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2010/4 (n° 44)


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« Mais pour vous, leur dit-il, qui suis-je ? Simon-Pierre répondit : “Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant.” En réponse, Jésus lui dit : “Tu es heureux, Simon, fils de Jonas, car cette révélation t’est venue non de la chair et du sang, mais de mon Père qui est dans les cieux. Eh bien moi, je te dis : Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Église (…)” » Matthieu, XVI, 16-18.

« C’est l’ordre des genres qui fonde l’efficacité performative des mots (…) et c’est aussi lui qui résiste aux redéfinitions faussement révolutionnaires du volontarisme subversif. » Pierre Bourdieu [1][1] La Domination masculine, Paris, Le Seuil, 1998, 2002,...

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Le genre est l’un des premiers savoirs de l’écolier qui apprend à accorder les adjectifs aux substantifs, en genre et en nombre. C’est ensuite le casse-tête des lycéens confrontés à la perversion des genres allemands, lesquels cependant réjouissent les féministes, puisque le soleil y est féminin et la lune masculine… Le genre est donc une notion grammaticale, mais ce qui est troublant, c’est son analogie appellative avec la dichotomie biologique et qui ne va pas sans poser la question de l’articulation de la grammaire à la réalité la plus intime.

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La « sexuisemblance » [2][2] Claire Michard, Le Sexe en linguistique, sémantique... dénoncée par la sociolinguistique post-soixante- huitarde est donc aussi vieille que le langage et ceux qui l’ont fait et utilisé. Au-delà de l’image qu’elle campe de l’un ou l’autre genre, elle renvoie surtout au pouvoir du langage, à sa capacité de « piéger l’ontologie dans la grammaire » [3][3] Judith Butler, Troubles dans le genre, Paris, La Découverte,.... Mais le langage qui dit le genre dit-il aussi le sexe ? Et suffit-il d’en changer l’usage pour changer le monde ? Et à quel prix ?

Origine des mots, nature des choses

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Platon y avait pensé, qui se posait la question de la vérité du langage. Il y répondait par l’alternative de la substantialité de la dénomination ou son conventionnalisme. Il avait compris ce qu’il y a d’ontologie – « une certaine désignation de l’être » [4][4] Platon, Cratyle, Œuvres complètes, I, trad. L. Robin,... – dans le rapport du mot à la chose, dont, plus sage que ses successeurs des Lumières européennes, en France et en Allemagne, il n’interrogeait pas l’origine divine ou humaine, rationnelle ou passionnelle. Peut-être pressentait-il que le langage n’est pas seulement l’instrument de la connaissance du monde mais aussi celui de sa construction. L’enjeu n’était pas pour lui la domination de la nature, l’autonomie de l’homme, de la raison, au regard de Dieu. Il se souciait plutôt de la vérité envisagée comme adéquation de la chose et de l’intellect. « Sachant quel est le nom, et il est tel qu’est précisément la chose, on saura dès lors aussi ce qu’est la chose » dit Socrate, exposant la position de Cratyle [5][5] Ibid., 435 d, p. 683., pour lequel cette adéquation est substantielle, le nom des choses renvoyant à leur nature [6][6] « … Ce qui tendait à caractériser la rectitude, c’était.... Mais Platon savait aussi que cette adéquation pouvait ne pas être le rapport de deux termes concordants quoique séparés, mais plutôt une confusion : en effet rien, si ce n’est un système volontariste de représentation, ne peut perturber l’accord entre le fait A et le mot B puisque B, identifiant A le constitue également. Hermogène, tenant de ce conventionnalisme, exprimait ainsi le pouvoir des mots, que les philosophes, détenteurs présumés de la raison et de la compréhension, allaient utiliser à des édifices cosmologiques toujours plus audacieux, jusqu’à ce que Frege, Wittgenstein et les membres du cercle de Vienne reviennent, après plus de vingt siècles, sur la maîtrise que le savant aurait de son outil. Entre-temps, l’Église, étayée de Genèse I, 3 « Dieu dit : “Que la lumière soit”, et la lumière fut » [7][7] Ainsi que Genèse I,6 ; I,9 ; I,11 ; I,14 ; I,20 ; I,24 ;...… avait su tirer parti du pouvoir des mots dans l’édification de l’ordre social. En fin de compte, ce sont les sacrements religieux, prononcés, qui mettront la puce à l’oreille du philosophe britannique Austin lequel, isolant les « performatifs », les actes – illocutionnaires, perlocutionnaires de langage –, conduira Pierre Bourdieu et Judith Butler à faire du langage commun un paramètre de l’identité personnelle et même sexuelle. Le premier y verra une détermination de la « domination masculine ». La seconde, subversive revendiquée, affirme qu’écrire sur le corps (le sexe) la conduit toujours au langage (le genre) : « Ce n’est pas que je considère que le corps puisse être réduit au langage : ce n’est pas le cas, le langage surgit du corps comme une sorte d’émanation. Le corps est ce sur quoi le langage vacille, et le corps véhicule ses propres signes, ses propres signifiants en des termes qui demeurent largement inconscients. » [8][8] Judith Butler, Défaire le genre, trad. M. Cervulle,... À ses yeux, la résistance du corps pourrait contribuer à « troubler le genre », à désarticuler le sexe et le genre.

