CAIRN.INFO : Matières à réflexion

1 C’est un honneur et un plaisir d’être ici pour plusieurs raisons. La raison peut-être la plus importante, c’est qu’Elisabeth Fivaz est une amie. Elle est aussi une collègue importante dans mon parcours ici en Suisse. Elle a fait beaucoup pour éclaircir l’origine de la famille, quelque chose qui n’avait pas été fait auparavant. Je suis convaincu que le « Lausanne Trilogue play », le LTP, est un outil de recherche qui va servir longtemps à comprendre mieux ce qui se passe dans la famille, comme la « Situation étrange » de Mary Ainsworth l’a fait pour l’attachement. C’est une porte d’entrée dans la petite famille et son origine qui se révèle très fructueuse. C’est pourquoi c’est un honneur d’être ici.

Qu’est-ce que l’intersubjectivité ?

2 Je vais aborder la question de l’intersubjectivité, et Karlen Lyons-Ruth celle de l’attachement [3]. Nous verrons dans quelle mesure nous sommes d’accord. Je commence avec un survol de ce qu’est l’intersubjectivité. En voici une définition minimale : le partage de l’expérience vécue entre deux personnes. Cette expérience peut être quelque chose d’affectif, de cognitif, une sensation de mouvements, mais il faut que cela soit partagé au niveau mental. Ces personnes pourraient dire : « Je sais que tu sais que je sais » ou « Je sens que tu sens que je sens » et se trouver en symétrie à cet égard.

3 L’une des raisons pour lesquelles l’intersubjectivité est devenue si importante, en particulier en clinique, c’est qu’elle est sous-jacente à nos concepts d’empathie, d’identification et d’identification projective.

4 Les philosophes, des décades avant les psychologues, ont reconnu la nécessité, l’importance et l’évidence de l’intersubjectivité entre personnes, une sorte de capacité à lire l’esprit d’un autre. Les phénoménologues, tel Husserl (2001, 2002), soutiennent que la condition de base pour être humain est d’avoir un esprit ouvert à l’esprit des autres et de voir l’autre comme fondamentalement pareil à soi. Au-delà des différences culturelles ou autres, lorsqu’il s’agit de comment on expérimente le monde, nous sommes effectivement à peu près les mêmes. L’intérêt neuro-scientifique aussi bien que clinique pour l’intersubjectivité nous a fait redécouvrir ces philosophes.

5 On sait qu’il y a des mouvements de pendule qui se produisent en psychologie en général et en clinique en particulier. En ce moment, le pendule penche vers une psychologie à deux esprits, alors qu’auparavant il penchait vers la psychologie à un esprit de la psychanalyse. Pour Freud, les choses intéressantes étaient intrapsychiques. Maintenant, les choses intéressantes sont celles qui sont construites à deux. Cela a donné naissance entre autres à une psychanalyse relationnelle qui penche vers une psychologie à deux esprits. L’idée de base est que l’esprit humain se construit et se maintient grâce au trafic intersubjectif entre soi et l’autre. Il n’y a pas d’esprit sans interaction continuelle. Cet élément essentiel trouve son expression dans le nouveau constructionnisme social concernant l’esprit. Par exemple, on pense de plus en plus que l’acquisition du langage est un acte intersubjectif entre bébé et parent. Le langage requiert l’intersubjectivité, en plus de certains éléments innés. La conscience réflexive requiert l’intersubjectivité. La moralité aussi : on ne peut pas imaginer une moralité sans interaction entre le soi et l’autre. Le soi est une construction carrément intersubjective. Enfin, et c’est important pour la clinique, la narration autobiographique se construit socialement. On ne la fabrique pas soi-même. C’est une construction lente, progressive, grâce à l’esprit des autres.

6 Quand je pense au bébé, je le vois maintenant dans une sorte de soupe. Une soupe faite des désirs, des affects, des pensées, des mouvements de ceux qui l’entourent. C’est l’environnement qui va lui donner les éléments pour construire son esprit lui-même. Tout cela change la manière de considérer le développement et la clinique.

Processus neurologiques sous-tendant l’intersubjectivité

7 Maintenant, je vais aborder certaines questions neuro-scientifiques concernant la capacité à l’intersubjectivité. On a découvert les neurones miroirs, il y a dix à quinze ans (Gallese, 2001 ; Rizzolatti et al., 1996 ; Rizzolatti & Arbib, 1998). Nous possédons bien sûr des neurones moteurs qui déterminent ce que nous allons faire. Mais il y a en plus les neurones miroirs. Quand je fais un geste, ces derniers déchargent aussi, même s’ils ne font rien du point de vue du mouvement. Mais ils donnent au corps une certaine sensation d’avoir fait ce mouvement. Il n’y a là rien de surprenant. Ce qui l’est, c’est que si vous me regardez attentivement quand je fais un geste, ce sont vos neurones miroirs qui vont décharger et décharger selon le pattern exact de mon mouvement, comme si vous aviez fait ce mouvement vous-même. Cela revient à dire que vous faites l’expérience virtuelle de participer à mon action. C’est extraordinaire si l’on pense aux implications relatives à l’empathie. De plus, nous avons des neurones miroirs pas seulement pour les actes que nous voyons, mais aussi pour ce que nous entendons. Quand je parle, vous pouvez sentir derrière mes mots ce que je sens, mon expérience non-verbale et para-verbale, la force, l’intensité, les nuances temporelles que je mets derrière mes mots. C’est pourquoi, par exemple, quand il y a quelqu’un qui se racle la gorge, vous vivez une expérience désagréable. On ne peut pas l’empêcher, c’est un peu comme bâiller.

