CAIRN.INFO : Matières à réflexion

1Nous proposons de réfléchir au bilinguisme dans le cadre de la création littéraire nous penchant sur des romanciers d’origine espagnole qui écrivent en français. Il existe depuis plusieurs siècles des auteurs espagnols de naissance qui s’expriment en français mais pour démêler souvent leurs rapports profonds avec l’Espagne. Il s’agit d’une relation littéraire spéciale entre l’Espagne et la France qui s’est nouée à l’écart des influences des modèles littéraires et des catégories telles que littérature nationale et littérature étrangère. Une littérature hybride, ni tout à fait espagnole ni tout à fait française, difficilement classable. De ces « conversos » (convertis) à la francophonie, on en trouve à presque toutes les époques et, au XXe siècle, ils sont encore nombreux. La langue espagnole a conservé la trace lexicale de cette migration linguistique dans le mot « afrancesado » qui servait à les identifier. Jorge Semprun nous parle, dans Federico Sanchez vous salue bien, de ce mot dont il se voit affublé par une certaine presse de droite qui tient à le désigner comme étranger à l’Espagne :

2

« Le terme qui revenait le plus souvent pour me qualifier était celui d’afrancesado, qui veut littéralement dire francisé, mais dont la signification historique est plus complexe. Depuis l’époque des Lumières et de la Révolution française, afrancesado est un terme qui sert à disqualifier comme étranger tout partisan des idées modernes. De surcroît, l’afrancesado de la tradition conservatrice est quelqu’un dont le goût de la liberté se mêle à celui du libertinage.
[...] il est clair que d’un certain point de vue le terme afrancesado ne me gênait pas. Bien au contraire, je pouvais le prendre pour un titre de fierté. Luis Buñuel a fait de même : tout au long de sa vie, il a proclamé sa condition d’afrancesado. Nous étions en très bonne compagnie, par ailleurs, dans l’histoire des idées et des arts, depuis près de deux siècles. De José Marchena à Pablo Picasso, la lignée [1] n’en est pas négligeable. » (Semprun, 1993 : 158-159)

3Qu’est-ce qui pousse des auteurs nés en Espagne à abandonner leur langue maternelle et à choisir le français comme langue de création ? Les raisons qui les ont incités à rédiger une partie ou la totalité de leurs œuvres en français changent au fil des siècles. Si au XVIIIe et XIXe siècles les modèles littéraires et intellectuels parlaient français, au XXe siècle les raisons politiques et la déchirure de la guerre et de l’exil se dessinent comme les causes directes de ce choix. Le français a donc permis de retrouver la liberté d’expression aux exilés politiques espagnols de toutes les époques, d’innover dans la création littéraire ou de se refaire une identité librement choisie.

4Nous n’examinerons dans notre étude que le XXe siècle où la guerre civile et le régime politique qui s’ensuit déclenchent un mouvement migratoire sans précédent, qui frappe surtout les intellectuels, les artistes et les écrivains. Parmi ces derniers [2] nous ne retiendrons que quelques noms, ceux de Jorge Semprun (1923), d’Agustin Gomez-Arcos (1933), de Michel del Castillo (1933), d’Adélaïde Blasquez (1932) et de Rodrigo de Zayas (1935). Ces enfants de la guerre, dont les dates de naissance se rapprochent étonnamment, prennent la parole en français pour devenir des écrivains : la langue étrangère est aussi celle du passage à l’écriture. Ils construisent un discours à connotations politiques mais surtout une écriture de la mémoire, de l’exil et de la langue née de ce double positionnement littéraire et identitaire.

Identité, altérité, histoire de la double langue

5Dans la langue de l’autre, ces écrivains cherchent à définir les concepts d’identité et d’altérité et mènent une quête identitaire et de légitimation de leur parole. Ce n’est pas l’aspect politique qui nous intéresse mais leur comportement linguistique : nous voulons étudier le rapport à la langue maternelle à l’intérieur de l’autre langue et comment cela se reflète dans les discours narratifs. La place et l’influence que la langue maternelle et la culture espagnole exercent sur la langue d’écriture et sur les univers de fiction ainsi créés. Les problèmes d’identité que cela produit aussi chez l’écrivain bilingue, donc « schizophrène » et « sans racines » comme affirme Jorge Semprun (1993 : 15).

6L’identité de l’écrivain est a priori de nature pathologique, dédoublée, multipliée, mais elle est encore plus menacée lorsqu’il doit la définir entre deux langues et entre deux cultures. Si dans le miroir de l’écriture se reflète une image de soi, celle de l’écrivain qui s’exprime dans la langue d’un autre se trouve confrontée à l’altérité, non seulement en tant qu’individu mais comme représentant d’une autre collectivité. Quelle est la réflexion linguistique qui se dégage de leurs œuvres ? Il y a chez ces auteurs un discours extrêmement raffiné de la langue et de l’identité. Ils possèdent une conscience spécialement aiguë du langage qui est propice à l’écriture de soi. Ils nous offrent une parole littéraire venue simultanément d’ici et d’ailleurs, hantée en permanence par une autre voix.

