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2008/4 (n° 36)


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Que l’idéologie raciste nazie ait pu engendrer la Shoah relève de l’évidence, la plus effrayante sans aucun doute de toute l’histoire du XXe siècle. Que des juristes catholiques et patriotes aient pu se montrer les complices actifs de la persécution des Juifs ne s’explique que dans le contexte d’une IIIe République déchirée et agonisante, accouchant du régime de Vichy. Mais que ces hommes aient, jusqu’à leur dernier souffle, défendu leur action nécessite davantage d’efforts de compréhension. En effet, la politique antisémite de Vichy fut préparée par de « bons Français » (1) qui, loin de désavouer leur attitude, proclamèrent toujours leur bonne foi, ne craignant pas de défendre, au lendemain de la guerre, leur législation de catholiques patriotes (2).

1. DES JURISTES CATHOLIQUES AUTEURS DE LA LEGISLATION ANTISEMITE DE VICHY

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Alors que le monde du droit avait toujours rechigné à frayer ouvertement avec l’Action française, ce furent deux juristes : un membre du Conseil d’État (A), puis un avocat (B) qui se chargèrent de donner à Vichy sa législation antisémite.

A – Raphaël Alibert et le premier statut des Juifs

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On doit à un royaliste proche de l’Action française et fervent catholique d’avoir posé les bases de la législation antisémite de Vichy. Raphaël Alibert, garde des Sceaux du premier gouvernement pétainiste, fut, en effet, le rédacteur de la loi du 3 octobre 1940 relative au statut des Juifs [1][1]  Dans l’attente de la biographie qui doit prochainement.... Brillant juriste, auteur d’un ouvrage remarqué sur le contrôle juridictionnel de l’administration, il avait fait une carrière de maître des requêtes au Conseil d’État [2][2]  Roland Drago, Jean Imbert, Jean Tulard et François... et de professeur de droit administratif et constitutionnel à l’École libre des sciences politiques [3][3]  Sur l’enseignement juridique du professeur à l’École.... Après avoir démissionné du Conseil d’État en 1924, il tenta d’entrer dans les affaires, ayant rejoint le groupe d’Étienne Mercier. Soucieux de diffuser ses idées en matière de réforme de l’État, il devait d’ailleurs adhérer au mouvement du « Redressement français » fondé en 1925 par l’industriel en vue de la modernisation de la vie économique et de la rénovation de la politique française. Membre d’un certain nombre de cercles de réflexion, comme le Comité technique pour la réforme de l’État (CTRE) de Jacques Bardoux [4][4]  Sur ce comité constitué en mars 1935, sous l’influence..., il devint un proche du maréchal Pétain, qu’il croisait notamment aux Affinités françaises [5][5]  Alfred Conquet, Auprès du maréchal Pétain. Apports..., cercle mondain conservateur dépendant de l’Union des corporations françaises, également fréquenté par Henry Du Moulin de Labarthète [6][6]  Henry Du Moulin de Labarthète, Le temps des illusions..... Promu, en dépit de ses déboires électoraux, conseiller politique du maréchal Pétain, celui-ci l’appela, en mai 1940, comme chef du cabinet civil, avant de lui confier le poste de sous-secrétaire d’État à la présidence du Conseil, durant les derniers jours de la IIIe République. Le 12 juillet 1940, il était nommé ministre de la Justice, fonction qu’il occupa jusqu’à son limogeage le 27 janvier suivant. Rédacteur des Actes constitutionnels de 1940, il fut aussi l’instigateur de la loi du 22 juillet 1940, qui visait à réviser les naturalisations opérées depuis le 10 août 1927 [7][7]  Sur les 500 000 dossiers qu’elle examine la commission..., ainsi que de la loi du 13 août 1940 interdisant les sociétés secrètes.

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Cet homme autoritaire, proche du déséquilibre mental [8][8]  En ce qui concerne les fureurs germanophobes ou antigaullistes..., partagea avec Bernard Ménétrel, médecin privé du maréchal et chef de son secrétariat privé, une influence déterminante lorsqu’il s’agit d’inaugurer la politique antisémite de Vichy [9][9]  Georges Wellers, André Kaspi et Serge Klarsfeld (dir.),.... Alibert eut, en tout cas, le triste privilège de mettre en forme les bases du droit raciste de Vichy [10][10]  Voir Le droit antisémite de Vichy, Paris, Le Seuil,.... Dès le 1er juillet 1940, cet « antisémite national rigoureux » [11][11]  Pascal Ory, « L’Université française face à la persécution... aurait déclaré à Charles Pomaret, ministre du Travail : « Je leur prépare un texte aux petits oignons. » [12][12]  Georges Wellers, André Kaspi et Serge Klarsfeld (dir.),... En effet, une loi du 27 août 1940 avait abrogé le décret-loi Marchandeau du 21 avril 1939 qui punissait les outrances racistes de la presse. Sans que l’Allemagne ne l’ait alors exigé, un autre texte du 3 octobre 1940 vint ensuite poser un certain nombre d’exclusions dans la fonction publique ou certaines activités ayant une influence culturelle [13][13]  JO, Lois et décrets, 18 octobre 1940, loi portant.... Plus sévère que la définition allemande publiée quelques jours plus tôt, cette loi regardait comme juive, « toute personne issue de trois grands-parents de race juive » ainsi que celle qui, n’ayant que deux grands-parents juifs, avait un conjoint également juif. Ce n’est que le lendemain qu’une loi régla le sort des Juifs étrangers, autorisant les préfets à les interner d’office dans des camps spéciaux [14][14]  JO, Lois et décrets, 18 octobre 1940, loi sur les....

