CAIRN.INFO : Matières à réflexion

1Le 26 septembre 2010, un éditorial du Guardian tanzanien s’interrogeait : « Sommes-nous une nation capitaliste ou socialiste ? » Quelques jours avant la quatrième élection présidentielle du pays, la question revêtait une grande importance. Le parti au pouvoir, Chama Cha Mapinduzi (Parti de la révolution, CCM), dirigeait le pays depuis l’époque du parti unique (1963-1992) en appliquant les réformes néolibérales des années 1990 ; mais une grande partie du développement économique promis s’avérait difficile à atteindre. « Près de deux décennies après l’introduction de ces réformes », déclarait le rédacteur en chef, « la Tanzanie semble coincée entre capitalisme et socialisme, entre de grandes industries privatisées sans enthousiasme et un État n’offrant toujours pas suffisamment de services sociaux à partir des impôts » (The Guardian, 2010).

2Le cas de Tanesco, la compagnie nationale d’énergie qui avait le monopole en Tanzanie, illustre parfaitement cette privatisation sans enthousiasme. Des donateurs financèrent des programmes visant à dégrouper ses composantes de production, de transport et de distribution en 1997, 2007 et 2014, mais tous ont été rejetés ou reportés. Les producteurs indépendants d’électricité (IPP) – des entreprises privées contractées pour produire de l’électricité – ont été intégrés au secteur de l’électricité, mais de manière patrimoniale, loin des fantasmes de capitalisme libéral-démocratique des donateurs. Pour le public, cela s’est traduit par un mélange désagréable de dépenses en infrastructures et de manque de fiabilité, d’augmentation des tarifs et de renflouement des donateurs [1].

3Dans cet article, j’explore les raisons qui ont conduit à la privatisation « sans conviction » de Tanesco, en accordant une attention particulière aux différents types d’arguments racialisés mobilisés pour attaquer ou défendre les IPP. Je commence par analyser les premiers débats de la Tanzanie postcoloniale sur la relation entre la race, la citoyenneté et le développement, et les façons dont ils ont été à la fois réactivés et reconfigurés dans l’ère postsocialiste. Je montre ensuite comment ces débats ont recoupé la réforme du secteur de l’énergie dans les années 1990, en mettant l’accent sur deux IPP en particulier : Independent Power Limited (IPTL, puis IPTL-Pan African Power [PAP]) et Richmond Development Company. Chacune a offert aux responsables du CCM un moyen de « recherche de profit panique » (Cooksey, Kelsall 2011, p. 35), profitant à leurs propres réseaux népotiques personnels et leur permettant de rembourser les financeurs de leurs coûteuses campagnes électorales. Ces contrats ont été initialement présentés au public comme des mesures d’urgence et ont parfois été défendus avec succès par une rhétorique anti-étrangers, mais ils ont aussi attisé l’indignation populaire et des problèmes juridiques, abandonnant le secteur de l’électricité entre sauvetages financiers répétés, scandales de corruption et plans de dégroupage différés.

4En mettant en lumière les contestations raciales qui se sont formées autour des IPP, j’ajoute une vision culturelle et politique aux analyses généralement technocratiques du secteur de l’électricité en Tanzanie (Gratwick et al., 2006 ; Gratwick, 2011) [2]. Si les infrastructures telles que les réseaux électriques sont des systèmes techniques complexes, elles s’inscrivent dans des économies représentatives complexes (Larkin, 2013). Les infrastructures ont des dimensions discursives et symboliques qui peuvent justifier les dépenses budgétaires d’urgence ou canaliser les désirs populaires et les promesses de citoyenneté. Aussi, je montre que l’approvisionnement en électricité, avec ses mécanismes financiers et juridiques complexes, peut s’inscrire dans l’économie politique du népotisme d’élite. En même temps, grâce à sa grande force symbolique, il peut s’imprégner d’une économie morale populaire de race et de citoyenneté. La Tanzanie offre ainsi un cas d’étude sur la façon dont ces deux économies – de népotisme d’élite et de légitimité populaire – interagissent avec les infrastructures énergétiques à l’ère postsocialiste.

5À travers la transition postsocialiste qui a débuté dans les années 1980, l’évolution de la Tanzanie s’est caractérisée par deux grandes stratégies qui, comme le décrit Tim Kelsall, « cohabitent » dans la sphère politique (2002, p. 615). Kelsall s’inspire ici de la célèbre métaphore d’Emmanuel Terray d’une « politique du climatiseur » bureaucratique et d’une « politique de véranda » non officielle et patrimoniale (1986). En Tanzanie, la politique de véranda oblige les chefs du parti du CCM à s’associer avec des porteurs de capitaux privés, notamment des ressortissants tanzaniens d’origine asiatique, pour constituer des réseaux népotiques informels. La politique du climatiseur, quant à elle, implique le renforcement de la présence des donateurs et des entreprises occidentaux, ainsi qu’une idéologie associée de gouvernance rationnelle et légale. Il est important d’expliquer que ces deux « politiques » ne correspondent pas à des groupes distincts d’élites ; tout entrepreneur politique qui réussit en Tanzanie pratiquera les deux, dans des proportions différentes. Cependant, combiner ces stratégies ne se fait pas sans tensions. Lorsque les élites du CCM affectent les ressources et opportunités publiques aux réseaux népotiques sur la véranda, elles sont critiquées pour leur comportement égoïste et irresponsable. Elles s’exposent également aux accusations plus réactionnaires lui reprochant de vendre les intérêts des Africains « indigènes » pour s’allier aux intérêts commerciaux asiatiques. Inversement, en poursuivant une politique du climatiseur, elles peuvent être accusées de complicité avec l’ingérence néocoloniale de la Banque mondiale et de ses donateurs. La nature symétrique de ces critiques signifie que la véranda et le climatiseur coexistent non seulement en tant que stratégies politiques alternatives, mais que, à certains égards, ils fonctionnent comme des contrôles idéologiques les uns sur les autres, en particulier à travers le discours sur les races. Nous pouvons le constater dans le secteur de l’énergie où différents acteurs ont porté des accusations et contre-accusations racistes en ce qui concerne les contrats IPP. Ces accusations témoignent d’une économie politique postsocialiste qui contredit les stéréotypes faciles de la modernisation de type « occidental », de liberté entrepreneuriale « asiatique » ou du nationalisme « africain », et en réalité les conjugue dans un équilibre toujours changeant. À son tour, la trajectoire de la réforme du secteur de l’énergie suggère que la politique tanzanienne continue d’être étayée par des débats sur la relation entre race et sentiment national. En effet, ces débats sont un moyen qui pourrait expliquer le prolongement de l’ère socialiste en Tanzanie (Askew, 2006) – et notamment la poursuite de l’hégémonie du CCM.

