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Le design

2015


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« La fin ou le but du design est d’améliorer ou au moins de maintenir l’habitabilité du monde dans toutes ses dimensions. »

Alain Findeli
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De plus en plus de praticiens du design revendiquent une pratique qu’ils qualifient de sociale afin d’exprimer une posture critique vis-à-vis de celles qui seraient prioritairement déterminées par des impératifs marchands.

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Ce faisant, ils tracent une frontière artificielle à l’intérieur du champ du design, qui regroupe un ensemble de pratiques mettant nécessairement en jeu une capacité à comprendre et partager les appréciations que suscite la rencontre quotidienne avec le monde ordinaire. Que ces appréciations s’expriment en unités de mesure, en actes d’achats, en inconforts et accidents, ou en degrés d’aisance, ne change rien : il faut savoir les saisir pour en faire le ferment d’un projet de transformation du monde qui concerne le vivre-ensemble. Or les compétences nécessaires à une telle saisie relèvent très certainement du champ des sciences humaines et sociales. Par conséquent, toute pratique se réclamant du design est nécessairement sociale, en ce sens qu’un de ses problèmes fondamentaux consiste à mettre en œuvre une anthropologie sociale et philosophique de l’appréciation de la vie ordinaire dans le monde, c’est-à-dire de la vie en compagnie des objets, des lieux, des services, des institutions et des organisations.

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À l’inverse, rester aveugle à ce caractère fondamentalement social du design, c’est s’aliéner tout l’héritage de la pratique et de la réflexion qui structurent ce champ, de William Morris à Alain Findeli en passant par le Bauhaus ; c’est renoncer à l’apport distinctif du design dans tout projet d’amélioration du monde ; c’est prendre le risque d’assujettir l’apport du design à la seule résolution de problématiques techniques ou à la seule expression de normes esthétiques ; autrement dit, c’est surestimer l’importance d’un certain nombre de tâches périphériques au design, à la frontière des arts décoratifs, de l’ingénierie ou du graphisme, qui ne sont que des moyens dont dispose le designer pour remplir son rôle.

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Nous affirmons donc l’unité fondamentale de toutes les pratiques du design authentique derrière les cinq principes suivants.

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Principe 1. Un acte de design authentique est un acte social et critique. Il commence par un moment critique, c’est-à-dire un moment où le designer détecte l’existence d’une insatisfaction vis-à-vis du monde qui le propulse dans un projet en vue de rendre ce monde plus habitable pour la collectivité.

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Principe 2. Un acte de design authentique est nécessairement tourné vers l’amélioration de la vie d’autrui et de la collectivité. Ses objets sont les usages sur lesquels le designer agit en façonnant les dispositifs de notre monde habité, artefacts matériels ou immatériels.

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Principe 3. Le design est une pratique qui participe inévitablement à définir les contours du vivre-ensemble, et il est de la responsabilité des designers d’assumer pleinement ce rôle et de savoir rendre publique l’idée même du vivre-ensemble qu’ils mettent en œuvre.

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Principe 4. Aucun apprentissage du design ne saurait avoir lieu sans une appropriation raisonnée de l’appareil conceptuel qu’il partage avec les sciences humaines et sociales.

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Principe 5. La réflexion authentique en design s’intéresse avant tout aux relations entre les humains et leurs divers environnements, aux modalités du vivre-ensemble, à l’expression des cultures contemporaines et aux conceptions du bien commun.

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Pour toutes ces raisons, une pratique du design authentique ne peut être autrement que sociale et critique. Elle est sociale par nature et critique par nécessité. Telle est la voie de l’unité renouvelée du design pour le xxi e siècle.

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Montréal – Nîmes, 26 août 2014.

Notes

[1]

Le texte de cet épilogue, à la différence du reste de l’ouvrage, est publié sous licence Creative Commons BY-NC-ND.

[2]

Université de Montréal, groupe Design ? société.

[3]

Université de Montréal, groupe Design ? société.

[4]

Université de Nîmes, groupe PROJEKT.

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