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1« La question écologique, avec celle de la révolution sociétale, est au centre des préoccupations théoriques et pratiques du mouvement anarchiste », affirme une note parue dans Le Monde libertaire en janvier 2011 [1]. De fait, les liens qui unissent le militantisme anarchiste à la cause écologiste [2] semblent aujourd’hui si évidents que la participation d’activistes libertaires à des opérations comme les fauchages de champs expérimentaux d’OGM, les manifestations contre l’exploitation du gaz de schiste ou, récemment, l’occupation du site dédié à la construction de l’aéroport de Notre-Dame des Landes n’est un sujet d’étonnement pour personne. Du point de vue de ces militants, la dénonciation des atteintes faites à l’environnement et à la qualité de vie s’insère d’ailleurs aisément dans la rhétorique de contestation de l’ordre capitaliste et étatiste. Bien que plus controversés au sein même de la nébuleuse libertaire, le mouvement antispéciste et sa revendication de la « libération animale » [3] montrent également que la relation de l’homme à la nature peut être envisagée, au même titre que les questions politiques, économiques ou sociales, à partir du principe du refus radical de toute forme de domination.

2Dans un article récent, Philippe Buton souligne pourtant que dans les années 1970, au moment où se forgeait une écologie politique et que des liens commençaient à être tissés avec l’extrême gauche, les organisations anarchistes ne se sont montrées que tardivement et faiblement sensibles à ces préoccupations [4]. Un rapide regard sur la place accordée à la sauvegarde de l’environnement et à ses enjeux politiques dans les colonnes du Monde libertaire suggère même le caractère très récent de cet intérêt : de 1974 à 1999, la revue n’a publié que neuf articles portant sur des questions écologiques [5], tandis que 65 l’ont été sur ce thème depuis 2000 [6]. Enfin, il faut souligner la quasi-absence de ces thématiques dans les ouvrages consacrés à l’histoire du mouvement libertaire en France, depuis la somme de Jean Maitron jusqu’à la synthèse récente de Philippe Pelletier, en passant par l’ouvrage de Jean Préposiet [7]. Ainsi, en dépit des efforts déployés par quelques militants pour retrouver parmi les textes de Bakounine, Kropotkine ou Élisée Reclus les preuves d’une affinité ancienne entre anarchisme et préoccupations environnementales [8], on peut légitimement se demander si la rencontre entre le mouvement libertaire français et l’écologisme ne découle pas, de façon plus conjoncturelle, de la place qu’ont prise récemment ces préoccupations dans le débat public.

3L’histoire des relations entre anarchisme et écologisme mérite toutefois d’être appréhendée dans un cadre plus vaste que celui de la naissance de l’écologie politique et du militantisme organisé en faveur de la défense de l’environnement. Il est en effet connu qu’à l’aube du XXe siècle, quelques poignées de militants se sont engagés dans la promotion du naturisme et ont conduit différents projets de retour à la nature. Gaetano Manfredonia s’est le premier intéressé à ce courant. Dans sa thèse consacrée à l’anarchisme individualiste en France avant la Première Guerre mondiale, il a montré comment l’essor du naturisme libertaire s’est inscrit dans le contexte d’une évolution conduisant les individualistes à se détourner de l’action politique stricto sensu pour s’engager sur le terrain de la contestation des pratiques sociales et culturelles dominantes [9]. Dans la continuité de ses travaux, plusieurs recherches ont porté sur ce courant et sur sa pérennité dans l’entre-deux-guerres, notamment à travers les expériences de vie communautaires en milieu rural qu’il a suscitées [10]. L’éventualité de leur dimension écologiste – c’est-à-dire d’un engagement de leurs membres en faveur de la protection ou de la restauration de l’environnement naturel – n’a cependant jamais été réellement envisagée, et ceci pour deux raisons. D’une part, les fondateurs de milieux libres anarchistes n’ont jamais présenté leurs initiatives comme des entreprises visant à retrouver un cadre de vie respectueux de l’environnement. L’implantation rurale répondait plutôt à la recherche d’un espace où se desserrerait l’emprise de l’État et du régime capitaliste, et où la vie en autarcie serait possible. Plus généralement, les problèmes liés à la dégradation du milieu naturel et la question de sa préservation semblent avoir peu préoccupé ces militants qui n’en ont jamais fait un thème majeur de leurs revendications. D’autre part, pour les théoriciens du naturisme libertaire, le terme de « nature » était employé moins pour évoquer le milieu naturel que pour désigner un principe normatif abstrait permettant d’opposer les « lois de la nature » à l’artificialité des coutumes et des lois de la société.

4Il reste néanmoins que le milieu rural fut conçu par les militants anarchistes naturistes comme le lieu le plus propice à la régénération à laquelle ils aspiraient et à un mode de vie préfigurant l’idéal social pour lequel ils luttaient. À ce titre, la dimension écologiste de leurs projets et de leurs réalisations mérite d’être questionnée afin de déterminer s’ils constituent, et dans quelle mesure, l’une des sources de l’écologie politique dans son versant libertaire. En d’autres termes, on peut se demander si les expériences conduites dans l’entre-deux-guerres par ces anarchistes naturistes ont permis ou non de jeter les bases d’un projet d’organisation sociale fondé sur un rapport à l’environnement naturel exempt de toute forme de domination. C’est cette démarche que nous proposons de suivre ici, en accordant une attention particulière au cas de Louis Rimbault et à ses diverses expériences de vie dans des communautés libertaires jusqu’à son décès en 1949.

Anarchisme individualiste et réforme des modes de vie

5Né à Tours en 1877 dans une famille pauvre, Louis Rimbault ne rencontre le milieu libertaire que de façon relativement tardive. En 1908, installé depuis quelques années en région parisienne, il héberge son jeune frère Marceau, alors âgé de 19 ans, qui évolue dans les cercles anarchistes individualistes de la capitale. Louis, déjà trentenaire, fréquente alors cette nébuleuse dont il devient rapidement un militant actif [11].

