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2009/4 (n° 52)


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Quand on ouvre le livre « dictionnaire du corps » dirigé par Bernard Andrieu et Gilles Boëtsch on peut lire, à la fin de l’entrée « contraception » : « les hommes n’ont d’ailleurs jamais formulé le souhait ou le besoin de prendre ou de partager la responsabilité du contrôle de la reproduction » [Guyard, 2008, p. 79]. Cette phrase s’appuie sur l’article « contraception masculine et querelle de genre » de Nelly Oudshoorn qui a analysé le développement de la contraception hormonale masculine [Oudshoorn, 1999]. Dans cet article, il n’est cependant pas question des usagers, mais des représentations que les journalistes, les féministes, les scientifiques en ont. Pour certains, journalistes ou féministes, les hommes sont trop sensibles à la douleur et trop peu « compliants » [1][1] Terme dérivé de « compliance » désignant la rigueur... pour une contraception hormonale proposée sous forme d’injection. Ils risquent par ailleurs de remettre en question le droit pour les femmes à disposer de leur corps que la contraception féminine a apporté. Pour d’autres, là aussi féministes, mais aussi et surtout scientifiques, un discours plus positif construit l’image d’hommes aptes à partager les contraintes contraceptives. Nelly Oudshoorn fait état de certains sondages qui montrent que des hommes (66 %) et des femmes (67 %) sont favorables à de nouvelles formes de contraception masculine.

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En analysant les pratiques, les représentations et les attentes masculines en matière de contraception à travers une enquête par entretien menée auprès de soixante sept personnes, on a pu montrer que dans les diverses positions qui existent dans ce domaine, on trouve des hommes qui ont la volonté de partager les responsabilités contraceptives (Desjeux, 2009). Bien que la contraception soit pensée comme « une affaire de femme », certains hommes se sentent concernés par la maîtrise de la fécondité ou ont des pratiques contraceptives. Il existe une tension entre le fait que la grossesse, qui est vécue corporellement seulement par les femmes, rende légitime leur maîtrise de l’acte contraceptif et le fait que le processus procréatif plus général qui matérialise des enjeux mutuels entre les deux partenaires, peut impliquer un investissement masculin dans la contraception.

Il est indéniable que les hommes se sentent moins responsables de la contraception que les femmes [Bajos, Beltzer, 2008]. Cependant, si l’on s’intéresse plus particulièrement aux interactions entre les femmes et les hommes, la réalité offre une variété de positionnements. Ainsi, quand on analyse les engagements que les hommes sont prêts à prendre dans la responsabilité contraceptive, on voit apparaître des logiques de domination et de mise en retrait, mais également de soutien. L’objectif de cet article est de mettre plus particulièrement en valeur cette troisième logique. La première partie décrit un premier scénario possible au sujet de l’histoire de la contraception hormonale masculine dans les années 1980. Les éléments de description qu’ils offrent feront apparaître les principaux freins à son développement. Nous verrons alors que s’il existe des réticences de la part des hommes, ce sont aussi et surtout les freins économiques et culturels qui expliquent l’absence de développement des contraceptifs masculins. Les deux parties suivantes s’intéressent aux raisons et aux différentes manières dont les hommes s’investissent dans la contraception.

Méthodologie

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Le matériau analysé ici est constitué d’articles de presse des années 1980 et d’une enquête menée auprès de 26 hommes, 23 femmes, 16 professionnels de la santé (2 urologues, 2 andrologues, 4 spécialistes de la reproduction masculine, 3 gynécologues, 1 gynécologue-andrologue, 1 médecin généraliste, 1 infirmière dans un hôpital, 1 professionnelle du planning familial et 1 pharmacien) et 2 anciens membres d’Ardecom (Association pour la Recherche et le Développement de la Contraception Masculine). Les enquêtés ont été recrutés par la méthode « boule-de-neige ». Les personnes interrogées ont entre 20 et 40 ans avec une plus forte proportion entre 20 et 30 ans (17 hommes et 17 femmes). Plus de la moitié des hommes interrogés se déclarent en couple (19) et 4 d’entre eux ont des enfants en bas âge (moins de cinq ans). Officiellement, tous ces hommes ont des pratiques sexuelles exclusivement avec des femmes. Ils sont une plus forte proportion à être de classe moyenne (42) bien que 6 puissent être assimilés à la classe moyenne supérieure et 4 au milieu populaire. Les principales méthodes de contraception utilisées par les enquêtés ont été le préservatif, la pilule et le coït interrompu. Cette répartition s’explique par le jeune âge des enquêtés où les méthodes non médicales et la pilule sont privilégiées en début de vie sexuelle et conjugale [Bajos, Ferrand, 2005].

