CAIRN.INFO : Chercher, repérer, avancer.
Et qu’est-ce que l’infini ?
Au juste nous ne le savons pas !
C’est un mot
dont nous nous servons pour indiquer
l’ouverture
de notre conscience
vers la possibilité
démesurée,
inlassable et démesurée.
Antonin ARTAUD
« Les interdits maintiennent – s’il se peut, dans la mesure où il se peut – le monde organisé par le travail à l’abri des dérangements que sans cesse introduisent la mort et la sexualité : cette animalité durable en nous que sans cesse introduisent, si l’on veut, la vie, la nature, qui nous sont comme une boue dont nous sortons. »
Georges B ATAILLE [1]

L’ÉCLAIR DANS LA NUIT

1Penser la notion de transgression et écrire à ce sujet, je n’aurais jamais cru l’exercice aussi pénible, douloureux, troublant ! Alors que le projet initial me mettait en appétit, suivit une période de mille doutes, confusions, où mille thèmes, directions, explorations hasardeuses, actes manqués se succédaient chaque jour, retardant la progression de mon travail. Le peu de références conceptuelles sur cette notion en dehors de Bataille et Foucault renforçait ma difficulté. Je fus soulagé et me sentis moins seul, lorsqu’en découvrant un ouvrage collectif dirigé par Roger Dorey, je lus dans son introduction intitulée « Penser la transgression » ces quelques lignes : « Tâche délicate, malaisée, impossible peut-être. On est tenté de dire qu’un interdit pèse sur toute réflexion portant sur la transgression. (…) La transgression parle ailleurs et différemment; je dirais même qu’elle nous agit plus que nous la comprenons, c’est peut-être la raison pour laquelle son être véritable semble échapper à toute saisie conceptuelle. » [2] Familière de nos agissements et étrangère à nos préoccupations de pensée, envoûtante, la transgression ouvre au domaine de l’Unheimliche, à une zone frontalière où les limites deviennent étrangement confuses, mouvantes, entremêlées. Dans cette optique de sens, la transgression pourrait rappeler cette phrase de Deleuze sur la fêlure : « La fêlure n’est ni intérieure, ni extérieure, elle est à la frontière, insensible, incorporelle, idéale. Aussi a-t-elle avec ce qui arrive à l’extérieur et à l’intérieur des rapports d’interférence et de croisement (...) » [3] Ainsi, la transgression joue sur cette zone de fêlure dans l’être face à un monde qui le tire du côté du principe de réalité. Le symptôme, l’acte manqué rappellent cette fêlure : chacune de ces manifestations se réalise dans le franchissement d’une limite. Ces limites concernent-elles l’appareillage topique freudien ? Le symptôme comme l’acte manqué ne franchis-sent-ils pas une frontière – celle du refoulement ? Et ce faisant, ne participent-ils pas de la connaissance d’une zone de l’esprit familière et pourtant radicalement étrangère ? Ces manifestations plus ou moins pathiques signent l’existence d’un désir jusqu’alors insoupçonné. L’esprit humain vivant et conquérant ne serait-il pas constamment tenté de franchir, dépasser les limites constitutives de l’interdit, ce « scandale de l’esprit » (Bataille)?

2Le langage courant accorde à la transgression une signification réductrice et négative, essentiellement celle de la violation de lois ou de commandements divins. Ce terme est passé dans le langage de la géologie à propos de l’envahissement par la mer d’une région qui subit un affaissement. La transgression s’opère sur un terrain favorable, permettant de passer outre, de franchir. Gaffiot rappelle que transgressum provient de transgredior (trans-gradior) dont les déclinaisons de sens ouvrent l’esprit à des significations beaucoup plus étonnantes. Le préfixe « trans » (à travers, au-delà, par-delà, de l’autre côté, par-dessus) associé à « gradior » (marcher, s’avancer, parcourir) amène déjà à des combinaisons multiples et riches de sens. Je retiendrai quatre directions émanant de l’étymologie latine :

  • passer de l’autre côté, traverser, passer d’une chose à une autre; [modalité exploratoire]
  • surpasser une loi, un commandement, traverser, franchir, dépasser, surpasser; [caractère insoumis, courageux]
  • parcourir d’un bout à l’autre, exposer complètement, [souci de complétude, de connaissance]
  • cette expérimentation met en réserve la parole, sidère, dans la mesure où transgresser c’est encore passer sous silence. [le secret, corollaire de la transgression]

3 Du point de vue de la temporalité et de la spatialité, la transgression marque une nouvelle posture : celle de ne plus attendre, de franchir le pas. Les voix de la raison n’ont plus ici qu’à observer craintivement ce dépassement sans retour. En ce sens, la transgression, exubérante, se positionne du côté de la folle pulsionnalité du vivre, du vivant présent projeté vers le futur. Dans ces acceptions, elle se présente comme ayant des visées exploratoires, des qualités d’insoumission, de curiosité vivante connaissant la force et la nécessité du secret. « Il est interdit de faire l’amour ! Mais si, dans le secret, nous le faisons, l’interdit transfigure, il éclaire ce qu’il interdit d’une lueur à la fois sinistre et divine. Il l’éclaire, en un mot, d’une lueur religieuse. » écrivait Georges Bataille [4].

