CAIRN.INFO : Matières à réflexion

Livre et texte

1Tout le parcours théorique de Derrida est fondé sur la problématique de l’écriture. C’est autour de cet axe théorique qu’il a développé ses sujets de méditation et de recherche, qui sont donc circonscrits à ce centre majeur d’intérêt effectif. Au point qu’il a affirmé, dans la Grammatologie, d’une façon catégorique et même intempestive, qu’il n’existait rien en dehors du texte[2]. Ce fut-là sans doute sa contribution, tout aussi originale que fondamentale, à la philosophie contemporaine, dans la mesure où elle allait dès lors caractériser la constitution de la modernité, inaugurée au XIX e siècle par l’avènement de l’écriture. Identifiée à l’idée de texte, elle allait en effet s’opposer à la problématique historiquement précédente, dominée par la présence éloquente du livre[3] qui avait orienté toute la tradition théorique antérieure, en tant que constitutif de la métaphysique et de la théologie. C’est pourquoi le chapitre inaugural de la Grammatologie fut intitulé précisément « La fin du livre et le début de l’écriture [4] ». Dans ce contexte, le discours philosophique de Hegel fut reconnu comme le dernier représentant légitime de la tradition du livre et le premier à balbutier l’arrivée de la tradition de l’écriture [5]. Si Hegel faisait l’éloge de la lecture effectuée par Leibniz à propos de l’écriture non phonétique, l’horizon du savoir absolu était cependant l’effacement de l’écriture au profit du logos, ainsi que la réappropriation de la différence. Or, il ne faut pas oublier que Leibniz fut aussi le penseur de la différence irréductible, et qu’il a ainsi réhabilité la pensée en tant que mémoire productrice de signes[6].

2Dans cette autre tradition, Nietzsche se faisait déjà remarquer dans le discours philosophique, durant la deuxième moitié du XIX e siècle, grâce à sa féroce critique contre la tradition métaphysique, et à la promotion du concept d’interprétation dans le registre strict du texte [7]. Le dernier Heidegger s’inscrivait finalement aussi dans cette nouvelle tradition, malgré ses ambiguïtés initiales sur ce sujet, lorsqu’il s’accrochait encore au philosophème de l’être comme voix[8], tel qu’il l’énonça dans « Être et temps [9] »et dans l’« Introduction à la métaphysique [10] ».

Présence, logos et épistémè

3Cette référence initiale à la problématique de la voix n’est nullement arbitraire ici, car, en tant que phone, elle a dominé la totalité de la métaphysique occidentale, depuis Platon et Aristote. C’est par l’intermédiaire de la voix, en effet, que l’être se plaçait réellement et immédiatement comme une présence, comme le dit Aristote dans « De l’interprétation ». Dans cette perspective, la voix est la productrice des premiers symboles, et jouit donc d’une proximité immédiate avec l’âme [11]. La voix n’est pas un simple signifiant parmi d’autres, elle occupe une position privilégiée en exprimant immédiatement l’état de l’âme, qui réfléchit les choses par pure similitude naturelle. Entre l’être et l’âme, entre les choses et les affections, il y a un rapport de signification naturelle. Cela revient à dire qu’entre l’âme et le logos il existe une relation de symbolisation conventionnelle. La première convention, qui se rapporte immédiatement à l’ordre de la signification naturelle et universelle, se produit comme langage parlé. Le langage écrit ne ferait que fixer les conventions, liant entre elles les autres conventions [12]. Mais avant Aristote, Platon avait déjà dénigré l’écriture au regard de la voix. Pour lui, l’écriture n’était qu’un registre de ce qui était produit de façon vivante par la parole. C’est la parole qui évoque la présence pleine de l’être, ainsi qu’il le dit dans « Phèdre ». Dans cette perspective, l’écriture est de l’ordre du venin et non du remède – ce qu’énonce Derrida dans « La pharmacie de Platon [13] » – tandis que dans cette opposition s’articule une autre opposition fondamentale, celle de la vérité et de la non-vérité, au sein du logos commandé par la volonté de vérité.

4Dans la lecture de Derrida, la tradition de la voix est constitutive de la métaphysique occidentale, également marquée par le logocentrisme et par l’épistémè, et sa promotion de la présence immédiate de l’être est la plus éloquente de ses caractéristiques [14]. Le logos et l’épistémè sont les corrélatifs de l’impératif de la présence. Présence immédiate de l’être dans l’âme comme conscience, dans la mesure où le sujet se constitue dans ce rapport, lors de sa fondation par l’impératif de la présence. De ce point de vue, la tradition métaphysique et logocentrique occidentale a été phénoménologique dès sa naissance, car la présence immédiate de l’être dans la conscience constitue le sujet proprement dit [15]. Ce n’est donc nullement un hasard si elle a atteint son apogée et sa crise avec la phénoménologie, tout d’abord avec Hegel puis avec Husserl [16].

5Cette tradition de la voix est entrée en crise lors de l’avènement de l’écriture, au XIX e siècle. Durant les dernières décennies, le développement du discours des sciences ne permettait plus de le traduire dans le registre du langage parlé. La mathématisation des discours scientifiques, toujours plus complexe, rendait peu à peu impossible leur réduction au registre de l’écriture phonétique [17]. Les lectures d’Ortigues et de Granger sont durement critiquées par Derrida, car elles supposaient que le symbolisme mathématique était le produit d’une élaboration secondaire, fondé sur l’utilisation du discours et des conventions explicites [18]. Ladite tradition métaphysique est fondée non seulement sur la voix, sur la présence immédiate de la chose dans la conscience et la référence au logos, mais également sur le phonologisme. La phonétique définit le langage en son être, la phonologie est le savoir de référence essentiel pour l’étudier. De sorte que la tradition métaphysique est aussi phonocentrique – contrepartie nécessaire du logocentrisme. Ce pourquoi la phonologie a été placée au centre conceptuel de la linguistique moderne, tandis que Saussure, Trubetzkoy et Jakobson ont réduit l’être du langage à sa structure phonétique. La linguistique moderne est entièrement basée sur les présupposés de la tradition métaphysique de la voix [19].

