CAIRN.INFO : Matières à réflexion

1Cet article propose une évaluation du bien-être dans les régions françaises. Sur la base d’une réflexion préalable à propos du bien-être, nous construisons un Indice de Bien-Être dans les Régions françaises (IBER). L’IBER, conçu dans une approche de développement durable, est calculé en 2005 pour les 22 régions de France métropolitaine, et comparé à d’autres indices régionaux existants.

2Nous ne considérons pas le Produit Intérieur Brut (PIB) moyen par habitant comme un indicateur de bien-être. Si l’on se basait sur le PIB, on affirmerait que l’Ile-de-France est la région phare du bien-être en France, le PIB par habitant de l’Ile-de-France (42 689 euros en 2005) étant à peu près le double de celui du Languedoc-Roussillon (21 582 euros en 2005). Il est pourtant difficile d’affirmer que l’on vit deux fois mieux en Ile-de-France qu’en Languedoc-Roussillon. Nous préférons recourir à un indice composite mesurant les diverses dimensions du bien-être.

3L’approche adoptée est celle du développement durable, telle qu’elle est présentée dans le Rapport Brundtland (Commission Mondiale sur l’Environnement et le Développement – CMED, 1988). À la suite de ce Rapport, la Conférence de Rio et l’Agenda 21 ont affirmé la nécessité d’élaborer des indicateurs de développement durable. Selon l’Agenda 21 (Programme des Nations Unies pour l’Environnement – PNUE, 1992, paragraphe 40.4), « Les indicateurs courants tels que le produit national brut (PNB) et la mesure des divers courants de ressources ou de pollution ne permettent pas d’évaluer la durabilité des systèmes (..). Il faut donc élaborer des indicateurs du développement durable afin qu’ils constituent une base utile pour la prise de décision à tous les niveaux (…) ». L’Agenda 21 ne détaille pas les catégories souhaitables d’indicateurs de développement durable. Un très grand nombre d’indicateurs se réfèrent aujourd’hui à cette notion, avec une grande diversité d’approches (Bovar, Nirascou, 2010 ; Lazzeri, 2006 ; Le Kama, Lagarenne, Le Lourd, 2004 ; Nourry, 2008).
Selon P-M. Boulanger (2004), ces indicateurs de développement durable peuvent être regroupés en 4 grandes catégories, qui mettent tantôt l’accent sur le « développement » et tantôt sur le « durable » :

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  1. les indicateurs sectoriels, élaborés à partir d’études séparées sur l’économique, le social, et l’environnemental, donnent lieu à des tableaux de bord (INSEE, 2007). Les diverses variables ne sont pas agrégées en un indice composite. Cette approche n’aborde guère la question du « développement » ;
  2. les indicateurs en termes de ressources, insistent plus sur le « durable » que sur le « développement » ; il s’agit d’indicateurs comme l’empreinte écologique et l’ESI (Environmental Sustainability Index (ESI, 2010), Universités de Columbia et de Yale) ; l’épargne véritable (Banque Mondiale, 2000) peut être également classée dans cette catégorie ;
  3. les indicateurs de bien-être se centrent au contraire sur le « développement » ; le développement est alors conçu comme l’accroissement du bien-être du plus grand nombre. Ces indicateurs tiennent mal compte du caractère durable des ressources naturelles, même s’ils sont susceptibles d’évaluer un bien-être environnemental. L’IDH (Indice de Développement Humain du Programme des Nations Unies pour le Développement – PNUD)), l’ISH (Index of Social Health de M. et M. L. Miringoff, 1999), l’IEWB (Index of Economic Well-Being de L. Osberg et A. Sharpe, 2002a ; 2005) entrent dans cette catégorie.
  4. dans une dernière approche, des indices dynamiques et normatifs peuvent être construits, comme l’a fait la Suède dans le cadre de sa stratégie nationale de développement durable (Nyman, 2003). La préoccupation n’est pas de rendre compte du degré de durabilité d’une société à un moment donné, mais de mesurer si, au cours d’une assez longue période, un mouvement vers une société plus durable est en train de s’effectuer [1]. Ce type d’études exige des données sur une longue période non disponibles au niveau régional en France. De plus, ces indices très normatifs sont en général élaborés par le pouvoir politique qui a autorité pour fixer de telles normes.
En tant qu’indice de bien-être, l’IBER se situe dans la troisième catégorie précédente. Il concerne spécifiquement les régions. Sa construction repose sur trois hypothèses, qui seront progressivement justifiées : la première est qu’il est raisonnable et possible d’établir, à un niveau agrégé, une mesure du bien-être. La mesure du bien-être rompt avec une certaine tradition économique, développée notamment au 20e siècle par L. Robbins (1947), et selon laquelle l’impossibilité d’effectuer des comparaisons interpersonnelles d’utilité empêchait toute mesure agrégée du bien-être. Il est souhaitable de renouer avec la tradition éthique d’Aristote dans l’Ethique à Nicomaque (1994), tradition qui voit dans l’économie un moyen pour parvenir à la « bonne vie ». Dans la Théorie des sentiments moraux, A. Smith (1999) discute longuement de la « sympathie », qui permet aux individus de partager les opinions des autres. Le « spectateur impartial » de Smith, instance régulatrice des passions (Boyer, 2009), facilite l’établissement d’un jugement social consensuel. A. Sen (1993) déplore une présentation d’A. Smith selon laquelle ce dernier mettrait uniquement en avant les intérêts égoïstes des personnes. Comme il le souligne, le bien-être comporte plusieurs dimensions qui permettent aux individus de se réaliser. Certaines de ces dimensions ne sont pas monétaires. Cette multi-dimensionnalité conduit à construire un indice composite de bien-être, plutôt que de se référer au PIB par habitant. La mesure du bien-être exige de plus de recourir à une norme pour l’évaluer. Nous recourons à cet effet à des normes qui ont fait l’objet d’une large reconnaissance internationale, Déclaration universelle des droits de l’Homme et Principes du développement durable (CMED, 1988).

5La deuxième hypothèse affirme, dans une approche de développement durable, que le contexte environnemental et la qualité des liens des hommes avec la nature constituent un élément important du bien-être (PNUD, 2010). Ceci nous a conduit à ajouter aux deux dimensions reconnues du bien-être que sont l’économique et le social, une troisième, qui est environnementale.
La troisième hypothèse est que le niveau de la région est pertinent pour évaluer des différences de bien-être à l’intérieur d’un pays. Même s’il est possible de discuter du degré d’autonomie des régions dans un pays centralisé comme la France, ces régions ont acquis un certain pouvoir d’intervention ; leurs caractéristiques diffèrent à divers niveaux, démographie, pouvoir d’achat, éducation, rapport à l’espace.
Dans la partie suivante, après avoir légitimé le recours à un indice composite pour mesurer le bien-être, nous expliquons les hypothèses retenues pour le construire et indiquons les sources statistiques utilisées. Dans une troisième partie, nous exposons les résultats obtenus et effectuons des comparaisons avec d’autres indices.

Comment evaluer le bien-etre dans les regions françaises ?

6Nous montrons que le PIB n’est pas un indicateur de bien-être, puis nous revenons sur cette notion de bien-être, enfin nous expliquons les règles de construction de l’IBER.

7Pour nous le « bien-être » a un sens équivalent à la « bonne vie » d’Aristote (1994), sens repris par des auteurs comme A. Sen (2009) ou M. Nussbaum. M. Nussbaum (1993, p. 265) adhère à la conception aristotélicienne selon laquelle il faut « permettre à chaque membre de la communauté de disposer des conditions de base nécessaire pour choisir et vivre une vie humaine complètement bonne (fully good human life), en respectant chacune des fonctions humaines principales contenues dans cette vie complètement bonne ». La « bonne vie » exige un certain nombre de conditions matérielles, sur la base desquelles les personnes vont pouvoir se réaliser. On peut aussi considérer, à la suite de J. Stiglitz, A. Sen, J.-P. Fitoussi (2009a, p. 99), que « bien-être » et « qualité de vie » sont équivalents.

PIB et mesure du bien-être

8La relation entre PIB et bien-être est aujourd’hui assez largement contestée (Gadrey, Jany-Catrice, 2007 ; Osberg, Sharpe, 2002a ; Perret, 2002 ; Sen, 2009 ; Viveret, 2003), mais de diverses manières. La distinction entre valeur d’usage et valeur d’échange permet d’une première manière (qui est classique) de dissocier très largement bien-être d’un côté, et production et revenu de l’autre. Lorsque A. Smith (1995 [1776], t. 1, p. 31) affirme que « les choses qui ont la plus grande valeur d’usage ont souvent peu ou pas de valeur d’échange », lorsqu’il considère que l’eau, très utile n’a presque pas de valeur d’échange, tandis que le diamant qui n’a presque aucune valeur d’usage a une forte valeur d’échange, il rejette en même temps la possibilité d’évaluer le bien-être à partir de l’agrégation des valeurs des biens vendus sur des marchés.