Genres de genres

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La question du genre survient dans le Cratyle à propos de l’organisation de la cité, suivant la conviction que le nom juste sera attribué par le plus raisonnable, donc par les hommes plutôt que par les femmes [9][9] Platon, Cratyle, op. cit., 392c.. Le genre, naturel ou sexué reparaît quand Socrate discute avec Cratyle la nature du rapport entre le mot et la réalité, celui de la ressemblance : l’image de l’homme est attribuée à l’homme, celle de la femme à la femme, mais il est possible d’inverser ce rapport. « Et maintenant, ces distributions sont-elles correctes toutes les deux, ou bien l’une des deux ? » demande Socrate. « L’une des deux », répond Cratyle, affirmant la distinction de l’homme et de la femme, l’impossibilité, au regard de la correction de la langue, de les confondre ou d’invertir leur propriété, leurs images [10][10] Ibid., 430 c, d.. Mais, poursuit Platon, on pourrait tout aussi bien placer l’homme en face d’une image, visible mais aussi auditive (un nom donc) d’homme ou de femme, et lui dire « homme » indifféremment [11][11] Ibid., 431, a. p. 676. « Ne serait-il pas possible... : en langage austinien, cela constituerait un acte de langage performatif, illocutionnaire, qui sacre, baptise, fait la chose avec le mot…

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Toutefois, qu’on en tienne pour la substantialité du langage, souvent basée sur l’étymologie des termes existants, avec Cratyle, ou pour la méprisable convention [12][12] « Ce méprisable principe de la convention perpétuée..., appréciée d’Hermogène, il n’en demeure pas moins que le langage contribue surtout à arrêter (comme l’histoire), une réalité dont on sait depuis Héraclite, qu’elle est fondamentalement fluide et fuyante, ce qui, indépendamment de sa vérité ou de sa pertinence, témoigne de son pouvoir…

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Selon Aristote, c’est Protagoras qui introduit face au genre « naturel », la distinction grammaticale des genres [13][13] Aristote, Rhétorique, trad. C. E. Ruelle, Paris, Livre.... Lui-même la recommande dans sa Rhétorique comme l’un des principes du parler grec, soucieux de correction, de clarté (éviter les termes ambigus) et de pertinence, toutes qualités nécessaires au discours persuasif. Le traité est directement adressé aux hommes, jeunes gens, vieillards et hommes faits : le langage efficace ne concerne pas les femmes… Pour Aristote, la distinction des genres est une distinction formelle, grammaticale, qui contribue à l’intelligibilité de la langue, l’organisation de la société étant avérée dans la domination masculine de la langue. Celle-ci constitue bien une sociodicée, sur fond de ce que les féministes appelleront plus tard « la matrice hétérosexuelle », puisque les genres grammaticaux préviennent l’ambiguïté des termes.

Étymologies

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« Adam fut le premier à attribuer des noms à tous les animaux, assignant un nom à chacun selon son apparence visible et la position qu’il occupe dans la nature ».[14][14] Isidore de Séville, op. cit., Livre XII, p. 247.