« Crise » et ambiguïté du postsocialisme

6Les politiques coloniales de ségrégation socio-économique ont fait qu’il est resté difficile de dissocier la race de la politique de développement national dans l’ère postcoloniale. Les débats sur la race ont occupé une place centrale dans les questions d’identité nationale et de développement des premières années de l’indépendance (Brennan, 2010), puis ont été réactivés à mesure que la libéralisation redistribuait le pouvoir relatif et le positionnement stratégique des donateurs européens, des hommes d’affaires asiatiques et des responsables politiques africains. Les travaux sur le « débat sur l’indigénéité » en Tanzanie, par exemple, mettent l’accent sur la façon dont les chefs de partis d’opposition, comme Christopher Mtikila, exploitent le ressentiment populaire contre les Asiatiques (Heilman, 2013 ; Fouéré, 2015). D’autres ont noté le ressentiment quasi-racial contre les wazungu, les Blancs, ainsi qu’un discours anti-privatisation plus général contre les étrangers, en particulier les Sud-Africains (Schroeder, 2012). Toutefois, on a accordé moins d’attention à la façon dont ces différents ressentiments étaient comparés et présentés comme des choix relatifs. En ce qui concerne le contrat d’IPTL, l’ancien premier président Julius Nyerere aurait déclaré : « Si c’est une coopération Sud-Sud [afro-asiatique], alors le colonialisme est préférable » (Cooksey, 2002, p. 60) [3]. C’est ce sentiment d’être pris entre deux modes de développement racialement chargés qui, selon moi, a contribué à donner à l’ère postsocialiste son sens particulier d’ambiguïté « sans conviction ».

7Ironiquement, cependant, ce sentiment d’être pris entre deux a aussi pu contribuer à la stabilité précaire de l’ère postsocialiste. Malgré l’insatisfaction grandissante à l’égard de la corruption à grande échelle et les éruptions de rancœurs raciales, le CCM est parvenu à conserver son hégémonie. Alors que le parti dispose d’une infrastructure inégalée pour mobiliser les votes et la loyauté idéologique, il est aussi caractérisé par sa division en blocs de « poids égal » au niveau de l’élite (Gray, 2015, p. 4). Comme le notent Ole Therkildsen et France Bourgouin, « le parti est assez fort pour garder les factions ensemble, mais trop faible pour leur imposer une discipline » (2012, p. 18). Je suggère qu’une partie de la force relative du parti est liée à la façon dont les factions s’appuient sur des stratégies d’accumulation à connotation raciste qui s’accompagnent de compromis en matière de légitimité, empêchant toute domination de l’une en particulier.

8La réforme du secteur énergétique est devenue le théâtre de doubles accusations de néocolonialisme blanc et de patrimonialisme afro-asiatique à travers les récits de crise. Désigner une « crise » revient à exiger des mesures d’urgence et donc offre des opportunités d’argent ou de pouvoir (Larkin, 2016 ; Roitman, 2013). Mais les crises perturbent également le consensus et créent des débats sur les alternatives. La privatisation de l’énergie revêtait une grande importance pour la Banque mondiale et la communauté des donateurs dans la période de l’après-guerre froide et ceux-ci poursuivaient, dans le monde entier, un « modèle standard » hégémonique de réforme. Cela impliquait, en premier lieu, la contractualisation de producteurs d’électricité indépendants (IPP) pour produire et injecter de l’électricité dans les réseaux nationaux en difficulté – reposant principalement, dans le cas de la Tanzanie, sur l’hydroélectricité. Les IPP étaient considérés comme le premier pas vers le dégroupage des monopoles d’électricité à intégration verticale comme Tanesco, et en tant que bon élève de la Banque mondiale, l’État tanzanien s’est exécuté. Cependant, dans les moments de crise où les niveaux des barrages sont devenus dangereusement bas, le gouvernement s’est tourné vers des producteurs d’électricité d’urgence (Emergency Power Producers, EPP) sur le court terme, généralement au diesel ou autres sources thermiques. Les EPP auraient dû être des solutions provisoires, mais ils se sont souvent transformés en IPP sur le long terme et ont été intégrés à la production électrique de base, leurs dépenses détournant les revenus publics et empêchant le réinvestissement dans les coûts opérationnels. Il en a résulté une variante tanzanienne de la « fin du modèle standard » de privatisation plus général et l’émergence d’un nouveau mélange « hybride » d’éléments publics et privés (Gratwick, Eberhard, 2008 ; Eberhard et al., 2016).

9Lorsque des donateurs internationaux, consultants ou experts en développement abordent ce modèle hybride en Tanzanie, ils résument souvent la situation à une histoire de bébé et d’eau de bain : le gouvernement tanzanien doit jeter les restes d’eau du bain EPP, tout en gardant et en cultivant le bébé IPP en bonne santé [4]. Restez dans le climatiseur, implorent-ils ; n’allez pas dans la véranda. Mais cela ne tient simplement pas compte des structures historiques et des incitations politiques à l’origine de la contractualisation conjoncturelle, et à terme de la confusion, des EPP/IPP.

Race et socialisme

10Pendant les années de l’entre-deux-guerres et jusqu’à l’indépendance politique en 1961, la conscience nationale dans ce qui allait devenir la Tanzanie est allée de pair avec la conscience raciale. À la fin du xixe siècle, les notions assimilationnistes d’ustaraabu (la civilisation, littéralement en train de devenir arabe) se sont mêlées au concept de taifa – un peuple formant une nation en vertu de son enracinement au lieu (Brennan, 2012, p. 122-123). Comme le montre Steve Feierman, ces changements ont marqué l’économie politique postcoloniale naissante dans laquelle les dirigeants du principal parti indépendantiste, Tanganyika African National Union (TANU, précurseur du CCM), héritaient d’une combinaison d’autorité morale (précédemment réservée aux chefs employés par le régime colonial) et de pouvoirs bureaucratiques (auparavant monopolisés par les écoles missionnaires blanches et les clercs africains) (1990, p. 24). Cet imaginaire a mis les « Asiatiques », qui étaient considérés comme des intermédiaires commerciaux malgré leur diversité, dans une position délicate. Habituellement appelés Indiens [5], les Asiatiques étaient perçus comme les bénéficiaires inférieurs d’un régime colonial raciste (qui essayait activement d’éliminer les négociants africains indépendants). Dans la période qui a précédé l’indépendance, ces tensions se sont manifestées, par exemple, par le rejet des mariages mixtes et l’intimidation des commerçants asiatiques par la TANU Youth League (Brennan, 2006).