7Précisons d’abord des points en commun et des différences entre les auteurs précédemment cités. Du point de vue chronologique Semprun, Del Castillo, Blasquez et Rodrigo de Zayas s’exilent pendant la guerre civile, car dans leur entourage familial proche il y a des républicains qui ont dû quitter vite le pays. Ces auteurs étaient des enfants ou presque des adolescents qui partaient donc avec leurs familles : Michel del Castillo suit sa mère, journaliste républicaine; Jorge Semprun son père, l’un des derniers représentants officiels de la République à l’étranger; Adélaïde Blasquez fille d’un militaire fidèle à la République attaché à la escolta presidencial, part avec sa mère. Rodrigo de Zayas, fils de l’un des fondateurs de la Modern Gallery new-yorkaise, a bénéficié d’un héritage familial hors du commun et a reçu une éducation française successivement à Damas, Grenoble et Paris. Par contre, l’exil de Gomez-Arcos est beaucoup plus tardif, il a lieu vers le milieu des années 60. Il est possible de voir dans l’exil volontaire de Gomez-Arcos un certain anachronisme, car à partir des années 50 les émigrés ou immigrés économiques se substituent aux exilés politiques. Seul cet expatrié politique retardataire serait un exilé de première génération.

8D’autres nuances s’ajoutent à la nature de ces exils qualifiés, peut-être hâtivement, de politiques : parmi ces auteurs, certains ont davantage mis l’accent sur une connotation politique ou idéologique et d’autres, comme Del Castillo ou Blasquez, insistent sur l’exil sentimental, sur l’exil qui se joue sur un plan personnel. Dans l’œuvre de Semprun, longtemps militant communiste, on trouve un engagement et une réflexion politique de plus en plus critique. Gomez-Arcos écrit des romans politiques mais pas dans le sens de Semprun, il s’agit de romans qui rappellent l’« esperpento » de Valle-Inclán ou les peintures noires de Goya (Bertrand de Muñoz, 2001 : 165-166).

9Pour Rodrigo de Zayas l’exil de la guerre lui fait rebrousser chemin et revenir sur d’autres exils. Il se dresse contre toutes les inquisitions avec une tétralogie monumentale et érudite. Le modèle moderne de toutes les persécutions du racisme d’État fut établi dès 1609 par l’Espagne lors de l’expulsion des Morisques, ces musulmans convertis de force au catholicisme après la prise de Grenade, en 1492, la même année où les Juifs étaient chassés du pays. Après son essai Les Morisques et le racisme d’État (1992), De Zayas nous offre une grande fresque romanesque avec Ce Nom sans écho, gigantesque projet de plus de mille pages, composés de quatre romans où il parcourt les principaux événements du dernier siècle : la guerre civile espagnole (avec en écho la chute du Royaume de Grenade), la Seconde Guerre Mondiale, la création de l’état d’Israël et la naissance de l’état palestinien. Les coupables sont clairement désignés à chaque fois : Philippe II, Franco, Hitler. Les trois grandes religions monothéistes, le judaïsme, le christianisme et l’islam, ont ici en commun la certitude et l’absolu de leurs convictions, l’intolérance enfin. Dans son premier volet, La Brigue et le talion, il superpose deux moments de l’histoire d’Espagne : Franco reprend le discours des rois catholiques et de l’inquisition, l’histoire répète les mêmes erreurs.

Nom et noms

10Del Castillo, c’est bien l’auteur chez qui l’engagement politique est moins visible; son écriture n’a pas pris l’aspect d’une révolte contre l’ordre établi, mais plutôt la forme d’une quête d’identité qui lui permettra aussi de racheter l’Autre par l’amour, un amour dévoué que nous rencontrons dans chacun de ses romans.

11En outre, une ressemblance nous fera classer Blasquez et Del Castillo dans le même groupe : leurs parents sont des couples mixtes, avec des nationalités différentes : père espagnol, mère allemande pour Adélaïde Blasquez et mère espagnole, père français pour Michel del Castillo. Cette double nationalité initiale les engagera dans une quête identitaire plus profonde, qui commence même avec le choix de leur nom d’auteur.

12Rodrigo de Zayas, intellectuel au savoir encyclopédique, homme politique de gauche, à la fois écrivain, musicien, historien, polyglotte est aussi le fils d’un couple mixte : le peintre d’origine mexicaine Marius de Zayas et de la soprano américaine et bibliophile Virginia Harrisson. Il a reçu une éducation internationale et pour lui le débat familial ne se pose pas dans les mêmes conditions que les auteurs cités ci-dessus.

13Tous ces auteurs ont réfléchi plus ou moins longuement à leurs noms de famille pour déjouer la relation d’appartenance, et dès l’abord aborder leur statut particulier d’écrivain français et/ou espagnol. Les cas d’Adélaïde Blasquez et de Michel del Castillo sont de ce point de vue les plus intéressants. Au-delà de leurs prénoms français, ils ont opté soit pour le patronyme paternel comme Blasquez, soit pour le patronyme maternel comme Del Castillo. Pour Adélaïde Blasquez il s’agit de garder l’héritage espagnol à tout prix et de renoncer à toute consonance germanique (1999 : 151). De plus, elle fait un choix sélectif puisqu’il s’agit du deuxième nom de famille de son père, Pepe Martín Blázquez, donc du nom de sa grand-mère qu’elle admire. « Blázquez » a toutefois subi une petite francisation phonétique donnant Blasquez, et son prénom a été traduit de telle sorte que s’affirme un choix français ferme.