6La rencontre de Louis Rimbault avec l’univers anarchiste individualiste n’a pas seulement déterminé sa conversion aux idées libertaires. Il est fort probable que ses convictions végétariennes, antialcooliques et antitabagiques ont été forgées au contact de ces militants dont une partie s’était déjà ralliée aux théories naturistes [12]. Au tournant du siècle en effet, le milieu anarchiste individualiste a connu une profonde mutation. La vague d’attentats du début des années 1890 a été suivie d’une répression féroce qui a entraîné la dissolution de la plupart des groupes et cercles d’étude qui structuraient jusqu’alors le militantisme libertaire. Par ailleurs, l’échec de la « propagande par le fait » a démontré la vanité de l’espoir d’une révolution provoquée par un soulèvement spontané des masses. Face à cette situation nouvelle, une grande partie du mouvement anarchiste se tourne vers le syndicalisme, dans lequel il trouve de nouvelles perspectives de lutte sociale et d’action révolutionnaire. Toutefois, l’essor de l’anarcho-syndicalisme laisse à ses marges quelques poignées de militants individualistes animés d’un commun rejet de toute forme d’organisation collective, ainsi que d’un mépris profond pour la classe ouvrière, jugée sans réelle volonté révolutionnaire et complice de son asservissement. Gaetano Manfredonia a montré comment la faillite de leurs espérances révolutionnaires conduit ces individualistes à délaisser le terrain de la lutte politique et sociale pour se replier sur la question de l’émancipation individuelle par la réforme des modes de vie. La perspective d’un bouleversement de l’ordre social ne devient envisageable, à leurs yeux, que dans la mesure où il sera précédé d’un lent travail d’éducation visant à faire émerger un homme nouveau, véritablement affranchi de tout préjugé et de toute aliénation [13]. Durant la décennie qui précède la Grande Guerre, ces militants concentrent alors leurs efforts sur la contestation des normes et des pratiques dominantes, dans des domaines aussi variés que ceux de la propriété, du régime matrimonial et de la sexualité, de l’alimentation ou de l’habillement. Cette contestation fonde sa légitimité sur la dénonciation du caractère irrationnel et artificiel des normes sociales et de la morale héritée du christianisme, et sur la recherche de nouvelles lignes de conduite rationnelles fondées sur les « lois de la nature » [14]. Une sorte de néo-stoïcisme se diffuse ainsi au sein de l’anarchisme individualiste, sous l’influence, notamment, du philosophe libertaire Han Ryner qui, par ses ouvrages et ses conférences, alimente la réflexion théorique de nombreux militants [15].

7La recherche des implications pratiques de cette morale naturelle conduit une partie des individualistes à s’intéresser aux recommandations formulées à la même époque par des médecins naturistes et dont les thèses sont activement relayées par la Société végétarienne de France. Le groupe de militants qui se rassemblent autour de Libertad et de son hebdomadaire L’Anarchie, fondé en 1905, dénonce ainsi l’alcool et le tabac comme des instruments d’aliénation auxquels se plie, de façon grégaire, le monde ouvrier. Il en va de même pour la consommation de viande, que Libertad désigne comme l’aliment qui nourrit les muscles des travailleurs et permet leur asservissement, faisant d’eux « des victimes qui se laissent nourrir du sang d’autres victimes » [16]. Cofondateur de L’Anarchie, Lorulot présente pour sa part l’abstinence d’alcool comme une nécessité pour l’anarchiste, individu conscient qui soumet tous ses actes à la critique et refuse d’imiter « les gestes imbéciles des autres hommes » [17]. De façon plus générale, une partie de la presse anarchiste individualiste participe, dans la décennie qui précède la Grande Guerre, à la promotion d’un hygiénisme élaboré par les médecins végétariens et naturistes, soit en reproduisant des articles rédigés par ces derniers [18], soit en en reprenant les principes et en les associant à un idéal de régénération et d’émancipation individuelles [19]. Si le végétarisme et l’abstinence constituent les commandements principaux de ce code naturiste, celui-ci s’étend également à des préoccupations plus vastes. En matière alimentaire, les condiments, le café et le thé sont considérés comme des substances toxiques et donc proscrites. Des recommandations très précises sont aussi formulées en matière d’exercice physique, d’hygiène corporelle, de vêtement, d’aération et d’insolation du corps. Chez certains auteurs, la respiration, la gestion du sommeil ou la fréquence des rapports sexuels sont même l’objet de prescriptions parfois très détaillées [20]. L’ensemble de ces règles, gages d’une vie conforme aux lois de la nature, n’ont pas pour seule vocation de procurer le bien-être et la santé à celui qui les respecte. Elles constituent, aux yeux de ces anarchistes individualistes, la base d’un projet de transformation sociale. Par elles, en effet, « les individus devenus sains et forts pourront refaire la société qui actuellement se dissout dans ses vices, ses corruptions, sa pourriture » [21]. Ainsi se diffuse, dans une partie du militantisme individualiste, l’idée que les comportements sociaux dominants sont fondamentalement antinaturels et causes d’une dégénération à laquelle il n’est possible d’échapper que par l’adoption d’un mode de vie en harmonie avec les lois de la nature.

Du milieu libre anarchiste à la Cité végétalienne

8Parmi les rencontres que Louis Rimbault a pu faire au sein de la nébuleuse individualiste et naturiste, celle de Georges Butaud et de sa compagne Sophie Zaïkowska s’avère particulièrement déterminante. Actif dans les cercles individualistes depuis la toute fin du XIXe siècle, le couple est rapidement devenu végétarien et abstinent [22]. En 1903, il participe à la fondation de la première colonie libertaire française, le milieu libre de Vaux, dans un village de la commune d’Essômes-sur-Marne, près de Château-Thierry. Butaud s’affirme rapidement comme son principal animateur. Mais après quelques succès initiaux, les colons se trouvent bientôt confrontés à des difficultés matérielles ainsi qu’à de profondes dissensions internes qui conduisent au départ d’une partie d’entre eux. Ces derniers mettent en cause l’autoritarisme de Butaud ainsi que sa prétention à leur imposer un régime végétarien et l’abstinence d’alcool. Dès 1904, les militants parisiens qui soutiennent l’expérience considèrent qu’elle a déjà périclité. La colonie continue néanmoins de vivoter jusqu’à sa liquidation officielle, en janvier 1908 [23].