8 Il y a d’autres choses qui forcent pour ainsi dire le partage des expériences entre les personnes. On sait maintenant que nous avons des horloges partout dans le corps. Ces horloges peuvent être remises à l’heure très rapidement et se coordonner avec ce qui vient de l’extérieur. C’est grâce à ces « oscillateurs adaptatifs », comme on les appelle, qu’un joueur de foot peut courir et frapper la balle au bon moment ; il faut qu’il accorde le timing de son propre corps avec celui de la trajectoire et de la vitesse de la balle (Port & Van Gelder, 1995 ; Lee, 1998). Mais c’est relativement facile en comparaison de ce qui se passe pour ce qui concerne l’accordage avec une personne car la trajectoire d’une personne n’est pas aussi prévisible que celle d’un objet physique. Dans l’interaction avec une personne, les oscillateurs adaptatifs changent constamment pour rester en synchronie avec l’autre, sentir la vitesse, la décélération ou l’accélération, de manière à avoir bougé ensemble. Par exemple, un homme et une femme tombent amoureux, violemment, tout à coup. Sans le prévoir, ils se lancent dans une étreinte très passionnée. C’est rare qu’ils se cassent les dents. Chacun ajuste le contour temporel et spatial de son mouvement au mouvement de l’autre de manière à ce qu’il y ait un atterrissage assez doux. On voit aussi régulièrement ce genre d’accommodation temporo-spatiale entre la mère et l’enfant dès les deux premiers mois de la vie. Cela signifie que nous partageons virtuellement l’expérience de l’autre même pendant que nous sommes en train de faire quelque chose avec lui.

Développement de l’intersubjectivité

9 Du point de vue du développement de l’intersubjectivité, nous savons bien maintenant que les enfants de 30 minutes de vie peuvent faire des imitations assez poussées. On connaît les expériences de Meltzoff & Moore (1977) sur l’imitation de la protrusion de la langue. Le nouveau-né y arrive s’il est dans l’état adéquat, et l’on a pu montrer que ce n’est pas par réflexe. À ce jeune âge, il peut aussi imiter d’autres mouvements du visage ou des sons. On sait aussi par de nombreuses expériences, entre autres celles de Trevarthen (1979, 1980 ; Trevarthen & Hubley, 1978), qu’il existe une sorte de synchronie entre les mouvements de la mère et de l’enfant telle qu’on doit supposer qu’il y a une capacité à sentir où en est l’autre et dans quelle direction il va. Il en est de même pour les vocalisations entre mère et enfant. Elles suivent un certain pattern qui requiert une anticipation de quand l’autre va faire ce qu’il va faire. On pourrait objecter qu’il s’agit d’un conditionnement au rythme temporel de l’autre. Mais cette explication s’avère insuffisante et on ne peut faire l’économie de l’hypothèse de l’intersubjectivité entre les deux partenaires.

10 Plus tard, vers sept mois, le bébé commence à faire du pointage. Le pointage vers un objet peut signifier simplement que le bébé veut cet objet. Mais si l’enfant, après avoir pointé l’objet, regarde aussi sa mère, cela peut aussi signifier qu’il veut partager avec elle l’expérience d’être en train de voir ce quelque chose de fascinant, de nouveau, d’intéressant ou d’amusant (Bruner et al., 1966). Il s’agit alors d’une forme d’intersubjectivité où l’on partage la même expérience relative à un référent extérieur. Cela arrive aussi avec les affects : la mère et l’enfant partagent leurs états affectifs d’une expérience semblable, mais c’est alors l’affect intérieur qui est le référent partagé à deux. On observe aussi à cet âge la reférenciation sociale (Klinnert et al., 1983 ; Emde & Sorce, 1983). Par exemple, un enfant qui commence à marcher, tombe. Il ne s’est pas vraiment fait mal, il est à mi-chemin entre pleurer ou rigoler. Dans une situation d’incertitude comme celle-là, il va regarder le visage de la mère pour voir ce qu’elle en pense. Si elle sourit, il va sourire, si elle fait un signe négatif, il va pleurer. Autrement dit, il cherche quel est l’état affectif de l’autre pour régler le sien. Autour de neuf mois, les intentions de l’autre prennent de l’importance. J’ai l’impression que cela commence bien avant, mais la recherche le montre clairement à neuf mois. Détecter les intentions des autres, c’est une de nos tâches quotidiennes. Quand on regarde quelqu’un, ce qu’on cherche en premier lieu, c’est de savoir ce qu’il veut faire dans l’instant qui va suivre ou ce qu’il est en train de vouloir faire. Détecter les intentions des autres, et de soi, bien sûr, est un primitif mental.