11Néanmoins, le leader du TANU et premier président Julius Nyerere (1963-1985) insistait sur une vision du sentiment national tanzanien antiraciste, de descendance et liée à la résidence, si bien qu’en principe les Asiatiques devaient être inclus en tant que citoyens, même si cela allait à l’encontre du sens commun raciste (Brennan, 2012, p. 153-158). Cette sensibilité s’étendait également aux Européens qui occupaient les postes les plus élevés du gouvernement colonial et de la fonction publique et leur promesse d’expertise en développement. Contrairement à d’autres nouvelles nations postcoloniales, les politiques d’africanisation étaient relativement progressives (Aminzade, 2001). Tanesco, par exemple, n’a pas été africanisé avant 1973, et était jusqu’à cette date dirigé par des gestionnaires britanniques (Ghanadan, 2009, p. 413). Même après l’africanisation officielle, les organisations et les gouvernements occidentaux sont restés une présence de centre gauche dans l’administration de Nyerere. Ils offraient un éventail de soutien technique et financier, allant de barrages hydroélectriques pour le réseau tanzanien (Öhman, 2007) jusqu’au tristement célèbre programme de repeuplement de villagisation (Delehanty, 2017).

12Cependant, les éléments racialistes de la coalition nationaliste n’ont jamais complètement perdu leur emprise. Après l’adoption officielle de l’ujamaa, ou socialisme africain, les propriétaires et les commerçants asiatiques qui ne se sont pas joints au « dur labeur » (nguvu kazi) de la construction de la nation ont continué à faire l’objet de ressentiment. Dans les années 1970, le TANU expropria les biens immobiliers de Dar es Salaam, qui appartenait majoritairement aux Asiatiques, et persécuta ceux qui participaient à la thésaurisation et au « sabotage économique » (Brennan, 2012). Parallèlement à ces gestes iconoclastes, un certain nombre d’Européens ont été déportés, des établissements gérés par des Européens ont été fermés (Heilman, 1997, p. 374 ; Aminzade, 2001, p. 74) et des articles culturels occidentaux tels que les minijupes ont été brièvement interdits (Ivaska, 2011). Pourtant, malgré et en quelque sorte grâce à cette attraction/répulsion, Nyerere et l’État-parti sont parvenus à conserver leur autorité centralisée. Alors que Nyerere est désormais souvent sanctifié dans la mémoire populaire et la rhétorique politique (Fouéré, 2015), sa façon de gouverner était un mélange paradoxal de pragmatisme et d’idéalisme, d’antiracisme officiel et de discrimination raciale tacite. Cela a frustré ses critiques, qui l’ont alternativement accusé d’être naïvement utopique et cyniquement machiavélique (Brennan, 2015). Ces deux impulsions ont persisté au sein du CCM, bien que de manière transfigurée, à travers l’ère postsocialiste.

Race et postsocialisme

13À la fin des années 1980, la pression des donateurs et une crise économique prolongée ont poussé l’État à accepter une série de réformes d’ajustements structurels. Sous le président successeur de Nyerere, Ali Hassan Mwinyi (1986-1995), l’État déréglementa sa monnaie et libéralisa les importations. Cela a modifié la structure des incitations pour les élites nationales. Au lieu de compter sur l’accès aux ressources et au prestige des positions gouvernementales, les vigogo (troncs d’arbres) – riches hommes d’affaires et dirigeants politiques – augmentèrent les plus-values sur les échanges d’import-export, l’immobilier et le dessaisissement des entreprises parapubliques. Parmi ces vigogo, « les peuples côtiers et Zanzibaris ayant des liens avec l’Inde et le Moyen-Orient, ainsi que les Asiatiques tanzaniens, étaient bien représentés » (Kelsall, 2002, p. 160). Les « peuples côtiers » avaient accès à des réseaux commerciaux transnationaux et à des devises privées fortes leur permettant d’acheter des biens étrangers. Cependant, ces accumulations n’ont pas simplement pesé sur l’économie tanzanienne, mais plutôt l’ont réalimenté à travers d’autres points de rentrée et de conversion (Gray, 2015, p. 18-19). Avec le début des élections pluralistes, les hommes d’affaires asiatiques ont commencé à faire des dons aux campagnes du CCM (Aminzade, 2013, p. 322). Les bureaucrates et les politiciens africains ont certainement aidé à faciliter ces consolidations, collectant des plus-values – les légendaires 10 % – au passage (Himbara, 1997, p. 73). C’était une « politique de véranda » dans laquelle les transactions en coulisse permettaient à un parti de plus en plus décentralisé de s’adapter aux impératifs entrepreneuriaux de la libéralisation.

14L’image inversée de la politique de véranda (noire et brune) était la « politique de climatiseur » (blanche) : la multitude d’initiatives européennes en faveur des pauvres parrainées par des donateurs cherchant à renforcer la société civile (Kelsall, 2002). Cette workshopocracy (ou « pouvoir des ateliers ») des donateurs néolibéraux et des ONG impliquait de s’exprimer dans le langage abstrait et condescendant de l’autonomisation et de la participation (Kelsall, 2002, p. 604) dans un « partenariat performant » souvent creux (Mercer, 2003) pouvant entraîner le détournement de l’aide vers des réseaux de véranda décentralisés afin de financer l’influence et les campagnes politiques. Néanmoins, la politique du climatiseur disposait aussi d’un pouvoir considérable et améliorait l’efficacité des finances publiques grâce à un soutien budgétaire direct et à divers mécanismes d’audit (Gray, 2015, p. 2).

