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- 1- Introduction

1 L’Économie Territoriale (MATTEACCIOLI, 2004), l’Économie Patrimoniale (GUESNIER et LEMAIGNAN, 2006) ou l’Économie des Territoires (REQUIER-DESJARDINS, 1996 ; ZAOUAL, 1998 ; PECQUEUR, 2000 ; COURLET, 2008), comme nous avons choisie de l’appeler, constitue un domaine de recherche intéressant pour l’économiste. Aujourd’hui le concept de territoire est au cœur de la démarche de la politique économique régionale fondée sur un écosystème de la croissance (BLANC, 2004). Il est au cœur d’une gouvernance qui cherche à concilier équité spatiale et adéquation des ressources au mode de développement choisi par les populations elles-mêmes (GUIGOU et PARTENAY, 2001).

2 Parler d’économie des territoires à l’époque de la globalisation ne va pourtant pas de soi. On pourrait effectivement défendre l’idée que la gouvernance locale ou territoriale n’est pas nouvelle et qu’elle a toujours été subordonnée à un mouvement de globalisation, ce qui limiterait l’intérêt d’une analyse économique locale (THOMPSON, 1999). Elle pourrait aussi résulter d’une tentation « localiste » qui consiste à croire que l’on peut se développer par soi-même tout en évitant les écueils d’un repli identitaire ou d’une économie vivant en autarcie.

3 Nous défendons la thèse intermédiaire d’une économie des territoires qui serait complémentaire et convergerait même sur certains points avec la recherche d’une économie planétaire capable de résoudre les problèmes de gouvernance globale (FOUQUET, 1994). Elle est même au cœur de la recherche d’une bonne gouvernance « comme mécanisme d’abaissement des coûts transactionnels au sein de l’économie dans le cas d’une rationalité limitée, d’interdépendance complexe et de spécificité des actifs » (JESSOP, 1998, p 42).

4 Le point de départ du discours sur l’espace correspond à une analyse néoclassique qui n’est « qu’un cas particulier d’une théorie générale intégrant l’espace » (AYDALOT, 1985, p 49). Nous faisons l’hypothèse que les économistes qui veulent participer à la construction de cette théorie générale devront utiliser de plus en plus l’intermédiation territoriale selon l’expression de Lacour.

5 Le territoire permet effectivement d’« introduire des dimensions que jusque là, les économistes avaient grand mal à prendre en compte, notamment les dimensions culturelles, sociales, familiales, religieuses. » (LACOUR, 1996, p 36). Dans l’approche en termes de sites symboliques « le territoire est une sorte de médiateur entre l’individu et l’expérience, un filtre, un système qui impose, en tant que processus collectif de proximité ses contraintes et son expertise aux individus » (ZAOUAL 1998, p 75)

6 Il permet donc de penser la complexité puisqu’il est économie, espace, histoire et culture en même temps. La construction d’une théorie générale par rapport à une théorie standard intégrant l’économie spatiale suppose effectivement un encastrement de plus en plus important de l’action économique dans l’action sociale et un changement de forme de rationalité (FAVEREAU, 1989).

7 Cet article se propose d’étudier la façon dont se déroule la prise en compte de cette intermédiation par le corpus théorique de l’économie spatiale qui cherche à décrire la répartition des activités économiques. Cela suppose d’abord le choix d’une démarche épistémologique particulière. Nous avons le choix entre deux types de démarche.

8 La première démarche de LAKATOS est plutôt celle des sciences exactes puisqu’il propose d’étudier toute connaissance scientifique en partant des efforts déployés par son programme de recherche pour rester une science irréfutable.

9 La seconde démarche de FOUCAULT est plutôt celle des sciences humaines et en particulier de l’histoire puisqu’il s’agit d’étudier l’archéologie du savoir sans forcément faire référence à sa scientificité. C’est tout le problème du monisme méthodologique qui est posé (BLAUG 1994). Le monisme méthodologique est ce qui permet à une théorie ou à un corpus théorique de se protéger des attaques contre la scientificité de sa démarche. Elle fait partie de la stratégie d’immunisation évoquée par POPPER. La première forme de monisme méthodologique est de savoir si l’économie des territoires doit être considérée comme une science exacte ou comme une science humaine.

10 L’économie des territoires, comme d’ailleurs l’économie en général, reste une discipline dont le caractère vérifiable et prédictible est limité par rapport aux sciences exactes. Nous choisirons donc la méthode de l’archéologie du savoir pour étudier ce que l’on peut appeler un discours sur l’espace. L’epistémé de FOUCAULT et sa démarche méritent d’être précisées puisqu’elles serviront de base à notre étude. Faire l’étude des processus de généralisation d’un discours, ce n’est pas pour FOUCAULT, chercher à en faire uniquement une reconstruction rationnelle comme s’il était le reflet d’un progrès de l’esprit humain, c’est d’abord chercher à s’émanciper de la recherche d’une épistémologie absolue. Il propose d’étudier le discours en repérant trois éléments.

11 Le premier élément est la surface d’émergence des objets ou des concepts autrement dit leur contexte d’apparition. Cela pose directement la question du repérage « des seuils d’épistémologisation » qui permettent au discours sur l’espace d’évoluer vers l’économie des territoires tout en faisant le point sur la connaissance du domaine (1ère partie). L’évolution se fait par bonds successifs en remettant en cause les modalités d’énonciation des discours précédents. Chaque nouveau seuil de scientificité doit permettre de mieux comprendre la géographie économique et déboucher sur l’action pour répondre à de nouveaux besoins. Il doit en principe déboucher sur un seuil de formalisation quand les contours de l’économie des territoires seront suffisamment stabilisés, ce qui est loin d’être encore le cas. Cet article participe donc à la stabilisation d’une partie du discours de l’économie des territoires et permet d’envisager les champs de recherche qui restent à explorer ou à un intégrer.

12 Le deuxième élément consiste à repérer les instances de délimitation des savoirs. C’est d’abord un problème de formation des modalités énonciatives. Il s’agit de savoir qui parle, au nom de qui et avec quel statut ? C’est aussi un problème de stratégie énonciative évoquant les rapports conflictuels entre les discours sur le plan académique mais aussi la capacité des discours à être diffusés et assimilés par les différents acteurs. Ce problème est dirait-on aujourd’hui un problème de sociologie des économistes et en même temps un problème de mesure de la scientificité du discours. C’est particulièrement important quand la publication devient la condition pour qu’un discours soit reconnu. Nous évoquerons simplement les principaux conflits épistémologiques sans entrer dans le détail de la sociologie des économistes parce que cela dépasse le cadre d’un tel article.

13 Le troisième élément consiste à repérer les systèmes de spécification autrement dit ce qui permet d’individualiser un discours par rapport à un autre (cf. section 3 par cet article). L’évolution vers une économie des territoires ne se fait pas de manière uniforme. Il importe donc de repérer la façon dont se forment les concepts au sein de ce que FOUCAULT appelle un arbre de dérivation énonciative.

- 2- Les seuils d’épistémologisation du discours sur l’espace

14 On peut repérer trois seuils d’épistémologisation : celui qui va du début du capitalisme aux années 30-40, celui des années 50-60, celui des années 70-80. Cela a souvent donné lieu à de nombreux conflits au sein du domaine et à des efforts de synthèse pour faire le point sur l’évolution du discours. Il s’agit notamment de parvenir à un seuil de scientificité qui permettra de dépasser un autre monisme méthodologique qui consiste à opposer l’approche microéconomique à l’approche macroéconomique par le développement d’une rationalité située. Celle-ci se situe à un niveau méso économique et permet d’introduire dans l’économie spatiale des éléments non marchands à caractère territorial comme les institutions, l’Histoire...

2.1. De la révolution industrielle aux années 30-40

15 Le besoin de description d’un cadre théorique en économie spatiale est particulièrement ressenti à un moment où la mondialisation remet en question le poids territorial et régulateur des espaces économiques nationaux et privilégie la nature et les résultats des économies régionales (MARTIN et SUNLEY 2000). Cela tient au fait que les économistes ont pris l’habitude de construire des modèles économiques sans faire référence à l’espace. Il faut dire que l’espace pose de nombreux problèmes d’intégration (Thisse et WALLISER 1998).

