CAIRN.INFO : Chercher, repérer, avancer.

1“ J’avais un de mes amis qui était très proche qui m’a dit qu’il se tuerait et je lui ai dit que s’il se tuait, je me tuerais après lui. Et en fait, le lendemain matin, je ne l’ai pas revu et donc je l’ai fait vraiment. ”

2Noémie explique ainsi sa tentative de suicide, reconnue et nommée comme telle, à la suite de laquelle elle est hospitalisée dans l’Unité d’accueil et d’urgences de la Fondation Vallée, au sein de l’hôpital de Bicêtre. Il s’agit de son quatrième geste suicidaire. Les manifestations morbides – scarifications et ingestions répétées de médicaments ou produits ménagers – apparaissent depuis une année avant l’hospitalisation actuelle. N. de Kernier rencontre Noémie dans le cadre d’une recherche préliminaire sur les tentatives de suicide à l’adolescence en collaboration avec l’équipe de la Fondation Vallée, en lui proposant deux entretiens libres et la passation des épreuves projectives Rorschach et TAT.

3Cette jeune adolescente âgée de 14 ans, au physique très enfantin, un peu « garçon manqué », nous touche par ses paroles traduisant une souffrance intérieure intense mais prononcées d’une petite voix extrêmement douce et courtoise, comme si elle cherchait à nous protéger de son mal-être destructeur, comme si elle se contraignait à dompter celui-ci qui autrement risquerait d’atteindre aussi son interlocuteur...

4Les premières paroles peuvent nous faire penser à la signification du geste suicidaire comme issue fatale à une grande passion amoureuse impossible, dont de nombreux exemples sont donnés dans la littérature classique. Noémie peut-elle être comparée à des figures tragiques telles le jeune Werther de Goethe ou encore l’amante délaissée Emma Bovary de Flaubert, désespérés pour bien des motifs mais se saisissant d’un chagrin d’amour comme prétexte pour mettre dramatiquement fin à leur jour ? Noémie et l’ami qu’elle évoque peuvent-ils être comparés à Roméo et Juliette, se suicidant l’un après l’autre en réponse à leur amour impossible ? Peut-être, mais nous contenter de légendes serait beaucoup trop simple. Qu’est-ce que l’amour, d’abord, pour cette adolescente ou « pré-quelqu’un », pour reprendre l’expression d’E. Kestemberg (1962) ? Noémie tient d’ailleurs fermement à écarter toute sexualité de la relation avec son ami : cet ami n’est pas son amoureux, dit-elle, mais son meilleur ami, comme si c’était son « frère ». Ils se sont connus à l’école il y a trois ans et sont devenus « très vite, inséparables ».

5La seule perception de l’absence de cet ami-frère amène Noémie à agir comme elle pense, même sans en avoir de preuves, qu’il a agi. Le geste de Noémie semble résulter d’une identification en miroir à son ami : s’il se tue (ou si elle croit qu’il s’est tué), elle fera comme lui... L’adolescente donne des explications supplémentaires à son acte : « Parce que j’étais pas très bien dans ma tête aussi. [...] Je me sentais mal... Je ne pouvais pas... Il y a plein de choses que je ne pouvais pas faire. À l’école, j’avais du mal à me concentrer, du mal à écrire, du mal à réfléchir et tout ça. » Noémie ne parvient pas à donner du sens à son mal-être soudain, qu’elle ressent depuis un an – « Justement, je ne comprends pas » –, et nous avons l’impression que c’est le processus d’adolescence dans lequel elle semble éprouver des difficultés à s’inscrire qui origine cette tension pour elle tout à fait insensée. Cette idée est confortée par les allusions de Noémie sur le fait de « devenir adulte », souvent associées, même sans cohérence, à des souvenirs qui lui échappent – « quand on devient adulte, on se souvient pas très bien » – ou à sa difficulté de se séparer de sa mère et, de manière plus générale, aux personnes qu’elle idéalise.

6Comment concevoir le geste suicidaire de Noémie ? Peut-on établir des liens entre celui-ci et une forme d’identification, à définir ? Et peut-on établir des liens entre celui-ci et la traversée adolescente ? Pour tenter de répondre à ces questions, nous proposons de redéfinir le processus adolescent et ses principaux enjeux à l’aide de la métapsychologie freudienne et de développements post-freudiens qui pourront éclairer le cas de Noémie. Nous espérons ainsi offrir une vision dynamique d’un geste suicidaire durant l’adolescence. Explorer les soubassements du processus adolescent nous amènera à réaliser l’importance de l’étude des modalités identificatoires. Nous pensons que l’approfondissement des mécanismes psychiques particuliers que constituent les identifications, notamment à partir de la clinique projective dont seront extraits les fragments les plus éloquents chez Noémie [6], nous permettra d’apporter un sens nouveau à l’acte suicidaire.

7De nombreux auteurs ayant étudié les problématiques suicidaires durant l’adolescence et sur lesquels nous nous sommes appuyés – en étant conscients de leur non-exhaustivité – s’accordent pour affirmer que les transformations psychiques et corporelles liées à l’adolescence peuvent potentialiser le recours au geste suicidaire et mettent l’accent sur l’extrême sensibilité de ces adolescents à la problématique de la perte à laquelle ils sont inévitablement confrontés, ainsi que sur leur hyperdépendance aux objets parentaux. Ils mentionnent fréquemment la notion d’identification : A. Haim (1969) nous parle des remaniements identitaires propres à l’adolescence parfois particulièrement problématiques ; F. Ladame (1981) met l’accent sur l’échec chez les suicidants de la deuxième phase de séparation-individuation caractéristique de l’adolescence et sous-tendue par la mise en œuvre prépondérante de l’identification projective et de l’identification à l’agresseur ; P. Jeammet et E. Birot (1994) ont souligné lors de leur vaste recherche un facteur différenciant particulièrement la population très conséquente d’adolescents suicidants : la difficulté d’élaboration de l’homosexualité psychique, celle-ci recouvrant le lien à l’objet primaire, l’identification et la position anale passive par rapport à l’objet phallique ; X. Pommereau (2001) et M. Charazac-Brunel (2002) insistent enfin chacun sur le rôle prépondérant de certaines identifications morbides dans la genèse du passage à l’acte suicidaire. Ainsi, il nous semble important que ce lien entre identification et geste suicidaire, déjà souligné par ces auteurs, soit davantage précisé, approfondi.

8Le choix de centrer notre étude sur les mécanismes d’identification, « processus insuffisamment connus et difficiles à décrire » (Freud, 1921, p. 166), pour mieux comprendre la problématique suicidaire est conforté par l’étymologie latine du mot « suicide » : sui signifiant « soi » et – cide dérivé de caedere signifiant « tuer ». Le mot « suicide » n’a été introduit dans la langue française qu’au XVIIIe siècle par l’abbé Desfontaines pour remplacer l’expression « homicide (ou meurtre) de soi-même » employée jusque-là (Pommereau, 2001, p. 27-28), cette transformation linguistique mettant en évidence les formes inversées d’un même désir mortifère que représentent le meurtre et le suicide. Toutefois, il est remarquable que le verbe « se suicider » dérivé du latin équivaille à « se soi-tuer ». Le redoublement du « se » dans le terme français peut retenir notre attention. « Se suicider » n’équivaudrait-il pas à un double mouvement mortifère ? Pourrait-il signifier non seulement « se tuer soi-même » mais aussi « tuer un autre en soi », cet autre ayant été intériorisé par identification ? Freud explique en effet la tendance au suicide comme l’acharnement du malade à « supprimer du même coup et lui-même et l’objet à la fois aimé et ha ï » (Freud, 1916-1917, p. 520).