9Le tournant néoclassique aboutit à la fusion de la valeur d’échange et de la valeur d’usage en une valeur-utilité. Des économistes commencent à affirmer (Vanoli, 2002, chap. 7), à la suite d’A. Marshall (1890) et d’A. Pigou (1920), que, le prix étant l’utilité marginale des biens vendus sur les marchés, le revenu national est susceptible de représenter le bien-être social. S. Kutznets (1954) prolonge à sa manière le courant qui fait du PIB une mesure du bien-être (Vanoli, 2002, p. 353). Toutefois les spécialistes de la comptabilité nationale n’ont en général pas admis la mesure du bien-être par le PIB. Une deuxième manière de critiquer la relation entre le PIB et le bien-être, consiste donc à dire que le PIB par habitant s’écarte du bien-être pour de nombreuses raisons empiriques. J. Stiglitz, A. Sen, J.-P. Fitoussi (2009a, p. 185) affirment ainsi que « le PIB mesure essentiellement la production marchande, même s’il est souvent traité comme s’il s’agissait d’une mesure du bien-être économique ». Pour eux, le PIB est théoriquement un indicateur des changements intervenant dans le bien-être, sur des marchés concurrentiels et sans externalités. Mais les marchés (et les prix) ne sont pas toujours concurrentiels et les externalités existent. Le PIB ne tient pas compte de la dégradation ou de l’épuisement des ressources naturelles (et peut même être stimulé par des catastrophes écologiques, comme l’échouage d’un pétrolier), tandis qu’au contraire il prend en compte des dépenses « défensives » (les dépenses d’armement et les salaires des gardiens de prison) dont la relation avec le bien-être est contestable. Le PIB tient compte de façon parfois discutable des services publics d’éducation et de santé, sans apprécier leur productivité, ce qui conduit à sous-estimer (ou surestimer) ainsi leur apport au bien-être [2]. Le PIB ne tient pas compte des inégalités, ne valorise pas les services domestiques et le bénévolat, ne tient pas compte de l’importance du temps de loisir [3]. Tous ces éléments sont très importants pour le bien-être.

10Tant d’éléments concrets font s’écarter si fortement le PIB du bien-être que nous préférons, comme le font l’IDH, l’IEWB et l’ISH, mesurer le bien-être à l’aide d’un autre indicateur. Nous nous situons donc dans le courant des « indicateurs sociaux », qui mesure le bien-être à l’aide d’un ensemble d’indices économiques, sociaux, démographiques, environnementaux. Cette approche a été initiée par les Nations-Unies (1976), sous l’influence notamment de R. Stone (Vanoli, 2002, p. 369) et elle a pris de l’importance à partir de 1990 et de la publication de l’IDH (Perret, 2002).

Le renouveau des études sur le bien-être et ses approches possibles

11Sur la base de travaux précurseurs concernant la théorie du choix social, de Borda et Condorcet à K. Arrow (1963) et à son théorème d’impossibilité, un doute a longtemps pesé sur la possibilité d’évaluer le bien-être social. Dans la période récente, différents auteurs, dont J. Rawls (1987) et A. Sen, ont au contraire justifié des évaluations sociales du bien-être. En particulier, dans sa conférence Nobel, intitulée « La possibilité du choix social », A. Sen (1999) donne des arguments permettant de dépasser le cadre du théorème d’impossibilité, qu’il trouve trop strict. Ce cadre recourt trop à l’hypothèse de l’impossibilité des comparaisons interpersonnelles d’utilité, calque trop les théories du choix social sur des théories des votes (ce qui empêche de réfléchir sur les problèmes de répartition et d’inégalités). Avec des hypothèses moins restrictives, A. Sen montre qu’il est possible de desserrer les contraintes du théorème d’impossibilité. A. Sen renonce partiellement au postulat individualiste et admet la possibilité d’effectuer des comparaisons interpersonnelles d’utilité. Comme le montre B. Perret (2002), par rapport à l’approche procédurale de K. Arrow, A. Sen revient à une approche plus substantive du bien-être, ce qui le conduit à être plus normatif quant au bien-être et à la consommation. A. Sen met en cause l’idée d’un bien-être purement individuel et se situant au seul niveau de la satisfaction des désirs. Il affirme qu’une société qui permet à ses citoyens de développer leurs qualités et leur humanité, de devenir plus habile, plus artiste ou plus sage est meilleure qu’une société qui se préoccupe seulement de satisfaire les désirs, renouant ainsi avec la tradition aristotélicienne (C. Cobb, 2000). La démarche d’A. Sen a favorisé la réintroduction d’hypothèses plus normatives dans les études sur le bien-être. Selon J. Stiglitz, A. Sen, J.-P. Fitoussi (2009b, p. 146), on peut ranger les nombreuses théories du bien-être en trois courants principaux : le premier privilégie la dimension subjective du bien-être, le second souligne la nécessité d’allocations équitables, enfin le troisième insiste sur les capacités.

12Le premier courant, considérant que les personnes elles-mêmes sont les mieux à même de juger leur propre situation, propose d’évaluer le bien-être social en agrégeant les sentiments subjectifs des individus (Kahneman, Krueger, 2006). Les études de ce type peuvent apporter leur contribution, par exemple lorsqu’elles montrent que le chômage est perçu subjectivement comme désastreux par une large partie de la population. Mais elles souffrent de l’absence de référence des évaluations subjectives des personnes à des caractéristiques objectives (Stiglitz, Sen, Fitoussi, 2009b, p.157).

13Le deuxième courant, celui des allocations équitables, insiste sur la nécessité de mesurer monétairement les aspects non marchands de la vie (Boadway, Bruce, 1984) et s’appuie pour cela sur la notion de « consentement à payer » des individus. Dans cette méthode, dite parfois aussi d’« évaluation contingente », on interroge des individus sur la valeur monétaire qu’ils accordent à un bien non marchand sur un marché fictif (« contingent »). Cette méthode donne dans l’évaluation globale un poids plus important aux riches (qui peuvent payer plus) qu’aux démunis (Stiglitz, Sen, Fitoussi, 2009b, p. 165). Dans la mesure où elle ne respecte pas le principe de l’égalité des personnes, cette méthode ne relève pas d’une logique de développement durable. Par ailleurs cette méthode conduit en pratique à faire de nombreuses hypothèses complémentaires difficiles à justifier pour évaluer le consentement à payer [4].

14Le troisième courant est celui des capacités d’A. Sen. Dans l’approche des capacités, la vie d’une personne est considérée comme une combinaison de divers « fonctionnements », choses qu’elle parvient à réaliser (lire, écrire, être en bonne santé, avoir un toit). La « capacité » d’une personne reflète les combinaisons alternatives de « fonctionnements » que cette personne peut réaliser et parmi lesquelles elle choisit. Les choix et normes de chacun(e) interviennent dans le bien-être social. Beaucoup de recherches empiriques, comme celle de l’IDH, se situent dans la logique des capacités et conçoivent le bien-être comme un processus visant à élargir les opportunités de chaque personne.

15Nous nous référons assez largement à la théorie des capacités. Nous mettons l’accent sur un certain nombre d’éléments importants de la vie de chaque personne. Nous reprenons aussi l’idée de J. Stiglitz, A. Sen et J.-P. Fitoussi (2009b, p. 169) que, si la détermination des éléments de la qualité de la vie dépend de jugements de valeur sur l’importance respective des ces divers éléments, en pratique il existe des thèmes, communs à toutes sortes de milieux, comme la santé, l’éducation, le logement, le lien social, la sécurité, qui sont reconnus de façon large comme des éléments essentiels de la qualité de la vie. Notre référence au développement durable nous permet de nous appuyer sur les jugements de valeur qu’il met en avant (CMED, 1988) : par exemple la nécessité de réduire les inégalités, ou le danger d’une dégradation de l’environnement pour les conditions de vie des populations.
Il est en pratique difficile d’évaluer comment les personnes tirent parti des opportunités qui leur sont offertes. Par exemple, l’espérance de vie en bonne santé rend bien compte de la manière dont les populations tirent parti des opportunités offertes ; mais, la statistique n’étant pas disponible, il a fallu choisir une série sans doute moins intéressante en termes de capacité, qui est l’espérance de vie à la naissance. Nous mesurons par conséquent plus des « fonctionnements » que des « capacités ». La référence à Sen n’est pas exclusive et peut ainsi être complétée par d’autres références, notamment à J. Rawls (1982, 1987) et à ses « biens premiers », à M. Nussbaum (2000) et à ses 10 « capacités humaines centrales (Central Human Capabilities) » ou aux « besoins essentiels » du Rapport Brundtland (CMED, 1988, pp. 64-65). Ces auteurs s’accordent sur le fait que certaines dimensions de la vie (avoir du travail, être éduqué, se soigner) sont plus importantes que d’autres (disposer d’une voiture puissante ou de jeux électroniques performants). Selon J. Stiglitz, A. Sen, J.-P. Fitoussi (2009b, chap. 2), la qualité de la vie comporte 8 éléments : éducation, santé, activités personnelles (travail, emploi, conditions de logement), liens sociaux, conditions environnementales, insécurité, inégalités, représentation politique. Beaucoup d’études convergent à propos des facteurs essentiels du bien-être.