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Lorsqu’au viie siècle, Isidore de Séville, dernier père de l’Église, célébré par Dante [15][15] « Vois plus loin briller l’esprit ardent d’Isidore,..., entreprend de confectionner une sorte d’encyclopédie des connaissances de son temps, qui sera mille années durant l’ouvrage le plus lu dans la chrétienté après la Bible, il lui donne la forme et le nom d’Étymologies[16][16] Isidore de Séville, The Etymologies, trad. et notes,.... Le livre initial (sur vingt au total) est consacré à la grammaire, premier des arts libéraux. Isidore est convaincu que, depuis Adam, la connaissance commence avec le langage correct, sensé, certifié par la grammaire (du grec grammata pour lettre) avec ses codes et ses règles. Viennent les autres arts (qu’il fait aussi dériver des arêtê, vertu en grec) : la langue publique, la rhétorique, puis celle des philosophes, la dialectique, ou logique qui « distingue le vrai du faux » par une argumentation subtile [17][17] Isidore de Séville, The Etymologies, op. cit., p. .... Il dénombre vingt-huit définitions de noms propres, appellatifs…, la dernière concerne « les noms genrés » (de genus) ainsi appelés parce qu’ils engendrent (generare) en tant que masculin ou féminin [18][18] Ibid., p. 43. : la grammaire se fonde sur l’engendrement. Selon Isidore, certains noms ne sont genrés que par tradition – non par « nature » – ; le neutre n’est ni masculin ni féminin ; le nom commun convient aux deux genres (hic ou haec canis en latin, seul le démonstratif change). En position 29, l’épicène exprime les deux sexes avec un seul genre, « hic piscis » – ce poisson. « Son sexe est incertain parce qu’on ne peut le distinguer ni par nature ni par la vue, mais seulement par l’expertise. Le nom inclusif (omne genus) est appelé ainsi parce qu’il sert pour tous les genres : masculin, féminin et neutre, commun – pour tous (omnis). » [19][19] Ibid., p. 44. Féminin, masculin, neutre, « unigenre », commun… troublent la dichotomie biologique, à moins qu’ils ne rendent compte des ambiguïtés naturelles… Les noms sont importants car « si vous ne connaissez pas son nom, la connaissance d’une chose disparaît » [20][20] Ibid., p. 42..