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Le calendrier de ce travail normatif montre bien que « l’on ne peut sérieusement soutenir que Vichy aurait voulu livrer les Juifs étrangers pour protéger les Juifs français, puisque la législation s’est préoccupée de réprimer les Français avant les étrangers » [15][15]  Jean Marcou, Le Conseil d’État sous Vichy (1940-1944),.... La spontanéité de cette politique xénophobe montre bien qu’elle épousait les orientations idéologiques de son auteur.

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« Plus qu’un juriste soucieux de réforme de l’État », un catholique qui partageait « la vision politique de l’Action française » [16][16]  Michèle Cointet, Le Conseil national de Vichy. Vie... avait mis ses convictions racistes au service de la première législation antisémite de Vichy. Un autre juriste catholique et proche de l’Action française poursuivit cette entreprise, donnant à la France son second statut des Juifs.

B – Xavier Vallat et le second statut des Juifs

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Au lendemain de sa nomination à la tête du Commissariat général aux questions juives, le 29 mars 1941, il appartint à l’avocat et député nationaliste Xavier Vallat de réformer le statut Alibert. Jusqu’en 1936, Vallat ne s’était pourtant guère illustré par son antisémitisme. Dixième enfant d’un modeste instituteur aux sympathies royalistes, il avait éprouvé tout jeune une forte attirance pour les idées de Maurras. « Devenu adolescent, rappelait-il, le puissant élan de la Jeunesse catholique du diocèse de Viviers [...] et la lecture quotidienne de L’Action française en fleur m’orientèrent tout naturellement à la fois vers le catholicisme social et le nationalisme intégral. » [17][17]  Xavier Vallat, Le grain de sable de Cromwell, Paris,... Sans jamais appartenir à l’Action française, ce grand mutilé de guerre n’en devint pas moins, après son élection à la Chambre en 1919, un sympathisant des idées de Maurras, siégeant avec Léon Daudet dans le groupe des 27 indépendants présidés par Hyacinthe de Gailhard-Bancel. Titulaire d’une licence de droit préparée à la Faculté d’Aix, il s’était inscrit, en 1923, comme avocat au barreau de Paris, acceptant de placer ses talents d’orateur au service du mouvement royaliste dont il intégra d’ailleurs le Comité d’études législatives.

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En tant que député de l’Ardèche et membre du comité directeur de la Fédération nationale catholique (FNC), il s’était surtout distingué par sa croisade en faveur de la liberté de l’enseignement, puis, à partir de 1934, par son combat contre la franc-maçonnerie. Mais lorsque Léon Blum s’était présenté à la Chambre des députés, le 6 juin 1936, Xavier Vallat s’était levé pour souligner cette « date historique » : « Pour la première fois, s’était-il écrié, ce vieux pays gallo-romain sera gouverné [...] par un Juif. » [18][18]  JO, Débats parlementaires, Chambre des députés, séance... Non seulement cette intervention avait été applaudie par l’Action française [19][19]  « La question juive à la Chambre », dans L’Action..., mais elle lui avait valu le soutien de ses confrères du barreau parisien.

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Alors que traditionnellement aucun député en exercice n’était élu au conseil de l’Ordre, Vallat ralliait, le 24 juin, la majorité absolue des suffrages. Le député n’était inscrit que depuis une douzaine d’années au tableau de l’Ordre et ne plaidait plus guère depuis son retour à la Chambre en 1928, mais son élection permettait de contrecarrer celle de son principal adversaire, l’avocat juif Étienne Caen. « J’étais élu, avouait-il, membre du conseil de l’Ordre, malgré l’infirmité de mes titres professionnels et sans être candidat, en signe de protestation contre l’envahissement du barreau par les Juifs et les métèques fraîchement naturalisés. » [20][20]  Arch. mun. Lyon, 21ii-48, cité dans Laurent Joly,...

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Dès lors, Vallat enfourcha un nouveau cheval de bataille : résoudre la « question juive ». Sa nomination à la tête du Commissariat général aux questions juives, le 29 mars 1941, lui donna les moyens de mettre en pratique les idées qu’il avait pu développer avant la guerre. Assisté notamment du professeur de droit Jacques Estève et de l’avocat catholique Félix Colmet-Daâge, il élabora du 2 juin au 29 novembre 1941 plus de 40 textes sur la « question juive ». On lui doit en particulier le second statut des Juifs du 2 juin 1941 [21][21]  JO, Lois et décrets, 14 juin 1941, no 2332, loi du.... Il s’agissait de « corriger les “lacunes” du Statut Alibert que Vallat avait relevées dès sa promulgation » [22][22]  Laurent Joly, op. cit., p. 221.. Par la loi du 2 juin 1941, une définition plus rigoureuse du Juif était donnée qui introduisait le critère religieux [23][23]  Pour les personnes de religion juive, il suffisait.... De nouvelles professions étaient désormais interdites aux Juifs, tandis qu’était aggravé le numerus clausus institué par la loi du 3 octobre 1940 pour certaines activités. Une série de décrets imposa ainsi une limite de 2 % pour certaines professions : hommes de loi (16 juillet 1941), médecins, pharmaciens et sages-femmes (15 août 1941), architectes (24 septembre) et dentistes (5 juin 1942). Depuis le 21 juin 1941, les établissements secondaires et les universités n’étaient autorisés à accueillir que 3 % d’élèves juifs. Un décret du 6 juin 1942 ferma, quant à lui, les activités théâtrales, musicales et cinématographiques aux artistes juifs [24][24]  Robert O. Paxton, op. cit., p. 229.. Adopté en Conseil des ministres le 22 juillet 1941, son projet de loi sur l’aryanisation économique visa à « éliminer toute influence juive dans l’économie nationale » (art. 1) [25][25]  JO, Lois et décrets, 26 août 1941, no 3086, loi du.... Ce texte donnait à Vallat le pouvoir de nommer des administrateurs provisoires chargés de gérer les biens appartenant à des Juifs (entreprises, mais aussi immeubles et biens meubles autres que ceux à usage personnel ou professionnel), en vue de les vendre à des non-Juifs ou, à défaut d’acquéreurs, de les liquider [26][26]  Sur les chiffres de l’aryanisation économique conduite....