11 Pour illustrer l’importance de cette détection des intentions, prenons l’exemple d’une étude avec des bébés d’un an, avec un vase et un objet (Meltzoff, 1995 ; Rochat, 1999). L’expérimentateur prend l’objet et au lieu de le mettre dans le vase, il le laisse tomber juste à côté. Il refait l’essai et rate de nouveau le vase. L’enfant n’a jamais vu l’objet entrer dans le vase. Il sort et revient le jour suivant. On lui donne le vase et l’objet. Il met l’objet dans le vase. Il n’a jamais vu cet acte, mais il a eu l’intuition de l’intention de l’autre et c’était cet élément-là qui était primordial pour lui. Il a laissé tomber l’acte pour privilégier l’intention. Dans une expérience du même genre, l’expérimentateur essaie, mais n’arrive pas à soulever un haltère et l’enfant réalise le lendemain l’acte que l’expérimentateur n’avait pas réussi. Les chercheurs ont introduit un contrôle en utilisant un robot à la place de l’expérimentateur. L’enfant avait imité l’expérimentateur et réalisé son intention, mais il ne le fait pas avec un robot, car un robot aux yeux d’un enfant n’a pas d’intentions.

12 L’une des idées les plus fortes par rapport à l’acquisition du langage est celle de Tomasello (1999) qui considère que l’intersubjectivité est le facteur le plus important pour apprendre le langage. Il est nécessaire d’imaginer ce que veut, ce que pense et ce que sent l’autre par rapport à un référent avant de pouvoir y mettre des mots.

13 Entre deux et quatre ans, âges où les enfants jouent beaucoup avec leurs pairs, on observe entre eux beaucoup de mensonges, de tricheries ou de taquineries. Or, pour tricher, mentir, taquiner quelqu’un, il faut savoir ce qu’il va penser. Il faut anticiper le résultat de la tricherie. Cela requiert une forme d’intersubjectivité, une estimation de l’expérience de l’autre (Reddy, 1991). Par ailleurs, Judith Dunn (1999) a observé que les enfants de trois à quatre ans parlent tout naturellement entre eux de leurs états internes. Ceux qui le font le plus ont moins de problèmes à l’école que ceux qui le font moins. Parler des états internes est un prédicteur des troubles de comportement.

14 Du point de vue clinique, on réalise de plus en plus qu’un des aspects importants pour mieux comprendre les enfants autistes, c’est le manque d’intersubjectivité. L’autiste ne prête pas attention à ce qui se passe dans la tête de l’autre, ou du moins il agit comme s’il n’imaginait pas qu’autrui puisse avoir la même expérience que lui, et il le traite comme un objet physique. On voit aussi des défauts de l’empathie et de l’intersubjectivité dans plusieurs maladies psychiatriques, comme les personnalités limites et narcissiques (Happé, 1998 ; Hobson, 1993). Bien entendu, il y a des différences individuelles, mais nous avons tous, typiquement, une certaine capacité à l’intersubjectivité et à l’empathie. C’est pour toutes ces raisons que l’intersubjectivité est un domaine d’étude si fascinant.

Relation entre intersubjectivité et attachement

15 Je peux maintenant aborder une des questions de la journée, à savoir la relation entre l’intersubjectivité et l’attachement. Je crois qu’il y a un désaccord entre Karlen Lyons-Ruth et moi-même à ce sujet qui va donc être intéressant à poursuivre. Je sais qu’elle est plutôt de l’avis que l’intersubjectivité est une capacité humaine, une partie de la condition humaine, qui peut être mise au service de n’importe quel autre but, en particulier le système motivationnel de l’attachement. Mais il y a une tendance quelque peu impérialiste dans le domaine des théories de l’attachement, qui assimile tout à l’attachement, et je voudrais protéger l’intersubjectivité un petit peu ! Non pas que Karlen Lyons Ruth soit impérialiste ici, je connais bien sa position très nuancée. Mais on peut soutenir que l’intersubjectivité est toujours là. Or, un système motivationnel par définition doit pouvoir être activé et désactivé. De même, un système motivationnel doit réguler quelque chose. L’attachement régule la peur et la sécurité ainsi que la curiosité. Qu’est-ce que l’intersubjectivité régulerait ? Ou l’intersubjectivité n’est-elle simplement qu’un moyen que tout le monde a tout le temps pour savoir ce qui se passe chez l’autre ?

