CAIRN.INFO : Matières à réflexion

1Les concepteurs de ce numéro consacré aux passions cognitives connaissent ma passion pour le foot et pour le sport en général, ce dont ils ont fait argument pour solliciter de ma part une communication et répondre à l’objection académique selon laquelle je n’avais aucune enquête engagée sur le terrain du sport et ne disposais d’aucune expertise savante sur le sujet.

2C’est donc en qualité d’amateur – un amateur à peine plus outillé que l’amateur de musique campé par Antoine Hennion (2000) – que j’engage ici une réflexion sur la dimension cognitive qui rentre dans la passion sportive qui est la mienne. Ce qui revient à dire que mon propos sera quasi exclusivement documenté par un matériau ressortissant à une phénoménologie de l’expérience ordinaire et à cette sorte d’herméneutique qui est immanente à l’état d’amateur ; une herméneutique à coloration sociologique en l’occurrence, eu égard à l’horizon de pertinence de cet amateur-ci mais eu égard aussi à cette sorte d’engouement qu’est le goût du sport, qui non seulement se forme, s’entretient et se manifeste par le truchement de médiations publiques (la rencontre sportive et ses comptes rendus médiatiques) mais porte à exhiber de manière toute particulière les régularités de sa distribution en suscitant la constitution de communautés de récepteurs dotées d’une grande visibilité publique.

3Intervenir ici en qualité d’amateur-sociologue présente trois avantages. En premier lieu, cela revient à mobiliser et ce faisant à exhiber ces « compétences de membre » dont l’ethnométhodologie pose l’existence et qu’elle-même s’emploie à documenter dans les contextes d’usage les plus divers. À en souligner également les propriétés sociologiques. En second lieu, la sorte d’auto-exposition que l’on propose d’expérimenter constitue un format adéquat à ce cadre-ci : ce par quoi la « passion cognitive » cesse d’être un objet dans une perspective de savoir positif mais se donne comme disposant, de l’intérieur, des ressorts de sa propre exposition comme phénomène cognitif. Enfin, c’est là manière de négocier le dilemme de la prise en charge académique des phénomènes attachés au monde du sport :

4- soit l’intellectualisme, qui revient à n’appréhender tel objet qu’eu égard aux questions théoriques qu’il soulève (par exemple : le savant / le populaire), le détachant en somme de la pratique commune qui en est eue pour le rapporter tout entier au travail intellectuel qui l’en abstrait ;

5- soit le folklorisme qui revient à faire effet du caractère déplacé de telle ou telle présence dans le monde académique : on se souvient de cette soutenance de thèse portant sur les groupes de supporters de tel club de football où le candidat s’était lui-même présenté avec tous les attributs des supporters considérés ; accompagné et soutenu comme ils savent le faire par un « échantillon représentatif » de ceux-là.

6Parce que la réflexion qui s’engage, on l’aura compris, ne doit qu’à l’obligation de satisfaire à une sollicitation particulière, mon argument consistera à prendre tout simplement au mot cette expression construite en manière d’oxymore : passion cognitive. En reprenant au bond cette expression et en la prenant à la lettre, il ne s’agira pas seulement de désigner l’amour du sport comme engageant possiblement une passion pour la connaissance mais comme étant un engouement dont le mode d’existence est cognitif ; et pas seulement non plus de désigner la connaissance en jeu ici comme relevant d’un rapport externe pouvant être pour certains passionnel, mais comme ce dont la texture même participe de l’affectivité (une connaissance intégrant ce que la rencontre sportive fait au passionné et aussi ce dont est faite la rencontre sportive, à savoir l’engagement agonistique des participants et ses divers ressorts).

7Cette dernière proposition relative au mode d’engagement cognitivo-passionnel du spectateur est le corrélat d’une thèse concernant l’ontologie du sport. Cette thèse s’inspire d’Hannah Arendt, laquelle constitue une référence fort commune en matière de sociologie du sport. Cette fois cependant, on s’y référera non pour reprendre son analyse du phénomène totalitaire et l’appliquer au sport dans une perspective de sociologie critique [1], mais pour inscrire notre approche du sport dans le prolongement de sa phénoménologie du monde public, laquelle est associée à un modèle esthétique de l’espace public, au sens où le propre de ces phénomènes du monde public que sont pour elle l’art et la politique est d’apparaître sur une « scène d’apparition ». Les entités du monde public (personnes, actions, événements...) acquièrent par conséquent « leur individualité et leur socialité dans le mouvement même où elles apparaissent pour ce qu’elles sont à un public capable de juger, de former des opinions et de répondre par des actions » (Quéré, 1992). L’intérêt que présente pour nous une telle approche est double. D’une part, elle met l’accent sur l’importance que revêt la réception de ce qui arrive pour un public de spectateurs qui le soumettent à leur « jugement réfléchissant » et forment à son sujet des opinions prétendant à la validité. D’autre part, elle reconnaît la capacité de ce type de jugement (dont le modèle kantien est le « jugement de goût »), qui est dissocié de la sphère du savoir valide et de la vérité, d’engendrer un sens commun, c’est-à-dire un monde partagé avec d’autres.

8Précisons en premier lieu que la thèse, défendue ici, du sport comme phénomène du monde public, sous-tend déjà nombre de mes travaux précédents, consacrés pour l’un à une rencontre sportive fort singulière, ayant fait se mesurer deux extrêmes (Peroni, 2001) ; pour un autre à l’événement considérable qu’a constitué la Coupe du monde 1998 à Saint-Étienne (Peroni, 2002) ; pour un autre enfin au dispositif de communication publique mis en place sous l’égide de la marque Adidas, branché sur le calendrier de cette même épreuve et ayant eu vocation à éveiller auprès du public sa fibre supportrice (Peroni, 1999). Précisons aussi que c’est donc à partir d’une sociologie des phénomènes du monde public et non pas d’une sociologie de la connaissance que je traite ici de la passion cognitive comme étant inhérente au mode d’existence public du sport.

9Ce mode d’existence du sport, nous ne l’appréhenderons pas ici directement en tant qu’il se manifeste dans des rencontres publiques à caractère spectaculaire mais en tant que celles-ci font l’objet d’une chronique quotidienne dans une presse spécialisée ; mais en tant qu’il donne lieu, chez l’amateur, à un usage régulier de cette presse sportive, soit, dans le contexte particulier qui est celui du champ journalistique français, marqué par de longues périodes d’exclusivité : le journal L’Équipe [2].

10Enfin, parce qu’il s’agit pour nous de présenter les compétences ordinaires de l’amateur en tant qu’elles s’entretiennent constamment dans la fréquentation du journal (ce qui n’équivaut pas nécessairement à sa « lecture »), ou plus exactement, à l’inverse, de les présenter en tant qu’elles sont attendues du « lecteur implicite » du journal (ou « impliqué » dit encore W. Iser), c’est-à-dire la sorte de lecteur auquel s’adresse le journal, auquel il ménage une place, auquel il offre des prises, se trouve par là-même désamorcée la délicate question de l’objectivation, par l’auteur de ces lignes, de sa propre position d’amateur. En effet, il y aura d’autant moins lieu pour l’auteur que je suis de devoir objectiver ma propre passion que cette passion qui est (aussi) la mienne, il s’agit précisément de la saisir à l’état objectivé dans cela même qui en constitue le ressort public, à savoir le journal.

11En considérant attentivement la manière dont cette passion est publiquement objectivée dans le journal, on tâchera de préciser les différents modes selon lesquels elle peut être dite cognitive :

12- en tant que ses propres affects sont partie prenante des nouvelles dont le lecteur de L’Équipe prend connaissance ;

13- en tant que les schèmes qui organisent la connaissance, les rubriques et classes dans lesquelles elle est quotidiennement distribuée, portent la marque de la passion présumée du lecteur dont ils viennent stimuler l’appétit cognitif et équiper les évaluations, pronostics, comparaisons, rapprochements...

14- en tant que cette passion cognitive ne se rapporte pas seulement à la chronique mais à la légende, se nourrit du va-et-vient de l’une à l’autre : l’évocation des grands épisodes du passé et de l’émotion qui leur est attachée mais aussi le devenir patrimoine des événements présents.

15Mais sur quel(s) numéro(s) alors faire porter notre attention ? Là encore, la question se résout d’elle-même. L’ordinarité que nous entendons saisir nous a en effet permis, sitôt tracé ce cadre de problématisation, de nous rendre à un dispositif d’enquête on ne peut plus élémentaire qui a consisté à examiner le journal L’Équipe du jour. Le jour en question était le jeudi 12 mars 2009.