Le bien-être au niveau régional

16L’analyse du bien-être au niveau régional introduit des difficultés nouvelles par rapport au niveau national, qui concernent la pertinence du niveau régional pour évaluer le bien-être, la mobilité régionale et la disponibilité des données statistiques.

17Le bien-être peut-il être mesuré au niveau régional ? Certains éléments de l’action publique sont les mêmes dans toute la France (par exemple les prestations de la sécurité sociale), et ne dépendent pas de l’échelle régionale. Les collectivités locales dépensent une part plus faible du PIB que l’État central et que la Sécurité sociale. Nombre de grandes entreprises françaises sont implantées dans plusieurs régions ; on ne peut les situer dans une région unique, même si leur siège social se trouve dans une région déterminée. Le bien-être comporte une dimension nationale qui ne doit pas être sous-estimée en France. Toutefois il a également une dimension régionale. Si, en principe, l’accès aux soins est le même partout en France, en pratique la densité médicale est différente selon les régions. Les caractéristiques économiques des régions restent diverses en termes de R&D, de salaires, d’emploi ou de chômage. Les autorités publiques locales ne peuvent pas tout, mais disposent de possibilités d’action. Une région peut ainsi faciliter la garde des enfants en bas âge, ou l’accès aux bibliothèques.

18Par ailleurs, les personnes qui naissent dans une région peuvent migrer vers d’autres. Il est possible d’être domicilié dans une région et de travailler dans une autre (Davezies, 2008). Cette mobilité interrégionale s’est accrue en France depuis les années 1990 (Baccaïni, 2007) [5]. Cependant son existence ne disqualifie pas le principe d’une comparaison entre les régions, car elle ne concerne qu’une faible partie de la population : 6,2 % de la population seulement a été concerné entre 1999 et 2004. Des structures régionales stables persistent de période en période. La mobilité existe aussi entre les nations, ce qui n’a jamais empêché de mesurer des caractéristiques nationales. Les indicateurs de bien-être d’une région peuvent néanmoins être influencés par ses caractéristiques migratoires.
Enfin, les données statistiques concernant le bien-être sont en général moins nombreuses et détaillées au niveau régional qu’au niveau national.

Les indices et l’IBER

19La construction d’indices s’effectue en suivant différentes étapes (Lazarsfeld, 1958) : la définition du modèle conceptuel, l’identification des dimensions qui le constituent, la décomposition des différentes dimensions en variables, la fixation de mesures pour les variables sélectionnées (et l’abandon de certaines variables lorsque la mesure n’existe pas ou pose problème), enfin l’agrégation des différentes variables retenues. Lorsque les différentes variables ne sont pas exprimées dans la même unité (par exemple la monnaie), il faut préalablement procéder à une normalisation.

20La notion d’indice composite est ancienne (Cobb, Craig, 1998). Son utilisation n’est pas contestée dans certains domaines : par exemple de nombreux indices composites mesurent l’attractivité des pays. Mais lorsqu’un indice composite aborde des thèmes comme le bien-être ou le développement, les critiques sont plus nombreuses. J. Baneth (1998) affirme par exemple à propos de l’IDH qu’il est prétentieux et ridicule de vouloir résumer en un seul chiffre le développement humain. Le recours à des indices composites se justifie pourtant par deux raisons : l’impossibilité de tout mesurer dans une unité unique (les dimensions de la vie sociale ne sont pas réductibles les unes aux autres et ne peuvent s’exprimer dans une unité unique), ou le refus de tout monétiser (ce qu’on fait en mesurant le bien-être à partir d’un PIB corrigé). Les indices composites de bien-être sont souvent critiqués, soit pour le caractère réducteur de leur construction, soit pour le caractère discutable de la construction. En ce qui concerne ce dernier point, la normativité dans le choix des variables et le système de pondération reliant les variables sont régulièrement mis en cause.

21Selon J. Rawls et A. Sen, il est impossible d’éviter toute normativité dans l’évaluation du bien-être. Toutes les évaluations empiriques du bien-être comportent une dimension normative. A. Vanoli (2002, p. 357) décrit les éléments normatifs que S. Kutznets introduit pour dériver le bien-être du PIB. L’indice MEW (Measure of Economic Welfare) de W. Nordhaus et J. Tobin (1972) contient aussi des éléments normatifs. L. Osberg et A. Sharpe (2002b) admettent la nécessité d’une normativité minimale et appuient l’IEWB sur la Déclaration universelle des Droits de l’Homme, notamment son article 25 [6]. La référence à des normes et à des variables admises généralement et reprises dans de nombreuses évaluations nous ont paru permettre d’éviter un recours excessif à des normes. Nous nous référons aussi bien à la Déclaration universelle des Droits de l’Homme qu’aux Principes du développement durable.

22La justification du système de pondération utilisé est délicate (Perret, 2002). On peut considérer que toutes les décisions collectives nécessitent de recourir à des arbitrages. La fixation de pondérations exigerait de même des arbitrages pour lesquels on peut faire appel à des jurys-citoyens ou à des forums hybrides (Callon, Lascoumes, Barthe, 2001). Mais ces instances ne sont pas exemptes de défauts. Le PNUD (2010, pour l’IDH) ainsi que L. Osberg et A. Sharpe (2002a, pour l’IEWB) reconnaissent cette difficulté de la pondération, et font en pratique intervenir à égalité les diverses dimensions qu’ils distinguent dans leur indice. Nous avons également pondéré à égalité les 3 dimensions du bien-être que nous distinguons, bien-être économique, social et environnemental, conformément à une logique de développement durable, et en considérant que toute autre pondération aurait été moins bonne [7].

23L’introduction d’une dimension environnementale se justifie par le fait que la qualité de l’environnement (qualité de l’eau, de l’air et absence de bruit) et l’accès aisé à la nature, constituent des éléments du bien-être, comme le reconnaissent J. Stiglitz, A. Sen, J.-P. Fitoussi (2009a et b) et comme le notait déjà le PNUD dans son Rapport de 1990, en soulignant « l’importance d’un environnement sûr, de l’eau propre, des aliments sains et de l’air non pollué » (PNUD, 2010, p. 22). Le mode de calcul de l’indice (consistant à faire la moyenne arithmétique des trois dimensions) n’exclut pas des substitutions entre ces dimensions. Mais d’une part ces substitutions existent dans la réalité (certaines régions remédient à des insuffisances économiques par des interventions sociales), d’autre part leur prise en compte serait importante surtout dans le cas d’une étude de longue période (où certaines dimensions se substitueraient à d’autres) que nous ne menons pas.

24Dans le choix des variables et des séries, il a été donné la plus grande importance aux biens et aux consommations essentiels ainsi qu’à la sécurité dans ses diverses dimensions.

25La dimension économique du bien-être est prise en compte par 7 variables, auxquelles correspondent autant de séries statistiques (voir le tableau 1). Le pouvoir d’achat est apprécié au travers du Revenu Disponible Brut (RDB) par habitant plutôt que par le PIB par habitant (comme le préconisent J. Stiglitz, A. Sen, J.-P. Fitoussi, 2009a, p. 169) ainsi que le PNUD (à partir de l’IDH 2010 [8]). La dynamique de l’innovation économique (nombre de chercheurs pour 1000 habitants) ainsi que celle de l’emploi (taux de création d’emplois) sont complétées par l’analyse de divers manques, les inégalités de revenus (rapport D9/D1 [9] des revenus fiscaux), la pauvreté monétaire (taux de RMIstes), l’exclusion vis-à-vis du travail (taux de chômage [10]). La sécurité économique est évaluée par le taux de propriété du domicile principal.