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Il est vrai qu’aux yeux de leurs auteurs, toutes ces mesures répondaient à de « bons motifs ».

2. LES « BONS MOTIFS » DES LEGISLATEURS ANTISEMITES DE VICHY

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Si les rédacteurs de la politique xénophobe de Vichy n’ont jamais renoncé à défendre leurs mesures, c’est que celles-ci s’enracinaient dans une vieille tradition antisémite d’origine religieuse (A) et nationaliste (B). Ils ont agi en bons catholiques patriotes et anti-allemands.

A – Un antisémitisme de « bons catholiques »

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« Je me méfie des Juifs et je les crains, confiait Vallat, comme l’Église s’en est méfiée et les a craints depuis le Golgotha. » [27][27]  Xavier Vallat, Le nez de Cléopâtre. Souvenirs d’un... Plus encore que sa sympathie pour les idées maurrassiennes, ce fut son catholicisme qui le porta à adopter les préjugés de son époque à l’encontre des Juifs [28][28]  C’est d’ailleurs ce que souligna, au lendemain de.... D’ailleurs, lorsque tomba la condamnation romaine de l’Action française, Vallat n’hésita pas à se démarquer du mouvement. « D’accord mutuel, il se retira du Comité juridique de l’Action française et son nom disparut de la liste des avocats de la Maison affichée à la permanence des Camelots du Roi. » [29][29]  Ibid. « Entre la doctrine maurrassienne, qu’il connaît finalement assez mal, et la défense des principes de la religion catholique, à laquelle il se voue depuis son enfance, le choix est clair : il accorde la priorité à cette dernière. » [30][30]  Laurent Joly, op. cit., p. 116. À cette date, Vallat était devenu l’un des orateurs en vue de la Fédération nationale catholique du général de Castelnau, dont Pie XI pouvait espérer qu’elle « fonctionnerait facilement comme une structure d’accueil ou un lieu de repli pour les catholiques de l’Action française qui retrouveraient tous les thèmes essentiels : le nationalisme, l’anticommunisme et l’antimaçonnisme » [31][31]  Corinne Bonnafoux-Verrax, À la droite de Dieu. La.... Principalement soucieux de défendre le catholicisme [32][32]  Sommé, au moment des élections de 1928, de s’expliquer..., Vallat, qui avait été battu aux élections de 1924, était bien décidé à retrouver, en 1928, son siège de député. Malgré ses convictions royalistes, il lui semblait, en effet, que le parlementarisme offrait la voie la plus sûre pour faire triompher ses combats religieux.

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Ce sont précisément ses convictions qui expliquent l’activité parlementaire de Vallat. On peut dire que, jusqu’en 1932, il s’est surtout intéressé à la défense de la liberté de l’enseignement, combattant en particulier le projet d’ « école unique ». Mais, à partir de l’affaire Stavisky, il en vint à enfourcher un autre cheval de bataille, la lutte contre la franc-maçonnerie, convertissant à cette croisade la Fédération républicaine à laquelle il avait adhéré en 1933, avant d’en devenir, trois ans plus tard, le vice-président. S’étant lancé dans une campagne visant à faire interdire les Loges, il soutint notamment le projet de son collègue René Dommange sur la dissolution de la franc-maçonnerie.

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Il est vrai que, durant l’entre-deux-guerres, il avait adhéré à la Ligue franc-catholique, se faisant le disciple de Mgr Ernest Jouin, le plus farouche et vindicatif adversaire de la franc-maçonnerie. Cet ecclésiastique, qui se vantait d’avoir créé le terme « Judéo-maçonnerie » [33][33]  Henry Coston, Dictionnaire de la politique française,..., avait aussi fondé, en 1912, la Revue internationale des sociétés secrètes (RISS) publiée jusqu’en 1939. D’inspiration notoirement antisémite, cet organe joua un rôle important dans la diffusion des Protocoles des sages de Sion [34][34]  Tal Bruttmann et Laurent Joly, La France antijuive.... Vallat qui avait assisté à plusieurs des Congrès de la ligue versa dès lors dans un antisémitisme qui, jusqu’en 1936, ne s’exprima guère à la Chambre. Mais, comme le souligne Laurent Joly, l’intervention du député de l’Ardèche contre Léon Blum, le 6 juin 1936, eut une immense portée. « Elle va le persuader d’une nouvelle mission : résoudre la “question juive”. » [35][35]  Laurent Joly, Xavier Vallat, op. cit., p. 148. Désormais convaincu d’un destin antisémite possible, il n’a pourtant jamais milité auparavant dans une organisation spécifiquement antijuive. Membre du comité de direction du Parti républicain national et social de Pierre Taittinger, ce fut essentiellement sous l’angle de la lutte contre le danger communiste qu’il envisagea le « problème juif » [36][36]  Ibid., p. 168.. À l’époque, il devait principalement sa réputation de spécialiste de la « question juive » à ses attaques contre Léon Blum. Pourtant, quand il s’est agi, en mars 1941, de lui trouver une fonction équivalente à celle de secrétaire général aux anciens combattants qu’il avait dû abandonner, il confessa : « J’estime que j’ai plus de compétence pour m’occuper de ce problème sur lequel je me suis penché depuis longtemps que pour d’autres problèmes d’ordre purement administratif que je connais moins bien. » [37][37]  CDJC, LXXIV-8, p. 4 (ibid., p. 214). Plus tard, il ne devait pas hésiter à déclarer au Judenreferent Theodor Dannecker : « Je suis un plus vieil antisémite que vous ; je pourrais être votre père à cet égard. » [38][38]  CDJC, LXXV-147 (Robert O. Paxton, op. cit., p. 22...