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Isidore partage la conviction cratylienne que l’étymologie, retraçant la formation du mot jusqu’à sa racine remonte jusqu’à la nature de la chose désignée. Mais, le chemin des mots aux choses varie, selon que l’on est grec ou chrétien. L’archevêque de Séville se veut précepteur des chrétiens, et dans son encyclopédie, la philologie fait la part belle à l’idéologie. Quand, pour Platon homme, anthropos, provient de anathrei, faire l’étude, et de opôpé, ce qu’il voit, ce qui distingue l’homme de l’animal [21][21] Platon, Cratyle, op. cit., 398 c, p. 634., Isidore s’en remet à Genèse II,7 [22][22] « Alors Yahvé modela l’homme avec la glaise du sol..., et fonde l’étymologie de homme (homo) sur humus, la terre. L’étymologie n’est donc ni neutre ni universelle… Le Livre X, consacré à l’être humain et ses prodiges (De homine et portentis), décrit les diverses parties du corps humain, avec les différences entre hommes et femmes. Les lombes (lumbus) sont dérivées de libido, du désir, dont elles sont le siège chez l’homme, tandis que chez la femme, c’est le nombril. Veretrum, les parties génitales, sont ainsi nommées parce qu’elles n’appartiennent qu’aux hommes (vir tantum), ou bien parce qu’elles sécrètent le sperme (virus). Ces parties, dites également intimes ou honteuses (pudenda) reçoivent leur nom de engendrer (gignere) ce qui donne genitus, rejeton. L’engendrement est clairement le fait de l’homme, la femme étant anatomiquement singularisée par son uterus, la matrice, dans laquelle elle conçoit. Mais remarque Isidore, « nombre d’auteurs emploient uterus à propos des deux sexes, pour désigner le ventre, non seulement les poètes mais d’autres écrivains. » Le terme proviendrait de la bipartition de l’organe (uterque) ou du fait qu’il contient quelque chose à l’intérieur (interius). Restent les menstrues, réglées sur le cycle de la lune (méné en grec), appelées également muliebra en latin, « les choses féminisantes, parce que la femme est le seul animal menstrué ». Elles sont impures et maléfiques. Au rang des différences, sont comptées les cuisses (femur) « ainsi appelées puisque c’est au regard de cette partie que le sexe mâle se distingue du sexe femelle (femina). » – L’intérêt homérique d’Achille pour les « cuisses de Patrocle » prend alors tout son sens. Isidore termine sur les caractéristiques utiles ou ornementales des humains. Il en est qui sont là pour distinguer les sexes : « l’appareil génital, la barbe et les larges épaules des hommes ; les joues lisses et les épaules étroites des femmes, lesquelles, afin de concevoir et porter le fœtus, doivent avoir les hanches larges. » Il tire les conséquences de cet examen. « Un homme (vir) est ainsi appelé parce qu’en lui réside plus de puissance (vis) qu’en une femme – d’où le terme de virtus pour force –, ou bien parce qu’il traite une femme par la force (vis). » Le mot femme (mulier) provient de douceur (mollities). Dans les anciens temps, la femme était appelée vira, par dérivation de vir, comme serva de servus. – Plus près de nous, Emmanuel Levinas rappellera qu’il en va de même en hébreu biblique, la femme icha étant dérivée de l’homme ich, tout comme, anatomiquement, elle est un dérivé du corps originel d’Adam. Mais il souligne l’originalité totale du féminin par rapport au principe femelle (biologique), exprimée dans un commentaire talmudique suivant lequel « Adam s’était approché de tous les vivants qui avaient reçu de lui leur nom, mais restait insatisfait jusqu’à l’apparition d’Ève, saluée précisément en tant qu’être égal » [23][23] E. Levinas, Difficile liberté, p. 57, cf. Genèse I,...… – Isidore clôt le livre X sur les divers prodiges tels l’androgyne et l’hermaphrodite, lequel peut à la fois saillir et porter les enfants [24][24] Isidore de Séville, op. cit., p. 244.. Il classe la question du genre masculin ou féminin dans la rubrique « analogie » qu’il appelle « comparaison », laquelle ne peut s’établir que par référence à un modèle, puisque le contraire d’analogie, anomalie, se situe en dehors de la règle. Ainsi le genre féminin se définit-il par rapport au genre modèle, le masculin, dont il ne peut qu’être dérivé [25][25] Ibid., L I, p. 54. Voir à ce propos l’article de Sandra Boehringer,....

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Isidore affirme l’assimilation des deux genres, le grammatical et le naturel, et l’ordre social phallocentrique qui en découle, fonde sur le pouvoir d’engendrement des hommes dont la femme, comme le disait déjà Aristote, n’est que le réceptacle, la matière (mater). Articuler genre grammatical et genre naturel sur la notion d’engendrement, c’est d’un côté n’admettre que deux genres, fondés sur la différence sexuelle, d’un autre côté, accorder à l’un des deux la suprématie sur l’autre. – Ainsi certains termes ne peuvent être utilisés au féminin, comme auteur, coureur, agent [26][26] Ibid., p. 213, étant entendu que « les femmes doivent.... L’action est définitivement masculine…

Nature de la langue et langue de la nature

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Les grammairiens et les philosophes des Lumières ne contestent pas que le féminin et le masculin grammaticaux renvoient à la dichotomie sexuelle [27][27] « Or les hommes se sont premièrement considérés eux-mêmes..., mais à la différence de leurs prédécesseurs, tel Isidore qui y inscrivait la misogynie chrétienne, ils n’y voient qu’un intérêt analytique. « Le genre masculin ou féminin dans un mot ne regarde pas proprement sa signification, mais le dit seulement de telle nature qu’il se doive joindre à l’adjectif dans la terminaison masculine ou féminine », affirment les grammairiens de Port-Royal [28][28] Ibid., p. 32.. Il en ira de même pour Condillac. Certes, Arnaud et Lancelot admettent aussi que certains genres peuvent être attribués par « caprice » – ainsi l’arbre, féminin en latin est masculin en français –, ce qui est le cas par excellence du neutre, sans aucun rapport avec la nature des choses, tandis que la différenciation linguistique correspond parfois aux « offices » des uns et des autres, roi et juge pour l’homme, mère et épouse pour la femme… Cette différenciation est prépondérante pour Rousseau, pour lequel c’est l’action plutôt que la procréation qui est déterminante : l’homme va au puits pour abreuver ses troupeaux, la femme y puise l’eau de la maisonnée –, car l’être humain se soucie plus de sa survie au jour le jour que de la pérennité de l’espèce.