9Enfin, nous pourrons émettre une hypothèse, sous forme de questionnement, sur le type de lien entre identification et geste suicidaire afin de repérer ultérieurement des aménagements psychiques particuliers, au sein d’une population plus vaste d’adolescents suicidants, sans toutefois préjuger d’une structure de personnalité.

L’ADOLESCENCE : UNE PÉRIODE DE REMANIEMENT NARCISSICO-OBJECTAL

10Noémie fait part à N. de Kernier de sa récente compréhension, notamment grâce à des consultations psychologiques, que sa mère et elle « se collent » trop. Noémie précise que cette grande proximité avec sa mère ne la dérangeait pas auparavant, mais bien depuis environ un an : « Plus je grandis, j’ai des choses pour moi, j’ai des choses à... je dois vivre, comme on dit, et avec ma mère, je peux pas parce que... à chaque fois je lui parle de tout, tout... donc ça m’énerve un peu. » À la fin de l’entretien, elle contredit ses propos en affirmant, au sujet de la proximité par rapport à sa mère : « Je l’aime comme ça... Parce que si elle changeait, je ne l’aimerais pas autant. Donc je préfère que ça reste comme ça. » Noémie semble tiraillée entre un double désir de fusion et de séparation, entre le refuge rassurant de l’attachement infantile frôlant le fusionnel et un projet d’autonomisation ou plutôt de subjectivation. Ce tiraillement, voire ce potentiel déchirement, puisque Noémie se représente comme « collée » à sa mère, semble beaucoup contribuer à entraver l’inscription de Noémie dans le processus d’adolescence.

11L’avènement de la puberté marque la fin d’une période, l’enfance, et une transition vers un autre état, adulte. La position de l’adolescent comporte donc un vécu d’ambigu ïté : il n’est plus un enfant, il n’est pas encore un adulte. L’intérêt des auteurs de diverses disciplines scientifiques pour l’adolescence se développe essentiellement à partir des années 1960, mais déjà au tout début du XXe siècle Freud (1905 a) observe tous les bouleversements internes auquel l’adolescent doit faire face : l’avènement de la puberté provoque un remaniement des pulsions sexuelles sous le primat du génital dont découlent une tension sexuelle, des excitations libidinales jusque-là inconnues, une différentiation plus marquée des sexes et la découverte de l’objet génital. L’affirmation du choix d’objet constitue une problématique essentielle durant l’adolescence et réactualise des représentations liées à des fantasmes infantiles. Avec le dépassement et le rejet de ces fantasmes incestueux, doit s’accomplir chez l’adolescent « l’affranchissement de l’autorité parentale », que Freud considère comme « une des réalisations psychiques les plus importantes, mais aussi les plus douloureuses de la période pubertaire, grâce auquel seulement est créée l’opposition entre la nouvelle et l’ancienne génération, si importante pour le progrès culturel » (Freud, 1905 a, p. 171).

12Or, les représentations des différences générationnelles apparaissent précaires à travers l’évocation des liens de Noémie à ses parents durant les entretiens. Elle dit s’inquiéter souvent pour sa mère, dont elle s’occupe car elle la sait fragile, et avoir souvent peur qu’il lui arrive quelque chose. Elle explique : « J’ai toujours voulu protéger ma mère. [...] Je me mettais devant ma mère pour pas que mon père frappe ma mère... Puis après, au fur et à mesure, quand j’étais petite, j’avais 8 ans, j’allais faire des courses pour ma mère au magasin, j’allais lui chercher ses cigarettes, m’occuper d’elle. Quand elle était malade, c’est pareil, je m’occupais d’elle. Et plus je grandis, plus je m’occupe d’elle et je ne devrais pas. En plus, ma psy me dit que j’inverse les rôles. » Nous pouvons donc voir, à travers ces représentations, une inversion des générations entre Noémie et sa mère. De son père, Noémie dit : « Pour moi, c’est plus comme un copain... parce que ce sera plus jamais mon père et je ne veux plus que ce soit mon père », ce qui abolit dans son discours la frontière générationnelle. Aussi, apparaît raturée l’existence même du père non seulement en tant que tel, mais en tant que tiers séparateur entre Noémie et sa mère. La fragilité des figures parentales ici évoquée amène à observer une carence de modèles identificatoires structurants pour le développement identitaire de Noémie et son inscription dans une dimension temporelle transgénérationnelle.

13Parmi les pionniers spécialistes de l’adolescence post-freudiens, citons l’œuvre remarquable d’E. Kestemberg (1962) qui s’est beaucoup basée sur la notion d’identification pour comprendre ce mouvement de mise en place d’une personnalité non encore constituée qu’est l’adolescence. Cette période, marquée par une corrélation entre identité et identification, est caractérisée par un déséquilibre narcissico-objectal, du fait de l’acquisition de la maturité de l’appareil génital réveillant les conflits œdipiens, contre lesquels l’adolescent lutte. P. Gutton (1991) va même jusqu’à considérer la puberté comme un événement traumatique : l’effraction des transformations pubertaires perçues comme venant de l’extérieur co ïncident avec le surgissement d’une pulsionnalité nouvelle menaçant de l’intérieur l’équilibre narcissique de l’adolescent. L’intensité de ce vécu traumatique peut aller jusqu’à enliser l’adolescent dans ce que F. Marty (2002b) nomme une « impasse pubertaire ».

14L’attitude de Noémie face à la sexualité apparaît ambiguë : au début du premier entretien, elle parle de son meilleur ami « à cause de qui » elle a tenté de se suicider, et celui-ci semble idéalisé. Cette idéalisation a probablement la fonction d’éviter toute évocation d’un rapproché sexuel. En revanche, à la fin de l’entretien – après la passation du Rorschach qui semble avoir éveillé une excitation – Noémie s’exclame d’un ton maniaque : « J’ai plein de petits copains ! » Elle dit en avoir eu cinq en même temps, un dans chaque ville, et maintenant n’en avoir plus qu’un, souhaitant « rester fidèle ». Elle dit être attachée à celui-ci mais, toutefois, pas autant qu’à son meilleur ami. Cette oscillation discordante dans le discours de Noémie traduirait-elle une aversion pour sa sexualité naissante à travers son corps pubère ? Bien que son aspect extérieur et sa manière d’être soient très puérils, Noémie est nubile et semble travaillée par la question du « devenir adulte », tout en rejetant les représentations liées à la sexualité. Adulte, Noémie se voit « sans mari » et avec « des enfants adoptés », ce qu’elle justifie par un idéal : « Parce que je trouve que ça sert à rien de faire des enfants s’il y en a plein qui sont seuls et qui voudraient avoir des familles. »

15Selon E. Kestemberg, l’identification au parent de sexe opposé peut constituer une solution au conflit œdipien réveillé par la puberté car elle donne à l’adolescent une réassurance qui le met à l’abri de l’agressivité destructrice qui viserait à supprimer le rival de même sexe. Or, pour la fille, s’identifier au personnage paternel implique la dénégation de l’appareil génital féminin et donc une remise en question fondamentale de la valeur maturante et structurante de cette acquisition, mais cette identification ravive aussi le complexe de castration alors vécu comme un manque, une lacune de sa personne, voire une destruction de son sentiment d’intégrité.

16Noémie exprime assez clairement une difficulté par rapport à sa prise de position identificatoire sexuée : elle dit préférer être avec les filles depuis peu mais « à une période, c’était les garçons [...] parce qu’avant j’étais garçon manqué, je traînais beaucoup avec les garçons. Je faisais aussi du foot tout le temps avec eux et après j’ai commencé à changer et les filles se sont rapprochées de moi, donc ça m’a permis d’aller vers les filles. » Mais le choix identificatoire semble encore peu affirmé. Elle se rapproche des filles, dit-elle, mais reste marquée par ses identifications masculines antérieures, rendant difficile l’accès à une position féminine : « Les garçons, ils ne me considéraient pas comme une fille. Ils m’appelaient “garçon” et tout. » Prise dans un sentiment d’impasse, Noémie semble pour le moment s’enliser dans un non-choix... Au Rorschach, l’absence totale d’identification féminine chez Noémie a attiré notre attention.