4Tout au cours de l’œuvre de cet auteur, la notion de transgression est étroitement liée au globe de l’œil, au jaillissement de lumière, au regard qui bat, enferme, meurt. L’œil et la lumière de l’éclair dans la nuit, l’extase et le sacrifice. La transgression est tension, attirance, tentation. Vers quoi ? Une limite au-delà de laquelle luit une promesse de plaisir, d’excitation nouvelle; un changement, une libération. Selon Georges Bataille, l’interdit et la transgression ne s’opposent pas mais se renforcent, ou se soutiennent : « L’interdit donne sa valeur à ce qu’il frappe. Souvent, à l’instant même où je saisis l’intention d’écarter, je me demande si, bien au contraire, je n’ai pas été sournoisement provoqué ! L’interdit donne à ce qu’il frappe un sens qu’en elle-même, l’action interdite n’avait pas. L’interdit engage la transgression, sans laquelle l’action n’aurait pas eu la lueur mauvaise qui séduit. (…) C’est la transgression de l’interdit qui l’envoûte… » [5]. La peur, l’attirance de l’inconnu, l’excitation morbide, le désir de découverte et d’exploration, sont des états de l’âme procédant du mouvement transgressif : « Je coupais la corde, elle était bien morte. Nous l’installâmes sur le tapis. Simone me vit bander et me branla. Nous nous étendîmes et je la baisai à côté du cadavre. Simone était vierge et cela nous fit mal, mais nous étions contents justement d’avoir mal. Quand Simone se releva et regarda le corps, Marcelle était une étrangère et Simone elle-même l’était pour moi. Je n’aimais ni Simone ni Marcelle et si l’on m’avait dit que je venais moi-même de mourir, je n’aurais pas été surpris. … Nous étions calmes tous les trois, c’était le plus désespérant. » [6]

5Michel Foucault dans sa Préface à la transgression, en hommage à l’œuvre de Bataille, introduit avec poésie et lyrisme, la complexité de cette notion, laquelle se trouve irrémédiablement atténuée lorsqu’elle est rabattue derrière une logique bipolaire où l’éthique s’opposerait au scandaleux. Pour tenter de qualifier les valeurs ou les bienfaits de la transgression, Foucault use de la métaphore de l’éclair dans la nuit, ce qui donne à son objet une résonance profonde du côté du sublime. Selon Foucault, « La transgression porte la limite jusqu’à la limité de son être; elle la conduit à s’éveiller sur sa disparition imminente, à se retrouver dans ce qu’elle exclut (plus exactement peut-être à s’y reconnaître pour la première fois), à éprouver sa vérité positive dans le mouvement de sa perte. (…) La transgression n’est donc pas à la limite comme le noir et le blanc, le défendu au permis, l’extérieur à l’intérieur, l’exclu à l’espace protégé de la demeure. Elle lui est plutôt selon un rapport en vrille dont aucune effraction simple ne peut venir à bout. Quelque chose peut-être comme l’éclair dans la nuit, qui du fond du temps, donne un être dense et noir à ce qu’elle nie, l’illumine de l’intérieur et de fond en comble, lui doit pourtant sa vive clarté, sa singularité déchirante et dressée, se perd dans cet espace qu’elle signe de sa souveraineté et se tait enfin, ayant donné un nom à l’obscur. » [7]

6Ainsi, la transgression joue sur cette zone de fêlure dans l’être face à un monde qui le tire du côté du principe de réalité. Il faut croire que la définition bataillienne de la transgression convient à la métapsychologie de l’acte manqué car pour Bataille, la transgression lève l’interdit sans le supprimer. Dans une note de bas de page, il ajoute : « Inutile d’insister sur le caractère hégelien de cette opération, qui répond au moment de la dialectique exprimée par le verbe allemand intraduisible aufheben (dépasser en maintenant). [8] » Concernant l’acte manqué, ne lève-t-il pas les barrières du refoulement sans les supprimer, et ne participe-t-il pas de fait à la connaissance de l’existence d’un désir ? Cet acte a dessiné l’ombre d’une fêlure; il ouvre à des dimensions surprenantes, effrayantes et/ou excitantes de la psyché comme l’éclair illumine la nuit, révélant certaines forces et formes. La métaphore de Michel Foucault de l’éclair dans la nuit apparaît alors dans toute son ampleur. Si l’inconscient ne connaît pas la négation, la transgression peut apparaître comme un éclair de l’inconscient dans le champ de la conscience. L’éclair dans la nuit peut sidérer tant il touche plutôt à la catégorie du sublime que celle du beau. Le sublime, pour Kant, est plutôt du côté de l’inquiétant, d’un sentiment qui terrasse, qui effraye tout en émerveillant. La transgression touche à cet inquiétant-excitant. Son nez commence à pointer lorsque le sentiment de contrainte s’exas-père, lorsqu’une règle est mal vécue, intégrée, symbolisée : la transgression est alors libératoire, et dans une certaine mesure progressiste dans sa dimension exploratoire des lois. La promesse de retrouver l’objet perdu, des retrouvailles avec le sentiment de Un, hante la transgression : la paix de l’âme compose avec les tourments. Le symptôme comporte toujours une face transgressive, tandis qu’une autre face se veut foncièrement conservatrice. Si la psychanalyse a intérêt à se pencher sur cette notion peu travaillée dans sa littérature « disciplinaire », c’est avant tout parce que cette dernière touche à la question du désir, du jeu, de la création artistique. Selon Foucault, « L’attirance est pour Blanchot ce qu’est, sans doute, pour Sade le désir, pour Nietzsche la force, pour Artaud la matérialité de la pensée, pour Bataille la transgression : l’expérience pure du dehors et la plus dénudée. » [9] Le paradoxe de la transgression, c’est qu’elle est hantée par la pureté. Et le désir, n’est-ce pas cette poussée confrontée à des butées engageant tout l’être, cherchant à trouver ou retrouver satisfaction ? Pour Georges Bataille, « C’est l’état de transgression qui commande le désir, l’exigence d’un monde plus profond, plus riche et prodigieux, l’exigence en un mot, d’un monde sacré. Toujours la transgression se traduisit en formes prodigieuses : telles les formes de la poésie et de la musique, de la danse, de la tragédie ou de la peinture. » [10] Pour se singulariser, le désir se constitue dans un cheminement plus ou moins chaotique où, sans cesse, il se confronte à des limites inhérentes au principe de réalité. Dans La traversée des frontières, Jean-Pierre Vernant montre combien le dilemme est le moteur de l’action tragique. L’acte tragique – dans lequel le héros engage tout son être – met en relief que cet acte posé va revenir sur lui comme un boomerang dans l’effet inverse de celui escompté. La tragédie d’Œdipe en serait la forme paradigmatique. En ce sens, la tragédie met en évidence l’illusion de cette croyance selon laquelle l’homme serait maître de ses actes.

