CAIRN.INFO : Matières à réflexion

1Les femmes usagères de produits illicites ou d’alcool sont relativement peu décrites dans la littérature, entre autres du fait de leur manque de visibilité dans les structures de prise en charge, où leur proportion est de l’ordre de 25 %. Quand elles le sont, c’est souvent à partir de l’expérience d’une structure ou d’un type de structure (Hoareau 2012), donc sans vision globale du phénomène. Dans les enquêtes menées sur plusieurs structures, les femmes sont généralement étudiées sans prise en compte de la question des grossesses (Jauffret-Roustide et al. 2008; Vidal-Trecan et al. 2003).

2Les thématiques les plus explorées dans la littérature tant en sciences sociales qu’en médecine ou en psychologie peuvent être regroupées en cinq grands thèmes : la trajectoire des femmes dans les addictions, les consommations pendant les grossesses et leurs conséquences, les histoires familiales et les vulnérabilités de l’enfance, les histoires conjugales et les conflits entre les femmes et les États.

3Le premier thème concerne les trajectoires de ces femmes en particulier lors de l’entrée dans la drogue (Anglin, Hser and McGlothlin 1987), avec des regards particuliers sur les groupes les plus exposés comme les femmes à la rue (Goldsmith and Friedman 1991; Tuten, Jones and Svikis 2003) ou prostituées (Bertrand and Nadeau 2007).

4La littérature, particulièrement des années 1990, met l’accent sur les trajectoires des femmes pour ce qui concerne l’entrée dans la consommation de produits psychoactifs qui seraient davantage marquées par des abus sexuels dans l’enfance et l’alcoolisation d’un ou des deux parents (Bertrand and Nadeau 2007a). Cette différence s’expliquerait par un impact plus important de ces évènements sur les trajectoires des femmes et par l’occurrence plus fréquente d’états dépressifs (Weiss, Kung and Pearson 2003). Les enquêtes menées ne permettent pas toujours toutefois de comparer la fréquence de ces évènements chez les hommes et les femmes. Il ne peut pas non plus être exclu que les contacts plus répétés des femmes avec les travailleurs sociaux n’aient induit chez elles un habitus pour raconter leurs histoires en mettant en valeur ces facteurs qu’elles perçoivent comme susceptibles de leur offrir des avantages (Trépos 2003), ce que Goffman avait déjà relevé : « plus un individu se trouve par son passé, placé en marge des valeurs morales essentielles, plus il se croit obligé de raconter l’histoire de ses malheurs » (Asiles, p. 206). Or, la stigmatisation des femmes usagères de drogues ou alcooliques est bien supérieure à celle des hommes (European Monitoring Center for Drugs and Drug Addiction 2006) et leur déviance vis-à-vis des rôles attendus de la femme et de la mère les expose davantage à des sanctions judiciaires ou sociales (Simmat-Durand 2002b).

5Beaucoup de travaux tendent à montrer que les femmes usagères de produits ont été, plus que les hommes, exposées à des violences pendant l’enfance. Moins de travaux se concentrent sur les violences à l’âge adulte, en particulier au sein du couple, caractéristique qui relèverait néanmoins de l’étiologie de la consommation d’alcool par exemple chez les femmes (Avila Escribano and Gonzales Parra 2007). Pour la consommation d’alcool, le lien avec les violences conjugales est couramment relevé, sans que le sens de cette causalité ne soit certain, violences du fait de l’alcool ou alcoolisation du fait des violences. La consommation de drogues en général peut à la fois être une stratégie adaptative face à la violence et une source de vulnérabilité à la violence (Sales and Murphy 2000).

6Le deuxième champ porte sur la description des grossesses (Lejeune et al. 2013), de la vie des femmes pendant cette période (Murphy and Rosenbaum 1999), des conséquences pour les enfants (Advisory Council on Misuse of Drugs 2004; Advisory Council on Misuse of Drugs 2007) et des prises en charge particulières initiées à cette occasion (Whittaker 2013).

7L’attention des politiques publiques et des chercheurs a été particulièrement attirée par la question des usages des femmes dans le cadre de la grossesse, du fait de la mise en danger du fœtus et de l’enfant que ceux-ci impliquent (Advisory Council on Misuse of Drugs 2004). Si des accompagnements de ces grossesses sont maintenant couramment proposés (Whittaker 2013), les recherches de terrain déplorent toujours que ces services ne soient pas maintenus au-delà de la naissance de l’enfant (European Monitoring Center for Drugs and Drug Addiction 2006). Les recherches donnant la parole à ces femmes sont plus rares, l’une des plus abouties étant celle de Sheigla Murphy et Marsha Rosenbaum interrogeant 120 femmes enceintes ou juste mères (1999). De fait, la littérature médicale porte essentiellement sur les effets des substances sur le fœtus ou le devenir des enfants exposés pendant leur vie intra-utérine (Simmat-Durand, Genest and Lejeune 2014).

8Plusieurs recherches montrent que la maternité reste bien souvent la seule « carrière » possible de ces femmes, source d’identité et de valorisation (Guyon et al. 1998) et que ce qui est parfois interprété comme des « accidents » par les professionnels peut résulter de leur stratégie afin de ne pas se voir conseiller de renoncer à devenir mère voire s’entendre dire qu’elles n’en ont pas le droit (Aubisson 2009).

9Du fait des consommations et des modes de vie associés, les risques de séparation des femmes et des enfants sur le moyen terme sont ainsi bien établis, particulièrement s’agissant des consommatrices d’opiacés et d’alcool (Simmat-Durand, Genest and Lejeune 2012). Ces séparations se produisent à des moments variés de la trajectoire, elles sont quelquefois tardives et souvent cause de rechute voire de « dégringolade », quand elles ne sont pas préparées ou accompagnées (Felscherinow and Vukovic 2013; Simmat-Durand 2005a).

10Des questions éthiques ont récemment été débattues sur la question de l’incitation financière à la contraception chez ces mères, préoccupation de nombreux services qui les suivent et sont confrontés à des cycles de grossesses non désirées, placements des enfants, nouvelles grossesses (Lucke and Hall 2012). Et en filigrane de toutes ces problématiques, la question des représentations que les professionnels de maternité ou des centres de soins se font de la maternité chez les femmes usagères est posée (Luttenbacher 1999; Simmat-Durand 2005a).

