir jamais pu se détacher, c’est bien celui de la concurrence éducative. D. Séhé, en son temps, expliquait déjà aux diplômés du septième Cours supérieur : « Vous débutez dans la vie professionnelle, vous allez, comme vos prédécesseurs avoir à lutter. (…) Vous aurez contre vous, les pseudos-savants, les docteurs sans clientèle, les étrangers sans succès dans leur pays, les officiers en retraite,…» (Séhé, Bulletin d’éducation physique n° 39-40, septembre-octobre 1909, 106). Vingt ans plus tard, on pouvait encore lire dans la revue de G. Hébert l’Education physique, sous la plume d’O. Forsant : « Il y de quoi décourager les meilleurs parmi les « profs de gym » universitaires dont les leçons honnêtes et consciencieuses sont désertées au profit de charlatans de bas étages qui emplissent leurs poches sans vergogne » (Forsant, l’Education physique n° 16, octobre 1930, 248). Dans ce cadre, les professeurs d’éducation physique comprirent sans tarder que la pédagogie était un terrain de lutte. C’est pourquoi œuvrer à l’amélioration des compétences pédagogiques des professeurs, tenter de faire admettre leur supériorité en la matière, furent des buts premiers de l’amicalisme. En ce sens, nous avons vu qu’une orientation fut clairement prise et jamais démentie en faveur de la méthode enseignée au Cours supérieur.

35 Néanmoins en affirmant son ancrage sur les problèmes corporatifs, le Syndicat ne se préoccupe que de façon secondaire de la réflexion et de l’action pédagogique (annexe 4). Si dans le deuxième bulletin, un court article traite de l’intérêt éducatif du sport, le responsable de la publication explique, dès la page suivante, que ce type de propos ne peut avoir sa place, « le journal de notre syndicat étant essentiellement corporatif » (Rouillon, Bulletin syndical n° 2, mars-avril 1927, 4). Pourtant, face à la croissance des sports, l’éducation physique prend de plus en plus une image vieillotte, archaïque. En 1933, la FNEP s’en inquiète, et l’on peut alors lire dans l’Educateur physique :

« les associations de parents d’élèves ne cessent de demander une réforme radicale de l’éducation physique. (…) Les élèves, à un âge où ils devraient pleinement goûter la joie d’une activité corporelle délassante, la trouvent fastidieuse, cherchent à l’esquiver, ou n’y trouvent trop souvent qu’une occasion de tumulte et de désordre ».
(l’Educateur physique n° 16 (nouvelle série), août 1933, 20)
Parallèlement, depuis la mise en place, en 1923, des Comités Sportifs d’Académie officialisant la mainmise des fédérations sportives sur le sport scolaire (Delaplace, 1989), de plus en plus d’enseignants voient des élèves, qui s’ennuient dans leurs cours, se dépenser avec joie auprès d’entraîneurs sans diplôme décidément bien gênants. D’un point de vue corporatif, la question sportive devient alors bel et bien décisive.

36 Ainsi, parallèlement aux actions menées par l’Union Nationale des Etudiants de France en vue de créer un sport universitaire indépendant du mouvement sportif, le Syndicat élabore un projet d’organisation du sport scolaire visant sa récupération par les enseignants. Pour celui-ci les choses sont claires : « Si nous refusons notre concours, d’autres que nous se chargeraient de cette organisation, (…) et nous serions encore sous la tutelle incommode d’étrangers encombrants » (Bulletin syndical n° 3 (nouvelle série), mars 1932, 8). Au-delà de ce projet, qui n’aboutira qu’en 1939, c’est une position innovante que le Syndicat est alors amené à prendre concernant le sport. Souhaitant faire reconnaître la compétence du professeur d’éducation physique en la matière, le Syndicat milite pour l’incorporation effective du sport dans les programmes et, en mars 1933, le bureau déclare : « nous considérons inséparable le sport de l’éducation physique » (Bulletin syndical n° 13 (nouvelle série), mars-avril 1933, 4).

37 Quelques mois plus tard, une résolution est adoptée afin d’interpeller les pouvoirs publics pour « incorporer le sport à l’éducation physique » (Bulletin syndical n° 18 (nouvelle série), déc 1933, 5). Enfin, critiquant fermement la formation dispensée à l’ENEP, le Syndicat proclame en toute logique que « les futurs professeurs devraient posséder parfaitement les techniques sportives, être capables d’organiser et de diriger tous les grands jeux afin de s’imposer (souligné par nous) d’une manière indiscutable comme techniciens et comme pédagogues » (Orjollet, Bulletin syndical n° 27 (nouvelle série), décembre 1935, 15).