26La dimension sociale du bien-être comporte des aspects très variés, ce qui a conduit à recourir à plus de variables que pour la dimension économique, 10 au total. L’état de santé (espérance de vie à la naissance) est complété par l’offre de santé (nombre de médecins). Le taux de suicide est un indicateur de difficultés d’intégration sociale et d’anomie. L’éducation est appréciée à partir du taux de diplômés, variable complétée par le taux de garde des enfants de moins de 3 ans (qui renseigne aussi sur l’égalité hommes-femmes vis-à-vis de l’emploi). La culture est évaluée par les prêts de livres en bibliothèque, le dynamisme du lien social (mis en avant par R. Putnam, 1995) par le taux de création d’associations. La sécurité des biens et des personnes est également prise en compte ainsi que l’insécurité routière. L’importance des services publics est évaluée à partir des dépenses publiques régionales par habitant.

27La dimension environnementale du bien-être se révèle particulièrement difficile à évaluer, compte tenu de l’absence de certaines données. Les 5 variables retenues concernent la biodiversité, le cadre de vie environnemental et la sécurité environnementale. La protection de la biodiversité est évaluée par la part de l’espace classé Natura 2000, la qualité du cadre de vie environnemental est liée à la part artificialisée de l’espace (qui joue ici négativement). Les risques de l’environnement sont évalués par le nombre d’installations Seveso 2, la qualité de l’air et de l’eau par des séries concernant la pollution de ces deux éléments (voir tableau 1). Nous avons souhaité tenir compte du bruit, première nuisance ressentie par les ménages urbains (Martin-Houssart, Rizk, 2002), mais il n’existe pas encore de données régionales sur ce thème.

28La dimension économique comporte 7 variables, la dimension sociale 10, la dimension environnementale 5 : au total 22 variables sont prises en compte. L’IBER aurait pu être calculé en agrégeant directement ces 22 variables. Nous avons préféré introduire une étape intermédiaire, en calculant une dimension économique, une dimension sociale et une dimension environnementale, puis en calculant l’IBER comme moyenne simple de ces 3 dimensions [11]. Ceci permet, dans une logique de développement durable, de mettre à égalité les 3 dimensions du bien-être, malgré le plus petit nombre de données sur l’environnement et le plus grand nombre de données nécessaires pour appréhender la complexité du social.
Pour normaliser les variables avant de les agréger, nous avons affecté la valeur 0 à l’observation la plus basse et 1 à l’observation la plus élevée. Toutes les valeurs intermédiaires sont calculées, pour chaque région i et pour chaque variable X, par Yi = (Xi - Min X) / (Max X - Min X). Ce type de normalisation n’est pas sans défaut [12] et conduit uniquement à des classements relatifs. Il aurait été par ailleurs possible de fixer des bornes maximales et minimales, mais cette possibilité nous a semblé introduire trop d’éléments normatifs difficiles à justifier.
L’IBER est calculé en 3 étapes. Dans une première étape, les 22 séries régionales sont normalisées en autant d’indices intermédiaires compris entre 0 et 1. Dans une deuxième étape, une moyenne arithmétique fournit la dimension économique D-E (moyenne des 7 indices économiques), la dimension sociale D-S (moyenne de 10 indices) et la dimension environnementale D-ENV (moyenne de 5 indicateurs). Dans une troisième étape, l’IBER est calculé comme la moyenne arithmétique [13] de D-E, D-S et D-ENV.
Les données et les résultats concernent les 22 régions de France métropolitaine [14], pour l’année 2005. Un grand nombre de données n’étaient pas disponibles pour les régions d’outre-mer, qui n’ont donc pas pu être incluses dans l’analyse. La concordance dans notre étude entre le nombre de variables, 22, et le nombre de régions, 22, résulte donc d’une disponibilité insuffisante des données pour l’outre-mer et n’a pas d’autre signification statistique.

Tableau 1

Les 3 dimensions et 22 variables de l’IBER

Tableau 1
Variables Séries statistiques Sources Dimension économique (7 séries) Pouvoir d’achat RDB moyen des ménages par habitant INSEE Dynamisme de l’innovation Chercheurs pour 1 000 habitants Min. Recherche Dynamisme de l’emploi Taux de création d’emplois (lissé sur 3 ans) INSEE Exclusion du travail Taux de chômage régional INSEE Inégalités de revenus Rapport D9/D1 de la distribution des revenus INSEE Pauvreté monétaire Allocataires du RMI pour 1 000 habitants Min. Travail Sécurité économique Taux de propriété du domicile principal INSEE Dimension sociale (10 séries) État de santé Espérance de vie à la naissance INSEE Offre de santé Nombre de médecins pour 100 000 habitants FNORS Exclusion sociale Nombre de suicides pour 100 000 habitants Min. Travail Éducation Taux de diplômés (proportion de bacheliers et plus dans la population de 15 ans et plus) INSEE Garde des enfants et égalité hommes-femmes Taux régional de garde (hors du foyer) des enfants de moins de 3 ans INSEE Culture Nombre annuel de prêts de livres par les bibliothèques pour 1 000 habitants Min. Culture Dynamisme du lien social Nombre de créations d’associations pour 1 000 habitants CNVA Sécurité physique et matérielle Nombre de crimes et délits constatés contre les personnes et les biens pour 100 000 habitants INSEE Insécurité routière Nombre d’accidents corporels de la circulation pour 100 000 habitants INSEE Services publics Dépenses publiques régionales par habitant Min. Intérieur Dimension environnementale (5 séries) Protection de la biodiversité Part de l’espace classé Natura 2000 IFEN Qualité du cadre environnemental Part artificialisée de l’espace IFEN Risque environnemental Nombre d’installations classées Seveso 2 à haut risque IFEN Qualité de l’air Pollution de l’air par l’ozone : nombre de jours moyens par capteur et par an où le seuil dangereux pour la santé humaine est dépassé IFEN Qualité de l’eau Proportion de très bonne ou bonne qualité des eaux douces de surface pour 4 polluants, matières organiques, azote, phosphate, nitrate IFEN Note : FNORS : Fédération Nationale des Observatoires de Santé ; CNVA : Conseil National de la Vie Associative ; IFEN : Institut Français de l’Environnement.

Les 3 dimensions et 22 variables de l’IBER

Comparaisons avec d’autres indices

29L’IBER reprend certains aspects de la logique générale de l’IDH, mais introduit un plus grand nombre de variables, ainsi qu’une dimension environnementale qui n’existe pas dans l’IDH. Nous avons repris de l’IEWB (dont l’une des 4 dimensions est la sécurité économique) l’idée que la sécurité est très importante. Mais selon nous, cette sécurité n’est pas seulement économique, mais aussi sociale et environnementale. L’ISH, s’il est un indice de bien-être, insiste plus sur la santé sociale que sur l’économie, et il ignore l’environnement. Le Réseau d’alerte sur les inégalités (2008) a construit un Baromètre sur les Inégalités et la Pauvreté (BIP 40) qui s’attache essentiellement à ces deux éléments.

Tableau 2

Quelques études avec des indices de bien-être ou de développement durable

Tableau 2
Auteurs Régions Concept de l’étude J. Gadrey et Alii (2006) Pas-de-Calais, Wallonie Étude sur le bien-être, avec notamment le calcul d’un IDH (1981-2005) dans deux régions A. Boutaud (2008) Centre, Ile-de-France, Grand Lyon Synthèse d’études sur le bien-être dans 3 régions, basées sur l’IDH-2 (dérivé de l’IDH, avec des variables et des normalisations différentes) Conseil Général d’Ile-de-France (2007) Ile-de-France Étude sur le bien-être pour la région et ses départements, avec divers indices, IDH (1995-2003), IDH-2, IPF INSEE (2007) Midi-Pyrénées Tableau de bord dressant un état des lieux du développement durable, avec 46 indicateurs, 5 axes et 10 modules, sur l’économique, le social et l’environnemental (1990-2007). Il n’y a pas de synthèse dans un indice composite. J.-C. Lardic, Y. Lazzeri (2008) 35 villes françaises Etude sur le bien-être, avec la comparaison de Marseille à 34 autres villes ainsi que le calcul d’un IDH et de certaines composantes du BIP 40 L. Osberg, A. Sharpe (2008) Nouvelle-Écosse Étude sur le bien-être dans une province canadienne aboutissant au calcul d’un Indice de Sécurité Économique (1981-2007) F. Jany-Catrice, R. Zotti (2009) Toutes les régions françaises Etude sur le bien-être, plus précisément sur la santé sociale. Un Indicateur de Santé Sociale, dérivé de M. et M. L. Miringoff est calculé pour 2004. Il comporte 14 variables et 8 dimensions.