7Pourrait-on imaginer un style de sujet transgressif ? S’il en existait un prototype, il se définirait sans doute en dehors d’une pathologie phobique, car contrairement à l’obsessionnel qui transgresse des limites par pensée, plus qu’en action, le phobique est peureux de tout ce qui n’est pas familier, et pour sa pensée, et pour sa conduite. L’obsessionnel, si soumis à la loi, mais souvent si sadique ou criminel en pensées, nous enseignerait sur l’art de fantasmer le franchissement d’une limite sans jamais que l’action ne relaye sa pensée. Je récuse l’idée reçue amenant à penser que c’est le psychopathe qui nous ramènerait de manière la plus franche à la psychopathologie de la transgression, car cette vue véhicule l’idée latente d’une transgression sans élaboration psychique et réduite à la seule notion de violation. Le domaine de l’inquiétante étrangeté théorisé par Freud semble ici plus ouvert à l’avancée de cet essai. L’artiste plus qu’un autre nous ouvre la voie pour entendre autrement la transgression, comme génératrice d’expériences de déséquilibres, de déconstruction, de défonctionnalisation mais créatrice.

8Si la pensée commune réduit trop souvent le concept de transgression à une acception moraliste proche de la violation ou de la profanation, l’œuvre du Marquis de Sade fait alors figure d’exemple, voire de paradigme pour l’illustrer. Cette façon de pensée réduit à la fois la portée de l’œuvre de Sade comme elle atténue dans sa valeur rigidifiée le concept de transgression. Dans Sade, sergent du sexe[11] Michel Foucault est assez sévère avec la façon peu créatrice dont Sade met en scène les organes : « Pas de fantasme ouvert, mais une réglementation soigneusement programmée », et plus loin : « Le sadisme était anatomiquement sage, et s’il faisait rage, c’était à l’intérieur d’un manuel d’anatomie très raisonnable. Pas de folie organique chez Sade. Vouloir retranscrire Sade, cet anatomiste méticuleux, en images précises, ça ne marche pas. Ou Sade disparaît, ou on fait un cinéma de papa ». [12]

9Pour Foucault, le corps sadien est un corps hiérarchisé en morceaux, chacun de ces morceaux étant désignable, montrable, arrachable. Ces organes fonctionnels et découpables sont ceux du chirurgien. Foucault regrette pour ainsi dire leur manque de monstruosité dans leur incapacité à devenir informe. Il faudrait alors plutôt « démanteler cette organicité : ce n’est plus une langue, c’est tout autre chose qu’une langue qui sort de la bouche, ce n’est pas l’organe de la bouche profané et destiné au plaisir d’un autre. C’est une chose « innommable », « inutilisable », hors de tous les programmes du désir; c’est le corps rendu entièrement plastique par le plaisir : quelque chose qui s’ouvre, qui se tend, qui palpite, qui bat, qui bée. » [13] Dans ce bref passage, Foucault désigne précisément une des visées principales de la transgression : une défonctionnalisation mettant en mouvement; ici il s’agit des organes. L’anatomie fantasmatique ou l’anatomie du rêve, dont le prototype serait le rêve freudien de l’injection faite à Irma, procède de cette défonctionnalisation ouverte sur l’informe. Mais celle-ci peut s’appréhender dans son versant mortifère, lorsqu’elle se systématise dans des rituels pervers.

