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Il y a plus de trente ans, la marche des Beurs, alors nommée « marche pour l’égalité et contre le racisme » se terminait à Paris le 1er décembre 1983, acclamée par des associations issues de l’immigration, puis reçue à l’Élysée le soir même par le président de la République. Elle était née de la mobilisation de jeunes issus de l’immigration partis de la banlieue lyonnaise et de Marseille qui dénonçaient notamment les violences policières à leur encontre (avec plusieurs enfants et adolescents tués), leur impunité, et les inégalités de traitement dont ils étaient victimes.
Le sujet était « chaud », le thème des discriminations n’avait pas encore émergé comme tel dans le débat politique, sauf à l’étranger, car on se préoccupait alors davantage de la conquête de nouveaux droits (droit d’association, nouvellement acquis en 1981, droits politiques locaux jamais accordés) que de l’effectivité de ceux-ci. L’année suivante, de grandes associations civiques comme SOS Racisme et France plus, l’une et l’autre nées en 1984 et d’autres plus petites vont se fixer pour but de lutter contre le racisme, depuis la petite main jaune de « Touche pas à mon pote » jusqu’à la tentative de faire admettre des jeunes issus de l’immigration sur les listes électorales des grands partis, en passant par une quête de reconnaissance dans les quartiers.
Qu’en est-il aujourd’hui ? Sommes-nous allés plus loin qu’il y a trente ans ? Certes, une prise de conscience s’est faite timidement, dans l’opinion publique, de la nécessité de lutter contre les discriminations au travail depuis dix ans, plusieurs lois ont été adoptées dans ce sens, dont celles de 2001 (contre les discriminations dans la vie économique et sociale) et 2002 (à propos des infractions à caractère raciste) en application de l’article 13 du traité d’Amsterdam de 1997 repris dans la Charte des droits fondamentaux et dans le traité constitutionnel européen de 2007. Quant aux autres discriminations, dans l’accès au logement, au droit, à l’école, elles peinent encore à être reconnues…

Français

En France, les discriminations policières à l’égard des immigrés et des populations françaises issues de l’immigration témoignent de la difficulté de ce pays à s’accepter comme terre d’immigration, ce qu’elle est depuis plus de cent cinquante ans. Les associations du mouvement beur, les émeutes urbaines ont toutes souligné le défaut de prise en compte de la revendication d’égalité que demandent ses protagonistes et les cultures policières, qui parfois remontent à la guerre d’Algérie peinent à considérer que les populations qu’elles contrôlent sont aussi des Français. Une certaine cécité à prendre en compte ce phénomène persiste, de façon récurrente depuis plus de trente ans, comme le soulignent les deux enquêtes de terrain analysées dans ce texte, et que masque parfois un discours ethnicisant qui peine à dépasser la réticence à former les forces de l’ordre à la lutte contre les discriminations. La frilosité avec laquelle le débat politique a accueilli le thème de la reconnaissance du droit de vote des étrangers non communautaires a ajouté à l’exclusion des parents.

Mots-clés

  • Discriminations
  • pouvoirs publics
  • police
  • armée
  • droits politiques des étrangers
  • étrangers
  • générations issues de l’immigration
Catherine Wihtol de Wenden
Directrice de recherche au CNRS, CERI Sciences Po – CERI - 56 rue Jacob, F-75006 Paris
catherine.wihrtoldewenden@sciencespo.fr
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Mis en ligne sur Cairn.info le 27/10/2016
https://doi.org/10.3917/cm.094.0083
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