CONNAISSANCE ET AFFECT MÊLÉS

16Le grand titre du jour, « Désespérant », s’applique à la rencontre de football de la veille au soir, à ses circonstances et à son effet, ainsi que l’indique le sous-titre : « Plombé par une première période catastrophique, l’Olympique lyonnais a subi à Barcelone une cruelle mais logique défaite (2-5, aller : 1-1). Le septuple champion de France quitte la Ligue des champions en huitième de finale pour la troisième fois d’affilée ». La tonalité du commentaire est encore précisée par la légende de la grande photo couleur qui représente cinq joueurs lyonnais accablés, tête basse, qui marchent vers le centre du terrain, leur capitaine portant le ballon à la main, pour réengager après qu’ils eurent encaissé un énième but : « Barcelone, stade du Nou Camp hier. La scène se répète au sortir de l’hiver depuis trois saisons. Les Lyonnais (de gauche à droite, Jérémy Toulalan, Juninho, Jean-Alain Boumsong, Cris et Jean II Makoun) tombent sur plus forts qu’eux. Cette fois, c’est le grand Barça qui les a rappelés à leurs propres limites. »

17Il est donc question d’un sentiment, le désespoir, qui engage en l’occurrence un rapport moral à l’avenir : ne pas en attendre sinon quoi que ce soit, du moins une certaine réalisation. Mais ce rapport à l’avenir ne se tient en l’occurrence que d’inverser un autre rapport moral à l’avenir, antérieur, au « futur passé » comme dirait Koselleck : l’attente passée d’une réalisation future. Le désespoir en d’autres termes réagence le rapport entre un champ d’expérience (marqué, lui, par l’espoir déçu) et un horizon d’attente. Si l’événement dont il est rendu compte, à savoir un match de foot, est « désespérant », c’est qu’il a opéré ce basculement auprès de ceux qui en ont été les spectateurs et, tout aussi bien, auprès de ceux qui en prendraient juste connaissance.

18Mais comment un événement singulier peut-il suffire à opérer ce basculement unanime ? Car l’événement en question est désespérant sans relativité aucune. Cela signifie que nous étions donc tous dans le même horizon d’attente : nous ? Oui, nous, lecteurs auxquels on s’adresse et dont on parle. Pour autant que L’Équipe ne prend pas simplement en charge le compte rendu médiatique d’un événement sportif échu mais effectue tout aussi bien, en cela même, la chronique quotidienne de l’expérience en fonction de laquelle les événements prennent leur portée.

19Nous voilà donc désormais dans cet état, sous le coup de ce sentiment (durable si rien n’est opposé à l’événement qui l’a imposé ; et de fait, le président du club de mettre en cause dans un article en pages intérieures l’organisation du foot français, qui voue le meilleur d’entre tous les clubs hexagonaux à ne pouvoir se battre à armes égales sur la scène européenne) : c’est cet état qu’installe en nous le compte rendu de l’événement si nous en prenons connaissance dans le journal, mais c’est tout aussi bien dans cet état que nous saisit le quotidien si nous avions déjà connaissance du résultat. Dans un cas comme dans l’autre, voilà ce que l’événement nous fait et ce qui importe, par le gros titre de l’édition du jour, n’est pas tant de communiquer le résultat que d’établir sa connexion avec ce qu’il fait à l’amateur.

20Précisons, à propos de cette sorte de grands titres qui portent sur ce que l’événement fait à l’amateur, qu’ils ne correspondent pas seulement, comme ici, à des descriptions de l’état dans lequel celui-ci est mis mais tout aussi bien et de manière tout aussi exclamative, à la perception qu’il en a et qui en est aussi une appréciation de la grandeur : « Fantastique ! », « Phénoménal ! »...

21Voilà le premier point : les événements sportifs, L’Équipe en rend compte avec le point de vue du spectateur ; de ce spectateur quelconque dont l’existence plurielle est constitutive du public. C’est donc une seule et même chose que de scander l’émotion et de donner l’information ; en cela, le journal est comme une membrane qui prolonge et anticipe la sensibilité du lecteur. Car en matière sportive, ce spectateur quelconque auquel s’adresse le journal est nécessairement engagé, partisan ; il est derrière son champion ou son équipe justement, ainsi que le signifie l’intitulé même du quotidien sportif. En ce sens, l’émotion suscitée chez le spectateur est la contrepartie de son engagement [3]. Entendons-nous : il n’est nullement question de soutenir par là que tout lecteur empirique, en l’occurrence, ait été effectivement « désespéré » – et ce, d’autant moins que j’étais loin de l’être moi-même, plutôt porté en bon Stéphanois à me féliciter des déconvenues du puissant voisin lyonnais – mais que le quotidien concourt fortement à construire une position de spectateur engagé comme étant immanquablement associée à la performance sportive et qu’en l’espèce, l’Olympique lyonnais ayant été le dernier club français encore en lice dans l’épreuve européenne, il eût dû rallier les suffrages de tous les sportifs français. L’engagement attendu du spectateur correspond bien sûr à une stylisation et s’il importe peu que chaque lecteur empirique ne soit pas effectivement désespéré, du moins importe-t-il que certains, les « authentiques » supporters lyonnais, le soient, eux, bel et bien. C’est alors leur perspective que nous sommes invités à endosser.

22Les amateurs de sport auxquels s’adresse le journal constituent donc un public de passionnés. Cette passion en est une qui les porte non seulement à attendre les nouvelles mais à en être affectés et à en être affectés de concert. Il est remarquable que l’émotion ne vienne pas, ici, se rajouter à ce qui ne serait auparavant que circonstances intrinsèquement événementielles, données à connaître à un public intéressé par les événements de ce genre, et auprès duquel cela pourrait susciter, le cas échéant, de puissantes émotions. Loin que celles-ci ne dépendent que des dispositions sensibles des récepteurs, c’est la texture même de l’événement qui contient déjà son effet perlocutoire – ce qu’il fait à son récepteur –, l’émotion qu’il suscite auprès du public. Or, ainsi que cela est apparu à propos du gros titre : « Désespérant », l’émotion suscitée auprès des récepteurs passionnés ne peut être concertée que pour autant qu’ils partagent un même horizon d’attente, c’est-à-dire pour autant que l’épreuve sportive engage une certaine structure temporelle, pour autant qu’elle est constitutive de quelque chose comme d’un temps public.

23Nous devons cette expression à l’approche pragmatiste de l’événement public de Molotch et Lester (1996), pour lesquels tout d’abord, les occurrences deviennent des événements en fonction de leur utilité pour un individu qui s’efforce à un moment particulier d’ordonner son expérience ; et pour lesquels précisément, il y a lieu par ailleurs de prolonger cette proposition au plan collectif :

24« Les collectivités humaines créent de même à leur usage des démarcations temporelles présumées être partagées par tous ceux qui sont considérés et se considèrent eux-mêmes comme des membres compétents de leur collectivité. Nous adopterons l’expression “temps public” pour représenter cette dimension de la vie collective qui permet aux communautés humaines d’en arriver à posséder un passé, un présent et un futur structurés dont la perception est supposée être partagée. De même que l’histoire d’une vie individuelle a pour éléments de base des événements privés, de même le temps public se constitue au moyen d’événements publics. Ainsi, la teneur de la conception qu’un individu se fait de l’histoire et de l’avenir de sa collectivité finit par dépendre des processus de construction des événements publics comme ressources pour la discussion des affaires publiques. »

25Ainsi que l’indique l’exemple précédent où nous, lecteurs, sommes saisis dans un même état de désespoir, la reconnaissance de telle occurrence sportive comme événement public générateur de passion est immanente à l’épreuve et c’est en cela même qu’elle entretient la contemporanéité des passionnés.

LE CALENDRIER ET LE CLASSEMENT

26Le temps public qui ordonne et scande au plan phénoménal les investissements du passionné se concrétise, au plan matériel de ses supports pragmatiques, d’une part et de manière prospective, dans un calendrier, d’autre part et de manière rétrospectivo-synthétique, dans un classement. En d’autres termes, il n’y a pas de sport sans épreuves donnant lieu à rencontres programmées qui se soldent par des résultats établissant une hiérarchie formalisée dans un classement. L’organisation rationnelle des rencontres sportives requiert, en ce sens, l’existence d’un monde du sport stabilisé. Nous appliquons ici au sport le concept de « monde » au sens que lui a conféré H.S. Becker, dans son analyse des pratiques artistiques, soit : « l’ensemble des individus et des organisations dont l’activité est nécessaire pour produire les événements et les objets qui sont caractéristiques de ce monde » (Becker, 1983). Ces précisions sont importantes, pour ne pas abstraire tel classement dont on peut prendre connaissance dans le journal, de l’infrastructure organisationnelle qui le sous-tend et l’assure, en l’espèce, telle fédération ou telle ligue ; pour ne pas le réduire en somme à un pur artefact médiatique. Cela, même si la plupart des épreuves sportives furent créées par des journaux trouvant là l’occasion de fidéliser un public par le compte rendu dont ils s’arrogeaient l’exclusivité : le Tour de France bien sûr, créé en 1903 par L’Auto, l’ancêtre de L’Équipe ; mais aussi par exemple la Coupe d’Europe de football, créée en 1955, par L’Équipe même alors qu’existait pourtant déjà une Fédération internationale de football. Surtout, à côté des divers classements officiels que les journaux ne font que reproduire à titre d’information, il en est d’autres qui sont entièrement de leur fait ; de très prestigieux, comme le Ballon d’or décerné chaque année depuis 1956 par France Football (et conçu par le même Gabriel Hanot à qui est également attribuée la paternité de la Coupe d’Europe de football) ; mais aussi, comme on va le voir, toutes sortes de classements beaucoup plus ordinaires.

27Que ce soit sous la forme de coupes éliminatoires ou de championnats, les épreuves sportives s’inscrivent dans la durée, les rencontres successives étant distribuées en différentes « journées ». Il importe alors que les passionnés puissent pratiquement tout à la fois s’aligner sur le temps calendaire de l’épreuve [4] et en suivre le déroulement dans la durée, pouvoir en quelque sorte la récapituler à tout moment mais aussi pouvoir y prendre part, par exemple en évaluant les chances de tel ou tel pour les rencontres à venir, en formant de manière plus ou moins explicite des pronostics. C’est ce que permettent ces artefacts cognitifs que sont le calendrier bien évidemment mais aussi le classement, auquel nous allons plus particulièrement nous intéresser en ce qu’il peut revêtir des formes et des acceptions très diverses.