14Michel del Castillo a gardé intact le nom de famille de sa mère (et de son grand-père, originaire de Grenade) à côté d’un prénom français pour sceller ce mélange entre le français et l’espagnol de manière plus radicale. Pour Franc-Kochmann (2001 : 196), dans le nom de cet auteur on voit la tension entre le pôle espagnol et le pôle français qui constitue son identité. Son prénom aurait pu être Miguel (il apparaît d’ailleurs dans certains de ses romans : Tunique d’infamie, De père français), mais ce qu’il a carrément refusé c’est le nom de famille de son père (il parle dans ses romans de Michel de J*** sans jamais donner le nom complet). Il affiche son choix français exclusivement par le prénom. Si le patronyme rattache à un groupe, le prénom permet d’individualiser : il est davantage connoté de manière affective car il relève du domaine du privé. D’ailleurs, son patronyme Del Castillo, qu’il n’a pas francisé et dont il a même réussi à imposer la prononciation espagnole, rappelle au lecteur plus que le mot équivalent en français « château », le mot Castille et castillan, donc ces traits qui dénotent une partie essentielle de sa personnalité et de son caractère et témoignent de son amourhaine envers « lo español ».

15Rodrigo de Zayas malgré son souci de renouer avec la lignée des Séfarades et des musulmans de l’Andalousie multiraciale, affiche un nom obstinément castillan. Remarquons la présence de la particule « del » devant son nom de famille comme pour Michel del Castillo, qui renforce l’ascendance castillane contestée par ces auteurs.

Quête d’identité : Michel del Castillo

16Si la filiation s’affirme à travers les noms de plume, l’attitude à l’égard de l’espagnol il faut la chercher à l’intérieur des romans. À savoir comment la duplication linguistique s’inscrit dans le processus même de création littéraire et comment la polyphonie de l’espagnol vient se glisser alors dans la langue de l’autre, faisant du castillan un élément dynamique de la fiction. L’exemple de Michel del Castillo suscite sans doute un intérêt particulier car sa quête d’identité se livre principalement dans la langue et à travers la langue.

17Le rôle joué par la littérature dans cette recherche personnelle fut déterminant pour Michel del Castillo, d’abord en tant que lecteur puis en tant qu’écrivain. La littérature va se confondre avec la vie et la survie : depuis sa petite enfance elle lui permet de rêver, lorsqu’il attend sa mère ou qu’il entend le grondement du canon aux portes de Madrid, puis de comprendre la douleur causée par l’abandon de sa mère. Jeune lecteur de Dostoïevski, il s’en sert pour décanter la réalité puis, devenu lui-même écrivain, il l’identifiera avec la vie et écrire sera vivre, mélangeant autobiographie et fiction. À tel point qu’il n’aura fait tout au long de son œuvre que « biographer » sa vie ou vivre à travers son écriture. Et cela se répète pour certains de ses personnages : les jumeaux Moran dans son roman Les Étoiles froides, victimes eux aussi de l’amour-trahison de la mère de l’écrivain se blottissent dans les mots, dans la mélodie souple et flexible de la poésie de García Lorca. La littérature lui servira pour se racheter, pour parler de ses bourreaux, pour les innocenter ou pour sublimer leurs actes.

18Michel del Castillo affirme haut et fort son appartenance administrative, filiale et sentimentale à la France, et son rejet de l’Espagne et de ce qui l’identifie comme espagnol : langue, traits de caractère... Cet amour-haine vers « lo español » est plus complexe qu’il ne le dit et suinte par tous les pores de ses romans. Certes Michel del Castillo a toujours été français et non seulement juridiquement mais aussi avec le cœur. Il l’est par filiation directe du côté paternel. Il l’est culturellement car toute sa petite enfance baigne dans une atmosphère où la France joue un rôle fondamental : point de repère pour sa mère qui connaît la langue française, lui parle en français de sorte que les premières lectures de l’enfant seront en français, langue d’une élite exclusive. Il l’est finalement par élection personnelle : cette langue de l’intimité et des confidences avec sa mère le soir devient pour l’enfant plus forte que l’espagnol qu’il va vite rejeter, en tant que langue de la violence et de la guerre, des querelles entre les adultes. Et c’est que pour Michel del Castillo la langue française est inscrite dans sa peau, comme une résolution du corps : « Notre chair nous exprime parce qu’en elle la langue est imprimée » (Castillo, 1995B). Il écrit en français non pas comme Gomez-Arcos pour faire un acte belliqueux et donner naissance à une parole rebelle (1992 :161) mais, au contraire, pour passer un onguent sur ses brûlures espagnoles : « Mes propos atteignent mes interlocuteurs en une langue étrangère, qui en désamorce la violence. » (Castillo, 1993 :26).

19Quand Michel del Castillo écrit, il plonge dans sa petite histoire, celle de sa mère – journaliste républicaine qui, dénoncée à son arrivée en France par son mari, abandonne son enfant dans un camp de concentration. Elle deviendra à jamais le personnage principal de son œuvre; à la suite de sa mort racontée dans Rue des Archives, il se tournera momentanément vers la figure du père, pour retrouver à nouveau Cándida del Castillo sous le nom de Clara del Monte dans son dernier roman essayant encore une fois de reconstituer sa vie. Cette lente maturation et re-création de son histoire personnelle le met en rapport avec d’autres histoires prises dans les mêmes enjeux que les siens : celle de l’inquisiteur Manrique Gaspar del Río ou de Lorca (tous les deux originaires de Grenade, comme sa mère). C’est en fouillant dans ses origines qu’il trouvera la trace « des hérétiques pourchassés, des poètes assassinés ». Il établit un dialogue au-delà des siècles, de l’espace et de la langue. Ne peut-il pas reconstruire l’histoire de l’Espagne, à laquelle il participe, avec les morceaux éclatés de sa propre histoire ? Cette évolution de l’individuel au collectif n’est pas contradictoire car « plus l’écrivain descend en lui, plus il est dans l’individuel précis, plus il a des chances de toucher à l’universel » (Entretien, 1997 : 102).