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Pour rédiger sa législation antisémite, Xavier Vallat s’était adjoint les services du très catholique et farouche antisémite Félix Colmet-Daâge. D’une vieille famille de juristes et d’avocats, celui-ci avait suivi des études de droit à Paris, avant d’intégrer, au lendemain de la Première Guerre mondiale, le barreau de Paris. Dès lors, il put s’employer à défendre les ligueurs de l’Action française [39][39]  Laurent Joly, op. cit., p. 393.. Durant l’entre-deux-guerres, il s’était, lui aussi, fait le disciple de Mgr Jouin, déployant pour la Ligue franc-catholique ses talents de conférencier, tout en signant des articles dans la RISS. À sa mort, en 1932, le curé de Saint-Augustin avait laissé une imposante bibliothèque de 30 000 livres consacrée aux maçonneries. Président, au moment de l’invasion allemande, du comité chargé de veiller sur ce « trésor », Colmet-Daâge devait parvenir, selon ses dires, à le mettre en lieu sûr [40][40]  Félix Colmet-Daâge, Malaise au Palais. Les avocats.... Aux côtés de Jean Guiraud, il fut également, pendant les dix années qui précédèrent la guerre, le vice-président de l’Union nationale des Associations catholiques de chefs de famille [41][41]  Ibid., p. 246.. Membre du Rassemblement antijuif de France de Darquier de Pellepoix et grand ami de Xavier Vallat, il fut attaché, en 1941, à son cabinet lorsque celui-ci fut chargé par Pétain d’organiser, comme nous l’avons vu, le Commissariat général aux questions juives. Enfin, il convient de relever sa présence, depuis 1930, au sein du Comité de direction de la Revue des jurisconsultes catholiques. On doit, à cet égard, constater que l’antisémitisme fut pour un certain nombre de juristes catholiques un motif certain de rapprochement avec l’Action française.

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Car, fruit des préjugés de son temps, l’antisémitisme de Vallat et de Colmet-Daâge était un antisémitisme qui s’était nourri de leur éducation religieuse. « C’était plutôt, avouait Vallat lors de son procès, dans la doctrine qui avait été celle de l’Église pendant tant de siècles que j’allais puiser une inspiration, que dans les théories racistes d’Outre-Rhin. » [42][42]  Le procès de Xavier Vallat présenté par ses amis,... Lorsque le Commissaire général rédigea en avril 1942, peu avant son éviction, une note sur « L’Église et les Juifs », il s’appuya notamment sur une lettre que lui avait envoyée l’écrivain catholique et collaborateur de la RISS Georges Ollivier, « Le Saint-Siège et les Juifs » [43][43]  Arch. mun. Lyon, fonds Vallat, 21ii-45. Texte paru.... Il put ainsi souligner combien l’antisémitisme s’inscrivait dans la tradition du catholicisme, rappelant les mesures prises par la papauté contre les Juifs, tout au long de son histoire [44][44]  Arch. mun. Lyon, fonds Vallat, 21ii-45, « L’Église....

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La législation antijuive de Vallat n’a d’ailleurs pas suscité beaucoup de critiques de la part des autorités ecclésiastiques. Alors que le Commissaire général aux questions juives avait dépêché un de ses collaborateurs [45][45]  « Le collaborateur en question était le directeur... auprès de l’épiscopat français de la zone libre, il avait recueilli des réactions plutôt favorables, ne rencontrant que de la part du cardinal Gerlier « une attitude un peu réticente » [46][46]  Arch. mun. Lyon, fonds Vallat, 21ii-42, lettre à Philippe.... Le cardinal Saliège aurait même admis que « la position de M. Vallat, du point de vue de la doctrine catholique, est inattaquable » [47][47]  CDJC, LXXIV-8, p. 19 (Laurent Joly, op. cit., p. 256).....

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Membre du Comité directeur de la FNC de 1924 à 1937, inscrit à la section centrale de la Ligue des droits du religieux ancien combattant (DRAC) en 1927, « allié déclaré de la hiérarchie catholique à la Chambre », Xavier Vallat jouissait d’ « une excellente réputation dans les milieux catholiques » [48][48]  Laurent Joly, op. cit., p. 103, 257..

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Il est vrai que les autorités religieuses ne pouvaient que se féliciter d’une législation qui avait donné tous les gages de la respectabilité patriotique.