16 L’hypothèse de non convexité introduite par l’espace est incompatible avec la théorie économique standard puisqu’elle introduit des rendements croissants et une concurrence imparfaite. L’article de KOOPMANS et BECKMANN de 1957 insiste clairement sur le rôle de ces phénomènes dans la localisation des entreprises mais bizarrement il va avoir l’effet inverse chez les économistes en diffusant l’idée que l’introduction de l’espace dans l’analyse économique contribue à obscurcir la compréhension de la réalité plutôt qu’à l’éclairer.

17 ISARD, en tant que fondateur reconnu de la science régionale, parle de raisonnement économique basé sur un pays des merveilles sans dimension. Dans son histoire de la pensée en économie spatiale, PONSARD évoque le véritable décalage entre les progrès de la science économique en général et ceux réalisés par l’économie spatiale. Cela ne veut pas dire pour autant qu’il n’existe pas de travaux sur la question, on pense en particulier à ceux de VON THÜNEN sur la rente foncière souvent considéré comme le père de l’économie spatiale ou encore à ceux de. WEBER sur les théories de la localisation. La forme la plus aboutie de l’intégration de l’espace se trouve chez MARSHALL dans ses travaux sur les districts industriels qui seront repris par la suite par un important courant de l’économie des territoires.

18 L’idée d’une concurrence spatiale sera quant à elle introduite plus tardivement avec le modèle de duopole linéaire de HOTELLING, avec le modèle des aires de marché et d’équilibre spatial de LÖSCH. Ces travaux n’ont pas eu l’influence qu’ils méritaient lors de leur publication. Il faut y voir l’effet d’une sorte d’isomorphisme conceptuel qui va amener la pensée économique dominante à développer une conception minimaliste de l’intermédiation territoriale. C’est donc bien une question de méthode mais c’est aussi une question de contexte.

19 GERARD-VARET et THISSE (1997) évoquent à ce propos l’existence d’un contexte différent entre les économistes anglo-saxons, les économistes allemands. Les économistes du « mainstream », notamment ceux de la théorie du commerce international, faisant face à un commerce par la mer peu coûteux avec un empire colonial. Ils pouvaient donc se passer de l’introduction de l’espace mais pas les allemands, qui vont donc s’intéresser très tôt aux problèmes spatiaux. Quant aux économistes français, ils posent les problèmes spatiaux en termes d’infrastructures de sorte que les travaux en économie spatiale seront fortement concentrés à l’école des ponts et chaussées confortant ainsi la tradition de l’école des ingénieurs économistes français (EKELUND et YEUNG-NAN, 1986).

20 Sur le plan méthodologique, l’action sociale est totalement encastrée dans l’action économique et la rationalité est parfaite. On est donc bien dans le cadre dans un discours sur l’espace qui est celui d’une théorie standard au sens de FAVEREAU (cf Tableau 1). Dans ce cadre là, on va déduire toutes les institutions des décisions prises par les agents économiques sur un marché. Il s’agit là d’une deuxième forme de monisme méthodologique qui met l’accent sur l’individualisme méthodologique mais qui est nécessaire au développement des idées libérales. Le marché dont il est question durant cette période est donc bien un marché abstrait qui n’a aucune référence spatiale (RIFKIN 2000).

21 Puisque l’intermédiation territoriale passe d’abord par les institutions on comprend pourquoi une certaine vision économique aura tendance à neutraliser le rôle de l’espace pour neutraliser le rôle des institutions (ABDELMALKI et al. in PECQUEUR 1996). Quant à la conception de la géographie économique qui en découle, elle sera forcément dynamique pour que les activités économiques puissent apparaître partout afin qu’équité sociale puisse rimer avec équité spatiale comme dans le modèle de LÖSCH. AYDALOT signale d’ailleurs que tout ce qui empêche l’ajustement spontané de l’équilibre doit-être écarté dans la théorie standard. « C’est pourquoi deux éléments majeurs de la vie économique ont été intégrés par les néoclassiques que tard et à leur corps défendant : le temps et l’espace. Qui plus est, ils ont toujours tenté de les intégrer en posant le problème en termes suffisamment restrictifs pour que l’équilibre optimal sorte indemne de l’aventure » (AYDALOT 1985, p 2).

22 En conclusion, on peut dire que les exigences en matière de scientificité envers l’économie spatiale durant cette période sont très faibles. On ne demande pas aux différents discours d’être vérifiables, mais d’utiliser la méthode hypothético-déductive pour concevoir une intégration de l’espace qui garantit le maintien de l’équilibre et conforte la croyance dans la régulation par le marché. L’économie spatiale, dont il est question, se veut donc fondamentalement normative.

2.2. Le seuil des années 50-60

23 Dans les années 50-60, on voit apparaître un deuxième seuil d’épistémologisation. Pendant les trente glorieuses, le niveau d’industrialisation est à son maximum et le niveau d’urbanisation explose. En France, le rapport de GRAVIER « Paris et le désert français », publié en 1947, a joué le rôle d’électrochoc pour les économistes. Il met en évidence le caractère virtuel de l’idée d’une géographie économique dynamique et pose avec insistance la nécessité d’intervention de l’état. Assez bizarrement, c’est parce que la très forte croissance d’après-guerre ne profite pas à tout le monde que des tentatives d’explication vont apparaître.

24 C’est pourtant le moment que la profession va choisir pour faire un état des connaissances en la matière et chercher à obtenir la reconnaissance académique de son discours. Sous l’égide d’ISARD, se crée en 1954 l’Association Internationale des Sciences Régionales. Elle sera suivie en France par la création en 1961 de l’Association de Sciences Régionales de Langue Française par PERROUX et BOUDEVILLE. Une tentative de synthèse des principes courants théoriques et de l’état des questionnements en la matière est réalisée. On peut citer des travaux de référence comme ceux de KOOPMANS, BECKMANN, MEYER (1963) aux USA ou de PONSARD en France.

25 Le saut épistémologique réalisé va permettre d’abandonner l’idée de l’existence d’un équilibre spatial stable. Pour y parvenir les auteurs vont faire référence au rôle joué par les effets d’entraînement et les effets de seuil en économie spatiale.

26 Dans une première catégorie de travaux, la présence de déséquilibres spatiaux révèle une dépendance de la demande externe qui profite aux régions disposant d’une base exportatrice importante comme dans les modèles keynésiens à la HOYT ou à la NORTH. Ces déséquilibres ne sont donc pas durables. Dans une deuxième catégorie de travaux les déséquilibres deviennent plus durables parce qu’il y a dépendance du chemin suivi et des effets de seuil.

27 C’est le cas de la théorie des pôles de croissance. Les effets de la croissance se concentrent surtout dans les secteurs qui donnent l’impulsion initiale et au voisinage géographique des unités motrices de la croissance (PERROUX, 1955). Les pôles de croissance créent des économies externes qui se transmettent horizontalement par les revenus distribués et verticalement par les relations que l’on entretient avec le secteur qui donne l’impulsion.

28 C’est le cas aussi de la théorie de la causalité circulaire de MYRDHALL (1957). Il met en évidence les effets cumulatifs du développement régional. Sa thèse est probablement à la base de la plupart des raisonnements modernes en théorie du commerce international. L’auteur montre que si un pays ou une région peut confisquer les progrès de productivité, alors le processus de convergence mis en évidence par l’analyse néoclassique se retourne. Les facteurs, de production (travail et capital) sont attirés par les augmentations de revenu réel et les débouchés. La convergence fait place à la divergence. HIRSHMANN (1974) fait le même constat et insiste sur le rôle joué par l’immobilité des facteurs préfigurant ainsi l’idée d’une croissance endogène spatialisée.

29 En tant que facteur de résistance et d’intégration l’étude du territoire « conduit à analyser des mouvements longs, des réalités issues de l’histoire » (Lacour, 1996, p. 36). Les observations réalisées, durant la même période, en économie du développement montrent effectivement l’importance du territoire dans l’appropriation et l’actualisation des pratiques économiques (HUGON, 1991).

30 Ce second seuil d’épistémologisation permet à l’économie régionale naissante d’introduire la dynamique des temps longs et de l’histoire dans l’analyse économique. Elle insiste sur la dépendance du chemin suivi ou « path-dependancy » des régions qui s’industrialisent fortement (DUEZ, 2010 a).

31 La critique porte sur la non optimalité des décisions sur un plan spatial mais ne cherche pas à encastrer l’économique dans le social. La démarche scientifique utilisée est plus inductive puisqu’elle est basée sur l’observation de la réalité économique. En France, elle va d’ailleurs permettre de développer une politique volontariste d’aménagement du territoire. Par contre l’intermédiation territoriale reste limitée à la description de mécanismes qui ne remettent pas en cause l’unicité de l’équilibre. L’espace sera alors interprété comme l’espace polarisé des aménageurs (PECQUEUR, 1986).