La contraception masculine en retrait : histoire des technologies et histoires de genre

Un éventail très restreint de méthodes possibles

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Percevoir les hommes comme irresponsables relève d’une construction historique et culturelle. En effet, aujourd’hui, quatre méthodes de contraception masculine anciennes et plus ou moins efficaces s’offrent aux hommes : l’abstinence, le coït interrompu, la vasectomie et le préservatif. Les deux premières pratiques sont des méthodes dites naturelles. Historiquement les plus utilisées (au moins depuis l’Antiquité), elles sont aussi classiquement considérées comme les moins fiables. Le coït interrompu qui consiste à se retirer avant l’éjaculation, fut enseigné aux femmes au XVIIe siècle [Van De Walle, 2005]. Pour autant, elle reste une méthode considérée avant tout masculine qui fut très utilisée avant l’arrivée des contraceptions féminines médicalisées. Avec leur apparition, « les hommes se trouvent ainsi dessaisis d’une forme de responsabilité qui leur incombait en grande partie » [Jaspard, 2005, p. 58].

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La troisième méthode consiste à subir une opération pour ligaturer les canaux déférents, empêchant le sperme de se mélanger au liquide séminal. La vasectomie n’est légalisée que depuis 2001 et reste peu utilisée en France [Jardin, 2008]. Dans ce pays, elle concerne moins de 5 % des hommes (seulement une centaine par an y a recours) et seulement 0,3 % des femmes disent avoir un partenaire ayant eu recours à une vasectomie dans un but contraceptif. En Amérique du Nord, elle concerne 26 % des hommes qui ont entre 50 et 70 ans et aux États-Unis environ 500 000 vasectomies à visée contraceptive sont réalisées chaque année (9 % des femmes aux États-Unis disent avoir un partenaire vasectomisé) [Giami, Leridon, 2000, p. 21-22]. Symbole de castration ou d’eugénisme dans le discours médical, peu génératrice de profits pour les industriels, la vasectomie semble peu adaptée à la culture française [Jardin, 2008].

Enfin, il y a le préservatif masculin. Depuis la campagne de sensibilisation initiée en 2000 par les autorités sanitaires en France (« La contraception, à vous de choisir la vôtre »), il est promu dans sa fonction contraceptive. Cependant, le Planning familial a longtemps considéré cette méthode inefficace pour cette fonction et il était principalement envisagé dans sa fonction protectrice contre les IST (Infection Sexuellement Transmissible) et le VIH. Aujourd’hui, il est massivement utilisé lors du premier rapport sexuel (90 %), mais son usage décline par la suite au profit de la pilule [Bajos, Beltzer, 2008].

Une recherche et un développement balbutiant depuis 50 ans

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Alors que 13 nouveaux contraceptifs féminins ont été mis sur le marché depuis la seconde guerre mondiale, rien n’a changé pour les hommes. Le développement des connaissances nécessaires à la mise au point de nouvelles contraceptions masculines est de fait plus difficile que celui nécessaire aux avancées en matière de contraception féminine. Deux raisons peuvent expliquer cette asymétrie :

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D’une part, les recherches sur les hormones dites féminines ont été plus importantes : les gynécologues avaient à leur disposition plus de matériaux biologiques que pour les hormones dites mâles. Dès les années 1930, les collaborations entre des chercheurs et des industriels ont participé à construire un contexte favorable au développement de la recherche sur les hormones dites féminines [Löwy, 2007].

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Alors que les matériaux biologiques permettant d’étudier les hormones sexuelles féminines (placentas, ovaires, urines de femmes enceintes, etc) sont recueillis par des structures qui communiquent entre elles dans la sphère médicale, les hormones sexuelles mâles sont elles recueillies dans des institutions sans lien avec le monde médical : prison, usine, caserne militaire. Ainsi, « l’asymétrie dans les structures organisationnelles a fait du corps féminin le point d’orgue de l’entreprise hormonale » [Oudshoorn, 2000, p. 40].

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D’autre part, dans les années 1930 à 1940, des firmes pharmaceutiques ont impulsé des recherches dans la fabrication d’hormones dites masculines mais leur mise en pratique a trouvé plus particulièrement un intérêt dans l’armée allemande de la seconde guerre mondiale et les problèmes de fertilité masculine. Le but était d’avoir une armée d’hommes virils, puissants et performants, et d’augmenter les capacités reproductives. Cette recherche sur les hormones dites mâles s’arrêtera avec la fin de la guerre [Gaudillière, 2003]. La mise en place d’une dynamique de recherche sur le corps masculin et son fonctionnement hormonal a été fragmentée et réduite dans le temps, limitant la possibilité de trouver une contraception masculine médicalisée.

C’est en 1950 que l’on découvre une possibilité hormonale permettant aux hommes de maîtriser leur fécondité : « Heller et al. cherchant à stimuler la spermatogenèse par l’administration de propionnate de testostérone (hormone masculine) à différentes doses, ont observé que l’administration quotidienne de 25 mg de cet androgène pendant 24 à 99 jours consécutifs provoquait une azoospermie (moins de 3 millions de spermatozoïdes par millilitre de sperme) » [Soufir, 1996, p. 277-283]. Ce n’est qu’à partir de 1979 que des essais de contraception hormonale masculine commencent à apparaître en France. Ils prendront d’abord la forme d’une pilule (progestative) associée à une lotion (testostérone) [Ardecom, 1980a]. Par la suite, l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) mettra en place un projet dans le cadre du programme de la banque mondiale de la recherche, du développement et de formation à la recherche en reproduction humaine, de 1985 à 1996 pour expérimenter l’injection d’énanthate de testostérone. Son efficacité contraceptive sera testée auprès de 500 couples suivis pendant 18 mois. L’étude sera menée auprès d’hommes ayant entre 21 et 45 ans, dans 15 centres de 9 pays à travers le monde (dont 2 en Australie, 4 en Chine, 1 en Hongrie, 2 au Royaume-Uni, 1 à Singapour, 1 en Suède et 1 en Thaïlande) [Recherche et Santé 3e trimestre, 1996]. On peut également faire mention des essais du Docteur Mieusset pour la recherche d’une contraception masculine non hormonale dans les années 1980. En utilisant un slip serré qui faisait remonter les testicules contre la paroi abdominale, leur température augmentait de 1° à 2° produisant une baisse du nombre de spermatozoïdes [Bujen, Mieusset, 1995].