6Dans la lecture de Derrida, la déconstruction de la tradition du logocentrisme, produite au cours de l’histoire de la métaphysique occidentale, a provoqué la réintroduction de ce qu’elle avait exclu, à savoir la problématique de l’écriture [20]. Il n’existe donc aucun volontarisme philosophique dans le geste théorique entrepris par la déconstruction, dans la mesure où elle est le point d’arrivée d’un long processus historique à l’intérieur de la métaphysique elle-même. Ce que Derrida conçoit comme écriture comprend toutes les modalités d’écriture fondamentalement non phonétiques, l’écriture phonétique ayant été constituée à une époque postérieure de l’histoire [21]. Le langage tissé conçu par Leibniz, en est un exemple privilégié dans l’histoire de l’Occident [22]. L’écriture chinoise, bâtie par des idéogrammes [23], témoigne de ce que l’Orient s’est ordonné selon d’autres fondements philosophiques, bien différents de ceux établis en Occident. De même, l’écriture égyptienne des hiéroglyphes s’est détachée dans l’Antiquité, et comme une énigme, a fortement marqué, par son caractère non phonétique [24], l’imaginaire occidental jusqu’au XIX e siècle, où elle fut déchiffrée par Champollion. Freud compara le langage des rêves [25], du fait de son non-phonétisme, aux écritures chinoise et égyptienne [26]. Ce que Derrida entend souligner par cette emphase théorique accordée à l’écriture, totalement opposée à la tradition dominée par la voix, c’est l’existence d’une pensée du trait[27]. Cette modalité de pensée s’oppose fondamentalement à la tradition du logos ; elle est le corrélatif de l’écriture et contribue à sa restauration avec la déconstruction de la métaphysique occidentale.

Critique de la phénoménologie et du structuralisme

7Dans cette perspective, ce n’est pas un hasard si l’énoncé du concept d’écriture par Derrida est orienté par la critique systématique de deux champs de recherche en philosophie, dans les années 1960. D’un côté, la phénoménologie transcendantale de Husserl, de l’autre, le structuralisme qui, depuis la publication des « Structures élémentaires de la parenté [28] », en 1949, par Lévi-Strauss, occupait triomphalement la scène philosophique, renversant la position tenue par la phénoménologie. Les premières publications de Derrida ont lieu dans ce contexte, et la critique de ces discours formalise son projet théorique.

8La critique de la phénoménologie de Husserl met en cause le philosophème de la présence, qui constituait l’apogée de la métaphysique occidentale, qui n’avait jamais cessé de penser le phénomène et la phénoménalité, pour aller chercher un terrain qui fût assez sûr pour fonder l’idée de vérité. De cette façon, la phénoménologie transcendantale de Husserl était non seulement la forme la plus critique, mais aussi originale et moderne, de concevoir la phénoménalité de l’être, comme présence pleine, pour le sujet [29]. Par conséquent, déconstruire systématiquement le philosophème de la présence, dans la phénoménologie transcendantale de Husserl, était l’une des conditions théoriques pour l’énoncé du concept d’écriture [30]. Dans le structuralisme, par contre, était en cause la conception à la fois esthétique, synchronique et taxinomique du concept de structure. Ce concept assumait une dimension fortement anhistorique, préoccupante. En effet, comme le dit Derrida dans Positions, publié en 1972, le concept de texte constituerait la limite du structuralisme, autant comme savoir que comme science. Car le texte excéderait la structure, produisant nécessairement son ouverture vers ce qui lui est autre. Et le texte serait marqué par l’altérité, relançant alors la structure dans une temporalité avant tout historique [31].

9À l’aide des concepts de différer et de différance qui jalonnent le texte, Derrida cherche à formuler précisément comment la structure est justement relancée vers son ouverture, marquée par la différance provoquée par la séquence différentielle de nouveaux signes. L’historicité est ainsi rétablie par la dynamique de l’écriture, qui inscrit le temps dans la spatialité propre de l’écrit. L’espacement, comme signe éloquent de l’écriture, est donc marqué par la temporalité du différer[32]. Le concept du différer s’articule intimement à celui de supplément[33]. Car chaque nouveau signe, inscrit dans l’écriture de manière impérative, fonctionne comme un supplément de celui qui l’a immédiatement précédé. Le supplément n’est pas le complément, évidemment. En effet, si le complément fait allusion à quelque chose qui manque au signe antérieur, devant ainsi être complémenté en tant que totalité pleine, pré-établie dans et par la structure, le nouveau signe comme supplément aurait le pouvoir de réorganiser tout ce qui l’a précédé dans la disposition de la séquence des signes. Le supplément fonctionnerait comme un effet de postériorité dans le registre strictement textuel [34], avec l’impact de la rétroaction sur ce qui l’a précédé dans l’écriture, délinéant l’horizon de la production du sens.

10Une fois énoncé ce résumé fort synthétique et condensé, pour ne pas dire schématique, venons à l’intérêt de la philosophie de Derrida pour la psychanalyse. Cette introduction était nécessaire afin de montrer l’inscription de la psychanalyse dans ce projet philosophique. Nous tentons de montrer que le discours freudien est une réalisation exemplaire et une importante contribution théorique à ce que Derrida nomme la pensée du trait [35].

Lectures de la psychanalyse

11La lecture que Derrida a faite de la psychanalyse est presque entièrement centrée sur l’analyse du discours théorique de Freud. Il en effectua d’autres, de façon plus épisodique quoique fondamentale, comme celle de Melanie Klein [36] et plus amplement de Lacan [37]. Sa lecture de Freud fut effectuée à diverses époques de son projet théorique, traversant ainsi différents degrés de complexité. Il mit en relief plusieurs problématiques présentes dans le discours freudien et les prit pour objet de la lecture qu’il s’était proposé de faire. La lecture de Freud fut séminale dans la constitution de sa pensée théorique. Divers temps de l’inscription de la psychanalyse se retrouvent dans le parcours philosophique de Derrida, indiquant les nombreux degrés de complexité de sa lecture. En voici une étude schématique.