17Le choix d’objet, enjeu principal du processus adolescent comme l’a souligné Freud, entraîne inévitablement un choix identificatoire, selon le développement d’E. Kestemberg. Ce choix confronte le sujet à une problématique de perte, tout choix impliquant un renoncement. Esquiver ce choix peut dès lors permettre d’éviter la confrontation à cette problématique.

LES IDENTIFICATIONS

18Nous centrer sur le concept d’identification, d’abord défini comme l’ « assimilation d’un moi à un autre, étranger, en conséquence de quoi le premier moi se comporte, à certains égards, de la même façon que l’autre, l’imite et, dans une certaine mesure, le prend en soi » (Freud, 1932, p 88) et comme l’ « expression première d’un lien affectif à une autre personne » (Freud, 1921, p. 167), nous paraît essentiel pour affiner notre analyse. Retracer succinctement la polysémie psychique sous-jacente à ce concept, telle que Freud l’a mise en exergue, fera apparaître plus clairement la consubstantialité des concepts d’identification et de perte. Freud distingue essentiellement deux types d’identification : l’identification hystérique et l’identification narcissique.

L’identification hystérique

19Le concept d’identification dans sa modalité hystérique émerge au début de l’œuvre de Freud dans sa correspondance avec Wilhelm Fliess (1887-1902), une fois achevées les études sur l’hystérie, et est ensuite approfondi dans L’interprétation du rêve (1899-1900). Ce type d’identification jouerait un rôle central dans la formation des symptômes hystériques, ceux-ci s’avérant des défenses contre la réalisation d’un désir inconscient d’identification. Il s’agit d’une identification à l’objet de désir de l’autre lui-même désiré par le sujet, d’une identification qui s’inscrit dans un système triangulaire et qui permet une construction de l’identité sur la base d’une relation objectale, supposant la reconnaissance de la dynamique sexuelle, de l’altérité et de la différence.

20L’identification sur un mode hystérique, c’est-à-dire à l’objet du désir de l’objet d’amour œdipien, apparaît difficile pour Noémie à partir du moment où ses parents sont décrits comme « très copains » entre eux : elle semble écarter tout lien sexuel entre eux.

Planche 4 du TAT figurant une femme proche d’un homme qui se détourne et une silhouette à l’arrière-plan à peine visible, se référant au conflit dans le couple, à l’ambivalence pulsionnelle agressivité/tendresse au sein de la relation de couple et sollicitant les prises de position identificatoires :
« Là, c’est un couple qui... qui... qui est... qui est... qui est bien. Sa femme l’aime beaucoup, le mari moins. Il a plus une tête à vouloir tromper sa femme. Derrière, il y a une autre femme qui le regarde donc ça se voit qu’elle est séduite (elle prononce “sédui-te”)... La femme, elle, elle veut que son mari l’embrasse et lui, il regarde les autres femmes. »
Chez Noémie, le scénario s’inscrit davantage dans un registre œdipien, mais les hésitations, les craquées verbales (inversion des pronoms possessifs : « sa femme... le mari ») et les défenses narcissiques entravent la qualité des identifications hystériques. Noémie s’appuie d’abord sur sa perception de la posture du personnage masculin ( « tête » ) pour rendre compte de son lien au personnage féminin principal, ensuite sur la posture du personnage féminin lointain ( « qui regarde » ) pour rendre compte des affects de celle-ci envers le personnage masculin. Elle avait commencé à dire « séduit » et s’est ensuite rattrapée en rajoutant le « -te », ce qui peut manifester une confusion ponctuelle des identifications sexuelles. Après cette confusion, le discours se conclut sur un mode plus labile. La présence à cette planche d’identifications hystériques est certes de bon aloi, mais la précarité de celles-ci est à souligner.

L’identification narcissique

21L’origine orale du processus d’identification est soulignée en 1905 dans les Trois essais de la théorie sexuelle et dans l’analyse du cas Dora et ensuite approfondie dans Totem et tabou en 1912, tandis que Freud initie sa théorie du narcissisme. Celle-ci l’amènera en 1915 à distinguer les identifications narcissiques des identifications hystériques. Cette distinction entre types d’identification s’accompagne de celle entre deux types de traitement de la perte : deuil et mélancolie. Les deux se manifestent par une dépression profondément douloureuse, une suspension de l’intérêt pour le monde extérieur, la perte de la capacité d’aimer ou l’inhibition de toute activité à la suite de la disparition d’un être cher, mais dans le cas de la mélancolie s’ajoutent à ce tableau des autoreproches, voire l’attente délirante d’un châtiment. De plus, les causes déclenchant la mélancolie débordent en général le cas bien clair de la perte due à la mort et englobent les situations où le sujet subit un préjudice, une humiliation, une déception, situations qui peuvent introduire dans la relation une opposition d’amour et de haine ou renforcer une ambivalence déjà présente. Si le travail de deuil consiste à retirer toute la libido des liens qui retiennent le sujet à l’objet perdu, le mélancolique va jusqu’à appauvrir son moi : « Dans le deuil, le monde est devenu pauvre et vide, dans la mélancolie, c’est le moi lui-même » (Freud, 1915, p. 150). La perte du mélancolique semble davantage concerner le moi que l’objet et nous pouvons donc qualifier cette perte de narcissique. Une partie du moi semble s’opposer à l’autre, porter sur celle-ci une appréciation critique et même la prendre comme objet. Freud suppose que, dans le cas de la mélancolie, la conscience morale tombe malade isolément. En réalité, l’aversion que le malade exprime à l’égard de son propre moi est souvent davantage applicable à une autre personne affectivement investie à un moment donné. Ainsi, Freud considère les autoreproches comme des reproches contre un objet d’amour, qui sont renversés de celui-ci sur le moi propre. Si l’origine objectale du conflit ambivalentiel est inconsciente, seule parvient à la conscience la représentation du conflit entre une partie du moi et l’instance critique. L’identification narcissique s’inscrit donc non dans un système triangulaire mais dans un système duel, sans prise en compte du tiers, et vise à colmater les éprouvés de perte atteignant le moi.

22Le concept d’identification narcissique éclaire autrement les premières paroles de Noémie expliquant son acte : « J’avais un de mes amis qui était très proche qui m’a dit qu’il se tuerait et je lui ai dit que s’il se tuait, je me tuerais après lui. Et en fait, le lendemain matin, je ne l’ai pas revu et donc je l’ai fait vraiment. » Ces paroles n’expriment-elles pas une identification en miroir de Noémie à son ami, suscitée par la perception de son absence, équivalent d’emblée à la mort avant même de vérifier celle-ci ? Noémie se rend semblable par l’acte à son ami, évitant ainsi de le perdre. Nous verrons à quel point la problématique de perte prend de la place chez Noémie.

