CAIRN.INFO : Matières à réflexion

1 Au Canada, la réunification conjugale, soit l’octroi d’un visa de résident permanent aux conjoints de citoyens ou de résidents permanents canadiens, est considérée comme une priorité pour le gouvernement. Or, les demandes ne sont pas automatiquement acceptées par les instances migratoires. Le processus de réunification conjugale, qui est aussi appelé le « parrainage du conjoint », exige un investissement important de la part du partenaire canadien. Il comporte aussi des coûts émotionnels générés, notamment, par l’attente de la réponse des autorités et par la complexité des procédures bureaucratiques (voir Geoffrion 2016, 2017). Pour être admissibles à la réunification conjugale, les partenaires doivent démontrer aux autorités canadiennes qu’ils sont bien investis dans une relation conjugale. Pour le gouvernement canadien, cela signifie qu’ils sont dans « une relation d’interdépendance relativement permanente dans laquelle les conjoints mettent leurs affaires en commun dans la mesure du possible (comme dans un mariage) » (Canada, Immigration Réfugié Citoyenneté 2017). Il n’est donc pas nécessaire que les partenaires soient mariés pour entreprendre une demande de réunification conjugale. Cependant, s’ils n’ont pas cohabité pendant une période de deux ans avant la demande, le mariage devient l’une des seules preuves admissibles de la conjugalité du couple.

2 Cet article examine l’expérience vécue du processus de réunification conjugale au Canada, du point de vue de femmes canadiennes en couple binational avec un homme originaire d’un pays du Sud. Plus particulièrement, il explore comment les difficultés administratives auxquelles ces femmes se heurtent, principalement par rapport à la question de l’authenticité de leur relation, contribuent à la mise en œuvre de stratégies de résistance, ainsi qu’à la (re)production du concept d’authenticité conjugale. En effet, à travers ces démarches longues, complexes et à l’issue incertaine, ces femmes ont développé une sémantique de l’adversité qui oppose leur couple, lequel est posé comme l’unité légitime où fleurit l’amour romantique, à Immigration Canada, l’usurpateur de cet amour.

3 Une perspective centrée sur l’expérience bureaucratique du processus de réunification conjugale nous permet aussi de mettre en lumière les régimes de mobilité (Glick Schiller, Salazar 2013) racialisés (Nicholson, Sheller 2016) qui structurent l’expérience conjugale des couples binationaux, sans toutefois négliger l’agentivité des acteurs et actrices. Par ailleurs, se pencher sur l’agentivité et la réflexivité que développent des femmes canadiennes blanches par rapport aux contraintes à l’immigration et à la citoyenneté qu’elles vivent en tentant de fonder un foyer au Canada avec un homme originaire d’un pays du Sud nous permet de nous distancer des stéréotypes de la femme occidentale victime de l’escroquerie sentimentale d’hommes du Sud (Dahles, Bras 1999 ; Phillips 2002 ; Nyanzi et al. 2005) et d’une perspective postcoloniale qui met davantage en avant l’exploitation, par ces femmes blanches, des corps masculins racisés (Kempadoo 2001 ; Sanchez Taylor 2006) ; deux perspectives véhiculées dans une certaine littérature sur le tourisme de romance (Pruitt, LaFont 1995) ainsi que dans les médias (voir, par exemple, les films de fiction Vers le Sud (Cantet 2005) et Paradise: Liebe (Seidl 2012).

4 Cet article s’appuie sur trente-trois entretiens semi-directifs conduits en 2015 avec des femmes canadiennes en couple avec un homme originaire d’un pays du Sud  [1], incluant un entretien avec une conseillère en immigration  [2] et avec un homme parrainé  [3]. Le critère de l’origine du conjoint à été choisi car, même si le processus de réunification conjugale est le même pour un conjoint européen ou africain, par exemple, il est beaucoup plus difficile, voire impossible pour ce dernier d’obtenir un visa de visiteur au Canada ; alors qu’il est beaucoup plus aisé pour une personne originaire d’un pays d’Europe d’obtenir un visa de touriste ou d’études. Dans la majorité des cas, le conjoint non canadien n’est donc jamais venu au Canada et la relation s’est développée, en grande partie, à distance.

