CAIRN.INFO : Matières à réflexion

De « jouissance en jouissance », « de contrat en contrat », « de lien en lien » l’Homme décrit par Rancière est porté par le bain de langage contemporain depuis lequel il semble s’être émancipé de sa division et de son aliénation. Pour autant, ce contracteur émancipé n’est pas privé d’identifications puisqu’il est invité à « militer » pour de grandes causes et peut entreprendre, à commencer par la petite firme personnelle qu’est sa santé mentale. Tout le monde s’en préoccupe, jusqu’à son patron, qui finance des cours de yoga à son salarié sur la pause de midi, s’assurant ainsi de son « bien-être » (et de sa productivité ?). En même temps, la santé du contracteur demeure sa responsabilité, ce qui ne manquera pas de lui être rappelé. À lui de connaître le marché de l’aller-bien et de l’aller-mieux et de s’en servir pour s’« intégrer » au sein d’une communauté dans laquelle il doit se reconnaître. N’a-t-on pas misé sur sa personne ? Si sa petite entreprise est en crise, à lui de la réhabiliter en usant des techniques qui sont à sa disposition. Cette figure du contracteur émancipé participe de l’organisation des subjectivités, comme des formes contemporaines de construction de symptômes…
La réinsertion professionnelle comme avenue du modèle contemporain de santé mentale ne peut être interrogée qu’à être située dans l’armature discursive qui à la fois l’héberge et la produit. L’argument du présent numéro rappelait ainsi cette transition d’un État-providence – tantôt relais d’u…

Français

L’élargissement des logiques managériales aux différents champs de la vie humaine traduit le passage du libéralisme au néolibéralisme. Dans ce contexte, la santé mentale définie par les politiques publiques porte des « habits neufs » : l’émancipation, la réinsertion, la responsabilisation, etc. À la lumière de la philosophie politique, cet article interroge la figure du contracteur émancipé, agent des requêtes contemporaines de réinsertion, ceci depuis le terreau de l’empowerment jusqu’aux contradictions qu’elles soulèvent à l’échelle des quêtes subjectives, résolument non consensuelles.

Mots-clés

  • Philosophie politique
  • Démocratie
  • Émancipation
  • Empowerment néolibéral
  • Santé mentale
English

‘My little business doesn’t know the meaning of crisis’ or the Emancipated Contractor. Neoliberalism, Mental Health and Political Philosophy

The extended application of managerial logic to different fields of human life embodies the movement from liberalism towards neoliberalism. Within this framework, mental health as defined by public policy-making has donned ‘new clothes’ – emancipation, reintegration, responsibilisation etc. From the perspective of political philosophy, this paper examines the figure of the emancipated contractor as an agent of contemporary demands for reintegration, from the ferment of empowerment to the contradictions such demands raise from the point of view of subjective quests which for their part are resolutely non-consensual.

Keywords

  • Political philosophy
  • Democracy
  • Emancipation
  • Neoliberal Empowerment
  • Mental Health
Camille Veit
Psychologue clinicienne Maître de conférences en psychopathologie clinique Université Rennes, RPpsy (Recherches en psychopathologie et psychanalyse)
camille.veit@univ-rennes2.fr
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Mis en ligne sur Cairn.info le 11/05/2020
https://doi.org/10.3917/top.148.0103
Pour citer cet article
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