Planche 2 du TAT, figurant une jeune fille avec des livres au premier plan, un homme avec un cheval au deuxième plan et une femme adossée à un arbre au troisième plan, renvoyant au triangle œdipien père/mère/fille malgré l’absence de différence de générations au niveau manifeste et permettant, en mettant à l’épreuve le caractère plus ou moins structurant de l’organisation œdipienne, d’observer le caractère hystérique et/ou narcissique des identifications :
« Ça c’est... c’est une famille qui... qui est pauvre et qui essaye de... qui essaye de faire le plus de travail possible pour qu’ils récupèrent de l’argent pour nourrir leur famille. Puis les femmes, il y a une femme qui... qui est plutôt on dirait qui est maîtresse, qui apprend aux enfants, le mari travaille... il travaille sur le... sur le champ, sur tout ça... (long silence) puis voilà. (?) Ben je pense qu’il n’y a pas une super bonne entente et... parce que déjà le mari est de dos... Il aurait pu au moins la regarder passer, quelque chose, un petit signe comme ça... même s’il travaille. »
Chez Noémie, la représentation du triangle œdipien apparaît évitée par une isolation des personnages et par la mise à l’écart du personnage féminin du troisième plan. Les motions pulsionnelles libidinales sont gelées par des défenses narcissiques (accent porté sur le quotidien puis description de la posture du personnage masculin comme signifiante d’affects), ce qui évite toute prise de position identificatoire clairement définie et donne un caractère essentiellement narcissique aux identifications.
Planche 9GF du TAT, renvoyant à la rivalité féminine, par la figuration de deux jeunes femmes, l’une derrière un arbre au premier plan qui regarde l’autre qui court en contrebas au second plan :
« Là, c’est une femme qui... qui... une femme qui court... qui court après une autre femme, sûrement parce que son mari heu... la trompe avec elle... On dirait les mêmes donc je ne sais pas si c’est dans un miroir. »

Les relations deviennent spéculaires dès qu’un lien de rivalité entre deux femmes autour d’un homme aimé est évoqué. L’identification narcissique permet à Noémie d’éviter de se confronter à la perte du tiers dès que celui-ci est évoqué et à la castration qui peut être générée par le conflit de rivalité.

Nécessité des identifications narcissiques pour la constitution du moi

23Si, dès 1915, la mélancolie peut être comprise par une ré-érection dans le moi de l’objet perdu, Freud enrichit ce propos en 1923, à la suite du grand saut métapsychologique franchi après les années 1920 par l’élaboration de la deuxième topique doublée de celle de la deuxième théorie pulsionnelle, en affirmant que ce relais d’investissement d’objet par une identification dans le moi s’avère constitutif du développement de tout un chacun et contribue à former le caractère du moi. Apparaît plus clairement l’origine des investissements d’objet : ceux-ci partent du ça, qui ressent les tendances érotiques comme des besoins. Le moi y consent ou cherche à s’en défendre par le refoulement. Si l’objet sexuel est abandonné, celui-ci peut s’ériger dans le moi, comme dans la mélancolie. Toutefois, ce processus est courant. En fait, la régression à la phase orale impliquée par cette introjection faciliterait l’abandon de l’objet et pourrait même permettre un développement ultérieur, dépassant cette perte. L’identification serait une condition pour renoncer à l’objet : à défaut d’avoir celui-ci, on devient comme lui. L’identification narcissique est dans tous les cas indispensable à l’avènement du complexe d’Œdipe – comprenant une part d’identification hystérique et une part d’identification narcissique – et à la constitution du surmoi.

Importance des identifications narcissiques durant l’adolescence

24Comme l’a montré E. Kestemberg (1962), l’adolescent éprouve des difficultés à intégrer sa maturité organique en « un équilibre psychique adéquat où il pourrait s’utiliser efficacement sans détruire personne, sans risquer d’être détruit ; où il lui serait possible de rester entier ou de devenir lui-même » (p. 51). Nous pouvons comprendre, sur la base de la théorie freudienne, que si l’identification à un modèle adulte de même sexe est essentielle à l’adolescent, l’identification hystérique peut s’avérer problématique car elle éveille l’angoisse de détruire le modèle rival. Et si l’adolescent s’identifie au parent de sexe opposé, le choix d’objet régressant à l’identification [7], il risque alors de se confronter à une blessure narcissique générée par le vécu de castration. L’adolescent éprouve, pour pouvoir s’affirmer, le besoin de se défendre de la conflictualité provoquée par la dépendance aux objets parentaux liée au rejet massif de ceux-ci mais, par ce rejet identificatoire, il se heurte à une angoisse concernant la cohésion de sa personne, voire une angoisse de morcellement. Nous pouvons comprendre le recours très fréquent à l’identification narcissique comme résultant du sentiment d’ambivalence qui colore les figures parentales : l’adolescent s’identifie aux objets qu’il a abandonnés, en se traitant lui-même comme il traite ceux-ci.

25L’adolescent peut, au lieu de s’emmurer dans ses identifications narcissiques prédominantes, s’appuyer ponctuellement sur celles-ci pour assoupir la flambée œdipienne lorsque celle-ci est excessivement attisée. Si les identifications narcissiques n’entravent pas le dénouement final du conflit œdipien et le choix à deux versants qui s’impose pour l’issue du processus adolescent – choix d’objet d’amour et choix d’une identification sexuelle – nous pouvons alors considérer le recours à l’identification narcissique comme une étape trophique. F. Marty (2002 b) souligne d’ailleurs l’indispensable introduction narcissique à la problématique œdipienne durant l’adolescence.

De l’identification narcissique structurante à l’identification mélancolique destructrice

26Mais plus le moi cherche à s’imposer comme objet d’amour du ça, conséquence de l’identification narcissique que provoque une perte d’objet, plus la libido s’accumule dans le moi, et plus cette désexualisation – puisque la libido se retire des objets – risque d’entraîner une désunion pulsionnelle. Dans ce cas, la composante érotique n’a plus la force de lier la totalité de la destruction qui s’y adjoignait. Or, si la pulsion de mort s’avère nécessaire à la régulation de la pulsion de vie, elle devient mortifère si elle se détache de celle-ci et devient libre. Si une pure culture de la pulsion de mort règne dans le surmoi, dès lors coupé de toute composante libidinale et protectrice, celui-ci devient peu bienveillant, voire tyrannique et peut aller jusqu’à mener à la mort le moi consentant à son autodestruction. L’identification narcissique, se doublant d’un sadisme envers le moi, devient alors mélancolique puisqu’elle se réfère, selon la définition de C. Chabert (2003), à « un objet non seulement perdu mais détruit, mort et, de surcroît, mal identifié » (p. 164).

Planche III du Rorschach, sur laquelle les taches pouvant évoquer des corps humains susceptibles d’être perçus comme nantis de seins et/ou de pénis mobilisent fortement les mécanismes d’identification :
« Merci. Là, je vois deux personnes... deux squelettes qui ont des cheveux qui sont reliés avec un... avec là un cœur. Ils tiennent un bout de bâton dans la main, comme si ils gardaient quelque chose. Enfin, ils gardent le cœur qu’ils ont entre eux deux. Ils le protègent. Quand on va de l’autre côté on voit deux oiseaux qui protègent encore quelque chose... qui sont... qui tirent quelque chose et qui protègent quelque chose à la fois. »
Les représentations apparaissent d’abord fusionnelles ( « squelettes reliés » ) et remettent en cause la capacité de Noémie à se représenter les limites et à distinguer sujet et objet, ce qui témoigne dès lors d’une hyperdépendance à l’objet. Les identifications apparaissent ici non seulement morbides (du moins la première) mais incohérentes, régies par des mécanismes de clivage : opposition entre mort ( « squelette » ) et vie ( « cœur » ) et opposition entre menace ou lutte ( « tiennent un bâton » ; « tirent » ) et protection. La morbidité de ces identifications narcissiques leur donne un caractère mélancolique.