11Un troisième regard porte sur les histoires familiales et plus particulièrement sur leurs expositions à des évènements négatifs de l’enfance, notamment des violences physiques ou sexuelles (Pickens et al. 2001). Le quatrième axe de recherche porte sur leurs histoires conjugales et la violence dans le couple, y compris par l’initiation à la consommation de produits, point également approfondi des particularités de leurs trajectoires (Riehman et al. 2003; Temple et al. 2008; Tuten and Jones 2003). Enfin, un dernier thème, plus particulièrement développé sur le continent américain, se situe dans le courant des études de genre et porte sur les conflits entre les femmes usagères de drogues et les États (Center for reproductive rights 2000), notamment dans le cadre du contrôle de l’usage chez les femmes enceintes (Boyd 2004a; Boyd 2004b; Lester, Andreozzi and Appiah 2004).

12Notre propos étant de mettre en lien la vie reproductive de femmes en soins des addictions avec leurs consommations actuelles ou passées et la place qu’occupent leurs enfants et grossesses dans leurs trajectoires d’usages, nous nous limiterons à ces aspects. La complexité de leurs vies conjugales sera traitée par ailleurs, bien qu’il soit difficile de ne pas y faire allusion, leur vie de couple étant intrinsèquement liée à leur vie reproductive.

13Cet article propose d’explorer plusieurs de ces thématiques qui s’imbriquent dans la vie de femmes qui nous ont confié leurs parcours personnels, quant à leurs conjoints, leurs grossesses, leur expérience de la maternité et leurs consommations de différents produits licites ou illicites.

Méthodologie

14Dans le cadre d’une recherche sur les sorties des addictions, les données de la phase quantitative sont présentées ici pour ce qui concerne les trajectoires reproductives des femmes.

15Les personnes ont été recrutées via des structures de soins en addictologie, des services hospitaliers de psychiatrie, d’alcoologie ou de liaison (Ecimud) ou des associations d’usagers à Paris et dans la région parisienne en 2012-2013. Afin de varier au maximum les profils de personnes rencontrées, nous avons veillé à diversifier les structures choisies, selon les types, les quartiers et la population accueillie. Au total, onze structures ont accepté de participer à cette recherche (voir liste des centres participants en annexe).

16Les personnes rencontrées l’ont été sur la base du volontariat, sans compensation financière, avec une question filtre de départ : être sorti depuis au moins un an d’une dépendance majeure autre que le cannabis ou le tabac (les personnes pouvant être encore dépendantes à une autre substance). Des personnes actuellement dépendantes mais ayant auparavant été abstinentes pendant une durée supérieure à un an ont été incluses. Dans certaines structures, notamment celles accueillant les personnes psychologiquement les plus fragiles, la sélection a été opérée par les soignants eux-mêmes, à leur demande. Après signature d’un consentement rappelant les modalités et finalités de la recherche (avis du CPP Ile de France 2 et déclaration CNIL), les personnes ont été interrogées en situation de face-à-face.

17L’outil construit et utilisé pour cette recherche est un questionnaire biographique abordant plusieurs aspects des trajectoires de vie des personnes : leur parcours en terme de consommations ; leurs conditions de vie durant l’enfance ; leur situation adulte vis-à-vis de l’emploi, du logement, de la vie conjugale et parentale.

18Les données quantitatives ont été traitées avec les logiciels Modalisa6 et SPSS19. La saisie du questionnaire a permis d’obtenir 927 variables potentielles. Dans un second temps, les données de nature qualitative, recueillies par des questions ouvertes, ont été analysées.

19Au total, 341 personnes ont été interrogées entre juillet 2012 et mai 2013. Le nombre de personnes enquêtées par centre variait de 25 à 60 selon l’importance de la file active des patients, ce qui a nécessité une présence de trois à quatre mois dans chaque structure. La durée moyenne des questionnaires est de 68 minutes, variant de 35 minutes pour le plus court, à 300 minutes pour le plus long.

Population de l’étude

20Sur un total de 341 personnes interrogées pour cette enquête, environ un tiers (116), sont des femmes. Elles sont âgées en moyenne de 44 ans (de 21 à 70 ans). Dans l’ensemble de notre étude, les plus de 40 ans se trouvent sur-représentées du fait du critère d’inclusion amenant à recruter des personnes avancées dans leurs trajectoires de vie (64,8 % de plus de 40 ans). Sur ce critère, comme sur leur milieu social, les femmes se distinguent peu des hommes de la même étude. Les différences significatives portent sur leur situation conjugale, 44 % des femmes vivent en couple contre 29,8 % des hommes, le nombre d’enfants qu’elles ont eus (41 % n’ont pas eu d’enfant contre 59 % des hommes), et leur type de logement, les femmes vivant moitié moins souvent dans un logement collectif ou à la rue (25 % contre 47,6 %). Elles sont également plus souvent que les hommes allées à l’école au-delà du baccalauréat (44 % versus 29 %) et ont moins été exposées à des condamnations ou à des séjours en prison (74 % des femmes ne sont jamais allées en prison contre 56 % des hommes), malgré des niveaux de consommation similaires (nombre produits expérimentés : 6,84 pour les femmes versus 7,19 pour les hommes et nombre de produits actuels : 3,36 versus 3,64 ; différences non significatives). Elles ne se distinguent des hommes ni par les produits expérimentés ni par les produits encore consommés régulièrement au moment de l’enquête.

21Les principales variables socio-démographiques permettant de com- parer les femmes et les hommes sont regroupées dans le tableau 1.

Trajectoires procréatives

22Parmi ces 116 femmes, 23 n’ont jamais été enceintes, qui sont bien réparties entre les différentes classes d’âge (une seule était enceinte au moment de l’enquête, les professionnels ayant généralement considéré qu’il n’était pas adéquat de les interroger pendant une grossesse). Les autres ont eu au moins une grossesse, dont 151 seulement menées à terme, et 155 IVG, IMG ou fausse-couches (tableau 2). Au total, cela représente 2,64 grossesses par femme et 1,06 IVG par femme contre, respectivement, 1,9 et 0,53 en moyenne en France [1]. La part des grossesses non menées à terme varie selon le rang de la grossesse : pour la première puis pour les huitièmes et suivantes, il y a eu plus d’interruptions de grossesse que d’enfants nés vivants. Dans cette population, 61,2 % des femmes ont eu recours au moins une fois à l’IVG, cette proportion étant de 35 % en moyenne en France. L’âge moyen à la première grossesse est précoce, 23 ans en moyenne (contre 28 ans en moyenne en France [2] en 2010) et 18 % ont été enceintes la première fois avant 18 ans, avec pour conséquence que 47 % seulement de ces premières grossesses se sont terminées par une naissance vivante. Les fausses couches, morts nés et interruptions médicales de grossesse sont des conséquences bien documentées des consommations de tabac, d’alcool, de cannabis, de cocaïne ou de leur combinaison (Huestis and Choo 2002; Narkowicz et al. 2013).

