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Annales. Histoire, Sciences Sociales

2004/1 (59e année)


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L’histoire récente – y compris l’actualité la plus brûlante – est conforme au projet des Annales . La voici à nouveau au sommaire de la revue : Israël. Pays jeune, jeune nation en constant procès de transformation du fait de l’immigration, il s’est construit une histoire nationale, s’est doté de mythes fondateurs et unitaires, comme tout État-nation. Or, depuis le milieu des années 1980[1][1] Voir, en français, I G, La nouvelle histoire israélienne...., des acteurs, des témoins, des journalistes, des historiens ont remis en question plusieurs des fondements sur lesquels s’est édifié l’État d’Israël, ébranlant le discours partagé. Avec le souci d’opérer un renouvellement historiographique, les « nouveaux historiens israéliens » manifestent les difficultés de l’écriture de l’histoire, alors que, depuis maintenant plus de cinquante ans, le conflit israélo-palestinien et les guerres israélo-arabes récurrentes rendent impossible un travail serein. D’où l’intérêt de replacer leurs travaux dans le contexte de leur apparition : c’est ce que fait ici Shlomo Sand. Car la possibilité de réviser ces mythes fondateurs sur les conditions de la naissance de l’État d’Israël et le rapport des forces durant la première guerre israélo-arabe, sur la colonisation sioniste ou sur les responsabilités dans le déclenchement de la guerre des Six jours, ne peut être ramenée à la seule ouverture des archives publiques. Si celle-ci en fut une condition, la relecture historique proposée est à mettre au compte des transformations de la société israélienne et du regard qu’elle porte sur son passé, à la lumière des débats sur son avenir.

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Les enjeux – et les risques – du dossier qui suit ne sont pas minces. Les polémiques ont été violentes, en Israël et au-delà (aux États-Unis par exemple), dans les milieux académiques comme sur la scène publique israélienne. Avi Shlaim, l’un des protagonistes de ce courant, s’en fait l’écho. Loin de nous la volonté de prendre parti, dans un domaine d’études particulièrement sensible, comme si l’on était requis de choisir le camp des « nouveaux historiens » plutôt que celui des historiens « institutionnels ». Car, en sus de l’intérêt pour les conflits de la région, qui relèvent de l’agenda international, la façon qu’ont les chercheurs de rendre compte, analyser et expliquer les événements récents, constitutifs d’une identité nationale, interroge et questionne le métier d’historien. C’est bien de cela qu’il s’agit aussi, engagé qu’est celui-ci par sa démarche critique, sur quelque matière que ce soit.

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Or, il est possible de dresser un premier bilan – certes provisoire – des nouveaux historiens, ou, plus exactement, de mettre leurs apports en perspective. C’est ce que tente Derek Penslar, balançant la fécondité du renversement que leurs travaux ont ouvert, tout en signalant les limites du type d’histoire qu’ils ont finalement écrite. Il attire ainsi l’attention sur l’étendue de l’espace de recherche en cours d’exploration et montre la vitalité de l’historiographie et de la sociologie israéliennes, aujourd’hui, dont les représentants de ces disciplines ne cessent d’interroger leur propre société.

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Au-delà des points de vue choisis par les trois auteurs que l’on va lire, c’est la question des usages et des enjeux politiques du passé qui est soulevée[2][2] FRANÇOIS HARTOG et JACQUES REVEL (dir.), Les usages..., dans toute son acuité. On la retrouvera, ainsi que celle de l’écriture de l’histoire, dans un dossier à venir consacré à l’histoire palestinienne[3][3] Il regroupera des contributions de Bernard Botiveau,.... Car la spécificité du travail de révision des nouveaux historiens israéliens tient aussi au fait qu’il se produit dans un contexte où la guerre des commencements n’est toujours pas close, et où l’horizon ne cesse pas de s’obscurcir quand il paraît se dégager.

Notes

[1]

Voir, en français, I G, La nouvelle histoire israélienne. Essai sur une LAN REILSAMMER identité nationale, Paris, Gallimard, 1998.1

[2]

FRANÇOIS HARTOG et JACQUES REVEL (dir.), Les usages politiques du passé, Paris, Éditions de l’EHESS, « Enquête », 2001.

[3]

Il regroupera des contributions de Bernard Botiveau, Jocelyne Dakhlia, Rosemary Sayigh, Jihane Sfeir-Khayat et Salim Tamari.


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