27Des identifications mélancoliques apparaissent chez Noémie à travers ses autocondamnations retournées contre elle-même, qu’elle évoque ainsi : « J’entends comme des voix. C’est mes pensées qui parlent, et c’est souvent négatif. Elles me disent de me tuer, de me faire du mal, de tuer les autres, d’être méchante avec les autres, de me jeter. » Mais Noémie ne s’est pratiquement jamais montrée agressive avec les autres : « Comme j’aime pas faire du mal aux autres, je me le fais à moi-même, c’est mieux. » Le moi semble scindé en deux parties, l’une condamnant l’autre, et ce d’autant plus que Noémie réprime toute agressivité adressée à autrui pour la retourner contre elle-même.

28En effet, selon l’affirmation de Freud (1923), plus un homme maîtrise son agressivité, plus intense devient la tendance agressive de son idéal contre son moi. Nous pouvons penser que le maintien de liens avec des objets externes et la possibilité d’exprimer à ceux-ci les motions agressives internes peuvent protéger le sujet d’un passage à l’acte autodestructeur. Si se prémunir de l’attaque de soi par retournement de l’agressivité contre soi implique la possibilité d’adresser cette agressivité à un autre, pouvoir diriger ses motions pulsionnelles agressives vers un objet n’est possible que si le sujet se sent capable d’attaquer l’autre sans pour autant risquer de le faire disparaître, que s’il admet la haine en soi – haine pour l’autre à l’origine – et que s’il peut se référer à l’objet du désir de l’autre.

29Tandis qu’au début du premier entretien, Noémie parle de ses envies de mourir, vers la fin de l’entretien, elle dit : « Je prends la vie comme elle vient. Elle est parfaite comme ça. » Et ensuite, quand N. de Kernier lui fait remarquer qu’elle a pourtant exprimé un désir de mort : « Ça, je ne peux rien y faire parce que... même si je sors de l’hôpital, peut-être que je vais en reprendre des médicaments. Ça, je ne peux pas savoir. C’est comme les gens qui fument, quoi... Ils vont pas savoir s’ils vont réussir à s’arrêter de fumer. C’est dur pour eux. Commencer à fumer, c’était difficile pour eux, mal... commencer à être bien, c’était difficile pour eux, alors arrêter, c’est dur aussi. C’est des moments où on commence à devenir... grand... On devient... C’est le moment de l’adolescence, on grandit. » Bien que l’association ne soit pas cohérente, Noémie établit un lien entre ses passages à l’acte compulsifs, son mal-être et la traversée de l’adolescence. Des mécanismes de clivage participent à l’incohérence de son association, tant les motions pulsionnelles agressives envahissent Noémie sans pouvoir être admises et encore moins adressées à un autre. Ses allusions aux addictions tabagiques font penser à un sentiment de dépendance dont Noémie ne semble pas parvenir à se dégager...

30La désunion pulsionnelle à l’œuvre dans les identifications mélancoliques reflète un échec, ne fût-ce que transitoire, de ce que F. Marty (2002 a) nomme le « travail du lien » qui dans le processus d’adolescence « permet l’intégration du nouveau dans une unité nouvelle qui englobe les expériences passées tout en donnant de sens à celles du présent, ouvertes à l’avenir » (p. 16).

LE PASSAGE À L’ACTE DURANT LE PASSAGE ADOLESCENT

Se dégager des liens originaires : de la mise à mort symbolique à la mise à mort agie

31À la suite de l’avènement pubertaire, les mécanismes identificatoires sont particulièrement mobilisés, et il est essentiel de les considérer comme participant à un processus dynamique, dont le déploiement peut toutefois se heurter aux embûches de la périlleuse traversée adolescente. Revenons sur quelques considérations freudiennes. À l’origine de l’identification, l’incorporation orale, la dévoration du père de la horde primitive pour en intérioriser les traits, selon le mythe freudien (1912). L’émergence des interdits consécutive à ce cérémoniel identificatoire, répété régulièrement à l’occasion d’un repas commémoratif, peut être considérée comme analogue au processus identificatoire à l’adolescence nécessitant un rituel de passage aboutissant à une nouvelle identité, à une « réincorporation » du monde social adulte, pour utiliser l’expression de M.-R. Moro (2004) qui rappelle superbement l’identification et son pendant oral. Par ailleurs, le principal interdit qui émerge du meurtre paternel culpabilisant est celui du fratricide, sous forme de commandement : « Tu ne tueras point. » Nous pouvons alors nous poser la question suivante : Qu’en est-il de l’acte susceptible de se donner la mort à soi-même – pour ne pas nous limiter à la volonté consciente de se donner la mort ? X. Pommereau (2001) insiste sur la notion de transgression liée au passage à l’acte suicidaire. Le geste suicidaire est considéré par cet auteur comme une réaction à l’une des trois transgressions majeures – homicide, inceste et cannibalisme – ou même aux trois réunies. La conduite suicidaire serait la reproduction à l’identique d’un acte de même nature effectué par un proche ou un ascendant : « Fuir l’insupportable idée de l’inceste, celle du parricide qui lui est liée ou une dépendance “dévorante”, en opposant à ces violations de l’ordre humain une transgression de même calibre : s’ôter la vie » (Pommereau, 2001, p. 71). Ainsi, l’adolescent se dégagerait par sa conduite auto-agressive du danger incestueux en même temps qu’il supprimerait ce qui le rend effectivement possible, le corps génital. Le mythe Totem et tabou (Freud, 1912) semble suggérer la nécessité de tuer le père, mais ensuite de le placer à l’intérieur de soi pour accéder à, disons, la civilisation. Ce meurtre et cette intériorisation s’accomplissent sur le plan symbolique, intrapsychique, pour permettre un développement ultérieur. L’intériorisation permet en effet aux adolescents de maintenir vivants en eux leurs objets internes, pour ensuite déplacer leurs investissements libidinaux sur d’autres objets. Comme l’affirme F. Marty (1997), « le processus “adolescens” serait cette capacité de passage de l’objet incestueux parental à l’objet “adéquat” qui s’effectuerait avec le concours du soutien narcissique parental » (p. 16). Mais si l’adolescent est excessivement dépendant de ses objets d’amour originaires et si, par défaut d’intériorisation – le maintien en vie des objets internes n’étant alors pas assuré – ou par la fragilité effective des parents perçue comme telle (selon Winnicott, les parents doivent « survivre » aux attaques de leur adolescent, périlleuse opération !), il ne peut se résigner à les perdre de crainte de les tuer réellement, nous pouvons penser que ce meurtre symbolique s’avérera particulièrement ardu. La différenciation moi/autre étant alors précaire, s’attaquer soi-même prendra la signification détournée de l’attaque des figures parentales.

Planche 7GF du TAT figurant une femme tenant un livre à la main, penchée vers une petite fille à l’expression rêveuse qui tient un poupon dans les bras, et sollicitant d’une part des mouvements d’identification de la fille à la figure maternelle qui autorise ou non l’accession à une place de femme et de mère, d’autre part un conflit pouvant se doubler de la réactualisation de l’ambivalence dans la relation mère/enfant, en termes d’amour et de haine, de proximité et de rejet :

32« Là, c’est une fille et sa mère assises sur un fauteuil. Déjà, la petite fille, on peut voir qu’elle a fait ses devoirs. Elle attend que son père vienne la chercher parce que sa... sa mère et son père, ils sont séparés... donc elle doit aller chez son père... Elle est elle est assez petite mais elle... elle aime bien ses... ses deux parents. Et sa mère, elle est pas trop d’accord qu’elle aille voir son père. »

33L’introduction d’un tiers paternel amorce une thématique de rivalité mère/fille qui entraîne un mouvement identificatoire sur un mode plutôt hystérique à la figure maternelle un peu plus exprimé qu’aux autres planches qui le sollicitent. Toutefois, la représentation de la séparation des figures parentales gèle aussitôt cette modalité identificatoire en lui donnant une coloration bien plus narcissique. Noémie semble s’identifier à un personnage immature confronté avec difficulté à un choix d’objet. L’investissement des deux figures parentales apparaît, ponctué d’hésitations, et l’attachement à la figure paternelle semble ensuite prédominer, mais légèrement mis à distance par une référence à une réalité externe et ensuite associé à une angoisse de séparation ou de perte. Face à cette planche, le scotome du « poupon » entrave toute projection d’un rôle maternel, l’infantilisme de la petite fille étant maintenu. L’attachement aux figures parentales est décrit face à cette planche comme une dépendance puérile aux objets originaires. La figure maternelle semble exercer une emprise prohibant le changement de choix d’objet indispensable à l’accession au féminin [8].