23Dans l’enquête de Myriam Cassen portant sur des femmes plus jeunes (âge moyen 33 ans), interrogées dans des centres de soins, le constat est assez proche, les 171 femmes ont eu 302 enfants au total, 63 % ont eu recours à au moins une IVG avec deux IVG en moyenne pour celles y ayant recouru. La question des autres fausses couches ou IMG n’a pas été abordée (Cassen et al. 2004).

24Cette question des trajectoires procréatives avait déjà attiré notre attention dans une cohorte de femmes polyconsommatrices observées à partir d’un service de maternité. Les IVG et fausses couches multiples étaient apparues comme un marqueur tant des polyconsommations que de conditions de vie défavorables. Ainsi, les femmes consommant moins de quatre produits pendant la grossesse avaient eu en moyenne 0,86 IVG contre 1,62 pour celles consommant quatre substances ou plus (p < 0,001) (Simmat-Durand and Lejeune 2012). Or, des travaux montrent le lien entre le fait de recourir à une IVG et un risque accru de recourir à une consommation abusive de substances par la suite (Coleman et al. 2002).

25Le faible recours à la contraception, qui expose à des grossesses non désirées, se terminant potentiellement par une interruption, est un point essentiel relevé dans la littérature à propos de ces femmes, notamment du fait que la consommation d’opiacés induit des aménorrhées ou des menstruations irrégulières, les confortant dans le sentiment d’être stériles ou peu exposées au risque de grossesse (Whittaker 2013). Paradoxalement, on retrouve également chez ces femmes une réticence à consommer des médicaments de façon régulière, comme la pilule contraceptive, voire à avoir un comportement ordalique vis-à-vis des grossesses (Aubisson 2009) ou négliger la contraception pour d’autres raisons ce que narre également Christiane F. (Felscherinow and Vukovic 2013) à propos d’une de ses grossesses : « À cette époque, je ne me protégeais pas, parce que c’était pour moi une forme de liberté de ne pas prendre la pilule ».

Les enfants

26« En effet, on peut faire l’hypothèse que la maternité n’est pas une expérience indépendante de celle de la consommation abusive. Par la maternité, la très grande majorité des femmes que nous avons rencontrées pensent pouvoir contrer leur histoire et changer les situations ainsi que les perceptions qui les ont amenées à consommer » (De Koninck, Guyon and Morissette 2003). Il nous a ainsi semblé indispensable d’interroger les femmes rencontrées sur toutes leurs grossesses, malgré les difficultés souvent associées à de tels souvenirs.

Les enfants présents

27Sur 151 enfants nés vivants, un seul est décédé au moment de l’enquête (enfant né en 1966, décédé à l’âge adulte du VIH), les autres ont un âge moyen qui varie selon leur rang de naissance : si les aînés (rang 1) ont en moyenne 22,5 ans, les 5e ont en moyenne 13,5 ans (tableau 3).

28Si globalement 68 % des femmes ne vivent pas actuellement avec leurs enfants, cette proportion doit être affinée en fonction du rang de naissance, donc de l’âge de l’enfant. Par exemple, 79 % des femmes ne vivent plus avec leur premier enfant, mais 76 % ont des contacts réguliers avec lui. La raison principale en est l’indépendance des enfants : 65 % sont aujourd’hui indépendants puisqu’ils sont âgés en moyenne de plus de 22 ans, 6 % vivent avec leur autre parent (séparation du couple), 12 % chez un autre membre de la famille, 12 % dans une famille d’accueil et 6 % ont été adoptés. Cette notion est absente des données générales sur les personnes accueillies dans les structures de soins. Le constat de 19 % seulement vivant avec leurs enfants (Observatoire Français des Drogues et des Toxicomanies 2010) n’est pas modulé par l’âge de ceux-ci alors même que le vieillissement continu des personnes accueillies dans ces structures peut laisser supposer que beaucoup des enfants ont atteint leur majorité (32,3 % des personnes accueillies ont plus de 40 ans dans les structures accueillant des usagers d’opiacés ou cocaïne et 59 % dans celles accueillant des usagers d’alcool). Il n’est donc pas possible par ce seul critère d’appréhender la part des placements et autres séparations entre les femmes et leurs enfants.

Les consommations des mères déclarées pendant les grossesses

29Le fait que des femmes enceintes puissent consommer des produits qui sont potentiellement dangereux pour leurs fœtus est un point essentiel de la littérature sur les consommations des femmes (Advisory Council on Misuse of Drugs 2004). Les conséquences sur le fœtus des consommations maternelles sont abondamment décrites (Bauer et al. 2002). La prohibition de l’usage, en vigueur dans beaucoup de pays, a amené des attitudes extrêmement normatives quant à l’intoxication des enfants in utero (Center for reproductive rights 2000), voire a permis que se développe une littérature autour du corps maternel toxique, ou constituant un environnement hostile pour le futur bébé (Armstrong 2005; Boyd 2004a; Boyd 2004b).

30La littérature qui donne la parole aux femmes retient néanmoins qu’elles font généralement des efforts de réduction de leur consommation, de changement vers des produits qu’elles estiment moins dangereux (Murphy and Rosenbaum 1999), voire d’abstinence du fait du sentiment de plénitude qui est associé à cette période de leur vie. Mais la plupart des études, comme les enquêtes permettant d’associer les consommations et la présence d’enfants en bas âge, notent également une reprise progressive des consommations après l’accouchement et particulièrement vers la fin de la première année qui suit (Guyon et al. 2002). Cela met d’ailleurs souvent ces femmes dans une situation d’échec par rapport au projet maternel qu’elles voulaient voir réussir afin de contrer leur image de toxicomane incapable d’être mère (ibid).

31Notre questionnaire a permis d’interroger les femmes sur leurs consommations avant la naissance de chacun de leurs enfants. Les questions sur les consommations pendant chacune des grossesses s’étant terminée par une naissance vivante permettent d’identifier la proportion d’enfants qui ont été exposés à au moins une substance pendant leur vie intra-utérine : 9 % l’ont été à de l’alcool, 22 % à des drogues illicites et 16 % à un traitement de substitution aux opiacés (tableau 3). Parmi ceux-ci, certains enfants ont été exposés à plusieurs substances, ce qui permet d’estimer la proportion d’enfants exposés à environ 35 % pour ces trois groupes de produits (données déclaratives de la mère).

32L’exposition des enfants aux drogues ou à l’alcool tend à augmenter avec le rang de la grossesse, du fait du décalage entre la première grossesse et le début de la consommation, de même que l’exposition aux TSO, du fait que ceux-ci prennent le relais donc affectent davantage les enfants de rang 4 et 5 (un quart sous TSO).