38 Le Syndicat fut donc conduit, quelques années après sa fondation, à s’impliquer sur le terrain sportif et à tenter d’y imposer la présence des professeurs d’éducation physique. En ce sens, il revendiqua continuellement une représentation corporative au sein des diverses commissions ministérielles traitant du sport, ce en quoi il ne fit d’ailleurs qu’essuyer des échecs successifs. Mais en se faisant avant-gardiste en matière de prise en compte du sport, on peut se demander si le Syndicat exprime de véritables convictions ou des positions de circonstances. Quoi qu’il en soit si, en ces années trente, il s’intéresse à la pédagogie, c’est avant tout de façon instrumentale, l’objectif premier restant la lutte contre les diverses concurrences et la défense des intérêts corporatifs. Ces derniers se confondent-ils avec ceux de la discipline et des élèves ? Voilà bien une question qui tout au long de cette première ère du syndicalisme en éducation physique, ne semble pas encore avoir émergée.

6 – Conclusion: revisiter l'histoire de l'éducation physique?

39 A travers un thème tel que celui de la défense corporative, il nous semble que toute l’Histoire de l’éducation physique soit revisitée. Celle de sa naissance telle que nous l’avons définie. Celle de ses « grands personnages », tels que G. Demeny, et de ses « grands événements » à travers l’évolution de la formation et du sport scolaire. Celle enfin de ses « grands problèmes », comme la guerre des méthodes ou la question du sport. Et c’est bien normal si l’on pense avec P. Arnaud que toute l’Histoire de l’éducation physique se résume en une quête de reconnaissance et de légitimité (Arnaud, 1982). Une histoire qui de toute évidence ne peut distinguer les évolutions corporatives des débats et luttes pédagogiques. Pourtant, de l’amicalisme au syndicalisme, si la pédagogie s’affirme comme dimension de la lutte, il semblerait bien qu’une modification s’opère quant à son statut. D’un but, il semble bien qu’elle devienne avant tout un moyen. Celui destiné à obtenir le monopole des professeurs d’éducation physique sur l’enseignement des pratiques corporelles, ainsi que leur promotion statutaire. A la veille du second conflit mondial, en projetant de faire de l’Educateur physique (bulletin de la FNEP) son bulletin pédagogique, le syndicat franchit une dernière étape en la matière, celle qui fait dire à G. Bui-Xuan que « si la guerre enraye le processus [les syndicats sont dissous par le régime de Vichy], la liaison est pourtant établie entre le corporatif et le pédagogique, et le terrain préparé à l’idéologisation de tout un corps  » (Bui-Xuan, 1995, 251).

Sources documentaires

40 1. Archives :

41 Archives privées de M. Berge (SNEP), Bulletin officiel du syndicat national des professeurs d’éducation physique de l’enseignement secondaire (1927 à 1932).

42 2. Bibliographie  :

43 La gymnastique, journal hebdomadaire, gymnastique, tir, escrime, pédagogie, art militaire, récits patriotiques (1886 à 1898).

44 Bulletin d’éducation physique, organe officiel des anciens élèves du cours supérieur de l’université (1909 à 1911).

45 L’Educateur physique Moderne, bulletin officiel de l’association amicale des professeurs d’éducation physique de France et des colonies diplômés de l’université et des anciens élèves du cours supérieur (1919 à 1929).

46 L’Educateur physique, bulletin trimestriel de la fédération nationale des éducateurs physiques (1929 à 1939).

47 L’Education physique, revue d’enseignement et de critique (1922 à 1934).

48 Bulletin officiel du syndicat national des professeurs d’éducation physique de l’enseignement secondaire (1932 à 1935).

49 Bulletin officiel du syndicat national des professeurs d’éducation physique de l’enseignement public (second degré) (1935 à 1939).

50 La tribune du fonctionnaire, Organe officiel de la Fédération nationale des Associations professionnelles des Employés de l’état (1913 à 1920), puis de la Fédération des syndicats de fonctionnaires (1920 à 1930), puis de la Fédération générale des fonctionnaires (1930 à 1939).