32 Cela reste donc un espace support de ressources qui ne permet pas de dépasser la logique sectorielle ou la logique de branche issue d’un développement par le haut ou exogène. On reste dans une théorie standard élargie.

2.3. Le seuil des années 70-80

33 Les années 70- 80 constitue un autre seuil d’épistémologisation sans doute le plus important dans l’histoire de la discipline puisque c’est celui qui donnera lieu au développement des courants appartenant à l’économie des territoires. Sous l’effet de la mondialisation et de l’apparition d’une économie de la connaissance, on assiste à double mouvement de désindustrialisation et de métropolisation qui change complètement la distribution des activités économiques et de la population dans l’espace. Il y a un retournement spatial qui a été analysé par de nombreux travaux.

34 Ces travaux sont si nombreux, qu’il nous est difficile de les citer tous. Nous pensons en particulier aux travaux de Aydalot (1984), UHRICH (1987), PECQUEUR (1989), VELTZ (1996), ALVERGNE (1997), GUESNIER (1998), BEAUCHARD (1999). Pour résumer, on a l’habitude de dire que l’on est passé d’une diagonale le havre-Marseille à une diagonale aride.

35 Évoquons d’abord la nature de la géographie économique qui se met en place pour mieux comprendre la nature des différentes réponses. Le processus de polarisation qui se met en place peut être décrit de la façon suivante (JAYET et al., 1996 ; GERARD-VARET, THISSE 1997). La baisse des coûts de transport et d’une manière plus générale des coûts de transferts (coûts de transport, barrières tarifaires ou non tarifaires, différence de change, pertes d’information provoquées par l’éloignement) est très importante grâce aux progrès technologiques mais aussi grâce aux changements institutionnels.

36 Ces progrès auraient du favoriser une meilleure répartition des activités en Europe mais paradoxalement, alors que toutes les conditions étaient réunies pour générer une géographique dynamique, c’est l’inverse que l’on va observer. On va « alors assister à un mouvement dual, comportant la dispersion des activités banales et l’agglomération d’activités créatrices » (GERARD-VARET et THISSE 1997, p 10). A la concentration des activités industrielles se substitue une concentration des activités tertiaires supérieures dans les métropoles. L’équilibre devient instable puisqu’il existe des facteurs qui favorisent l’affaiblissement ou le renforcement du processus de polarisation des activités.

37 Les transformations subies par le capitalisme sont autant d’incitations pour l’économiste à rechercher de nouveaux territoires en s’intéressant à l’économie des territoires (DUEZ 1998). La mondialisation pose directement la question institutionnelle de la bonne gouvernance tout en réactivant la nécessité d’agir localement. Le développement d’un capitalisme cognitif pose la question des nouvelles sources de création de la valeur dans un monde qui n’est plus un monde smithien. Autrement dit la production de richesses n’a plus uniquement une base matérielle.

38 Dans ce monde « ce n’est plus TAYLOR ni la division smithienne du travail qui fournissent le modèle production de la richesse, même s’ils subsistent comme moments, désormais subalternes bien qu’inéliminables » (MOULIER-BOUTANG, 2001, p.136). La Banque Mondiale relaye d’ailleurs cette question dans son rapport sur la richesse des nations (World Bank , 2006). Le capital immatériel devient déterminant et en particulier les institutions comme facteur de bonne gouvernance et d’innovation. Il faut donc réinterpréter le rôle de l’espace pour prendre en compte le rôle des institutions dans la gouvernance et de l’histoire dans le processus de création de richesses. Il faut interpréter les nouvelles formes de géographies économiques et les nouvelles formes d’organisations économiques qui apparaissent.

39 Le discours sur l’espace vit alors un tournant qui justifie l’existence de nombreux travaux de synthèse sur le sujet (THISSE, 1997 ; OTTAVIANO et PUGA, 1998 ; BENKO, 1998 ; BAUMONT et al., 2000 ; FUJITA, KRUGMAN et VENABLES, 2001). L’ensemble des travaux semblent d’accord sur un point : il faut dépasser la vision de l’espace des aménageurs en introduisant une intermédiation spatiale beaucoup plus importante, c’est-à-dire en encastrant l’économique dans le social.

40 Le saut épistémologique est donc important puisque grâce à lui, le discours sur l’espace devrait parvenir à dépasser l’individualisme méthodologique fondé sur l’hypothèse de neutralité de l’espace et par conséquent des institutions. Ce faisant, il permettra de mieux comprendre la géographie économique et d’agir sur elle.

41 Dans l’approche microéconomique, le niveau macroéconomique se déduit effectivement de l’agrégation des comportements individuels sans expliquer l’existence des institutions. FAVEREAU attribue effectivement les difficultés de l’individualisme méthodologique à une spécialisation de l’analyse économique qui favorise l’extériorisation des institutions (FAVEREAU 1995).

42 Quant à l’approche macroéconomique, elle envisage les phénomènes de manière globale mais a du mal à comprendre la genèse des institutions. L’intérêt porté au concept de gouvernance territoriale révèle en fait le besoin d’utiliser l’analyse mésoéconomique pour dépasser l’opposition entre un holisme méthodologique et un individualisme méthodologique qui bloque le raisonnement sur la gouvernabilité du système économique (GAUDIN, 1998).

43 L’approche méso-économique du comportement stratégique des acteurs d’un territoire permet donc d’en éclairer la dynamique macroéconomique en ayant une approche plus descriptive et par conséquent plus isomorphe à la réalité de l’évolution de la géographie économique (LARCENEUX in PECQUEUR 1996).

44 Quant à la rationalité des agents économiques étudiés, elle n’est pas seulement imparfaite, elle est de plus en plus située et de plus en plus contingente. Précisons le rôle de l’intermédiation territoriale dans l’exercice de ces deux formes de rationalités. L’intermédiation territoriale permet tout d’abord de concilier deux formes de temporalités : la temporalité à court terme de l’entreprise qui a de plus en plus de difficultés à faire des prévisions dans un monde de plus en plus globalisé qui accélère l’innovation ; la temporalité de la compétitivité qui nécessite la construction de ressources et leur répartition dans la durée et la stabilité. « Le territoire, considéré comme structure d’organisation, d’interactions sociales, et non plus comme réservoir de ressources sans passé ni futur, est un élément clé dans cette articulation des temporalités » (VELTZ 1996, p 13).

45 Le territoire peut donc être considéré soit comme une machine à accélérer les flux, ce qui serait plutôt le cas des métropoles, ou à les ralentir, ce qui serait plutôt le cas des zones à plus faible densité de population. Le territoire est aussi un territoire de projet. A ce titre, il permet d’éviter l’écueil des « incompatibilistes » qui nient le libre arbitre et pensent que le présent est totalement déterminé par le passé (DUPUY, 1994). Il permet donc d’exercer une rationalité contingente qui rend compatible le présent et le passé.

46 Dans son dernier article, écrit en 1993, SIMON signale l’intérêt de l’exercice d’une rationalité tournée vers des modes de coordination différents. Les agents économiques ne cherchent pas à simplifier la réalité pour faciliter leur raisonnement mais cherchent à le complexifier en partant de possibilités de coordination de leur action avec celles des autres acteurs. La rationalité située est orientée vers la recherche du point focal mis en évidence par SCHELLING (1986), c’est-à-dire celui qui doit permettre le passage d’une rationalité individuelle à une rationalité collective par la convergence des intérêts.

47 La recherche du point focal relève en sciences cognitives de ce que LAVILLE appelle une cognition située. Elle est essentielle, puisqu’elle permettra de trouver les bases d’une sémantique des situations, absolument nécessaire pour réincarner la décision des agents économiques. On peut établir un lien entre action située, cognition distribuée et rationalité limitée si l’on fait appelle aux sciences cognitives. La Figure 1 ci-dessous résume la démarche.

48 Dans la cognition située l’environnement de l’acteur n’est pas une source de complexité mais une source de capacité positive comme le suggérait Simon. L’action située augmente donc la capacité cognitive des agents puisque « la rationalité du comportement devient une propriété de l’interaction entre l’agent et son environnement » (LAVILLE 2000, p.1305). L’action située augmente tous les éléments de la psychologie cognitive : la mémoire, le langage, les perceptions ou affordances, l’action.