Des freins économiques et culturels

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Néanmoins, aucune de ces trois méthodes ne se développera réellement pour deux raisons principales :

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Premièrement le développement d’une contraception hormonale masculine ne répond pas vraiment aux enjeux économiques des laboratoires pharmaceutiques. Friedericke Weber-Dielt du groupe Schering estime que le développement de l’injection d’enanthate de testostérone coûterait près de 250 millions de dollars, et ne « vaudrait pas le coup car l’investissement resterait disproportionné par rapport au coût » [Courrier international, n° 338, 1997]. La contraception masculine médicalisée peut donc à la fois faire concurrence à la contraception féminine et au contraire rester totalement marginale [2][2] En effet, elle correspond aujourd’hui à un marché réduit :.... Ces méthodes restent donc peu connues, ce qui limite le nombre de demande. Par ailleurs, l’énanthate de testostérone obtiendra une autorisation de mise sur le marché, mais pas dans un but contraceptif ce qui limite le nombre de prescripteurs. Enfin concernant la méthode combinant le progestatif et la testostérone, les demandes de financement faites auprès du Ministère de la Santé et au Conseil Supérieur de l’Information Sexuelle à la fin des années 1970 seront toutes refusées [Ardecom, 1980b]. Or selon le Docteur Jean Michel Lichtenberg étant donné que « ni les utilisateurs ni la Sécurité sociale [ne payeront], il faudrait donc que la contraception masculine rentre dans les préoccupations des pourvoyeurs de fonds (CNRS, DGRST, Ministère de la santé) si l’on veut faire le moindre pas en avant » [Libération, 19 et 20 janvier 1980]. Il n’en a rien été.

L’échec de la contraception hormonale masculine s’explique aussi par le poids des représentations et de l’influence négative des médias qui véhiculent l’image d’hommes n’arrivant pas à prendre une contraception quotidiennement ou à se faire une injection, jugée trop désagréable pour eux [Oudshoorn, 2003]. En ce qui concerne les méthodes thermiques, certains médecins considèrent que le sousvêtement entraîne trop fréquemment des démangeaisons et bien que cela n’ait pas été corroboré par les chercheurs qui ont expérimenté la méthode thermique, les « experts en reproduction » ont jugé cet effet trop contraignant. Pour Gena Corea, féministe américaine, il s’agit là de logiques sexistes [3][3] Corea G. [1985 (1977)], The hidden malpractice. How... : « une démangeaison n’est rien comparée aux désagréments et aux risques que les femmes sous pilule ou DIU (Dispositif Intra-utérin) subissent [dans les années 1970] » [Corea, 1985, p. 271]. Elle cite le Docteur Fahim : « nous injectons des centaines de substances chimiques dans l’utérus des femmes, mais nous ne touchons jamais aux testicules » [Corea, 1985, p. 272)]. Enfin, pour la dernière méthode expérimentée, la pilule/lotion, le problème était également technique : la presse a dénoncé les effets secondaires du gel qui « contaminait » la partenaire en augmentant sa pilosité [Libération, 25 février 1984 ; Nord Éclair, 8 février 1984 ; Le Figaro, 8 février 1984 ; Nord Littoral, 4 février 1984].

Profil et motivation des hommes qui s’impliquent dans la démarche contraceptive

Les ressorts d’une implication masculine

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Si l’on s’intéresse aux hommes qui ont expérimenté la contraception masculine, cette représentation d’hommes irresponsables s’efface au profit d’une situation où « les nouvelles méthodes de contraception masculines peuvent permettre aux hommes d’avoir un comportement masculin, qui inclut la responsabilité et l’attention » [Oudshoorn, 2003, p. 241].

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Pour les hommes qui ont participé aux essais cliniques des Docteurs Soufir (Paris), Guérin (Lyon) ou le Lannou (Rennes) en France (c’est-à-dire une pilule associée à une lotion), on identifie à travers la presse française des années 1980 quatre motivations : le « souci d’égalité homme-femme devant la contraception féminine », le « relais d’une contraception féminine psychologiquement instable », les « intérêts scientifiques pour l’expérimentation », le « refus de se faire faire un enfant dans le dos » [L’estocade, n° 20, 1983]. À travers le témoignage de ces hommes dans la presse, l’expérimentation de la contraception masculine apparaît très liée au contexte affectif et à l’expérience personnelle de la reproduction : certains, après deux ou trois enfants, n’en veulent plus, d’autres ont soutenu leur partenaire qui devait recourir à une IVG ou eu des accidents de contraception, enfin une partie se dit proche des mouvements féministes [Libération, 1er mars 1982 ; Libération, 19 et 20 janvier 1980 ; Courrier de l’Ouest, 7 novembre 1983].