16 Je pense que l’intersubjectivité est un système motivationnel qui peut être activé ou désactivé et qui a une fonction régulatrice.

17 Il est vrai que la recherche dans ce domaine, très récente, n’a pas encore mis en évidence les mécanismes d’activation-désactivation de l’intersubjectivité. On n’a pas encore cherché les moyens par lesquels on pourrait l’inhiber. Mais lorsqu’on pense à la résonance entre les gens, rendue possible par les neurones miroirs, on peut se demander pourquoi nous ne sommes pas toujours les prisonniers du système nerveux des autres, pourquoi notre système n’est pas inondé une grande partie du temps par les sentiments, les affects et les mouvements des autres. Clairement, il faut un système pour freiner et inhiber cela. Il y a en fait une maladie neurologique qui s’appelle l’échopraxie, où le patient qui voit quelqu’un agir, ne peut s’empêcher de l’imiter (Damasio, 1999). Dans ce cas, les neurones miroirs déchargent – ce qui est normal – mais il y a probablement aussi une décharge des neurones moteurs, comme si les neurones miroirs les débordaient. Le patient se trouve prisonnier de l’expérience de l’autre. Il doit donc y avoir normalement un mécanisme de désactivation ou d’activation en fonction des situations.

18 La psychanalyse a avancé l’idée d’investissement. C’est plus que l’attention. Il y a probablement un réglage du système intersubjectif qui le fait croître ou décroître entre les pôles de l’investissement et de l’inattention. Il faut aussi que le système intersubjectif soit inhibé dans certaines circonstances, par exemple face à un ennemi qui vous veut du mal. La recherche sur ce freinage de l’intersubjectivité n’est pas encore faite. Mais je suis certain que l’on va trouver qu’il y a des systèmes d’activation et désactivation qui sont liés avec l’intentionnalité, l’investissement et le contexte. Autrement dit, je crois possible de défendre la position de l’intersubjectivité comme système motivationnel.

19 Qu’est-ce que l’intersubjectivité régule ? Grâce à Bowlby (2002) et aux chercheurs sur l’attachement qui l’ont suivi, on a des modèles concernant la régulation fine de l’attachement entre la peur et la sécurité. Je crois que l’intersubjectivité opère une régulation fine, d’un moment à l’autre, entre d’un côté l’isolement ou l’aliénation psychique, et de l’autre côté, le sens d’appartenance au groupe, à l’espèce. L’intimité psychique procurée par l’intersubjectivité légitime notre appartenance à quelqu’un, à un groupe, à une dyade, une triade, une famille. C’est extrêmement important.

20 Lorsqu’on est en situation sociale, on est constamment en train de faire une sorte d’orientation intersubjective, de voir où l’on en est par rapport à où en est l’autre, ce qui se passe ici, entre nous. Il nous est nécessaire de savoir où l’on est dans telle relation à tel moment et ce qui va arriver. C’est à ce moment-là que l’intersubjectivité commence à prendre la température de la situation. Lorsqu’on ne peut pas s’orienter de cette manière, l’angoisse commence à monter et l’on se sent isolé de la situation.

21 Notre groupe de recherche à Boston étudie les mécanismes de changement en psychothérapie (Boston Change Process Study Group, 2002, 2004 ; Stern et al., 1998). Une des notions-clés que nous avons développées est qu’en psychothérapie, la plupart du temps se passe à réguler le champ intersubjectif entre le client et le thérapeute. « Est-ce que c’est ça que vous voulez dire ? » Ces petites manœuvres servent à régler très finement le champ intersubjectif, pour savoir où en est l’autre par rapport à où j’en suis du point de vue de l’expérience actuelle dans le moment présent. La psychothérapie est en grande partie la régulation du champ intersubjectif entre client et thérapeute. Le transfert et le contre-transfert sont des composantes de l’intersubjectivité, situées à un autre niveau.

Interaction entre intersubjectivité et attachement

22 La question suivante est de savoir si l’intersubjectivité interagit avec l’attachement dans le sens où l’intersubjectivité permettrait de réguler la sécurité-peur à distance. Il n’est plus indispensable de rester proche de sa mère, il suffit d’avoir des signaux qui indiquent que les deux esprits sont alignés et qu’on partage la même expérience.

23 La question est alors : l’intersubjectivité est-elle assimilable à l’attachement ? Je ne suis pas de cet avis. En clinique, on peut observer un attachement très fort sans beaucoup d’intersubjectivité. (Je sais qu’on ne parle pas de la force de l’attachement, mais on le fait quand même en clinique !). On le voit souvent chez des enfants plus âgés qui sont extrêmement attachés à leur mère, mais avec une intersubjectivité très réduite dans un domaine très étroit. Un autre point dont il faut tenir compte c’est que les enfants autistes manifestent de l’attachement, même si l’on observe certaines déviations dans leurs patterns. Or, ce sont les mêmes enfants qui présentent un problème considérable avec l’intersubjectivité (Sigman & Capps, 2001 ; Shapiro et al., 1987). Pour moi, cela veut dire qu’il y a une dissociation entre ces deux systèmes.