B – Un antisémitisme de « bon Français »

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On peut qualifier l’antisémitisme de Raphaël Alibert et de Xavier Vallat d’antisémitisme chauvin. Dans l’esprit des rédacteurs du statut des Juifs, tous les deux violemment germanophobes, il s’agissait de défendre le pays contre les Allemands, en donnant à la France sa propre législation antisémite. Pour le Commissaire général aux questions juives, la politique raciste de Vichy trouvait sa justification dans la nécessité d’ « empêcher l’Allemagne de s’infiltrer dans l’économie du pays à la faveur de l’ “aryanisation”, et d’éviter une “décharge” éventuelle de Juifs étrangers en zone libre » [49][49]  Robert O. Paxton, op. cit., p. 229.. « En tant que nationaliste, il ne pouvait pas plus accepter la direction des Allemands dans le domaine de l’antisémitisme qu’il ne pouvait se faire à la perte de l’Alsace-Lorraine. » [50][50]  Michaël R. Marrus et Robert O. Paxton, Vichy et les... C’est d’ailleurs l’esprit qui anima son collaborateur Félix Colmet-Daâge. À l’en croire, il s’agissait de soustraire les fortunes juives aux cupidités nazies ; politique dont il dut bien admettre l’échec, tout en soulignant, dans son aveuglement antisémite, que l’action de Vallat avait du moins permis d’empêcher, tant qu’il avait été là, qu’un seul Juif français ne fût déporté [51][51]  Félix Colmet-Daâge, op. cit., p. 233-234. En 1953,....

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Cette théorie du bouclier ne saurait, bien évidemment, être retenue. Non seulement les mesures antisémites prises par Vichy allèrent au-delà des exigences allemandes, mais surtout elles furent bien incapables de s’opposer aux persécutions nazies. Alors que Vallat pensait imposer sa législation en zone occupée, au motif que les Allemands lui auraient promis d’y rapporter leurs propres ordonnances, ce fut l’inverse qui se produisit. Grâce à ses mesures, les Allemands purent y disposer d’une législation qui facilita, en zone libre, la « solution finale » [52][52]  Ibid., p. 234-235..

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Ce chauvinisme, aveugle politiquement, avait néanmoins donné sa coloration à l’antisémitisme de Vichy. Il s’agissait de défendre le pays contre des éléments jugés inassimilables, au moyen d’un droit purement « autochtone ». Lors de son procès, Vallat fit valoir à ses juges que dans la législation raciste de Vichy, « il n’y a pas imitation de la législation d’un régime totalitaire quelconque ; il y a fidélité à une tradition antijuive d’État qui peut trouver des précédents aussi bien dans le passé historique de notre propre nation que dans celui de la chrétienté » [53][53]  Le procès de Xavier Vallat, op. cit., p. 77.. Citant un passage de la déposition, le 26 octobre 1946, de Du Moulin de Laberthète, il déclarait encore au lendemain de la guerre : « L’Allemagne ne fut pas à l’origine de la législation antijuive de Vichy. Cette législation fut, si l’on peut dire, spontanée, autochtone. » [54][54]  Xavier Vallat, Le nez de Cléopâtre, op. cit., p. ...

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S’il rejetait les présupposés biologiques des nazis, l’antisémitisme de Vallat épousait des critères religieux et plus encore culturels, qui le conduisirent à établir une « discrimination en bons et mauvais Juifs, en nouveaux Juifs et en “vieilles familles juives françaises” », comme le dénonçait en avril 1941 Gérard Mauger dans L’Ethnie française, « revue mensuelle de doctrine ethno-raciale et de vulgarisation scientifique » [55][55]  Arch. mun. Lyon, fonds Vallat, 21ii-45, Gérard Mauger,....

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D’où le souci de Vallat de mettre au point un statut épargnant les Juifs anciens combattants et patriotes. Ce grand mutilé de guerre ne pouvait oublier qu’il avait, pour la première fois, rencontré des Juifs lors de son service militaire, qu’un grand nombre avaient versé leur sang pour la France durant la Grande Guerre, que, grièvement blessé durant celle-ci, il avait été sauvé par un médecin-brancardier juif et soigné par une infirmière juive et que quelques anciens combattants israélites, tel Edmond Bloch, étaient même devenus ses amis.

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Le marquis de Roux, qui fut sans doute le juriste de l’Action française le plus influent, auprès duquel travailla Vallat en vue de l’instauration d’un ordre social et chrétien, faisait du patriotisme le critère déterminant. L’écrivain Dominique Brejon de Lavergnée se souvenait : « M. de Roux avec qui je me suis plusieurs fois entretenu de la question juive pensait qu’une législation bien faite devrait viser ceux-là seuls qui ne se connaissent pas comme Français. Nous étions d’accord et sur la perfection de ce principe et sur l’extrême difficulté d’en découvrir un critère. M. de Roux pensait que, tout ce qui dans la vie d’un homme, conduite sociale, familiale, civique, service militaire par exemple, écrits publics, discours, permet de juger de ses sentiments patriotiques, devrait être pris en considération. » [56][56]  Anne-André Glandy, Le marquis de Roux (1878-1943),...

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Certains Juifs pouvaient donc être considérés comme des éléments assimilables. Pourtant, le 15 janvier 1942, Darlan faisait part de ses inquiétudes à son conseiller Henri Moysset : « J’ai l’impression que M. X. Vallat va un peu fort et qu’il ne suit pas les directives qui sont de ne pas embêter les vieux Juifs français. » [57][57]  Michaël R. Marrus et Robert O. Paxton, op. cit., ... Au fond, à l’instar de Maurras [58][58]  Voir, en ce sens, l’article de Charles Maurras, « Demi-assimilé..., Vallat ne croyait pas que l’on pût être à la fois juif et français, comme le résumait le titre d’un ouvrage de Gabriel Malglaive dont il avait rédigé la préface [59][59]  Gabriel Malglaive, Juif ou Français, aperçus sur la....