51 Demeny, G. (1902). Les bases scientifiques de l’éducation physique, Paris, Félix Lacan. (édit de 1931).

52 Demeny, G. (1909). Evolution de l’éducation physique : l’école française, Paris, Fournier. (édit de 1921).

Annexe 1

Désiré Séhé, un important pionnier de l’EP

53 Repères biographiques :

  • 1858 : naissance à Paris le 12 janvier.
  • 1871-1875 : élève aux gymnases Pascaud et Blériot.
  • 1875-1882 : membre et moniteur de section à la société La Française de Paris.
  • 1878-1885 : fondateur et président de la société d’escrime et de boxe française l’Union Parisienne.
  • 1879 : obtention du diplôme de maître de gymnastique (CAEG) à l’académie de Paris.
  • 1882-1888 : fondateur et moniteur de la Société de gymnastique de Taverny.
  • 1884-1888 : fondateur, président et directeur des cours de formation des moniteurs de l’Association régionale des sociétés de gymnastique et de tir de Seine et Oise, Seine et Marne et de l’Oise.
  • 1884-1888 : membre fondateur, secrétaire puis vice-président de l’Union des Professeurs de Gymnastique de France.
  • 1903 : élève au premier Cours supérieur d’éducation physique de l’Université.
  • 1906 : fondateur et président de l’Association amicale des anciens élèves du Cours supérieur de l’Université.

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Photo (Illustration tirée de La gymnastique n° 14 (3e année), 15 avril 1888, p1)

54 Travaux et publications :

  • 1882 : rapport sur l’organisation de la gymnastique dans le département de Seine et Oise.
  • 1883 : Gymnastique d’assouplissement et gymnastique pratique, manuel destiné à l’enseignement scolaire et pédagogique, Paris, Le Bailly.
  • 1887 : publication d’un projet d’Ecole Normale Civile de gymnastique.
  • 1890 : Manuel d’exercices et de jeux scolaires, Paris, Delagrave.
  • 1918 : (Préface de) P. Pommiès, La gymnastique nouvelle au Certificat d’Etudes Primaires, Paris, Delagrave.
  • 1920 : L’éducation physique dans les écoles de la ville de Paris pendant la guerre 1914-1918, Paris, Malot.
  • 1921 : (avec le Dr F. Raspail), l’Education physique dans la famille, Paris, Delagrave.
  • publications non datées, citées dans l’Education physique dans la famille (ibid, 4) :
    • Recueil de chants adaptés à la gymnastique.
    • L’Education physique en Belgique.
    • Un voyage d’agrément à travers l’Angleterre sportive.
    • L’Education morale par l’éducation physique.

Annexe 2

Histoire de la lutte corporative en éducation physique : Quelques repères

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Annexe 3

Evolution du nombre de syndiqués et du taux de syndicalisation  :

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Annexe 4

places occupées par les questions corporatives et pédagogiques dans les bulletins syndicaux :