Le rôle de l’intersubjectivité dans la survie de l’espèce

24 Je considère donc que l’intersubjectivité est un système motivationnel au même titre que les autres, comme l’attachement ou la sexualité (Stern, 2003), qui règlent une grande partie de notre activité. Mais alors, il faut que l’intersubjectivité joue un rôle important dans la survie de l’espèce, sinon ce ne serait pas un système motivationnel de base.

25 Et là, il faut remarquer que l’être humain comme individu n’est pas très fort à l’échelle de la nature. Il ne survit pas sans groupe, famille, équipe, tribu, etc. Il faut donc des systèmes pour tenir le groupe ensemble. L’attachement en est un, mais l’intersubjectivité aussi. Dans un groupe de chasseurs ou une équipe de basket, la coopération et la cohésion nécessitent de savoir ce qui se passe dans la tête de l’autre, d’un moment à l’autre. La moralité aussi est essentielle pour la survie. Or, on sait qu’il n’y a pas de moralité, de honte, de culpabilité, d’embarras, sans intersubjectivité entre personnes. Pour avoir ces émotions morales, il faut être capable de se voir avec les yeux d’un autre, ce qui relève de l’intersubjectivité.

26 Pour toutes ces raisons, il est essentiel pour la survie de l’espèce de régler l’appartenance à un groupe, à quelque chose de plus large que soi.

27 Le désir d’intersubjectivité est très fort. Les personnes qui travaillent dans les prisons rapportent que les prisonniers à vie ont une grande envie de les voir chaque semaine. Pourtant, ils ne peuvent rien changer à leur situation. Mais ils trouvent que s’ils peuvent parler et se voir eux-mêmes dans les yeux de l’autre, ils empêchent cette dissolution de soi et cette fragmentation de soi qui surviennent lorsqu’on est seul. Effectivement on ne peut pas maintenir le Soi si on n’a pas d’interaction avec les autres. Le Soi commence à se fragmenter s’il n’y a pas cette intersubjectivité qui le maintient.

28 Pour résumer cette partie, je considère que l’attachement et l’intersubjectivité sont tous deux des systèmes de motivation primaires, qui sont complémentaires dans l’établissement des liens entre les gens et surtout entre mère et enfant.

29 J’ajouterais une troisième chose qui est nécessaire pour les bons liens, c’est l’amour, mais malheureusement, je n’ai pas le temps d’en parler. Mais je trouve que c’est aussi une forme d’organisation dans la tête, surtout au moment de l’étape où l’on tombe amoureux. Il est plus facile de diagnostiquer l’état de tomber amoureux que de faire n’importe quel diagnostic du DSM-4. Mais tout cela me conduit à la dernière question.

30 L’intersubjectivité n’est-elle que dyadique ou peut-elle être triadique ou groupale ? Il a fallu que la nature fasse un enfant qui, quand la cigogne vole avec lui, puisse tomber n’importe où : dans une famille nucléaire, chez une mère seule, dans une tribu. Il faut que l’enfant soit prêt à s’ajuster à ce qu’il trouve autour de lui et puisse utiliser ses capacités dans cette situation. Dans la situation du Lausanne Trilogue Play (Fivaz-Depeursinge & Corboz-Warnery, 2001), on peut voir assez bien certaines situations où l’enfant va utiliser une intersubjectivité qui inclut les trois. L’enfant va se faire une représentation mentale de manière à comprendre ce qu’il vit. Si ce qu’il vit inclut deux personnes, il faut que ces représentations contiennent deux personnes et pas seulement la mère. Alors les mêmes capacités vont être utilisées aussi bien dans une situation à trois qu’à deux.

31 Prenons par exemple la situation où l’enfant fait un partage d’affect à trois. L’enfant est engagé avec la mère. Elle fait quelque chose d’amusant. L’enfant, même très jeune, regarde rapidement son père pour partager cette expérience avec lui. Autrement dit, il porte l’expérience qu’il vit avec sa mère au regard du père pour partager avec lui son expérience d’avoir partagé avec elle. Il y aura forcément une représentation de cette situation, séquentielle bien sûr, mais comme un tout… ou une situation de référenciation sociale où une personne fait quelque chose qui fait peur à l’enfant ou quelque chose dont il ne sait pas quoi faire. Alors, il se tourne vers l’autre comme pour dire : « mais c’était quoi, ça ? » Ces situations aussi sont emballées dans des représentations parce qu’elles sont tellement répétitives dans la vie.