5 Les femmes ont été recrutées à travers des réseaux de femmes qui ont fait de la coopération internationale dans un pays du Sud ; par une annonce publiée sur plusieurs pages Web communautaires montréalaises, ainsi que par la méthode boule de neige. Quelques participantes m’ont par la suite référée à un groupe Facebook privé ayant comme objectif de soutenir les femmes canadiennes en couple binational parrainant, ou désirant parrainer l’immigration de leur conjoint. Après mon acceptation par les membres du groupe, j’ai procédé à dix-huit mois d’observation participante dans cette communauté comptant environ 130 membres actifs, la plupart étant des femmes ayant rencontré un homme d’origine maghrébine sur Internet. Les femmes canadiennes rencontrées et observées avaient des profils sociodémographiques très variés : elles avaient entre 20 et 70 ans ; certaines détenaient un diplôme universitaire, alors que d’autres avaient une formation technique ; plusieurs avaient des enfants d’une union précédente ; elles provenaient de régions métropolitaines ou rurales. Leurs conjoints ont été rencontrés de trois façons : lors d’un séjour de longue durée dans un pays du Sud, pendant un court séjour de vacances ou sur Internet. Seules les femmes qui ont rencontré leur conjoint lors d’un séjour de longue durée en pays du Sud, principalement dans le cadre d’un programme de coopération internationale, constituent un groupe au profil sociodémographique plutôt homogène : ces dernières étaient âgées entre 25 et 35 ans, avaient eu une scolarité longue (elles détenaient toutes au moins un diplôme universitaire), étaient originaires de classes sociales aisées et leur parcours de vie les avait familiarisées avec l’altérité. Plusieurs d’entre elles suivaient encore des études ou prévoyaient de les reprendre. La tendance chez les femmes qui ont rencontré leur conjoint sur Internet et lors de courts séjours de vacances est plus éclatée, mais une majorité était composée de femmes âgées entre 40 et 60 ans (plus âgées que leur conjoint de 10 ans en moyenne), souvent séparées ou divorcées d’une première union et mère d’un ou de plusieurs enfants. En général, les conjoints des femmes rencontrées provenaient de milieux moins favorisés que leurs femmes ; ils étaient, en général, peu scolarisés, plus jeunes que leur femme et occupaient un emploi précaire. Bien que les profils soient très variés, l’expérience du processus de réunification conjugale est sensiblement la même chez toutes les femmes rencontrées.

Contexte : ‘fraude’ sentimentale et contrôle de l’immigration par le mariage

6 Plusieurs études issues du champ de recherche s’intéressant à la « migration par le mariage » (Wray 2011) mettent en avant la question de l’instrumentalité des mariages binationaux qui impliquent la migration d’un des partenaires, généralement vers un pays occidental. De tels mariages ont été qualifiés de « ticket out of poverty » (Beck-Gernsheim 2011), ou l’une des dernières façons de pouvoir entrer dans un pays occidental légalement. Or, comme l’ont suggéré les anthropologues Rajni Palriwala et Patricia Uberoi (2008), dans plusieurs cas, la migration d’un des époux est souvent le seul moyen de rendre possible un mariage désiré. Ces débats autour de l’instrumentalité des mariages aboutissent souvent à un cul-de-sac (Faier 2007 ; Constable 2009 ; Bloch 2011) dans le sens où plusieurs raisons entrent en ligne de compte dans le choix d’un partenaire conjugal, certaines affectives, d’autres matérielles, ou encore même politiques, et cet amalgame complexe entre émotions et intérêts tend à changer au fil de la relation. Cependant, la question de l’instrumentalité des relations intimes binationales, souvent conçue en opposition à une certaine authenticité des sentiments amoureux, est centrale pour les politiques des gouvernements des États occidentaux, qui utilisent cette rhétorique afin de resserrer leur contrôle sur l’immigration familiale (Lavanchy 2013 ; Maskens 2013).