15Une partie de ce qui a donné aux politiques de climatiseur et de véranda leur ambivalence postsocialiste en Tanzanie est qu’elles ont été perçues comme impliquant un sentiment général et dérangeant de subordination aux Blancs et aux Asiatiques, et cette subordination suscita des critiques de la part des opposants politiques et de la presse libérale. Les réformes de type technocratique et de climatiseur impliquaient souvent une manne de privatisation approuvée par la Banque mondiale et étaient perçues comme servant les intérêts des Européens et des Sud-Africains blancs. En 2002, par exemple, Tanesco a confié à la société sud-africaine NetGroup Solutions un contrat de gestion privé de quatre ans financé par la Banque mondiale, mettant en œuvre une politique agressive et à sa manière mercantile de réduction des effectifs de Tanesco, de hausses tarifaires et de campagnes de déconnexion. Le personnel de Tanesco a protesté publiquement contre NetGroup avec des pancartes affichant le portrait du président Nyerere accompagné du slogan « Tanesco, ses barrages et son électricité sont le travail de Nyerere et des citoyens de Tanzanie » (Ghanadan, 2009, p. 412) et, plus directement, « Rentrez chez vous les Boers ! » (Matiku et al., 2011, p. 198). À l’inverse, certaines personnalités de l’opposition comme Augustin Mrema et Christopher Mtikila ont diabolisé les Asiatiques et ont appelé à l’indigénisation des entreprises privées. De tels appels se sont avérés populaires parmi les vendeurs de rue et les chômeurs à Dar es Salaam, allant même jusqu’à provoquer des émeutes anti-asiatiques dans les centres-villes. Comme l’affirme Aminzade, « l’ironie était flagrante : la transition du socialisme d’État vers le néolibéralisme signifiait que les politiques économiques néolibérales du gouvernement favorisaient l’entrepreneuriat individuel et une culture consumériste de l’individualisme possessif, tout en renforçant les revendications politiques en faveur de mesures de redistribution de groupe pour réparer les préjudices causés à la majorité noire africaine » (2013, p. 226).

16La tâche de négocier cette situation ironique a été laissée aux troisième (1995-2005) et quatrième (2005-2015) phases de la présidence tanzanienne. En 1995, Benjamin Mkapa a été élu président et a adopté la réforme néolibérale de style occidental comme correctif moral aux libertés débridées de la libéralisation de l’ère Mwinyi. Mkapa devait néanmoins s’adapter à la présence de vigogo de l’ère Mwinyi. Bien qu’il ait composé un cabinet qui « excluait les poids lourds politiques du régime précédent », la faction de l’ère Mwinyi, ou « vieille garde », continua à exercer son influence au sein du parti (Kelsall, 2002, p. 605), notamment son futur successeur présidentiel, Jakaya Kiwete, et son Premier ministre, Edward Lowassa ; Nyerere a en fait empêché Lowassa d’être élu président en 1995, jugeant qu’il s’était enrichi trop vite durant les années Mwinyi (Ulimwengu, 2014). Ces factions ont formé les racines de ce qui deviendrait une décennie plus tard connu sous le nom des ailes CCM-Safi (« propres ») et CCM-Mafisadi (« corrompues ») de l’échelon du parti d’élite (Gray, 2015, p. 11), et, comme le décrivent les deux sections suivantes, elles viendraient à influencer de manière significative la trajectoire de la réforme du secteur de l’énergie.

Défense de la légitimité raciale d’Independent Power Tanzania Ltd/Pan African Power (1994-2014)

17Au début des années 1990, des décennies de mauvaise gestion et de sous-approvisionnement avaient laissé le secteur hydroélectrique tanzanien d’environ 300 MW en très mauvais état et le spectre de la sécheresse provoqua une crise de l’électricité (Walsh, 2012). Au début, la réponse du gouvernement est restée en phase avec l’orthodoxie des donateurs, qui se détournaient du financement de grands projets de développement au profit de solutions axées sur le marché. En 1994, en pleine sécheresse, le ministère de l’Énergie et des Ressources minérales (MEM) a rapidement autorisé des mesures d’urgence pour attirer les investissements privés dans le secteur, un objectif vite affirmé dans une nouvelle politique énergétique nationale publiée cette année-là. En 1997, Tanesco était officiellement placé sous l’autorité de la Commission de réforme parapublique (Parastatal Reform Commission – PSRC), financée par la Banque mondiale, qui a mandaté le dégroupage et à terme la privatisation de ses composantes production, transport et distribution, en commençant par la première. L’élément central de la réforme électrique de la Banque mondiale était l’IPP Songas. Songas était une joint-venture de 300 millions de dollars entre des banques et des donneurs européens impliquant la construction d’un complexe de forage, de traitement et de pipelines depuis les gisements gaziers de Songo Songo jusqu’à Dar es Salaam, produisant 190 MW d’électricité.

18En 1997, les négociations de Songas accusaient un retard alors que les responsables de l’État reportèrent leur attention sur IPTL, une joint-venture entre la société malaisienne Mechmar et l’actionnaire minoritaire tanzanien VIP à 30 %. En 1994, le ministère de l’Énergie et des Ressources minérales avait commencé à négocier avec IPTL pour fournir de l’énergie d’urgence afin de soulager la crise provoquée par la sécheresse. Cependant, au cours des années 1995 et 1996, IPTL parvint à renégocier un contrat d’achat d’électricité à long terme sur vingt ans pour 100 MW de production au diesel importé. En d’autres termes, ce qui avait commencé comme un EPP à court terme s’est transformé en un IPP à long terme. L’accord a été présenté au public en 1997 comme une réponse à la demande croissante, un plan dont l’urgence semblait mise en relief par une autre série de rationnements de l’énergie causés par la sécheresse en septembre de la même année.

19Pourquoi l’IPTL a-t-il été contracté en plein milieu d’un accord de plusieurs millions de dollars avec Songas [6] Certains observateurs estiment que « bien qu’il soit aisé, rétrospectivement, d’accuser les parties prenantes d’avoir agi imprudemment face aux situations d’urgence, il semble que les conditions concrètes de délestage et de pénurie aient offert peu d’alternatives » (Eberhard, Gratwick, 2011, p. 25). Pourtant, la structure et la logique de l’accord IPTL étaient discutables à plusieurs égards. Le coût auquel l’électricité serait vendue à Tanesco devait être calculé après la détermination des coûts en capital d’IPTL. Comme je l’explique plus loin, cela préfigurait un arrangement paralysant et coûteux ayant des ramifications profondes. De plus, en 1997, Tanesco possédait déjà quatre groupes électrogènes alimentés au kérosène qui n’étaient pas utilisés en raison du manque de fonds pour le droit d’importation sur le carburant, auquel le gouvernement avait refusé de renoncer. En outre, un projet hydroélectrique largement financé par les pays scandinaves (le barrage de Kihansi) était déjà en cours et devait être mis en service en 2000 et limiter les nouvelles pénuries. Enfin, pour souligner l’empressement d’IPTL, à la fin de 1997 et en 1998, le système de tempêtes El Niño a permis de réapprovisionner le réseau hydroélectrique de Tanesco.