32 Il y a aussi la situation du LTP [*] où les parents parlent ensemble et ils « oublient » l’enfant qui devient le tiers. L’enfant regarde ce qui se passe entre eux. Tout cela est coordonné dans le temps et l’espace avec ses sentiments, son affect d’être exclu, mais aussi d’être inclus puisqu’ils sont là, et de jouer paisiblement ou de s’agiter, peu importe. L’enfant va construire une représentation de cette situation d’être seul dans le groupe. Cela va être représenté comme une manière d’être avec les gens avec lesquels il vit.

33 On voit ces phénomènes dans beaucoup de situations et cela peut être groupal plus large que la triade, la famille.

34 Je vais aborder maintenant certains problèmes posés par une intersubjectivité triadique ou groupale. Je ne remets pas en question son existence. Elle met en jeu des représentations très importantes pour la vie. Mais j’ai commencé, il y a presque vingt ans maintenant, avec une position où je voyais les triades comme un allez-retour entre les trois dyades qui composent la triade. Pendant des années, j’ai eu des bagarres longues et sans résolution avec Elisabeth Fivaz à ce sujet. Elle disait que je n’avais aucune conception de ce qu’est une triade, que je voyais le monde comme dyadique, un point c’est tout. Elle le voyait comme un aveuglement. Après beaucoup de temps, j’ai été convaincu qu’on peut imaginer une dyade ou une triade où la dyade est l’avant-plan et la triade ou le tiers est le contexte, l’arrière-plan qui peut changer. Mais ça aussi, c’est une forme de triade un peu mitigée par le « dyadisme » dans lequel j’étais un peu coincé. Je trouvais que c’était difficile d’imaginer comment on peut se dissocier de l’état du focus de l’attention visuelle. Soit on regarde l’un et l’autre est en périphérie, ou l’inverse. Même actuellement, je trouve que cela pose un problème qui est, je le reconnais, très intéressant. En effet, quand je pense aux mécanismes qui seraient à même de permettre une intersubjectivité triadique ou groupale, je me pose des questions par rapport aux mécanismes neuro-scientifiques de l’attention. Je vois plusieurs possibilités. L’une, c’est que toutes les relations sont individuelles ou dyadiques. Les neurones miroirs qui nous permettent de participer à l’expérience de l’autre sont combinés à peu près comme une superposition des notes ; chacun est une note et l’on arrive à une sorte d’accord. Comment ? C’est problématique, mais c’est à peu près comme ça qu’on peut le voir. Ou, on peut le voir dans le sens suivant : je suis le bébé, j’ai une expérience avec ma mère, et puis juste après, j’ai une expérience avec mon père, et ce sont deux choses un peu différentes mais en même temps liées l’une avec l’autre. On pourrait s’imaginer qu’elles forment comme une séquence de notes qui amène à un accord final. Celui-ci va résoudre la progression de telle manière qu’on finisse avec quelque chose qui met tout ça ensemble. Ce serait un mécanisme que le bébé utiliserait pour constituer quelque chose d’entier, une unité. On peut de plus enrichir cette séquence par un phénomène de persistance d’images. Par exemple, si je regarde vers un point, puis vers un autre, il y aurait une après-image. On peut imaginer que dans ces allers-retours entre les parents et lui-même, la persistance des images produit une superposition des situations qui se suivent. Il y aurait alors aussi une persistance du sentiment de l’expérience d’être avec l’autre. Pratiquement, l’expérience de l’enfant avec sa mère persiste lorsqu’il se tourne vers son père, à la manière d’une après-image. Combien de temps ce phénomène va-t-il durer, et comment la superposition va-t-elle créer un tout ? Je ne le sais pas. Y aurait-il une sorte d’inertie des affects ou même des situations intersubjectives telles que l’on peut faire des allers-retours et retenir ce qui s’est passé juste avant ? Voici encore une autre possibilité. Lorsque l’enfant passe d’une orientation vers la mère à une orientation vers le père, il peut le faire très rapidement, ou plus lentement, ou en saccades, avec des petits arrêts. Quand il regarde entre les deux parents, il les voit l’un et l’autre dans son champ périphérique. Il est alors en position d’estimer ce qui se passe entre eux du point de vue des rythmes, des mouvements de complicité ou d’harmonisation entre eux. L’enfant pourrait utiliser ce mouvement entre les deux parents pour ajouter même une autre note à l’accord que nous sommes en train d’imaginer. On peut aussi imaginer que la possibilité d’une intersubjectivité triadique n’existe pas dans le moment présent, mais qu’elle consiste en un souvenir ou une représentation d’une série de petites choses qui se sont produites en route. Ces petites choses seraient généralisées dans un souvenir ou une représentation pour en faire un tout. Finalement, l’enfant aurait-il le moyen de faire une gestalt de ce qui se passe dans un groupe, tout de suite ? Je ne sais comment…

35 Je ne dis pas cela pour dénier toute existence à la triade. Je dis cela parce que si l’on prend la position du tiers, hors de la triade, c’est facile de conceptualiser sa configuration et ce qui s’y passe. Mais quand on est comme l’enfant au milieu de la triade, il faut imaginer des mécanismes tels qu’il puisse mettre ensemble quelque chose comme une représentation triadique de l’intersubjectivité entre les trois.