28L’importance du classement dans la passion sportive a déjà été soulignée. L’engouement pour le football s’expliquerait même, selon Bromberger (2001), par le fait qu’il ouvre un temps « où se brouillent les repères classificatoires des formes de la vie collective » (2001, p. 349). Autrement dit, la « passion partisane » que génère le football permettrait de faire advenir un autre classement : comme en ce 26 mai 1993 où Marseille est devenue championne d’Europe. Au prétexte du football, il s’agirait ainsi d’agir sur les classements des uns et des autres, de dessiner de nouvelles frontières, de susciter de nouveaux drapeaux ou blasons. Le fait que la couleur verte soit devenue emblématique de la ville de Saint-Étienne, par exemple, indique, selon Bromberger, « la puissance classificatoire de l’ordre footbalistique » capable de remplacer ou de concurrencer les « emblèmes traditionnels » (2001, p. 107). Nous proposons de reconsidérer cette importance du classement, non plus du point de vue d’une économie de la grandeur spécifique, transgressive, mais comme artefact cognitif protéiforme, comme méthode d’ordonnancement et d’objectivation d’une connaissance commune pragmatiquement engagée dans la passion sportive.

29Les classements, bien sûr, ce sont d’abord ceux qui récapitulent, sous la rubrique de chaque discipline, l’état de l’épreuve au lendemain d’une nouvelle journée. S’agissant du football, qui compte le plus grand nombre de passionnés et auquel sont par conséquent consacrées les premières pages du quotidien – sauf événement exceptionnel dans une autre discipline –, le classement du championnat national est rappelé même en milieu de semaine, comme en ce jeudi 12 mars 2009, alors que ce sont pourtant les rencontres de Coupe d’Europe de la veille et du soir qui font l’actualité du football : c’est alors une version abrégée du classement qu’on peut trouver en page 12, sur 8 colonnes seulement (total des points, matchs joués, matchs gagnés, matchs perdus, matchs nuls, buts pour, buts contre, différence de buts). Au contraire, le lendemain d’une journée de championnat de France, le classement qui se trouve cette fois en page deux ne comporte pas moins de 20 colonnes (à celles déjà dénombrées, se rajoutent : matchs joués, matchs gagnés, matchs perdus, matchs nuls, buts pour, buts contre, aussi bien à domicile qu’à l’extérieur) ! Il invite alors tout autrement à être scruté, détaillé, à opérer des rapprochements pour y faire apparaître de nouveaux éléments significatifs : ainsi apparaît-il que l’équipe de Marseille marque autant de buts à l’extérieur qu’à domicile, ce qui est déjà surprenant mais bien plus surprenant encore, qu’elle en concède bien davantage à domicile qu’à l’extérieur ! On retrouve ici ce que Patrick Tort avait bien montré dans La Raison classificatoire (1989) : l’acte de classer entraîne une prise de conscience due notamment au rapprochement d’éléments que d’habitude on ne voit pas ensemble. Mais surtout, si l’on compare les tailles respectives de celui de la page 2 et de ceux qui sont produits pour les autres disciplines, le classement semble être d’autant plus détaillé que la passion est présumée grande ; c’est comme si la passion sportive était appelée à se traduire là en pulsion scrutatrice et que le lecteur plus passionné rentrait davantage dans le classement, à la manière dont on peut « rentrer » dans une image en zoomant, faisant alors apparaître des aspects qui y étaient inaperçus. Cette raison classificatoire est donc ici tout aussi bien une passion classificatoire ; cela se manifeste on ne peut plus nettement dans la démultiplication des classements.

30On peut distinguer en effet de cette première sorte de classement objectif, qui récapitule les résultats en cours de compétition et qui invite à en suivre les évolutions, les moindres inflexions, ce même classement devenu en fin de saison, définitif, transformé alors en palmarès pour les équipes de tête, et rendu pour sa part comparable à celui des années précédentes.

31À ces classements objectifs saisis sous différents états, on peut ajouter des classements périodiques ou plus exceptionnels, qui doivent pour leur part non plus à l’objectivité de l’épreuve mais à la subjectivité de l’appréciation : le plus grand footballeur ou athlète, français ou du monde, de l’année ou de la décennie ou encore du siècle... Un tel classement a ainsi par exemple été établi à l’occasion du vingt millième numéro de L’Équipe [5], par un jury composé de grands sportifs français constitués pour l’occasion en comité de rédaction du journal.

32« Le vingt millième numéro de L’Équipe (...) est enfin celui où ces champions, en long conclave hier après-midi, ont débattu et désigné le plus grand de leur universelle confrérie. Alors ? Les noms de Borg, Zidane, Ali, Pelé, Jordan, Comaneci, Merckx, Killy ont sonné... Tous pesés, soupesés, repesés au trébuchet des palmarès, de la magnitude des personnalités et de leurs époques. C’est aujourd’hui dans L’Équipe, à partager à l’infini des arguments et des souvenirs dorés sur tranche comme les médailles. »

33Eu égard au caractère subjectif du jugement opéré là, de tels classements peuvent tout aussi bien donner lieu à l’établissement de classes d’équivalence entre tous ceux qui sont par exemple rassemblés dans tel « Livre d’or » de l’année ou du football et qu’on ne peut qu’aimer pour ce qu’ils ont accompli, chacun à leur manière inégalable dans leurs disciplines ou à leurs époques respectives. À ce compte, la grandeur n’est plus simplement affaire de palmarès, de titres, mais de style, de caractère ; les échecs pouvant être alors tout aussi remarquables. Ainsi, la grandeur de Pelé tient-elle pour une part aux plus de 1000 buts qu’il a marqués tout au long de sa carrière ; mais elle tient aussi aux quelques-uns qu’il n’a précisément pas marqués : cette tête à bout portant, soldée par l’arrêt de Gordon Banks qui passe pour être l’un des plus extraordinaires jamais donné à voir ; ce lob tenté du milieu de terrain sur le gardien tchèque Viktor trop avancé et passé tout près de la barre transversale ; ce grand pont sans toucher la balle, qui passe pour être son inspiration la plus géniale, réalisé sur le gardien uruguayen Mazurkiewicz, à la suite duquel il ne parvint cependant pas à redresser suffisamment la trajectoire du ballon. Voilà trois quasi-buts qui ont, entre parenthèses, ceci de remarquable, d’avoir eu lieu pendant la Coupe du monde 1970 au Mexique, quand la carrière de Pelé aura duré près de 20 ans : grandeur de la mondovision !... Cet exemple suggère deux autres observations. En premier lieu, il invite à constituer précisément la classe des gardiens auxquels Pelé a marqué un quasi-but lors de la Coupe du monde de 1970. En second lieu, l’énoncé même des prouesses attribuées là à Pelé suffit à établir la transitivité de sa grandeur [6] : l’arrêt de Banks est d’autant plus remarquable que c’est Pelé qui avait fait la tête [7] ; Mazurkiewicz, gardien de but de la Celeste lors de trois Coupes du monde (1966, 1970, 1974), fut déclaré le meilleur gardien de la Coupe du monde 1970 ; quant au non moins inamovible Viktor, il était encore dans les buts en 1976 quand l’équipe de Tchécoslovaquie devint championne d’Europe.

34Enfin, de manière beaucoup plus prosaïque, on trouve d’une page à l’autre toutes sortes de classements ad hoc permettant de constituer de nouvelles classes ; non plus alors pour hiérarchiser des athlètes ou des équipes afin de pouvoir leur décerner des titres mais comme méthode de traitement de l’information, comme schème d’organisation de la connaissance. Ceci dit, le classement hiérarchique, caractéristique de l’épreuve sportive, devient alors un schème cognitif susceptible de s’appliquer à n’importe quoi. Cela se voit dans les infographies systématiquement associées au compte rendu des rencontres, qui ramènent l’information à des éléments comptables susceptibles de donner lieu à classement : classer les équipes selon le pourcentage de possession de balle, le nombre de cartons, le nombre de tirs au but... Se manifeste là comme une pulsion classificatrice qui peut toucher à peu près toutes les composantes de la rencontre.