34La mère de Noémie a été toxicomane durant deux années, Noémie était alors âgée de 5 à 7 ans. Durant ces deux années, Noémie et sa sœur ont vécu chez leur père, décrit comme parfois violent – il les frappait et les enfermait dans la cave – et alcoolique. La mère, qui attribue à présent sa toxicomanie à la séparation de ses enfants, a ensuite obtenu leur garde. Actuellement, Noémie voit son père un week-end sur deux. D’après les dires des soignants, elle ne s’entend pas avec le compagnon de sa mère, qui vit avec celle-ci depuis deux ans et qui ne travaille pas. Noémie affirme aux soignants que sa mère avait momentanément cessé ses relations avec son compagnon après la troisième tentative de suicide pour être avec elle et que les relations mère/fille s’étaient alors améliorées. Les deuxième et troisième tentatives de suicide avaient eu lieu en présence du compagnon de sa mère. Celui-ci n’est à aucun moment évoqué avec N. de Kernier. Actuellement, un projet d’internat est proposé mais catégoriquement refusé par Noémie qui se dit incapable de se séparer de sa mère, ayant toujours peur qu’il lui arrive quelque chose. Elle semble toujours redouter un effondrement de sa mère, perçue comme extrêmement fragile (et comme menacée de mort ?). Tout renoncement et toute séparation se voient dès lors entravés par le danger qu’ils comportent. Les comportements suicidaires de Noémie figurent-ils une dépendance excessive aux imagos parentales et un sentiment d’impossibilité de s’en dégager ? Plus inavouable encore semble la rage intense de Noémie adressée à ses parents et en particulier à sa mère dont la vulnérabilité perçue la contraint à s’abstenir de toute communication de ses motions agressives internes et à exiger d’elle-même de ne jamais faillir dans la mission qu’elle se donne de la protéger. Les passages à l’acte suicidaires n’exprimeraient-ils pas cette violente colère adressée en grande partie à la mère, mais retournée contre elle-même, ce que paraît traduire sa voix intérieure impitoyable ?

De l’impossible dégagement à la mise à mort du corps sexué

35Le dégagement des liens originaires s’avère indispensable à l’accession de l’identité sexuée, en particulier féminine chez la jeune femme en devenir. L’adolescente à qui le « devenir-féminin » ne se voit pas accordé (par elle-même ? par la mère ? par l’imago maternelle intériorisée ?) éprouve un sentiment d’impasse identificatoire. Non seulement sensible aux transformations pubertaires imposées par l’horloge biologique, elle sera particulièrement touchée par la problématique de perte à laquelle le nécessaire renoncement aux attachements infantiles la confronte. Dans « Le moi et le ça » (1923), Freud nous montre que l’intensité de l’éprouvé de perte peut générer une condamnation de la part du surmoi telle que l’identification mélancolique provoque une régression jusqu’à une confusion abolissant toute différenciation sujet/objet, mais aussi sexuelle, visant à pallier le vécu de perte. Mais cette illusion d’absence de séparation et de perte « se double inévitablement de son avers incestueux et meurtrier. Ce qui pourrait apparaître comme un idéal, un paradis, un nirvana, découvre, une fois enlevé le voile de l’idylle, la violence sauvage d’un monde sans langage » (Chabert, 2003, p. 168). Ainsi, nous pouvons nous demander si le recours au geste suicidaire ne résulterait pas de l’allure mélancolique – et donc violente ! – que peuvent prendre les identifications narcissiques lorsque la problématique de perte occupe une place majeure. M. et M. E. Laufer (1984) rapportent les dires d’adolescents suicidants évoquant la nostalgie d’arriver à un sentiment de « paix et de néant » – principe de Nirvana évoqué par Freud (1923), visé par les mécanismes régressifs – et d’annuler ainsi l’état de tension douloureuse dans lequel ils se trouvaient. « Leur geste suicidaire exprimait aussi la haine inconsciente de leur corps pubère » (p. 138). Ne pouvons-nous pas comprendre aussi le geste suicidaire comme un acte de mise à mort de l’adulte sexué en devenir ?

Planche VII du Rorschach favorisant les identifications féminines par son aspect bilatéral et sa dominante symbolique creuse :
« Merci. Là, je vois plusieurs têtes qui sont mises l’une contre l’autre... qui sont attachées... mises en équilibre... pour pas que ça tombe... Elles sont posées sur un rocher. Il y a quatre têtes en tout » (enquête : « C’est une tête qui sont posées l’une contre l’autre »).
Cette construction fantasmatique particulièrement morbide évite toute relation à l’imago maternelle et toute confrontation à un modèle féminin. L’identification prend une allure mélancolique puisque Noémie s’identifie à des objets non seulement fragmentaires, mais morts. Notons aussi à l’enquête le trouble de la syntaxe pouvant révéler un fantasme de fusion ( « une tête... qui sont... » ).

Du rejet identificatoire à l’identification à un objet mort : acte de fusion

36Freud (1923) nous apprend que la sévérité du surmoi chez le mélancolique est à la mesure de la vivacité des désirs œdipiens. Or, ceux-ci sont justement ravivés au moment de l’adolescence par les transformations pubertaires corporelles et psychiques. La violence mortifère du surmoi mélancolique, dont nous pouvons supposer que la cruauté est à l’œuvre chez les suicidants, pourrait rendre compte de la violence de ces désirs. C. Chabert (2003) en déduit que « la sauvagerie tyrannique du surmoi mélancolique est en quelque sorte consubstantielle de l’impact incestueux de l’Œdipe et du maintien d’une bisexualité essentiellement mobilisée par la nécessité de non-séparation, de la permanence d’un fantasme de fusion dont la confusion est le corollaire inévitable » (p. 170). Si la tentative de suicide résulte d’une identification mélancolique, c’est-à-dire d’une identification à un objet mort, l’objet étant dès lors aboli en tant que tel, pouvons-nous la considérer aussi comme une tentative de fusion à cet objet ?

Planche IX du Rorschach, dont les taches compactes et de couleurs pastel entremêlées favorisent les références maternelles précoces :
« Merci. Là, je vois deux... deux hiboux qui... qui essaient de soulever quelque chose. » [Silence] (enquête : « Deux hiboux qui... qui portent quelque chose. Là, il y en a un, là l’autre, qui portent quelque chose, comme emboîtés en haut. Ils portent un buisson ou quelque chose comme ça »). « Et dans l’autre sens, je dirais plus que c’est un feu... deux personnes qui brûlent » (enquête : « Un feu. Le rouge, ça commence, la flamme est très forte. Le vert, ça peut être quelqu’un qui crame. Oui, ils sont en train de cramer. Et le orange qui forme les flammes »).
La première réponse nous semble évoquer une relation surmo ïque entre deux êtres, unis par l’effort ( « essaient de soulever » ) et ponctuellement fusionnés ( « emboîtés » ). La deuxième réponse attire particulièrement notre attention. Nous pouvons y voir un fantasme de fusion (notamment à l’enquête : « quelqu’un... ils sont... ») et, au-delà d’un fantasme de scène primitive, une identification mélancolique vu la morbidité de la représentation. L’association des deux réponses ne peut-elle pas évoquer l’écrasement du moi par un surmoi tyrannique, provoquant la confusion ?