Quelques études avec des indices de bien-être ou de développement durable

30Parmi les études territoriales se référant à des indices de bien-être ou de développement durable, les optiques sont variées, comme le montre le tableau 2. Beaucoup d’études ne concernent qu’une ou deux régions, ou explorent les composantes géographiques d’une région. Certaines études s’intéressent plus à l’environnement qu’au bien-être (INSEE, 2007). L’indicateur de Santé Sociale de F. Jany-Catrice et R. Zotti (2009), dérivé de l’ISH (et appelé ici ISS 2004) a une démarche voisine de la nôtre, et effectue des comparaisons pour toutes les régions de France métropolitaine. Les variables sont toutefois souvent différentes des nôtres et ne prennent pas en compte l’environnement, conformément à une optique de santé sociale.

Les principaux résultats

31Quelques constatations sont effectuées à propos des 22 variables de base. Les variables sont ensuite analysées sur le plan statistique. Les résultats concernant les trois dimensions du bien-être, D-E, D-S, D-ENV sont décrits ainsi que les résultats concernant l’IBER, qui sont comparés à trois autres indices régionaux.

Quelques constatations à propos des variables

32Le tableau 3 indique, pour les 22 variables, la moyenne des régions ainsi que les 2 régions les mieux et les plus mal placées. Quelques remarques peuvent être faites à propos des données. La création d’emplois s’avère forte dans des régions comme PACA et Languedoc-Roussillon qui ont en même temps un taux de chômage et un taux de RMI élevés : ici les migrations jouent un rôle important. Certaines régions, comme la Bretagne et les Pays de Loire offrent un modèle différent, avec un taux de création d’emplois et un taux de chômage plus faibles. Les régions urbaines et à population jeune ont un taux de suicide bien plus faible que d’autres régions dont la population est plus âgée et fortement rurale. La densité médicale est particulièrement forte en Ile-de-France et dans les régions méditerranéennes. Le taux de crimes et délits est particulièrement élevé dans les régions méditerranéennes et en Ile-de-France, de même que le taux d’accidents, ces deux taux étant plus faibles dans les régions rurales. Certaines régions (PACA et Languedoc-Roussillon) sont bien classées pour une variable environnementale (Natura 2000) et mal classées pour une autre (pollution de l’air).

L’étude statistique des 22 variables

33Une étude statistique des 22 variables a été effectuée. Elle concerne trois points. Il a d’abord été calculé le coefficient de corrélation de chaque variable avec les 21 autres, afin d’éviter les problèmes de trop fortes colinéarités. Il s’est avéré que les 22 variables contribuent toutes aux résultats et que les corrélations restent faibles. Les variables utilisées contribuent aux résultats des 3 dimensions du bien-être (D-E, D-S et D-ENV) à hauteur de leur corrélation avec ces indicateurs. Par exemple, si le taux de chômage est fortement corrélé avec le bien-être économique D-E, il contribue fortement aux résultats de cet indicateur. Une étude systématique des corrélations des différentes variables a été menée avec D-E, D-S et D-ENV, en considérant que la corrélation était forte lorsque la valeur absolue du coefficient de corrélation était supérieure à 0,8, moyenne lorsqu’elle était comprise entre 0,4 et 0,8, faible en dessous de 0,4.

34Le calcul pour les 22 variables du rapport de leur écart-type à leur moyenne a enfin permis de préciser leur degré d’hétérogénéité entre les régions. Parmi les 7 variables de la dimension économique du bien-être D-E, le taux de chômage et le taux de RMIstes contribuent le plus fortement, suivis par la distribution des revenus. Le RDB par habitant et la propriété du domicile contribuent moyennement, le nombre de chercheurs et la création d’emplois faiblement. Les variables économiques les plus hétérogènes entre les régions sont, dans l’ordre, le taux de RMIstes, la distribution du revenu et la création d’emplois. Les plus faibles disparités entre régions sont observées pour la propriété du domicile et le RDB.

35Parmi les 10 variables de la dimension sociale D-S, le taux de diplômés, le nombre de médecins puis la garde des enfants contribuent fortement, l’espérance de vie, le taux de suicide, la création d’associations et les atteintes aux biens contribuent moyennement, les prêts en bibliothèques, dépenses publiques et accidents de la route faiblement. Les variables sociales les plus hétérogènes entre les régions sont les accidents de la route, le taux de garde des enfants, le nombre de médecins, l’atteinte aux biens et la création d’associations. Les plus faibles disparités entre régions sont observées pour les prêts en bibliothèque et l’espérance de vie.

36Enfin, pour les 5 variables de la dimension environnementale D-ENV, la part des espaces artificialisés et les installations Seveso contribuent fortement, la qualité de l’eau moyennement, la part de l’espace Natura 2000 et la pollution de l’air par l’ozone faiblement. Au sein des variables environnementales, les plus hétérogènes entre les régions sont les espaces artificialisés, les espaces Natura 2000, les installations Seveso et la pollution de l’air. La plus faible disparité entre régions est observée pour la qualité de l’eau.

Tableau 3

Les régions les mieux et les plus mal placées pour les 22 variable

Tableau 3
Indice (et moyenne) Première et seconde régions Dernière et avant-dernière régions RDB par habitant (18 144 euros) Ile-de-France, Rhône-Alpes Nord-Pas-de-Calais, Languedoc-Roussillon Taux de chercheurs (5,6) Ile-de-France, Midi-Pyrénées Corse, Nord-Pas-de-Calais Création d’emplois (0,3 %) Corse, Languedoc-Roussillon Champagne-Ardenne, Picardie Taux de chômage (8,9 %) Limousin, Bretagne Languedoc-Roussillon, Nord-Pas-de-Calais Rapport D9/D1 (5,5) Bretagne, Pays de la Loire Corse, Ile-de-France Nombre de RMIstes pour 1000 ha. (18,6) Bretagne, Pays de la Loire Languedoc-Roussillon, Nord-Pas-de-Calais Taux de propriété du domicile (57,0 %) Bretagne, Poitou-Charentes Ile-de-France, PACA Espérance de vie (80,4 années) Ile-de-France, Rhône-Alpes Nord-Pas-de-Calais, Picardie Taux de Médecins (340) Ile-de-France, PACA Picardie, Centre Taux de Suicides (17,4) Ile-de-France, Corse Bretagne, Limousin Taux de diplômés (37,5 %) Ile-de-France, Midi-Pyrénées Basse-Normandie, Champagne-Ardenne Garde des enfants (11,3 %) Ile-de-France, Alsace Nord-Pas-de-Calais, Picardie Prêt livres (4,3) Rhône-Alpes, Bretagne Corse, PACA Associations (1,13) Corse, Languedoc-Roussillon Picardie, Haute-Normandie Délits (6 209) Limousin, Auvergne PACA, Ile-de-France Accidents (1 395) Nord-Pas-de-Calais, Bretagne Corse, PACA Dépenses publiques par hab. (1 134 euros) Corse, Limousin Bretagne, Pays de la Loire Part de l’espace Natura 2000 (11,2 %) Languedoc-Roussillon, PACA Nord-Pas-de-Calais, Haute-Normandie Part artificialisée de l’espace (11,6 %) Champagne-Ardenne, Bourgogne Ile-de-France, Nord-Pas-de-Calais Installat. Seveso 2 (37,6) Limousin, Corse Rhône-Alpes, PACA Pollution de l’air (19,0) Bretagne, Basse-Normandie PACA, Languedoc-Roussillon Eau de bonne qualité (65,3 %) Corse, Franche-Comté Nord-Pas-de-Calais, Pays de la Loire Note : Les intitulés plus détaillés des variables et unités utilisées figurent dans le Tableau 1.

Les régions les mieux et les plus mal placées pour les 22 variable

Les dimensions économique, sociale et environnementale du bien-être

37Les valeurs de D-E, D-S et D-ENV sont données dans le tableau 4 et reproduites sur les cartes du graphique 1.