20Michel del Castillo est le fruit d’une double amnésie douloureuse : celle de sa mère qui l’abandonne en pleine occupation allemande et semble oublier pendant plus de 15 ans qu’elle a eu un fils; puis celle de sa patrie dont l’histoire officielle a nié systématiquement les musulmans et les Juifs et qui remonte à l’époque de la pureté de sang. Si le petit Miguel est un enfant de la guerre civile espagnole puis de la Seconde Guerre mondiale, il se sent aussi relié aux enfants juifs de l’Albaïcin, rejetés et oubliés pendant des siècles par l’Espagne. L’enfant de ce dernier siècle de violence rejoint la peur de ces autres enfants cachés dans les caves de Grenade. Même au XXe s., pendant la guerre civile, la ville de Grenade devient encore un lieu emblématique de la sauvagerie et de l’insolence de l’Espagne. À ce moment-là les ressemblances entre Michel del Castillo (La Tunique d’Infamie ) et Rodrigo de Zayas (La Brigue et le talion) deviennent étonnantes par le choix thématique, les personnages, les lieux ou le moment historique.

21Pour Michel del Castillo tout peut être ramené à la langue dans ses différents aspects, au langage et aux plans de l’expression et du contenu. Par rapport à la forme phonique de l’expression, c’est-à-dire à son enveloppe extérieure (phonèmes et graphèmes), il est confronté à l’idiome : espagnol ou français. Il rejette l’espagnol, quant à sa forme matérielle mais non pour ce qui est du contenu, car cette langue commande l’organisation sémantique de son discours et produit chez lui un bilinguisme que je nommerai « conceptuel ». À partir de cette position particulière Michel del Castillo repense l’Espagne ni tout à fait comme le ferait un étranger ni comme le ferait un autochtone.

22D’autre part, par rapport à la place relative des phonèmes puis des syllabes, des mots dans la phrase, on a vu que son choix se réclame de la littérature. La langue en tant que forme d’expression relève de la littérature, car pour lui la vie n’a pas de réalité en dehors d’elle. « Je ne tiens debout, depuis mon adolescence, que par la langue qui me porte et me supporte. Elle est mon identité, mon unique dignité » (Castillo, 1995B : 18-19). Le bilinguisme est vécu par Michel del Castillo comme dureté et tendresse, en termes manichéens. Le français a dû être pour lui une langue mal apprise d’abord, quoiqu’il en dise dans ses romans, puis la seule possible. En tout cas, le français va lui permettre d’échapper à ses origines.

23

« Je n’ai pas eu à choisir de m’exprimer en français pour la bonne raison que le français a toujours été ma langue, depuis ma petite enfance.
Je n’en ai parlé d’autre avec ma mère, jusqu’à l’âge de neuf ans. Je n’ai jamais cessé de le parler, de l’écrire durant toutes mes années d’apprentissage en Espagne. [Et en note :] je le croyais quand j’écrivais ces lignes; en réalité, j’avais, de 1942 à 1953, perdu l’usage du français » (Castillo, 1996 : 24).

Autres bilinguismes

24Le bilinguisme chez Semprun ou Gomez-Arcos est de nature quelque peu différente et une comparaison nous fera mieux saisir la spécificité de Michel del Castillo. Il s’agit d’abord pour Semprun et Gomez-Arcos d’un bilinguisme acquis une fois qu’ils sont arrivés en France, et de ce fait un bilinguisme plus contrôlé ou surveillé; ils font attention à ne pas laisser apparaître la trace de l’espagnol ou bien elle jaillit avec force comme dans L’Algarabie (1981) de Semprun où elle se rebelle et devient irrévérente, bafoue l’idéal de pureté français. Rien de tel pour Michel del Castillo, qui d’ailleurs n’accepte ni d’écrire en espagnol (Semprun) ni de se traduire lui-même en espagnol (Gomez-Arcos). Sa langue d’écriture est exclusivement le français, il ne ressent pas la lutte linguistique qui se livre chez les autres. Le français est bien sa langue maternelle qu’il substitue volontairement à l’espagnol, ressenti comme une langue marâtre dès sa petite enfance. Et cela se produit avant d’avoir matériellement franchi la frontière.

25Il y a chez Semprun une évolution dans la manière de considérer l’espagnol dans ses récits. Dans les premiers temps, l’espagnol n’apparaît pas. Il se laisse pénétrer par la nouvelle langue et sa littérature. Nancy Huston affirme que c’est la réaction normale : « L’étranger, donc, imite. Il s’applique, s’améliore, apprend à maîtriser de mieux en mieux la langue d’adoption... » (2001 : 7). Après les commentaires blessants d’une boulangère qui le traite de sale rouge espagnol (Semprun, 1998 : 65-66), Jorge Semprun se promet d’effacer toute trace d’accent espagnol de sa prononciation. Puis l’évolution de son « conflit schizophrène » le mène à consentir à l’interférence et à la contamination avec la langue maternelle, et à afficher ouvertement sa différence linguistique, voire à l’amplifier exprès. C’est la spécificité du langage des immigrés qu’il étale dans L’Algarabie. Après ce babélisme nécessaire et cathartique Semprun est disposé à accepter un glissement vers l’espagnol, langue dans laquelle il écrit de plus en plus.