12Le temps inaugural de ce parcours a lieu dans les années 1960, lors d’une conférence présentée à des psychanalystes de la Société psychanalytique de Paris.Cette longue conférence, publiée en 1967 sous le titre de « Freud et la scène de l’écriture [38] », montrait déjà l’originalité de sa lecture de la psychanalyse. Il indiquait l’importance de la psychanalyse dans son projet philosophique. Il avançait alors le philosophème de la pensée du trait, ainsi que l’ensemble des concepts qui l’entourait. Rien de ce qui était publié à l’époque sur le discours freudien – soit dans le champ psychanalytique, soit dans le domaine philosophique – ne se rapprochait ou ne contenait un vestige quelconque de ce qu’il énonçait dans cet essai, ce qui explique que son originalité se maintienne encore aujourd’hui. Par la suite, un long livre paru en 1981, « La carte postale, de Socrate à Freud et au-delà [39] » frappe encore par son originalité, par le mode selon lequel il travaille la théorie des pulsions de Freud – notamment la relation entre la pulsion de vie et la pulsion de mort, et par la problématique du différer. Il y questionnait les conséquences de la souveraineté attribuée par Freud au principe de plaisir. En une troisième période, en 1994, il revient à la psychanalyse lors d’une conférence réalisée à Londres, au cours d’un colloque international intitulé Memory : the Question of Archives, publiée en 1996 sous le titre de « Mal d’archive [40] ». La contribution du discours freudien au renouvellement du concept d’archive était énoncée de manière très claire, par une lecture inédite de « Moïse et la religion monothéiste [41] ». Il y dédoublait les présupposés énoncés dans le premier essai, en avançant le concept d’archive. Là, la pulsion de mort était alors un mal d’archive, car elle effaçait les archives existantes pour que de nouvelles archives puissent être inscrites. Il critiquait également le concept d’archive présent dans le discours de la science de l’histoire, car restreint à l’archive patente et écrite dans le langage phonétique. Puis une conférence magistrale fut présentée lors des « États généraux de la psychanalyse », en 2000, à Paris, où il était invité en raison de ses multiples apports antérieurs à la lecture philosophique de la psychanalyse. Cette conférence fut publiée, la même année, sous le titre de Les états d’âme de la psychanalyse[42]. Il y étudiait les antinomies de la souveraineté et de la cruautéprésentes dans le psychisme, pour les étendre aux registres de la politique et du droit. Le long de ce parcours vient s’inscrire également son débat avec Foucault, centré sur la lecture critique effectuée à propos de L’histoire de la folie à l’Âge classique[43]. Deux conférences y traitaient de la psychanalyse, surtout la deuxième, en 1991, intitulée « Ser justo com Freud [44] ». La résistanceprovoquée par la psychanalyse était mise en relief avec vigueur, et fit l’objet de plusieurs textes publiés sous le titre de « Résistance de lapsychanalyse [45] », en 1996. Deux problématiques majeures se dégagent comme points d’aboutissement de ce parcours, qui se condensent dans les mots alibiet résistance, alors intimement articulés. Si la psychanalyse est une modalité de savoir sans alibi, faisant en sorte que la création d’alibis rende le discours psychanalytique effectivement impossible, la résistance croissante à la psychanalyse pourrait être articulée à la constitution de ces alibis, aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur du discours et de la communauté psychanalytique. Cela constituerait des mécanismes auto-immunitaires provoquant finalement sa propre immobilisation et sa dissolution en tant que discours [46].

Le trait

13L’essai inaugural traçait le champ conceptuel repris dans les essais suivants. Quelle était donc cette thèse ? L’appareil psychique, tel qu’il avait été progressivement forgé par Freud, depuis le début jusqu’à la fin de son parcours théorique, était une machine d’écriture. Ainsi, depuis les balbutiements initiaux de l’« Esquisse d’une psychologie scientifique [47] », de 1895, jusqu’à l’essai nommé « Notes sur le bloc-notes magique [48] », de 1925, le discours freudien avait poursuivi une seule problématique, celle d’articuler l’impératif que le dit appareil était une machine, avec l’impératif qu’il était une machine effectivement tournée vers l’écriture. La difficulté consistant à harmoniser ces deux impératifs, machine et écriture, ordonnait les dérèglements et les règlements du projet.