9Après la dispersion des derniers colons, Georges Butaud et Sophie Zaïkowska se sont installés à Bascon, hameau situé à 800 mètres de Vaux, dans une ancienne dépendance de la colonie. À l’automne 1911, ils entreprennent d’y fonder un nouveau milieu libre dont ils affichent ouvertement cette fois le caractère végétarien et naturiste. Louis Rimbault et sa compagne Clémence les rejoignent et s’installent avec eux à Bascon. Les colons, qui reçoivent des visites régulières mais restent au nombre de quatre pendant toute la durée de l’expérience, approfondissent leur réflexion théorique et pratique sur la réforme des modes de vie, prélude nécessaire, selon eux, à toute transformation sociale. Cette réflexion s’oriente tout d’abord vers la justification de la réduction de la consommation aux besoins les plus élémentaires. Certes, il s’agit de faire contre mauvaise fortune bon cœur et les deux couples installés à Bascon mènent à cette époque une vie extrêmement fruste, qui confine parfois à la survie. Mais cette frugalité n’est pas seulement vécue comme la contrepartie de la vie quasi-autarcique que ces compagnons ont choisi de mener. Selon Butaud, elle est aussi un dénuement volontaire par lequel l’individu rejette les « besoins factices », « supprime de sa vie le luxe, l’inutile, l’excitant », adopte une hygiène de vie rigoureuse et « devient un homme pleinement satisfait de vivre en consommant peu ». Et Butaud de conclure : « Tendre à se perfectionner, à devenir un élément moins dispendieux, c’est améliorer la société tout entière dans toute la mesure que l’effort individuel peut rendre » [24].

10En 1912, la lecture de l’ouvrage Les trois aliments meurtriers, dans lequel le médecin naturiste Paul Carton dénonce la responsabilité de l’alcool, de la viande et du sucre industriel dans la dégénérescence contemporaine, conduit les habitants du milieu libre à franchir un pas supplémentaire dans leur démarche de réduction des besoins. Ils renoncent ainsi à toute nourriture d’origine animale et à tout produit transformé industriellement, et adoptent un régime exclusivement végétal qu’ils qualifient désormais de « végétalien ». Ce passage du végétarisme au végétalisme leur permet d’accroître leur autarcie et de renoncer définitivement à tout travail salarié. Par ailleurs, la lecture des ouvrages de Carton leur apporte la conviction que la réduction des rations alimentaires épargne à leur organisme l’épuisement qu’occasionne une alimentation trop abondante, et que la vitalité des végétaux crus ainsi que le fait de s’exposer régulièrement nu au soleil compensent l’apport énergétique de la viande et des féculents [25].

11L’expérience du milieu libre de Bascon est de courte durée. Au bout de six mois, les difficultés économiques et l’isolement des colons en ont finalement raison. Un article paru dans La Vie anarchiste du 5 mars 1912 annonce sa dissolution [26]. Elle laisse néanmoins une empreinte durable sur Louis Rimbault, qui y a acquis la conviction définitive que la réduction des besoins et le végétalisme sont des conditions indispensables à toute émancipation individuelle ainsi qu’à l’avènement d’une société libertaire. De retour en région parisienne, celui-ci fréquente les milieux illégalistes, ce qui lui vaut d’être impliqué dans l’affaire de la Bande à Bonnot et arrêté. Pendant son incarcération, il simule la folie mais comparaît néanmoins et est finalement acquitté. Réformé en 1913, il est mobilisé en 1915 et affecté en usine comme mécanicien ajusteur, avant d’être déclaré invalide et définitivement réformé [27]. Après la guerre, il renoue ses relations avec Georges Butaud et Sophie Zaïkowska qui tentent alors de lancer un nouvel embryon de colonie végétalienne à Bascon. Il devient à son tour un ardent propagandiste du végétalisme, collabore activement à la revue naturiste libertaire Le Néo-naturien, lancée par Henri Le Fèvre en décembre 1921, et donne des conférences au Foyer végétalien de la rue Mathis que Butaud ouvre en 1922, dans le quartier de la Villette à Paris. C’est également à cette époque que Louis Rimbault met au point la Basconnaise, « salade d’infinie variété ». Cette recette, dont la trentaine d’ingrédients et condiments vise à compenser par la diversification les carences qu’entraîne la suppression des aliments d’origine animale, devient bientôt le plat végétalien de référence [28]. En 1925 cependant, Louis Rimbault rompt avec Butaud et Zaïkowska. Il leur reproche le lancement d’une nouvelle revue, Le Végétalien, dont la concurrence a entraîné le déclin puis la disparition du Néo-naturien, ainsi que la trop grande influence qu’exerce sur eux le spiritualisme ésotérique du docteur Paul Carton [29]. Mais ces querelles de chapelle ne l’empêcheront pas de continuer à reconnaître en Butaud son « maître en végétalisme » [30].

Terre libérée, cité végétalienne… et écologiste ?

12À la fin de l’année 1923, Louis et Clémence Rimbault ont décidé de fonder une nouvelle colonie végétalienne en Touraine, région dont Louis est originaire. Pour cela, ils acquièrent près de Luynes, à 10 km à l’ouest de Tours, une ancienne exploitation agricole composée de dix hectares de terres cultivables ou boisées, d’un corps de ferme et de ses dépendances. Au début de l’année 1924, la « Cité végétalienne Terre libérée » est fondée et commence à accueillir des visiteurs.