Double, dualité, discorde

26L’interférence chez Del Castillo se situe à un autre niveau et les mots « sabir », « jargon » ou « charabia », employés au sens propre par Semprun dans L’Algarabie, entrent dans son discours par la voie conceptuelle : « Dans ma vie j’ai parlé trois langues qui ont fait de moi ce que je suis : l’espagnol bien sûr, le français, un sabir catholique enfin, dont peu de gens conservent le souvenir.[...] Le jargon catholique m’a imbibé à mon insu et je n’en suis pas encore débarrassé. Ce charabia de théologie morale a pénétré au plus profond de moi-même. » (Castillo, 1998).

27Il y a chez Michel del Castillo un déchirement réel de deux moitiés de son être, une identité problématique qui apparaît très tôt comme une discorde linguistique. Tout commence en effet par une équivoque linguistique. Il n’aime pas la haine contenue dans son pays natal, une haine immémoriale d’une qualité unique qui imprègne sa langue, qui coule en lui à travers ses mots. L’espagnol est la langue de « fureurs gutturales »; langue pour crier, pour se disputer, pour parler politique et guerre. Le castillan montre sa formidable expérience du ressentiment (Castillo, 1993 : 24). Cette haine, il l’a ressentie très tôt, dans le ventre de sa mère (Castillo, 1993 : 18,20), et même avant car il a été engendré par les mots, par la langue des désirs rêvés d’un couple qui se défait, dont l’amour était déjà mort (Castillo, 1993 : 21,22).

28À cette dualité entre langue de la haine (espagnol) et langue des rêves et de l’amour (français) viennent s’ajouter d’autres connotations. L’espagnol est la langue diurne, le français langue nocturne de l’intimité. Langue, donc, mâle et femelle. La voix virile de Manrique, est encore plus virile en castillan grâce à ses inflexions profondes (Castillo, 1997 : 77).

29Cette vision manichéenne des langues est présente tout au long de son œuvre. L’espagnol montre ses performances, par exemple dans De père français (1998), quand son père s’en sert pour s’adresser à lui mais surtout pour insulter les autres : à l’hôpital, à propos de son voisin de chambre et de sa femme originaires du Midi, il dit « Que veux-tu ? chuchote-t-il en espagnol, il faut supporter cette gentuza (racaille). » (Castillo, 1998 : 212). Le mot espagnol « gentuza » dans la bouche de son géniteur sert à prouver en même temps sa lâcheté (il change de langue pour ne pas être compris) et la vocation naturelle de la langue espagnole pour l’offense. On trouve ce même mot utilisé chez Blasquez, « la gentuza aquella », (1999 : 74). Au moment des retrouvailles avec son père en 1953, sur le quai de la gare, il le traite aussi de « pordiosero »: « le mot, craché dans un espagnol sans accent ou presque, me brûle la joue. Il contient l’idée d’indigence, de saleté, une nuance aussi de crapulerie » (Castillo, 1998 : 25).

30Le dédoublement linguistique semble de la sorte amplifié par les parents : le père et la mère aiment s’exprimer chacun dans la langue de l’autre, et entretenir la confusion linguistique de l’enfant. Mais au-delà de cette fracture linguistique, l’espagnol joue un rôle dans ses écrits et atteint même le statut de personnage, agissant telle une voix massive, la voix de la race qui lui parle de ses origines et introduit une polyphonie venue d’ailleurs.

Double langue, langue morte

31Le substrat linguistique espagnol de son œuvre n’est aucunement celui qu’aurait charrié une langue maternelle : ce ne sont pas les mots qu’il a entendus lors de son enfance qui ressortent, mais ceux de jadis, ceux qui ont façonné les particularités ataviques espagnoles. Rattaché à l’Espagne par sa naissance et sa thématique, Del Castillo ne l’est pas par la langue. Les mots espagnols apparaissent peu dans ses écrits, ils ne sortent à la surface que lorsqu’ils ne sont plus traduisibles et deviennent des mots-clés pour définir l’essence espagnole la plus profonde. Ce n’est pas par les souvenirs d’une mémoire biologique et personnelle que Michel del Castillo est bilingue, mais par ceux d’une mémoire qui le relie à des origines plus lointaines et décisives. Dans ses écrits il y a peu de phrases en espagnol, rien que des mots lourds de toute l’histoire espagnole et de son isolement. Ces motsclés ne correspondent pas à la parole mais à la langue fixée dans l’esprit de la communauté hispanique comme des concepts stéréotypés. Des mots qui constituent la charpente sur laquelle repose l’image d’une Espagne immémoriale. Des mots dont la complicité se joue en deçà de la langue et qui circulent dans le sang. Ce sont les mots de la plus archaïque paternité, celle de ses racines profondes.