14L’écriture comme gramma est donc fondamentale pour le projet théorique de Derrida, contrairement aux registres de la voix et de la phone. Il assume littéralement le présupposé théorique de Freud, avancé depuis l’« Esquisse d’une psychologie scientifique [49] », selon lequel la problématique de la mémoire est fondamentale dans la constitution du psychisme. La mémoire en tant qu’engramme, en effet, serait constitutive du psychisme, qui sans elle ne saurait exister. Il fallait montrer et démontrer que la mémoire est une écriture marquée par des traits différentiels, par lesquels le réseau de marques d’écriture définit la constitution et la production du sens. Dans cette perspective, Derrida s’oppose au discours théorique de Lacan, non seulement du fait de son fondement structuraliste [50], mais aussi parce que pour Lacan le champ de la psychanalyse est celui de la parole et du langage [51], comme il l’énonçait dans le célèbre Discours de Rome, en 1953. Par le biais de la parole, Lacan s’inscrivait dans la tradition métaphysique de la voix. Derrida voulait réaliser une autre modalité de retour à Freud, différente de celle de Lacan, dans laquelle la dimension scripturale de l’inconscient était au premier plan. Il voulait mettre en évidence dans le discours freudien la formulation d’une pensée du trait. Cette modalité de pensée est présente du début à la fin du parcours théorique de Freud, affir-mait-il à la fin de « Freud et la scène de l’écriture [52] ». Pour soutenir sa thèse, il infléchit sa méthode avec une critique fondamentale des concepts métapsychologiques du discours de Freud [53]. En effet, la lecture de Derrida ne s’appuyait pas sur les concepts métapsychologiques de Freud, car ils provenaient tous de la tradition métaphysique et logocentrique. Les concepts élaborés par Freud étaient contaminés par ses sources référentielles. Les concepts d’inconscient, de conscience, de pré-conscient et de perception s’inscrivaient dans cette tradition, mais également les problématiques définissant les oppositions dedans/dehors et intérieur/extérieur. Cependant, il était possible d’entreprendre une lecture privilégiant le parcours freudien dans le registre du discours, pour appréhender alors, à sa naissance, la critique frontale d’une telle tradition. C’était par ce biais que l’on pouvait mettre en évidence l’esquisse d’une pensée du trait dans le discours freudien [54]. Ainsi, depuis l’« Esquisse pour une psychologie scientifique » jusqu’au petit essai « Notes sur le bloc-notes magique », le discours de Freud comportait une pensée du trait de manière systématique, même s’il n’en avançait pas et n’en rendait pas explicites les présupposés, profondément marqué qu’il était par la rhétorique conceptuelle de la métaphysique occidentale. Néanmoins, les formes ponctuelles assumées par la pensée de Freud et l’accent qu’il mettait sur certains points dans son discours, permettaient de faire ressortir ces présupposés théoriques. On peut avancer en effet la contribution effective et évidente de la psychanalyse, à travers le discours freudien, à la constitution du projet philosophique de la pensée du trait [55].

15Cependant, il ne nous faut pas accélérer le pas, mais au contraire être très prudents. La psychanalyse n’est pas la déconstruction de la philosophie, bien qu’elle offre, sans aucun doute, des instruments théoriques importants pour que ce projet devienne possible [56]. Pour parodier Derrida dans le titre de l’un de ses livres, on peut dire que la psychanalyse comme pensée du trait permettait de mettre en suspens, le « ton apocalyptique employé naguère en philosophie [57] », par la métaphysique. Le discours freudien adresse une critique féroce à la métaphysique de la présence, en déplaçant le sujet du registre de la conscience et en fondant de la sorte le psychisme dans le registre de l’inconscient. Avec cette opération théorique, systématiquement entreprise par le discours freudien avec la problématique du décentrement[58] du sujet, se condense de façon éloquente la critique radicale de la métaphysique de la présence. Les états d’âme ne sont plus le simple réflexe spéculaire des états de chose du monde, ainsi qu’on le supposait depuis la métaphysique d’Aristote. Les états de chose du monde s’inscrivent dans le psychisme d’une manière diffractée, en un réseau différentiel de traits à la complexité croissante. Et dans ce réseau de différences, il n’existe plus aucune représentation ponctuelle desdits états de chose. Avec le discours freudien, il est possible de dépasser le philosophème de la présence et d’avancer ainsi dans la direction de la pensée du trait.

16Toutefois, afin de radicaliser encore plus ce qui est en jeu dans cette pensée, et que le discours freudien réalisait, il faut montrer que le sujet ne se déplace pas de la conscience vers le registre de l’inconscient, mais qu’il est plutôt rendu positif comme sujet de l’inconscient[59]. C’est là le déplacement théorique effectué par le discours de Lacan [60], qui est demeuré attaché à la problématique de la présence. Pour Derrida, l’inconscient n’est pas un sujet marqué par la présence de la voix, s’inscrivant en tant que parole pleine– comme nous le dit Lacan, en opposition à la parole vide[61]. Cette opposition entre le registre de la parole pleine et celui de la parole vide, qui renvoie à l’opposition entre vérité et non-vérité, n’a aucune place dans une pensée qui conçoit l’inconscient comme trait et écriture.

17Il faut mettre en évidence dans le discours freudien que l’inconscient s’ordonne comme un texte et une écriture, c’est-à-dire comme un réseau ouvert et complexe de traits différentiels, qui ne peuvent être réduits à l’écriture phonétique. Il n’existe aucun phonologisme marquant cette écriture et permettant de l’élucider. Voilà la direction théorique primordiale assumée par Derrida dans sa lecture du discours de Freud. C’est pourquoi il était nécessaire d’inscrire le différer comme opérateur essentiel de la scène psychique, responsable de la production et de la distribution de signes dans le champ des différances. Dans cette perspective, la scène psychique est transmutée et conçue comme une scène d’écriture, d’où le titre choisi pour son essai [62]. Dans ce cadre, les voies suivies et les grilles de contact constituent un système de différences, dessiné là où s’articulent l’excitation qui se répand et les résistances qu’elle trouve à la décharge, de sorte que ce sont les traits ainsi produits qui constituent l’appareil psychique [63]. Cependant, la description du psychisme comme un ensemble de traits s’oppose à l’idée de machine, à laquelle Freud tenait déjà dans son « Esquisse » et qu’il a maintenue tout au long de son parcours métapsychologique. Cette tension et les conflits existant entre les registres de la machine et du trait ont été soulignés par Derrida. Le discours freudien devait énoncer quelle modalité de machine était adéquate au registre du trait [64]. Cette adéquation théorique fut formulée dans les « Notes sur le bloc-notes magique », où Freud affirmait que l’appareil psychique fonctionnait effectivement comme une machine à écrire [65].

18Nous ne pouvons pas oublier, toutefois, que si dans l’« Esquisse », l’appareil psychique était décrit comme un système de traits qui définissaient le champ de la mémoire, ce système de traits ne constituait pas encore une écriture à proprement parler [66]. Ce n’est que plus tard que le discours freudien allait transformer le système de traits en une écriture psychique, mais dès le début de son parcours théorique, dans la Lettre 52 à Fliess, Freud avait déjà incorporé la rhétorique théorique de l’écriture, transformant la scène psychique en une scène de l’écriture [67]. Pour que l’astuce théorique de la lecture de Derrida devienne évidente, il faut préciser que pour Freud, dans l’« Esquisse », le psychisme était essentiellement constitué par la mémoire. Sans mémoire, il n’existait aucun appareil psychique, mais seulement un organisme neurobiologique extrêmement fragile, servant à la simple décharge des excitations. De sorte que la question inaugurale de Freud appelait à définir ce qu’était cette mémoire [68].