Figure 1

L’élargissement de la capacité cognitive

figure im1

L’élargissement de la capacité cognitive

49 Agir, c’est s’ajuster à des contingences ce qui suppose la présence de modes de coordination que l’action située facilite. Le langage est ce qui produit le sens dans un certain contexte. L’action située augmente alors les possibilités d’interprétation sémantique. La situation de l’action augmente les possibilités d’affordances ou de perceptions directes de l’environnement. Enfin, l’environnement est marqué par les traces du passé et constitue en quelque sorte une mémoire vivante.

50 La cognition située peut venir aussi de l’interaction entre les agents dans le cadre de groupes ou d’organisations. L’idée de base de la cognition distribuée est que les organisations sont « considérées comme des systèmes de traitement de l’information à part entière, systèmes qui créent, propagent et transforment des représentations » (LAVILLE 2000, p 1325). La cognition distribuée augmente donc la capacité cognitive des agents économiques qui en font partie. Le développement du lien entre les acteurs d’un territoire et de l’acteur avec son territoire augmente donc de manière évidente les capacités cognitives des agents et leurs possibilités de répondre ensemble à des problèmes complexes.

51 L’évocation de la cognition située nous amène à penser que certaines ressources non transférables vont apparaître. L’économie des territoires va alors chercher à valoriser ces actifs spécifiques comme nous le verrons par la suite. On évolue donc vers une théorie de plus en plus générale intégrant l’espace dont il convient maintenant de préciser le discours.

- 3- Les systèmes de spécification du discours en économie des territoires

52 Nous partirons d’un arbre de dérivation énonciative que FOUCAULT définit comme avec « à sa base, les énoncés qui mettent en œuvre les règles de formation dans leur étendue la plus vaste ; au sommet et après un certain nombre d’embranchements, les énoncés qui mettent en œuvre la même régularité, mais plus finement articulée, mieux délimitée et localisée dans son extension » (FOUCAULT, 1969, p.192). La formation de cet arbre suppose une connaissance des savoirs dans ce domaine qui devra avoir le caractère le plus exhaustif possible. On présente cet arbre comme dans la Figure 2 ci-dessous.

Figure 2

Arbre de dérivation énonciative

figure im2

Arbre de dérivation énonciative

53 L’examen de la formation des concepts et les méthodes utilisées vont nous permettre de voir comment s’individualise chaque discours. Nous partirons d’abord des formes de coexistence entre les théories parce qu’elles nous permettrons de présenter les énoncés les plus étendus qui sont à la base de la séparation des trois branches. Nous poursuivrons par la description des liens de filiation et de dépendance entre les concepts retenus par les différentes écoles ou discours. Les relations de concomitance entre chaque branche apparaîtront alors naturellement en conclusion. Les frontières entre les branches pourront être poreuses pour certains auteurs dont la démarche méthodologique peut changer au cours de leurs recherches pour tous un tas de raisons qui renvoient encore une fois à la sociologie des économistes dont nous ne traitons pas ici.

3.1. Présentation des énoncés de base propres à chaque branche

54 Les différents discours s’accordent donc pour retenir l’intermédiation spatiale comme base du dépassement d’un nouveau seuil de scientificité. Cela entraîne l’utilisation d’une rationalité située. Cette rationalité sera de moins en moins individuelle et de plus en plus contextualisée pour répondre au besoin d’encastrement de plus en plus important de l’économique dans le social. Cela justifie l’existence de trois branches dans le corpus théorique de l’économie des territoires. Il y a bien recherche d’une théorie générale au sens de FAVEREAU. Le Tableau 1 ci-dessous résume la démarche de généralisation.

55 La première branche est celle de l’Économie Géographique ou de la Nouvelle Économie Géographique qui est effectivement une théorie standard élargie puisqu’elle retient, dans la rationalité située, l’hypothèse d’interactions spatiales et de dépendance du chemin suivi. On conserve, cependant l’hypothèse d’optimalité de la coordination des décisions microéconomiques par le marché. Le territoire n’est que le lieu de révélation de nouveaux modes de coordination des décisions des agents économiques. Il reste donc un support de ressources utilisables par les agents économiques même si ces ressources prennent le caractère de bien collectif. L’encastrement de l’économique dans le social existe mais est donc limité.

56 Quant à la géographie économique elle se forme sur la base d’une logique newtonienne d’attractivité qui favorise, voire encourage, la concentration et la spécialisation des activités des différents territoires. Les interactions spatiales vont notamment influencer le comportement de localisation des firmes dans les modèles néo-hotelliens, la formation des villes dans la nouvelle économie urbaine, la formation d’un fédéralisme fiscal compte tenu des interactions horizontales et verticales entre les différents niveaux de décision. La dépendance du chemin suivi permet d’expliquer l’existence d’une croissance endogène spatialisée. La première branche relève donc encore d’une théorie standard élargie.

57 La seconde branche est celle de la Géographie Socioéconomique (BENKO et LIPIETZ, 2000). Les interactions spatiales et le contexte permettent d’encastrer le social dans l’économique. Les innovations sociales qui s’effectuent en dehors du marché sont importantes pour assurer la coordination des décisions qui permettront d’innover ou d’apporter des solutions à des problèmes productifs. On peut alors parler de modèles d’innovation territoriale où les institutions et le territoire jouent un rôle fondamental (MOULAERT et SEKIA, 2003). Cela concerne les districts industriels de l’école italienne, les systèmes productifs locaux de l’école française, les milieux innovateurs du Gremi, les nouveaux espaces industriels de l’école californienne, les clusters, les systèmes régionaux d’innovation, les « régions apprenantes ». Ces courants relèvent d’une théorie générale.

Tableau 1

Des territoires de l’économiste à l’économie des territoires.

tableau im3

Des territoires de l’économiste à l’économie des territoires.

58 Dans cette approche, le territoire devient le creuset du processus de valorisation du capital exigé par la mondialisation et l’apparition d’une économie immatérielle. « Aujourd’hui, par opposition à la démarche ricardienne, suivant laquelle il s’agissait de maximiser l’efficience de l’affectation des facteurs de production matériels à différentes activités, la compétitivité apparaît, dans une perspective plus schumpétérienne, comme dotée d’une qualité structurelle. Elle ne dépend plus seulement d’un très large éventail de facteurs économiques, mais aussi de la capacité de tirer une valeur ajoutée de toutes sortes d’institutions et de relations extra-économiques » (JESSOP, 1998, p 38). De même, PECQUEUR « met en évidence l’efficacité des relations non exclusivement marchandes entre les hommes pour valoriser les richesses dont ils disposent » (PECQUEUR 1989, p 17).

59 Le territoire devient source de création d’actifs spécifiques parce qu’il permet, grâce à la proximité instaurée, de créer les conditions d’émergence d’un point focal nécessaire à la coordination des actions. L’économie des territoires suppose que « les dynamiques territoriales se présentent comme des stratégies d’élaboration de la connaissance sur un mode radicalement autre que le calcul qu’on attend d’un individu doué d’une rationalité substantielle » (PECQUEUR 1997, p 172). Le territoire n’est plus non plus considéré « comme un simple support de facteurs de localisation (main-d’œuvre qualifiée, centres de recherches, voies de communication etc.) mais comme un ensemble territorial d’agents et d’éléments économiques, socioculturels, politiques, institutionnels possédant des modes d’organisation et de régulation spécifiques » (MAILLAT 1995, p 41).

60 La Géographie Socioéconomique plaide donc pour le passage d’une économie de la quantité où la production de masse suppose l’interchangeabilité des hommes et des produits à une économie de la qualité où la qualité ne se définit pas ex nihilo comme dans le cadre d’une production de masse mais résulte bien d’un processus d’élaboration de la connaissance qui, comme l’identité, doit se faire dans un cadre spatial. C’est même une condition nécessaire à l’innovation puisque l’économie des territoires « développe une identité forte dans les territoires, condition indispensable de la créativité et de la solidarité » (GUESNIER et LEMAIGNAN 2006, p 33).