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35Suivre le déroulement des épreuves sportives demande de prendre connaissance des résultats. Or il se passe toujours quelque chose, il y a toujours de nouveaux résultats qui changent les classements, influent sur les pronostics à venir. Pris en quelque sorte à leur tour dans une situation d’épreuve, les passionnés ont à se tenir engagés dans un processus cognitif d’enquête pour soutenir leur expérience – et même, est-on tenté de dire, eu égard au temps long de l’engagement, leur carrière – émotionnelle. Afin de prévoir les résultats, d’anticiper sur les séquences à venir, ils se doivent d’adopter une posture vigilante et de se tenir sans cesse informés. Ainsi, le jeudi 12 mars 2009, lendemain de Ligue des champions, le passionné de football ne manquera-t-il pas de prêter attention aux quelques informations relatives à la Ligue 1 – c’est-à-dire au championnat national –, qui sont rassemblées en page 12, qui concernent l’état de santé des joueurs et aussi leur état d’esprit [8] et à partir desquelles il lui sera possible de conjecturer la composition des équipes pour les rencontres du week-end ainsi que la motivations de certains éminents protagonistes. En l’occurrence, un reportage sur Nice : « Antonetti a le blues » [i.e. il s’agit de l’entraîneur, dont l’état est suscité par les exigences irréalistes des supporters] et la rubrique récurrente, entre deux journées, « En direct de la Ligue 1 », avec cette information majeure en provenance de Monaco : « Licata opéré demain » ; puis la liste des clubs et, pour chacun, un entrefilet sur le format de ceux-ci :

36« Bordeaux : Hier, un groupe a travaillé devant le but. Laurent Blanc a dirigé les défenseurs, qui ont évolué devant des joueurs de la réserve. Diawara (douleurs costales) et Trémoulinas (genou) n’y ont pas participé. Valverde était dans le but. »

37« Le Mans : Un entraînement hier. Aucun pépin à déplorer. »

38« Rennes : En raison d’un choc avec Hanson, Pagis a abrégé la séance. Il souffre d’une contusion au pied gauche. Mangane a été ménagé mais sa participation au match face au Mans n’est pas remise en cause. J. Leroy, Esteban et Gyan étaient présents. »

39« Sochaux : Carlao (cuisse) a fait son retour et pourrait postuler pour Nancy samedi. Exercices spécifiques pour Afolabi (cuisse), qui devrait réintégrer le groupe la semaine prochaine. Isabey (béquille) a écourté la séance. Hier, Gavanon a joué en CFA contre Besançon (1-3). »

40Le lendemain des rencontres, pour tous les sports, ce sont tableaux de résultats, nouveaux classements, notes données aux joueurs, commentaires des performances... Et ces nouveaux éléments de constituer autant de nouveaux paramètres permettant de juger tout à la fois de l’évolution suivie par les uns et les autres, des états de forme respectifs et des chances de chacun. Les nouvelles du jour en d’autres termes relancent en permanence les considérations rétrospectives et prospectives. Il n’y a pas d’autre engagement équivalent dans la vie publique ! Sans doute les citoyens ont-ils vocation à suivre pareillement la vie politique ; à cette différence près cependant que les événements qui font l’actualité sportive, l’amateur peut y prendre part directement ou en en suivant la retransmission. En sorte que bien souvent, les nouvelles en tant que telles sont déjà connues des lecteurs de L’Équipe, parce qu’ils ont suivi la rencontre dans les tribunes ou à la télé comme moi pour le match Barcelone-Lyon, ou parce que l’intérêt pour le résultat les a fait être à l’écoute des divers flashs info à la télé ou à la radio. Quels en sont les effets sur la lecture du journal ? Et y a-t-il même lieu, précisément de parler de « lecture » ?

41Dans les textes consacrés au compte rendu proprement dit des rencontres, les aspects factuels sont réduits à leur plus simple expression, le gros des articles étant constitué d’appréciations critiques ou laudatives mais dont la teneur est parfaitement indiquée dans le système des titres et intertitres, lequel peut dissuader ainsi de la lecture linéaire de l’article ou du moins en orienter le survol. Il importe d’autant moins encore de prendre connaissance des diverses péripéties de la rencontre par une lecture effective de la totalité du texte, que pour toute rencontre, les informations sont rassemblées et systématisées dans une infographie : la composition de l’équipe, les notes des joueurs, les remplacements, le nombre de tirs de chaque équipe, la possession de balle, la note du match, les circonstances des buts, les éventuels cartons... Mais précisément, tout se passe là comme si était à l’œuvre une dualisation des registres cognitifs et réceptifs : les éléments factuels étant rassemblés et donnés à voir dans des schémas ; la lecture proprement dite étant plus particulièrement réservée aux commentaires et gloses diverses des journalistes. Lire le journal, c’est alors, en ce sens, apprécier la justesse de ces gloses ou plutôt s’étalonner à elles, vérifier que l’on a bien vu le même match, mesurer pour les « profanes » que nous sommes, l’écart entre notre propre sensibilité et celle de prétendus « experts » afin, le cas échéant, d’ouvrir le feu de la critique. Dans l’un et l’autre registre en tout cas, c’est un regard plus analytique qui est sollicité, d’un côté, dans l’ordre de la mesure et, de l’autre, dans celui de la critique.

42Ajoutons que par-delà le seul compte rendu des rencontres singulières, la lecture du journal est tout aussi bien orientée vers la mise en perspective synchronique (des divers résultats du jour) et diachronique des trajectoires (les trajectoires de résultats respectives des différentes équipes) ; cette perspective est d’ailleurs encouragée par le journal lui même qui rend, par ses infographies, les performances commensurables et présente, dès le lendemain des rencontres, le programme de la prochaine journée. Plus encore, par-delà les pages consacrées à celle des disciplines qui constitue l’objet véritable de la passion, la lecture du journal revient aussi, pour une part non négligeable, à parcourir les rubriques consacrées à des sports de moindre intérêt – pour lesquels, paradoxalement, la lecture peut plus proprement consister en une prise de connaissance des résultats – et, ce faisant, à opérer une totalisation pratique du monde du sport. Cette exhaustivité de la lecture est ici encore favorisée par le journal puisque, quels que soient les sports, sont à l’œuvre les mêmes méthodes de classement et opèrent les mêmes ressorts dramatiques [9]. Détaillons-en les plus remarquables.

La focalisation sur le gros plan, le portrait

43Notre édition du jeudi 12 mars 2009 propose un cas de figure exemplaire de cette première modalité. On trouve en effet, en page 2, la rubrique : « Un homme dans le match », habituelle pour ce genre de rencontre-phare, qui permet de focaliser l’attention sur celui des protagonistes qui, eu égard aux circonstances de la rencontre, est susceptible de cristalliser l’attention des lecteurs. Ici, il s’agit bien sûr du seul joueur français de Barcelone ayant participé à la rencontre [l’autre Français de l’équipe, Éric Abidal, ancien Lyonnais de surcroît ayant, lui, été suspendu], dont il est dit en sous-titre : « À lui seul, il aura désespéré l’OL », avec une photo sous titrée : « Thierry Henry remporte son duel contre son coéquipier de l’équipe de France, Hugo Lloris » ; cette dimension incongrue et fratricide du face à face représenté sur l’image n’échappant à aucun amateur. Ce gros plan sur Thierry Henry a ceci de remarquable qu’il a pour ressort explicite une réduction du désespoir thématisé en page une comme caractérisant notre rapport générique à la rencontre, à la seule relation de Thierry Henry à l’OL : on ne saurait justifier mieux le bien-fondé de ce genre de focalisation !

44De manière plus générale – et ainsi que cela apparaît aussi dans l’exemple précédent, avec la mise en avant du caractère fratricide de la rencontre –, la focalisation sur le gros plan, qui fait passer de la rencontre au portrait, est associée à une dramatisation psychologique. Il y a là un ressort récurrent du recadrage de l’épreuve sur les individus qui en sont protagonistes : il faut connaître les dimensions psychologiques mises en jeu dans l’épreuve pour pouvoir apprécier la performance pour ce qu’elle engage d’affects. Nombreux sont ainsi les articles, dans cette même édition, dont les intitulés mettent l’accent sur cette dimension de l’épreuve ou encore de la performance ; celle-là même susceptible dans certains cas de donner à l’expérience traversée par le champion toute sa portée héroïque : à la rubrique Football, « Juninho a tout connu – Un but, une passe, une pulsion : le capitaine de l’OL est passé par toutes les émotions hier soir », « Le calvaire de Viera », « “Je n’ai rien compris” – David Trézeguet, éliminé avec la Juventus, mardi, n’a pas digéré d’être remplacé contre Chelsea », « Argentine – Riquelme claque la porte » ; à la rubrique Automobile, Formule 1 : « “Je reviens pour gagner” – Rubens Barrichello, dont on a cru qu’il serait mis à la retraite au profit de Bruno Senna, affiche un moral de jeune premier » ; à la rubrique Basket : « Touré a trouvé la paix » ; à la rubrique Ski alpin : « Vonn dans son monde – Large vainqueur de la descente d’hier, l’Américaine a raflé son deuxième globe de la discipline et deuxième gros globe. Comment fait-elle ? ».

La commutation classificatoire

45Si la dramatisation psychologique constitue le ressort intrinsèque de la focalisation sur un protagoniste particulier, cette focalisation n’est à son tour qu’une modalité d’une procédure plus large que l’on nommera commutation classificatoire, dont l’effet est d’activer un régime de lecture hypertextuelle. On le sait, un système hypertexte est un système contenant des documents liés entre eux par des hyperliens permettant de passer automatiquement du document consulté à un autre document ; ici, c’est la proximité physique sur la page et le titrage qui tiennent lieu de tels hyperliens. Ainsi, dans l’édition que nous parcourons, le compte rendu de la rencontre-phare nous a déjà conduit à un gros plan sur Thierry Henry, lequel se prolonge par cet insert, comme si les buts que celui-ci vient d’inscrire devaient opérer, dans l’esprit du lecteur, une commutation vers un certain décompte à mettre à jour : sous un gros « 50 », il est indiqué que Thierry Henry a réussi hier ses 49e et 50e buts en Ligue des champions et que, par conséquent, « il est classé au quatrième rang derrière l’espagnol Raoul (64), le néerlandais Van Nistelrooy (60) et l’ukrainien Chevtchenko (56). Aucun de ces joueurs n’est encore en course cette saison » [dans la mesure où les deux premiers joueurs cités appartiennent au Real de Madrid, éliminé de l’épreuve au tour précédent par Liverpool tandis que le troisième, après avoir appartenu quelques années à Chelsea, équipe londonienne toujours qualifiée, est revenu à l’intersaison au Milan AC qui, cette année, n’était pas qualifié pour l’épreuve à la suite d’une suspension pour corruption]. De même, à la page Rugby, sous l’article qui commente la composition du Quinze de France qui doit rencontrer l’Angleterre en fin de semaine, intitulé « Les sept trentenaires – L’équipe pour Twickenham fait la part belle aux joueurs âgés d’au moins trente ans. Du jamais vu sous l’ère Lièvremont » [i.e. le sélectionneur], on trouve, dans une infographie intitulée « Nombre de trentenaires dans le Quinze de départ sous l’ère Lièvremont », un décompte comparatif entre les diverses équipes nationales ; comme si l’accent mis sur la variable de l’âge impliquait de devoir faire le point sur ce qu’il en est de cette nouvelle classe de pertinence qu’est l’âge de la trentaine.