7 Au Canada, les mesures d’immigration ont été nettement restreintes sous le régime conservateur qui a été au pouvoir pendant onze ans (de 2004 à 2015), touchant à la fois les visas de visiteur et les permis de résidence permanente (Fleras 2015). Dans le cadre de ce contexte politique et, parce que le mariage avec une ou un citoyen canadien n’est pas un gage suffisant pour l’octroi d’un titre de séjour, l’immigration d’un conjoint sous la bannière du regroupement familial est devenue l’un des seuls moyens pour une ou un Canadien de fonder un foyer au Canada avec un partenaire étranger. Or, même ce processus est hautement sélectif et opère comme une stratégie de contrôle des immigrants de catégorie familiale à travers une série d’obstacles administratifs tels que des frais d’application élevés, de nombreux formulaires à remplir, différents certificats et attestations à fournir dans les langues officielles du Canada et des délais de traitement prolongés, allant de plusieurs mois à plusieurs années. De plus, en 2012, le gouvernement conservateur a lancé une campagne publicitaire sur la « fraude conjugale » dans le but de sensibiliser les citoyens canadiens aux risques qu’ils encourent quand ils entreprennent une relation intime transnationale avec une personne non canadienne et racisée  [4]. Selon le sociologue Vic Satzewich (2014, p. 4), les États occidentaux utilisent ce type de campagne promouvant l’idée que le système est inondé par des individus dans de ‘fausses’ relations comme stratégie pour justifier l’application de mesures de contrôle restreignant davantage l’immigration d’époux étrangers.

8 En dépeignant les Canadiens, et en particulier les femmes canadiennes, comme des victimes de l’arnaque d’hommes étrangers, cette campagne de sensibilisation, ainsi que la hausse de reportages portant sur des cas de « fraude conjugale » dans les médias, ont aussi eu comme effet de stigmatiser davantage les relations intimes entre Canadiens et non-Canadiens, visant particulièrement les individus de certaines nationalités (voir, par exemple, un article issu du quotidien québécois La Presse, qui dépeint une histoire de « fraude conjugale » impliquant des « réseaux cubain » [Duchaine 2013]). Les effets de cette publicité négative se font sentir, par exemple, dans le taux important de refus dans les dossiers de parrainage du groupe de soutien que j’observe, où 33 % des dossiers déposés et évalués entre 2010 et 2016 ont été rejetés, principalement pour cause de « mariage non authentique », sans que ce « déficit de légitimité » (Rea, Tripier 2008) ne soit expliqué davantage dans la plupart des cas  [5].

9 Selon Satzewich (2014, p. 11), lequel a observé le processus d’examen des dossiers d’immigration au Canada dans onze bureaux de visas outremer, les agents d’immigration canadiens examinent plus scrupuleusement les dossiers de parrainage d’un conjoint provenant d’un pays moins développé au niveau socioéconomique, d’un pays qui requière un visa pour visiter le Canada et d’un pays où ils jugent que le niveau de fraude migratoire est élevé. Cela signifie que les relations intimes des couples binationaux étudiés ici sont systématiquement mises en doute et soumises à l’investigation des autorités canadiennes. Contrairement aux couples mononationaux qui, tant qu’ils respectent l’âge minimum des partenaires, n’ont ni à dévoiler, ni à expliquer leur union aux autorités, les couples binationaux sont d’emblée sommés de justifier le bien-fondé de leur relation intime, s’ils souhaitent former un foyer conjugal au Canada. L’anthropologue Anne Lavanchy (2013, p. 76-77) caractérise ce processus, discriminatoire, de « violence structurelle » :

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Fondamentalement, la violence structurelle ne différencie pas entre qui peut se marier ou non, mais entre les couples obligés d’extérioriser leurs sentiments intimes en fonction du script normatif de l’amour romantique et les couples privilégiés qui y échappent. Censées rester sans effets sur l’amour véritable, les procédures du soupçon sont généralisées à l’ensemble des couples « mixtes », décalés et donc mystificateurs.