33La question des consommations n’a pas été posée pour les IVG et fausse-couches car cela était particulièrement délicat. Néanmoins, du fait que nous disposons à la fois des âges de début et de fin de chaque consommation et des années de chaque grossesse, il est possible d’associer ces évènements à des consommations. Par exemple, 26 % des femmes ont déclaré une dépendance à l’héroïne avant leur première grossesse, tandis que cette proportion monte à 74 % à la deuxième grossesse. On retrouve ici une première grossesse précoce, souvent interrompue, un départ du foyer parental, des expérimentations de produits très précoces et ensuite seulement la dépendance aux drogues.

34Peu de données dans la littérature permettent d’établir des comparaisons sur ces questions. Les femmes sont généralement interrogées sur leurs consommations dans le cadre des grossesses, ce qui peut entraîner une sous-déclaration par crainte des conséquences. Ici les femmes sont interrogées à distance des grossesses, hors du contexte d’un service de maternité et avec des enfants qui en très large majorité n’ont pas eu de problèmes de santé. Les données issues de l’enquête de Myriam Cassen (2004) montrent que près de la moitié des femmes avaient reconnu une consommation de drogues pendant leur première grossesse et 60 % lors de la seconde et des suivantes. Ces données ont néanmoins été recueillies en 2001 et on peut supposer que la mobilisation autour des consommations pendant la grossesse de ces dernières années, y compris pour le tabac et l’alcool en population générale a eu une influence sur ces consommations et/ou leur déclaration.

35A contrario, nous avons interrogé nos enquêtés sur leur propre évaluation des problèmes d’alcool ou de drogues de leurs parents et frères/ou sœurs. Parmi les femmes interrogées, 18,1 % ont déclaré que leur mère est ou a été dépendante aux drogues ou à l’alcool et pour 80 % d’entre elles que cette dépendance existait avant qu’elles soient majeures ; 34,5 % ont déclaré que leur père l’était (dont 57 % avant 18 ans). Par ailleurs, 22 % ont déclaré avoir au moins un frère dépendant et 14 % une sœur. Si l’on combine toutes les réponses positives, ce sont 69,1 % des femmes interrogées qui ont déclaré au moment de l’enquête au moins un proche ayant ou ayant eu un problème de dépendance contre 63,1 % des hommes (différence non significative). S’y ajoute que 76,7 % des femmes ont déclaré avoir vécu au moins une fois avec un partenaire stable abusant des drogues ou de l’alcool (contre 52,9 % pour les hommes, p < 0,001). Une proportion d’un tiers de personnes en soins des addictions rapportant un père ou une mère ayant des problèmes d’alcool est retrouvée tant dans la littérature américaine que britannique par exemple, avec 7 % concernés par à la fois un père et une mère ayant de tels problèmes (Cleaver, Unell and Aldgate 2011).

Les séparations des mères et des enfants

36La littérature internationale relève une forte proportion d’enfants séparés de leur mère ayant des problèmes d’alcool ou de drogues (Simmat-Durand, Genest and Lejeune 2012). Les enfants faisant l’objet d’une mesure des services de protection semblent dans une large proportion concernés par ces problématiques, encore plus aux États-Unis que dans les pays européens (Cleaver, Unell and Aldgate 2011). C’est un sujet récurrent de conflits portés devant les tribunaux entre les mères et les services hospitaliers, par exemple, qui réalisent les signalements, mais aussi une question complexe pour les soignants dont la mère est la patiente mais qui met potentiellement en danger son enfant (Plambeck 2002).

37Tous rangs confondus, dans notre population, la proportion d’enfants qui ont été placés ou finalement adoptés s’établit à 28 sur 150 soit 18,7 %, proportion moindre de celle que nous avons obtenue dans d’autres travaux, à partir de données de maternité portant sur des femmes usagères (Simmat-Durand, Genest and Lejeune 2012). Néanmoins, la construction du questionnaire a entraîné une sous-estimation de la proportion des séparations, notamment parce que le renseignement était « perdu » lorsque l’enfant était aujourd’hui majeur. Il s’agit donc ici de placements actuels et non au cours de la vie.

38Des travaux sur les femmes entrant en centres de soins des addictions avaient révélé des proportions beaucoup plus fortes de femmes séparées de leurs enfants (Cassen et al. 2004), à la fois parce qu’une partie du questionnaire portait spécifiquement sur les séparations, de tous types, et sans doute aussi du fait du mode de recrutement : nous n’observons nous-mêmes que des femmes qui ont des trajectoires longues dans les addictions, en moyenne dix ans dans la consommation d’héroïne suivis par onze ans de prise en charge par un traitement de substitution aux opiacés. Cela permet néanmoins de valider toutes les observations déjà faites du risque particulier que courent ces femmes de se voir séparées de leurs enfants au cours de leurs trajectoires (Simmat-Durand 2002 ; Simmat-Durand 2005b ; Simmat-Durand, Genest and Lejeune 2012).

39Les séparations de couples sont fréquentes dans notre population, les femmes au moment de l’enquête sont en couple avec un deuxième ou troisième conjoint parmi les partenaires qu’elles ont jugé significatifs (ayant compté dans leur vie). Au moment de l’enquête, le cumul des années en couple pour ces femmes s’établit à 17 années en moyenne, avec des variations selon l’âge actuel de la femme : 6 années pour les moins de 30 ans contre 23 années pour les plus de 50 ans. Lorsque l’on fait le bilan de la situation de couple actuelle, 44 % des femmes sont en couple au moment de l’enquête, tandis que 50 % sont séparées et 4 % n’ont jamais vécu en couple (2 % de non réponses). Ces données aboutissent au fait que moins de la moitié des femmes ont eu un seul père pour leurs différents enfants.

Une vie reproductive révélatrice des autres caractéristiques ?

40Si l’on compare les femmes qui n’ont pas eu d’enfant à celles qui en ont au moins un, on distingue deux sous-populations particulièrement contrastées.

41Les 48 femmes sans enfant ont été scolarisées jusqu’au baccalauréat voire après (27/48), elles ne sont en général jamais allées en prison (40/48) et la moitié est actuellement en emploi. Elles ressemblent à la population générale sur beaucoup de leurs caractéristiques socio-économiques. Si on distingue des grands groupes de consommation, autour de l’alcool, des drogues, ou des TSO et des médicaments, les femmes sans enfant ont les mêmes types de consommation que celles qui en ont eus.

42Les 68 femmes qui ont au moins un enfant en ont le plus souvent deux ou plus (41/68), la moitié exactement ont été enceintes quatre fois ou plus, du fait qu’elles ont connu deux IVG ou FCS ou plus. Elles sont plus souvent sorties de l’école avant 17 ans, avec un niveau d’éducation primaire, elles sont plus souvent allées en prison, ont été contaminées par le VHC, ont eu au moins un partenaire violent et ont déclaré un dernier emploi qui les situent dans la catégorie des ouvrières.