20Malgré cela, IPTL a obtenu son contrat IPP, en grande partie grâce à ses soutiens bien placés. Son actionnaire minoritaire à hauteur de 30 %, VIP Ltd, était composé d’un groupe d’hommes d’affaires asiatiques tanzaniens ayant une expérience dans l’Autorité portuaire tanzanienne. Leur représentant était James Rugelamira, ancien employé de la Banque de Tanzanie et représentant des entrepreneurs « indigènes » (wazawa) ayant des liens avec l’administration présidentielle de Mkapa. Alors que Mkapa lui-même était hésitant, le projet trouva un soutien important parmi les élites CCM de la « vieille garde », notamment les ministres de l’Aménagement, des Finances et de l’Eau, de l’Énergie et des Ressources minérales – le futur président Jakaya Kikwete. Brian Cooksey, sociologue et journaliste expatrié résident de longue date en Tanzanie, affirme que « c’est précisément l’héritage Mwinyi entourant l’IPTL que Mkapa [peinait] à contenir depuis son arrivée au pouvoir en 1995 » (Cooksey, 2002, p. 61).

21Les partisans d’IPTL lancèrent également une contre-offensive rhétorique dans la presse, rejetant la critique comme une opposition à la coopération « Sud-Sud » et une conspiration de la part des « agents étrangers », à savoir la Banque mondiale et Songas. En tant que l’un des critiques les plus virulents d’IPTL, Cooksey fut particulièrement pointé du doigt. « J’ai rapidement eu des ennuis avec IPTL. Dans une longue lettre adressée à l’Africain (1er juin 1998) intitulée “La phobie de Brian contre la Commission Sud-Sud”, je suis qualifié de raciste à la “haine pathologique de la coopération Sud-Sud” avec “des tendances à dénigrer les gouvernements, dirigeants et le peuple africains”… Je suis [ailleurs] qualifié de “conseiller clandestin dangereux”, “escroc académique et commercial”, avec “des préjugés contre les dirigeants africains et asiatiques”. Je suis en outre décrit comme un fraudeur fiscal, un marchand de pierres précieuses sans permis, un habitué d’une salle de danse peu recommandable de Dar es Salaam, un “étranger et un expert en énergie autoproclamé” » (Cooksey, 2002, p. 64).

22La couleur blanche de Cooksey a permis de déplacer la rhétorique du discours anti-asiatique/anti-corruption qui avait mis le clan véranda des élites du CCM en position de faiblesse idéologique. Elle aligne les hommes d’affaires autochtones – c’est-à-dire à la fois les ressortissants tanzaniens « asiatiques » et « africains » – au sein d’un écoumène Sud-Sud plus large en les positionnant contre l’ingérence néocoloniale de la Banque mondiale et de ses prétendus laquais, incarnés ici dans la figure de l’expatrié louche. Dans le discours, le rejet de Cooksey est complexe. D’une part, il relie les thèmes socialistes familiers de « l’amitié », l’égalitarisme racial et de l’autosuffisance anti-occidentale. Mais au lieu d’invoquer ces affaires au nom des wananchi (citoyens) comme l’avait fait historiquement le CCM, les nouveaux protagonistes victimisés dans cette rhétorique sont les hommes d’affaires et les « leaders » asiatiques/africains. Cela correspond bien à la position générale du CCM dans le débat sur l’indigénisation, dans lequel il comptait souvent sur une vengeance nationaliste contre les étrangers pour remplacer des représailles raciste envers les ressortissants asiatiques (Aminzade, 2013, p. 355). Pourtant, c’est paradoxal : 70 % d’IPTL était d’origine malaisienne ; l’entreprise était techniquement étrangère, mais pas blanche. Ainsi, le « partenariat Sud-Sud » fonctionne ici comme un autre déplacement dans lequel l’investissement étranger est justifiable, ironiquement, à condition d’être correctement racialisé.

23Finalement, il s’est avéré que l’IPTL avait subrepticement modifié les plans de construction pour commander des turbines à vitesse moyenne moins chères que les turbines à basse vitesse. En l’absence de preuve documentaire de diligence raisonnable concernant les coûts d’immobilisation réels du projet, Tanesco, avec la bénédiction réticente du président Mkapa, émit un avis de défaillance envers IPTL. L’affaire a été portée devant le Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements (CIRDI). La corruption visant à imposer IPTL a été alléguée mais jamais prouvée. En 2001, après un long arbitrage, l’affaire a été jugée en faveur de Tanesco, réduisant ce qu’elle devait aux coûts du projet et aux calculs tarifaires qui en découlaient. Néanmoins, c’était une victoire à la Pyrrhus pour la plate-forme climatiseur de Mkapa. IPTL devait continuer à vendre l’électricité de Tanesco à des prix et frais de capacité élevés. Au moment où Songas et l’IPTL ont été raccordés en 2005, ce dernier était l’IPP le plus coûteux en Afrique ; 20 millions de dollars ont été alloués au soutien budgétaire de Tanesco (Ghanadan, Eberhard, 2007, p. 46).

24Après 2005, deux développements importants ont eu lieu. Le premier est que la banque malaisienne qui avait financé les actions majoritaires d’IPTL détenues par Mechmar a déclaré qu’il s’agissait d’un actif sous-performant. La Standard Chartered Bank de Hong Kong (SCB-HK) a levé sa dette de 120 millions de dollars pour 75 millions, et Mechmar a été placé en redressement judiciaire. Deuxièmement, Tanesco a engagé une autre série d’actions en justice contre IPTL. Il alléguait désormais que l’IPTL n’avait même pas contribué à l’intégralité des coûts en capital (qu’elle a été jugée coupable de gonfler) dans les usines comme elle l’avait prétendu. Étant donné que les droits de capacité mensuels étaient calculés en proportion de ces coûts en capital, Tanesco affirma qu’elle était surfacturée. Le CIRDI scella les paiements périodiques de Tanesco à IPTL sur un compte bloqué jusqu’à ce qu’un jugement puisse être prononcé, et, en 2013, les paiements contestés avaient gonflé à plus de 122 millions de dollars.