32Dans ce sens il reproduit dans ses romans des expressions en castillan qui tiennent le rôle des formules incantatoires. Le Sortilège espagnol (1996) constitue à cet égard un bel exemple car il nous fournit la liste la plus longue, mais nous retrouvons la même technique dans La Tunique d’infamie ou Les Louves de l’Escurial. L’auteur emploie des mots espagnols qui correspondent à des réalités culturelles et historiques ou à des traits profondément enracinés dans le caractère hispanique et difficilement traduisibles : « gabacho » [3], « señoritos », « honor y honra », « el cante », « san benito », « limpieza de sangre », « hidalgo », « la corrida », « los tercios », « Monta tanto, tanto monta Isabel como Fernando », « conversos », etc.

33Nous retrouvons, moins prononcée certes, la même technique dans La Brigue et le talion de Rodrigo de Zayas. Les ressemblances sont étonnantes entre les registres et les champs sémantiques; beaucoup de mots se répètent d’un roman à l’autre. Ces mots fonctionnent comme des concrétions autour desquelles la langue se solidifie, s’épaissit. Cela met en évidence que l’espagnol n’est pas conçu par les auteurs comme une langue vivante, avec laquelle on peut parler ou communiquer, mais qu’ils observent et manient comme une nature morte, coupée de tout contexte.

34L’Espagne et l’espagnol étaient non seulement invivables pour Michel del Castillo, mais cette langue n’est pas vivante, elle est morte ou creuse. Il y a encore un commentaire de l’écrivain dans Le Sortilège qui vient soutenir cette idée qui fait de l’espagnol un semblant de langue, dû au caractère de ceux qui la parlent. Pour Michel del Castillo, l’Espagnol n’est pas prêt à entamer une véritable conversation : il partage seulement des émotions sans essayer vraiment de communiquer car il a peur de se découvrir. On se heurte au silence de phrases trouées d’interjections, d’exclamations et de pépiements – « Qué pena ! », « Ay qué bien ! » « Qué tal, hombre ! » « Qué alegría ! » –, et accompagnées en même temps de gestes (Castillo, 1996 : 220,223). Le narrateur a lui aussi hérité de ce défaut ou de cette capacité pour tomber dans le silence tout en parlant (Castillo, 1996 : 221).

35Écrire Ce nom sans écho en français suppose pour Rodrigo de Zayas de revenir au temps utopique de la civilisation arabo-andalouse où son pays parlait arabe, hébreu et latin, avant que l’espagnol ne devienne la langue de l’oppression. L’espagnol est donc une langue, mais qui n’a pas le droit de s’appeler maternelle. La langue française joue dans ce sens un rôle d’accueil et de croisement de cultures, mais elle possède aussi la force d’une arme. Y a-t-il, peut-être, des discours qui ne peuvent pas être tenus en espagnol ? dont le sujet délicat conseillerait d’emprunter une langue neutre où un vrai débat soit enfin possible ? Ces auteurs hantés par l’histoire de l’Espagne noire et ancestrale s’expriment en français pour panser des blessures historiques et personnelles.

36Le traumatisme linguistique chez Michel del Castillo se creuse davantage : l’auteur aime certes manier des mots en espagnol, pas de phrases (le but, nous insistons, n’est pas la communication). S’il est attiré par sa langue marâtre, c’est par ces termes précieux, qui lui montrent le caractère de sa race, l’héritage caché dans ses veines. Il se comporte en quelque sorte comme un philologue diachronique, un archéologue de la langue reconstituant leur parcours historique. Il a beau affirmer qu’il n’appartient pas à l’Espagne, sa filiation est plus subtile, plus profonde et ces mots qui ont bâti la spécificité de sa race le lui démontrent. Il a substitué la notion de terre et de langue par celle de culture et race.

37Les Étoiles froides, premier volet de la trilogie que Michel del Castillo écrit en ce moment, nous a permis toutefois de constater une évolution importante dans le traitement de l’espagnol toujours au niveau de l’histoire racontée : la parole narrative admet finalement des phrases en espagnol (plusieurs de suite). Mais pas n’importe quelles phrases, ce sont les vers du poète. C’est-à-dire, la parole la plus authentique qu’une langue puisse donner et dans laquelle la forme est mise plus que jamais en relief. Une poésie qui parle de l’amour et de la mort avec ce style âpre et décisif de l’Espagne. C’est en lisant quelques vers de García Lorca que se produit la conversion du personnage et du narrateur :

38

« Soudain je m’arrêtai, revins en arrière, repris : « Verde, que te quiero verde. / Verde viento. Verdes ramas. / El barco sobre la mar / y el caballo en la montaña » Je poursuivis, en écoutant mon cœur battre contre mes tempes : « Pero yo ya no soy yo, / ni mi casa es ya mi casa. / Compadre, quiero morir / decentemente en mi cama... ». [...] Qu’est-ce qui provoquait cet ébranlement ? Pourquoi ces mots-là, dans cet ordre, battant cette cadence ? » (2001 : 18-19)

39Ce sont seulement les premiers vers du Romancero Gitano, mais la liste de citations sera longue, plus d’une vingtaine d’allusions à ce recueil et au Llanto por Ignacio Sánchez Mejías et à la vie du poète. Extraits qu’il traduit systématiquement, mais en note, gardant dans son texte l’expression et la forme en espagnol. Il s’agit donc d’un changement qualitatif important :

40

Michel del Castillo a finalement réintroduit ou accepté la forme. Pour la première fois aussi il s’intéresse à l’aspect phonétique, il fait des commentaires métalinguistiques à propos de l’accent de l’espagnol de Grenade, à sa sonorité particulière (Castillo, 2001 : 254).