Tableau 4

L’IBER 2005 et ses 3 dimensions, D-E, D-S, D-ENV

Tableau 4
Région IBER D-E D-S D-ENV 1 Midi-Pyrénées 0,629 8 0,600 3 0,616 8 0,672 2 Limousin 0,604 4 0,616 13 0,436 2 0,760 3 Franche-Comté 0,596 9 0,591 9 0,461 4 0,738 4 Auvergne 0,584 5 0,614 17 0,416 5 0,724 5 Bretagne 0,573 1 0,700 10 0,448 14 0,571 6 Bourgogne 0,567 7 0,604 11 0,437 10 0,658 7 Centre 0,563 6 0,613 16 0,420 11 0,656 8 Alsace 0,552 10 0,579 6 0,534 17 0,543 9 Ile-de-France 0,545 14 0,505 1 0,758 21 0,373 10 Poitou-Charentes 0,545 11 0,551 15 0,424 9 0,661 11 Rhône-Alpes 0,545 3 0,622 2 0,617 20 0,396 12 Pays de la Loire 0,540 2 0,653 8 0,467 18 0,501 13 Aquitaine 0,537 13 0,526 7 0,523 16 0,561 14 Corse 0,532 19 0,367 12 0,436 1 0,794 15 Basse-Normandie 0,526 12 0,530 19 0,374 7 0,673 16 Languedoc-Roussillon 0,519 21 0,268 4 0,585 6 0,705 17 Champagne-Ardenne 0,517 18 0,404 18 0,396 3 0,750 18 Lorraine 0,495 15 0,461 14 0,432 13 0,591 19 Provence-Alpes-Côte d’Azur (PACA) 0,491 20 0,353 5 0,557 15 0,562 20 Picardie 0,457 16 0,455 22 0,322 12 0,594 21 Haute-Normandie 0,419 17 0,438 20 0,369 19 0,451 22 Nord-Pas-de-Calais 0,293 22 0,182 21 0,351 22 0,346 Moyenne 0,521 0,510 0,520 0,530 Note : Pour D-E, D-S et D-ENV, la première colonne donne le rang de classement de la région et la deuxième colonne la valeur de l’indicateur.

L’IBER 2005 et ses 3 dimensions, D-E, D-S, D-ENV

38Pour la dimension économique du bien-être, la Bretagne est la région la mieux classée, suivie par les Pays de Loire, Rhône-Alpes, le Limousin et l’Auvergne (tableau 4). Le Nord-Pas-de-Calais est la région la plus mal classée, suivie du Languedoc-Roussillon, de PACA et de la Corse. La Bretagne est donc mieux classée que l’Ile-de-France (14e). Ceci peut étonner par rapport au classement habituel du PIB par habitant, mais s’explique par les variables utilisées : le RDB par habitant est nettement supérieur en Ile-de-France à celui de la Bretagne, tout comme le taux de chercheurs ; mais la Bretagne a une distribution des revenus beaucoup plus égalitaire que l’Ile-de-France, un taux de RMIstes et un taux de chômage plus faible, un taux de création d’emplois un peu plus élevé ; elle est en première position pour la propriété du domicile principal alors que l’Ile-de-France est dernière selon ce critère.

39Pour la dimension sociale du bien-être, l’Ile-de-France est la région la mieux classée, suivie par Rhône-Alpes, Midi-Pyrénées et le Languedoc-Roussillon. La Picardie est la région la moins bien classée, suivie du Nord-Pas-de-Calais, de la Haute-Normandie et de la Basse-Normandie. Le contraste est net entre le Nord et le Sud (graphique 1) : les 6 régions les plus au Nord de la France (en excluant l’Ile-de-France et l’Alsace) se trouvent dans des situations difficiles (essentiellement en liaison avec l’espérance de vie, le taux de garde des enfants, le taux de diplômés et le taux de médecins), et les 6 régions les plus au Sud apparaissent au contraire en situation favorable.
L’économique et le social ne convergent pas nécessairement. Par exemple la Bretagne est en tête pour la dimension économique du bien-être. Mais cette région est moyennement classée pour la dimension sociale (10e), avec un taux de garde des enfants, un taux de médecins et une espérance de vie inférieurs à la moyenne des régions, ainsi qu’un taux de suicide plus élevé que partout ailleurs. Le Limousin et l’Auvergne sont également moins bien classés en ce qui concerne la dimension sociale et la dimension économique. Le contraire est observé pour des régions comme PACA, le Languedoc-Roussillon et l’Ile-de-France.

Graphique 1

Les trois dimensions du bien-être

Graphique 1

Les trois dimensions du bien-être

40Il a été calculé en plus une dimension économico-sociale du bien-être, D-ES, moyenne arithmétique de D-E et D-S, d’abord pour permettre une comparaison avec un autre indice régional (l’ISS 2004), ensuite pour voir dans quelle mesure l’introduction de l’environnemental modifiait les résultats. Cet indicateur de bien-être économico-social place en tête l’Ile-de-France (0,631), Rhône-Alpes (0,619) et Midi-Pyrénées (0,608) et situe en fin de classement le Nord-Pas-de-Calais (0,252) et la Picardie (0,388).

41Pour la dimension environnementale du bien-être, figurent en tête la Corse, puis le Limousin, Champagne-Ardenne et la Franche-Comté, tandis que le Nord-Pas-de-Calais, l’Ile-de-France et Rhône-Alpes sont les plus mal classés. La dimension environnementale favorise les régions disposant de beaucoup d’espace.
La dimension économique ou la dimension sociale peuvent diverger largement de la dimension environnementale du bien-être. L’Ile-de-France est ainsi première pour la dimension sociale (en tête au plan national pour l’espérance de vie, les gardes d’enfants, le taux de diplômés, le nombre de médecins et la faiblesse du taux de suicide), elle reste également première pour la dimension économico-sociale, mais occupe l’avant-dernière position pour la dimension environnementale (à cause d’une faible proportion de l’espace classé Natura 2000 et d’une très forte artificialisation de l’espace).

L’IBER et sa comparaison avec d’autres indices régionaux

42La région Midi-Pyrénées figure en tête de l’IBER (tableau 4 et graphique 2), suivie du Limousin, de la Franche-Comté, de l’Auvergne et la Bretagne. Le Nord-Pas-de-Calais se trouve en fin de classement, suivi, de loin, par la Haute-Normandie, la Picardie, puis PACA et la Lorraine.

43Les premières régions sont des régions bien classées sur le plan environnemental et correctement placées sur le plan économique et social. Les dernières régions sont souvent des régions du Nord et de l’Est, qui ont dû faire face à la crise industrielle. Elles sont en général mal classées sur un plan environnemental. La région PACA s’adjoint aux régions mal classées par l’IBER. L’Ile-de-France se situe dans une situation intermédiaire, comme le Poitou-Charentes et Rhône-Alpes.

44La région Midi-Pyrénées est classée 3e pour la dimension sociale, 8e pour la dimension économique et pour la dimension environnementale. La région est bien classée pour le taux de chercheurs, le taux de diplômés, le taux de médecins, l’espérance de vie, la propreté de l’eau, la pollution de l’air et la part d’espaces artificialisés. Elle n’a de faiblesse nulle part : ceci explique sa première place.

Graphique 2

L’IBER en 2005

Graphique 2

L’IBER en 2005

Le Nord-Pas-de-Calais est la région la plus mal classée dans notre indice de bien-être, dernière pour les dimensions économique et environnementale, avant-dernière pour la dimension sociale. Les résultats de cette région sont véritablement préoccupants, les diverses dimensions cumulant leurs effets négatifs.

45La situation de l’Ile-de-France apparaît très contrastée. Elle est première pour la dimension sociale, 14e pour la dimension économique et 21e pour la dimension environnementale du bien-être. Cette région possède des points très forts et très faibles, qui se compensent, et elle occupe finalement une position intermédiaire favorable dans l’IBER (9e). Ses points forts concernent moins la dimension économique (malgré un taux de chercheurs très élevé) que la dimension sociale (espérance de vie, taux de garde des enfants, contexte médical et culturel). L’Ile-de-France est d’abord une région qui a ses propres structures, on peut y naître et y mourir, comme en Limousin, mais elle est en plus une région de passage pour une population jeune qui vient y faire des études ou travailler (ce qui influe sur ses résultats, faible taux de suicide, nécessité de moyens importants de garde des enfants), et une région capitale, sans équivalent pour l’activité scientifique, la médecine ou la culture. Il est en pratique difficile de séparer ces divers rôles, ou plus exactement des études complémentaires seraient nécessaires. Parallèlement, l’Ile-de-France a des caractéristiques environnementales très médiocres.