61 Cette démarche conduit à réinventer le patrimoine. Dans la relation marchande qui marque l’économie de marché « l’espace, qui est formé de territoires différenciés, est représenté par des coûts ou des avantages compétitifs : sa différenciation en termes quantitatifs et prix relatifs manifeste en même temps une indifférenciation substantielle. » (BARRERE et al., 2005, p 8). Elle s’inscrit donc directement dans une perspective de long terme de la construction du patrimoine et de l’identité et des relations non marchandes voire non monétaires. Elle demande aussi une mutation de l’intérêt général où les agents économiques deviennent beaucoup plus acteur de leur développement et où la régulation se base sur une gouvernance publique et privée (MONNIER et THIRY, 1997). L’intérêt général et l’intérêt privé portent sur les conflits d’usage des ressources en fonction de leur qualité et non uniquement en fonction de leur rareté. Quant à la géographie économique qui découle de ce type d’économie des territoires, elle devrait être beaucoup plus fondée sur une logique de réticulation qui favorise le développement endogène et l’apparition d’activités partout. Elle s’insère donc beaucoup plus dans un scénario d’équité spatiale.

62 La troisième branche est celle du développement intégré (MOULAERT, 2009). Elle fait appelle à des thèses qui peuvent constituer un pas supplémentaire dans l’évolution de l’économie des territoires. On peut penser que l’économie des territoires se donne effectivement deux objectifs (DUEZ, 1998).

63 Le premier est de faire face à une crise de la régulation du système économique qui se manifeste par des problèmes de gouvernance alors que la base de la création de richesses est de moins en moins matérielle. Le recours à une rationalité située correspondant à une économie des réseaux et à l’utilisation des éléments non marchands du territoire constitue donc une réponse à ce type de crise. Le second est de faire face à une crise civilisationnelle qui se manifeste par une crise des rapports de l’homme à la nature et des rapports des hommes entre eux.

64 L’exercice d’une rationalité située permet de répondre à la recherche d’un développement durable plus viable sur le plan écologique, plus équitable et plus vivable. C’est bien dans cette perspective que se situe à notre sens la troisième branche de l’économie des territoires correspondant au développement intégré. Dans ces conditions le programme de recherche de l’économie des territoires relève d’une démarche intégrée avec l’économie du développement (REQUIER-DESJARDINS, 1996). Dans le développement intégré, les dimensions sociales, culturelles, voire écologiques sont prises en compte au niveau du territoire de sorte que l’encastrement est total et la théorie encore plus générale. Le territoire est bien un lien de construction des rapports sociaux.

65 Cela met en première place le rôle de l’innovation sociale dans le développement (MOULAERT, 2009). L’innovation sociale est la grande oubliée du développement économique qui a tendance a oublié les phénomènes de désintégration du tissu social et qui met beaucoup trop en avant l’innovation technologique. Selon le type d’innovation sociale retenue on parlera d’analyse des rapports de gouvernance, d’économie politique culturelle, d’approche socioéconomique de l’économie solidaire. Le territoire est aussi un territoire du risque (November, 2002). Cela concerne donc tous les travaux sur la gestion des risques de toute nature dont la dimension territoriale est très importante. Il s’agit des travaux sur la prospective territoriale et ceux sur l’analyse de la vulnérabilité sociale face aux risques. A ce dernier type de modèle il faut ajouter un seuil d’épistémologisation supplémentaire qui consiste à raisonner en univers controversé, c’est-à-dire quand la science est impuissante à interpréter certains phénomènes (DUEZ, 2009).

66 Le débat sur la proposition d’un nouveau seuil de scientificité et sur ce qu’il permet d’expliquer ou de comprendre ne va pourtant pas de soi parce que les méthodes utilisées et les prétentions en matière de scientificité ne sont pas les mêmes selon les branches. Les critiques fusent de part sur la méthode à utiliser. Si les conditions de dépassement de la première forme de monisme méthodologique entre l’individualisme méthodologique et le holisme méthodologique sont créées, on n’arrive pas encore à dépasser l’opposition entre l’approche normative et l’approche positive de la géographie économique. Les défenseurs de la nouvelle économie géographique reprochent à la géographie socioéconomique son manque de systématisation du raisonnement (DIMOU, 2003).

67 Les travaux de la géographie socioéconomique et du développement intégré sont fondés sur un travail monographique et une méthode inductive. Ils sont aussi fondamentalement basés sur une démarche pluridisciplinaire qui n’est pas forcément acceptée dans les milieux académiques attachés à leur approche disciplinaire. Cela tient bien sûr aux exigences en matière d’encastrement de l’économique dans le social. A l’inverse on reproche à la nouvelle économie géographique son caractère normatif et la vacuité de son propos en particulier quand elle utilise des outils mathématiques de plus en plus sophistiqués pour un gain de compréhension relativement faible (AYDALOT, 1983 ; PECQUEUR, 1986 ; BAILLY et COFFEY, 1994 ; LACOUR, 1996).

68 Un numéro spécial de la revue d’économie régionale et urbaine insiste sur ce tournant et un collectif de chercheurs qui se donne le nom de Colombus pose la question la science régionale est-elle en crise ? Il attribue cette crise à la méthode utilisée qui a une vision du discours trop hypothético-déductive de sorte que les modèles produits sont non testables à moins de pousser encore plus loin la sophistication des méthodes d’économétrie spatiale. Ils ne respectent donc pas l’hypothèse de scientificité de POPPER même s’ils ont d’une certaine manière « pignon sur rue » compte tenu de leur académisme.

69 Dans le même numéro spécial, DERYCKE insiste sur : la nécessité d’une refondation par le couplage entre les champs disciplinaires qui constitue la science régionale et donc pas seulement l’économie ; le fait de ne pas réduire la science régionale à la microéconomie spatiale. Quant à PLANQUE, il évoque le risque de crise interne grave à cause « des intégrismes méthodologiques et problématiques, des repliements disciplinaires préoccupants : un intégrisme en appelle un autre et les écoles deviennent vite des « chapelles » irréductibles et ennemies » (RERU, 1995, p 372). Au-delà d’un problème de scientificité, la science régionale doit se poser la question de la réponse à la demande qui va lui être adressée dans le contexte actuel (BAILLY, 1999).

3.2. Présentation des liens de dépendance et de filiation à l’intérieur de chaque branche

70 Les relations de dépendance et de filiation à l’intérieur des différentes branches doivent être basées sur les concepts utilisés par les différentes écoles ou groupe de chercheurs.

71 La Géographie Socioéconomique est effectivement en filiation directe avec des approches économiques qui n’intègrent pas au départ de dimension spatiale mais font partie d’une théorie économique des institutions. Il s’agit de l’école française de la régulation qui développe, depuis le milieu des années 70, le concept de régime d’accumulation et analyse au plan macroéconomique les formes institutionnelles qui concourent à sa régulation (Etat, rapport salarial, régime monétaire, régime de concurrence, régime international) depuis le début de la crise des trente mutantes. Il s’agit de l’économie des conventions dont l’acte fondateur est la rédaction d’un numéro spécial de la revue économique en 1989. Elle propose une réinterprétation de l’équilibre, notamment sur le marché du travail, en partant des règles et valeurs qui fondent les relations individuelles d’échange. Il s‘agit de la nouvelle économie institutionnelle de COASE-WILLIAMSON qui propose une théorie des choix institutionnels basée sur la comparaison des coûts de transaction entre marché et le développement de la hiérarchie au sein des organisations qui vont développer des actifs spécifiques intransférables d’une organisation à une autre.

72 Elle est aussi en filiation directe avec des théories intégrant d’emblée une dimension spatiale dans leur discours et qui sont apparues à la suite du premier seuil ou du second seuil d’épistémologisation. Nous pensons à l’atmosphère et au concept d’externalité de Marshall dont la dimension spatiale est redécouverte alors que l’on connaît surtout de lui la formalisation des équilibres partiels.

73 L’école de la régulation a développé sa propre démarche territoriale autour des systèmes d’innovation et elle va influencer très fortement l’école de la proximité dans sa conception des Système productifs locaux et l’école Californienne dans sa conception des nouveaux espaces industriels. Un bon nombre d’auteurs appartenant à ces trois écoles participent aux travaux de synthèse publiés par le courant régulationiste en 1992 (les régions qui gagnent) et en 2000 (la richesse des régions). L’école de française de la régulation (BENKO, LIPIETZ, VELTZ...) et l’école californienne de la géographie économique qui inspire aux USA les radicaux (HARRISON, SCOTT, STORPER, WALKER..) et l’école de proximité (BELLET, COLLETIS, COURLET, GILLY, PECQUEUR, RALLET, ZIMMERMANN...) ont en commun l’hypothèse de la crise du régime d’accumulation fordiste. Ils étudient les modes d’accumulation flexibles comme réponses à cette crise.