43Un tiers des femmes ont été enceintes quatre fois ou plus. La variable la plus significativement corrélée à ce nombre de grossesses est le nombre de conjoints, ce qui tendrait à montrer que ce nombre élevé d’enfants est en partie le reflet de couples fragiles et de nouvelles reconfigurations, comme nous l’avions déjà noté par le fait que la moitié avait plus d’un père pour leurs enfants. Néanmoins, quand on veut expliquer ce nombre élevé de grossesses par une régression logistique en prenant en compte leur niveau scolaire, les vulnérabilités de l’enfance, le nombre de conjoints et la consommation d’héroïne, cette dernière variable est la seule qui soit significativement associée. Ce qui signifie que le mode de vie associé à l’usage de l’héroïne et sans doute les perturbations de cycles liées à la prise de ce produit et à des habitudes alimentaires désorganisées sont associés à une faible pratique contraceptive. Cela a déjà été noté dans d’autres études : les femmes héroïnomanes n’ont souvent pas d’autres recours aux soins que les centres d’addictions, peu impliqués jusqu’à récemment dans la prise en compte de leur vie reproductive (Lejeune et al. 2006). Ainsi, les femmes concernées décrivent généralement leur grossesse comme une surprise totale, même si finalement la plupart choisissent de garder leur enfant (Aubisson 2009; Murphy and Rosenbaum 1999).

44Ce lien entre consommation d’héroïne et nombre de grossesses pourrait alors expliquer un paradoxe apparent dans les trajectoires de ces femmes, à savoir que ce sont celles avec enfants qui sont plus souvent allées au moins une fois en prison (27,9 % versus 4,2 %), alors qu’on aurait pu penser que le fait d’être mère de famille « protège » de l’incarcération.

Place des maternités dans les trajectoires et problématiques associées

45Les travaux donnant la parole aux femmes qui consomment sont relativement rares ou ne détaillent que très peu leur vie de couple ou en tant que mère. Bien que nos données soient quantitatives à partir d’un questionnaire, elles permettent de retracer des biographies précises sur les aspects principaux de la vie de ces femmes. Les questionnaires comportaient des espaces pour que l’enquêteur « raconte » certains aspects qui lui ont été livrés, ce qui permet de compléter les histoires. Nous proposons ici le récit de trois parcours dans leur singularité, permettant de passer des tableaux et tendances aux individus dont le récit compose le matériau récolté.

46La première catégorie, nous l’avons vu, comporte des femmes qui ont eu peu d’enfants et beaucoup d’IVG, comme Isabelle :

47Elle a 43 ans au moment de notre rencontre. Sa vie conjugale a été marquée par les violences, alors qu’elle déclare n’en avoir pas subi pendant l’enfance. Elle s’est mise en couple à 17 ans et a eu un enfant à 18 ans, dont elle a été séparée du fait des violences : elle a « choisi » de rester avec son compagnon et son enfant a finalement été adopté. À 19 ans, elle subira une IVG et fera une fausse couche à 21 ans qu’elle lie explicitement aux violences conjugales. Elle se sépare à 22 ans de ce premier compagnon et se remet en couple trois ans plus tard avec un autre conjoint, également violent dont elle déclare comme activité principale que « c’est un voyou ». Elle commence à consommer de l’héroïne à 28 ans, de l’alcool et du Subutex hors prescription (« c’était moins cher que l’héroïne », dit-elle). À 34 ans, elle est de nouveau enceinte et fait une nouvelle fausse couche suite à des violences conjugales. Elle déclare sombrer alors dans le crack, consommation dont elle sortira après la séparation de son couple, son conjoint étant incarcéré et elle-même étant soumise à une injonction thérapeutique, après une garde à vue dans le cadre de l’affaire dans laquelle il a été impliqué. Elle profite de son incarcération pour s’en séparer car il a pris cinq ans. Elle perd alors son emploi, elle était vendeuse depuis ses 18 ans. Une hépatite est diagnostiquée alors qu’elle a 41 ans (elle consommait par voie nasale). Elle vit seule, avec pour ressources le RSA et est sous traitement de substitution. Elle pense qu’elle a pu sortir de la drogue parce que son compagnon est allé en prison. Elle se considère néanmoins toujours dans les addictions du fait de son incapacité à arrêter le Subutex, malgré des tentatives avec différents médicaments.

48La question des violences envers les femmes autour des grossesses est posée dans la littérature, comme un moment important pour des interventions (Macy et al. 2007), mais avec le constat que même lorsque l’issue de la grossesse est défavorable, les médecins tendent à ne pas interroger cette problématique, qui est extrêmement sous-évaluée dans ce contexte (Fried, Aschengrau and Cabral 2006), alors même qu’il semblerait que le risque soit accru (Saurel-Cubizolles and Lelong 2005). Un rapport sur les violences pendant la grossesse note que les femmes ayant déclaré des violences depuis la naissance de l’enfant avaient eu significativement plus souvent au moins une FCS avant cette grossesse (Lebas 2005). La littérature pointe également une association entre usage de substances et violences pendant la grossesse (Martin, Beaumont and Kupper 2003). Les conséquences pour le devenir à court terme de l’enfant et en particulier ses problèmes de comportement, voire sa santé à long terme, sont interrogées dans le cas des consommations de la mère comme des violences domestiques, souvent en lien avec des épisodes dépressifs (Whitaker, Orzol and Kahn 2006).

49La seconde catégorie que nous avons discernée comprend des femmes qui ont eu beaucoup d’enfants mais pas d’IVG ou de fausses couches.

50Zohra a 38 ans à l’enquête et a commencé l’héroïne très jeune, à 13 ans, en a consommé pendant 10 ans avant d’entamer un traitement par méthadone. Elle vit avec le même homme depuis ses 20 ans et ils ont eu quatre enfants en commun. Son partenaire a 25 ans de plus qu’elle, a également consommé de l’héroïne et est actuellement sous traitement de méthadone. Elle dit subir des violences physiques de sa part. Elle a eu son premier enfant à 23 ans, le dernier n’a qu’un an. Elle déclare avoir toujours arrêté toutes ses consommations au moment de ses grossesses (sauf la méthadone). Son deuxième enfant a absorbé 20 mg de méthadone à l’âge de trois ans et a fait un coma : les deux aînés ont immédiatement été placés, lorsque le troisième est né, il a été placé également. Tous trois sont toujours en famille d’accueil, elle les reçoit le week-end, seul le quatrième est avec elle. Interrogée sur la signification qu’elle donne à avoir arrêté sa consommation, elle répond « rien, la stigmatisation est toujours là, on me voit toujours comme une toxicomane, c’est très discriminatoire, on voit d’une mauvaise manière les parents toxicomanes ».