19Qu’était donc la mémoire, pour Freud ? La mémoire était un ensemble de marques neurobiologiques, dénommées engrammes, résultant de résistances s’opposant à la libre circulation des excitations. L’organisme vise la décharge totale des excitations, par sa tendance fondamentale à l’inertie, mais comme une décharge totale implique sa mort, l’« urgence de la vie » s’y oppose. Ainsi, la décharge n’est que partielle, de sorte qu’une parcelle des excitations se maintient en circulation dans l’organisme [69]. Cette opposition à la décharge est celle des résistances neuronales à la libre circulation des excitations, et constitue la condition de possibilité pour l’organisation de la mémoire en tant que telle. Dans l’« Esquisse », Freud avançait une autre thèse, en supplément de la précédente. Outre le fait que l’appareil psychique est fondé sur la mémoire, il doit être conçu comme un système ouvert en permanence à la réception de nouvelles excitations – condition sine qua nonpour sa survie et son adaptation à l’environnement –, et pouvant être marqué de manière illimitée par les traits provenant des résistances [70]. Dans un tel appareil psychique le pôle de réception des excitations jamais ne se confond ni ne se superpose au champ d’inscription des traits. Devant être ouvert en permanence aux nouvelles excitations, le pôle de réception ne peut pas fonctionner comme champ d’inscription des traits [71]. Cette double exigence théorique devait pousser Freud à énoncer de nouvelles descriptions de l’appareil psychique, afin d’harmoniser les divers impératifs existant entre les registres de la machine et de l’écriture. Ce ne fut qu’avec la formulation du modèle de la machine à écrire, forgé dans « le bloc-notes », qu’il put construire un modèle théorique, à la fois simple et élégant, capable d’y répondre [72]. Si le pôle sensoriel de l’appareil psychique peut appréhender en permanence les nouveaux stimuli, le tissu de la mémoire, marqué par les réseaux neuronaux, inscrit les traits dans le psychisme de façon indélébile [73]. Mais la mémoire en question n’est pas une présence pleine des états de choses ayant une incidence sur le pôle de réception de l’appareil psychique. Ces états de choses ne sont jamais entièrement présents dans aucun neurone ni dans un réseau localisé de neurones, ils se répandent et se disséminent comme un réseau complexe, formant un système de différences avec la totalité des traits neuronaux [74]. Les traits sont forgés par les forces qui se disséminent et par les résistances qu’elles trouvent dans le réseau neuronal. De cette façon, le sens est constitué par les différences ainsi produites, et par le « différer » bâti entre les forces qui se répandent, articulé à la résistance trouvée dans le réseau neuronal [75]. Il n’existe pas le moindre réflexe des états de choses dans le psychisme, au sens épistémologique de ce concept, dans la mesure où le réflexe serait une autre version de la métaphysique de la présence. Il n’y a pas non plus d’opposition entre les registres de la force et du sens, car c’est dans l’entrejeu des forces disséminées et des résistances produites entre ces registres que les traits s’inscrivent dans le psychisme. Si cette opposition était présente dans la métapsychologie freudienne, c’était encore une problématique issue de la tradition métaphysique et logocentrique [76].

20L’opération du « différer » et de l’engendrement du système de différences des traits se réalise par la production de ce que Derrida a nommé espacement. Les traits s’ordonnent par l’espacement, qui est à la fois la constitution de la spatialité et la disposition des traits qui s’inscrivent dans cette spatialité. Car l’espace n’est pas quelque chose qui existerait avant le trait, il se constitue en même temps que lui, par l’engendrement de l’opération même du « différer[77] ». De même qu’il n’existe pas d’opposition entre les registres de la force et du sens, provenant du logocentrisme, il n’existe pas non plus d’opposition entre les registres de l’interne et de l’externe, qui en proviennent également. C’est encore par le biais de l’espacement que Derrida indique la présence de la temporalité dans la production des traits. Le devenir espace se réalise par l’intermédiaire du temps, selon une série de mécanismes que Freud énonçait dans l’« Esquisse ». Les concepts de retardement, répétition et postériorité indiquent la modulation temporelle dans le processus d’engendrement dudit espacement [78]. Ces concepts peuvent être mieux précisés et compris dans le contexte de la pensée du trait que selon la perspective théorique de la neurobiologie et du physicalisme. Si le concept d’espacement est si fondamental dans la lecture de Derrida, ainsi que l’idée du devenir espace par l’intermédiaire de la temporalisation, c’est du fait de la problématique essentielle de sa philosophie, la question de l’écriture. En effet, l’écriture est avant tout un espacement, s’inscrivant et disposant les traits dans un espace produit par le processus du « différer ».

Du trait à l’écriture

21Mais si dans l’« Esquisse », l’appareil psychique était élaboré comme une structure spatiale de traits, où les forces s’inscrivaient comme sens dans le réseau neuronal des différences, il n’existait pas encore, toutefois, d’écriture. La scène psychique n’était pas encore une scène de l’écriture. Ce n’est qu’en 1896, dans la fameuse Lettre 52, envoyée par Freud à Fliess [79], que ce pas théorique fut fait par le discours freudien. Dans ce texte, Freud commence à décrire l’appareil psychique comme une écriture complexe. Le psychisme y est ordonné en diverses couches, dont chacune est produite comme un registre différent de l’écriture. Cependant, les diverses couches d’écriture s’articulent entre elles d’une manière dynamique, puisqu’un signe inscrit dans une couche donnée d’écriture s’inscrit également dans les autres couches, en un processus réglé par une réinscription permanente [80]. La spécificité de l’écriture psychique est alors cette réinscription permanente, par laquelle le processus du différer constitue les réseaux de traits, et inscrit continuellement les signes dans des registres différents, de façon à créer d’autres espacements [81]. Ainsi, la temporalisation du processus, qui engendre le devenir espace par le temps, est effectuée ici fondamentalement par le mécanisme de la postériorité [82]. De la sorte, du signe de la perception aux registres du pré-conscient et de la conscience, en passant par le registre de l’inconscient [83], l’appareil psychique est non seulement une écriture, de fait et de droit, mais il est aussi une écriture forgée par un processus permanent de réinscription de ses signes [84]. L’opération du différer se montre ici clairement, en se constituant par une texture d’espacements, produite par la temporalisation qui se mesure par la postériorité.

