CAIRN.INFO : Matières à réflexion

Le sport est très souvent présenté comme une véritable « philosophie de vie », dont l’« essence » serait une forme d’égalité protégée par de nombreux règlements, codes et chartes qui fixent les pratiques et les compétitions pour permettre aux meilleur·e·s de gagner. Conformément à cette éthique, l’une des premières règles constitutives des sports consiste à catégoriser les pratiquant·e·s selon divers critères : le handicap (pensons aux jeux Paralympiques), le poids (dans la plupart des sports de combat : judo, boxe ou encore haltérophilie), l’âge, mais surtout le sexe. Ce principe de catégorisation répond au principe de la garantie d’une incertitude du résultat, au fondement de toutes les compétitions sportives.
Qu’il s’agisse des compétitions d’élite ou des activités du plus grand nombre, le sport est un espace social où la non-mixité est la norme dominante. Les seules exceptions concernent des pratiques ne sollicitant pas en premier lieu de qualités de force, comme le tir, la voile ou l’équitation. Femmes et hommes concourent ainsi le plus souvent dans des catégories distinctes, chacune avec ses chronomètres, ses barèmes et ses records. Les corps masculins et féminins y sont explicitement hiérarchisés, à partir de l’idée que les hommes seraient « naturellement » plus forts.
À cette non-mixité s’ajoute une appréciation différenciée des performances des sportifs et des sportives par l’ensemble des personnes qui commentent les épreuves [Markula, Bruce et Hovden, 2010] et les organisent ainsi que par le public et les athlètes…

Français

La bicatégorisation sexuée est centrale dans le monde du sport. Reposant sur une survalorisation du sport masculin, il constitue un véritable « fief de la virilité ». Ce fief est le produit d’une réflexion historique et sociologique, touchant à la biologie et à la physiologie des corps humains. En effet, dès la genèse de la mise en mouvement des corps, les médecins ont tenté de préserver la supposée « naturalité » des corps des sportives. Cette fabrique médicale sexuée conduit à l’instauration, dans les années 1960, de contrôles médicaux de sexe destinés exclusivement aux sportives. Ces « tests de féminité » ont pour objectif de donner une définition de la « vraie femme » autorisée à concourir et de maintenir un alignement entre sexe, genre et sexualité. Enfin, ces contrôles de sexe révèlent comment le sport, s’il autorise certains renversements symboliques sur la base de son ontologique « égalité des chances », reste plutôt conservateur au regard des grands enjeux sociaux contemporains, qu’ils soient de genre, de sexualité, postcoloniaux, politiques ou même économiques.

Anaïs Bohuon
Anaïs Bohuon, sciences du sport (Staps), université Paris-Sud (Ciams)
Grégory Quin
Grégory Quin, sciences du sport et de l’éducation physique, université de Lausanne (Issul)
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Mis en ligne sur Cairn.info le 01/03/2017
https://doi.org/10.3917/dec.renne.2016.01.0605
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