51Ce cas évoque la question des expositions accidentelles de l’entourage aux produits opiacés en particulier aux traitements de substitution, ici le cas particulier des enfants qui sont à même d’encourir des conséquences extrêmes comme un coma ou un décès (Boucher, Pulce and Descotes 2006; Hayes, Klein-Schwartz and Doyon 2008).

52La troisième catégorie concerne des femmes qui ont eu à la fois de nombreuses IVG ou fausses couches et des enfants, comme Martine.

53Cette femme a 61 ans au moment de l’entretien. Elle a expérimenté l’héroïne à 16 ans mais n’a pas poursuivi, a consommé du cannabis de 17 à 25 ans et des doses massives de benzodiazépines (Rohypnol, Valium, Seresta, Lexomil), dont elle est toujours dépendante « j’en ai toujours sur moi, j’ai des stocks à la maison car je consulte plusieurs médecins pour en avoir ». Actuellement, elle les utilise par épisodes pour résister à l’envie de boire (des doses massives jusqu’à l’ivresse). Elle a été dépendante de l’alcool de 27 à 46 ans, a été abstinente pendant neuf ans avant de rechuter. Elle est de nouveau abstinente, dans un programme type Alcooliques Anonymes. Elle déclare trois conjoints significatifs, dont le dernier avec qui elle est mariée depuis l’âge de 25 ans. Après une IVG à 23 ans, elle a eu un premier enfant à 27 ans, puis a fait trois fausses-couches avant de parvenir à une nouvelle naissance à 32 ans. Elle déclare avoir bu au début de sa première grossesse et pas du tout pour le deuxième enfant. Ses deux enfants sont aujourd’hui indépendants. Elle dit du premier qu’elle a dû le mettre à la porte et qu’il a eu de gros problèmes d’addictions, que leurs relations ne sont pas très bonnes. Elle a suivi des études universitaires jusqu’à bac+4, a occupé le même emploi de 24 à 50 ans dans une administration puis a été mise en maladie de longue durée à 50, puis en invalidité à 56 ans, pour être actuellement retraitée. Sa stabilité conjugale lui a permis d’accéder à un logement stable puisque le couple en est aujourd’hui propriétaire. Elle explique sa rechute dans l’alcool ainsi « j’étais engluée dans un ensemble de choses, la dépression, mon père, une sensation de pesanteur et que ce serait toujours comme çà, sauf à se tuer, mais il y avait la responsabilité de mon père à charge, c’était même pas possible et puis mon fils allait mal ». Son deuxième sevrage correspond au décès de son père. Elle se sent « plus à l’abri maintenant, plus d’horizon bouché ».

54Enfin, la dernière catégorie concerne 23 femmes qui n’ont jamais été enceintes qui, contrairement à ce qui paraîtrait le plus logique, ne sont pas les plus jeunes (trois ont moins de trente ans néanmoins), mais au contraire bien réparties sur toutes les classes d’âge, douze ayant plus de 40 ans. Parmi elles, trois ont déclaré n’avoir jamais vécu en couple (dont une victime d’inceste) et quatre vivre en couple ou avoir vécu avec une autre femme. Une femme n’a jamais eu d’enfant mais a élevé celui de son conjoint, dont elle se déclare « mère sociale ». Une femme est séropositive. Une a une trajectoire de dégringolade, passant d’études supérieures et d’un emploi de cadre au RMI, avec une dépendance à l’alcool et aux benzodiazépines. L’analyse fine de ces vingt-trois histoires de vie montre donc des situations extrêmement diverses, rendant impossible le choix d’un exemple, qui en fait ne serait absolument pas le reflet des situations observées.

Le rôle des grossesses dans les trajectoires de sortie des addictions

55Les grossesses sont souvent citées dans la littérature comme un moment de grandes résolutions pour arrêter ou modifier la consommation, par les professionnels comme par les femmes (Simmat-Durand 2005a). D’autres plus pessimistes estiment que la rechute au moment de l’autonomisation de l’enfant est inéluctable, d’autant plus si le conjoint consomme toujours. Différents éléments nous permettent d’appréhender la place que ces femmes attribuent aux grossesses ou aux naissances dans leur trajectoire d’addiction. Notre étude, en portant sur des personnes plus âgées en traitement de longue durée, n’a cependant pas permis d’interroger des femmes qui auraient arrêté leur consommation et leur prise en charge autour d’une grossesse.

56Les propos recueillis vont fortement à l’encontre d’une causalité simple, grossesse égale arrêt de la consommation. Ainsi, cette femme nous a déclaré « et là, j’ai eu mon quatrième enfant et j’ai compris qu’il fallait que j’arrête » ; elle a 46 ans, a consommé de l’héroïne de 25 à 38 ans et ses trois premiers enfants ont été élevés dans sa famille, mais pas par elle.

57Parmi les femmes interrogées, 61 ont été dépendantes à l’héroïne (53 %), en moyenne à 21,8 ans ± 6 ans. Parmi les 75 raisons qu’elles ont données pour avoir arrêté l’héroïne, 10 ont cité une grossesse ou un enfant, soit seulement 13,3 % des raisons évoquées. Les motivations principales sont plutôt essentiellement négatives, comme les dettes et les problèmes financiers, les ennuis avec la police ou la justice, les problèmes de santé ou de santé mentale, ou globalement un cumul des difficultés désigné par « la galère ».

58Simultanément ou successivement, 68 femmes ont été dépendantes à l’alcool, soit 59 %, en moyenne à 31 ans ± 11 ans, donc généralement après la période liée à l’héroïne et ceci explique que le terme grossesse n’apparaisse pas dans les raisons citées pour mettre fin à leur consommation d’alcool.

59La dernière question traitée dans la littérature et que nous pouvons explorer ici est de savoir si les grossesses menées à terme ont été l’occasion de consulter et/ou de démarrer un traitement de substitution. En effet, la prise en charge des femmes consommatrices à l’occasion d’une grossesse est maintenant menée en concertation ou partenariat entre les centres de soins et les services de maternité et le protocole comporte la mise sous substitution pour les consommatrices d’opiacés.