Langue maternelle, langue ancestrale

41Dans son dernier roman Del Castillo se rapproche de plus en plus d’Adélaïde Blasquez et du traitement qu’elle donne à l’espagnol dans son roman Le Bel Exil. Les voilà tous deux qui se mettent à parler de Lorca et du Llanto por Ignacio Sánchez Mejías et à réciter ce Ay ! du cantaor que le poète a fait sien et que tout le monde répète dans ce pays à longueur de journée. S’agit-il d’une réconciliation de l’écrivain avec la langue espagnole ? Si c’en est une, elle doit être mise sur le compte du poète-enfant (Castillo, 2001 : 110), du poète-homosexuel [4] (Castillo, 2001 : 109,342), du poète assassiné à Grenade par une guerre marâtre, mais aussi sur le compte, encore une fois, de la langue devenue littérature, faite forme, de langue sous son expression formelle la plus pure.

42Même passion chez Rodrigo de Zayas pour les vers de García Lorca, celui qui sait si bien réunir « les chats et les enfants dans l’au-delà des innocents » (Zayas, 1996 : 43). Même amour pour Grenade, ville « plus more que castillane » (Castillo, 1997 : 295), où moins que partout ailleurs on n’échappe pas à la fatalité. Les souvenirs, nous dit Rodrigo de Zayas, « passent par Grenade, rayons d’une roue de cauchemar dont l’essieu est un poète assassiné » (Zayas, 1996 : 47). L’engagement de Judith Penuel, la Juive new-yorkaise de La Brigue et le talion, aux côtés des communistes dans la guerre civile espagnole cache en réalité un pèlerinage à la terre de ses ancêtres qui lui permettra, sinon de voir Grenade, au moins de célébrer ses noces de sang et de venger l’exil forcé des Séfarades. Rodrigo de Zayas, plus près de Poète à New York, décrit l’aurore juive, « amputée, sans doigt ni rose » qui se lève après l’offrande de sang comme l’Aurore éternelle de Lorca. Jeu de correspondances sans doute entre les deux romans, entre les auteurs et les personnages qui boucle la boucle.

43Ces deux auteurs se comportent en quelque sorte comme leurs personnages de fiction : Rodrigo de Zayas devient comme le protagoniste de La Brigue et le talion, le « converso » Shams ben Fares appelé Francisco el Partal, un converti à la francophonie en Espagne où il réside; Michel del Castillo se sent proche du héros de La Tunique d’infamie, Manrique Gaspar del Río l’inquisiteur exilé à Furnes après avoir découvert ses origines juives. Après être descendu aux enfers de ses origines et de son enfance Michel del Castillo remonte à la surface à bout de forces et, tel un marrane, il prend la voie de l’exil décidé à quitter son pays et sa langue pour toujours, même s’il sait qu’il sera hanté toute sa vie par ses souvenirs et son héritage espagnol.

44Rodrigo de Zayas et Michel del Castillo renient la langue espagnole pour mieux plonger dans les racines d’une Espagne multiculturelle et plurilingue, pour se réclamer de ses ancêtres séfarades et arabes et rétablir le dialogue interrompu depuis des siècles par l’intolérance castillane. Déjouer la surveillance et l’intransigeance de la langue « maternelle » dans l’autre langue. Sorte d’agents doubles soupçonnés des deux côtés, la dualité linguistique leur sert à mener une double vie. Dans les interstices de la double langue Michel del Castillo s’est créé un double de papier pour essayer, à la manière des compositeurs ou des peintres, des variations du même thème, du même motif : l’histoire qu’il raconte est chaque fois la même, reprise sous des éclairages, des angles différents. En s’acharnant à dédoubler son histoire avec obstination, il nous offre un trompe-l’œil qui donne le vertige.

Notes

  • [*]
    Texte extrait du Journal des Thérapeutes du Langage et de la Communication, Polyphonie, intitulé « Identité, filiation, langage » (Actes du 4e Colloque des Ateliers des thérapeutes du Langage et de la Communication, des 14 et 15 mars 2003), publié ici avec l’aimable accord de Madame Dubois, Présidente.
  • [1]
    Dans cette lignée il faut encore citer des noms comme ceux de Francisco Martínez de la Rosa, de Maury Benítez de Castañeda, de Maury Mendez de Bejarano, etc. (Ramirez Gómez, 1999 : 436).
  • [2]
    Cette liste pourrait sans doute être complétée avec des noms comme Carlos Semprun-Maura, José Luis de Villalonga, Jacques Folch-Ribas, le journaliste et romancier Ramón Chao, le poète Juan Larrea... (Bertrand de Muñoz, 2001 : 153-166).
  • [3]
    L’auteur traduit par exemple « gabacho » par « gavaches » et il explique en note : « Le mot désigne une pauvre hère, un malheureux vêtu de haillons. En espagnol, il possédait un sens péjoratif et fut, de ce fait, donné aux Français, gavachos- des misérables. » (Del Castillo, 2003 : 260).
  • [4]
    Michel del Castillo se sent relié à Lorca par ces deux traits essentiels. Le personnage que l’écrivain a créé est un éternel enfant, comme le poète, qui reste perdu dans l’enfance et dont la virilité hésitante lui fait prendre conscience de sa déviance.
Français