22C’est seulement dans ce texte que fut avancé par Freud un vocabulairequi appartient spécifiquement au registre textuel. Aussi, la rhétorique du texte s’est-elle inscrite de diverses façonsdans le discours freudien : par les concepts de signe,d’inscription, de transcription et finalement de traduction[85]. En effet, un signe donné qui s’inscrit initialement sur la scène de l’écriture est transcrit et traduit plus tard en d’autres registres de cette scène, entremêlant les divers niveaux et registres de celle-ci sur la scène scripturale.

23Néanmoins, Derrida critique le concept de traduction, et l’idée de l’interprétation comme traduction [86], repris par Freud à d’autres moments de son parcours théorique, comme dans L’interprétation des rêves[87] et le cas « Dora [88] ». Il y met en évidence des signes issus de la métaphysique logocentrique, selon laquelle l’idée de présence devient évidente par la fixité d’un sens dans la traduction [89]. La retranscription permanente des signes implique le différer comme engendrant le sens en tant que tel, par le dynamisme même de la production du système de différences [90]. Freud, dans sa célèbre Lettre 52, prend une direction théorique à rebours de ce qu’il avait énoncé sur la réalité du trauma sexuel dans l’étiologie des psychonévroses [91]. Reconnaître que le psychisme est non seulement un ensemble de signes différentiels, mais aussi que ceux-ci sont réinscrits en permanence, et transcrits à d’autres niveaux d’organisation scripturale, s’oppose ainsi à tout réalisme du sens fixe, énoncé par le soi-disant trauma sexuel responsable des psychonévroses. C’est précisément pour cela que tout de suite après, en 1897, toujours dans sa correspondance avec Fliess, il pouvait dire qu’il « ne croyait plus en sa neurotica[92] », la théorie réaliste du trauma sexuel dans l’étiologie des névroses. De ce point de vue, tout ce que Freud avait jusque-là considéré comme réel dans le récit de ses analysants, allait être compris comme provenant d’une interprétation de quelque chose qui les avait profondément touchés dans leurs expériences psychiques. En d’autres termes, ils énonçaient des productions de leurs fantasmes, et ces derniers conditionnaient leur processus d’interprétation. Ainsi, les fantasmes comme signes circulaient-ils sur la scène psychique de l’écriture, sans cesse réinscrits et transcrits en d’autres registres de l’écriture psychique, donc dans un champ marqué par les différences et par les divers contextes différentiels de la scène psychique. Après cette nouvelle construction théorique, le discours freudien débouche sur L’interprétation des rêves, où ce n’est pas seulement le fantasme qui occupe une place primordiale, mais où l’idée d’écriture va devenir beaucoup plus prégnante sur la scène psychique [93].

Écriture et machine

24Dans L’interprétation des rêves, Freud avance l’existence de la réalité psychique au sens strict, qui s’oppose à la réalité matérielle[94]. Cette réalité psychique est constituée de traits et traversée par des fantasmes, de sorte que le sens est produit par ceux-ci, étant alors bien loin de tout réalisme ordonné par les états de choses. C’est dans cette œuvre que Freud énonçait, contrairement à la neurologie et à la psychiatrie de la deuxième moitié du XIX e siècle, la thèse selon laquelle le rêve était une production significative. Rêver était donc une modalité de pensée [95]. Il existait par conséquent une équivalence entre les symptômes des diverses psychonévroses et les rêves, dans la mesure où aussi bien les uns que les autres étaient fondés sur la dite réalité psychique [96]. Plus tard, les lapsus, les actes manqués[97] et les mots d’esprit[98] furent eux aussi inclus dans ce système d’équivalence, fondés sur la même réalité psychique. Néanmoins, la réalité psychique était essentiellement inconsciente, et l’inconscient était marqué par l’impératif de la réalisation du désir [99]. Les rêves étaient donc des modalités de réalisation de désirs, présentées de façon indirecte, couverte et figurée, sous une forme énigmatique. C’est pourquoi ils doivent être interprétés, pour que leur sens latent puisse rendre explicite la réalisation de désir en cause [100]. Afin de bien montrer la spécificité de l’interprétation psychanalytique, Freud critiquait les modalités d’interprétation des rêves déjà existantes. Il attaquait l’interprétation symbolique – qui considérait le récit onirique comme une totalité fermée et bien établie –, mais également la modalité d’interprétation présente dans l’Antiquité qui utilisait un code de significations préétabli, nommé clé du rêve [101]. Cependant, s’il critiquait cette notion, à cause de la fixité du sens qu’elle prescrivait, il reconnaissait la supériorité de ce second modèle par rapport au premier, car il proposait le rêve comme quelque chose à déchiffrer [102]. L’interprétation psychanalytique est basée sur le déchiffrement, puisque le récit onirique doit être fragmenté selon les différents signes qui le composent, mais ceux-ci n’ont plus aucun sens préétabli. C’est la libre association du rêveur qui offre d’autres signes capables d’entrouvrir la scène psychique latente dans les expériences du rêve [103]. La libre association relançait le processus du différer qui règle la scène psychique de l’écriture, par l’inscription d’autres signes. Le discours freudien reprenait ici non seulement la description de la Lettre 52, d’une manière bien plus élaborée, mais aussi la rhétorique scripturale qui la caractérise. Dans cette perspective, le rêve n’était pas uniquement une écriture, mais une écriture au caractère définitivement non phonétique. C’est dans ce contexte que Freud se servait des modèles de l’écriture chinoise et égyptienne pour décrire la scène psychique du rêve comme une scène de l’écriture [104]. Selon cette perspective, même lorsque des mots surgissaient dans les rêves, Freud les considérait comme une écriture non phonétique, et suivant une logique non phonétique [105].