La stimulation et l’accompagnement de l’activité cognitive du lecteur

46Déjà, ces commutations qui sont proposées là au lecteur reviennent à anticiper les questions qui pourraient se poser à lui. D’autres rubriques récurrentes se rapportent plus explicitement encore à cette présumée disposition du lecteur au questionnement, et sollicitent par conséquent directement sa disponibilité. Il en est ainsi de la « Question du jour » pour laquelle les lecteurs sont appelés à voter et qui, au lendemain de l’élimination lyonnaise en Coupe d’Europe est la suivante : « un club français remportera-t-il cette saison la Coupe de l’UEFA ? », soit la seconde épreuve européenne, bien moins prestigieuse que celle dans laquelle l’Olympique lyonnais vient d’être éliminé mais la seule où restent encore en lice des clubs français, l’Olympique de Marseille et le Paris-Saint-Germain, dont les rencontres doivent avoir lieu dans la soirée. Dans le même encadré, on rappelle l’énoncé de la « Question d’hier » : « Nantes a-t-il plus de chances de se maintenir en Ligue 1 que l’AS Saint-Étienne ? » ; soit une question posée eu égard à la position de relégables occupée par chacun de ces deux grands clubs à quelques journées de la fin de l’épreuve. Les réponses des lecteurs ayant pris part au vote sont les suivantes : « OUI, 22 % ; NON, 74 % ; NSP, 4 % ».

47Les pages consacrées à la rencontre-phare comprennent de même la rubrique « Le match en questions », dans laquelle les questions sont énoncées en caractères gras, constituant ainsi les intertitres, et leur réponse, le corps du texte. En l’occurrence, les questions étaient les suivantes : « Depuis quand Lyon n’avait-il pas encaissé autant de buts en C1 ? », « Lyon réussit-il en Espagne ? », « Guardiola aime-t-il Puel ? », « L’OL avait-il déjà été éliminé en huitièmes en dépit d’un but de Juninho ? ». Des questions qui « se posent » en effet, pour autant qu’elles correspondent chacune à une classe à mettre à jour : celle des rencontres effectuées par l’OL en Coupe d’Europe ; celle, incluse dans la première des rencontres jouées sur le sol espagnol... Le fait même de la question indiquant a contrario qu’il y a bien là une série à parcourir (Guardiola et Puel, les deux entraîneurs respectifs, ne s’étaient jamais rencontrés comme entraîneurs, mais s’étaient déjà rencontrés en Coupe d’Europe au temps où ils étaient encore l’un et l’autre joueurs, l’un au FC Barcelone déjà, l’autre à l’AS Monaco ; l’ayant toujours battu, Guardiola « aime » donc Puel), une régularité à vérifier (avant la rencontre de la veille, chaque fois que Juninho avait marqué en Coupe d’Europe, son équipe s’était en effet toujours qualifiée).

LA CHRONIQUE ET LA LÉGENDE

48Il est une autre modalité encore de cette raison classificatrice qui opère au plan de la mise en page du journal et qui est présumée par là opérer tout aussi bien dans l’esprit du lecteur ; nous en faisons une présentation séparée dans la mesure où, même si nous avons vu déjà son ressort rétrospectif caractéristique opérer sous d’autres rubriques, il est ici activé en quelque sorte pour lui-même. Il s’agit en effet d’une variété de commutation que l’on peut dire mémorielle. Dans notre édition du 12 mars, une moitié de la page consacrée à la rencontre du soir en Coupe de l’UEFA entre Marseille et l’Ajax Amsterdam, est ainsi dévolue à l’évocation du passé glorieux du club hollandais ; soit

49- deux vignettes rappelant les deux précédentes confrontations des deux équipes, en 1971 et en 1988 : « L’OM n’avait rien pu faire » ;

50- un article : « L’Ajax, supermarché de l’Europe – Victime de la fuite de ses talents vers les grands championnats européens, le club hollandais ne peut plus rivaliser avec les meilleurs », où on peut lire : « Vainqueur de la Ligue des Champions 1995 avec neuf éléments sortis de son exceptionnel vivier, l’équipe de Van Gaal a perdu la finale 1996 contre la Juventus (1-1, 2-4 aux t.a.b.) et s’est fait dépecer dans l’année qui suivit ». L’astérisque indiquant : « Après Seedorf en 1995 (Sampdoria), l’Ajax a vu partir Davids, Reiziger (A.C. Milan) et Kanu (Inter Milan) en 1996, Bogarde, Kluivert (A.C. Milan) et Overmars (Arsenal) en 1997 » ;

51- enfin, un tableau : « Ils ont fait la gloire de l’Ajax » : « Les douze joueurs cités ci-dessous ont porté à une période de leur carrière les fameuses couleurs rouge et blanche du club qui révolutionna le football moderne au début des années 70 ».

52Cette sorte de commutation, par laquelle un passé glorieux ou tout au moins mémorable est réinscrit à même l’événement présent correspond à une seconde dimension du temps public instancié par le quotidien, dont il importe de bien noter qu’elle est en réalité immanente à la première. Nous avons vu déjà que le quotidien concourt à un calibrage sportif du temps présent, que sa chronique de l’événementialité sportive installe le lecteur dans une actualité indexée au calendrier des épreuves, que sa détermination des événements en passe par une intense activité cognitive : par la mobilisation de nombre de classes, l’événement peut être reconnu pour ce qu’il est et constitué à son tour en matière cognitive ; chacune de ces classes étant bien sûr dotée d’une teneur historique pour autant qu’elles participent de la dynamique métamorphique de la typification telle que parfaitement analysée par A. Schütz, assurant la conversion de l’événement singulier passé en connaissance typique disponible pour déterminer le sens de ce qui arrive. Reste qu’en attachant la détermination de l’événement présent à la convocation de classes ouvertement rétrospectives – et eu égard à la récurrence de telles convocations –, c’est tout aussi bien l’entretien d’une mémoire, d’un patrimoine qui est assuré.

53La chronique quotidienne qui scande le temps ordinaire ouvre là sur un tout autre registre temporel, celui de l’exploit d’antan, de la période glorieuse, encore présents dans les mémoires ; or, comme cela vient d’apparaître, c’est une seule et même chose que d’activer l’un et l’autre. D’ailleurs, l’éventuelle convocation de classes rétrospectives, concernant par exemple le passé glorieux de l’Ajax, ne fait jamais en la matière qu’expliciter ce qui est implicitement requis du lecteur, à quelques heures ici d’une énième rencontre avec ce club prestigieux. L’édition du 12 mars ne titrait-elle pas : « Désespérant », sans plus ? On reconnaît là cette anaphore caractéristique des journaux quotidiens, qui convoquent un lecteur déjà informé des séquences précédentes – un lecteur sachant, en l’occurrence, que c’est l’énième année que Lyon se « casse les dents » sur la scène européenne –, par où s’adresser au spectateur ponctuel de l’événement revient à s’adresser au spectateur de la série longue.

54Cette immanence du temps long du mémorable au temps présent de l’actualité, qui peut être saisie au plan interprétatif, au sens où une certaine mémoire est forcément mobilisée pour identifier ce qui arrive, caractérise plus radicalement encore l’expression même de la singularité de l’événement : l’événement qui arrive, et qui est à déterminer, n’est plus alors pour le quotidien, simplement l’occasion de convoquer une mémoire – celle qui rentre dans sa détermination – et par là, de l’entretenir ; il est ce dont la détermination doit pourvoir à sa propre mémorabilité.

55Cela est parfaitement énoncé dans ce slogan d’une campagne publicitaire : « L’Équipe légende le sport ». Qu’est-ce à dire ? Une parenthèse lexicographique nous convaincra que l’expression vaut ici à plus d’un titre [10].