25En 2010, la société malaisienne Mechmar vendit brusquement ses 70 % d’actions à la Pan-African Power (PAP), une société détenue par Harbinder Singh Sethi, pour seulement 300 000 dollars. Le problème, comme l’a déterminé plus tard un tribunal malais, est que la vente était illégale : Mechmar était en redressement judiciaire et n’était donc pas habilité à vendre ses actions. La Haute Cour de Tanzanie en conclut autrement et, en octobre 2013, statua que la vente d’IPTL à PAP était de fait légale. Ce même mois, les responsables de Tanesco rencontrèrent PAP dans un hôtel de Kunduchi Beach, à l’extérieur de Dar es Salaam, où ils acceptèrent de transférer également les fonds contestés à la PAP. Malgré les inquiétudes soulevées par la Banque de Tanzanie et avec l’aval du procureur général, du Trésor et du MEM, 122 millions de dollars furent transférés. Après réception des fonds bloqués, PAP acheta rapidement les 30 % d’actions minoritaires de VIP pour 75 millions, transférant l’argent sur le compte personnel de James Rugelamira. En d’autres termes, Rugelamira/VIP vendit sa participation minoritaire de 30 % d’IPTL pour 250 fois le prix de vente de la participation majoritaire de Mechmar (300 000 dollars). Il a ensuite été allégué que Rugelamira avait donné une grande partie de cet argent à divers ministres et élites du CCM (Tanzania Human Rights Report, 2014, p. 252).

26Une grande partie du spectacle de IPTL-PAP impliquait la personne de Sethi, le « mystérieux magnat ayant ébranlé la Tanzanie » (The East African, 2014) – « magnat » désignant ici un riche homme d’affaires asiatique (Aminzade, 2013, p. 340). La biographie de Sethi suit les reconfigurations politico-économiques de la trajectoire postsocialiste de la Tanzanie. Né à Iringa, en Tanzanie, en 1958, il a déménagé et obtenu la citoyenneté au Kenya dans les années 1980, au cœur de la vague anti-asiatique socialiste de la Tanzanie. Il y a prospéré, comme l’explique un homme politique populaire de l’opposition, dans le cadre d’un contingent de « gens d’affaires asiatiques qui servaient souvent de couverture pour les nouveaux riches kalenjin » sous l’administration Moi, agissant notamment comme prête-nom pour des investissements en Afrique du Sud (Kabwe, 2014 ; Africa Confidential, 2014). Son retour en Tanzanie a ainsi marqué deux décennies de réintégration progressive des réseaux financiers asiatiques dans l’appareil politique. De plus, comme lors de la première vague de controverses, il y a près de vingt ans, la dynamique raciale sous-jacente du scandale était palpable et inconfortable. Le temple sikh de Dar es Salaam défendit Singh dans la presse et protesta contre l’épithète raciale singa singa – jeu de mot à partir du nom Singh – souvent utilisé pour décrire l’affaire (« Tamko la Singh Kuhusu Kuita Waumini Wake Singa Singa », 2015). Pour sa part, Singh et l’IPTL firent rapidement des dons à diverses églises, postes de police, écoles et autres causes caritatives partout dans le pays (IPTL, n.d.). Parallèlement, l’IPTL (désormais IPTL-PAP) joua la carte de l’opposition aux étrangers pour détourner l’attention du sentiment anti-asiatique. L’IPTL publia une déclaration accusant l’appel à des enquêtes sur la question du compte bloqué comme un stratagème pour aider une « banque étrangère – SCB – à recouvrer une dette frauduleuse contractée par un investisseur étranger au détriment des Tanzaniens » (« VIP Okay Escrow Account Probe », 2015).

27Dans les deux épisodes majeurs de cette saga, les procédures formelles liées à l’appel d’offres d’IPTL ont été bafouées. Les acteurs pro-IPTL ont ignoré les protocoles de marchés publics, ont gonflé les coûts du projet et transféré des fonds séquestrés à Singh, puis à Rugelamira. Et dans les deux épisodes, ces manœuvres de style véranda ont été défendues et attaquées par des figures et des stéréotypes à caractère raciste, allant de l’ingérence d’agents étrangers tels que la SCB et les journalistes blancs aux « magnats » asiatiques d’allégeance nationale discutable. Ces stéréotypes suivirent, et aidèrent à faire respecter, les limites stratégiques pouvant être atteintes en matière de tolérance et d’opposition de l’IPTL. Alors qu’un réseau de membres de la vieille garde d’élites du CCM est parvenu à assurer et à tirer profit de l’injection d’électricité produite par IPTL, une centaine de mégawatts hors de prix engendrés par le diesel, dans la production de base nationale, les querelles juridiques et les mises en lumière subies ont été dommageables pour la crédibilité du CCM. Ils ont confirmé le sentiment populaire de vigogo conspirant avec une classe d’affaires asiatique pas complètement intégrée à l’État. Mais il s’agissait d’un dommage partiellement atténué par le fait qu’il palliait un ensemble de stéréotypes tout aussi galvanisant – celui de l’élément étranger impérieux, climatisé et blanc. L’IPTL était-il une réaction nationaliste face aux intérêts étrangers qui aurait dominé le secteur de l’énergie ou était-ce une capitulation face à une corruption du style véranda ? La nature irréductible et répétitive du scandale réside partiellement dans les différentes réponses apportées à cette question par chaque faction.

Richmond et les limites de la lutte anti-corruption « occidentale » (2006-2008)

28Au moment où se déroulait le scandale IPTL au milieu des années 2000, un autre contrat EPP faisait l’objet d’un appel d’offres avec des thèmes similaires. Dans ce cas également, une alliance d’investisseurs asiatiques et de politiciens africains réussit à tirer profit d’une crise énergétique, et, une fois de plus, une posture anti-étrangère fut utilisée pour détourner l’attention. Toutefois, ce récit a aussi le mérite de montrer comment une politique technocratique du climatiseur a utilisé un discours anti-corruption pour détourner l’attention de sa propre présence inconfortable et néocoloniale dans la politique tanzanienne.