Comparaison de l’IBER avec d’autres indices régionaux

46Les résultats de l’IBER 2005 sont comparés à ceux de trois autres indices régionaux : ceux du PIB par habitant de 2005, ceux de l’ISS 2004 (Jany-Catrice, Zotti, 2009), enfin ceux de l’IDH 2005. L’IDH 2005 a été préalablement calculé selon la méthode du PNUD pour les 22 régions françaises. Il fait apparaître de faibles différences entre les régions. Première du classement, l’Île-de-France a un IDH de 0,985 et la seconde, Rhône-Alpes, un IDH de 0,956. L’avant-dernière région du classement IDH est la Picardie (0,926), et la dernière le Nord-Pas-de-Calais (0,921). La moyenne de l’IDH pour l’ensemble des régions françaises est 0,952. Le tableau 5 donne dans ses 4 premières colonnes le classement selon les 4 indices et permet de comparer les classements.

47La cinquième colonne du tableau indique les écarts de classement entre l’IBER et le PIB par habitant. Par exemple l’Alsace est classée 4e selon le PIB par habitant et 8e selon l’IBER : le passage à ce second classement conduit à une perte de 4 rangs pour l’Alsace ; cette région fait donc moins bien en termes de bien-être qu’en termes de PIB par habitant. Les différences apparaissent globalement importantes entre les deux classements, avec une moyenne des valeurs absolues des différences de rang de 6,6. Certains écarts sont particulièrement élevés, comme pour le Limousin (+14), l’Auvergne (+10), la Franche-Comté (+10). Ces régions sont mieux classées en termes de bien-être que ce que laisserait supposer leur PIB par habitant. Certains reculs de classement sont également importants, comme celui de PACA (-16), de la Haute-Normandie (-13) et de Champagne-Ardenne (-12), régions faisant moins bien en termes de bien-être que de PIB par habitant.

48La sixième colonne du tableau 4 permet de comparer le classement IBER et le classement IDH. Le classement IBER diffère largement du classement IDH (qui prend en compte un nombre réduit de variables).

Tableau 5

Comparaison des classements de l’IBER 2005, du PIB par habitant 2005, de l’ISS 2004 et de l’IDH 2005

Tableau 5
Rang IBER 2005 Rang PIB /hab. 2005 Rang IDH 2005 Rang ISS 2004 Rang PIB/hab. Rang IBER Rang IDH - Rang IBER Rang ISS - Rang D-ES Alsace 8 4 7 5 -4 -1 0 Aquitaine 13 9 6 10 -4 -7 1 Auvergne 4 14 18 3 10 14 -9 Basse-Normandie 15 17 17 11 2 2 -4 Bourgogne 6 12 13 12 6 7 -2 Bretagne 5 11 9 2 6 4 -2 Centre 7 10 8 13 3 1 -5 Champagne-Ardenne 17 5 14 16 -12 -3 -5 Corse 14 19 20 14 5 6 -1 Franche-Comté 3 13 11 8 10 8 -3 Haute-Normandie 21 8 15 18 -13 -6 -4 Ile-de-France 9 1 1 17 -8 -8 16 Languedoc-Roussillon 16 22 16 20 6 0 5 Limousin 2 16 12 1 14 10 -6 Lorraine 18 18 19 15 0 1 0 Midi-Pyrénées 1 7 3 7 6 2 6 Nord-Pas-de-Calais 22 21 22 22 -1 0 -1 Pays de la Loire 12 6 5 4 -6 -7 -1 Picardie 20 20 21 21 0 1 -2 Poitou-Charentes 10 15 10 9 5 0 -2 PACA 19 3 4 19 -16 -15 6 Rhône-Alpes 11 2 2 6 -9 -9 5 Moyenne des valeurs absolues des différences de rang 6,6 5,1 3,7

Comparaison des classements de l’IBER 2005, du PIB par habitant 2005, de l’ISS 2004 et de l’IDH 2005

Dans la mesure où l’ISS 2004 ne comporte pas de dimension environnementale, nous avons préféré le comparer à la dimension économico-sociale de l’IBER (D-ES) plutôt qu’à l’IBER lui-même (septième colonne du tableau 4). Les écarts sont nettement plus faibles qu’avec le PIB par habitant, avec une moyenne des valeurs absolues des différences de rang de 3,7. Les différences restent toutefois non négligeables entre les 2 classements, et proviennent du choix des variables sociales. Ainsi l’Ile-de-France est classée 1ère selon notre indice économico-social, alors qu’elle est classée 17e dans l’ISS 2004. Nous avons retenu des variables sociales différentes de l’ISS, telles que la densité médicale, le taux de garde des enfants, le taux de suicide, qui contribuent au très bon classement de l’Ile-de-France sur le plan social.
Le calcul de la corrélation entre les rangs pour les 4 indices permet de mieux caractériser les proximités. Le coefficient de corrélation de rangs entre l’IBER et le PIB par habitant est seulement de 0,217, indiquant l’absence de relation entre les deux classements. Entre l’IDDR et l’IDH, la corrélation est de 0,44, indiquant une proximité médiocre. Notre indice économico-social D-ES s’avère plus proche de l’ISS 2004 (coefficient de corrélation de 0,67).

Conclusion

49Cet article visait à justifier et à tester la construction d’un indice de bien-être dans les régions françaises ainsi qu’à montrer comment cet indice permet d’appréhender différemment le bien-être dans les régions. Il apparaît possible de construire des indices de bien-être, à la condition de s’appuyer sur des normes fournies par la société elle-même et largement reconnues (Déclaration des droits de l’homme, Principes du Développement durable). Il est également possible de tenir compte de la dimension environnementale du bien-être. La construction d’indices régionaux se justifie par les différences non négligeables entre les données de base pour presque toutes les 22 variables examinées.

50L’élaboration d’un indice régional conduit à quelques difficultés supplémentaires par rapport à l’élaboration d’un indice national. Des données se sont avérées indisponibles. C’est en matière environnementale que les données sont les moins fournies, mais la situation pourra s’améliorer à mesure que des statistiques nouvelles seront publiées.

51L’IBER insiste, à la différence du PIB par habitant, sur les caractéristiques multidimensionnelles du bien-être, et la nécessité de recourir à un nombre important de séries pour mesurer la qualité de la vie. Le recours à un indice composite pour l’évaluation du bien-être permet de renouer avec une tradition (classique) qui s’intéresse à la valeur d’usage. Il permet en même temps de dépasser une autre tradition économique qui ne prend en compte que des valeurs d’échange, ou plus exactement de l’intégrer, puisque des variables importantes de la comptabilité nationale (comme le RDB) font partie de l’IBER. L’économique, le social et l’environnemental ne sont pas eux-mêmes unidimensionnels : une région peut par exemple enregistrer de très bons résultats pour certains indicateurs sociaux et de très mauvais pour d’autres, comme c’est le cas pour l’Ile-de-France. Les évaluations sont moins unilatérales et il est possible de mieux appréhender les dimensions parfois contradictoires du bien-être dans les régions.

52Un certain nombre de résultats peuvent être dégagés de l’indicateur construit. Trois régions du Nord et de l’Est sont en difficulté, le Nord-Pas-de-Calais, la Haute-Normandie et la Picardie. Le Nord-Pas-de-Calais connaît une situation extrêmement délicate, loin des autres en termes de bien-être. Les régions Midi-Pyrénées, Limousin et Franche-Comté se révèlent très bien placées en matière de bien-être, suivant les 3 dimensions retenues. L’Ile-de-France se situe dans une situation intermédiaire plutôt favorable, avec des résultats très contrastés selon les domaines.

53Mis à part quelques régions en difficulté, l’IBER fait apparaître des disparités régionales de bien-être plutôt faibles. Toutefois les points de comparaison manquent, et il serait intéressant d’élargir l’étude à un certain nombre de pays et de régions européennes, de manière à comprendre si cette faible disparité est particulière à la France et à son degré élevé de centralisation.

54La démarche entreprise mériterait d’être approfondie sur de nombreux points. On peut envisager d’adopter une démarche participative pour le choix de la structure du modèle et des variables, de manière à éviter de simples débats d’experts, même si cette démarche participative a aussi ses limites (Callon, Lascoumes, Barthe, 2001). Dans la voie choisie d’un indice composite, il est possible de discuter de certaines variables choisies, de la façon de les normaliser ou de les agréger. Il est nécessaire de progresser dans la compréhension des interactions entre les variables sélectionnées. Mais l’indice paraît assez robuste par rapport à ces choix. Les comparaisons peuvent être étendues dans l’espace géographique européen, ou bien être poursuivies (avec le même indice ou un indice proche) au niveau intra-régional des départements et des cantons. Les comparaisons peuvent également être étendues dans le temps, de manière à suivre la trajectoire et la dynamique des régions, mais les séries environnementales ne sont pas encore assez anciennes pour réaliser ce type d’études.