TRANSGRESSION ET RÉGRESSION : LA PART DES ORGANES

10Les multiples pratiques sexuelles mettant en œuvre d’autres zones que celles génitales répondent à cette révolte des érotismes d’organes qui – pourrait-on dire – se rebellent contre la suprématie de la zone génitale : l’œil dans le voyeurisme, la peau dans le frotteurisme, l’oreille dans l’écouteurisme, etc. Ferenczi [14] parle d’amphimixie pour désigner ce phénomène consistant à unifier en fusionnant les érotismes partiels, locaux, et spécifiquement les auto-érotismes urétral et anal, en « unité supérieure », la primauté génitale qui requiert une qualité de sauvegarde économique par rapport aux dépenses libidinales. Ainsi, au lieu de lutter contre de multiples pulsions sexuelles partielles qui peuvent potentiellement se localiser partout sur le corps, c’est la zone génitale qui va être désignée ambassadrice du souci sexuel. Il note en 1929 : « La première hypothèse de travail dont j’aimerais vous faire part, sur laquelle je me suis appuyé, et que j’ai utilisé à cette fin, est ce que j’appelle l’amphimixie des érotismes. Je pense que ce que nous appelons génitalité est la somme des pulsions dites partielles et des excitations des zones érogènes. Chez l’enfant, tout organe et toute fonction d’organe sont, dans une large mesure, au service des tendances à la satisfaction du plaisir. La bouche, les orifices d’excrétion, la surface de la peau, l’activité des yeux et des muscles, etc., sont utilisés par l’enfant comme moyen d’auto-satisfaction, qui longtemps ne reçoivent aucune « organisation » tangible, les auto-érotismes étant encore anarchiques. Plus tard, les tendances au plaisir se regroupent autour de certains foyers; c’est par l’organisation dite orale et sadique-anale que le développement commence à sortir de son anarchie antérieure. » Ferenczi vise ici à une étude plus approfondie de la période où cette unification arrive à maturité, la génitalité. Pour lui, c’est une sorte de « modèle organique du refoulement » qui permet aux organes du corps de se mettre, progressivement, au service de l’auto-conservation; il en résulte à cet égard une amélioration de capacités fonctionnelles. Les tendances libidinales refoulées, et d’abord librement flottantes, s’entremêlent (d’où le terme d’amphimixie, mélange) et finissent par se concentrer en un réservoir spécial de plaisir, l’appareil génital, pour y être périodiquement déchargées. Si cette théorie amphimictique peut, au premier abord, paraître quelque peu psychogénétique, développementale, Ferenczi lui donne une valeur métapsychologique. [15] Cette amphimixie des érotismes marquerait le passage de l’auto-érotisme au narcissisme : les érotismes s’unifient autour d’un objet, le pénis, qui serait un « double miniature du moi entier » représentant l’incarnation du Moi-plaisir. Dans ce dédoublement du Moi, Ferenczi voit la condition fondamentale de l’amour narcissique pour le Moi. Ce phénomène participe de la perte de puissance des pulsions auto-érotiques favorisant au contraire l’émergence d’une pulsionnalité narcissique organisée autour du moi et de son double narcissique : le pénis. Cette canalisation des érotismes permet une économie énergétique, vitale ou auto-conservative : « Le fait que l’organisme se soit débarrassé des tendances sexuelles à la décharge en les concentrant dans l’appareil génital a considérablement accru son niveau d’efficacité et lui permet de s’adapter plus facilement aux situations difficiles, voire aux catastrophes. Il faut concevoir la constitution du centre génital sur un mode pangénétique au sens de Darwin; cela signifie que toutes les parties de l’organisme sont d’une façon ou d’une autre représentées dans l’appareil génital, lequel gère, à la manière d’un administrateur, l’entreprise de décharge érotique pour l’organisme tout entier. » [16] Pour ce Moi miniature qui dans les rêves et les fantasmes (les productions de l’inconscient) peut symboliser la personne tout entière, Ferenczi soutient qu’il s’agit de créer au moment du coït des conditions qui lui assurent une satisfaction simple et infaillible. Pour lui, « L’expérience psychanalytique a établi que les actes préparatoires au coït ont entre autres pour fonction de favoriser l’identification mutuelle des partenaires. Embrasser, caresser, mordre, étreindre servent entre autres à effacer la limite entre les Moi des deux partenaires; ... ». Une idée importante est ici développée : c’est une caractéristique de l’auto-érotisme que d’effacer les limites entre le dehors et le dedans. L’onanisme sans activité hallucinatoire (ou fantasmatique) n’est plus que frottements plus ou moins proches de l’automutilation. Les descriptions ferencziennes imagées, faisant parler les organes, sont importantes car elles nous permettent de faire le lien entre ce passage amphimictique des érotismes et des pathologies addictives, perverses, compulsives où les pulsions sexuelles semblent investir les zones normalement dominées par les pulsions d’autoconservation. Dans les pathologies addictives précisément, le désir régresse aux caractéristiques du besoin. L’administrateur central (le foyer génital) est alors disqualifié lorsque se révoltent les organes dans un mouvement du corps porté par la régression.

LA RÉVOLTE DES AUTO-ÉROTISMES

11Si Ferenczi parle d’amphimixie des érotismes, terme non adopté par Freud, il s’inspire directement des travaux de Freud pour théoriser ce concept en reprenant et développant certains thèmes pensés par Freud dans Les Trois essais. Les références à l’ouvrage freudien de 1905 sont ainsi très nombreuses durant tout l’ouvrage. Si je cautionne la théorie de Freud comme celle de Ferenczi concernant la vicariance génitale, je tiens toutefois à affirmer qu’il ne s’agit pas seulement d’une phase dans le développement de l’individu mais que lors de régressions inhérentes au développement de l’individu, à tous âges, les auto-érotismes partiels peuvent se réveiller, se révolter, pour occuper le devant de la scène et disqualifier les pulsions auto-conservatives. Il écrit ce très beau texte imagé qui nous permet de penser autrement le phénomène des perversions : « Si les activités voluptueuses n’étaient pas ainsi isolées, l’œil s’épuiserait en contemplation érotique, la bouche se comporterait exclusivement en organe érotique oral au lieu de se mettre au service de la conservation de l’individu; la peau ne serait pas cette enveloppe protectrice dont la sensibilité avertit du danger mais seulement un lieu de sensations érotiques; la musculature ne serait pas l’instrument perfectionné de l’activité volontaire mais servirait uniquement à écouler des décharges sadiques et autres décharges motrices voluptueuses, etc. » [17] Quand cette gestion centralisée des énergies libidinales n’est plus opérante, s’ouvre la possibilité du règne des plaisirs partiels, du corps morcelé, du retour aux substances interdites par l’éducation. Dans l’œuvre littéraire de Bataille, La sexualité, les fluides, sang, vomi, merde participent de la montée ou – plus souvent – de l’apaisement de l’excitation sexuelle :