À la suite du fait migratoire provoqué par la guerre civile en Espagne, des auteurs espagnols se sont installés en France et ont adopté comme langue d’écriture le français : Jorge Semprun, Agustin Gomez-Arcos, Michel del Castillo, Rodrigo de Zayas et Adélaïde Blasquez appartiennent à cette catégorie d’écrivains bilingues. Nous cherchons à démêler la relation qu’entretiennent la langue maternelle et l’autre langue qu’ils ont choisie volontairement, et comment cela façonne leurs discours narratifs. La place et l’influence que la langue maternelle et la culture espagnole exercent sur la langue d’écriture et sur leurs univers de fiction; les problèmes d’identité qu’elle produit chez l’écrivain bilingue, « schizophrène » et « sans racines ». Nous nous pencherons sur le cas de Michel del Castillo pour qui le conflit linguistique se double d’une quête identitaire spécialement intense et dangereuse, sans oublier de souligner des points en commun ou des différences avec le groupe d’auteurs que nous avons formé.

Mots-clés

  • Bilinguisme
  • Langue maternelle
  • Écriture
  • Altérité
  • Identité
English

Double language and literary creation

Following the migration provoked by civil war in Spain, Spanish authors moved to France and adopted French for writing : Jorge Semprun, Agustin Gomez-Arcos, Michel del Castillo, Rodrigo de Zayas and Adélaïde Blasquez belong to this category of bilingual writers. We try to disentangle the relationship between the mother tongue and the one chosen voluntarily, and study how it influences their narrative frame. The space and the influence the mother tongue and the Spanish culture have on the writing language and on their fictive world; the identity problems it induces with the bilingual “schizophrenic and rootless” writer. Michel del Castillo for whom the linguistic conflict is paired with a particularly intense and dangerous identity quest, will be studied, while the common points or differences with the group of author we form will be pointed out.

Key-words

  • Bilingualism
  • Mother tongue
  • Writing
  • Otherness
  • Identity

BIBLIOGRAPHIE

  • BERTRAND DE MUÑOZ M., (2001), Guerra y novela. La guerra española de 1936-1939, Alfar.
  • BLASQUEZ A., (1999), Le Bel exil, Grasset.
  • DEL CASTILLO M., (1964), Les Louves de l’Escurial, Laffont.
  • DEL CASTILLO M., (1994), Rue des Archives, Gallimard.
  • DEL CASTILLO M., (1998), De père français, Fayard.
  • DEL CASTILLO M., (1995), Tanguy, Gallimard, nouvelle édition revue et corrigée (1957, R. Julliard).
  • DEL CASTILLO M., (1996), Le Sortilège espagnol. Les officiants de la mort, Fayard, (1977 Julliard).
  • DEL CASTILLO M., (1997), La Tunique d’infamie, Fayard.
  • DEL CASTILLO M., (2001), Les Étoiles froides, Stock.
  • DEL CASTILLO M., (2003), Les Portes du sang, Seuil.
  • Entretiens avec M. del Castillo : - (1997), « Michel del Castillo. La littérature comme salut », propos recueillis par Danièle Brisson, in Le Magazine Littéraire, nº 355, juin 1997,98-102. - (2002), « La escritura no tiene ninguna intención terapéutica », in El País Vasco, 1 marzo 2002.
  • DE ZAYAS R., (1992), Les Morisques et le racisme d’État, La Différence.
  • DE ZAYAS R., (1996), La Brigue et le talion, L’Esprit des Péninsules.
  • FRANC-KOCHMANN R., (2001), « Langue, identité, altérité…». La Langue de l’autre ou la double identité de l’écriture, Université de Tours, p. 179-215.
  • GOMEZ-ARCOS A., (1975), L’Agneau carnivore, Stock.
  • GOMEZ-ARCOS A., (1978). Scène de chasse (furtive). Stock.
  • GOMEZ-ARCOS A., (1984). Un oiseau brûlé vif. Seuil.
  • GOMEZ-ARCOS A., (1992). « Censura, exilio y bilingüismo : un largo camino hacia la libertad de expresión », ponencia inaugural. Escritores españoles exiliados en Francia. Agustín Gómez Arcos, actas del coloquio celebrado en Almería, noviembre de 1990. Diputación de Almería. p. 159-162.
  • HUSTON N., (2001), « Nord perdu suivi de Douze France ». La Langue de l’autre ou la double identité de l’écriture, Université de Tours, p. 5-18.
  • RAMIREZ GOMEZ C., (1999) « Notas para una biblioteca de traductores andaluces de impresos franceses », Relaciones culturales entre España, Francia y otros países de lengua francesa, Universidad de Cádiz : Servicio de Publicaciones, 1999, vol. I, 435-446.
  • SEMPRUN J., (1981), L’Algarabie, Fayard.
  • SEMPRUN J., (1993), Federico Sanchez vous salue bien, Grasset.
Carmen Molina Romero
Université de Grenade Departamento de Filologia Francesa Facultad de Filosofia y Letras Campus de Cartuja E – 18071 Granada Espagne
Cette publication est la plus récente de l'auteur sur Cairn.info.
Pour citer cet article
Distribution électronique Cairn.info pour L’Esprit du temps © L’Esprit du temps. Tous droits réservés pour tous pays. Il est interdit, sauf accord préalable et écrit de l’éditeur, de reproduire (notamment par photocopie) partiellement ou totalement le présent article, de le stocker dans une banque de données ou de le communiquer au public sous quelque forme et de quelque manière que ce soit.
keyboard_arrow_up
Chargement
Chargement en cours.
Veuillez patienter...