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Entraîné dans le débat sur l’origine des langues soulevé en 1746 par Condillac, l’Allemand Herder considère que le langage nomme les choses, mais façonne aussi une image du monde. Le premier langage fut une notation précise des bruits de la nature. Ensuite, la raison, la volonté de comprendre s’ajoutant à la résonance, il devint une histoire [29][29] « Car de même que le premier dictionnaire de l’âme.... Les grammairiens se font philosophes, établissant règles et codes en vue de conforter la logique de leur construction. Dès lors la convention apparaît non plus dans le rapport du mot à la chose, mais entre les mots eux-mêmes, selon les exigences de la compréhension et de l’entente interhumaine dans la connaissance de la nature. – En termes wittgensteiniens, le langage parle pour lui-même. Quant aux articles, ils relèvent du langage primitif, de son anthropocentrisme, du fait que les choses sont nommées selon la sensibilité des humains : « toutes ces traces de l’humanité s’imprimaient aussi dans les premiers noms ! Ils exprimèrent de même l’amour et la haine, la malédiction ou la bénédiction, le doux ou le rebelle, et c’est en particulier de ce sentiment que, dans tant de langues, sont nés les articles ! Alors tout devenait humain, était personnifié en femme ou en homme : partout des dieux, des déesses, des êtres agissants mauvais ou bons ! La tempête mugissante et le doux zéphyr, l’eau claire de la source et le puissant océan – toute leur mythologie tient dans cette mine, les verbes et les noms des anciennes langues ; et le plus vieux dictionnaire fut un panthéon sonore, un lieu de réunion des deux sexes. » [30][30] Ibid., p. 75. La différence sexuelle intervient bien dans la langue, non pas suivant l’office des êtres animés, mais selon les effets qu’ils produisent, la façon dont ils sont ressentis par les humains, débouchant sur la conclusion habituelle : « la femme dans la nature est si manifestement la partie la plus faible, ne doit-elle pas accepter la loi de l’homme expérimenté, prévoyant, et formateur du langage ? » [31][31] Ibid., p. 130.

Innocence ou nocivité de la grammaire

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Les genres grammaticaux reproduisent donc la dichotomie biologique, mais le genre de la langue apparaît surtout dans sa confection, sa fiction et il est masculin. Deux siècles plus tard, les linguistes, défaits de visées idéologiques, euphémiseront cette antique certitude. En 1959, Istvan Fodor remarque que ses collègues s’accordent sur la difficulté de déterminer l’origine des genres qu’il attribue pour sa part à la dynamique d’une langue. Dans les années 1960-1970, Jespersen et Jakobson, associent formellement les deux dichotomies génériques. Cependant Émile Benveniste, étoffe la démarche étymologique de son Vocabulaire des institutions indo- européennes, de considérations historiques et sociologiques. Il ressort que la distinction mâle et femelle s’impose dans les sociétés pastorales, manifestée linguistiquement par l’ajout d’une terminaison féminine indiquant l’allaitement. Confirmant le phallocentrisme linguistique de ses prédécesseurs, il souligne que « les termes de parenté se rapportent à l’homme. Ceux qui intéressent la femme sont peu nombreux, incertains et de forme souvent flottante. » [32][32] E. Benveniste, Vocabulaire des institutions indo-européennes,... Ainsi les langues anciennes n’ont-elles pas de verbe pour « se marier » : une jeune fille n’est pas un sujet grammatical. Elle est conduite par son père dans la maison de son époux… Le terme « genre » provient de genus qui a donné gens. Il réfère à la naissance biologique de laquelle dépend le statut social, et signifie donc la naissance légitime, assortie de certains droits. Benveniste spécifie « en outre, cette légitimité vaut d’abord pour les hommes : c’est aux hommes que s’appliquent les dérivés collectifs tirés de cette racine gen, désignant ceux qui se reconnaissent un ancêtre commun en lignée masculine. » [33][33] Ibid., p. 315. Le linguiste prévient contre l’instauration de corrélations trop rigides entre la société et la nomenclature, chacune pouvant se modifier de son côté [34][34] « Toutefois, il faudrait se garder d’établir des corrélations..., mais il confirme l’androcentrisme linguistique : l’homme, le mâle, le masculin se trouvant à l’origine de la langue et de la différence des genres grammaticaux articulés sur les genres sexuels.