11 Ce processus d’évaluation de l’intimité des couples binationaux qui font la demande de réunification conjugale est lui-même paradoxal de trois façons. D’une part, les partenaires se voient obligés d’apporter des preuves qui démontrent la sincérité, non motivée, de leur union, processus qui est par nature intéressé. D’autre part, le ‘parrainage’ ou ‘sponsorship’ du conjoint non canadien sous-entend que le partenaire canadien tient un rôle autre que celui de partenaire amoureux : il devient le ‘parrain’ ou ‘sponsor’ de son conjoint ; un rôle qui réduit l’espace entre les sentiments et les intérêts en y introduisant la notion de clientélisme. En effet, le ‘parrainage’ engage, par un contrat, le partenaire canadien dans une responsabilité financière de son conjoint parrainé pour une période de trois ans suite à son arrivée au Canada, si l’application est acceptée. Enfin, pour que leur union soit crédible aux yeux de l’immigration, les partenaires, qui habitent souvent dans deux pays différents, doivent satisfaire les conditions de la conjugalité spécifiques aux couples binationaux (avoir des preuves d’une vie commune d’au moins deux ans). Puisque cette condition est impraticable dans la majorité des cas et que le mariage constitue une preuve de conjugalité, le processus de réunification conjugale oblige les partenaires à entrer dans un mariage-pour-l’immigration, tout en fournissant des preuves du contraire. Ce processus est d’autant plus paradoxal qu’il s’agit de femmes qui sponsorisent et que cela remet en cause les normes économiques domestiques traditionnelles  [6].

Le paradoxe du mariage

12 Dans le cadre de son étude sur les couples binationaux en France, l’anthropologue Manuela Robledo Salcedo invoque l’« injonction au mariage » qui pèse sur ces couples qui souhaitent poursuivre leur relation intime, mais qui doivent d’abord régulariser le statut de leur partenaire non européen. Pour y parvenir, ces derniers sont forcés de se marier pour les papiers (Robledo 2015). Pour les femmes canadiennes, le mariage devient lui aussi central dans leur démarche de réunification conjugale, alors qu’elles n’étaient souvent pas mariées dans leurs relations de couple précédentes et que le mariage ne fait pas nécessairement partie de leurs valeurs familiales. Le témoignage d’Ève, une femme qui a rencontré son partenaire en Ouganda alors qu’elle y visitait une amie d’enfance et qui y est restée pour une période d’environ quatre ans, illustre bien ce paradoxe du mariage-pour-l’immigration :

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Il aime l’Ouganda. Il ne m’a jamais dit : « On déménage au Canada ». Ce n’était vraiment pas, je pense, dans ses plans. Alors, au mois de février, je lui ai dit : « Si l’on veut être ensemble, on devrait juste se marier et tu devrais venir ici, parce que je suis tannée d’aller là-bas ». Mais je ne voulais pas me marier. Je n’ai jamais voulu me marier. Mais là, je me suis dit que si je voulais être avec lui, il fallait qu’on se marie parce qu’on sait que c’est impossible pour lui de venir ici. J’avais déjà essayé de l’inviter [et ça avait été refusé].

14 Comme l’indiquent ces propos, les questions du mariage et de la réunification conjugale se retrouvent souvent amalgamées pour les femmes en couples binationaux. Par exemple, dans la majorité des cas, puisque c’est la femme canadienne qui entreprend les démarches migratoires, c’est aussi elle qui demande en mariage son conjoint. Le mariage n’est pas pour autant un événement purement utilitaire. Au contraire, bien que la motivation principale au mariage ait été la migration du conjoint au Canada, il n’est pas dénué de valeur symbolique pour les femmes en question. Par exemple, plusieurs femmes ont décidé de se marier religieusement ou dans la tradition de leur conjoint. D’autres ont refait une cérémonie au Canada pour leurs proches, après l’arrivée de leur conjoint. Ainsi, malgré que l’État privilégie un modèle conjugal traditionnel à travers l’injonction au mariage, les couples binationaux reprennent cet idéal et en font émerger des pratiques novatrices, notamment au niveau des rôles de genre et des rituels transnationaux.

