Article
L’essentialité de la donnée conflictuelle dans l’analyse machiavélienne de l’histoire romaine, et plus particulièrement dans l’analyse de la genèse des bonnes institutions, est connue, à savoir, l’idée que le conflit représente véritablement pour Machiavel la base ontologique du politique : cette inscription de la loi dans du conflit est telle que la loi ne peut espérer d’aucune manière s’en extraire ; elle ne peut même pas, pour reprendre une expression de Lefort, se concevoir comme une « solution » qui dépasserait ce fond conflictuel. Le caractère révolutionnaire de ces affirmations est lui aussi suffisamment connu, et je pense que le commentaire critique de Guicciardini sur cette thèse de la vitalité des dissensions, est ce qui permet le mieux de prendre conscience du sacrilège que représente cette thèse vis-à-vis d’une pensée politique obnubilée par la concorde, et plus fondamentalement, vis-à-vis d’une philosophie politique qui ne reçoit son caractère philosophique que par ses présupposés unifiants :
« Louer les dissensions est comme louer l’infirmité d’un infirme, pour la qualité du remède qui lui a été appliqué. »
Machiavel lui-même n’avait-il pas prévu, de façon toute nietzschéenne, l’inacceptabilité de ses propres thèses, lorsqu’il met dans la bouche de ses détracteurs :
« Ces procédés sont extraordinaires, presque affreux, entendre le peuple uni crier contre le sénat, et le sénat contre le peuple, tous courant tumultueusement dans les rues, devoir fermer les boutiques, voir la plèbe s’enfuir de Rome, toutes choses qui épouvantent déjà rien qu’à être lues…
Auteur
Sur un sujet proche
HTML et PDF (par chapitre) Ajouter au panier
- Mis en ligne sur Cairn.info le 01/07/2014
- https://doi.org/10.3917/puf.sfez.2001.01.0123

Veuillez patienter...