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Cependant, tous les hommes ne souhaitent pas utiliser une contraception masculine et deux logiques de refus peuvent apparaître. D’une part, certains sont en retrait : une étude qualitative menée auprès de 46 personnes (25 hommes et 21 femmes) sur les représentations de la contraception masculine médicalisée, donne deux raisons à cette situation. La première liée aux femmes qui ont certains doutes quant à la capacité des hommes à s’occuper de la contraception, n’étant eux-mêmes pas directement concernés par le risque d’une grossesse. La seconde montrant que les hommes expriment plusieurs types de craintes : des craintes fantasmatiques autour de l’éjaculation et de l’érection, des craintes en matière d’identité de genre liées au risque de « féminisation » et des craintes liées aux difficultés pratiques inhérentes aux modalités d’utilisation des méthodes masculines [Jodelet, 1998]. Ainsi, pour ces hommes, la contraception masculine remet en question trois dimensions de leur virilité. Au niveau physiologique, elle est comparable à la manière dont ils perçoivent les effets secondaires de la pilule pour les femmes (prise quotidienne, prise de poids, effet sur l’humeur, risque de cancer, difficulté de reprise de la procréation). Au niveau symbolique, il y a une peur d’impuissance qui est plus particulièrement exacerbée lorsqu’il s’agit de penser la vasectomie. Au niveau social, c’est leur statut dans le couple et dans la famille qui est ébranlé par la perte de leur capacité reproductrice [Kalampalikis, Buschini, 2007].

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D’autre part, une partie des hommes réactualise des logiques de domination masculine. Nathalie Bajos, Michèle Ferrand et l’équipe Giné rappellent que certaines grossesses non désirées surviennent parce que des hommes sont réticents à l’usage du préservatif ou refusent de le mettre alors que la partenaire le demande [Bajos, Ferrand, Équipe Giné, 2002]. Dans ce cas, une contraception hormonale masculine paraît difficilement envisageable.

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La volonté de soutien des hommes quand elle existe, ne traduit pas forcément une acceptation de contraception hormonale masculine, mais prend la forme d’une participation masculine à la contraception du couple et/ou des femmes. Certains hommes s’inscrivent explicitement dans une logique de partage des responsabilités contraceptives :

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« Les nanas s’emmerdent à prendre une pilule et les mecs non. Pourquoi on ne pourrait pas alterner par exemple pour qu’il y ait un partage dans la responsabilité contraceptive. […]C’est vers 25 ans que j’ai commencé à en prendre conscience. C’est la première réelle mise au point que j’ai faite sur ma vie en me demandant où en était ma vie, qu’est ce que je voulais faire, comment je suis par rapport à autrui, aux femmes… Avec toutes ces questions je me suis dit que ça serait bien qu’il y ait une égalité hommes/femmes au niveau de la contraception. Mais je n’ai pas toujours pensé comme ça. Avant j’en avais rien à foutre. Tant que je n’étais pas dans une relation durable avec une personne et que je me limitais aux coups d’un soir, c’était le cadet de mes soucis la contraception ou l’égalité des sexes. C’est quand j’ai vécu une relation de couple que je suis sorti de cette logique. »

(Homme, 35 ans)
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Le temps amène le masculin à se construire, se déconstruire et se reconstruire [Castelain-Meunier, 2005] et en vieillissant, cet homme développe une perception égalitaire qui est liée à un contexte affectif spécifique. Il précisera qu’il a principalement des amies féminines, que sa mère lui a expliqué dès l’âge de 11 ans l’usage du préservatif, les risques de grossesse et la masturbation, que son ex-amie de 18 ans a été confrontée à une IVG qui l’a marquée et qu’il a eu des partenaires sexuelles qui avaient des problèmes de contraception. Cet homme s’exprime en faveur d’une contraception hormonale masculine :

« Si on avait une pilule pour les hommes qui neutralise le spermatozoïde, et qu’il faille la prendre régulièrement comme les filles, je vote pour. Parce qu’il n’y pas de raison qu’il n’y ait que les nanas qui s’emmerdent avec la pilule. C’est dans une idée de soutien et d’égalité. Cela peut être intéressant comme concept. Ca voudrait dire qu’il y a un réel engagement de la part des hommes vis-à-vis des femmes. Il y aurait vraiment une histoire d’égalité. C’est surtout parce qu’il y a des nanas ça les emmerdent de prendre la pilule ou elles ne peuvent pas car ça les fout en vrac. C’est surtout pour ça que je prendrais la pilule pour alléger leur fardeau qui n’a pas de raison d’être uniquement porté par les femmes. »

(Homme, 35 ans)

Le rôle des femmes dans cette implication des hommes

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Les entretiens soulignent l’importance du rôle des femmes dans la manière dont les hommes sont sensibilisés à la contraception. Premièrement, certaines jouent un rôle d’éducatrices, notamment la mère :

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« Pour moi le stérilet, on peut en avoir à tout âge. Ma mère me disait qu’elle avait eu un stérilet quand elle avait une vingtaine d’années avant de m’avoir. [Donc] pour moi, le stérilet, on peut en avoir à tout âge. […] Ma mère m’a appris quelques petites choses sur la contraception ou l’importance de l’usage du préservatif. »

(Homme, 25 ans)
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Bien que participant peu à la contraception (sa compagne prend la pilule et il lui fait penser à la prendre ponctuellement), cet homme ne se sent pas forcément désinvesti de la question.