13Louis Rimbault, qui semble avoir mûrement pensé son projet, a prévu des modalités d’organisation très précises. Les souscripteurs qui acceptent de soutenir la colonie seront réunis en coopérative et se chargeront de l’administrer financièrement à ses débuts. Les bénéfices produits par divers travaux utilitaires, mais également les pensions versées par les visiteurs et la rémunération des soins prodigués aux malades qui viendront se soigner à Terre libérée, permettront de couvrir à terme les souscriptions. Les colons, quant à eux, réunis chaque semaine dans un « conseil des sociétaires », désigneront à tour de rôle deux administrateurs, l’un chargé des affaires internes, l’autre des relations extérieures. Chaque sociétaire, dont le nombre maximum est fixé à vingt adultes, recevra la jouissance personnelle d’une partie du bâtiment et d’un potager. À terme, il est prévu d’aménager une école, un préventorium, un pavillon pour accueillir des pensionnaires malades, un autre pour les simples visiteurs et un troisième pour les vieillards sans ressources. Enfin, un règlement précise les activités prohibées et les motifs d’exclusion [31].

14Toutefois, les réalisations à Terre libérée sont loin d’être à la hauteur des ambitions de son fondateur. Si la colonie accueille de nombreux visiteurs pour des séjours plus ou moins longs, elle ne compte que cinq colons installés à demeure : Louis et Clémence Rimbault, Gabrielle Lallemand (dite Gaby) et sa fille Solange, et Léonie Pierre, une jeune femme d’une vingtaine d’années atteinte d’un retard mental que les Rimbault ont adoptée en 1915. En 1927, le décès de Clémence réduit encore la population de la « cité végétalienne ». Ces revers n’empêchent pas Louis de déployer une intense propagande en faveur de son programme de régénération. Il donne de nombreuses conférences à Paris et à Tours, publie une dizaine de brochures qu’il édite lui-même dans l’imprimerie de sa colonie et continue d’entretenir des liens étroits avec le milieu libertaire. Il collabore notamment au journal individualiste L’En-dehors et à l’Encyclopédie anarchiste de Sébastien Faure pour laquelle il rédige un article intitulé « Maladie, médecins, médecine, médicastre ».

15Les relations avec le voisinage de la colonie sont plus compliquées. Les habitants de Luynes voient d’un mauvais œil l’arrivée de ces anarchistes et la circulation perpétuelle de visiteurs qu’elle entraîne. Leurs mœurs curieuses et leur prétention à l’autarcie donnent des allures de secte à cette communauté et entraînent la méfiance des villageois [32]. Dans un témoignage rédigé en 1945, Rimbault dénonce pour sa part les manœuvres d’un voisinage hostile au « buveur d’eau » et au « mangeur d’herbe » [33]. De nouveaux revers viennent encore assombrir l’existence que Rimbault mène dans sa colonie. En septembre 1932, il est victime d’un accident qui le rend paraplégique. Gaby et sa fille quittent Terre libérée l’année suivante et Louis vit désormais seul avec Léonie. Il finira par l’épouser, bien qu’elle soit de vingt-cinq ans sa cadette, probablement pour lui permettre d’hériter de Terre libérée après sa mort. Malgré son isolement, la foi végétalienne de Rimbault ne s’amenuise pas et il continue, jusqu’à son décès en 1949, à accueillir des pensionnaires et à entretenir une correspondance nourrie avec plusieurs militants libertaires.

16L’abondante production théorique dans laquelle Louis Rimbault s’attache à justifier et promouvoir le régime végétalien s’appuie principalement sur des arguments de type médical et physiologique [34]. On retrouve ainsi, dans ses brochures, de longs développements sur les méfaits de la viande, de l’alcool et du tabac analogues à ceux que développent, depuis un demi-siècle, les médecins végétariens et naturistes pour promouvoir une réforme sanitaire des modes de vie. En revanche, le milieu naturel, les enjeux de sa préservation et son influence sur la qualité de la vie semblent singulièrement absents de ses écrits. Alors que l’essentiel de son propos vise à démontrer la validité scientifique de son système, Rimbault ne s’aventure jamais explicitement sur le terrain de l’écologie. Ainsi, c’est en vain que l’on y rechercherait la moindre référence, même implicite, aux travaux du fondateur de l’écologie scientifique, Ernst Haeckel, ou d’un quelconque de ses successeurs. De même, il n’évoque jamais le poète américain Henry Thoreau, parfois considéré comme un précurseur de l’écologisme et dont les ouvrages, connus des milieux individualistes dès les années 1920 [35], exaltent la vie dans la nature. Enfin Rimbault ne fait aucune allusion aux débats qui ont entouré, depuis le début du siècle, la création des parcs naturels [36], ni à la loi du 2 mai 1930 sur la protection des sites et des paysages. En d’autres termes, l’action militante de Rimbault se situe exclusivement dans la lignée de l’hygiénisme médical de la fin du XIXe siècle et du début du XXe siècle, et plus spécifiquement de son versant naturiste, mais elle n’entretient aucun lien de filiation ou d’affinité avec les milieux dans lesquels l’écologie scientifique et l’écologisme contemporain puisent leurs sources.

17Toutefois, de manière épisodique mais récurrente, Rimbault aborde dans ses écrits des thèmes qui dénotent de sa part des préoccupations que l’on pourrait qualifier, a posteriori, d’écologistes. Dans son rapport à la nature, tout d’abord, il insiste régulièrement sur la nécessité de rétablir avec elle une harmonie qui, selon lui, a été perdue, notamment par la consommation de viande. « Le carnivorisme », proclame-t-il dans Le Néo-naturien, « c’est la lutte universelle, c’est l’homme retournant à la barbarie, c’est la nature détroussée, c’est l’humanité en esclavage, c’est l’animal rendu pervers » ; tandis que « le végétalisme, c’est la réconciliation avec la nature » [37]. Dans une brochure intitulée Les origines de la vie humaine révélées par la pratique du naturisme intégral, il expose également sa vision – largement fantasmatique – d’une vie primitive « pure, naturelle, libre », dégradée par les méfaits de la civilisation. Cet exemple lui permet d’affirmer que la solution aux affres de la vie contemporaine réside dans le rétablissement des liens qui doivent unir l’être humain au milieu naturel : « Pour l’homme végétalien, déclare-t-il, le problème est simple à résoudre avec quelques milliers de mètres de terre régénérée de la volonté d’harmonie et de la volonté de respect de la vie, ainsi que le végétalisme l’enseigne et le permet » [38].