29Nous devons remonter à 2005 et à l’élection présidentielle de Jakaya Kikwete. Contre le développementalisme technocratique pro-occidental de Mkapa, et poussé par la rhétorique de l’opposition selon laquelle le CCM avait abandonné sa circonscription en faveur des intérêts asiatiques tels que ceux impliqués dans l’IPTL, la campagne énergique de Kikwete adoptait une version du « radicalisme rajeuni » (Mweta, 2011 ; Philips, 2010). En effet, l’une des premières mesures adoptées par la nouvelle administration de Kikwete fut l’annonce du non-renouvellement du contrat NetGroup pour la gestion de Tanesco susmentionné et que Tanesco serait retiré de la supervision du PSRC avec un arrêt de sa privatisation complète. Une situation similaire a été vécue pour les gestionnaires de City Water Services, un consortium d’entreprises britanniques et allemandes qui ont été sous contrat privé pour la gestion du réseau de distribution d’eau de Dar es Salaam et qui ont été expulsés sans ménagement après de très mauvais résultats (Bayliss, Fine, 2003, p. 174). Des gestes iconoclastes comme l’expulsion des gestionnaires étrangers et l’abandon du programme de privatisation étaient une façon, déjà vue dans l’histoire, pour le CCM d’illustrer sa bonne foi nationaliste. Cependant, la victoire de Kikwete a également été attribuée aux efforts de son ami Edward Lowassa nommé par le Premier ministre et de leur mtandao (réseau) de soutien politique et financier [7]. D’autres anciens partisans désabusés de Kikwete ont rompu avec le parti pour former une « aile réformiste » qui souhaitait réduire la corruption et instituer un bunge lenye meno (parlement avec des dents) capable de demander des comptes au pouvoir exécutif (Sitta et al., 2008). Ces deux factions allaient devenir connues sous le nom d’ailes CCM-Mafisadi et CCM-Safi du parti, et devaient structurer le premier mandat de Kikwete sur plusieurs points essentiels, particulièrement en ce qui concerne le secteur de l’énergie.

30À l’automne 2005, la sécheresse plongea encore une fois les Tanzaniens dans de longues périodes de coupures de courant inopinées et Tanesco annonça de nouveau des appels d’offres pour des EPP. Lowassa et ses subalternes ministériels s’immiscèrent constamment dans le processus, exerçant des pressions sur Tanesco et accélérant le choix d’une entreprise inconnue appelée Richmond pour des générateurs de mazout lourd de 100 MW. Lorsque Hans Lottering, le directeur général blanc sud-africain de Tanesco issu de NetGroup, protesta contre ces irrégularités, il lui a été « poliment rappelé que quelque chose pouvait [lui] arriver si [il] ne signait pas » (The East African, 2011). Inutile de dire que cet « acte d’humiliation » perpétré par les responsables gouvernementaux, qui évoque les expulsions plus anciennes de cadres européens mentionnées plus haut, pourrait être une des raisons de plus du non-renouvellement du contrat de NetGroup (Parliamentary Select Committee, 2007, p. 106). Les générateurs de Richmond ne sont pas arrivés avant le milieu de l’année 2006, pour des coûts beaucoup plus élevés que prévu, après que les pluies saisonnières ont rempli les barrages. Un rapport du comité parlementaire organisé par l’aile CCM-Safi démontra que Richmond était une « coquille vide » inexistante liée au mtandao de Lowassa, notamment avec Aziz et l’homme d’affaires Mohammed Gire. Alors que Tanesco mettait finalement fin au contrat, les générateurs étaient achetés par la société américaine Symbion. Symbion les a ensuite utilisés pour vendre à Tanesco de l’électricité d’urgence coûteuse pendant les sécheresses de 2011 passant, comme IPTL auparavant, d’un EPP vers un contrat IPP à long terme de quinze ans.

31À bien des égards, Richmond était une répétition burlesque d’IPTL, dans laquelle un réseau d’élites politiques africaines et d’entrepreneurs asiatiques se saisissait d’un processus d’appel d’offres de l’État. Le scandale a également reproduit des manœuvres du même type contre des entreprises étrangères. En fait, Richmond n’était pas le seul EPP contracté par Tanesco en 2006. Deux autres sociétés, Aggreko et Alstom Power Rentals (APR), étaient parvenues à fournir des générateurs diesel de 40 MW pour la période d’urgence. Pourtant, Aggreko et APR se différenciaient de Richmond en termes de connotations idéologiques et même raciales. Alors que Richmond était contrôlé par un réseau d’investisseurs asiatiques et de politiciens africains, il s’agissait ici d’entreprises véritablement « étrangères » basées respectivement en Écosse et aux États-Unis. L’aile CCM-Mafisadi n’a pas manqué de se les aliéner pour montrer sa bonne foi nationaliste. En 2007 et 2008, les deux sociétés ont été impliquées dans des litiges entre Tanesco et le ministère des Finances consistant à savoir si ces sociétés bénéficiaient d’un statut d’exonération fiscale, le gouvernement tanzanien menaçant de les nationaliser malgré un prétexte juridique fragile. Il semblait clair qu’Aggreko et Alstom étaient « punies à cause du scandale du contrat de Richmond » et que, plus particulièrement, « les inquiétudes concernant toute apparence de favoritisme envers une société étrangère et le risque d’exposition médiatique l’emportent sur les éventuels impacts sur les investissements futurs (ou l’assistance future en cas de nouvelle crise énergétique) » (Ambassade de Dar es Salaam, 2009).

32Malgré ces manœuvres de détournement, ceux qui étaient impliqués dans le scandale de Richmond ne pouvaient pas rester entièrement impunis. Comme Mkapa avant lui, Kikwete était pris – dans son cas – entre le style véranda, le réseau CCM-Mafisadi qui renforçait son pouvoir et l’indignation des donateurs occidentaux, de la presse et de l’aile réformiste du parti CCM-Safi. Kikwete céda partiellement à ces pressions, remaniant son cabinet en 2007 et forçant Lowassa à démissionner. Cette décision fut saluée comme un moment de transparence démocratique et de responsabilité pour un président qui, comme on me l’a dit à l’époque, était peut-être simplement entouré de « mauvais amis ». D’un autre côté : « Certains critiques ont douté que la démission de Lowassa ait effectivement été une victoire de l’État de droit sur les intérêts personnels des responsables politiques de haut rang. Les campagnes présidentielles de Kikwete et de Lowassa en 2005 auraient été extrêmement coûteuses, aussi a-t-il été affirmé que l’accord de Richmond aurait été finalisé pour obtenir des fonds non seulement pour Lowassa mais aussi pour le président lui-même afin de rembourser les financiers qui avaient soutenu les campagnes. Dans cette lecture, la démission de Lowassa était le résultat d’un accord entre les deux dirigeants et leurs amis pour sacrifier l’un d’entre eux afin de permettre à l’autre de rester au pouvoir… Si le grand public interprétait la démission de Lowassa comme un signe de l’engagement et de la force de Kikwete, certaines analyses le considéraient comme une indication claire de la position affaiblie du président » (Hischler, Hofmeir, 2009, p. 376).

33Kikwete était-il le flambeau moral résistant de la nation ou sa mèche consumée ? Était-il redevable aux financeurs asiatiques ou moralisateur fustigeant les donateurs occidentaux ? La rupture avec Lowassa a rendu les deux interprétations plausibles et cadre avec la façon dont il a essayé de concilier les dynamiques à la fois de véranda et de climatiseur de son administration.