25Malgré cela, la scène scripturale du psychisme se conjuguait encore avec un modèle d’appareil psychique décrit comme une machine, et non un modèle d’écriture. En effet, dans « L’interprétation des rêves », ce sont les modèles optiques – le microscope et le télescope – qui servent de métaphores à Freud pour décrire l’appareil psychique, tandis que dans l’« Esquisse », ce sont des métaphores neurobiologiques [106]. Dans les essais métapsychologiques de Freud [107], la même tension entre modèles théoriques incompatibles se fait encore fortement sentir [108]. Dans le « bloc-notes magique », la tension semble s’être finalement éteinte, puisque le jouet d’enfant choisi par Freud pour décrire l’appareil psychique fonctionne comme un jouet tourné vers l’écriture [109]. L’appareil psychique est à présent une machine à écrire, qui réussit à incorporer, dans sa propre structure, les deux conditions énoncées depuis l’« Esquisse », de posséder un pôle de réception pouvant recevoir de façon continue les excitations extérieures, et une surface d’inscription illimitée pour lesdites excitations. Si la dysharmonie entre le modèle de la machine et celui de l’écriture s’est tue, cela est dû au fait que l’appareil psychique est une machine à écrire, qui produit de façon permanente la scène de l’écriture. L’insistance à vouloir que le psychisme soit un appareil fonctionnant comme une machine, qui a marqué ce discours d’un bout à l’autre, même dans la meilleure solution, celle de la machine à écrire, révèle ce dont il s’agissait : la problématique de la mort comme fondatrice du psychisme et de la vie. L’insistance quant à la métaphore de la machine comme squelette de l’appareil psychique fondé sur l’écriture, montre que la possibilité de la mort est ce qui mène à l’impératif de l’écriture en tant que forme d’affirmation de la vie [110].