Preuves et épreuves dans le processus de réunification des époux : la construction d’une sémantique de l’adversité

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On était tellement découragés, [mon mari] m’a dit : « On ne va jamais y arriver ». On s’est même dit que c’était terminé. Mais on a compris que l’immigration ne pourrait pas nous séparer. On est revenus plus forts que jamais. Au deuxième refus on était complètement démolis mais, contrairement au premier refus, on a tenu la route et on s’est dit : « Vivre tout ceci et être encore ensemble, c’est qu’on est fait l’un pour l’autre ». Là on va en appel et rien ne va nous arrêter. Si l’appel ne fonctionne pas, je vais partir pour le Maroc. Ce n’est pas vrai que l’immigration va arrêter notre couple, nos vies, notre bonheur... (Publication sur le forum du groupe de soutien, en réponse à une femme qui souhaitait abandonner les démarches)

16 Comme le montre cet extrait de discussion, l’expérience contraignante et souvent décourageante du processus administratif de réunification conjugale contribue, d’une part, à la représentation d’Immigration Canada en termes d’adversité ; d’autre part, à une réification de l’amour romantique ‘authentique’ du couple binational. Le couple est, en opposition, construit comme la victime innocente d’un processus bureaucratique injuste et insensible. Ainsi, l’adversité devient aussi un moyen de mettre en valeur le capital d’authenticité de ces couples : ceux qui persévèrent malgré les embûches gagnent, aux yeux de l’immigration et aux yeux des membres du groupe de soutien, des points d’authenticité.

17 Dans les cas où le dossier a été refusé une première fois, on voit, au sein des conversations entre les membres du groupe de soutien au parrainage, l’élaboration d’un véritable lexique de l’adversité et de la bataille, où l’ennemi commun est Immigration Canada : les femmes « se battent contre » ses services, elles ne s’avouent pas « vaincues », elles restent « fortes et courageuses », « le vrai amour triomphe toujours de toute façon », elles « perdent un round mais pas la guerre ». L’utilisation d’un tel lexique contribue à nourrir le sentiment de légitimité du couple binational — laquelle a été remise en question par Immigration Canada — en faisant référence aux épreuves endurées et à la persévérance des partenaires comme autant de preuves de l’authenticité de leur amour. C’est aussi ce sentiment d’adversité qui permet de faire croître, chez ces femmes, une détermination sans précédent : l’immigration de leur conjoint au Canada devient ainsi un projet à accomplir par tous les moyens et une lutte contre le système. Le projet de parrainage prend une ampleur nouvelle, passe de la sphère personnelle et familiale à la sphère publique et devient central à leur vie : pour certaines, ce choix impose un arrêt temporaire ou une réorientation de leur carrière et même de leur vie familiale. En fait, même après un premier et un second rejet, plusieurs femmes persévèrent dans leurs démarches de réunification. Elles recommencent le processus en envoyant une nouvelle demande et accumulent les preuves de l’authenticité de leur relation intime requises par l’administration. Quelques femmes ont même organisé une action publique  [7] pour dénoncer la discrimination administrative qu’elles et leur couple ont subie.

Un mariage ‘authentique’ : circulation de l’information et réflexivité

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Mariage non authentique. C’est toujours cette raison qu’ils donnent. Tu peux aussi refaire un deuxième parrainage. Parfois ça donne de meilleurs résultats que de passer en appel. L’important, c’est de comprendre pourquoi on vous a refusé : différence d’âge, pas beaucoup de voyages, pas de fête de mariage ? Il faut essayer de corriger la situation par de nouvelles preuves et si tu peux te présenter à l’entrevue avec ton mari, ça donne d’excellents résultats aussi (Réponse de Diane, administratrice du groupe de soutien, à une discussion sur le forum de groupe).

19 Faire une demande de parrainage d’un conjoint génère un stress considérable pour les parrains. Les questions posées dans les formulaires à remplir, lesquelles sont centrées sur la rencontre amoureuse et le développement de la relation intime, apportent leur lot de présuppositions sur ce qui est attendu des agents d’immigration. Or, le rapport des agents repose sur une évaluation subjective du dossier du couple (Satzewich, 2014 ; Maskens 2015). Au Canada, cette évaluation se fait en deux étapes. Dans un premier temps, les agents évaluent le dossier papier, lequel comporte les formulaires remplis ainsi que les autres ‘preuves’ matérielles de la relation intime : photos, comptes de téléphone, billets d’avion, reçus de transferts d’argent, conversations Facebook, lettres de la famille et des amis. Dans un second temps, selon une conseillère à l’immigration qui traite principalement des dossiers de parrainage depuis les dix dernières années, si les agents d’immigration estiment toujours que le mariage a été contracté avec pour objectif principal de migrer au Canada, ils convoquent le conjoint non canadien à une entrevue dans leur bureau outremer.