74 Ils cherchent notamment à « comprendre comment l’économie globale s’enracine, de multiples manières, dans les structures territoriales historiques, comment le global, en permanence, se nourrit du local en le transformant » (VELTZ 1996, p 11). Cela signifie que l’économie des territoires doit opposer le comportement a-territorial des grandes firmes à celui d’ancrage territorial des petites entreprises. Elle doit poser la question institutionnelle de la régulation du système économique par des réseaux. Là s’arrête les liens de filiation en matière de concepts.

75 L’École Californienne arrive à des conclusions à peu près semblables en partant d’un paradigme un peu différent qui est celui du théorème de COASE-WILLIAMSON-SCOTT selon lequel l’organisation industrielle repose sur la comparaison des coûts d’organisation internes à la firme et des coûts de transaction entre firmes. L’intégration verticale des grandes entreprises fordiste devra donc être remplacée par le regroupement dans des agglomérations de petites entreprises.

76 La Californie, on le sait, a fourni un exemple très probant de cette logique. La performance industrielle a effectivement une base géographique (SCOTT, 1999). L’espace géographique n’a pas perdu de son rôle dans l’économie moderne. Il est de plus en plus déterminant, ce qui ouvre la voie au développement d’une politique économique régionale volontariste. En statique, les entreprises cherchent un centre de gravité géographique qui permet : a) de réduire les coûts de transaction ; b) d’augmenter la vitesse de circulation des informations ; c) de renforcer les modes de solidarité sociale qui ont indirectement un effet sur l’atmosphère industrielle.

77 Les éléments non marchands vont devenir déterminants dans l’action publique puisque c’est eux qui permettront la construction d’avantages compétitifs localisés. En dynamique les effets de l’histoire sont importants. Au départ la géographie économique apparaît dynamique puisqu’aux dotations factorielles près, les activités peuvent apparaître partout.

78 Ensuite la géographie économique devient « putt-clay » puisque le système spatial devient facteur d’inertie en raison des économies d’agglomération qui peuvent déboucher sur un verrouillage « Autrement dit, les nombreuses relations stables qui se renforcent mutuellement au sein de l’économie régionale rendront cette trajectoire fortement dépendante de son passé » (SCOTT 1999, p 267).

79 Les travaux sur les clusters de PORTER ont deux points communs avec ceux de l’école Californienne. Ils ont le même terrain d’études : la « sillicon valley » ; ils s’intéressent tous deux au rôle joué par la proximité géographique. « A cluster is a geographically proximate group of interconnected companies and associated institutions in a particular field, linked by commonalities and complementarities » (Porter 2000, p 16).

80 Chez PORTER, la dimension territoriale est cependant beaucoup moins présente. L’avantage concurrentiel d’une nation relève d’un losange formé de quatre éléments en interaction : les facteurs, la demande intérieure, les industries amont et apparentées, la stratégie des entreprises. La demande intérieure joue sur les économies d’échelle par son volume et sur le rythme de l’innovation par sa diversité. La demande extérieure fait partie des facteurs de hasard extérieurs au losange qui jouent sur les avantages (PORTER, 1993). Le rôle du territoire se limite donc à l’organisation industrielle et l’effet demande. Il reste par ailleurs un simple support de ressources.

81 L’École de la Proximité a son acte fondateur dans un numéro spécial de la revue d’économie régionale et urbaine publié en 1993 (BELLET et al., 1993). Depuis elle a acquis une certaine influence en France mais pas seulement. Elle publie régulièrement une synthèse de ses travaux (« Dynamiques de proximité » en 2000, « Économie de proximité » en 2004), numéro spécial de la Reru de 2008 intitulé « l’Économie de Proximité 15 ans après », elle a ses journées d’études.

82 L’école de la proximité, sans doute influencée par l’économie des conventions, entend se démarquer de l’approche régulationiste d’origine en proposant une approche plus mésoéconomique. L’approche régulationiste reste fondamentalement une approche macroéconomique et a donc du mal à effectuer le saut épistémologique nécessaire à l’intégration de la dimension spatiale.

83 Le concept central de cette école est celui de la proximité. Les fondateurs de cette école proposent une distinction entre une proximité géographique qui tient à la distance existant entre deux acteurs, une proximité organisationnelle qui traduit l’appartenance à un même secteur économique et l’utilisation de pratiques de management identiques, la proximité institutionnelle qui est la plus innovante puisqu’elle rend compte de la distance cognitive entre les acteurs compte tenu de leur compréhension d’un même environnement ou de valeurs partagées.

84 La discussion sur le concept n’est pas encore stabilisée (BOUBA-OLGA et GROSSETI, 2008). Les auteurs vont essayer de clarifier les liens de filiations de l’approche de proximité en partant d’une définition quelque peu différente. Ils proposent de faire la distinction entre une proximité géographique ou spatiale et une proximité socioéconomique qu’ils décomposent en une proximité de ressources et une proximité de coordination où la proximité géographique ne joue pas toujours un rôle compte tenu de son caractère immatérielle. Cela permet d’introduire une différence entre une approche plutôt interactionniste chère à certains sociologues et une approche institutionnaliste de la proximité qui mettrait l’accent sur la proximité de coordination.

85 Les effets de la proximité sont présents dans les travaux que les auteurs ont menés sur les différents réseaux de Pme en France (COURLET, GILLY, PECQUEUR etc.). On parle de systèmes productifs locaux ou de SPL que l’on peut définir par trois caractéristiques : une concentration géographique d’entreprises souvent de petite taille, une spécialisation poussée autour d’un métier et/ou d’un produit, des coopérations susceptibles de produire des externalités positives (POMMIER 2002). La notion a servi de base à la politique industrielle française entre 1998 et 2005. Ces travaux ont été fortement influencés par les travaux sur la troisième Italie qui remet au goût du jour la notion de districts industriels (BAGNASCO, BECCATINI, GAROFOLLI...).

86 Dans leurs travaux sur les réseaux de Pme, l’école de la proximité et l’école italienne ont donc été très fortement influencé par les notions d’atmosphère et d’externalité développées par MARSHALL. La proximité est aussi présente dans le choix des trajectoires de développement mais elle est moins utilisée pour décrire le processus d’innovation. Le territoire devient grâce à cette proximité un lieu de construction des ressources spécifiques parce que « les facteurs du développement sont historiquement enracinés dans la réalité sociale locale et ne sont donc pas facilement transférables dans d’autres espaces » (PECQUEUR, 1995, p 44).

87 Le territoire dispose de ressources patrimoniales, d’un patrimoine qu’il faut valoriser pour produire de nouvelles richesses et des emplois. La question des externalités est omniprésente dans la mise en œuvre de stratégies de développement basées sur la proximité. Le développement est au rendez-vous si les acteurs parviennent à dépasser leur intérêt individuel pour coopérer ou pour créer « une sorte de bien public qui lie les stratégies de chacun » (COLLETIS, GILLY et al, 1999, p 30). Le partenariat est donc déterminant dans la réussite du processus de développement. On notera aussi l’influence des travaux de STÖRH et de l’économie du développement sur la problématique du développement local (REQUIER-DESJARDINS, 1996 ; DUEZ, 1998).

88 L’approche en termes de Milieux Innovateurs est développée par le Groupe de recherche sur les milieux innovateurs (GREMI) où se retrouvent des auteurs comme AYDALOT, PERRIN, MATTEACCIOLI pour la France, MAILLAT et CREVOISIER pour la Suisse, CAMAGNI pour l’Italie. En tant que fondateur du Gremi en 1986, AYDALOT occupe une place à part dans la pensée régionale. Les travaux du Gremi vont essayer de mettre en évidence les conditions d’apparition de l’innovation. Ils vont alors développer la notion de milieu. « Le milieu n’est pas une catégorie particulière de système territorial de production mais un ensemble cognitif dont dépend le fonctionnement de ce système. Il est l’organisation à travers laquelle s’exprime l’autonomie d’action et d’initiative des systèmes territoriaux de production. Il est en quelque sorte leur cerveau, en ce qu’il constitue une agrégation des capacités d’action et des facultés cognitives des différents acteurs » (MAILLAT, dans CAMAGNI et al. 2006, p.12).