60En nous limitant aux femmes qui ont été dépendantes à l’héroïne, force est de constater que l’âge déclaré à la première consultation se situe après quelques années de consommation, en moyenne à près de 26 ans, alors que la première grossesse a eu lieu à 21 ans et la seconde à 24 ans. Le début du traitement de substitution intervient autour de 30 ans en moyenne, âge déclaré également pour la dépendance à l’alcool. Les variations sont importantes selon l’âge actuel de la femme, les générations les plus récentes consultant de manière plus précoce (22 ans pour les moins de 40 ans contre 29 ans pour les plus de 50 ans, et accèdent aux traitements de substitution après un nombre bien plus limité d’années de consommation, y compris parce que les plus âgées ont consommé avant la mise sur le marché des traitements en 1995). Ainsi, les femmes âgées de plus de 50 ans ont déclaré avoir consommé de l’héroïne pendant plus de 17 ans, ayant eu accès au TSO à 37 ans en moyenne. Il est donc clair que pour ces générations plus anciennes, les consultations comme les mises sous traitement sont intervenues tardivement dans leurs trajectoires, après leurs grossesses, d’où la proportion observée de grossesses exposées aux produits.

61Pour les générations les plus récentes (aujourd’hui âgées de moins de 40 ans), la consultation est rapide après la dépendance, la mise sous TSO intervient en moyenne à 23 ans. De ce fait, seule la première grossesse est exposée à la consommation, mais nous l’avons vu, une sur deux a été interrompue. La seconde grossesse, qui est plus souvent menée à terme, coïncide avec l’âge à la consultation et à la mise sous substitution. L’effet des modifications de prise en charge est donc sensible seulement pour ces plus jeunes générations (Simmat-Durand et al. 2011).

Conclusion

62Pour les femmes qui ont participé à notre enquête, beaucoup plus avancées dans leurs trajectoires que la population moyenne fréquentant le dispositif de soins, il est difficile d’associer les grossesses à l’arrêt des consommations et au début des prises en charge. Au contraire, il semblerait que leur première grossesse n’ait pas permis de les repérer, soit parce qu’elle s’est terminée par une IVG ou une fausse couche, soit parce que les comportements d’usage abusif ou de dépendance n’étaient pas encore suffisamment présents. D’autant plus que pour les plus âgées, en butte à des représentations plus négatives il y a quelques années, il était indispensable de ne pas se signaler à l’attention des services pour ne pas risquer un placement de l’enfant.

63Les facteurs ayant le plus d’influence au moment des grossesses sont d’ordres socio-économiques ou éducationnels : les femmes avec les plus faibles niveaux de scolarisation auront de nombreuses grossesses et des échecs contraceptifs qui se superposeront à leur trajectoire de consommation, de ruptures affectives, de faible insertion sociale, etc., et plus souvent une consommation d’héroïne. A contrario, les femmes avec le meilleur bagage scolaire, avec l’accès à l’emploi et au logement que cela implique, ressemblent à la population générale des femmes qui accouchent, mais en ayant une histoire en tant que mère compliquée par l’usage abusif des produits.

64Une des hypothèses pourrait également être que les professionnels des centres de soins, comme des maternités, auraient tendance à surestimer le rôle de la maternité dans les trajectoires de ces femmes, quant à leur devenir et à celui de leurs enfants. Bien qu’il y ait un biais à travailler sur ces seules histoires longues dans la dépendance (qui plus est par l’intermédiaire des centres de soins), le rôle de l’histoire familiale, les évènements négatifs de l’enfance et les vulnérabilités qui s’y sont associées, semblent avoir un impact tellement important pour le déroulement de ces histoires de vie, que les maternités ne suffisent pas à infléchir les trajectoires ou constituer un turning point, même quand elles sont désirées. D’où le très petit nombre de femmes qui ont estimé dans notre étude que c’est une grossesse qui leur a permis d’arrêter l’héroïne ou l’alcool. Le recul de l’âge à la maternité combiné à l’avancement de l’âge des prises en charge permettent que pour les générations les plus récentes, la première grossesse coïncide avec le traitement, d’autant plus que les pratiques professionnelles ayant évolué, les femmes craignent moins de dévoiler leurs consommations et de se faire aider.

65Cette recherche a été financée par la MILDT.

66Liste des centres participants :

67Nous remercions vivement les différents centres, ainsi que leurs équipes respectives, pour leur accueil et leur collaboration à ce projet. Par ordre alphabétique, il s’agit :

  • De l’association Acerma (Dr Hispard)
  • Du CSAPA Cassini (Dr Badin de Montjoye et Dr Ferrand)
  • Du service d’ECIMUD de l’hôpital Louis Mourier (Dr Anne-Marie Simonpoli)
  • Du service d’alcoologie de l’hôpital Fernand Vidal (Dr Quetel)
  • Du CSAPA Horizons (Dr Jean Ebert)
  • De l’hôpital Marmottan (Dr Marc Valleur)
  • Du CSAPA Monte Cristo (Dr Cyril Orizet)
  • Du CSAPA Moreau de Tours (Dr Xavier Laqueille)
  • Du CSAPA Espace Murger (Dr Florence Vorspan)
  • Du CSAPA Pierre Nicole (Dr Laurent Michel)
  • Du centre Vaucouleurs (Dr Laurent Michel)
  • De l’association Vie Libre (Monsieur Juan Lahoz)