20 Ainsi, pour s’assurer que leur dossier soit accepté, les femmes qui entreprennent les démarches alignent les preuves de leur relation intime avec la même rigueur que les agents d’immigration scrutent leur dossier. Toutes les sources d’information susceptibles d’améliorer le dossier sont consultées et partagées avec les autres membres du groupe de soutien : le nom de bons consultants en immigration, des trucs et conseils sur le choix des photos, la cérémonie de mariage, le nombre de pages de conversation à rapporter et le type de questions posées lors de l’entrevue. Par exemple, en novembre 2014, une membre du groupe soulignait :

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Quand on sait ce qu’ils regardent en particulier, ça nous donne une chance d’aller au-devant de leurs questions ou jugements.

22 Une autre expliquait plus en détails le succès de son parrainage :

23

Les photos que les agents aiment, je crois, sont celles avec la famille… J’expliquais chaque choix de photo avec une lettre : mon voyage, où nous étions allés, les sorties, etc.

24 Dans le cas de femmes qui ne sont pas membres du groupe, l’information est aussi partagée, mais dans un cercle plus restreint de femmes qui se connaissent personnellement et qui sont dans la même situation. C’est le cas de réseaux de femmes coopérantes en Afrique subsaharienne, dont plusieurs sont tombées amoureuses lors d’un stage et ont décidé de parrainer leur conjoint.

25 La réflexivité que l’on retrouve chez les femmes ‘parrains’ et qui est exacerbée dans le groupe de soutien est l’une des stratégies de résistance majeures face aux difficultés administratives rencontrées à travers le processus de parrainage du conjoint. L’information sur les critères de sélection circule et est régulièrement mise à jour, ce qui fait que les femmes construisent leurs dossiers en fonction de ces critères et des preuves attendues, tout en essayant de contourner les drapeaux rouges soulevés dans les lettres de refus des autres demandeurs. Par exemple, Satzewich (2014) note que les agents d’immigration canadiens scrutent les photos pour y déceler des incohérences, celles liées à la ‘culture’ du partenaire non canadien ou encore à une incongruité perçue — écarts d’âge ou de beauté trop évidents — entre les corps des partenaires (Lavanchy 2013). Les femmes de la communauté en ligne sont très conscientes de ces jugements et réfléchissent à l’image que projette leur couple. De plus, puisqu’elles savent que les agents questionnent si les photos et les lettres d’amour sont produites « pour l’immigration » (Satzewich 2014, p. 18), elles sélectionnent les photos qui reflètent la spontanéité. Or, l’effet à produire est informé et calculé.

26 L’extrait suivant, tiré d’une discussion issue du forum du groupe (octobre 2016), montre bien comment l’information circule et est récupérée par les femmes qui s’en servent pour élaborer leur dossier de parrainage :

27

— Pour les conversations, est-ce que je mets tout, même les chicanes pour faire naturel ?
— Il faut que l’agent puisse voir au travers des conversations que vous êtes un couple. Cela implique de mettre de tout : des « je t’aime », de la jalousie, des disputes, des conversations anodines, etc. Certaines personnes (comme moi) mettent même le début de conversations plus intimes.

28 Ainsi, les femmes du groupe sélectionnent les éléments les plus aptes à convaincre les agents d’immigration, ce qui devient une sorte de jeu contraignant, dont les règles sont connues et où les cartes de l’agent d’immigration sont entrevues et déterminent la construction même de l’authenticité de la relation amoureuse par la partenaire canadienne. De plus, le partage d’expériences et de conseils liés au parrainage du conjoint contribue à créer une pression importante sur les femmes quant à la qualité et à la quantité des preuves d’authenticité qu’elles mettent dans leur dossier. Ces derniers deviennent, pour plusieurs d’entre eux, des registres monstrueux composés de milliers de pages de conversations, de photos et de ‘logs’ Skype détaillant chacune des années d’intimité du couple  [8].