(après une scène sexuelle avec Pierrot)
Le diable, dit Marie, je chie devant le diable !
- A l’instant vous avez vomi;
- je chierai.
Le monstre était encore agenouillé.
Marie s’adossa contre un chêne. Elle était en sueur, en transe.
Elle dit :
- Tout cela, ce n’est rien. Mais chez moi, tu auras peur… Trop tard… » [18]

12Lorsque ces tendances font retour, dans un mouvement régressif, il n’y a alors plus de sujets, mais des organes à trouver, comme s’ils vivaient indépendamment de leur maître. Hervé Guibert note ainsi dans un de ses textes de jeunesse :

13

« Il était devenu impossible de s’émouvoir pour un corps inconnu, fût-il beau ou répondant au désir. Subsistait la seule envie de mettre sa langue dans une bouche, de sucer un sexe, mais il n’était pas de bouche ni de sexe sans corps, et pas de baiser sans démarche. Seul le rêve me satisfaisait, par sa brutalité, par le découpage possible des organes, par leur seule connexion, détachée d’une drague, d’une narration. » [19]

14Dans une optique similaire Foucault soutient que le fist-fucking est la seule invention « créative » sexuelle dans la communauté gay. Cette pratique, d’une certaine manière, transgresse la limite de la différence des sexes, car elle disqualifie le pénis chez le fisteur – lequel introduit la main voire l’avant-bras dans l’anus – et chez le fisté – lequel peut parvenir à l’orgasme sans qu’aucune érection soit observée. Or, l’angoisse de castration est basée sur une limite : il y a ou il n’y a pas (plus) de pénis. Dans cette forme de pratiques sexuelles, des déplacements s’opèrent : le vagin est remplacé par l’anus, le pénis par le bras. André Beetschen [20] voit dans la pratique du fist-fucking (pénétration de la main et de l’avant-bras dans l’orifice anal [21] ) une manière d’éprouver « la sensation très excitante de chaleur et de palpitation, comme la réalisation agie d’un fantasme de retour au ventre maternel… «mais pas avec ma mère ! » s’écriait son patient. Dans cette pratique singulière, l’individu pénétrant est ganté à la manière d’un chirurgien; lorsqu’elle a lieu dans un sex-club, elle serait exposée visuellement et donneraient lieu à un attroupement autour de l’individu pénétré. Ne pourrait-on donc pas voir dans ces activités, une fantasmatique agie relayant une théorie sexuelle infantile donnant crédit à la naissance des enfants par l’anus ? A propos de la transgression dans l’orgie rituelle, Bataille notait : « En un sens opposé, le reflux des interdits, libérant la ruée de l’exubérance, accédait à la fusion illimitée des êtres dans l’orgie. D’aucune façon, cette fusion ne pouvait se limiter à celle que la pléthore des organes générateurs commandait. Elle était dès l’abord effusion religieuse : en principe désordre de l’être qui se perd et n’oppose plus rien à la prolifération éperdue de la vie. Cet immense déchaînement parût divin, tant il élevait l’homme au-dessus de la condition à laquelle il s’était lui-même condamné. » [22]

15L’érotisme permet de flirter avec la mort, provoquant ces délices du tremblement, du déséquilibre, de l’essoufflement, de la peur, de la découverte d’un être. Toutefois, lorsqu’il se transforme en scène rituelle, ou en mauvaise pornographie dont personne ne niera la pauvreté des scénarii, la mélancolie approche. Il s’agit de ne pas perdre de vue qu’une modalité essentielle de la transgression est celle du jeu, et sans cela, sans cet écart essentiel entre l’être et l’objet, la transgression n’est plus, se muant en digressions obsédantes. En un sens, un des laboratoires permettant une bonne santé de la transgression (de vie), c’est bien l’expérience analytique.

L’EXPÉRIENCE PSYCHANALYTIQUE COMME DÉVOI-LEMENT ET MISE EN JEU DES ZONES D’OMBRE DE L’ÊTRE. LORSQUE L’OMBRE S’ÉCLAIRE, LA NUIT ÉCLAIRE LE JOUR

16L’expérience de la crise vient désigner l’expérience sur soi-même d’une instabilité fondamentale de la vie, (la vitalité) de l’existence; la fracture entre deux états stables, deux cycles de l’existence dont les modèles quotidiens pourraient concerner l’état de veille (selon la logique fonctionnelle d’adaptation au milieu) et l’état de rêve durant le sommeil (logique de transformation, d’orages psychotiques lesquels abritent pourtant le sommeil). Si le premier concède au corps et aux organes une fonctionnalité forte, le second s’applique à défonctionnaliser cette logique autoconservatrice du corps et des organes au profit d’une anatomie fantasmatique [23] : dans cet espace du rêve, le corps obéit à ce principe, appelé par Lacan « désintégration agressive », par lequel le corps peut vivre cette expérience particulière intérieure d’orages hallucinatoires. La souffrance du corps expose le patient à une modification de son état mais également à une transformation de son rapport à lui-même. Paul Valéry notait justement : « par la fatigue, le “corps” devient chose étrangère. » [24] Si la crise procède d’une exposition à l’impouvoir, à une dé-prise de soi, d’une expérience du trans-passible, elle permet cependant l’abandon d’un cycle continu dépassé, et, ce faisant, une sorte d’autométamorphose. Cette question du vécu corporel, d’une expérience sensible du corps peut rappeler celle du vécu corporel fantasmatique accessible par l’expérience de la cure analytique. L’expérience analytique – tel l’espace du rêve – défonctionnalise l’organisation du corps anatomique – pour rendre possible (dans cette expérience du négatif) – via la parole – une anatomie fantasmatique autoengendrée, restituant à l’autoérotisme une importance qu’il perd durant les périodes de veilles présidées par la nécessité fonctionnelleautoconservative. Pierre Fédida, dès 1977 [25], attire l’attention sur cette particularité de l’espace du rêve (comme l’espace de séance) permettant, par le langage, l’accès à une anatomie fantasmatique et à une défonctionnalisation partielle des organes, un réveil des organes, réveil des morts, retour de la mort n’apparaissant plus comme fin de la vie mais comme mort qui donne vie. Umbra, en latin, signifie à la fois l’ombre et le reflet.