56Le verbe « légender » (mil. XX ; de légende) signifie « accompagner (un dessin, une médaille, une carte) d’une légende explicative » ; ce qui correspond au sens de la troisième entrée du mot « légende » :

57« III. (1579) ♦ 1° Inscription d’une médaille, d’une monnaie. Bordure réservée à la légende. ♦ 2° Texte qui accompagne une image et lui donne un sens. La légende d’un dessin, d’un croquis. »

58De fait, on trouve beaucoup d’images photographiques dans L’Équipe, à commencer bien sûr par l’immense photo qui occupe la une. Dire que « L’Équipe légende le sport », de ce point de vue, revient à faire du sport une image en attente de son sens. Mais ce sens, quel est-il en l’espèce ? La forme verbale se confondant, en un jeu de mots, avec le substantif, c’est en parcourant les autres acceptions du mot « légende », à commencer par la toute première, que cela peut être déterminé :

59« I. Relig. ♦ 1° Récit de la vie d’un saint destiné à être lu à l’office de matines. V. Lecture. ♦ 2° Par ext. Recueil des ces récits. »

60En fait de « saint », s’il est une figure célébrée dans la sorte de récit que propose le quotidien sportif, c’est bien sûr celle du champion qui, pour autre qu’elle soit, n’en incarne pas moins nombre de vertus qui doivent à la dimension morale de l’épreuve de se révéler. Parler de célébration est ici tout indiqué eu égard à la dimension pragmatique du récit en question, destiné à rentrer dans une liturgie quotidienne ; c’est d’ailleurs à cet usage liturgique du récit hagiographique, destiné là à l’édification des fidèles, que se rapporte l’étymologie : legenda (adjectif verbal latin), « qui doit être lu ».

61Le sens du jeu de mots n’est véritablement donné cependant qu’avec la deuxième entrée du terme, qui spécifie la sorte de récit dont il s’agit : dire que « L’Équipe légende le sport » revient alors à dire que le quotidien transforme littéralement le sport en légende :

62« II. (1558) Cour. ♦ 1° Récit populaire traditionnel, plus ou moins fabuleux, merveilleux. V. Fable, mythe. Légendes propres à un peuple. V. Folklore, mythologie. ♦ 2° Représentation de faits ou de personnages réels accréditée dans l’opinion, mais déformée ou amplifiée par l’imagination, la partialité. V. Conte, fable, histoire. Si l’on en croit la légende. La légende de Napoléon.

63- Absolt. L’histoire et la légende. Légende héroïque. (V Épopée.) Entrer dans la légende.

64- Loc. adj. De légende : remarquable, mythique. Trains, motos de légende. Duels de légende. V. Mémorable. »

65Le sport est fait légende, soit un récit issu de la réalité mais déformé car engageant les affects de ceux qui l’adoptent, et en l’occurrence élaboré du point de vue du spectateur passionné ; qui ne doit d’être mémorable qu’à la présence d’une dimension fictionnelle, ne tenant précisément qu’à une certaine manière de voir l’épreuve comme engageant bien davantage que son résultat sportif, et le champion comme étant beaucoup plus que l’éminent pratiquant de sa discipline. Procédant de ces excès, la mise en récit opérée relève d’un genre narratif qui n’est autre que l’« épopée » :

66« ♦ 1° Long poème (et plus tard, parfois, récit en prose de style élevé) où le merveilleux se mêle au vrai, la légende à l’histoire et dont le but est de célébrer un héros ou un grand fait. »

67On pourra objecter qu’il est pour le moins exagéré d’invoquer ici l’épopée eu égard au caractère superficiel du sport, à son absence de contenu ; n’était que la langue française y encourage, la seconde entrée de l’adjectif « épique », validant par avance cette sorte de rapprochement hyperbolique :

68« ♦ 2° (1835) Cour. Digne de figurer dans une épopée ; qui a les proportions des sujets ou des héros de l’épopée. »

69Mais il y a plus : ce registre de l’épique n’est pas simplement un style culturel quelque peu risible dans son emphase, dont le principe fut parfaitement formulé par A. Blondin [11] : « de deux mots il ne faut jamais choisir le moindre » et à laquelle quelques collaborateurs de talent auraient précisément su donner comme l’on dit ses « lettres de noblesse ». Il participe pleinement d’une pragmatique du concernement, voire de la mobilisation. Car à côté des communautés bien constituées disposées à vibrer aux prouesses de leurs favoris, comme le football en présente avec les groupes de supporters – d’ailleurs, le caractère exclusif de leur engagement passionnel réclame un support à cette mesure que constitue le fanzine –, il y a des communautés de passionnés ad hoc, immanentes à l’événement, suscitées par sa chronique et rendues possibles par ce style emphatique précisément. Les Jeux olympiques avec leur représentativité nationale des athlètes participants sont particulièrement propices à ces engouements collectifs fulgurants pour une nageuse de seize ans, ou plus improbable encore, pour un marcheur à lunettes...

70C’est une seule et même chose que de scander l’émotion et de donner l’information, avons-nous indiqué ; il apparaît maintenant que c’est une seule et même chose aussi que de faire la chronique et d’écrire la légende ; pour autant que la chronique pourvoit à sa reprise légendaire, à la mémorabilité. Cette identité se traduit de manière emblématique dans la dualité de la « une ». Celle-ci est en effet à l’intersection de deux lignes : l’une verticale et spatiale, qui se tient dans l’espace du journal quotidien et dans l’ordre de l’actualité, de la chronique, revenant à exhausser telle occurrence comme événement et à en graduer l’importance ; l’autre, horizontale et temporelle, dans la série des journaux et dans l’ordre de la mémoire, de la légende, revenant à rassembler les événements de même taille. Ainsi propose-t-on, sur le site Internet du journal, d’acheter les « unes historiques ».

71De cette identité entre chronique et légende, attestent par ailleurs les dispositifs rétrospectifs successifs confectionnés par L’Équipe. Ainsi le dernier en date de ces ouvrages : L’Équipe - 60 ans - 1946-2006 - Soixante ans de la vie d’un journal. Soixante minutes de légende du sport [12], met-il en équivalence, d’une part, le temps long de la vie du journal auquel est implicitement associé l’ordinaire de la chronique des événements quelconques et, d’autre part, le temps discret de l’exploit à jamais arrêté par sa mise en légende. Plus remarquable est encore l’ouvrage précédent : 50 ans de sport. 1946-1995 [13] ; eu égard en particulier à la place qu’il ménage aux « unes » dont on a relevé déjà combien leur dualité permet d’assurer l’identité chronique – légende. Détaillons donc, en nous reportant à la rubrique « Lecture mode d’emploi » qui introduit à l’ouvrage, ce dispositif qui fait coïncider les grandes pages de l’histoire du sport de ces 50 dernières années avec les « unes » de l’époque et leurs textes associés.

72À chacune des cinquante années sont consacrées plusieurs pages. « Chaque année est “commandée” par une double page millésimée, mettant en évidence le fait ou l’exploit que nous avons sélectionné comme événement de l’année... ». Concrètement, celui ci est évoqué par une photo en double page, comportant une double incrustation : en très gros caractères, le nombre correspondant à l’année, rappelé également sur la bordure externe des pages suivantes, en manière d’onglet ; en vignette, les « unes » d’époque se rapportant aux divers événements de l’année ayant été retenus et qui sont chroniqués dans les pages suivantes. En effet, « vient ensuite, dans l’ordre chronologique, la présentation des faits les plus marquants de l’année considérée », comme si les pages suivantes étaient les pages intérieures d’une édition annuelle. Or la présentation des faits retenus n’est autre à son tour que la présentation d’origine :

73« Jalonnant cette actualité, les articles originaux des collaborateurs de L’Équipe ponctuent les grandes dates de l’histoire du sport. Aussi souvent que nous l’avons pu, nous avons restitué ces articles dans leur intégralité. Quand pour des raisons de place, nous avons dû les réduire, nous l’avons fait dans le respect de l’esprit et de la lettre de l’auteur... La mise en page a parfois été maintenue avec les titres et sous-titres montrant comment L’Équipe présentait les événements. »

74Ainsi, la présentation des événements qui ont marqué l’histoire du sport reprend-elle et la forme et les termes de leur chronique originelle [14]. On ne saurait mieux établir que c’est une seule et même chose que de rendre compte de l’événement qui vient d’avoir lieu avec l’emphase qui convient pour en exprimer l’importance et de l’inscrire dans la légende.

75Cela est également perceptible dans le très exceptionnel n° 20.000 du quotidien, dans lequel on retrouve les mêmes éléments « légendaires » que ceux figurant dans les rétrospectives précédentes, mais cette fois distribués à même la chronique de l’édition quotidienne du 10 avril 2009. Ainsi que cela est précisé dans l’éditorial :

76« Le vingt millième numéro de L’Équipe, aujourd’hui, est celui de l’histoire commune des champions et d’un journal, les premiers offrant au second la pâte de leurs exploits où s’écrivit leur histoire devenue légende, au fil du temps et des plumes qui, selon le mot d’Antoine Blondin, entre deux mots, rarement choisissaient le moindre.

77Il est celui d’une actualité que ces mêmes champions venus hier dans les nouveaux locaux du quotidien, ont traité avec infiniment d’enthousiasme, de pertinence et ce qu’il faut d’humour, devenant chroniqueurs, reporters et éditorialistes d’un jour. »

78Dans ce dispositif original par lequel « 18 champions français de 20 à 77 ans ont réalisé le n° 20.000 de L’Équipe », l’identité de la chronique et de la légende en passe par une identification du champion au journaliste, puisque ce sont les mêmes dont les exploits d’hier sont devenus légende, qui s’attellent aujourd’hui exceptionnellement à la tâche de chroniquer l’actualité du jour. Concrètement : pour chaque page de cette édition, à côté de la chronique normale de l’actualité du jour, l’un de ces champions dont un insert rappelle la « carrière sportive » et qu’une photo d’époque montre en pleine action, consacre une manière d’éditorial au grand événement sportif du passé l’ayant tout particulièrement marqué ; une seconde photographie le montrant qui plus est tenant à la main la « une » de L’Équipe qui avait relaté l’événement en question [15].