18Alors que Butaud envisageait principalement la nature comme un ensemble de principes physiologiques permettant de déterminer les règles d’un comportement sain – ce qui l’a conduit à relativiser l’importance du milieu rural et à ouvrir un Foyer végétalien à Paris au début des années 1920 –, Rimbault la conçoit aussi à travers l’acception environnementale du terme. Selon lui, la libération individuelle passe nécessairement par le retour à la terre et le végétalien « devra se faire paysan ». Toutefois, le respect de l’harmonie avec la nature impose de renoncer aux techniques agricoles modernes et aux engrais chimiques, « un attentat à la vie, un crime contre la nature », pour suivre le cycle biologique de la terre et pratiquer l’assolement [39]. Ailleurs, répondant à l’argument – un peu simpliste mais couramment opposé au végétalisme – selon lequel le refus de la souffrance animale devrait, par souci de cohérence, s’appliquer aussi aux végétaux, il défend l’idée d’une agriculture prudente, soucieuse de ne pas surexploiter les ressources du sol : « Le végétalien, cultivant ses végétaux […], ne confectionnera sa basconnaise qu’en la prélevant, au jour le jour, feuille par feuille, sur chaque plant, et pour un plant qu’il arrachera, par nécessité indispensable, il en fera pousser plusieurs autres en rétablissant lui-même et de ses œuvres, l’équilibre en la Nature » [40]. Enfin, cet idéal d’un rapport au milieu naturel exempt de toute domination le conduit à rechercher le plus possible ses moyens de subsistance dans « la friche opulente » et parmi les plantes sauvages [41]. Certes, ces considérations restent des bribes éparses, clairsemées dans les écrits de Rimbault. Leur cohérence ne résulte pas de la tentative de celui-ci d’élaborer une méthode d’agriculture raisonnée mais de sa volonté, plus simple et plus fondamentale, d’affranchir « tout ce qui vit, tout ce qui est sensible et souffre de l’injustice, de l’iniquité, de l’abus, de la perversion des hommes » [42]. Elles dessinent cependant les contours d’une éthique du rapport au milieu naturel fondé sur le refus de la domination de l’homme et sur la recherche d’un équilibre harmonieux avec la nature, que l’on pourrait qualifier rétrospectivement d’écologiste.

19Plus systématiquement présente dans les écrits de Rimbault, la question des rapports avec le monde animal s’inspire du même refus de toute domination. Il motive, en premier lieu, le rejet de la consommation de viande, que Rimbault qualifie de « régime cadavérique » et qui découle selon lui du meurtre des bêtes. De même, la vivisection et plus largement toute forme de violence exercée sur les animaux est selon lui criminelle [43]. De manière plus fondamentale, le végétalisme dénonce toute utilisation de ressources animales comme une forme d’exploitation. L’élevage est ainsi associé à une mise en esclavage et la consommation de lait ou d’œufs à un vol. Rimbault ne s’arrête cependant pas à cette revendication simple et radicale de la suppression de toute emprise humaine sur les animaux. Sa critique se fait parfois plus précise et pointe l’intégration croissante de l’agriculture aux circuits de l’industrie alimentaire qui soumet l’animal à des logiques de productivité toujours plus intense. Ainsi, l’erreur du végétarisme, qui reste selon Rimbault « un idéal qui s’arrête à mi-chemin de la vérité », n’est pas seulement de permettre « qu’on détrousse le nid de la poule », mais également de se rendre complice d’un système « qui industrialise la vie de la bête séquestrée de qui, en fin de compte, et fatalement, on commercialisera la chair ; qui exige l’industrialisation de produits, tirés ou non de l’animal maltraité, bien souvent mal alimenté, mal soigné ». À ses yeux, l’aliénation de l’animal à la production industrielle annonce « la prolétarisation de l’humanité des gens et bêtes » par le « culte du faux-besoin » et la volonté de « satisfaire à des exigences dépassant les moyens d’action de l’homme » [44]. De façon plus grave encore, par sa soumission aux logiques de la production industrielle, l’animal est spolié de sa propre nature : « Mais au train où marche l’homme, donnant, aux bêtes, toutes herbivores, séquestrées dans les écuries, les clapiers, les basses-cours, les volières, des aliments industrialisés faits de sang animal, de détritus de viande et de poisson ; n’arrivera-t-on pas à ne plus connaître un seul herbivore ? » Et Rimbault d’en conclure que « l’œuvre de civilisation est une œuvre de “dénaturisation” [45] ». Sa sensibilité particulière à la dignité animale et sa conception de la nature comme un ordre harmonieux auquel l’homme doit se soumettre pour vivre sain et heureux le conduisent ainsi à dénoncer comme des fraudes contre-nature les techniques de l’agriculture moderne, et notamment des pratiques qui ne le sont alors que rarement [46].