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Deuxièmement, les entretiens montrent des femmes qui sont dans une position d’initiatrices (amies ou sœur) : avant d’avoir une activité sexuelle (ou peu après), certains hommes sont informés sur le fonctionnement de la contraception. Ils découvrent alors les prémices de cette réalité par leurs amies (l’homme de 27 ans a un entourage féminin) ou leur sœur (l’homme de 26 ans à 3 sœurs) :

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« J’ai pas mal de copines ça fait que je sais un peu comment ça marche la contraception. […] Dernièrement j’en ai parlé avec une amie qui vient de se marier. Le soir du mariage elle a utilisé un préservatif car le sperme la dégoûtait un peu et elle ne voulait pas que ça coule sur les draps. Et après ils ont continué avec préservatif pas que pour des questions d’hygiène, mais aussi parce qu’ils ne voulaient pas d’enfant tout de suite. Après elle a enchaîné avec la pilule, mais sa mère lui a fait tout un cinéma sur la pilule comme quoi ça faisait grossir ça faisait des dérèglements hormonaux et elle a arrêté. »

(Homme, 27 ans)
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« C’est vrai qu’en ayant trois sœurs je comprends déjà plus facilement comme ça peut être chiant de devoir prendre sa pilule tous les jours, d’avoir des règles tous les mois ou de se retrouver les pattes écartées chez le gynéco. »

(Homme, 26 ans)
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Ainsi, les amies et les sœurs jouent un rôle dans la manière dont les hommes appréhendent la contraception. D’ailleurs, la propension à discuter de contraception et de prévention avec la partenaire du premier rapport sexuel « est plus forte chez [les hommes] qui appartiennent à des groupes de pairs mixtes, et plus encore chez ceux qui avaient surtout des amies femmes » [Bozon, 2008, p. 117-147].

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Enfin, une partie des femmes jouent un rôle de prescriptrice auprès de leur partenaire. Elles vont exercer une influence en préconisant certaines pratiques de gestion de la contraception :

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« C’est moi qui lui ai demandé de me faire penser à prendre la pilule, mais quand il y pense trop souvent je me sens un peu surveillée. Je ne dis pas qu’il veut me contrôler, mais c’est quand même ma responsabilité, pas la sienne. En fait ça donne l’impression d’être assistée »

(Femme, 24 ans)
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À l’inverse de certaines femmes qui disent explicitement qu’elles ne veulent pas que leur partenaire participe à la contraception souvent par manque de confiance, d’autres en revanche expriment clairement la demande. Elles instaurent ainsi des « règles » et définissent la forme de l’investissement de leur partenaire : celui-ci ne doit « ni trop ni pas assez » lui faire penser à prendre la pilule.

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En définitive, la participation des hommes à la contraception reste fortement dépendante des différentes figures féminines qui jouent le rôle d’initiatrices (leurs amies), d’éducatrices (leur mère) ou de prescriptrices (leurs conjointes) : des mères qui informent sexuellement leurs enfants, un entourage à dominante féminine, une partenaire investit dans l’échange intime, sont les signes d’une sensibilisation contraceptive facilitant la participation des hommes à la contraception.

Les différentes formes d’implication de la part des hommes dans la contraception

Par une participation financière

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Certaines femmes font participer financièrement leur conjoint à l’achat des contraceptifs. En effet, toutes les contraceptions ne sont pas remboursées par la Sécurité Sociale, ou seulement partiellement [Fassin, Memmi, 2004] et certains couples partagent le prix de la contraception :

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« Quand j’étais avec Fabien je lui demandais de participer à la moitié du prix de la plaquette. C’est aussi son affaire que j’ai une contraception, donc je ne trouve pas cela normal que je sois la seule. »

(Femme, 33 ans)
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La contrainte financière liée à l’usage d’un contraceptif peut être partagée avec le partenaire. C’est une manière de matérialiser un soutien ou du moins, un début d’investissement. Cela relève également d’une relation amoureuse dans laquelle l’argent est géré séparément et dans un contexte économique modeste. Ce type de comportement trouve plus difficilement sens dans des couples mariés, avec enfant et cohabitant sous le même toit. Dans ce cas, moins que la participation financière à une contraception, c’est l’acte d’achat qui exprimerait plus amplement l’idée de soutien :