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Au final, la législation des antisémites de Vichy s’était non seulement montrée fidèle à une longue tradition de préjugés religieux, mais elle avait, de surcroît, pleinement rempli ses objectifs visant à défendre l’autorité publique contre les menaces que faisait planer contre elle, comme l’estimait encore Vallat en 1957, « un ensemble d’assujettis dont près de la moitié était composée d’étrangers » [60][60]  « Le juriste impartial qui voudra confronter les lois....

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Si bien que, dans la lignée des idées défendues par Maurras [61][61]  Sans viser à infliger à « Israël » de « vaines persécutions »,..., l’ex-commissaire général de Vichy put embrasser, jusqu’à son dernier souffle, la cause du sionisme dont il se fit le plus ardent défenseur, restant ainsi sordidement attaché, comme Raphaël Alibert et Félix Colmet-Daâge, à l’idée d’un Juif inassimilable et ennemi de la France. Sinistre combat de toute une vie, jamais racheté par d’ultimes remords.

Notes

[1]

Dans l’attente de la biographie qui doit prochainement lui être consacrée, on consultera sur la carrière de ce « mauvais génie de la révolution nationale », pour reprendre l’expression de Robert Aron : Anne-Martine Fabre, « Alibert (Henri, Albert François Joseph Raphaël) », dans Benoît Yvert (dir.), Dictionnaire des ministres de 1789 à 1989, Paris, Librairie académique Perrin, 1990, p. 355-356.

[2]

Roland Drago, Jean Imbert, Jean Tulard et François Monnier (dir.), Dictionnaire biographique des membres du Conseil d’État, 1799-2002, Paris, Fayard, 2004, p. 389-390.

[3]

Sur l’enseignement juridique du professeur à l’École libre des sciences politiques, voir Jean-Pierre Machelon, « Raphaël Alibert, professeur de droit », dans Maryse Deguergue et Laurent Fonbaustier (dir.), Confluences. Mélanges en l’honneur de Jacqueline Morand-Deviller, Paris, Montchrestien, 2007, p. 77-90.

[4]

Sur ce comité constitué en mars 1935, sous l’influence du futur sénateur du Puy-de-Dôme et professeur honoraire à l’École libre des sciences politiques, « pour la rédaction des textes constitutionnels et législatifs susceptibles d’assurer, dans le cadre de la République, le redressement des institutions libres et des services publics », voir Michel Levinet, « Le contrôle de la constitutionnalité des lois dans le projet du Comité technique pour la réforme de l’État », dans Revue de science administrative de la Méditerranée occidentale, 1987, nos 19-20, p. 24-28.

[5]

Alfred Conquet, Auprès du maréchal Pétain. Apports à l’histoire, Paris, Éd. France-Empire, 1970, p. 95, n. 2.

[6]

Henry Du Moulin de Labarthète, Le temps des illusions. Souvenirs (juillet 1940 - avril 1942), Genève, Les Éditions du Cheval ailé, Constant Bourquin éditeur, 1946, p. 18. Cité dans Jérôme Cotillon, « Un homme d’influence à Vichy : Henry Du Moulin de Labarthète », Revue historique, t. CCCIV/2, 2002, no 622, p. 358.

[7]

Sur les 500 000 dossiers qu’elle examine la commission instituée par cette loi « retire la nationalité à 15 154 réfugiés, dont à peu près 40 % sont juifs. La « purification » de la nation française est en marche » (Robert O. Paxton, La France de Vichy, 2e éd., Paris, Le Seuil, « Points-Histoire », 1997, p. 221). À ce sujet, voir Bernard Laguerre, « Les dénaturalisés de Vichy, 1940-1944 », dans Vingtième siècle. Revue d’histoire, no 20, octobre-décembre 1988, p. 3-15.

[8]

En ce qui concerne les fureurs germanophobes ou antigaullistes d’Alibert voir, par exemple, le témoignage du cardinal Baudrillart à la date du 13 février 1941 : « Peut-être sera-t-on obligé de l’interner » (Alfred Baudrillart, Les carnets du cardinal Baudrillart. 11 avril 1939 - 19 mai 1941, texte présenté, établi et annoté par Paul Christophe, Paris, Le Cerf, 1998, p. 837).

[9]

Georges Wellers, André Kaspi et Serge Klarsfeld (dir.), La France et la question juive 1940-1944, Actes du colloque du Centre de documentation juive contemporaine (10 au 12 mars 1979), Paris, Éd. Sylvie Messinger, 1981, p. 118. Sur la responsabilité du Dr Ménétrel, voir Bénédicte Vergez-Chaignon, Le Dr Ménétrel. Éminence grise et confident du maréchal Pétain, Paris, Perrin, 2001.

[10]

Voir Le droit antisémite de Vichy, Paris, Le Seuil, 1996 (Le Genre humain, nos 30-31).

[11]

Pascal Ory, « L’Université française face à la persécution nazie », dans Georges Wellers, André Kaspi et Serge Klarsfeld (dir.), op. cit., p. 80.

[12]

Georges Wellers, André Kaspi et Serge Klarsfeld (dir.), op. cit., p. 124.