89 Les étapes du travail de recherche du Gremi peuvent être résumées comme suit (MATTEACCIOLI et TABARIES dans CAMAGNI et al., 2006). Le groupe réalise d’abord un certain nombre de monographies en Europe et mettent au point une méthodologie d’observation qui permettra de dégager une typologie des milieux innovateurs. Durant la deuxième étape définit la notion de milieu innovateur et la met en lien avec les réseaux d’entreprises. Durant la troisième étape, le groupe s’interroge sur la ville comme milieu innovateur spécifique. Enfin il parvient à la reconnaissance de l’existence d’un patrimoine spatial comme élément inséparable de la définition d’un milieu (2004). Le Gremi rejoint donc en cela les travaux faits par l’école de proximité. Les travaux du Gremi constituent d’ailleurs avec ceux sur les SPL les travaux fondateur de l’économie des territoires (REQUIER-DESJARDINS 1996).

90 L’approche en termes de système régional d’innovation se différencie de l’approche régulationiste standard qui préfère raisonner sur la base de systèmes nationaux d’innovation. Elle trouve son origine dans des modèles qui étudient la dynamique des changements technologiques. Nous pensons en particulier aux travaux d’ARTHUR et de DAVID, ou encore de DOSI (DALLE 1995 ; EDOUARD 1997 ; Le DORTZ 1999). La volonté schumpétérienne de construction d’une théorie évolutionniste de l’innovation est conservée mais pas les variables.

91 L’innovation a de plus en plus un caractère immatériel. Elle dépend donc de moins en moins de l’attitude des entrepreneurs et de leurs sources de financement et de plus en plus des choix technologiques liés au chemin suivi (ARTHUR, 1990). Il existe dans la régulation du système économique des mécanismes d’auto-renforcement du processus d’innovation, des rendements d’adoption localisés sont donc possibles qui bénéficient à certains territoires et pas d’autres. Il existe un système d’innovation régional avec sa propre dynamique par rapport au système d’innovation national. L’approche en termes de régions apprenantes est elle aussi issue des théories évolutionnistes de l’institution et de l’innovation. Elle met l’accent sur le lien existant entre le capital social et l’innovation. Le capital social est producteur de possibilités d’apprentissage (routines, conventions) qui sont favorables ou pas à l’innovation (MORGAN, 1997).

92 La nouvelle économie géographique, comme on l’appelle parfois, a des liens de filiation directe avec l’ancienne économie géographique et en particulier les modèles de localisation, de concurrence et d’équilibre spatial mais aussi avec des analyses qui ne traitent pas du tout de l’espace. Il s’agit d’abord de la nouvelle approche du commerce international initiée par les travaux de KRUGMAN. L’équilibre atteint n’est pas unique parce que l’histoire et les anticipations auto-réalisatrices jouent un rôle important dans la trajectoire du développement régional (KRUGMAN, 1991a). Il n’est pas stable puisque la présence de rendements croissants font du modèle centre-périphérie le modèle naturel de géographie économique contrairement à ce qu’avait annoncé les théories classique du commerce international (KRUGMAN, 1991b).

93 Le lien avec la théorie de la causalité circulaire de MYRDHALL (1957) est évident même s’il n’est pas relevé par l’auteur. Il s’agit ensuite des nombreux modèles de croissance endogène qui tentent d’expliquer la croissance actuelle par de nouveaux éléments comme les dépenses de R et D, l’accumulation de connaissances etc. (AMABLE et GUELLEC, 1992). Il s’agit enfin de la nouvelle économie industrielle initié par les travaux de TIROLE. Les organisations industrielles ne jouent plus forcément le jeu d’une concurrence par les prix. Elles peuvent entrer en concurrence par les produits ou grâce aux informations dont elles disposent sur la concurrence, sur les produits, sur les innovations. Elles développement des interactions stratégiques dans le cadre d’alliances et de négociations avec leur environnement. Cette nouvelle économie industrielle trouve elle-même ses sources dans l’économie de l’information, dans l’économie néo-institutionnelle (coûts d’agence, coûts de transactions).

94 L’Économie Géographique traditionnelle se focalisait sur les problèmes de localisation. La nouvelle économie géographique va se focaliser sur la formation des villes et des réseaux d’entreprises en partant de l’existence d’interactions spatiales. L’interaction spatiale découle d’une proximité géographique qui, comme dans l’analyse de MARSHALL, est source d’externalités pécuniaires. On trouvera une revue de la littérature sur la question dans (RALLET et TORRE, 1995 ; FUJITA et THISSE, 1997 ; OTTAVIANO et PUGA, 1998 ; BAUMONT et al. 2000 ; FUJITA, KRUGMAN et VENABLES, 2001).

95 Elle va produire des modèles de localisation néohotelliens où la différenciation spatiale par les coûts de transport est remplacée par la différenciation par les produits et où les interactions spatiales jouent un rôle important dans l’organisation du territoire (JAYET in RALLET et TORRE 1995 ; JAYET, PUIG et THISSE, 1996). Elle va produire des modèles d’équilibre urbain en partant de l’existence des interactions hors-marché entre entreprises et/ou ménages. Ces modèles peuvent s’intéresser par exemple à la relation entre la satisfaction procurée par la densité de population et l’augmentation du coût foncier que cela génère. Cela permet d’expliquer la forme polycentrique des villes (FUJITA, THISSE...). Elle va produire des nouveaux modèles d’économie publique locale qui prennent en compte les interactions spatiales à caractère fiscal pour poser le problème de choix d’une échelle territoriale ou celui de l’efficacité des modes de coordination entre les différents niveaux de production des biens publics localisés. C’est toute la problématique du fédéralisme fiscal et celui des externalités localisées qui est posée ainsi que celle de la concurrence territoriale pour élargir leur base fiscale (JAYET, GUENGANT, GILBERT, PATY...). Pour une revue de la littérature on pourra se référer à (GERARD-VARET et THISSE, 1997 et à GILBERT, 2002).

96 La nouvelle économie géographique va aussi s’intéresser à la dimension spatiale de la croissance. On peut parler de l’existence de modèles de croissance endogène spatialisée (DIMOU, 2003 ; DUEZ, 2010a). Dans une économie de la connaissance, la flexibilité des prix et des techniques ne permet plus un retour à l’équilibre. La croissance est de moins en moins stable et le choix d’un équilibre est plus difficile car les trajectoires sont multiples. Il faut alors raisonner en prenant en compte le rôle de l’histoire et des rendements croissants dans la structuration de l’espace.

97 On peut raisonner sur la base d’un facteur de croissance synthétique de tous les facteurs de croissance spatialisée (ZHANG, 1993 ; BAUMONT, 1997b ; BALDWIN 1999). Pour BAUMONT « la concentration spatiale des activités économiques est source d’économies d’agglomération et constitue un facteur de croissance synthétique de l’ensemble des éléments retenus dans les théorie de la croissance endogène. Nous avons choisi d’appeler ce facteur « capital spatial » (BAUMONT, 1997a, p 62).

98 Une autre catégorie de modèle se base sur un facteur de production spatialisé particulier (MARTIN et ROGERS, 1995 ; BENABOU, 1996 ; ZHANG 1998 ; CHARLOT, 2000 ; KARLSSON et ZHANG, 2001 ; ROBIN et ROUX, 2002 ; NAITO, 2004). Pour une revue de la littérature sur la question on pourra se référer à DUEZ (2010a). Le facteur spatialisée est producteur de différents types externalités : des externalités de type Mar (MARSHALL-ARROW-ROMER) qui sont en fait intra sectorielles et peuvent être assimilées à des économies de localisation externes à la firme mais internes à une industrie, des externalités de type JACOBS qui sont intersectorielles et peuvent être assimilées à des économies d’urbanisation externes à la firme et à une industrie mais liées à la taille de l’agglomération, des externalités de connaissance qui renvoient aux proximités de toutes sortes et aux économies de localisation et d’urbanisation réalisées dans la diffusion d’information.

99 La branche relative au développement intégré est celle qui se développe le plus et apparaît comme le plus en rupture avec la façon dont on a fait jusqu’ici de l’économie des territoires. Nous ne prétendons pas dans le cadre d’un tel article à une exhaustivité tant les travaux foisonnent sur les aspects économie sociale et solidaire et sur la gestion des risques dans une perspective de développement durable. La question des risques et en particulier des risques naturels et environnementaux a fait l’objet de nombreux travaux d’économistes, de géographes, de juristes, de sociologues (DUEZ, 2009).