37Noémie idéalise fortement certains adultes, en particulier l’assistante sociale de l’école. Cette idéalisation fait naître une angoisse massive de séparation, séparation qui équivaut à une perte pour Noémie : « À la fin de l’année, je vais la perdre donc ça va être dur [...] parce que je vais aller dans un autre lycée. Et elle, elle travaillera et moi je serai autre part donc je ne pourrai plus la voir. » Lorsque N. de Kernier demande à Noémie ce qu’elle apprécie spécialement chez elle, elle répond : « Tout. C’est vraiment une femme qui est merveilleuse. Il n’y en a pas deux comme elle. Je suis attachée à elle à un point... Oui, je pourrais dire que c’est ma deuxième mère... même si je ne connais rien d’elle. Ça fait plus comme une psychologue mais elle, je ne peux pas m’en débarrasser. » Son attachement à elle semble quasiment fusionnel.

38En tentant de se donner la mort, Noémie dit ne pas penser se séparer des personnes qu’elle chérit, bien au contraire : « Justement, je pensais que c’était plus simple [de mourir]. Je vais souffrir quand je ne verrai plus l’assistante sociale. Si je meurs, je pourrai peut-être rester près d’elle. [...]Je resterais près de tous les gens que j’aime. »

Attaque du corps, antalgique de la douleur psychique liée à la perte ?

39En émettant l’hypothèse que la tentative de suicide serait liée au caractère mélancolique des identifications, nous pouvons aussi penser que celui-ci est consécutif à un ressenti de perte non seulement difficile, mais invivable – invivable au point d’accomplir un geste susceptible de se donner la mort. Nous pouvons imaginer aussi que la représentation de l’objet perdu entraîne une douleur psychique si insupportable que l’attaque du corps constitue un moyen de transformer cette douleur animique en douleur corporelle. L’investissement narcissique prendrait donc le relais de l’investissement d’objet, à l’inverse de la transformation de la douleur corporelle en douleur psychique que Freud décrit dans « Angoisse douleur et deuil » (1926), jusqu’à mener aux identifications mélancoliques.

40Lors du deuxième entretien, N. de Kernier sent chez Noémie une violence interne beaucoup plus importante, bien que Noémie reste aimable avec elle. Son regard est perçant. Son ton de voix est souvent teinté d’agressivité, en contraste avec les contenus de son discours – par exemple, elle dit d’un ton dont l’agressivité était perceptible sans être franche étant donné aussi sa petite voix enfantine : « Je vais super bien ! ». Cette colère que nous pouvons ressentir en elle est d’autant plus pesante qu’elle est silencieuse. N. de Kernier ne fera pas durer cet entretien, mais la passation du TAT, constituant un tiers médiateur lui permettant de projeter ses motions pulsionnelles, semblera l’apaiser. Noémie adopte une attitude beaucoup plus entière, catégorique face à son ressenti. Lorsque le sujet de son geste suicidaire est réabordé, elle affirme avec un ton laissant transparaître une intense douleur qu’elle en avait eu « marre de tout » au point de tenter de se suicider : « Tout ce que l’on fait tous les jours, dans la vie quotidienne, tout ça, ça m’énervait. [...] Se lever le matin, se laver, se brosser les dents, manger, aller à l’école, faire ses devoirs, se laver, se coucher... et faire ça tous les jours c’est lassant et j’en ai vraiment eu marre et voilà. » Lorsque N. de Kernier lui demande ce qui se passe en elle, elle dit qu’elle est fatiguée, n’ayant pas dormi de la nuit, trop prise par la pensée du retour chez ses parents. L’assistante sociale a fait part de l’agitation de Noémie depuis un entretien avec elle la veille, lors duquel elle a abordé un éventuel projet d’évaluation des relations entre Noémie et sa mère par une psychologue à domicile. Noémie redoute en effet tout ce qui pourrait provoquer une séparation ou même une distanciation avec sa mère, qui serait vécue comme une perte douloureuse.

41Ce cas confirme les observations de nombre de spécialistes – A. Haim (1969), F. Ladame (1981), P. Jeammet et E. Birot (1994) et X. Pommereau (2001) – concernant l’extrême sensibilité à la perte des adolescents ayant recours au geste suicidaire. L’étude approfondie des mécanismes identificatoires nous paraît offrir un éclairage supplémentaire tout à fait précieux pour inscrire ce vécu intense de perte dans une dynamique psychique propre au sujet. Nous avons en effet montré, sur la base des écrits de Freud, la consubstantialité entre les divers types de traitements de la perte et les modalités identificatoires correspondants. Pouvons-nous comprendre la tentative de suicide comme un acte ayant une valeur de décharge, figurant un sentiment d’impasse identificatoire s’exprimant par des identifications narcissiques de type mélancolique, sous-tendues par un envahissement de l’appareil psychique par une problématique de perte ?

PERSPECTIVES

42Poursuivre cette étude sur un grand nombre de cas nous permettrait de répondre à cette question complexe, tout en reconnaissant le caractère transnosographique lié au geste suicidaire. Notre travail à venir visera à repérer des aménagements psychiques spécifiques aux adolescents ayant tenté de se suicider, en accordant une attention toute particulière à leurs mécanismes identificatoires. Que la population de suicidants soit essentiellement féminine peut attirer notre attention [9]. Il serait particulièrement intéressant d’approfondir les avatars du « travail du féminin » [10] durant l’adolescence susceptibles d’être liés au geste suicidaire et de comparer les processus identificatoires chez les garçons et les filles ayant tenté de se suicider. Par ailleurs, observer l’évolution des aménagements psychiques à distance du geste suicidaire nous permettrait de comprendre comment le sujet métabolise son traumatisme lié non seulement à la violence pubertaire, mais aussi au geste suicidaire lui-même.

43Automne 2004

Notes

  • [1]
    À partir du mémoire de DEA (Master recherche) de psychologie clinique et psychopathologie, sous la direction du Pr C. Chabert, soutenu en juin 2004 à l’Université René-Descartes – Paris 5.
  • [2]
    Psychologue, Département de médecine de l’adolescent, clinique Édouard-Rist, Paris. Doctorante en psychologie clinique et psychopathologie à l’Université René-Descartes – Paris 5.
  • [3]
    Professeur de psychologie clinique à l’Université René-Descartes – Paris 5.
  • [4]
    Pédopsychiatre, responsable de l’unité d’accueil et d’urgences pédopsychiatriques et de l’unité de recherche de la Fondation Vallée (service du Pr C. Graindorge).
  • [5]
    Psychologue de l’unité d’accueil et d’urgences pédopsychiatriques de la Fondation Vallée.
  • [6]
    Le protocole de Rorschach est analysé selon la méthode psychanalytique développée essentiellement par C. Chabert (1983, 1987) et celui de TAT selon celle affinée par F. Brelet-Foulard et C. Chabert (2003). La clinique projective à l’adolescence et notamment l’étude des identifications propres à cette période ont été rigoureusement approfondies par M. Emmanuelli et C. Azoulay (2001). Précisons qu’une analyse de qualité exige la prise en compte des protocoles dans leur globalité pour observer les différents facteurs et leur dynamique d’ensemble ainsi que l’association, l’enchaînement entre contenus. Soucieux de ne pas alourdir le texte, nous ne présenterons que quelques extraits en guise d’illustration.
  • [7]
    S’identifier à l’objet convoité peut être un mécanisme régressif évitant les problématiques de rivalité et de perte liées au choix de cet objet : il s’agit donc d’être comme l’objet à défaut d’avoir celui-ci.
  • [8]
    « Pour la femme [...], la mère doit nécessairement être le premier objet. [...] Mais, à la fin du développement, l’homme-père doit être devenu le nouvel objet d’amour de la femme, autrement dit au changement de sexe de la femme doit correspondre un changement de sexe de l’objet » (Freud, 1931, p. 142).
  • [9]
    Selon M. Choquet (2004, p. 74), le rapport garçons/filles est en France de 3,5 pour le suicide et entre 0,47 et 0,66 pour les tentatives de suicide et, par conséquent, « les garçons sont plus en risque de décès par suicide, alors que les filles sont plus en risque de tentative de suicide ».
  • [10]
    Expression faisant l’objet d’un séminaire dirigé par F. Marty et K. Guenniche à l’hôpital Necker depuis septembre 2004 : « Le travail du féminin, une co-création ».
Français