Notes

  • [1]
    Conférence réalisée lors du II Encontro de Pesquisadores em Filosofia e Psicanálise (A Filosofia após Freud), les 13,16 et 18novembre 2006.
  • [2]
    J.Derrida, De la grammatologie, Paris, Minuit, 1967, p. 227.
  • [3]
    J.Derrida, ibid., chap. I, première partie.
  • [4]
    Ibid.
  • [5]
    Ibid., p. 39-41.
  • [6]
    Ibid., p. 41.
  • [7]
    Ibid., p. 31-33.
  • [8]
    Ibid., p. 33-39.
  • [9]
    Ibid., p. 21-22.
  • [10]
    Ibid., p. 22.
  • [11]
    Ibid.
  • [12]
    Ibid.
  • [13]
    J.Derrida, « La pharmacie de Platon », dans La dissémination, Paris, Le Seuil, 1967.
  • [14]
    J.Derrida, De la grammatologie, chap. I, première partie, op. cit.
  • [15]
    J. Derrida, La voix et le phénomène, Paris, PUF, 1967.
  • [16]
    Ibid.
  • [17]
    De la grammatologie, chap. 2, première partie, op. cit.
  • [18]
    Ibid., première partie, p. 12.
  • [19]
    Ibid., première partie, chapitres 1 et 2.
  • [20]
    Ibid.
  • [21]
    Ibid., première partie, chapitre 1.
  • [22]
    Ibid., première partie, chapitre 3, p. 115-119.
  • [23]
    Ibid., p.121-130.
  • [24]
    Ibid., p. 119-120.
  • [25]
    J.Derrida, « Freud et la scène de l’écriture », dans L’écriture et la différence, Paris, Le Seuil, 1967, p. 318-328.
  • [26]
    S.Freud, L’interprétation des rêves (1900), chapitres VI et VII, Paris, PUF, 1976.
  • [27]
    J. Derrida, « Freud et la scène de l’écriture », dans L’écriture et la différence, Paris, Le Seuil, op.cit., p. 297-318.
  • [28]
    C.Lévi-Strauss, Les structures élémentaires de la parenté, Paris, PUF, 1949.
  • [29]
    J.Derrida, Positions, Paris, Minuit, 1972.
  • [30]
    La voix et le phénomène, op. cit.
  • [31]
    Positions, op. cit., p. 39.
  • [32]
    De la grammatologie, op. cit.
  • [33]
    J.Derrida, Lettre 52, ibid., deuxième partie, chapitre 2.
  • [34]
    S. Freud, « Lettres à Wilhem Fliess, Notes et Plans » (1887-1902), dans La naissance de la psychanalyse, Paris, PUF, 1973 ; Esquisses d’une psychologie scientifique, deuxième partie, idem.
  • [35]
    J.Derrida, « Freud et la scène de l’écriture », L’écriture et la différence, op. cit.
  • [36]
    J.Derrida, De la grammatologie, op. cit., p. 131-136.
  • [37]
    J.Derrida, « Pour l’amour de Lacan » (1992), dans Résistances de la psychanalyse, Paris, Galilée, 1996.
  • [38]
    « Freud et la scène de l’écriture », op. cit.
  • [39]
    J.Derrida, La carte postale, de Socrate à Freud et au-delà, Paris, Aubier Flammarion, 1980.
  • [40]
    J.Derrida, Mal d’archive, Paris, Galilée, 1996.
  • [41]
    S.Freud, L’homme Moïse et la religion monothéiste (1938), Paris, Gallimard, 1986.
  • [42]
    J.Derrida, Les états d’âme de la psychanalyse, Paris, Galilée, 2000.
  • [43]
    J.Derrida, M.Foucault, Três tempos sobre a história da Loucura, Rio de Janeiro, Relume Dumará, 2001.
  • [44]
    J.Derrida, « Fazer justiça a Freud : A História da loucura na era de psicanálise », ibid.
  • [45]
    J.Derrida, Résistance de la psychanalyse, op. cit.
  • [46]
    Résistance de la psychanalyse, op. cit.; Les états d’âme de la psychanalyse, op. cit.
  • [47]
    S.Freud, « Esquisse d’une psychologie scientifique », dans La naissance de la psychanalyse, op.cit.
  • [48]
    S.Freud, « Notes sur le bloc-notes magique », dans Résultats, idées, problèmes, volume II, Paris, PUF, 1985.
  • [49]
    S.Freud, « Esquisse d’une psychologie scientifique », première partie, dans La naissance de la psychanalyse, op. cit.
  • [50]
    J.Lacan, « Fonction et champ de la parole et du langage en psychanalyse » (1953), dans Écrits, op. cit.
  • [51]
    J.Lacan, ibid.
  • [52]
    J.Derrida, « Freud et la scène de l’écriture », dans L’écriture et la différence, op. cit., p. 339.
  • [53]
    Ibid., p. 294.
  • [54]
    Ibid.
  • [55]
    Ibid.
  • [56]
    J. Derrida, « Freud et la scène de l’écriture », dans L’écriture et la différence, op. cit., p. 293-294.
  • [57]
    J.Derrida, D’un ton apocalyptique adopté naguère en philosophie, Paris, Galilée, 1983.
  • [58]
    S.Freud, L’interprétation des rêves, op. cit.
  • [59]
    J.Derrida, Ibid., p. 334-335.
  • [60]
    J.Lacan, « Fonction et champ de la parole et du langage en psychanalyse », dansÉcrits, op.cit.
  • [61]
    J.Lacan, ibid.
  • [62]
    J.Derrida, « Freud et la scène de l’écriture », dans L’écriture et la différence, op. cit.
  • [63]
    J.Derrida, ibid.
  • [64]
    Ibid.
  • [65]
    Ibid., p. 328-339.
  • [66]
    Ibid., p. 297-305.
  • [67]
    Ibid. ; S.Freud, « Lettre 52, de Freud à Fliess », le 6 décembre 1896, et « Lettres à Wilhelm Fliess, Notes et Plans » (1887-1902), dans La naissance de la psychanalyse, op. cit.
  • [68]
    S.Freud, « Esquisse d’une psychologie scientifique », première partie, op. cit.
  • [69]
    Ibid.
  • [70]
    Ibid.
  • [71]
    Ibid.
  • [72]
    Ibid.
  • [73]
    Ibid.
  • [74]
    J.Derrida, « Freud et la scène de l’écriture », dans L’écriture et la différence, op. cit.
  • [75]
    Ibid.
  • [76]
    Ibid.
  • [77]
    Ibid.
  • [78]
    J.Derrida, « Freud et la scène de l’écriture », op. cit.
  • [79]
    S.Freud, « Lettre 52 » et « Lettres à Wilhelm Fliess, Notes et Plans », dans La naissance de la psychanalyse, op. cit.
  • [80]
    Ibid.
  • [81]
    J.Derrida, « Freud et la scène de l’écriture », dans L’écriture et la différence, op. cit.
  • [82]
    Ibid.
  • [83]
    Ibid.
  • [84]
    Ibid.
  • [85]
    S.Freud, Lettre 52, op. cit.
  • [86]
    J.Derrida, « Freud et la scène de l’écriture », op. cit.
  • [87]
    S.Freud, L’interprétation des rêves, chapitres VI et VII, op. cit.
  • [88]
    S.Freud, « Fragments d’une analyse et Hystérie (Dora)», 1905, dans Cinq psychanalyses, Paris, PUF, 1975.
  • [89]
    JDerrida, « Freud et la scène de l’écriture », op. cit.
  • [90]
    Ibid.
  • [91]
    S.Freud, « L’étiologie de l’hystérie » (1896), dans Névrose, psychose et perversion, Paris, PUF, 1973.
  • [92]
    S.Freud, Lettre 52, op. cit.
  • [93]
    S.Freud, « L’interprétation des rêves », chapitre VII, op. cit.
  • [94]
    S.Freud, ibid.
  • [95]
    S.Freud, ibid., introduction.
  • [96]
    S.Freud, ibid.,
  • [97]
    S.Freud, Psychopathologie de la vie quotidienne (1901), Paris, Payot, 1973.
  • [98]
    S.Freud, Le mot d’esprit et ses rapports avec l’inconscient (1905), Paris, Gallimard, 1969.
  • [99]
    S.Freud, L’interprétation des rêves, chapitre II, op. cit.
  • [100]
    S.Freud, Ibid.
  • [101]
    Ibid.
  • [102]
    Ibid.
  • [103]
    Ibid.
  • [104]
    J.Derrida, « Freud et la scène de l’écriture », op. cit.
  • [105]
    J.Derrida, ibid.
  • [106]
    J.Derrida, « Freud et la scène de l’écriture », op. cit.
  • [107]
    S. Freud, Métapsychologie (1915-1917), Paris, Gallimard, 1968.
  • [108]
    J.Derrida, « Freud et la scène de l’écriture », op. cit.
  • [109]
    J.Derrida, ibid.
  • [110]
    Ibid.
Français

Cet essai se propose de montrer que l’inconscient décrit par Freud dans la constitution de la psychanalyse peut être conçu comme une écriture, et non selon le modèle du langage parlé, en accord avec l’interprétation proposée par Derrida.

MOTS - CLÉS

  • Inconscient
  • écriture
  • discours
Joël Birman
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Mis en ligne sur Cairn.info le 01/11/2007
https://doi.org/10.3917/fp.015.0201
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