[13]

JO, Lois et décrets, 18 octobre 1940, loi portant statut des Juifs, p. 5323 ; Dalloz, Bulletin législatif, 1940, p. 761.

[14]

JO, Lois et décrets, 18 octobre 1940, loi sur les ressortissants étrangers de race juive, p. 5324 ; Dalloz, Bulletin législatif, 1940, p. 762.

[15]

Jean Marcou, Le Conseil d’État sous Vichy (1940-1944), vol. 1, Grenoble, Université des sciences sociales de Grenoble II, 1984, p. 213.

[16]

Michèle Cointet, Le Conseil national de Vichy. Vie politique et réforme de l’État en régime autoritaire (1940-1944), Paris, Aux amateurs de livres, 1989, p. 54.

[17]

Xavier Vallat, Le grain de sable de Cromwell, Paris, Les Amis de Xavier Vallat, 1972, p. 212.

[18]

JO, Débats parlementaires, Chambre des députés, séance du 6 juin 1936, p. 1327.

[19]

« La question juive à la Chambre », dans L’Action française, 7 juin 1936, p. 1.

[20]

Arch. mun. Lyon, 21ii-48, cité dans Laurent Joly, Xavier Vallat (1891-1972). Du nationalisme chrétien à l’antisémitisme d’État, Paris, Bernard Grasset, 2001, p. 165.

[21]

JO, Lois et décrets, 14 juin 1941, no 2332, loi du 2 juin 1941 remplaçant la loi du 3 octobre 1940 portant statut des Juifs, p. 2475-2476 ; Dalloz, Bulletin législatif, 1941, p. 649-652.

[22]

Laurent Joly, op. cit., p. 221.

[23]

Pour les personnes de religion juive, il suffisait qu’elles aient deux grands-parents juifs, sauf si elles parvenaient à établir qu’avant le 25 juin 1940, elles s’étaient converties à l’une des autres confessions reconnues par la loi de séparation du 9 décembre 1905.

[24]

Robert O. Paxton, op. cit., p. 229.

[25]

JO, Lois et décrets, 26 août 1941, no 3086, loi du 22 juillet 1941 relative aux entreprises, biens et valeurs appartenant aux Juifs, p. 3594-3595 ; Dalloz, Bulletin législatif, 1941, p. 964 ; Jean Marcou, Le Conseil d’État sous Vichy (1940-1944), vol. 1, Grenoble, Université des sciences sociales de Grenoble II, 1994, p. 253.

[26]

Sur les chiffres de l’aryanisation économique conduite par Vichy, voir Jean Laloum, La France antisémite de Darquier de Pellepoix, Paris, Éd. Syros, p. 118.

[27]

Xavier Vallat, Le nez de Cléopâtre. Souvenirs d’un homme de droite 1918-1945, préface de Charles Maurras, Paris, Éd. Les Quatre Fils Aymon, 1957, p. 221.

[28]

C’est d’ailleurs ce que souligna, au lendemain de sa mort, l’un de ses panégyristes : « Il avait débuté proche de l’Action française, mais cette proximité était assez trompeuse, car un catholique patriote vers 1920 gravitait normalement autour d’elle » (François Léger, « Un homme d’autrefois », dans Xavier Vallat, 1891-1972, Aubenas, Les Amis de Xavier Vallat, 1977, p. 31).

[29]

Ibid.

[30]

Laurent Joly, op. cit., p. 116.

[31]

Corinne Bonnafoux-Verrax, À la droite de Dieu. La Fédération nationale catholique, Paris, Fayard, 2004, p. 286.

[32]

Sommé, au moment des élections de 1928, de s’expliquer sur les liens qui l’unissaient à l’Action française, Xavier Vallat avait eu cette profession de foi qui résumait tout le sens de ses engagements publics : « Je pensais jusqu’à présent que lorsqu’un candidat à une fonction élective était catholique pratiquant, qu’il n’avait quitté les rangs de la Jeunesse catholique que pour orienter toute sa vie d’homme politique vers la défense des libertés religieuses, qu’il avait exclusivement consacré sa vie publique depuis trois ans et demi au service de la Fédération nationale catholique, c’était lui faire une gratuite injure que de lui demander s’il était suffisamment qualifié pour briguer les suffrages politiques d’une population en très grande majorité catholique » (Xavier Vallat, « Pour mes amis », dans La Gazette d’Annonay et du Haut-Vivarais, 19 novembre 1927, p. 1, cité dans Laurent Joly, op. cit., p. 116, n. 3).

[33]

Henry Coston, Dictionnaire de la politique française, t. 2, Paris, Publications Henri Coston, 1972, p. 335.

[34]

Tal Bruttmann et Laurent Joly, La France antijuive de 1936. L’agression de Léon Blum à la Chambre des députés, Paris, Éd. des Équateurs, 2006, p. 205.

[35]

Laurent Joly, Xavier Vallat, op. cit., p. 148.

[36]

Ibid., p. 168.

[37]

CDJC, LXXIV-8, p. 4 (ibid., p. 214).

[38]

CDJC, LXXV-147 (Robert O. Paxton, op. cit., p. 228).

[39]

Laurent Joly, op. cit., p. 393.

[40]

Félix Colmet-Daâge, Malaise au Palais. Les avocats en face de leur destin, Paris, Éd. Messein, 1953, p. 243.

[41]

Ibid., p. 246.