55L’outil développé a une vocation exploratoire. Il fournit une photographie, à un moment donné et sous un certain angle, de diverses régions. L’IBER, même s’il est calculé en longue période, ne peut mesurer que les positions relatives des régions les unes par rapport aux autres et non les progrès absolus. Par ailleurs les causes historiques qui sont derrière les phénomènes ne sont pas analysées, même si certaines relations peuvent plus facilement être repérées (par exemple l’ancienneté de l’industrialisation pour expliquer les problèmes de certaines régions). Les phénomènes de domination entre régions qui pourraient expliquer les difficultés de certaines régions ne sont pas non plus analysés.
Les indices régionaux, dont fait partie l’IBER, ne mesurent donc pas tout. Par ailleurs ils ne font pas l’objet d’un consensus général. Par le débat et la critique, ces indices peuvent néanmoins s’améliorer et faire ensuite l’objet d’un consensus plus large, comme cela s’est passé pour l’IDH. Ces indices pourraient devenir des instruments opérationnels pour des collectivités territoriales soucieuses de comprendre leurs insuffisances en matière de bien-être et de développement durable, soucieuses de s’appuyer sur de nouveaux outils pour se projeter dans l’avenir. Ces indices sont des outils de promotion du bien-être et du développement durable, comme le préconise l’Agenda 21.

Notes

  • [1]
    En pratique, la Suède (Nyman, 2003) a abouti à 30 indicateurs, regroupés en 4 thèmes. Il s’agit de suivre en longue période les évolutions vers plus d’efficacité, plus d’égalité-participation, plus d’adaptabilité, plus de valeurs et de ressources pour les générations futures, et, dans le cadre d’un projet de société, de voir si les divers indicateurs progressent au cours du temps.
  • [2]
    Pour J. Stiglitz, A. Sen et J.-P. Fitoussi (2009a, p. 167), les services publics peuvent apporter plus au bien-être que ce qu’ils ont coûté, pour peu qu’ils soient efficaces et que leur productivité progresse plus vite que celle de l’ensemble de l’économie. Leur contribution au bien-être est alors sous-estimée. Mais si les services publics sont inefficaces et que leur productivité ne progresse pas, leur apport au bien-être peut être surestimé.
  • [3]
    L’IEWB tient par exemple compte du temps de loisir. Les opinions sont toutefois loin d’être unanimes sur la nécessité de monétiser le temps de loisir ; de plus il n’existe pas de statistiques régionales à ce propos.
  • [4]
    M. Fleurbaey et G. Gaulier (2006) donnent une application de cette méthode pour mesurer le niveau de vie. Cette application exige le recours à beaucoup d’hypothèses, dont certaines sont normatives.
  • [5]
    Entre 1999 et 2004, 3,8 millions de personnes ont changé de région en France et 40 % de ces migrations ont impliqué l’Île de France. Le Sud et l’Ouest attirent notamment des populations venues de l’Ile-de-France, du Nord et de l’Est. L’Ile-de-France affiche, tous âges confondus, un flux migratoire négatif non négligeable ; toutefois elle connaît un solde migratoire positif pour les jeunes entre 20 et 29 ans et constitue pour une partie de sa population une région de passage.
  • [6]
    Selon cet article, « Toute personne a droit à un niveau de vie suffisant pour assurer sa santé, son bien-être et ceux de sa famille, notamment pour l’alimentation, l’habillement, le logement, les soins médicaux ainsi que pour les services sociaux nécessaires ; elle a droit à la sécurité en cas de chômage, de maladie, d’invalidité, de veuvage, de vieillesse ou dans les autres cas de perte de ses moyens de subsistance par suite de circonstances indépendantes de sa volonté ».
  • [7]
    Il aurait par exemple été possible d’attribuer 40 % à l’économique et au social et 20 % à l’environnemental, compte tenu du caractère plus nouveau de l’environnemental. Mais, en l’absence d’études plus détaillées sur les divers constituants du bien-être, cette dernière pondération n’est pas justifiable, et il vaut mieux pondérer à égalité les diverses dimensions.
  • [8]
    À partir de l’IDH 2010, le PNUD, 2010, p. 17, ne se sert plus du PIB par habitant mais du Revenu National Brut (RNB, qui est légèrement différent du RDB) pour évaluer le pouvoir d’achat). Le PIB régional par habitant a aussi l’inconvénient de creuser artificiellement l’écart entre l’Ile-de-France et les autres régions, parce que les profits de nombreuses sociétés sont rattachés à leur siège social en Ile-de-France.
  • [9]
    D9 représente le neuvième décile de la distribution des revenus fiscaux, D1 le premier décile, et le rapport D9/D1 donne une bonne indication sur les inégalités de revenus entre les plus aisés (D9) et les moins aisés (D1). Plus ce rapport D9/D1 est faible, plus la répartition des revenus est égalitaire.
  • [10]
    La répartition primaire du revenu et les difficultés d’emploi relèvent pour nous de la dimension économique et non de la dimension sociale, conformément à la logique du rapport Brundtland (1987) qui insiste sur la nécessité de prendre en compte les inégalités.
  • [11]
    Toutefois nous avons étudié dans une variante l’effet d’un changement de pondération, dans lequel on fait directement la moyenne arithmétique des valeurs des 22 indices tirés des 22 variables, et nous avons comparé le classement obtenu au classement de l’IBER. Il apparaît que les deux classements sont dans l’ensemble assez proches, avec une valeur absolue des différences de rangs de 2,1. Toutefois certaines régions sont favorisées par cette variante qui sous-pondère l’environnemental et surpondère le social. Pour 4 régions, le classement reste inchangé dans la variante, pour 11 régions l’écart de classement est de 1 ou de 2, pour 8 régions il est de 2 ou 3 rangs, pour 1 région de 4 rangs. Les écarts sont importants pour l’Ile-de-France, qui gagne 7 rangs dans le classement de la variante (du fait que cette variante minore l’importance de l’environnemental et majore l’importance du social), et Rhône-Alpes (qui gagne 8 rangs).
  • [12]
    Supposons qu’en 1995 l’espérance de vie régionale la plus basse (celle de la région X) soit de 70 ans et l’espérance de vie régionale la plus haute de 80 ans, les autres régions ayant des valeurs comprises entre 79 et 80 ans. La région X obtient la valeur 0, la région où l’espérance de vie est de 80 ans la valeur 1. Si quelques années plus tard la région X a gagné 5 ans et toutes les autres régions ont gagné 3 ans, la région X obtient toujours la valeur 0 malgré son évolution plus favorable.
  • [13]
    Une alternative aurait consisté à calculer des moyennes géométriques, comme le fait le PNUD pour l’IDH à partir de 2010. Cette moyenne géométrique présente un intérêt surtout pour le suivi en longue période d’un indice.
  • [14]
    Les 22 séries ne sont pas reproduites ici. Elles sont disponibles, sur demande auprès des auteurs, ainsi que les calculs effectués. Quelques corrections ont dû être apportées aux données de base. Les données sur les associations (loi de 1901) de l’Alsace et de la Lorraine (à cause du département de la Moselle) se sont avérées non comparables avec celles des autres régions, le droit applicable n’étant pas le même ; il a été attribué à ces deux régions la moyenne des autres régions. En l’absence de données sur la pollution par l’ozone en Corse, la moyenne des autres régions lui a également été attribuée. Les données sur l’espace régional Natura 2000 concernent 2006, la série n’existant pas auparavant, celles sur les installations Seveso 2 sont de 2003.
Français

Résumé

Nous proposons une évaluation du bien-être dans les régions françaises. Pour mesurer ce bien-être, nous recourons à un indice composite plutôt qu’au PIB par habitant. L’Indice de Bien-être dans les Régions françaises (IBER), conçu dans une approche de développement durable, comporte 3 dimensions (économique, sociale et environnementale) et 22 variables. Calculé pour les régions de France métropolitaine, il montre le caractère multidimensionnel du bien-être et apporte un éclairage différent de celui du PIB par habitant.
Codes JEL : I31, Q01, R10

Mots-clés

  • bien-être
  • développement durable
  • indice
  • régions françaises
  • évaluation

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CRIEF (EA 2249), Université de Poitiers
Pierre Le Masne
CRIEF (EA 2249), Université de Poitiers
Réseau de Recherche sur l’Innovation
Sophie Nivoix
CEREGE (EA 1722), Université de Poitiers
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Mis en ligne sur Cairn.info le 15/02/2011
https://doi.org/10.3917/inno.034.0093
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