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Notes

  • [*]
  • [1]
    En réussissant l’examen de fin de formation (celle-ci durant deux semaines), les enseignants sont alors munis du Certificat d’Aptitude à l’Enseignement de la Gymnastique (CAEG) et de la « lettre de passage au Cours supérieur ».
  • [2]
    Le CAEG, mis en place en 1869, n’offre alors rien d’autre à ses titulaires que le droit de frapper aux portes des établissements scolaires pour leur proposer leurs services. Ces derniers se trouvent alors en concurrence entre eux, mais également (du fait de la non-application de la loi de 1882 rendant le CAEG obligatoire pour l’enseignement de la gymnastique) avec les militaires, les sapeurs pompiers, les gymnastes, bref toute personne susceptible de convaincre un chef d’établissement de ses compétences en matière d’éducation physique.
  • [3]
    En référence au sous-titre de l’ouvrage Le corps en mouvement, précurseurs et pionniers de l’éducation physique, (Arnaud, 1981).
  • [4]
    Qu’il nous soit permis de remercier tout particulièrement M. Berge, secrétaire général du Syndicat National de l’Education Physique (SNEP), de 1969 à 1979, qui nous ouvrit chaleureusement ses archives personnelles.
  • [5]
    Alors que le rapport Hillairet révélait en 1868 que sur 174 enseignants, 123 étaient militaires ou anciens militaires, et 51 étaient issus des gymnases civils, R. Meunier montre que les promotions 1910, 1911 et 1912 du Cours supérieur comportaient pour 98 reçus : 51 instituteurs ou élèves instituteurs contre seulement 18 moniteurs de Joinville et 4 moniteurs de sociétés de gymnastique (R. Meunier, 1978, 276).
  • [6]
    Lieutenant instructeur à Joinville, P. Fisher en dirigea un temps les cours de gymnastique durant la guerre.
  • [7]
    G. Vidal fut le dernier président de l’Union des Sociétés Française de Sports Athlétiques, puis premier responsable d’un sous secrétariat d’état à l’enseignement technique chargé de l’éducation physique et des sports, créé en 1920, pour, par la suite, avoir à plusieurs reprises des responsabilités en matières d’EP et de sport.
  • [8]
    Comme le montre J.P. Callède (Callède, 2000), H. Paté, qui sera à plusieurs reprises responsable de l’éducation physique et des sports, sera la personnalité politique de premier plan dans ce domaine au cours des années vingt.
  • [9]
    A. Chéron, à qui P. Fisher écrira que « c’est avec une joie profonde, partagée par tous les collègues de l’association, que j’ai appris votre désignation par Mr le ministre de l’instruction publique comme président de la Commission administrative du conseil consultatif de l’éducation physique et des sports  », pour se voir retourner des remerciements très chaleureux. (l’Educateur physique moderne n° 21, 15 mai 1922, 28).
  • [10]
    « En juin 1926 en réalisant l’unité syndicale nous avions conclu un véritable pacte d’ « Union sacrée », c’était, Ficher, votre expression textuelle… » (R. Cormontagne s’adressant à P. Fisher lors d’un conflit les opposant à nouveaux, Bulletin officiel du Syndicat National des Professeurs d’Education Physique de l’Enseignement Secondaire (Bulletin syndical) n° 9, dec 1928, 6)
  • [11]
    Notamment, l’Amicale devient la Fédération nationale des moniteurs et professeurs d’éducation physique (dite Fédération nationale des éducateurs physiques (FNEP)) en 1929, dirigée par R. Plasson.
  • [12]
    Environ 30 % pour le Syndicat National de l’Education Physique (SNEP), ce qui dans le contexte actuel reste un important taux de syndicalisation chez les enseignants, eux-même étant beaucoup plus syndiqués que les autres travailleurs (moins de 10 % de syndicalisation toutes catégories confondues depuis le début des années quatre vingt dix, (Mouriaux, 1994)).
  • [13]
    « M Henry Paté nous a déclaré qu’il comptait sur nous comme nous comptions sur lui, nos rapports sont devenus suivis. (…) Jusqu’alors, au ministère de l’Instruction Publique, on acceptait de temps en temps de nous écouter (…) Nous sommes en droit de penser que la situation s’est modifiée » (Bulletin syndical n° 11, juin 1929, 3).
Français

Résumé

Résultat de l’action conjointe de G. Demeny et de l’Union des Sociétés de Gymnastique de France, la création du Cours supérieur d’éducation physique de l’Université, en 1903, s’avère être à l’origine de l’organisation de la défense corporative spécifique aux professeurs d’éducation physique du second degré. Contraints de se grouper dans un premier temps en associations amicales – du fait de la non-reconnaissance du droit syndical aux fonctionnaires – ces professeurs vont progressivement faire évoluer leur mouvement vers le syndicalisme. Créé le 20 novembre 1926, le premier Syndicat national des professeurs d’éducation physique de l’enseignement secondaire s’attache alors non seulement à défendre les intérêts corporatifs des professeurs, mais s’intéresse également aux questions pédagogiques et notamment à celle du sport. A travers l’étude de documents le plus souvent inédits, composés des bulletins des amicales et syndicats successifs, cette étude se propose de poser les jalons qui font passer le mouvement de l’amicalisme au syndicalisme. En outre, elle vise à montrer comment, dès le début de cette évolution, s’est posée la question toujours actuelle des relations à entretenir entre lutte corporative et pédagogie.

Mots clefs

  • éducation physique
  • corporation
  • syndicalisme
  • formation
  • pédagogie
English

To the springs of trade-unionism in plysical education. Origin and evolution of corporative defense (1903-1940)

Abstract

As a result of both action of G. Demeny and of Union des Sociétés de Gymnastiques de France, creation of university lectures in physical education in 1903 leads to the organisation of specific corporative defence for teacher of physical education in secondary schools. As their union rights are not recognised, they form associations that lead them progressively towards trade unionism. The first national teacher’s trade union of physical education in secondary schools is created on November 20th 1926. It defends teacher’s corporative interests and works about teaching methods and in sport. By studying documents composed by publications of successive associations and unions this study shows the associative movement development towards trade unionism. Moreover, it clearly shows that from the very beginning the question appears about the relations between the corporative struggle and pedagogy.