100 On peut dire que la plupart des travaux sont fondés sur les observations réalisées par BECK(2001) sur la société du risque et sur l’analyse des univers du risque développée par GODARD, HENRY et al (2002). Une partie des travaux se déploie dans le cadre d’une théorie standard élargie qui a un certain écho dans l’univers de l’économie écologique. Ils n’ont à priori aucune dimension territoriale. La partie des travaux la plus intéressante en termes d’économie territoriale est celle qui met l’accent sur la vulnérabilité sociale des territoires dans le cadre du développement des agendas 21. Ils utilisent bien souvent le même corpus théorique que la géographie socioéconomique en faisant référence au rôle joué par la proximité ou aux conventions définies dans la conservation d’un patrimoine (BARRERE et al, 2005). Ils réclament la nécessité absolue d’une démarche interdisciplinaire (GALOCHET et al., 2008). Une autre partie de ces travaux se consacrent à la prospective territoriale pour prévoir l’évolution des risques en partant de scénarii sur l’évolution de la géographie économique. Cela concerne surtout les travaux de la Datar sur l’aménagement du territoire à l’horizon 2020 et 2040.

101 Le développement intégré insiste aussi sur la nécessité de prendre en compte les innovations sociales. Il y a deux façons d’appréhender l’innovation sociale (MOULAERT, 2003 ; 2009). La première façon est celle qui consiste à la différencier de l’innovation technique. SCHUMPETER faisait déjà cette différence et insistait sur l’importance de l’innovation sociale comme complément de l’innovation technologique. En se rapprochant de cette première acception l’école de la régulation et l’école de la proximité vont insister sur la dimension territoriale des rapports de gouvernance des entreprises avec les territoires pour fournir des biens publics locaux (LE GALES 2004) ou pour envisager une véritable gouvernance locale (DUEZ 2008, 2010b).

102 Une autre approche plus critique vis-à-vis de l’approche régulationniste propose de raisonner sur la base d’une économie politique culturelle (MOULAERT, 1996). Cette approche évoque le rôle joué par les pratiques culturelles qui se situent en dehors des rapports économiques dans la reproduction des structures sociétales en particulier quand le système économique se désintègre. Cette désintégration nous amène à évoquer la seconde façon de concevoir l’innovation sociale qui est celui de l’économie solidaire et de son apport à la construction d’une alternative économique (AILENEI et al 2009 ; LAVILLE, 2009). L’approche socioéconomique est développée par de nombreux auteurs qui gravitent autour du laboratoire de sociologie et du changement des institutions ainsi qu’autour du Reas (réseau pour l’économie alternative et solidaire). Nous pensons en particulier aux travaux de LAVILLE mais aussi à ceux de ROUSTANG, PERRET ou encore DE FOUCAULD sur les services de proximité.

103 Cette approche se différencie de la théorie des choix institutionnels développée par la John Hopkins University qui peut être assimilée à une théorie standard élargie puisqu’elle ne prend pas en compte les aspects territoriaux de l’économie solidaire et continue à conserver l’hypothèse d’optimalité des choix institutionnels. L’approche socioéconomique de l’économie solidaire s’inspire de POLANYI pour proposer comme alternative la combinaison de plusieurs types de régulation de l’économie à savoir : l’échange, le don, la redistribution. Cette volonté d’offrir une alternative face à la désintégration entraîne dès le départ un conflit avec l’ancienne économie sociale qui a totalement subi l’isomorphisme institutionnelle de l’économie marchande ou non marchande (DUEZ 2007).

- 4- Conclusion

104 Parvenu à ce stade de la réflexion, il faut nous poser deux questions épistémologiques fondamentales pour l’exercice de toute forme de rationalité située : un espace rationnel est-il possible autrement dit l’agent économique peut-il transformer l’espace tout en étant transformé par lui comme le suggère les sciences cognitives ? L’individu sujet de l’action peut-il rester libre de faire l’histoire tout étant déterminé pas l’histoire ?

105 SANTOS fournit des éléments de réponse intéressant à la première question. L’espace géographique « relève de la rationalité non intentionnelle, tandis que son organisation et sa planification appartiennent aux formes intentionnelles de rationalité » (SANTOS 1997, p 205). L’espace est donc une donnée qui détermine l’action ou qui la situe. L’homme éprouve toujours le besoin d’inscrire son action dans un lieu, c’est bien pourquoi les paysages ont un rôle très important (BEAUCHARD, 1999).

106 L’espace est aussi un espace où se déploie l’action de la rationalité par la technique qui s’y applique et par les flux économiques qui y circulent. On peut même dire qu’il est la condition première de l’exercice de toute forme de rationalité parce qu’il résulte d’un saut de conscience qui permet de différencier le ciel et la terre (CAILLE, 1986) C’est sans doute par excès de croyance dans la rationalité intentionnelle, correspondant à un complexe de supériorité par rapport à la nature, que l’homme a oublié qu’il était lui-même façonné par l’espace. Cet excès de rationalité l’a conduit à déployer partout la même matérialisation de l’espace sans tenir compte du vide écologique et culturel créé par la destruction de paysages et de civilisations.

107 Les travaux réalisés en microsociologie sur l’historicité du quotidien apportent des éléments de réponse à la deuxième question. C’est autour de l’événement comme action située que s’opère la structuration du temps. « L’événement, par sa discontinuité même vis-à-vis de ce qui précède, contraint à la distinction et à l’articulation des notions de passé et de futur » (DOSSE 1997, p 349).

108 L’exercice de la rationalité située doit donc permettre un dévoilement progressif du sens de l’événement qui se construit pas à pas en partant de différentes sources d’inspiration relatives à un contexte qu’il convient de relativiser. « C’est en reconnaissant la contextualité des ressources de sens (...) que l’on peut restituer le sens d’une action » (DOSSE 1997, p 353). Il faut donc abandonner la rationalité substantielle pour une rationalité procédurale étant entendu qu’« il y a quelque chose de substantiel qui permet de partir d’une base contextuelle pour élaborer des formations de compromis et de consensus » (FERRY cité par DOSSE 1997, p 353).

109 L’exercice de cette rationalité n’est pas incompatible avec une vision herméneutique de l’histoire qui, en créant la distance nécessaire à l’objectivisation du présent, permet une meilleure compréhension des événements. Le sens est beaucoup moins visible, mais il est présent et il permet surtout d’atténuer les passions pour chercher un consensus en présence d’opinions qui peuvent s’opposer violemment. La rationalité située est donc une rationalité ouverte puisqu’elle invite chacun « à surseoir à ses ressources de contenu sémantique d’argumentations pour leur substituer ou plutôt les articuler avec des règles des procédures pragmatiques. Il ne s’agit plus alors d’une rationalité tournée vers l’égo, mais d’un calcul décentré qui fait le détour par la prise en considération de la position d’autrui » (DOSSE p 353-354).

110 Il ne faut pas non plus oublier que la rationalité actuelle découle d’une évolution des technologies qui pousse à une condensation du présent et à substituer non une appréhension intime du présent mais un intime social et interactif. C’est plus l’intersubjectivité que la subjectivité qui prime par opposition à la totale objectivité de l’homo œconomicus.

Français

Cet article se propose d’étudier la place de l’économie des territoires dans la construction d’une théorie générale intégrant l’espace. Cela suppose le choix d’une démarche épistémologique. La démarche choisie est celle de l’archéologie du savoir de FOUCAULT. Il s’agit d’abord de présenter les seuils d’épistémologisation qui permettront de dire pourquoi et quand l’économie des territoires apparaît. Il s’agit ensuite d’étudier les liens de filiation entre chaque discours en partant de l’observation de la formation des concepts.

Mots-clef

  • territoire
  • épistémologie
  • discours
  • concept
  • théorie
English

The place of the economy of territories in the building of general theory integrating space

This paper wants to study the place of economy of territories in the building of general theory integrating space. This supposes the choice of an epistemological thought processes. The thought processes chosen is the FOUCAULT’s archaeology of knowledge. It’s a question to show the epistemological edges which permit us to say why and when the economy of territories appears. It’s then a question to study the links of filiations between each speech by using the observation of the concepts formation.

Keywords

  • territory
  • epistemology
  • speech
  • concept
  • theory

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Philippe Duez [*]
Université Lille Nord de France, Université d’Artois et LEM (UMR 8179)
philippe.duez@univ-artois.fr
  • [*]
    L’auteur remercie les deux rapporteurs anonymes pour leurs remarques constructives. Il reste responsable des erreurs ou omissions ainsi que des différents points de vue exprimés dans ce texte.
Mis en ligne sur Cairn.info le 01/02/2012
https://doi.org/10.3917/reru.114.0735
Pour citer cet article
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