79On notera enfin que si la rétrospective constitue ainsi un genre sportif de prédilection, c’est dans la mesure où la contribution de l’événement sportif à la constitution d’un temps public ne peut être véritablement appréciée que rétrospectivement. En termes interactionnistes, on pourrait dire, de ce point de vue que L’Équipe scande la carrière morale de l’amateur. Pour documenter ce point, je voudrais évoquer in fine une ancienne émission de télévision dont le dispositif présente l’intérêt d’avoir pu rendre particulièrement manifeste cette dimension commune [16].

80« L’esprit du sport », c’est le titre d’une émission de télévision, aujourd’hui disparue qui, de 1994 à 1997 a donné « droit de cité » au sport sur la Cinquième, dite jadis « chaîne culturelle ». Or, en quoi a consisté cette émission dont le dispositif était censé permettre à cet esprit de se manifester ? Chaque émission était consacrée à l’évocation de trois événements sportifs, tenus pour particulièrement marquants par la personnalité constituant l’invité du jour. Le déroulement de chaque émission était alors scandé par la répétition de la même séquence articulant images d’archives et conversation de plateau. D’abord, « les actualités », c’est-à-dire les images des grands événements de l’année considérée, par où l’événement sportif peut être inscrit dans la série des événements historiques de même rang, tout en étant resitué dans son contexte de réception d’alors. Ensuite, les images de l’événement sportif proprement dit dont l’existence même atteste qu’il s’agit bien là d’un événement, ce que confirme et spécifie le commentaire d’origine qui leur est incorporé, chacune des émissions et, par-delà, la série des émissions, opérant la constitution d’une famille des événements sportifs de même grandeur. Enfin, à partir de ces images qui sont, dans la plupart des cas, celles-là même par l’intermédiaire desquelles la personnalité invitée avait vécu l’événement en question, une discussion à laquelle participe également l’athlète – ou l’un des membres de l’équipe – dont les images avaient à peine restitué la performance, ainsi que tel journaliste ou chroniqueur sportif particulièrement impliqué. C’est donc l’ensemble des protagonistes qui se retrouvaient là à échanger leurs impressions ; c’est-à-dire, outre le sportif lui-même, le journaliste qui opère en temps réel la reconnaissance de telle occurrence comme d’un événement, ainsi que l’étalonnage de la grandeur de la performance et qui est enfin, dans la durée, gardien du « grand livre du sport » ; enfin, la personnalité invitée qui tient lieu alors de récepteur public et que son témoignage établit précisément en qualité de protagoniste [17]. Protagonistes, ils le sont tous, non plus cependant d’un événement localisé dans une enceinte sportive et dont la portée concerne une discipline ; mais d’un événement s’inscrivant dans l’espace public lui-même, entendu au sens esthétique que lui confère H. Arendt.

81Ainsi agencée, cette émission reconnaissait l’événement sportif en sa qualité d’événement public, au sens où « l’expérience d’un événement public est d’abord commune » (Barthélémy, 1992) [18] ; plus encore, elle reconnaissait cet événement comme participant d’un temps public, en se proposant de rapporter l’« esprit du sport » non pas à l’accomplissement de la performance mais à la marque ayant été laissée chez telle personnalité extérieure au monde du sport, par tel grand événement sportif et plus encore, au partage de l’émotion réactivé sur le plateau chez les protagonistes d’antan [19].

EN GUISE DE CLÔTURE

82Puisque c’est comme amateur que je me suis prêté au jeu qui m’était proposé, il ne saurait être question d’apporter quelque conclusion que ce soit à ce texte ; en revanche, je ne saurais l’achever sans avoir cédé au plaisir de donner libre cours ici au registre de la variation encyclopédique, tellement déplacé dans l’espace d’une revue académique mais qui n’en constitue pas moins la forme discursive – se donnant d’ordinaire en format dialogique – caractéristique de la passion cognitive des amateurs. Le prétexte m’en est donné par l’individualité excessive conférée à ce qui participe du matériau légendaire, tel que le restituent, dans les derniers dispositifs considérés, ceux qui furent les spectateurs des grands exploits d’antan ou du moins les récepteurs de leur chronique – l’événement singulier ayant marqué tel champion fait rédacteur ; les trois événements ayant marqué telle personnalité extérieure au monde du sport – et par le souci d’opposer à ces dispositifs d’individualisation de ses objets, le caractère au contraire proliférant et rhizomatique de la passion cognitive.

83Je me souviens d’avoir vu jouer, petit, Eusebio, la « panthère noire du Mozambique », et Pelé alias Edson Arantes do Nascimento ; comme je me souviens n’avoir jamais vu jouer Puskas, le « major galopant » attaquant vedette de la grande équipe de Hongrie, avec Hidegkuti, Czibor, Kocsis... Après les événements de Budapest, ces derniers se sont retrouvés à Barcelone – où jouait déjà depuis une dizaine d’années Kubala qui, lui, avait quitté la Hongrie dès l’occupation communiste d’après-guerre – tandis que Puskas se retrouvait dans le Real du président Santiago Bernabeu – celui qui devait donner son nom au stade – avec Alfredo Di Stefano, premier double ballon d’or de France Football, Argentin qui avait joué auparavant aux millonarios de Bogotá et qui, en tant qu’oriundo [terme en usage en Espagne et en Italie pour désigner le descendant d’un immigrant ayant quitté le pays d’origine pour l’Amérique du Sud] avait pu porter successivement – chose devenue impossible aujourd’hui – le maillot des deux équipes nationales, argentine et espagnole. L’uruguayen Schiaffino (dit Don Juan à cause de son prénom : Juan Alberto), qui fut champion du monde avec l’Uruguay au Brésil, fit de même avec l’Italie après avoir été acheté au Peñarol de Montevideo par le Milan AC, pour pallier le départ de Gren, le « gre » de la fameuse triplette suédoise du Milan de la fin des années 1950 : Gre-no-li, « no » pour Nordhal et « li » pour Liedholm, celui qui devait devenir entraîneur de l’AS Roma, fameux pour avoir introduit la défense en zone en Italie (à cette époque, Falcao qui régnait sur tout l’entrejeu était le « Roi de Rome » et avec lui, il y avait Zico à l’Udinese, Socrates à la Fiorentina et Junior au Torino : tout le milieu de terrain de la grande équipe du Brésil des années 1980 était en Italie ; celle qui fut battue en ¼ de finale par la France à Guadalajara aux tirs aux buts grâce à L. Fernandez, après que les deux grandes vedettes Zico et Platini eurent échoué ; avant que la France ne perde une nouvelle fois en ½ finale contre l’Allemagne) ; fameux aussi pour avoir perdu « à la maison », au stade Olympique, une finale de Coupe d’Europe des champions contre Liverpool aux tirs aux buts, là encore ; le gardien zimbabwéen Grobbelaar, lors du tir décisif, s’étant mis à chanceler comme s’il était ivre, déstabilisant ainsi l’italien Graziani, celui qui quelques années plus tôt avait constitué dans l’équipe du Torino, avec Pulici, un fameux tandem d’attaquants, « i gemelli del gol », ayant permis au Toro – c’est ainsi qu’on surnomme le Torino FC (cette autre équipe de Turin, bien moins connue que la Juventus mais qui dans la ville, compte plus de supporters que sa grande rivale ; tout comme à Madrid, l’Atletico vis-à-vis du grand Real ) à cause du Taureau qui figure sur son blason – de gagner un nouveau scudetto [titre de champion d’Italie] après les quatre gagnés consécutivement à la fin des années 1940 et qui auraient sans doute été plus nombreux encore si cette équipe merveilleuse qu’on appelait « Grande Torino » n’avait disparu en 1949 lors de la catastrophe aérienne de Superga [c’est le nom de la basilique qui domine la ville de Turin]. Parmi les victimes, il y avait Valentino Mazzola, père de Sandro Mazzola, meneur de jeu de la non moins grande équipe de l’Inter de Milan qui, dans les années 1960, avec son terrible catenaccio, système ultra-défensif élaboré par son entraîneur d’alors Helenio Herrera, remportera deux fois la Coupe d’Europe, s’inclinant de justesse en 1967 contre le Celtic Glasgow en finale. L’année suivante, soit dix ans à peine après que sa devancière, déjà entraînée par Matt Busby et formée de très jeunes talents, les Busby babbes, eut été décimée dans la catastrophe aérienne de Munich, c’est Manchester United (une autre équipe supportée dans le monde entier mais suscitant moins d’engouement dans sa ville que le rival local Manchester City) qui l’emportait, avec son équipe aux trois ballons d’or (Dennis Law, Bobby Charlton qui avait été l’un des rescapés de la catastrophe et George Best) – ce que seul le Real Madrid des Galacticos (Zidane, Ronaldo, Figo) a reproduit par la suite – en battant en finale à Wembley le Benfica d’Eusebio, « la panthère noire du Mozambique »...