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« Une fois je lui ai demandé d’acheter une de mes plaquettes de trois mois. Déjà que quand j’oublie, j’ai l’impression de foutre de l’argent en l’air car c’est quand même cher. Si j’oublie une fois, ça veut dire que le reste de la plaquette est foutu. Elle coûte quand même entre 15 à 20 euros (non remboursé), je sais plus, ça a augmenté. Et ce mois-là, j’étais à sec et je trouve ca normal que même s’il ne peut pas prendre la pilule, il puisse participer. Donc en achetant la plaquette il s’investit aussi. Donc il m’a donné les sous pour acheter la plaquette de pilule. »

(Femme, 25 ans)
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Ainsi, bien que la contraception utilisée soit dite « féminine », cela ne veut pas dire pour autant que seules les femmes participent à son utilisation, ou du moins à son acquisition. Mais cette implication sous-entend une demande féminine :

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« Ça m’est arrivé une ou deux fois, quand elle prenait la pilule, d’aller chercher sa plaquette à la pharmacie, elle m’avait laissé son ordonnance car elle n’avait pas le temps d’y aller. Enfin je dirais surtout qu’elle avait la flemme car elle aurait pu y aller en sortant de chez le gynécologue. J’étais un peu rouge quand j’ai donné l’ordonnance, j’ai dit : “je veux ça en tendant la feuille ”. La pharmacienne n’a fait aucun commentaire, elle a été chercher les boîtes, j’ai payé les 15 euros, ou un tarif de ce genre et je suis reparti sans rien dire. »

(Homme, 26 ans)
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Plus que la participation financière, la démarche d’aller chercher la contraception semble plus difficile et aussi plus ponctuelle. Cette action laisse difficilement de la place à la spontanéité et à une initiative uniquement masculine. En effet, cela demande une ordonnance qui permet à la femme de maîtriser cette démarche en la rendant ou non possible. Cette délimitation des règles du jeu par la partenaire participe à créer le cadre en ce qui concerne la répartition des responsabilités contraceptives.

En s’assurant de la prise de contraception

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Des hommes font penser à prendre la pilule :

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« Je surveille tous les deux jours à peu près qu’elles ont bien pris la pilule. […] Je vérifie leur plaquette et je leur dis si elles ont oublié. Elles ne me l’ont jamais demandé, mais elles sont plutôt contentes que tu t’investisses un peu et que tu sois responsable par rapport ça. Alors des fois elles se marrent quand je leur rappelle et des fois c’est juste un “ah oui c’est vrai ”. Jamais j’en ai vu une se braquer ou le prendre mal. Si je vérifie, ce n’est pas pour les pister, c’est juste que je sais que ce n’est pas toujours évident et agréable de devoir y penser tous les jours ».

(Homme, 35 ans)
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Son parcours relationnel conduit cet homme à rappeler spontanément à ses partenaires de prendre la pilule. Être confronté à l’expérience des femmes vis-à-vis de la contraception participe aussi à responsabiliser les hommes. En cas de relations sexuelles occasionnelles, cette vérification pourra être de s’assurer que l’acte ne se fasse pas sans contraception en demandant à la partenaire ou en utilisant une contraception masculine :

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« Je n’ai jamais eu de sexualité sans contraception. J’utilise au moins le préservatif, et s’il n’y a plus de risque choper une maladie, je discute [avec la partenaire], et on voit si on continue à utiliser le préservatif ou une autre contraception. Mais ça sera au moins le préservatif ».

(Homme, 24 ans)
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Le risque d’IST renforce un usage systématique du préservatif qui sert également de contraception. Mais ce dernier pourra également être utilisé en l’absence de risque, si la partenaire ne prend pas de contraception.

Par l’adoption d’une des méthodes masculines

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Une contraception masculine peut être mise en place de manière quotidienne :

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« Je préfère la méthode du retrait car je vois ce qui se passe, j’ai plus confiance car j’ai l’impression de maîtriser ma contraception. Au moins je sais s’il est dedans ou dehors quand il éjacule. »

(Femme, 25 ans)
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Ici, la méthode du retrait a été mise en place à la demande de la femme qui ne souhaitait plus prendre la pilule. Cette option renvoie à la « recherche d’un “bien être ” sexuel [qui] peut conduire à ressentir la prise d’une contraception hormonale comme une “contrainte ” anti-naturelle ( “c’est un médicament ”) » [Bajos, Ferrand, Équipe GINE, 2002, p. 37]. Une autre alternative est d’utiliser ces méthodes lorsque la contraception habituelle a été oubliée :

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« À chaque fois que j’ai fait le retrait c’est quand on n’avait pas de préservatif et qu’elle ne prenait pas la pilule ou qu’elle l’avait oubliée. Et je ne voulais pas prendre le risque. On parle un petit moment avant que ça arrive, je lui dis que quand ca va arriver je vais éjaculer à l’extérieur. Je lui disais pendant l’acte et elle me disait qu’elle était ok. […] Elle s’en battait les couilles parce qu’elle était presque sûre que j’allais éjaculer à l’extérieur mais ce n’est pas par négligence qu’elle me laissait choisir la méthode. Elle me faisait confiance, elle me laisse gérer pour pas qu’il y ait de risque qu’elle soit enceinte »