[42]

Le procès de Xavier Vallat présenté par ses amis, préface de Marie-Madeleine Martin, Paris, Éd. du Conquistador, 1948, p. 76.

[43]

Arch. mun. Lyon, fonds Vallat, 21ii-45. Texte paru dans Je suis partout, le 29 novembre 1941, p. 4 (Laurent Joly, op. cit., p. 259). Lors de son procès, Vallat mentionnait aussi un livre consulté « il y a une quinzaine d’années, à la bibliothèque du Palais-Bourbon et qui n’est pas suspect non plus. Son auteur est un Juif. Ce livre s’appelle “Le Saint-Siège et les Juifs” » (Le procès de Xavier Vallat, op. cit., p. 67).

[44]

Arch. mun. Lyon, fonds Vallat, 21ii-45, « L’Église et les Juifs » (Laurent Joly, op. cit., p. 259).

[45]

« Le collaborateur en question était le directeur du Statut des personnes à Vichy, Me René Gazagne, ou son adjoint à Paris, Me Jacques Ditte » (Laurent Joly, op. cit., p. 256).

[46]

Arch. mun. Lyon, fonds Vallat, 21ii-42, lettre à Philippe Bourdrel, le 6 octobre 1971 (Laurent Joly, op. cit., p. 256).

[47]

CDJC, LXXIV-8, p. 19 (Laurent Joly, op. cit., p. 256). Pierre Pierrard conteste toutefois l’authenticité de ce témoignage (Juifs et catholiques français d’Édouard Drumont à Jacob Kaplan (1886-1994), Paris, Le Cerf, 1997, p. 296-297).

[48]

Laurent Joly, op. cit., p. 103, 257.

[49]

Robert O. Paxton, op. cit., p. 229.

[50]

Michaël R. Marrus et Robert O. Paxton, Vichy et les Juifs, Paris, Librairie générale française, 1990 (Le Livre de poche, « Biblio-Essais »), p. 162.

[51]

Félix Colmet-Daâge, op. cit., p. 233-234. En 1953, l’avocat s’interrogeait encore sur le sort d’un jeune stagiaire qui se serait permis d’écrire « que depuis Crémieux, le premier Juif qu’on ait vu au barreau de Paris sous Louis-Philippe, leur nombre s’y était abusivement multiplié » (ibid., p. 133).

[52]

Ibid., p. 234-235.

[53]

Le procès de Xavier Vallat, op. cit., p. 77.

[54]

Xavier Vallat, Le nez de Cléopâtre, op. cit., p. 238.

[55]

Arch. mun. Lyon, fonds Vallat, 21ii-45, Gérard Mauger, « Billet politique », dans L’Ethnie française, avril 1941, p. 36 (Laurent Joly, op. cit., p. 269).

[56]

Anne-André Glandy, Le marquis de Roux (1878-1943), préface par le duc de Lévis-Mirepoix, Poitiers, SFIL et Imp. Marc Texier réunies, 1957, p. 197.

[57]

Michaël R. Marrus et Robert O. Paxton, op. cit., p. 168.

[58]

Voir, en ce sens, l’article de Charles Maurras, « Demi-assimilé et demi-réfractaire. Le nouvel esprit de la question juive », dans L’Action française, 25 octobre 1920, p. 1 : « La difficulté ne vient pas de nous. Elle vient de l’esprit juif, immanent à la nation juive et qui s’oppose à l’effort assimilateur » (Laurent Joly, op. cit., p. 107).

[59]

Gabriel Malglaive, Juif ou Français, aperçus sur la question juive, préface de M. Xavier Vallat, commissaire aux questions juives, Paris, Éd. CPRN, 1942. Déjà, Vallat s’interrogeait : « Notre œuvre serait-elle, à notre insu, une œuvre impitoyable d’extermination légale, un pogrom avec l’hypocrisie en plus ? » (p. 5). Voir Tal Bruttmann, Au bureau des Affaires juives. L’administration française et l’application de la législation antisémite (1940-1944), Paris, La Découverte, 2006, p. 58.

[60]

« Le juriste impartial qui voudra confronter les lois sacro-saintes de laïcité qui ont été promulguées en France au début du siècle contre les congrégations religieuses – dont on disait aussi qu’elles étaient un danger intérieur pour l’autorité publique – avec les textes de Vichy sur les Juifs, sera obligé de convenir que ces lois sont infiniment plus dures pour des citoyens qui étaient tous Français de vieille souche, que ne le fut le statut des Juifs pour un ensemble d’assujettis dont plus de la moitié était composée d’étrangers » (Xavier Vallat, Le nez de Cléopâtre, op. cit., p. 260).

[61]

Sans viser à infliger à « Israël » de « vaines persécutions », « la législation doit se remettre d’accord avec la vérité. Elle doit rendre aux Juifs leur nationalité de Juifs, conformément à la raison, à l’histoire, à la justice, à l’humanité » (Charles Maurras, « Les Juifs dans l’Administration », dans L’Action française, 23 mars 1911, p. 1) (Laurent Joly, op. cit., p. 70).

Plan de l'article

  1. 1. DES JURISTES CATHOLIQUES AUTEURS DE LA LEGISLATION ANTISEMITE DE VICHY
    1. A – Raphaël Alibert et le premier statut des Juifs
    2. B – Xavier Vallat et le second statut des Juifs
  2. 2. LES « BONS MOTIFS » DES LEGISLATEURS ANTISEMITES DE VICHY
    1. A – Un antisémitisme de « bons catholiques »
    2. B – Un antisémitisme de « bon Français »

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