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Les implications sociales et institutionnelles, patriarcales, du genre sont avérées depuis l’antiquité. Mais que dire alors des langues comme l’anglais, qui a perdu ses genres au Moyen Âge ? Témoignent-elles de sociétés où règnent l’indifférenciation entre masculin et féminin, l’égalité entre hommes et femmes ? À moins que les conséquences, essentiellement féministes, tirées des genres grammaticaux soient purement idéologiques, comme le remarquent Penelope Eckert et Sally McConnell [35][35] Penelope Eckert, Sally McConnell, Language and Gender,... : « Les gens continuent d’élaborer des théories sur les significations sous-jacentes des noms féminins et masculins, ce qui en dit souvent plus sur leurs préoccupations concernant la dichotomie sociale des genres qu’à propos du fonctionnement du langage. » Sans oublier que ces « élucubrations » relèvent souvent plus de la sociologie spontanée et des préjugés des linguistes que de l’observation, prévient Pierre Bourdieu [36][36] P. Bourdieu, Langage et pouvoir symbolique, Paris,..., comme cela était patent dans la misogynie chrétienne sous-jacente à l’entreprise de l’archevêque sévillan.

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Est-ce à dire que la mise au clair des genres grammaticaux, dont l’absence manifesterait l’insignifiance du langage en matière de sexe, et dont la persistance ne serait pas forcément en phase avec l’organisation sociale, suffirait à nous délivrer de la question du genre, du moins dans son approche linguistique ? Ce peut être un moyen pour les études de genre anglophones de se démarquer de celles d’autres pays, dont la langue est genrée, et d’écarter celles qui s’en prennent au sexe des mots [37][37] Marina Yaguello, Le sexe des mots, Paris, Belfond,.... Toutefois restreindre la place du genre grammatical contribue à souligner une autre sexualisation du langage, issue du pouvoir des mots, – tôt identifié, on l’a vu –, auquel répond « le tournant performatif » [38][38] Voir note 5..

La force du verbe

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« L’étymologie est l’origine des mots, quand la force d’un verbe ou d’un nom est inférée par interprétation. »[39][39] Isidore de Séville, op. cit., p. 54.

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Benveniste a confirmé le passage des mots aux choses, emprunté par Isidore de Séville avec Hermogène, conscient de « la force » des mots, de la puissance ontologique et sociale de la nomination, surtout quand elle relève du caprice, comme lorsqu’on nomme un esclave ou une possession [40][40] Ibid.. Le mot arrête le temps, historise la chose. Un nom propre peut même signifier la destinée, la prédestination d’un homme [41][41] Comme cela est autorisé dans le Nouveau Testament,.... Ainsi lit-on dans les Étymologies : « Lot signifie “éviter”, car il ne consentit point aux actes des Sodomites, mais évita leurs passions illicites de la chair. » [42][42] Isidore de Séville, The Etymologies, op. cit., Livre VII,... « Am I that name ? » [43][43] Denise Riley, Am I That Name? Feminism and the category..., suis-je ce nom ? se demande aujourd’hui la philosophe britannique Denise Riley.

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Cela ressortait des réflexions « grammaticales » sur le genre : elles ne sont pas socialement inoffensives, traduisant un ordre légitimé par la correspondance présumée des mots avec la nature des choses. Elles contribuent à la diffusion d’une pratique, d’une morale, homophobe chez Isidore, au point d’en excuser l’inceste. Car les premiers « linguistes » avaient bien compris, – comme Bourdieu allait en faire l’observation aux théoriciens des actes de langage –, qu’ils ne doivent leur efficacité, leur performativité qu’à la résonance d’un contexte social. Ainsi la différence syntaxique des genres instaure-t-elle le modèle – la matrice –, hétérosexuel(le), assortie, soit dans le genre, soit dans les expressions, de la prédominance apparemment « neutre » du masculin – relevée comme un invariant par les linguistes [44][44] Cl. Michard, Le Sexe en linguistique, op. cit., p.... –, du « solipsisme androcentrique, l’équation de l’expérience mâle avec l’expérience humaine » [45][45] Ronald B. de Sousa et Kathryn Pauly Morgan, « Philosophy,....