Conclusion

34De 1994 à 2015 environ, le secteur de l’électricité en Tanzanie a connu un cycle de corruption contrôlé par des recours juridiques, et, inversement, un cycle de réformes technocratiques affaiblies par des privatisations et des expulsions interrompues. Dans cet article, j’ai tenté de montrer comment ce va-et-vient était en accord avec un certain nombre d’analyses de la politique d’élite en Tanzanie qui mettent l’accent sur la cohabitation des politiques de véranda et de climatiseur. Mais, plus précisément, j’ai fait valoir que cette cohabitation dans la réforme du pouvoir était étayée par le croisement de deux ensembles de ressentiments raciaux. L’introduction de flux transnationaux en Tanzanie a divisé le CCM et a menacé sa légitimité politique proprement « africaine ». Faisant donc l’objet, en temps de scandale et de crise, d’accusations de néocolonialisme ou de poussée de corruption patrimoniale. À un certain niveau, cela témoigne d’une ambiguïté insurmontable qui remonte aux grands dilemmes de l’indépendance postcoloniale : la taifa tanzanienne est-elle une race ou une citoyenneté ? Des gestes iconoclastes tels que l’africanisation de la fonction publique ou la « nationalisation » des biens détenus par les Asiatiques dans les années 1960 et 1970 témoignent de la tendance précédente. Des gestes et des sentiments anti-asiatiques ou anti-occidentaux similaires ont circulé à la fin des années 1990 et 2000, mais ils se sont en quelque sorte révélés contradictoires : l’alliance avec des financeurs asiatiques pourrait être considérée comme une réaction au racisme néocolonial de la Banque mondiale, tandis qu’à l’inverse l’exercice de bonne gouvernance à travers le CIRDI ou la Banque mondiale semble mettre sur la voie d’une éthique proprement nationaliste de lutte contre la corruption de Nyerere. Menacées par les forces centrifuges de la libéralisation, les élites du CCM ont cherché des alliances aux niveaux du climatiseur et de la véranda, créant différentes stratégies d’accumulation du pouvoir pouvant faire l’objet de critiques et de faiblesses racialisées diamétralement opposées, mais tout aussi plausibles.

35Dans ce contexte, il convient de noter que le président actuel, John Magufuli, cherche à pallier certaines de ces tensions en recentrant le pouvoir au sein du CCM. Depuis son élection en 2015, Magufuli a adopté une position nationaliste et une série de campagnes anti-corruption optimistes qui ont ciblé à la fois les entreprises occidentales et les « magnats » asiatiques [8]. En particulier, Singh et Rugemalira ont été arrêtés sous l’inculpation socialiste classique de « sabotage économique » pour leur implication dans IPTL-PAP (« IPTL “Owners” Finally Charged », 2017). Le mélange de croisades moralisatrices et de virages autoritaires de Magufuli a suscité à la fois la popularité parmi ses partisans et le ressentiment parmi ses critiques d’une manière qui rappelle l’héritage contesté de Nyerere. Mais, plus directement, sa politique pourrait être comprise comme une réaction aux critiques des privatisations pro-occidentales des années Mkapa et des scandales de la recherche de maximisation de la rente des années Kikwete – deux critiques qui elles-mêmes font l’écho d’une situation postsocialiste plus fondamentale dans laquelle le CCM doit engendrer des revenus sans détruire complètement sa légitimité morale.

Notes

  • [1]
    En 2016, par exemple, le Tanesco a sollicité un prêt de 200 millions de dollars pour rembourser ses dettes accumulées en grande partie à cause de ses fournisseurs privés de combustibles (The Guardian, 2017).
  • [2]
    Pour une exception, voir Ghanadan (2009).
  • [3]
    Pour une discussion sur l’ambivalence et la performativité de la nostalgie coloniale, voir Bissel (2005).
  • [4]
    Voir, par exemple, les remarques préliminaires dans Banque mondiale (2015) et Groupe de la Banque africaine de développement (2015, p. 25).
  • [5]
    Compte tenu de la plasticité des catégories raciales et de leurs liens indissociables avec les tensions économiques, la catégorie des Asiatiques s’est parfois étendue à un imaginaire de mercantilisme côtier comprenant les Arabes. Voir la description de Brennan de la façon dont « la violence raciale à la fin du Dar es Salaam colonial impliquait des foules africaines et des commerçants “asiatiques” au sens large, ces derniers étant de plus en plus arabes » (2010, p. 152). De même, Brennan note également que Mtikila « a appelé à des expulsions d’Indiens et d’Arabes de Tanzanie » (p. 199).
  • [6]
    Le récit suivant s’appuie sur Cooksey (2002).
  • [7]
    Si le terme mtandao a souvent été utilisé en rapport avec l’élection de 2015, il était également en circulation avant l’élection de 2010 (par exemple, Makulilo, 2013, p. 182-183), ainsi qu’en référence à l’élection de 2005 (Ewald, 2013, p. 350 ; Ulimwengu, 2014) et, pour certains, un concept existant déjà en 1995 (Tilley, 2016, p. 80).
  • [8]
    Voir, par exemple, Nachilongo (2017) et The Daily News (2017).
Français

Cet article analyse l’importance idéologique de la notion de « race » dans le secteur de l’électricité en Tanzanie, en suivant les débats autour de deux exploitants de centrales thermiques privés, Independent Power Tanzania Limited (IPTL)/Pan African Power (PAP) et Richmond Development Corporation. Engagées à l’origine dans le cadre de contrats de fourniture « d’énergie de secours », les deux sociétés sont devenues des prestataires de longue durée pour la production d’électricité en Tanzanie. Toutes deux ont également été le théâtre de collaborations entre financeurs asiatiques et hommes politiques africains, cherchant à réaliser d’énormes profits, au grand désarroi des donateurs euro-américains. Les scandales et la rhétorique politique qui en ont résulté soulignent la façon dont la libéralisation postsocialiste a revitalisé les débats sur la race, créant de nouvelles lignes complexes de récriminations sociopolitiques et un mélange ambigu de privatisations officielles et de facto.

Mots-clés

  • Tanzanie
  • électricité
  • centrale électrique
  • race
  • Asie
  • postsocialisme
  • climatiseur
  • véranda

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Michael Degani
Michael Degani est professeur adjoint au département d’anthropologie de l’université Johns-Hopkins.
Cette publication est la plus récente de l'auteur sur Cairn.info.
Mis en ligne sur Cairn.info le 12/09/2018
https://doi.org/10.3917/afco.261.0103
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