TENTATIVE DE SUICIDE ET PROCESSUS IDENTIFICATOIRE À L’ADOLESCENCE

À partir de l’étude d’un cas extraite d’un corpus de recherche plus large, les auteurs se proposent d’analyser la problématique identificatoire liée au geste suicidaire de Noémie, une jeune adolescente de 14 ans. La tentative de suicide serait liée au caractère mélancolique des identifications. La méthodologie de la recherche est l’étude de cas, associant des entretiens cliniques à la passation d’épreuves projectives (Rorschach et TAT). Après une étude de la littérature sur la question de la tentative de suicide à l’adolescence et sur le concept d’identification dans la théorie psychanalytique, les auteurs analysent le geste suicidaire de Noémie à la lumière du matériel clinique recueilli, en particulier celui des épreuves projectives analysées selon la méthode psychanalytique (Chabert et Brelet-Foulard). Cette analyse confirme les observations d’autres spécialistes sur la sensibilité extrême à la perte que présentent les adolescents recourant au geste suicidaire, mais souligne aussi l’apport éclairant de l’étude des identifications.

Mots cles

  • Tentative de suicide
  • Adolescence
  • Identification
English

SUICIDE ATTEMPTS AND THE ’IDENTIFICATORY PROCESS’ AT ADOLESCENCE

Basing themselves on a case history taken from a larger body of research, the authors propose to analyse the problems of identification linked to the suicide attempt of a 14-year-old adolescent, Noémie. This suicide attempt is thought to be linked to the melancholic nature of her identifications. The research methodology used here is the case history, associating clinical interviews with results from two projective tests, the Rorschach and the TAT. After a review of the literature on the subject of suicide at adolescence and the concept of identification in psychoanalytic theory, the authors analyse Noémie’s suicidal gesture in light of the clinical material at hand, in particular, material from the projective tests, analysed according to the psychoanalytic method (Chabert and Brelet-Foulard). This analysis confirms the observations of other specialists about the extreme sensitivity to loss presented by adolescents who attempt suicide, but it also emphasizes the enlightening contribution of the study of identifications.

Español

TENTATIVA DE SUICIDIO Y PROCESO DE IDENTIFICACIÓN EN LA ADOLESCENCIA

A partir del estudio de un caso recogido en un trabajo má s amplio, los autores tratan de analizar la problemá tica de identificación relacionada con el gesto suicida de Noemie, una adolescente de 14 años. La tentativa de suicidio estaría relacionada con el cará cter melancólico de las identificaciones. La metodología de la investigación y el estudio del caso asocia entrevistas clínicas y tests proyectivos (Rorschach y TAT) Después de haber estudiado la problemá tica del suicidio en la adolescencia y el concepto de identificación en la teoría psicoanalítica, los autores estudian el gesto suicida de Noemie basá ndose en el material clínico recogido, sobre todo en las pruebas proyectivas analizadas psicoanalíticamente (Chabert Brelet-Foulard). Este aná lisis confirma las observaciones de otros especialistas sobre la excesiva sensibilidad de estos adolescentes que recurren al gesto suicida de cara a la pérdida, destacando instructivas aportaciones del estudio de las identificaciones.

RÉFERENCES

  • Brelet-Foulard F. et Chabert C. (sous la dir. de) (2003), Nouveau manuel du TAT, approche psychanalytique, Paris, Dunod, « Psycho Sup ».
  • Chabert C. (1983), Le Rorschach en clinique adulte, interprétation psychanalytique, Paris, Dunod, 2e éd., 1997.
  • Chabert C. (1987), La psychopathologie à l’épreuve du Rorschach, Paris, Dunod, 2e éd., 1998.
  • En ligneChabert C. (2003), Féminin mélancolique, Paris, PUF.
  • Charazac-Brunel M. (2002), Prévenir le suicide, clinique et prise en charge, Paris, Dunod.
  • Choquet M. (2004), Panorama du suicide, in A. Braconnier, C. Chiland et M. Choquet, Idées de vie, idées de mort. La dépression en question chez l’adolescent, Paris, Masson, p. 71-83.
  • Emmanuelli M. et Azoulay C. (2001), Les épreuves projectives à l’adolescence. Approche psychanalytique, Paris, Dunod.
  • Freud S. (1887-1902), La naissance de la psychanalyse. Lettres à Wilhelm Fliess, trad. fr. Paris, PUF, 8e éd., 2002.
  • Freud S. (1899-1900), L’interprétation du rêve, trad. fr. in Œuvres complètes, vol. IV, Paris, PUF, 2003.
  • Freud S. (1905 a), Trois essais sur la théorie sexuelle, trad. fr. Paris, Gallimard, « Folio-Essais », 1987.
  • Freud S. (1905 b), Fragments d’une analyse d’hystérie. Dora, trad. fr. in Cinq psychanalyses, Paris, PUF, 23e éd., 2003, p. 1-91.
  • Freud S. (1912), Totem et tabou, trad. fr. Paris, Petite Bibliothèque Payot, 2001.
  • Freud S. (1915), Deuil et mélancolie, trad. fr. in Métapsychologie, Paris, Gallimard, « Folio-Essais », 1968, p. 145-171.
  • Freud S. (1916-1917), Introduction à la psychanalyse, trad. fr. Paris, Petite Bibliothèque Payot, éd. 2001.
  • Freud S. (1921), Psychologie des foules et analyse du moi, trad. fr. in Essais de psychanalyse, Paris, Petite Bibliothèque Payot, 1981, p. 117-217.
  • Freud S. (1923), Le moi et le ça, trad. fr. in Essais de psychanalyse, Paris, Petite Bibliothèque Payot, 1981, p. 219-275.
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  • Freud S. (1931), De la sexualité féminine, trad. fr. in La vie sexuelle, Paris, PUF, 2002, p. 139-155.
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Nathalie De Kernier [2]
Département de Médecine de l’Adolescent
Clinique Édouard Rist
14, rue Boileau
75016 Paris
  • [2]
    Psychologue, Département de médecine de l’adolescent, clinique Édouard-Rist, Paris. Doctorante en psychologie clinique et psychopathologie à l’Université René-Descartes – Paris 5.
François Marty [3]
  • [3]
    Professeur de psychologie clinique à l’Université René-Descartes – Paris 5.
Jean Chambry [4]
  • [4]
    Pédopsychiatre, responsable de l’unité d’accueil et d’urgences pédopsychiatriques et de l’unité de recherche de la Fondation Vallée (service du Pr C. Graindorge).
Stéphane Laudrin [5]
  • [5]
    Psychologue de l’unité d’accueil et d’urgences pédopsychiatriques de la Fondation Vallée.
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Mis en ligne sur Cairn.info le 01/10/2006
https://doi.org/10.3917/psye.481.0089
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