(Homme, 24 ans)
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Avec sa compagne actuelle, cet enquêté n’a jamais pratiqué la méthode du retrait. Mais avec l’une de ses précédentes partenaires avec qui il est resté un an, elle pouvait être mise tacitement en place. D’une part, elle lui disait ne pas avoir pris la pilule, d’autre part il n’avait pas de préservatif. La gestion de la contraception semblait alors relever entièrement de l’homme. Un autre de mes enquêtés masculins explique l’importance de prendre une contraception pour résoudre des problèmes d’hyperfertilité :

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« Après avoir essayé plusieurs méthodes de contraception, ma compagne et moi n’avons pas trouvé celle qui nous conviendrait. Son médecin dit qu’elle est “hyperfertile ” avec probablement plusieurs ovulations par cycle. La pilule provoquait trop d’effets secondaires et il y avait aussi des problèmes d’oublis éventuels. L’implant contraceptif a dû être retiré, là encore à cause d’effets secondaires très gênants tel que des règles persistantes. Le patch paraissait la bonne méthode jusqu’à ce qu’elle tombe enceinte et que nous soyons confrontés à un IVG. Bref ce n’est pas génial donc il nous restait que le préservatif. Au début ce n’est pas super, mais on finit par s’y faire, voir apprécier le fait que ça garde le sperme bien au chaud. J’aurais quand même préféré que l’on puisse prendre tous les deux une pilule pour éviter tout risque. »

(Homme, 26 ans)

Bricolant avec des logiques émotionnelles (peur que sa compagne soit enceinte) et rationnelles (hyperfertilité, danger de la contraception pour la santé de sa femme), cet homme utilise le terme de « nous » pour qualifier le problème du choix contraceptif. Face à une expérience négative (effets secondaires, une contraception défaillante qui a requis le recours à une IVG), la sensibilisation à une « contraception conjugale » simultanée trouve d’autant plus de sens pour cet homme.

Par l’accompagnement aux visites gynécologiques

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Quelques enquêtés précisent avoir accompagné leur compagne chez le/la gynécologue dans la salle d’attente ou dans la salle de consultation :

49

« Les deux fois où elle a été chez le gynécologue je l’ai accompagné. Je trouve cela normal, c’est une affaire de couple la contraception, donc j’ai voulu être la aussi car c’était pour trouver une solution au fait qu’elle supporte mal la pilule. On est arrivé, il nous a fait rentrer tous les deux dans son cabinet. Il a posé quelques questions, puis elle s’est faite ausculter. Le gynéco m’a proposé de venir et je suis venu. Il l’a mis sur l’étrier et a examiné son vagin. Après on a demandé s’il existait une contraception masculine, mais il nous a dit que c’était encore à l’état d’expérience. »

(Homme, 27 ans)
50

Sa compagne dit qu’elle « préfère se faire examiner quand son copain est là ». Elle explique qu’elle se sent plus à l’aise, la gestion de la nudité et de l’intimité provoquant une certaine gêne [Guyard, 2005]. Cependant, bien que pour ce couple, cet acte semble bien s’inscrire dans une logique de soutien et de partage, certain/es gynécologues interprètent certains investissements masculins comme relevant du « flicage » et du contrôle de la fécondité féminine par les hommes :

51

« J’ai repéré deux profils. Les premiers sont vraiment là à la demande de leur femme : ils ne font vraiment qu’accompagner ou ils essaient de mettre en place une gestion contraceptive plus égalitaire. Les autres sont plus problématiques. En discutant avec leur femme, je vois bien qu’ils ne sont pas venus à sa demande, mais pour vérifier et contrôler qu’elle prenait bien une contraception ».

(Gynécologue, femme)
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Cette gynécologue laisse toujours les hommes dans la salle d’attente et ne les laisse pas entrer dans la salle de consultation. Elle définit pourtant deux logiques masculines clairement différentes : l’une active un schéma égalitaire, l’autre « patriarcal ».

53

Ces différentes implications masculines dans la contraception donnent à voir une certaine dynamique contraceptive. Elles amènent à mettre en place différents arrangements pour impliquer les hommes. La sensibilité contraceptive des hommes passe par des situations d’échanges, de négociations et de prises de décisions qui restent fortement dépendantes du vécu féminin, et plus particulièrement de la partenaire sexuelle. Ces différentes implications trouvent un sens particulier dans la relation à l’autre et ne paraissent pas être autant chargées de signification lorsqu’il s’agit d’une relation sexuelle éphémère. Sans forcément se déresponsabiliser lors d’actes sexuels ponctuels (usage du préservatif, méthode du retrait, relation sans pénétration, demande si la partenaire a bien une contraception, etc.), l’accompagner chez le/la gynécologue, lui faire penser à prendre la pilule ou participer financièrement à la contraception renvoient davantage à une relation inscrite dans la durée.

