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Actualités en analyse transactionnelle

2009/2 (N° 130)


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Pendant longtemps, j’ai eu des difficultés à enseigner le rituel tel que le présente Berne dans Des Jeux et des hommes, où il ne le voit que comme une programmation sociale dont « le critère principal est l’acceptabilité sociale, appelée vulgairement bonnes manières ». Et on y ajoute « peu porteurs de signes de reconnaissance ». Cette vision minimaliste reprise très souvent dans nos enseignements d’analystes transactionnels ne rend pas justice à la richesse et la profondeur de ce concept pour comprendre sa nécessité dans la construction de l’identité de l’individu.

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Il y a plus de 30 ans, j’ai eu la chance de rencontrer Margaret Mead, la psychologue et anthropologue américaine, qui, dans ses études de diverses civilisations (civilisations d’Océanie dites « traditionnelles »), s’est particulièrement intéressée à l’importance des rituels dans la construction de l’identité, comme apportant le contexte culturel indispensable à l’existence signifiante de l’homme. Le rite et les rituels constituent le ciment des groupes humains ; ils donnent le cadre qui va permettre de marquer d’une façon stable les passages importants de la vie avec leur entrée et leur sortie. Ils vont manifester les racines du groupe et l’appartenance de chacun à ses racines.

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À la fin de sa vie, dans cette époque des 60-70 où l’on remettait en question les schémas traditionnels de vie, elle a étendu ses recherches à la société américaine. La question qu’elle posait ce jour-là tournait autour de la séparation des couples et du divorce, beaucoup plus banalisés qu’auparavant, et qui manquaient désespérément d’un rituel qui permettrait de faire le deuil de cette relation, d’évacuer la tristesse et les ressentiments, de reconnaître l’enrichissement personnel de cette rencontre qui se terminait, et de rassembler le groupe de famille et d’amis autour du couple pour se dire et leur dire « au revoir » en tant que couple.

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Elle notait l’affaiblissement, dans nos sociétés post-modernes, des rituels religieux qui rassemblaient la communauté et renforçaient le sentiment d’appartenance. Elle soulignait la nécessité de recréer des rituels « laïques ».

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J’ai gardé de cette rencontre un souvenir très marquant, qui m’a fait comprendre comment le rituel aurait besoin d’être réintroduit dans notre vie comme source constituante de notre sentiment d’appartenance au groupe humain dont nous faisons partie et aussi, plus largement, à la « race » humaine, riche de ses différences culturelles, sociales, et de générations.

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Les rituels ont tendance à être dévalorisés de nos jours. On s’en moque, ou on voit leur côté formel et contraignant, et on les évacue. Certes, ils peuvent devenir enfermants s’ils sont rigidifiés et obligatoires alors qu’en fait, ils ont perdu leur âme. Ils ont sans cesse besoin d’être revitalisés, réactualisés.

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Le rituel a pour fonction de donner des repères dans l’espace et dans le temps, il est un élément structurant de la vie, il rythme les saisons, les âges de la vie, il donne de la profondeur et de l’importance aux différents moments charnières de notre vie : naissance, mariage ou PACS, funérailles, fêtes, anniversaires, diplômes etc.

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Prenons des exemples :

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Concernant les rituels des passages de la vie autrefois et, parfois encore, religieux :

  • Une amie évoquait la profonde tristesse de funérailles civiles d’un proche où aucune forme de parole et de rituel n’avait été organisée, et où elle s’était jurée de ne jamais permettre cela une autre fois.

  • La banalisation du PACS signé à la sauvette dans un bureau administratif est souvent mal vécue : une mairie a décidé d’organiser pour ses « pacsés » une petite cérémonie.

  • On remarque que, dans notre culture, la fête de Noël reste très importante, tout en ayant perdu son importance religieuse pour la plupart. Qu’y cherchons-nous ?

Concernant les petits rituels quotidiens :

  • Dans la rue, un petit garçon de 3 ans, faisant les courses avec son père, s’arrête devant un homme attablé à une terrasse de café, le regarde dans les yeux et lui dit : « Bonjour, Monsieur. » avec un grand sourire. Ce bonjour témoigne de la spontanéité et de la sécurité de l’enfant qui, en s’étant approprié ce simple code social, donnait forme à son désir de contact. Le père, pressé, a tiré son fils par le bras, méconnaissant l’importance de ce qui venait de se passer.

  • On connaît l’importance que donnent les petits enfants au rituel du coucher, moment de rencontre privilégié avec chacun de leurs parents. Il se peut que ce rituel, comme d’autres rituels familiaux soient banalisés ou dévalorisés par les parents. Une étude a montré que les enfants de familles qui avaient gardé ou recréé des rituels familiaux étaient des enfants plus calmes qui pouvaient s’adapter plus facilement à des situations nouvelles.

  • Je lisais les consignes pédagogiques données aux éducateurs d’école maternelle, mettant l’accent sur le rituel comme contenant spatio-temporel de tous les apprentissages.

Les divers petits rites quotidiens proposés en classe, ou règles de vie dans ce groupe : enlever les chaussures, se mettre en rang, ranger les objets, etc. vont structurer l’enfant, lui assurant un cadre sécure, prédictible.

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Ils vont permettre le développement de la mémoire, de la confiance en soi et dans les autres, le développement de compétences telles que les capacités d’anticipation, d’organisation de l’espace et du temps, et donc, vont permettre la transmission.

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- Mon collègue, Salomon semble dévaloriser la galanterie du Monsieur qui tient la porte pour la Dame. Je ne suis pas sûre de ce qu’il veut dire. En tant que Dame, j’aime beaucoup cette galanterie-là et mon « féminisme » n’en souffre pas ! Ce petit rituel me dit plus qu’une simple galanterie.

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Il me signifie, avec élégance, une prise en compte de mon existence et aussi de notre différence sexuée qui va être un enrichissement pour notre relation. Là encore, le rituel ajoute une dimension qui va permettre de sortir de la banalisation et du manque de saveur de la vie. Il me dit que j’appartiens à un groupe de gens qui s’est approprié certains codes qui témoignent du sens et du respect de l’autre.

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Nous adultes, qui, aujourd’hui, pour la plupart d’entre nous, avons banalisé les rituels, risquons de méconnaître la fonction sociale sécurisante, tranquillisante et contenante, la fonction de prédictibilité, d’anticipation et la fonction de transmission culturelle qui nous est profondément nécessaire.

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C’est en ce sens que le rituel ne peut pas être réduit à de simples conventions sociales : il nous fait humains, porteurs de dignité, de fierté et de considération de soi et d’autrui, en nous offrant le cadre pour exister avec les autres d’une façon signifiante.

Pour citer cet article

Dupin Claude-Marie, « Les rituels : enrichissement de la vie », Actualités en analyse transactionnelle, 2/2009 (N° 130), p. 53-56.

URL : http://www.cairn.info/revue-actualites-en-analyse-transactionnelle-2009-2-page-53.htm
DOI : 10.3917/aatc.130.0053


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