17La dimension d’autoérotisme n’est pas absente dans ce traitement des mots en séance : « La défonctionnalisation corporelle dans le rêve accorde à chaque mot et à chaque geste le pouvoir de s’interpréter lui-même ou plutôt d’être à lui-même et pour lui-même une interprétation. » [26] L’espace de séance, dans cet angle de vue cher à Pierre Fédida, permettrait de « donner corps au vide », d’ouvrir le corps à sa dimension métaphorique (tel un corps de traverses) pour lui permettre, dans un dispositif où il ne « retrouve pas ses supports et appuis socio-culturels », d’être « livré au vécu de ses impressions qui défont geste et parole d’adaptation et rendent éminemment présent ce que Balint désignait par l’expression de basic fault[27] ». Ainsi, cette situation paradoxale où la raison égoïste est frustrée (celle qui aimerait pouvoir rétablir avec l’analyste une communication ordinaire) permet-elle, dans le phénomène du transfert, l’émergence d’une régénérescence autoérotique qui restituerait partiellement une sorte de mémoire corporelle qui s’était souvent perdue dans l’évolution de l’enfance à la vie adulte. Les philosophes phénoménologues ont participé à la théorisation stylisée de cette façon singulière dont le corps s’articule au vide, pouvant s’appréhender sous un angle aesthésique (entre sentir et se mouvoir chez E. Strauss), procédant d’un habiter corporel propre à chaque être en devenir qui ne saurait être séparé du senti immédiat de la propre subjectivité. Ce souci du corps de l’être et de l’être du corps ne peut plus, depuis la naissance de la pensée psychanalytique, s’envisager dans une tradition philosophique classique (cartésienne) laquelle exclurait – pour étudier les mystères profonds de l’âme – l’habitacle corporel et ses manifestations. Si l’intériorité ne semble être, pour Descartes, que l’affaire de l’âme, cette séparation dualiste âme-corps ne peut plus tenir au regard de la psychopathologie qui montre précisément, au travers de multiples affections dites « de conversion » – lesquelles ne se limitent pas à l’hystérie – l’interdépendance entre corps et psyché. La conception philosophique de Descartes sur cette question (cf. la IIIe Méditation[28] ) ne peut se lire aujourd’hui sans un certain sourire quant à ce vœu palpable de désincarnation, dont l’obsessionnel tenterait désespérément de faire l’expérience via ses inlassables vérifications et rituels : viser la désincarnation pour tenter l’accession à la toute-puissance magique d’un psychique qui doute, se surveille, s’estime, se reflète, se satisfait par lui-même et pour lui-même. Cette quête de l’intériorité, par exclusion de l’enveloppe du corps mais aussi de ses profondeurs, viserait la production psychique d’une figure stable, familière, d’un corps total représentable (imaginaire-spéculaire) et donc distinct, faisant office d’écran contraphobique face à ce qui se trouverait du côté de l’impropre, de l’étranger, de l’animal, du trou, de l’abîme, du corps érogénéisable sur toute sa surface et dans ses profondeurs, anarchique et partiel, cadavérique, en constante déformation : le corps auto-érotique.

LA PSYCHANALYSE, LABORATOIRE D’UNE CER-TAINE EXPÉRIENCE TRANSGRESSIVE ?

18

« Cette expérience du mot qu’on sait et dont on est sevré est l’expérience où l’oubli de l’humanité qui est en nous agresse (…) C’est l’expérience où nos limites et notre mort se confondent pour la première fois. C’est la détresse propre au langage humain.

19C’est la détresse devant ce qui est acquis. Le nom au bout de la langue nous rappelle que le langage n’est pas en nous un acte réflexe. Que nous ne sommes pas des bêtes qui parlent comme elles voient. »

20Pascal Quignard [29] Parfois, toute une vie durant, le sonore de l’ouïe semble se mettre uniquement au service des pulsions du Moi, celui qui n’a rien à faire des fantasmes pour fonctionner de manière efficace. Le s’entendre penser, dans une vie ordinaire – pour celui qui ne veut rien savoir de l’art, de la nature, de la culture, de la folie, du jeu – n’est alors qu’investi du côté d’un écho mimétique, stérile, de ce qui est pensé. La pensée fait du bruit, elle n’est pas pensée de traverses. Cet « entendre penser », ce bruit du raisonner intérieurement, reste un des seuls autoérotismes survivants qui échappe à l’emprise de l’autre. L’obsessionnel la connaît plus que tout autre ! Mais la qualité de cet autoérotisme est mortifère : autos (soi-même, et l’autre de soi-même) semble avoir perdu sa capacité de régulation sur les mouvements d’éros devenant ainsi du selbst (le soi-même). L’expérience psychanalytique régénère l’autoérotisme, déclarait Fédida. Je soutiens que cette régénérescence de l’activité autoérotique a lieu, dans l’expérience psychanalytique, à l’endroit précis du sens de l’ouïe.

21Par la présence quasi-palpable de ce silence maintenu par un autre, un cap est franchi : celui de « s’entendre penser » (contenus ou échos d’une pensée autocratique) à un « s’entendre autrement » impliquant un retour de la résonance du sonore confrontée à une réserve d’écoute.