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Les mots baptisent, identifient, destinent même. Ils bénéficient aussi, au-delà de l’appellation, fût-elle genrée ou non, d’un autre pouvoir exercé dans l’usage quotidien d’une langue. Wittgenstein en était vivement conscient, qui s’interrogeait non pas sur l’origine du langage mais sur la façon dont nous apprenons à parler. La connaissance de centres de la parole dans le cerveau ne nous dit rien (encore ?) sur l’acquisition des mots (très individualisée), et surtout leur usage correct : l’application inconsciente des règles manifeste déjà notre soumission au monde linguistique auquel – comme le verbe l’indique – nous appartenons. Parler, se faire entendre, c’est faire partie d’une communauté, intégrer ses codes, subir, ce qui intriguait Bourdieu, la force de la règle linguistique, laquelle détermine l’ordre des choses, de la société, et de leur humaine représentation.

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Le problème n’est pas tant que le soleil, radieux, soit masculin, et la lune, laiteuse, féminine, le cerveau, noble, masculin, et la cervelle, toujours défaillante, féminine. Passe encore que certains termes demandent, depuis l’émancipation des femmes, à être féminisés : ainsi de facteur (postman) et de président (chairman, devenu chair, en anglais). – La difficulté demeurant par exemple en français que le rajout de désinences féminines entretient la conviction que le féminin est un dérivé du masculin. Il réside plutôt dans le fait qu’il va de soi que la prépondérance du masculin compense la disparition du neutre, comme si le masculin représentait une sorte d’universalité désincarnée, et que tout le monde l’admette, y compris les femmes, selon le constat laconique de Bourdieu dans La Domination masculine : « La division androcentrique s’impose comme neutre et n’a pas besoin de s’énoncer dans des discours visant à la légitimer » [46][46] Pierre Bourdieu, La Domination masculine, Paris, Le....

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La force des mots, le poids social du langage et sa puissance générique, apparaissent encore plus nettement et de façon encore plus inquiétante dans les langues non « genrées », où s’exprime malgré tout la différence sexuelle dont dépend aussi notre place au soleil. Ainsi on ne demande jamais à une femme si elle aide aux tâches ménagères – c’est son lot –, de la même façon que les mendiants cherchent plutôt l’aumône auprès des femmes (compatissantes) que des hommes… Le langage transmet des couples archétypiques, des schématismes (droit, grand fort, gros, masculin, courbé, petit, faible, fin, féminin) qui contribuent, au quotidien, à la « ritualisation de la féminité » selon Erwin Goffman, ritualisation déjà présente dans les anciens traités, qui attribue le privé, l’intérieur, le caché à la femme, le public, l’extérieur, l’exposé à l’homme, comme il en va du sexe de l’une et de l’autre. « Tout sujet est pris dans un réseau imaginaire de représentations de soi, d’autorisations ou d’inhibitions plus prépondérant que les conditions seulement intellectuelles de la pensée » [47][47] Michèle Le Dœuff, L’Étude et le Rouet, Paris, Le Seuil,..., qui vont le conduire sans qu’il s’en aperçoive, à adopter telle façon de se vêtir, de se tenir, de parler (Bourdieu soulignera « l’hypercorrection » du parler féminin), à choisir telle carrière (les lettres pour les femmes, les maths pour les hommes). L’exclamation inaugurale, – « c’est une fille ! » – « c’est un garçon ! » – détermine la première grenouillère, rose ou bleue, le premier jouet, poupée ou train, et le comportement à venir, mariage, ménage, maternité pour les filles, et le programme héroïque et souvent intenable des hommes… [48][48] Pensons à la nouvelle de Virginia Woolf tant prisée...

Genre grammatical et sexe social

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« Si l’on ne devient un sujet qu’en entrant dans la normativité du langage, alors ces règles précèdent et orchestrent la formation même du sujet. »[49][49] Judith Butler, Le Pouvoir des mots, politique du performatif,...