36 Je pose ces problèmes parce que je les trouve délicieux. C’est vraiment grâce à la situation du Lausanne Trilogue Play et à tout ce que l’équipe du Centre d’Étude de la Famille de Lausanne a créé, que nous sommes stimulés à examiner ce genre de questions à plusieurs niveaux. Je pense que l’avenir de l’intersubjectivité et l’origine de la famille va se situer exactement là.

Nous remercions par ailleurs la revue française Psychothérapies d’avoir accepté que les Cahiers publient ce texte en même temps qu’elle [Psychothérapie 25(4), 2005].

Notes

  • [1]
    Ce texte a été exposé lors d’un Symposium organisé en l’honneur d’Elisabeth Fivaz-Depeursinge au CHUV de Lausanne le 9 septembre 2004. Nous sommes très reconnaissant envers Elisabeth Fivaz-Depeursinge du soutien amical et efficace qu’elle a apporté pour faciliter la publication de cet article.
  • [2]
    MD, Professeur de psychologie à l’Université de Genève et de Psychiatrie au Cornell University Medical Center de New York.
  • [3]
    Le texte de Karlen Lyons-Ruth figure également dans ce numéro des cahiers.
  • [*]
    « Lausanne Trilogue Play », cf. article qui suit, de Fivaz-Depeursinge, Corboz-Warnery et al. (NDLR).
Français

Résumé

L’importance de l’intersubjectivité, ou le partage de l’expérience vécue entre personnes, a été reconnue par les philosophes avant les psychologues. Elle n’existe pas sans interaction. L’intersubjectivité sous-tend le langage et la conscience. La découverte des neurones miroirs et des oscillateurs adaptatifs montre que l’intersubjectivité a des fondements neurologiques. La psychologie développementale en révèle les fondements psychologiques – imitation, attention conjointe, détection des intentions. L’intersubjectivité peut être considérée comme un système motivationnel au même titre que l’attachement ; tandis que ce dernier régule la peur, la curiosité, l’intersubjectivité régule l’intimité psychique et le sens d’appartenance au groupe. Ces systèmes sont séparés, tous deux nécessaires pour la survie humaine. L’intersubjectivité n’est pas seulement dyadique, mais groupale aussi, comme le montrent les travaux de recherche du Centre d’Etude de la Famille sur le partage d’affect dans la famille, même si les processus par lesquels ce partage se fait restent à élucider.

Mots-clés

  • intersubjectivité
  • langage
  • empathie
  • intention
  • système de motivation
English

Abstract

The importance of intersubjectivity, or sharing of lived experience between persons, has been acknowledged by philosophers before psychologists. It doesn’t exist without interaction. Intersubjectivity underlies language and consciousness. The discovery of mirror neurons and adaptive oscillators shows that intersubjectivity has neurological foundations. Developmental psychology reveals its psychological foundations – imitation, joint attention, intention detection. Like attachment, intersubjectivity may be considered as a motivational system. Whereas attachment regulates fear and curiosity, intersubjectivity regulates psychic intimacy and the sense of belonging to the group. They are separate, but both necessary for human survival. Intersubjectivity is not only dyadic, but groupal too, as documented by the studies of the Centre d’Étude de la Famille on affect sharing in the family – even though the processes by which this sharing is realized remain to clarify.