22L’expérience de décollement du signifiant au signifié dans cette expérience singulière consistant à entendre la sexualité ou la destructivité de son langage, rappelle la première expérience autoérotique où les pulsions sexuelles ont comme décollé d’avec les pulsions d’autoconservation. Cette expérience qui avait pu être vécue dans le domaine de la poésie devait par dessus tout de ne pas s’appliquer à l’objet précis de sa propre pensée. La cure analytique ouvre la potentialité du mot à se réfléchir sur lui-même pour sonner autrement. L’ouïe, qui s’était bornée à ne vouloir entendre que dans son aspect fonctionnel (autoconservatif, égoïste, craintif de l’autre), parvient donc à ce moment précis de déséquilibre où ce qui était dit pour convaincre et dominer fait retour, par effet rebond, par le silence de l’autre pour revenir comme modifiée par cet effet de l’autre muet, dans le même son, mais avec un sens différent. Cette situation est par essence autoérotique, les religieux diraient « mystique ». La tragédie antique ne met-elle pas en scène l’homme déchiré, s’interrogeant sur ses actes ? Ainsi les poètes, les musiciens, cultivent cette poésie de l’ouïe ! Lorsque cette expérience est acquise et travaillée, les bavardages de la communication ordinaire qui garantissent la survie désespérée d’un lien d’appropriation de l’autre apparaissent soudainement avec un autre éclairage : l’éclairage du mort qui – absent dans ses manifestations de présence en personne – d’en haut ou d’en bas peut-on toujours imaginer, rit de toute cette détresse : Cyniquement diront ceux qui doutent; tendrement, diront ceux qui aiment naïvement; avec patience, diront les sages. Mais la qualité que l’on suppose aussi aux morts, c’est celle de ne pas juger.

23L’expérience psychanalytique aurait donc le pouvoir de rétablir ou de régénérer cette capacité d’image esthétique du son. Dans cette mise en jeu du langage parfois dépersonnalisante, l’analysant réapprend en un travail régulier à réécouter la musique et les vibrations de son dire, à redécouvrir le visage multiple des mots : il apprend à parler et à s’entendre. En ce sens l’expérience analytique procède d’une expérience esthétique et dans une optique chère à Bataille, transgressive. De la raisonnance, l’être passe à la redécouverte des effets de résonance de son langage propre, mais aussi adressé à l’autre. Un des effets de ce cheminement consiste probablement en la compréhension résolue que par l’œuvre de langage les points de vues de la technique et du contenu ne font qu’un. Ainsi, l’on pourrait parler d’un entendre dire qui se détache de ce qui voulait se dire. Une frontière est franchie : le langage s’entendra d’une manière plus relative et de fait, moins dramatisée. Si la psychanalyse peut s’envisager comme une expérience transgressive, c’est parce qu’elle permet au patient de redécouvrir un écart entre ce qui est dit et ce qui s’entend : cet écart, c’est le début d’un jeu, d’une transgression : un simple mot signifié est lancé, soufflé dans l’espace de séance et, traversant la réserve de l’écoute flottante de l’autre étranger, puise le pouvoir d’éclater, tel un feu d’artifice, en quelque chose de signifiant. Du ton du drama, où la signification du message collait (de manière mélancolique) à ce qui était dit, on passe à la temporalité du jeu permettant la circulation des signifiants. Une légèreté succède ainsi au poids d’un sens qui était resté prisonnier. Cette circulation de sens, de signifiants, rendue possible par le dispositif analytique ne peut tenir qu’à condition que le patient – comme l’analyste, parviennent à ce degré d’écoute flottante, transgressive, repoussant sans cesse la frontière des mots. L’association libre est d’essence transgressive par rapport aux règles de fonctionnement (logiques) qui régissent ordinairement le langage. Il est utile – dans cette époque marquée par le triomphe du positivisme scientiste – de ne pas oublier le sens que donne Aristote à la maladie : c’est lorsque Eros (qui a été dans l’excès) est resté prisonnier à l’intérieur du corps. Lorsque le sujet se consume dans une maladie physique ou bien dans une souffrance psychique, seul le transfert (le mouvement d’Eros) est potentiellement capable de remettre en circulation ce qui était prisonnier. Le dispositif psychanalytique, confronté à une psychopathologie spécifique peut recouvrir une fonction de dé-nouage en permettant au patient d’accéder à la conscience d’un écart maintenu dans son discours entre ce qui est dit et ce qui peut être entendu, à un jeu (au sens mécanique – un écart) entre le corps et les mots, jeu métaphorique dont le mélancolique ne serait plus capable au point de ne plus laisser du tout circuler Eros et de se laisser disparaître totalement dans une rare violence.