20Enfin, Rimbault oppose à l’harmonie de la nature toute l’horreur de la civilisation industrielle et urbaine. S’appropriant les antiennes de la rhétorique antimoderne, il entreprend de contester la validité de la notion de progrès : « Je le vois [le Progrès] avec ses accidents, ses méprises, ses furies, ses catastrophes, ses volcans et les fous qu’il met au volant de ses machines esclavagistes et broyeuses d’hommes. Je le vois, le Progrès, avec ses morts innombrables, favorisant, outillant, cultivant la guerre aux hécatombes de plus en plus immenses » [47]. Et d’insister, à plusieurs reprises, sur les ravages de la civilisation moderne tels que la prolétarisation des travailleurs par le taylorisme, l’apparition et le développement de nouvelles maladies, et surtout la perpétuelle insatisfaction de l’homme contemporain qui, malgré les développements de sa science, ne parvient à accéder au bonheur et à la santé [48]. Là encore le végétalisme apparaît, selon Rimbault, comme le plus sûr moyen de résoudre ces maux et de montrer à l’homme les conditions d’une vie régénérée dans un environnement harmonieux.

21À l’issue de cette étude, un premier constat s’impose : l’histoire de ces colonies végétaliennes est à l’évidence l’histoire d’un échec. Ni Butaud dans son milieu libre de Bascon, ni Rimbault dans sa cité végétalienne de Luynes ne sont parvenus à susciter la création de communautés durables ayant une envergure un tant soit peu significative. Le gouffre abyssal qui sépare les projets utopiques qu’échafaude Rimbault lorsqu’il fonde Terre libérée et la réalité de la vie qu’il finit par y mener, paraplégique, abandonné de tous, ayant pour ultime compagne une handicapée mentale de vingt-cinq ans sa cadette, pourrait passer pour une farce si l’on en omettait le côté tragique. Pourtant, en dépit de leurs effectifs toujours très réduits, il faut admettre que ces colonies ont laissé une empreinte certaine dans la culture libertaire de leur temps. Par les articles qui leur ont été consacrés lors de leur fondation, mais aussi grâce à l’intense activité propagandiste que Butaud et Rimbault ont inlassablement déployée, les expériences menées à Bascon et Terre libérée ont obtenu un écho certain dans les milieux anarchistes. Accueillant sans relâche des compagnons de passage, venus se ressourcer par un séjour plus ou moins long à la campagne, les deux colonies ont fini par s’apparenter à des sortes d’auberges de jeunesse ou de gîtes ruraux anarchistes. S’ils ne sont pas parvenus à convertir le monde anarchiste au végétalisme, du moins Rimbault et Butaud ont-ils activement contribué à diffuser la sensibilité naturiste dans les milieux libertaires de l’entre-deux-guerres. On peut ainsi supposer que, pour de nombreux militants, le renoncement – plus ou moins strict – à l’alcool, au tabac et à la viande et la pratique régulière du camping et des excursions dans la nature découlent, au moins en partie, de l’opiniâtreté des apôtres du végétalisme [49].

22La question se pose enfin de savoir dans quelle mesure Louis Rimbault peut ou non être considéré comme un précurseur de l’écologisme anarchiste. Deux éléments, au moins, semblent aller à l’encontre de cette thèse. En premier lieu, nous l’avons souligné, il n’a jamais tissé le moindre lien avec les milieux dans lesquels éclora par la suite l’écologie politique. Toute sa vie, Rimbault est resté étranger au monde de l’écologie scientifique – sa culture d’autodidacte ayant été puisée à une autre source, celle de la littérature médicale et hygiéniste – comme à celui des débats sur les politiques publiques de protection de la nature, probablement parce qu’en bon anarchiste l’idée de militer en faveur d’une politique étatique lui était étrangère.

23En second lieu, son programme de libération intégrale de l’homme et de l’animal par le végétalisme, par le retour à la terre et la recherche de l’harmonie avec la nature, est resté lettre morte. Les thèses qu’il développait à longueur de brochure n’ont été reprises par personne et aucun courant ni groupement constitué ne leur a donné d’écho [50]. Rimbault fut à la fois le fondateur d’une colonie qui accueillait des visiteurs sans qu’aucun n’ait jamais la tentation de s’y fixer définitivement, et un théoricien qui multiplia les conférences et les brochures sans jamais parvenir à convertir ses lecteurs et ses auditeurs au point d’en faire les adeptes de son système. Rien de son œuvre théorique et pratique ne devait lui survivre ; si bien que quand, vingt-cinq ans après sa mort, les anarchistes français commencèrent à se soucier d’écologie politique, son souvenir était suffisamment effacé pour que personne ne se préoccupe d’exhumer ses textes. Ces derniers, pourtant, abordaient des thématiques dont certaines sont bel et bien devenues des préoccupations majeures de l’écologie contemporaine. La construction brouillonne et l’écriture parfois approximative de ses brochures, la radicalité souvent caricaturale de ses thèses expliquent en partie cet oubli. Mais à bien des égards, Louis Rimbault fait malgré tout figure d’avant-garde de l’écologisme anarchiste. Il explora des sentiers nouveaux avec détermination, mais seul et avec les moyens intellectuels et matériels limités que lui imposait sa condition. Comme toutes les avant-gardes, il ouvrit des brèches et traça des pistes qui, pour certaines, étaient vaines, mais, pour d’autres, se sont révélées fécondes. Toutefois, lorsque leur fécondité fut avérée, Rimbault était déjà mort et oublié.

