CAIRN.INFO : Matières à réflexion

« Pourquoi nous orienter plus vers la jeunesse que vers d’autres couches de la population ? », se demandent, à l’été 1968, les militants du Mouvement du 22 mars ; la réponse leur semble aller de soi : « La jeunesse est libre de tout engagement tant spirituel que politique. » « La jeunesse se définit par un rapport au monde plutôt que par un âge », assure pour sa part le philosophe marxiste Henri Lefebvre. « Elle se révèle antiréductrice. » L’anthropologue Jacques Berque invite lui aussi à subvertir les classifications, en affirmant que la jeunesse est d’abord une « modalité de l’individu ». Ces appréciations sont caractéristiques de l’« esprit de Mai » ; elles se refusent à voir dans la jeunesse une catégorie étiquetée comme telle et préfèrent la définir comme une façon d’être ; par-là, elles contribuent à lui conférer des attributs. Certes, il peut paraître précisément réducteur de considérer la jeunesse comme antiréductrice par essence ; classificatoire de l’extirper de l’ensemble du corps social ; illusoire d’imaginer qu’elle serait « libre de tout engagement », délestée du poids des héritages issus des socialisations primaires, familiales autant que scolaires. Cependant, et nonobstant les problèmes que ces désignations soulèvent, elles discernent toutes dans la jeunesse une puissance de mobilisation et récusent les disqualifications qui lui sont trop souvent associées. Leur convergence conduit à s’interroger sur ce qui pourrait être spécifique à cet âge de la vie : y a-t-il une condition de la jeunesse, par-delà les situations des jeunes …

Français

Résumé

Dans le discours médiatique et politique, Mai 68 a souvent servi d’étalon de comparaison pour analyser la mobilisation étudiante contre le contrat première embauche (CPE) du printemps 2006. Ce rapprochement revenait généralement soit à dénigrer la force politique du second, soit à souligner la différence présumée radicale entre les deux mouvements. Ce chapitre tente au contraire d’indiquer les filiations et les transmissions qui s’opèrent en termes de répertoires d’action, de revendications et de propositions politiques, réinterrogeant ainsi le sens de la démocratie par des formes (assemblées générales, mandats, coordinations, etc.) sans cesse reprises et réinventées. C’est la notion d’effet d’âge, couplée à l’effet de génération, qui est ainsi examinée.

Mots-clés

  • auto organisation
  • démocratie directe
  • engagement
  • générations
  • jeunesse
  • Mai 68
  • mouvement anti-CPE
  • mouvements étudiants
  • répertoire d’action
Ludivine Bantigny
Ludivine Bantigny (maître de conférences en histoire à l’Université de Rouen et chercheuse au centre d’histoire de Sciences Po)
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Mis en ligne sur Cairn.info le 01/07/2012
https://doi.org/10.3917/scpo.muxel.2011.01.0162
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