29 * * *

30 En examinant l’expérience même du processus bureaucratique du parrainage du conjoint, cet article permet de déplacer l’emphase sur la tension entre instrumentalité et authenticité des mariages binationaux, laquelle tend à rendre trivial ce type de relation intime, vers les dynamiques de (re)production des critères d’authenticité à l’œuvre au sein des procédures bureaucratiques de parrainage d’un conjoint. Nous avons vu que la notion d’authenticité est centrale dans l’expérience des procédures d’immigration du couple binational qui doit mettre en scène son intimité selon les critères subjectifs et changeants des agents d’immigration. Ces critères, qui circulent et sont sujets à interprétation, redéfinissent le vécu de l’intimité transnationale chez ces femmes en produisant, à travers la panoplie de preuves demandées, une conscience aiguë de la matérialité de la relation. L’authenticité, dans le cas de ces couples binationaux, devient une question de performance, mais aussi détermine de nouveaux standards de l’intimité chez les femmes canadiennes en couples binationaux, surtout chez celles qui s’impliquent dans des groupes de soutien où chacune évalue, dans le processus d’élaboration de son dossier, la crédibilité de sa relation par rapport à celle des autres membres.

31 D’autre part, le processus de réunification conjugale, et surtout les difficultés inhérentes à ce dernier, contribuent à la construction de l’institution d’Immigration Canada en tant qu’ennemi qu’il faut vaincre à l’aide de l’outil idéologique de l’amour romantique. Cette bataille entamée au sein du processus administratif d’immigration devient morale et oppose le bien, représenté par l’amour et construit comme une valeur suprême (Illouz 1997 ; Maskens 2013) incarnée par les couples binationaux, et le mal, c’est-à-dire l’institution, qui ne croit pas en cet amour et qui dispose d’outils légaux et administratifs pour l’empêcher. Cependant, la raison qu’utilisent les agents d’immigration pour discréditer ces unions, soit la ‘non-authenticité’ de la relation intime, est reprise par les femmes comme une base légitime de la poursuite de la ‘bataille’ : leur couple est authentique parce qu’il a survécu aux refus d’Immigration Canada et à la lenteur et à la complexité des procédures. Paradoxalement, le rejet de la demande de réunification des époux renforce davantage, pour les femmes canadiennes, la conviction que leur couple est légitime, puisqu’il a su résister à l’adversité des procédures et des jugements des agents d’immigration.

32 Enfin, en explorant les expériences vécues du processus bureaucratique d’immigration, mon étude indique le paradoxe qui se crée entre l’intimité vécue des couples binationaux et la distanciation effectuée par la mise en scène de cette intimité pour l’immigration. Des critères d’authenticité conjugale sont véhiculés par l’instance gouvernementale, circulent et sont réappropriés par les femmes parrains. Ceci contribue à une ré-articulation de la conception même de la conjugalité pour ces couples binationaux. Par exemple, le mariage, une institution désuète dans plusieurs régions canadiennes, est doté d’une valeur symbolique importante par les femmes, même si la motivation première au mariage était l’immigration de leur conjoint au Canada.