Notes

  • [1]
    Telle qu’incarnée par exemple par les travaux de J.-M. Brohm (1995, 2006).
  • [2]
    Les choses prendraient un tour sensiblement différent dans un contexte éditorial fortement concurrentiel comme l’est celui de l’Espagne ou de l’Italie, où le choix d’un quotidien est déjà fonction d’attaches partisanes.
  • [3]
    C’est le supporter qui est logé dans chaque spectateur que visait ainsi à réveiller la fameuse campagne Adidas « La victoire est en nous », dont une part a été précisément relayée par le journal L’Équipe. Cf. Peroni (1999).
  • [4]
    Pour une étude des modalités selon lesquelles la presse locale a littéralement mis la population stéphanoise « à l’heure du Mondial », l’a aligné sur ce temps commun qu’est le calendrier de l’épreuve, cf. Peroni (2002).
  • [5]
    Du 10 avril 2009.
  • [6]
    Ainsi que j’ai pu le vérifier dans diverses rétrospectives consacrées à Pelé, qui ne manquent jamais d’évoquer ces épisodes, le nom des gardiens est toujours mentionné.
  • [7]
    On peut lire ainsi sur Wikipédia : « Le fait marquant de la carrière footballistique de Banks est son formidable arrêt réalisé durant la Coupe du monde 1970 face au Brésil. Lors de ce match, Pelé exécuta une tête au ras du poteau que tout le monde voyait déjà au fond des filets. Pelé lui-même cria alors “Goal” mais Banks éjecta la balle au-dessus de la transversale au prix d’une remarquable détente et d’une exceptionnelle manchette. Pelé rendit hommage à Banks en déclarant : “J’ai marqué un but mais Banks l’a arrêté !” ».
  • [8]
    En Italie par exemple, c’est tout autant l’état d’esprit des joueurs qui est scruté à travers les déclarations sollicitées tout au long de la semaine par les différents quotidiens.
  • [9]
    C’est en cela que notre analyse ne se limite pas au football sur lequel elle porte au premier chef mais peut être appliquée à tout autre sport, sa place dans le journal et dans le monde du sport fût-elle beaucoup plus réduite. Appliquées en effet aux autres sports, les mêmes procédures qu’on détaille ici pour le football sont, dans cette équivalence même, constitutives du sport comme ensemble homogène.
  • [10]
    Les citations sont tirées du dictionnaire Le petit Robert.
  • [11]
    Écrivain-journaliste de renom, A. Blondin a suivi et chroniqué, pour le journal L’Équipe pas moins de vingt-sept éditions du Tour de France et sept Jeux olympiques !
  • [12]
    L’Équipe 60 ans - 1946-2006 - Soixante ans de la vie d’un journal - Soixante minutes de légende du sport, L’Équipe, 2006. Voici la présentation donnée de l’ouvrage par l’éditeur :
    « Soixante, ce peut être un âge. Pour un journal, celui de la robustesse, de la solidité.
    Soixante, ce peut être une heure. L’heure de L’Équipe. Soixante minutes pour soixante années. Soixante minutes qui ont gravé soixante ans d’histoire du sport. Soixante minutes comme soixante cathédrales qui dressent leurs flèches vers le firmament. Soixante minutes pour soixante événements sélectionnés pour leur exemplarité, leur impact, leur beauté, leur bonheur et parfois aussi leur tristesse.
    Les plus grands champions, les plus grandes équipes, les plus grands événements, les plus grands affrontements se retrouvent dans cette formidable sélection nationale et internationale.
    Quelques-unes des meilleures plumes, d’hier et d’aujourd’hui, de notre rédaction vous les font revivre dans des récits envoûtants, passionnants, bouleversants et agrémentés de photos exceptionnelles. Au cœur de ces histoires éternelles, s’écrit en filigrane la grande aventure de L’Équipe dont cet ouvrage retrace les riches heures. L’Équipe, acteur et témoin privilégié de la grande aventure de la presse et du sport, une aventure racontée par ceux qui, au fil des jours et des saisons, ont légendé le sport dans nos colonnes. Soixante ans de passion et d’émotion valaient bien, en guise d’anniversaire, cet ouvrage monumental. »
  • [13]
    50 ans de sport. 1946-1995, ouvrage commun sous la direction de Robert Parienté, L’Équipe, 1995. Voici la présentation donnée de l’ouvrage par l’éditeur :
    « Héritage d’un demi-siècle de sport, ce livre est la synthèse d’une aventure journalistique unique où prédomine la volonté de dépasser l’actualité et le simple énoncé des faits grâce au commentaire et au jugement, en toute indépendance, en valorisant ce qui est éducatif, beau et vrai. C’est une culture sportive, un patrimoine récapitulé à travers l’espace et le temps dont L’Équipe est le conservatoire. Plus de 15 000 numéros, soit 200 000 pages et 5 milliards d’exemplaires vendus depuis 1946, se retrouvent dans ce monumental ouvrage qui en est le fidèle miroir... ».
  • [14]
    Seule exception au principe éditorial consistant à recomposer le matériau d’origine authentique : « l’ouverture est accompagnée d’un billet [qui occupe, sur une colonne, le bord de la double page millésimée] qui situe l’actualité sportive dans son contexte politique, social ou artistique. Ce faisant, nous avons voulu montrer que la compétition est inséparable de la vie quotidienne et qu’elle a souvent été prisonnière des pesanteurs du pouvoir ».
  • [15]
    Rappelons qu’en outre, constitués en jury extraordinaire, ces champions-rédacteurs ont profité de l’occasion pour élire le « champion des temps modernes » ; ce dont rendent compte les pages centrales de cette édition du 10 avril 2009.
  • [16]
    Je reprends ici telle quelle la présentation que j’avais faite de ce dispositif dans Peroni (2001).
  • [17]
    Tel Georges Marchais qui, ayant choisi d’évoquer la fameuse rencontre de football France-Allemagne, comptant pour les demi-finales de la Coupe du monde 1982, raconte comment, devant la télévision et avec des amis, juste avant le renversement de situation final, ils avaient débouché une bouteille de champagne pour fêter la victoire française qui semblait assurée.
  • [18]
    Barthélémy poursuit : « On considère que la réception des événements est une composante intrinsèque de leur individuation sociale, une modalité de généralisation d’un événement (i.e. une extension de son contexte de sens) au même titre que la médiatisation ; et non un phénomène contingent rapporté au rôle prépondérant des médias ».
  • [19]
    Sur le caractère public des émotions, cf. Paperman (1992).
Français

RéSUMé

En considérant attentivement la manière dont est publiquement objectivée, dans le journal L’Équipe, la passion attendue de son lecteur, on tâchera de préciser les différents modes selon lesquels celle-ci peut être dite cognitive. Selon que ses propres affects sont partie prenante des nouvelles dont le lecteur de L’Équipe prend connaissance. Selon que les schèmes qui organisent la connaissance, les rubriques et classes dans lesquelles elle est quotidiennement distribuée, portent la marque de la passion présumée du lecteur dont ils viennent stimuler l’appétit cognitif et équiper les évaluations, pronostics, comparaisons, rapprochements... Enfin, selon que cette passion cognitive ne se rapporte pas seulement à la chronique mais à la légende, se nourrit du va-et-vient de l’une à l’autre, par l’évocation actuelle des grands épisodes du passé et de l’émotion qui leur est attachée, par le devenir patrimoine des événements présents.

Mots cles

  • sport
  • passion
  • connaissance
  • événements publics
  • sociologie de la communication
  • esthétique de la réception
Español

DEPORTE : UNA PASIóN COGNITIVA PúBLICA

Considerando con atención la manera con la cual se objetiva públicamente, en el periódico L’Équipe, la pasión esperada de su lector, vamos a precisar los diferentes modos a través de los cuales se puede calificar ésta pasión de cognitiva. De acuerdo a que sus propios afectos están involucrados con las noticias de los cuales el lector de L’Équipe toma conocimiento. De acuerdo a que los esquemas que organizan el conocimiento, las rubricas y clases en las cuales el conocimiento es cotidianamente distribuido, llevan la marca de la pasión presupuesta del lector del cual vienen a estimular el apetito cognitivo y equipar las evaluaciones, pronósticos, comparaciones, acercamientos... Y finalmente, de acuerdo a que esta pasión cognitiva no se relaciona solamente a la crónica sino también a la leyenda, se alimenta del va y viene del uno al otro, por la evocación actual de los grandes episodios del pasado y de la emoción que les está ligada, por el devenir patrimonio de los eventos presentes.

  • deporte
  • pasión
  • conocimiento
  • evento público
  • sociología de la comunicación
  • estética de la recepción

RÉFÉRENCES

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  • Brohm J.-M. et M. Perelman (2006). Le football, une peste émotionnelle : la barbarie des stades. Paris : Gallimard.
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Michel Peroni
Michel PERONI, est maître de conférences en sociologie à l’Université Lumière Lyon 2. Il est membre du laboratoire Modys (CNRS, Université Lumière Lyon 2, Université Jean Monnet Saint-Étienne) dont il codirige l’axe « Politique de la connaissance ». Ses recherches portent en particulier sur la sociologie de l’espace public. Il a publié récemment : Sensibiliser. La sociologie dans le vif du monde (M. Peroni et J. Roux, éds.), L’Aube, 2006 ; Figures du Maître ignorant. Savoir et émancipation (M. Peroni et M. Derycke, éds). Université de Saint-Étienne, 2009.


ADRESSE : Modys
Université Jean Monnet,
6, rue Basse des Rives - Bâtiment D - Étage R+1
F-42023 Saint-Étienne
COURRIEL : Michel. Peroni@ univ-lyon2. fr
Mis en ligne sur Cairn.info le 01/03/2010
https://doi.org/10.3917/rac.008.0432
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