Keys words

  • physical education
  • corporation
  • unionism
  • teaching
  • pedagogy
Deutsch

An der Quelle der Gewerkschaftsbewegung im Bereich der Leibeserziehung. Ursprung und Entwicklung der korporativen Interessenverteidigung (1903-1940)

Zusammenfassung

Als Ergebnis der gemeinsamen Aktion von G. Demeny und der Union des Sociétés de Gymnastique de France war die Gründung des Cours supérieur d’éducation physique de l’Université von 1903 letztlich der Ursprung einer Organisation der korporativen Interessenverteidigung der Sportlehrer der höheren Ausbildung. Gezwungen, sich zunächst als freundschaftliche Vereinigung zu gruppieren, aufgrund der Nichtanerkennung des Gewerkschaftsrechts für Beamte, werden diese Lehrer nach und nach ihre Bewegung zu einer Gewerkschaft entwickeln. Nach seiner Gründung am 20. November 1926 versucht die erste nationale Gewerkschaft der Sportlehrer des höheren Schulwesens (Syndicat national des professeurs d’éducation physique de l’enseignement secondaire) nicht nur die korporativen Interessen der Lehrer zu verteidigen, sondern interessiert sich auch für pädagogische Fragen, speziell die des Sports. Mit Hilfe von meist unveröffentlichten Dokumenten, bestehend aus Bulletins der Vereinigungen und Gewerkschaften, zeigt diese Studie Etappen auf, die von den freundschaftlichen Vereinigungen zur Gewerkschaft führen. Weiterhin zeigt sie, wie von Anbeginn dieser Evolution sich die immer noch aktuelle Frage der Artikulation zwischen dem korporativen Kampf und der Pädagogik gestellt hat.

Schlagwörter

  • Sportunterricht
  • Körperschaft
  • Gewerkschaftsbewegung
  • Ausbildung
  • Pädagogik
Italiano

Alle radici del sindacalismo in educazione fisica. Origine ed evoluzione della difesa corporativa (1903-1940)

Riassunto

Risultato dell’azione congiunta di G. Demeny e dell’Unione delle Società di Ginnastica di Francia, la creazione del Corso superiore di educazione fisica dell’Università nel 1903, si rivela essere all’origine della difesa corporativa specifica dei professori di educazione fisica di secondo grado. Obbligati a raggrupparsi in un primo tempo in associazioni – a causa del non riconoscimento del diritto sindacale ai funzionari – questi professori faranno progressivamente evolvere il loro movimento verso il sindacalismo. Creato il 20 novembre 1926, il primo Sindacato nazionale dei professori di educazione fisica dell’insegnamento secondario si dedica allora non solamente a difendere gli interessi corporativi dei professori, ma si interessa anche ai problemi pedagogici e particolarmente a quelli dello sport.
Attraverso lo studio di documenti spesso inediti, composti da bollettini degli appartenenti alle associazioni e dai bollettini dei successivi sindacati, questo articolo si propone di porre le fondamenta che fanno passare il movimento dall’associazionismo al sindacalismo. Inoltre, mira a mostrare come, fin dall’inizio di quest’evoluzione, si è posta la questione sempre attuale delle relazioni da intrattenere tra lotta corporativa e pedagogica.

Parole chiave

  • corporazione
  • educazione fisica
  • formazione
  • pedagogica
  • sindacalismo
Español

Fuente del sindicalismo en Educación Física, origen y evolución de la defensa corporativa: (1903-1940)

Resumen

Resultado de la acción conjunta de G. Demeny y de la unión de sociedades de gimnasia de Francia, la creación de un curso superior de ed. Física en la Universidad en 1903, se puede indicar que es el origen de la organización de defensa corporativa de los profesores de educación física de segundo grado. En una primera etapa, existió una resistencia a agruparse en una asociación, se desconocia el derecho sindical de los funcionarios, los profesores iran progresivamente a evolucionar hacia el sindicalismo. Creado el 20 noviembre de 1926, el primer sindicato nacional de profesores de educación física de enseñanza secundaria su preocupación abarca no solo al sindicalimso sino que que se interesa igualmente por los problemas pedagógicos como aquellos relacionados con el deporte. A través del estudio de documentos inéditos y originales, boletines de los sindicatos, el presente estudio se propone analizar los pasos que este movimiento tuvo entre el amicalismo y el sindicalismo.

Palabras claves

  • educación física
  • sindicalismo
  • corporación
  • formación
  • pedagogía

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Guilhem Veziers [*]
Université d’Avignon, département STAPS, 33 rue Pasteur, 84000 Avignon.
Cette publication est la plus récente de l'auteur sur Cairn.info.
Mis en ligne sur Cairn.info le 01/10/2005
https://doi.org/10.3917/sta.061.0093
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