Conclusion

54

« La principale nouveauté de la pilule a été de placer durablement la responsabilité et la pratique de la contraception sous le contrôle des femmes, à tel point que l’on parle désormais de l’irresponsabilité des hommes en ce domaine » [Giami, Spencer, 2004, p. 380]. Cependant, à travers cet article, on comprend qu’il est réducteur de parler « d’irresponsabilité » masculine. La place des hommes dans la contraception se construit dans une dynamique d’interaction avec les partenaires et la prise de conscience des difficultés contraceptives des femmes favorise la construction d’une sensibilité contraceptive pour les hommes. La (bonne) volonté masculine semblant d’autant plus forte que la contraception est perçue comme une injustice et un déplaisir pour la partenaire. Cette implication est donc conditionnée par la vision que les hommes ont de la relation conjugale, de l’égalité femme/homme, de la masculinité, de leur expérience passée en matière de contraception et d’avortement, de la qualité de la relation et de la communication conjugale. Cependant, il ne faudrait pas pour autant conclure que les hommes sont tous engagés dans la maîtrise de la fécondité.

L’approche microsociale proposée permet de donner un point de vue différent des analyses traditionnelles de la contraception qui portent généralement sur les femmes [Oris, 2007]. Ce panel de pratiques et de perceptions masculines de contraception laisse entrevoir un « genre en transformation » : ces pratiques peuvent potentiellement modifier les normes et proposer de nouveaux scénarios d’usage.


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    • Courrier de l’Ouest du 7 novembre 1983, « Planning familial : information sur la pilule pour homme ».
    • Libération du 25 février 1984, « Amère pilule ».
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    • Le Figaro du 8 février 1984, « Les revers de la contraception ».
    • Nord Littoral, le 4 février 1984, « Un remède “au poil ”… pour les chauves ? ».
    • Recherche et Santé, 3e trimestre 1996, « Contraception masculine : un grand pas en avant ».
    • Courrier international, n° 338, 24 au 30 avril 1997, « Chéri, n’oublie pas ta piqûre ».

Notes

[*]

Consultant-Chercheur, Docteur en sociologie (EHESS et Sorbonne Paris-Descartes).

[1]

Terme dérivé de « compliance » désignant la rigueur avec laquelle un malade suit le traitement qui lui est prescrit.

[2]

En effet, elle correspond aujourd’hui à un marché réduit : deux enquêtés prescripteurs de contraceptifs déclarent prescrire aujourd’hui l’injection ou la méthode thermique à moins de dix hommes par an et ce, pour des périodes de 2 à 4 ans.

[3]

Corea G. [1985 (1977)], The hidden malpractice. How American medicine mistreats women, New York, Harper & Row. Traduit par Roger Mieusset [1992, p. 263-273].

Résumé

Français

Avec l’arrivée des méthodes médicalisées pour les femmes, une image d’hommes désengagés de la pratique contraceptive s’est progressivement développée. Pourtant, certains hommes se sentent concernés par la maîtrise de la fécondité et une partie d’entre eux ont la volonté de partager les responsabilités contraceptives. Certains utilisent une contraception masculine. Aujourd’hui, quatre méthodes plus ou moins efficaces s’offrent aux hommes : l’abstinence, le coït interrompu, la vasectomie et le préservatif. Des hommes ont également expérimenté la contraception hormonale ou thermique, mais les freins économiques et culturels n’ont pas permis son développement. Cependant la participation contraceptive des hommes ne se réduit pas aux méthodes dites masculines et peut prendre d’autres formes : accompagner chez le gynécologue, s’impliquer dans le choix de la méthode contraceptive, faire penser à prendre la pilule, rechercher de l’information, etc.

Mots-clés

  • contraception
  • responsabilité
  • masculin
  • genre

English

Practises and representations of the masculine contraception : an approach on the historical background and the current issuesDue to the arrival of medical methods for women, an image of disengaged men has spread gradually. Nevertheless, some men feel concern about controlling fertility and among them, some want to share contraceptive responsibilities.
On the one hand, some of them use a contraceptive. Today, four methods – each with different effectiveness – are available for men : abstinence, interrupted intercourse, vasectomy and condom. Some men have also experimented hormonal or thermal contraception, but due to economical and cultural barriers, it could not have been developed.
On the other hand, men’s contraceptive involvement is not just linked with specific masculine methods, and can also take other forms : they can go with their partner to the gynaecologist, involve themselves in the choice of the contraceptive, remind their partner to be on the pill, search for some information, etc. This behaviour is possible thanks to their own experience and a feminine speech in favour of their sensitisation.

Keywords

  • contraception
  • responsibility
  • masculinity
  • gender

Plan de l'article

  1. Méthodologie
  2. La contraception masculine en retrait : histoire des technologies et histoires de genre
    1. Un éventail très restreint de méthodes possibles
    2. Une recherche et un développement balbutiant depuis 50 ans
    3. Des freins économiques et culturels
  3. Profil et motivation des hommes qui s’impliquent dans la démarche contraceptive
    1. Les ressorts d’une implication masculine
    2. Le rôle des femmes dans cette implication des hommes
  4. Les différentes formes d’implication de la part des hommes dans la contraception
    1. Par une participation financière
    2. En s’assurant de la prise de contraception
    3. Par l’adoption d’une des méthodes masculines
    4. Par l’accompagnement aux visites gynécologiques
  5. Conclusion

Pour citer cet article

Desjeux Cyril, « Histoire et actualité des représentations et pratiques de contraception masculine », Autrepart, 4/2009 (n° 52), p. 49-63.

URL : http://www.cairn.info/revue-autrepart-2009-4-page-49.htm
DOI : 10.3917/autr.052.0049


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