Notes

  • [1]
    Les conjoints des participantes à l’étude viennent principalement de pays d’Afrique subsaharienne, du Maghreb et des Antilles.
  • [2]
    Titre professionnel qui ne requiert pas de diplôme en droit.
  • [3]
    Tout au long de ce projet de recherche, les hommes parrainés ont brillé par leur absence. Ont-ils refusé de répondre à l’appel parce que la migration familiale des hommes est un sujet délicat qui vient fragiliser les normes traditionnelles de masculinité ? (Charsley 2005a, 2005b ; Charsley, Wray 2015). Ma position de chercheuse canadienne blanche a peut-être elle aussi contribué à ce biais dans l’étude. De même, bien que je n’aie pas cherché à rencontrer uniquement des femmes en couple hétérosexuel, je n’ai croisé aucune femme parrainant une autre femme, peut-être en raison du faible taux statistique que représente ce type de couple binational (Salcedo 2013, p. 103).
  • [4]
    Dans la publicité officielle de Canada Immigration, trois Canadiens, deux femmes blanches et un homme sikh, racontent comment ils ont été utilisés pour obtenir la résidence canadienne. La première personne énonce clairement, dès le début de la vidéo que son mari était cubain :
    http://www.cicsnews.com/?p=3422
  • [5]
    Selon les statistiques canadiennes, le taux de refus des demandes de réunification conjugale, toutes nationalités d’origine confondues, oscille autour de 15 % (Satzewich 2015). Pourquoi les taux de refus sont-ils si élevés dans le groupe que j’ai observé ? L’une des hypothèses est que les couples à l’ethnicité mixte, en opposition avec les cas où les demandeurs canadiens choisissent une ou un conjoint issu de leur communauté d’origine ou de celle de leurs parents (Charsley 2005a, 2007), sont considérés comme suspects par les autorités. Le fait que les ‘parrains’ soient des femmes peut aussi être considéré comme atypique. En effet, lors d’une communication, Laura Odasso (2017) arguait qu’en France, les couples binationaux dont la femme était Française étaient investigués de façon plus intrusive que les couples où l’homme était Français. Un double standard s’appliquait de façon évidente à travers le type de questions posées aux partenaires et dans la façon dont ils étaient traités (voir aussi Charsley, Wray 2015, p. 410).
  • [6]
    Pour une critique du concept d’hypogamie féminine, voir Breger et Hill (1998) et Constable (2003, p. 167).
  • [7]
    En mai 2016, une membre du groupe de soutien a organisé, en face des bureaux de l’immigration à Montréal, une manifestation contre la discrimination administrative subie, l’ingérence dans les vies privées des couples et la lenteur du processus de réunification conjugale. Une quinzaine de femmes s’y étaient réunies.
  • [8]
    Les dossiers de parrainage étaient devenus tellement importants qu’en 2017, le gouvernement du Canada a limité le nombre de pages, ainsi que le nombre de photos que les demandeurs pouvaient inclure dans leurs dossiers.
Français

Cet article examine l’expérience vécue du processus de réunification conjugale au Canada du point de vue de femmes canadiennes en couple binational. Il explore comment les difficultés administratives auxquelles ces femmes se heurtent, principalement par rapport à la question de l’authenticité de leur mariage, contribuent à la mise en œuvre de stratégies de résistance, ainsi qu’à la (re)production du concept d’authenticité conjugale. La construction d’une sémantique de l’adversité permet à ces femmes de légitimer leur choix d’un conjoint non normatif.

Mots-clés

  • Canada
  • migration
  • mariages internationaux
  • couple binational
  • discriminations
  • stratégies
Español

‘Matrimonio no auténtico’: mujeres canadienses en pareja binacional frente a la discriminación administrativa

Este artículo examina la experiencia vivida del proceso del reagrupamiento conyugal en Canadá desde el punto de vista de las mujeres canadienses en parejas binacionales. Explora cómo las dificultades administrativas que enfrentan estas mujeres, principalmente en relación con la cuestión de la autenticidad de su matrimonio, contribuyen a la implementación de estrategias de resistencia, así como a la (re) producción del concepto de autenticidad conyugal. La construcción de una semántica de la adversidad permite a estas mujeres legitimar su elección de un cónyuge no normativo.

Palabras claves

  • Canada
  • Migración
  • Matrimonios internacionales
  • Pareja binacional
  • Discriminaciones
  • Estrategias

Références

  • En ligneBeck-Gernsheim Elisabeth (2011). “The Marriage Route to Migration: Of Border Artistes, Transnational Matchmaking and Imported Spouses”. Nordic Journal of Migration Research, vol. 1, n° 2.
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Karine Geoffrion
Karine Geoffrion est diplômée du département d’anthropologie de l’Université de Montréal. Elle s’intéresse aux questions d’amour et de mobilité chez les couples mixtes, au processus de réunification familiale au Canada, ainsi qu’aux questions de sexualité et de genre non normatifs en Afrique subsaharienne. Elle a notamment publié :
— (2013). “Ghanaian Youth and Festive Transvestism”. Culture, Health & Sexuality, vol. 15, sup 1.
— (2016). « Femmes blanches en Afrique subsaharienne ». Cahiers d’études africaines, n° 221.
karine.geoffrion@umontreal.ca
Cette publication est la plus récente de l'auteur sur Cairn.info.
Mis en ligne sur Cairn.info le 11/04/2018
https://doi.org/10.3917/cdge.064.0067
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