Keywords

  • intersubjectivity
  • language
  • empathy
  • intention
  • motivation system

Références

  • BOSTON CHANGE PROCESS STUDY GROUP (2002) : Explicating the implicit: The interactive microprocess in the analytic situation. Compte rendu n° 3, International Journal of Psychoanalysis, 1051-1063.
  • BOSTON CHANGE PROCESS STUDY GROUP (2004) : The something more than interpretation: Sloppiness and co-construction in the psychoanalytic encounter. Compte rendu n° 4.
  • BOWLBY J. (2002) : L’attachement. PUF, Paris.
  • BRUNER J., OLVER R.R. & GREENFIELD P.M. (1966) : Studies in Cognitive Growth. Wiley, New York.
  • DAMASIO A. (1999) : Le sentiment même de soi: Corps, émotion, conscience. Odile Jacob, Paris.
  • DUNN J. (1999) : Making dense of the social world : Mind reading, emotion and relationships. In P. D. ZELAZO, J. W. ASTINGTON & D. R. OLSON (Eds.): Developing Theories of Intention. Erlbaum, Mahwah, N.J.
  • EMDE R.N. & SORCE J.E. (1983) : The rewards of infancy: Emotional availability and materna referencing. In J.D. CALL, E. GALENSON & TYSON (Eds.): Frontiers of Infant Psychiatry (vol. 2). Basic Books, New York.
  • FIVAZ-DEPEURSINGE E., & CORBOZ-WARNERY A. (2001) : Le triangle primaire. Le père, la mère et le bébé. Odile Jacob, Paris.
  • GALLESE V. (2001) : The shared manifold’hypothesis - From mirror neurons to empathy. Journal of Consciousness Studies 8: 33-50.
  • HAPPÉ F. (1998) : Autism: An Introduction to Psychological Theory. Harvard University Press, Cambridge, MA.
  • HOBSON P. (1993) : Autism and the development of mind. Earlbaum, Hove/Hillside, N.J.
  • HUSSERL E. (2001) : Médiations cartésiennes. Vrin, Paris.
  • HUSSERL E. (2002) : Leçons pour une phénoménologie de la conscience intime du temps. PUF, Paris.
  • En ligne KLINNERT M.D., CAMPOS J.J., SORCE J.F., EMDE R.N. & SVEJDA M. (1983) : Emotions as behavior regulators: social referencing in infancy. In R. PLUTCHIK & H. KELLERMAN (Eds.): Emotion, theory, research and experience (p. 57-86). Academic Press, New York.
  • En ligne LEE D.N. (1998) : Guiding movements by coupling taux. Ecological Psychology 10: 221-250.
  • MELTZOFF A.N. (1995) : Understanding the intentions of others: Re-enactment of intended acts by eighteen month-old children. Developmental Psychology 3: 838-850.
  • MELTZOFF A. N. & MOORE M. K. (1977) : Imitation of facial and manual gestures by human neonates. Science 198: 75-78.
  • PORT R. & VAN GELDER T. (Eds.) (1995) : Mind as motion: Explorations in the Dynamics of cognition. MIT, Cambridge MA.
  • REDDY V. (1991) : Playing with other’s expectations: Teasing and mucking about in the first year. In A. WHITEN (Ed.), Natural theories of mind: Evolution, development and simulation of everyday mindreading (p. 143-158). Blackwell, Oxford.
  • RIZZOLATTI G. & ARBIB M.A. (1998) : Language within our grasp. Trends Neurosci 21: 188-194.
  • En ligne RIZZOLATTI G., FADIGA L., FOGASSI L. & GALLESE V. (1996) : Premotor cortex and the recognition of motor actions. Brain Res. Cogn. Brain. Res. 3: 131-141.
  • ROCHAT P. (Ed.) (1999) : Early social cognition. Erlbaum, New Jersey.
  • En ligne SHAPIRO T., SHERMAN M., CALAMARI G. & KOCH D. (1987) : Attachment in autism and other developmental disorders. J. Amer. Acad. Child. Adol. Psychiat. 26: 480-484.
  • SIGMAN M. et CAPPS L. (2001) : L’enfant autiste et son développement. Retz, Paris.
  • STERN D.N., SANDER L.W., NAHUM J.P., HARRISON A.M., LYONS-RUTH K., MORGAN A.C., BRUSCHWEILLER-STERN N. & TRONICK E.Z. (1998) : “Non-interpretive mechanisms in psychoanalytic therapy, the ‘something more’ than interpretation.” The Boston Change Process Study Group, Report n° 1. International Journal of Psychoanalysis 79: 903-921.
  • STERN D.N. (2003) : Le moment présent en psychothérapie. Odile Jacob, Paris.
  • TOMASELLO M. (1999) : Social cognition before the revolution. In P. ROCHAT (Ed.): Early social cognition. Understanding others in the first months of life (p. 449-460). Erlbaum, Mahwah, N.J.
  • TREVARTHEN C. (1979) : Communication and cooperation in early infancy: A description of primary intersubjectivity. In M.M. BULLOWA (Ed.): Before speech: The beginning of interpersonal communication. Cambridge University Press, New York.
  • TREVARTHEN C. (1980) : “The foundation of intersubjectivity: Development of interpersonal and cooperative understanding in infants.” In D. OLSON (Ed.): The social foundation of language and thought (p. 316-342). Norton, New York.
  • TREVARTHEN C. & HUBLEY P. (1978) : Secondary intersubjectivity: Confidence, confiders and acts of meaning in the first year. In A. LOCK (Ed.): Action, gesture and symbol. Academic Press, New York.
Daniel N. Stern [2]
  • [2]
    MD, Professeur de psychologie à l’Université de Genève et de Psychiatrie au Cornell University Medical Center de New York.
Mis en ligne sur Cairn.info le 01/01/2006
https://doi.org/10.3917/ctf.035.0029
Pour citer cet article
Distribution électronique Cairn.info pour De Boeck Supérieur © De Boeck Supérieur. Tous droits réservés pour tous pays. Il est interdit, sauf accord préalable et écrit de l’éditeur, de reproduire (notamment par photocopie) partiellement ou totalement le présent article, de le stocker dans une banque de données ou de le communiquer au public sous quelque forme et de quelque manière que ce soit.
keyboard_arrow_up
Chargement
Chargement en cours.
Veuillez patienter...