Notes

  • [*]
    Maître de conférences en histoire contemporaine, Université Paris-Est, CRHEC (Centre de re­­cherche en histoire européenne comparée).
  • [1]
    Note du comité de rédaction du Monde libertaire en introduction à un article de V. Gerber, « Les trois facettes de l’écologie sociale », Le Monde libertaire, n°1619, 20-26 janvier 2011, http://www.monde-libertaire.fr/ecologie/14178-les-trois-facettes-de-lecologie-sociale.
  • [2]
    L’adjectif est employé ici pour qualifier l’engagement politique en faveur du respect, de la protection et de la restauration de l’environnement naturel et contre la dégradation des milieux de vie humains. Le substantif « écologisme » désigne cette forme de militantisme.
  • [3]
    Né dans les années 1970, le mouvement antispéciste entend lutter contre l’exploitation et la violence envers les animaux. Plus généralement, il dénonce le « spécisme » – le fait d’établir des distinctions de droits et de dignité entre l’espèce humaine et les espèces animales – comme une forme de discrimination tout aussi condamnable que le racisme ou le sexisme.
  • [4]
    Ph. Buton, « L’extrême gauche française et l’écologie, une rencontre difficile (1968-1978) », Vingtième siècle. Revue d’histoire, n°113, janvier-mars 2012, p. 197-198.
  • [5]
    Cinq articles entre 1974 et 1979, trois dans les années 1980 (dont deux en 1986, après la catastrophe de Tchernobyl), un seul au cours de la décennie 1990.
  • [6]
    Comptages effectués à partir des archives en ligne du Monde libertaire, http://www.monde-libertaire.fr/ecologie.
  • [7]
    J. Maitron, Le mouvement anarchiste en France, Paris, Gallimard, 1992 [Maspero, 1975] ; Ph. Pelletier, L’anarchisme, Paris, Le Cavalier bleu, 2010 ; J. Préposiet, Histoire de l’anarchisme, Paris, Fayard-Pluriel, 2012 [Taillandier, 2002].
  • [8]
    Par exemple, dès 1974, l’article de P. Pidutti, « Michel Bakounine penseur de l’écologie », Le Monde libertaire, n°205, octobre 1974, ou, plus récemment, la recension de textes effectuée par la bibliothèque libertaire en ligne Bibliolib (http://kropot.free.fr/index3.htm#ECOLOGIE).
  • [9]
    G. Manfredonia, L’individualisme anarchiste en France, 1880-1914, thèse de 3e cycle, Institut d’études politiques de Paris, 1984.
  • [10]
    Je me permets de renvoyer à mon ouvrage : Histoire du naturisme. Le mythe du retour à la nature, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2004, p. 161-216, ainsi qu’aux travaux de T. Legendre, Expériences de vie communautaire anarchiste en France, le milieu libre de Vaux, Aisne, 1902-1907, et la colonie naturiste et végétalienne de Bascon, Aisne, 1911-1951, Paris, Les Éditions libertaires, 2006, et C. Beaudet, « Vivre en anarchiste ». Milieux libres et colonies dans le mouvement anarchiste français des années 1890 aux années 1930, doctorat d’histoire, Université Paris Ouest Nanterre, 2012.
  • [11]
    J. Maitron et C. Pennetier (dir.), Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, 4e partie, t. 40, Paris, Les Éditions ouvrières, 1991, p. 57.
  • [12]
    A. Baubérot, Histoire du naturisme…, op. cit., p. 197 et 200-201.
  • [13]
    G. Manfredonia, L’individualisme anarchiste…, op. cit., p. 220-240.
  • [14]
    La référence aux lois naturelles comme fondement de la contestation des lois sociales était déjà présente dans la littérature théorique anarchiste. On la trouve chez Bakounine, par exemple dans son ouvrage Dieu et l’État, préface de C. Cafiero et É. Reclus, Genève, Imprimerie jurassienne, 1882, p. 25-28.
  • [15]
    G. Manfredonia, L’individualisme anarchiste…, op. cit., p. 295-297.
  • [16]
    Propos de Libertad rapportés par A. Colomer dans « Le roman des “bandits tragiques” », La Revue anarchiste, n°12, décembre 1922, p. 6.
  • [17]
    Lorulot, « Vices, habitudes et préjugés », L’Anarchie, n°43, 1er février 1906, p. 1-2.
  • [18]
    Par exemple, dans le mensuel L’Idée libre fondé par Lorulot, les articles du Dr Pauchet, « La vie hygiénique », n°4, 1er mars 1912, p. 88-91, et du Dr Guelpa, « Désintoxication organique et régime végétarien », n°8, 1er juillet 1912, p. 186-189 et n° 9, 1er août 1912, p. 198-201. Tous deux sont membres de la Société végétarienne de France.
  • [19]
    Par exemple, une série de huit articles rédigés par un certain Jelm et intitulés « Hygiène et anarchisme », qui paraît dans L’Anarchie, du 24 octobre (n°133) au 12 décembre 1907 (n°140). La Vie anarchiste, mensuel fondé en 1911 par des anarchistes rémois puis repris par Butaud en 1912, et La Revue sociale, publiée à Saint-Raphaël en 1912-1913 par Léon Prouvost, un proche de Lorulot, consacrent de nombreux articles à la propagande antialcoolique et antitabagique, au végétarisme et plus généralement à l’hygiène naturiste.
  • [20]
    Voir par exemple Jelm, « Hygiène et anarchisme », L’Anarchie, n°133, 24 octobre 1907, p. 2 ; Paraf-Javal, « Quelques explications au sujet de notre programme », Bulletin du groupe d’études scientifiques, n°12, 1er décembre 1910, p. 2-3 ; Dr Cabanès, « Savons-nous respirer ? », L’Idée libre, n°1, 1er décembre 1911, p. 20-22 ; Fernand-Paul, « Hygiène et sommeil », La Vie anarchiste, n°7, 5 mars 1912, p. 9-10.
  • [21]
    Fernand-Paul, « Hygiène et sommeil », art. cité, p. 10.
  • [22]
    Selon le témoignage de Sophie Zaïkowska dans l’ouvrage posthume de G. Butaud, Le végéta­lisme, préface du Dr Legrain, médecin en chef honoraire des asiles d’aliénés de la Seine, Ermont, publication du Végétalien, 1930, p. 57.
  • [23]
    Sur l’expérience du milieu libre de Vaux, voir A. Baubérot, Histoire du naturisme…, op. cit., p. 190-194 ; T. Legendre, Expériences de vie communautaire anarchiste…, op. cit., p. 6-40 ; C. Beaudet, « Vivre en anarchiste »…, op. cit., p. 131-145.
  • [24]
    G. Butaud et S. Zaïkowska, Étude sur le travail, Bascon, Éditions du Milieu libre, 1912, p. 7-8.
  • [25]
    Voir G. Butaud, Le végétalisme, op. cit., p. 57-68.
  • [26]
    « Le Milieu libre n’est plus », La Vie anarchiste, n°7, 5 mars 1912, p. 15.
  • [27]
    J. Maitron et C. Pennetier (dir.), Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier, op. cit.
  • [28]
    Un siècle plus tard, la recette de la Basconnaise est encore promue dans certains milieux végétaliens.
  • [29]
    L. Rimbault, « Le “Néo-Naturien” doit-il disparaître pour avoir coopéré au succès du végétalisme libérateur ? », Le Néo-naturien, n°21, octobre-novembre 1925, p. 345. Dans cette livraison, Henri Le Fèvre annonce la fin de la revue.
  • [30]
    L. Rimbault, Secrets bienfaits de la maladie, les soins exécutant, médecine et médecins, ce que le visage révèle, Luynes, Éditions de Terre libérée, 1928, p. 35.
  • [31]
    C. Beaudet, « Vivre en anarchiste »…, op. cit., p. 286-287.
  • [32]
    Entretien réalisé avec M. Michaux à Saint-Cyr-sur-Loire, le 8 mai 2000. Enfant dans les années 1930, M. Michaux habitait une ferme voisine de Terre libérée.
  • [33]
    Lettre de Louis Rimbault à Armand, datée du 20 mars 1945, Archives Armand, Institut français d’histoire sociale, 14 AS 2118.
  • [34]
    Outre ses articles dans diverses revues anarchistes, Louis Rimbault a publié onze brochures (de 16 à 80 pages) entre 1923 et 1938.
  • [35]
    E. Armand, avec qui Rimbault entretient une correspondance, est admirateur de Thoreau. En octobre 1926, il publie l’un de ses textes dans L’En-dehors, sous le titre « En faveur de la nature ».
  • [36]
    Voir B. Kalaora et A. Savoye, « La protection des régions de montagne au XIXe siècle : forestiers sociaux contre forestiers étatistes », in A. Cadoret (dir.), Protection de la nature : histoire et idéologie, Paris, L’Harmattan, 1985, p. 6-23.
  • [37]
    L. Rimbault, « Le problème de la viande », Le Néo-naturien, n°9, décembre-janvier 1923, p. 10.
  • [38]
    L. Rimbault, Les origines de la vie humaine révélées par la pratique du naturisme intégral : le végétalisme, interprétation vécue, inédite sur la vie du primitif, Luynes, Éditions de Terre libérée, 1929, p. 4, 10 et 25.
  • [39]
    L. Rimbault, Le grand problème naturiste : se libérer sans délai dans un jardin, guide complet de jardinage naturiste, selon les méthodes expérimentées par l’École de pratique végétalienne et de retour à la terre, Luynes, Éditions de Terre libérée, s. d., p. 2, 3 et 10.
  • [40]
    L. Rimbault, Secrets bienfaits de la maladie…, op. cit., p. 59.
  • [41]
    Ibid. et id., Plantes sauvages alimentaires, Luynes, Éditions de Terre libérée, s. d.
  • [42]
    Id., « Le problème de la viande », art. cité, p. 11.
  • [43]
    Ibid.
  • [44]
    Id., Secrets bienfaits de la maladie…, op. cit., p. 50 et 48.
  • [45]
    Id., Les origines de la vie humaine…, op. cit., p. 7 et 9.
  • [46]
    Au début des années 2000, lorsqu’éclata « l’affaire de la vache folle » et que les effets de l’alimentation par des farines animales furent établis, divers médias exhumèrent une conférence de Rudolf Steiner, fondateur de l’anthroposophie, prononcée en janvier 1923 et qui dénonçait également cette manière de nourrir les animaux d’élevage.
  • [47]
    L. Rimbault, Secrets bienfaits de la maladie…, op. cit., p. 55.
  • [48]
    Par exemple, id., Les origines de la vie humaine…, op. cit., p. 15 et 23.
  • [49]
    Les pratiques naturistes sont ainsi évoquées par plusieurs des anciens militants lyonnais dont Claire Auzias a recueilli les témoignages. Certains citent explicitement l’exemple de Butaud. C. Auzias, Mémoires libertaires, Lyon, 1919-1939, Paris, L’Harmattan, 1993, p. 236-244.
  • [50]
    À la différence de l’anthroposophie, par exemple, qui, bien que très confidentielle, perpétue l’œuvre de Rudolf Steiner.
Français