Notes

  • [1]
    Georges Bataille, 1950, La peinture préhistorique. Lascaux ou la naissance de l’art, Genève, Editions d’art Albert Skira 1980, p. 37.
  • [2]
    Roger Dorey, 1983, « Introduction : Penser la transgression », in L’interdit et la transgression, Ouvrage collectif sous la direction de Roger Dorey, Paris, Dunod, coll. Inconscient et culture, 1983.
  • [3]
    Gilles Deleuze, 1969, Logiques du sens, Paris, Editions de minuit, 1977, p. 181.
  • [4]
    Georges Bataille, 1961, Les Larmes d’Eros, Paris, Jean-Jacques Pauvert Ed., 10/18,1971, p. 91.
  • [5]
    Op. cit., p. 91-92.
  • [6]
    Georges Bataille, L’histoire de l’œil, Paris, Jean-Jacques Pauvert Ed., 10/18.
  • [7]
    Michel Foucault, 1963, « Préface à la transgression », in Dits et écrits, 1954-1988, Tome 1, Paris, Gallimard, NRF, 1994, p. 237.
  • [8]
    Georges Bataille, 1957, L’Erotisme, Chapitre 1, « l’interdit et la transgression », in Œuvres Complètes, tome X, Paris, Gallimard, NRF, 1987, p. 39.
  • [9]
    Michel Foucault, 1986, La pensée du dehors, Paris, Editions fata morgana, 1986, p. 27.
  • [10]
    Georges Bataille, 1950, La peinture préhistorique. Lascaux ou la naissance de l’art. Op. cit., p. 38.
  • [11]
    Michel Foucault, 1975, Sade, sergent du sexe, (entretiens avec G. Dupont) Cinématographe n° 16, décembre 1975, pp. 3-5. In Dits et écrits, 1954-1988, tome 2, Paris, Gallimard, nrf, 1994, p. 818-822.
  • [12]
    Op. cit. p. 820.
  • [13]
    Ibid. p. 819.
  • [14]
    S. Ferenczi, 1929, Masculin et féminin, considérations psychanalytiques sur la « théorie génitale » et sur les différences secondaires et tertiaires, in Œuvres Complètes, tome 4,1927-1933, Paris, Payot, 1982, p. 67.
  • [15]
    S. Ferenczi, Thalassa, psychanalyse des origines de la vie sexuelle. P.B.P., Paris, Payot, 1992, p. 60.
  • [16]
    Ibid. p. 59-60.
  • [17]
    S. Ferenczi, Op. cit., p. 60.
  • [18]
    Georges Bataille, Le mort, J.-J. Pauvert Ed., p. 36
  • [19]
    Hervé Guibert, 1978, Journal de l’onaniste, in La mort propagande et autres textes de jeunesse. Paris, 1991, Régine Deforges Editeur, 1999.
  • [20]
    André Beetschen, 2000, « Les plaisirs asservis », in Le fait de l’analyse n° 8, La maladie sexuelle, Paris, Autrement Ed.
  • [21]
    Précisons que cette pratique n’est pas exclusive aux homosexuels : Dans une optique hétérosexuelle, l’avantbras pénétrant aurait alors le choix entre le vagin et l’anus.
  • [22]
    Georges Bataille, L’Erotisme, Chapitre X, « La transgression dans le mariage et dans l’orgie », in Œuvres Complètes, tome X, Paris, Gallimard, NRF, 1987, p. 114.
  • [23]
    Terme emprunté à Pierre Fédida, voir Corps du vide et espace de séance.
  • [24]
    Paul Valéry, Cahiers 1, Paris, Pléïade, p. 1137.
  • [25]
    Pierre Fédida, 1977, Corps du vide et espace de séance, Paris, Jean-Pierre Delarge Ed. (éditions universitaires).
  • [26]
    Pierre Fédida, ibid., p. 14.
  • [27]
    Michael Balint, 1968, « Le Défaut fondamental », Paris, Payot, 1971.
  • [28]
    Descartes, IIIe Méditation : « Je fermerai maintenant les yeux, je boucherai mes oreilles, je détournerai tous mes sens, j’effacerai même de ma pensée toutes les images des choses corporelles, ou du moins, parce qu’à peine cela peut-il se faire, je les réputerai comme vaines et comme fausses; et ainsi m’entretenant seulement moi-même, et considérant mon intérieur, je tâcherai de me rendre peu à peu plus connu et plus familier à moi-même. Je suis une chose qui pense, c’est-à-dire qui doute, qui affirme, qui nie, qui connaît peu de choses, qui en ignore beaucoup, qui aime, qui hait, ... »
  • [29]
    Pascal Quignard 1993, Le nom sur le bout de la langue, Paris, Gallimard, Folio, p. 57.
Français

Familière de nos agissements et étrangère à nos préoccupations de pensée, envoûtante, la transgression ouvre au troublant domaine de l’Unheimliche, à une zone frontalière où les limites deviennent confuses, mouvantes, entremêlées. Si la psychanalyse a intérêt à se pencher sur cette notion peu travaillée dans sa littérature « disciplinaire », c’est avant tout parce que cette dernière touche à la question du désir, du jeu, de la création artistique. La psychanalyse dans une optique de pensée chère à Georges Bataille peut s’envisager comme une expérience transgressive en ce sens qu’elle permet la découverte d’un écart, créateur de jeu (je) dans l’œuvre de langage.

Mots-clés

  • Transgression
  • Désir
  • Autoérotisme
  • Interdit
  • Jeu
  • Expérience psychanalytique
English

Transgression seems to be a weird notion: it is all about act and blurs any attempt to figure it out. As a matter of fact, it makes us enter the field usually called « Unheimliche » in German: a sphere « where boundaries get mixed up. Despite the lack of serious research, psychanalysts have to work on it : for it is at the cross between the questions of desire, process, and artistic creation. In the perspective of Georges Bataille, psychoanalysis is a trangressive experience : it shows up a creative gap where process and self get together through language work.

Key-words

  • Transgression
  • Desire
  • Self-erotism
  • Taboo
  • Process
  • Psychoanalytic experience

BIBLIOGRAPHIE

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Vincent Estellon
Maître de Conférences en psychopathologie clinique à l’Université de Poitiers, Psychologue clinicien, 16 rue des Vieilles boucheries – 86000 Poitiers. Membre du C.E.P.P. (Université Paris 7)
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Mis en ligne sur Cairn.info le 01/04/2008
https://doi.org/10.3917/cpsy.038.0149
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