Tableau 1

Caractéristiques comparées des hommes et des femmes ayant répondu à l’enquête

Tableau 1
Tableau 1
Hommes Femmes Global p Eff N=225 % Eff N=116 % Eff N=341 % Age moyen (écart-type) 42,71 (9,79) 44,2 (11,14) 43,21 (10,28) Pays de naissance 0.178 France 170 75,6 94 81,0 264 77,4 Autre 53 23,6 17 14,7 70 20,5 Inconnu 2 0,9 5 4,3 7 2,0 Situation conjugale 0.022 En couple 67 29,8 51 44,0 118 34,6 Séparé(e), divorcé(e), veuf(ve) 151 67,1 58 50,0 209 61,3 Jamais en couple 7 3,1 5 4,3 12 3,5 Inconnu _ _ 2 1,7 2 0,6 Situation administrative 0.248 Nationalité française 183 81,3 102 87,9 285 83,6 Séjour régulier 26 11,6 9 7,8 35 10,3 Séjour irrégulier 10 4,4 1 0,9 11 3,2 Inconnu 6 2,7 4 3,4 10 2,9 Nombre d’enfants 0.003 Aucun 133 59,1 48 41,4 181 53,1 Un 46 20,4 27 23,3 73 21,4 Deux ou plus 46 20,4 41 35,3 87 25,5 Niveau scolaire 0.035 Primaire 57 25,3 20 17,2 77 22,6 Secondaire 91 40,4 38 32,8 129 37,8 Baccalauréat ou plus 65 28,9 51 44,0 116 34,0 Inconnu 12 5,3 7 6,0 19 5,6 Situation de travail 0.725 Travail 85 37,8 47 40,5 132 38,7 Maladie ou invalidité 38 16,9 20 17,2 58 17,0 Chômage 26 11,6 9 7,8 35 10,3 Sans activité 67 29,8 31 26,7 98 28,7 Retraité 8 3,6 7 6,0 15 4,4 Inconnu 1 0,4 2 1,7 3 0,9 Ressources actuelles 0.069 Salaire ou celui du conjoint 83 36,9 53 45,7 136 39,9 Revenus informels 31 13,8 11 9,5 42 12,3 Aides publiques 34 15,1 17 14,7 51 15,0 Invalidité 66 29,3 23 19,8 89 26,1 Inconnu 11 4,9 12 10,3 23 6,7 Logement 0.001 Personnel 115 51,1 85 73,3 200 58,7 Collectif ou à la rue 107 47,6 29 25,0 136 39,9 Inconnu 3 1,3 2 1,7 5 1,5 Protection sociale 0.205 Sécurité sociale personnelle 140 62,2 79 68,1 219 64,2 Aide médicale d’état 48 21,3 21 18,1 69 20,2 Pas de protection sociale 12 5,3 1 0,9 13 3,8 Inconnu 25 11,1 15 12,9 40 11,7 Expérimentation des produits Héroïne 161 71,6 71 61,2 232 68,0 0,439 Buprénorphine 121 53.8 52 50,6 173 50,7 0,873 Méthadone 107 47,6 61 52,6 168 49,3 0,940 Cannabis, haschich 195 86,7 88 75,9 283 83,0 0,174 Cocaïne, crack, free base 163 72,4 75 64,7 238 69,8 0,99 Benzodiazépines 141 62,7 85 66,3 226 66.3 0,904 Tabac 207 92,0 110 94,8 317 93,0 0,918 Alcool 199 88,4 94 81,0 293 85,9 0,484 Consommation régulière au moment de l’enquête héroïne 6 2,7 5 4,3 11 3,2 0,558 buprénorphine 40 17,8 18 15,5 58 17,0 0,909 Méthadone 60 26,7 39 33,6 99 29,1 0,542 Cannabis, haschich 43 19,1 22 19,0 65 19,1 0,375 Cocaïne, crack, free base 8 3,6 3 2,6 11 3,2 0,746 Ecstasy, MDMA, amphétamines 2 0,9 2 0,6 0,968 Benzodiazépines 71 31,6 39 33,6 110 32,3 0,912 Tabac 30 13,3 20 17,2 50 14,7 0,806 Alcool 61 27,1 15 12,9 76 22,3 0,102

Caractéristiques comparées des hommes et des femmes ayant répondu à l’enquête

Tableau 2

Répartition des femmes selon les issues de grossesses

Tableau 2
Rang Femmes concernées Enfants IVG FCS ou mort-né IMG enceinte 1 93 44 37 12 2 65 36 22 4 3 3 52 27 21 4 1 4 38 16 16 5 5 28 17 10 1 6 16 6 9 1 7 7 4 3 8 4 1 3 9 2 1 1 10 1 1 11 1 1

Répartition des femmes selon les issues de grossesses

Tableau 3

Nombre d’enfants exposés pendant la grossesse à des substances selon le rang de la grossesse

Tableau 3
Rang Enfants vivants Dont exposés à Alcool Drogues TSO 1 44 5 9 5 2 36 6 10 3 3 27 3 4 6 4 16 0 6 4 5 17 0 4 4 6 6 0 0 0 7 4 0 1 2 8 1 Tous rangs 151 14 34 24 9 % 22,5 % 15,9 %

Nombre d’enfants exposés pendant la grossesse à des substances selon le rang de la grossesse

Notes

  • [1]
    Prioux France, Barbieri Magali, L’évolution démographique en France, Population 67(4), 2012, 597-656.
  • [2]
    Même référence.
Français

La grossesse ou la maternité sont souvent décrites comme un point d’inflexion possible des femmes dans leurs trajectoires des addictions. Dans le cadre d’une recherche sur les sorties des addictions, 116 femmes ont renseigné un questionnaire biographique en face-à-face sur différents aspects de leur vie, dont la totalité de leurs grossesses menées à terme ou non. Parmi elles, 23 n’ont jamais été enceintes, les autres ont eu au moins une grossesse, se répartissant pratiquement pour moitié entre des IVG ou des fausses-couches et des naissances. La place des grossesses dans leurs trajectoires d’addiction est nettement différenciée selon leur génération de naissance : les plus jeunes ont consommé de manière plus précoce, ont été prises en charge plus rapidement et ont eu leurs enfants plus tard. De ce fait, contrairement aux femmes âgées de plus de 45 ans à l’enquête, leur vie reproductive est décalée par rapport à leur « carrière » dans les produits.

Mots-clés

  • femme
  • grossesse
  • maternité
  • enfant
  • trajectoire
  • addiction
  • consommation
  • questionnaire
English

Trajectories of women recovering from addiction: the role of pregnancy

Trajectories of women recovering from addiction: the role of pregnancy

Pregnancies or maternities are well described as potential turning points in women’s addiction trajectories. In a research study on recovery, 116 women were questioned in a face to face biographical survey about different aspects of their lives, including whether or not all their pregnancies had resulted in live births. Among these women, 23 had never been pregnant; the others had had one or more pregnancies, half resulting in live births and the others in miscarriages or abortions. The place of their pregnancies in their addiction trajectories is contrasted according to their birth cohorts: the youngest had used drugs while in their teens, were cared for a few years later and were pregnant afterwards. For these reasons, in contrast with the women aged 45 or above at the time of the survey, their reproductive lives were disconnected from their “careers” in product abuse.

Keywords

  • woman
  • pregnancy
  • maternity
  • child
  • trajectory
  • addiction
  • consumption
  • questionnaire

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Laurence Simmat-Durand
CERMES3, UMR Université Paris Descartes, CNRS 8211, INSERM U988, EHESS, Pres Paris Cité Paris
Natacha Vellut
CERMES3, UMR Université Paris Descartes, CNRS 8211, INSERM U988, EHESS, Pres Paris Cité Paris
Marie Jauffret-Roustide
CERMES3, UMR Université Paris Descartes, CNRS 8211, INSERM U988, EHESS, Pres Paris Cité Paris
Laurent Michel
Croix-Rouge Française et INSERM U669
Sarra Mougel
CERLIS, UMR Université Paris Descartes, CNRS 8070
Claude Lejeune
Université Paris Diderot et Groupe d’Étude Grossesse et Addictions
Maelle Planche
CERMES3, UMR Université Paris Descartes, CNRS 8211, INSERM U988, EHESS, Pres Paris Cité Paris
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Mis en ligne sur Cairn.info le 01/07/2014
https://doi.org/10.3917/psyt.193.0035
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