Malgré son apparente évidence, l’engagement de l’anarchisme français en faveur de l’écologie politique est un phénomène très récent. On sait toutefois que, dès le début du XXe siècle, une partie des militants libertaires se sont montrés sensibles aux thèses élaborées par les médecins naturistes et qu’ils ont présenté le retour à la nature comme une étape nécessaire à la régénération des individus et de la société. On peut alors se demander si les positions de ces anarchistes naturistes ne constituent pas l’une des sources de l’écologisme libertaire contemporain, et si leurs réalisations ont permis ou non de jeter les bases d’un projet d’organisation sociale fondé sur le respect du milieu naturel et le refus de sa domination. L’article tente d’éclairer cette question en étudiant le cas particulier de Louis Rimbault et de ses diverses expériences de vie dans des communautés libertaires, jusqu’à son décès en 1949. La Cité végétalienne Terre libérée, qu’il fonda près de Tours en 1923, et les positions qu’il a défendues dans ses écrits permettent de voir en lui, sinon un précurseur, du moins un homme à l’avant-garde de l’écologisme anarchiste.

Arnaud Baubérot [*]
  • [*]
    Maître de conférences en histoire contemporaine, Université Paris-Est, CRHEC (Centre de re­­cherche en histoire européenne comparée).
Cette publication est la plus récente de l'auteur sur Cairn.info.
Mis en ligne sur Cairn.info le 06/03/2014
https://doi.org/10.3917/lms.246.0063
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