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Les linguistes s’accordent à dire le genre grammatical sémantiquement inoffensif, mais le langage lui-même est indéniablement sexué, en raison des caractéristiques exclusives qu’il véhicule d’un genre et de l’autre, du premier et du deuxième sexe, par l’éducation, l’enseignement, la politique et leur violence symbolique. Au point que même l’anthropologue Margaret Mead s’y laisse prendre, qui admet implicitement la domination du modèle éducatif masculin : « avons-nous, en élevant la femme comme un homme, accompli là quelque chose de funeste pour l’un et pour l’autre également… » [50][50] Margaret Mead, L’Un et l’autre sexe, Paris, Folio Essais,... Cela s’expliquerait par les invariants reconnus par les linguistes des années 1970 : morphologiquement et syntaxiquement, le genre féminin est un genre dérivé du masculin dominant, le sens est défini par l’application des noms aux référents extralinguistiques non définis sociologiquement, et dernier point mais non le moindre, « le trait sémantique de sexe est inhérent au genre féminin, et il ne semble pas, ou moins, l’être au genre masculin. » [51][51] Claire Michard, op. cit., p. 133. – La langue française en est témoin avec la locution ordinaire « personne du sexe ».

24

Les usages linguistiques avèrent les slogans amers de la lutte identitaire des femmes et des homosexuel(le)s. Lançant « on ne naît pas femme, on le devient », Simone de Beauvoir rappelait ce que la constitution de l’identité personnelle, genrée, « doit » à « la force des choses ». Quant à l’exclamation de Monique Wittig – « une lesbienne n’est pas une femme » [52][52] Au terme d’une conférence sur « La pensée straight »... –, elle attestait la réalité du problème grammatical et linguistique qui occupe les études de genre : celui de l’articulation du sexe, partant, de la sexualité, sur le genre grammatical certes, mais « naturellement » étayé. Une lesbienne ne remplit pas le contrat social et sexuel implicite du féminin.

25

Toutefois, si le genre est reconnu comme production sociale associée à des comportements corporels et des usages linguistiques, cela le détache du déterminisme biologique du sexe. Il peut dès lors faire l’objet d’une résistance délibérée ou instinctive aux normes transmises par la matrice hétérosexuelle qui régit et la grammaire et la sexualité. Prendre acte de la part conventionnelle, rituelle, interactive de la fiction linguistique, c’est aussi se donner le moyen de s’en approprier la force illocutionnaire et perlocutionnaire. « Le tournant performatif a conduit nombre de spécialistes du langage et des genres à questionner des catégories familières de genre comme homme et femme, et à explorer les diverses façons dont la performance linguistique sont en rapport avec la construction d’identités de genres non conventionnelles qui défient les normes conventionnelles du genre. » [53][53] Language and gender, op. cit., p. 4. – Le Vatican flairait dans le terme de « genre », susceptible de gommer la différence entre féminité et masculinité, le masque de l’homosexualité et la porte ouverte à la prolifération des « natures » et des pratiques. [54][54] Judith Butler, Défaire le genre, Paris, Amsterdam 2006,...

26

Certes, le danger de la réification des concepts a clairement été identifié par Wittgenstein, appelant l’application de la thérapie grammaticale à la philosophie. Contester les rigidités inscrites dans les habitus langagiers par la spontanéité des corps ignorants des distinctions verbales avec leurs déterminismes biologiques et moraux, relève sans aucun doute d’un élargissement de la compréhension anthropologique, et présage d’une société moins exclusive et moins asymétrique. Ainsi le langage conserverait-il ses commodités grammaticales, analytiques et anatomiques, et s’enrichirait de façons d’agir et de parler où la fiction du genre compléterait la fiction de l’être. Toutefois, comme le remarquait la communauté féminine afro-américaine, pauvre et illettrée, la dilution de la dichotomie grammatico-biologique dans le genre troublé ne concerne de nos jours que des adultes autonomes, aisés et instruits.

Notes

[1]

La Domination masculine, Paris, Le Seuil, 1998, 2002, p. 141.

[2]

Claire Michard, Le Sexe en linguistique, sémantique ou zoologie, Paris, L’Harmattan, 2002. Sexuisemblance : correspondance du genre d’un mot avec le sexe auquel il renvoie.

[3]

Judith Butler, Troubles dans le genre, Paris, La Découverte, 2005, p. 90.

[4]

Platon, Cratyle, Œuvres complètes, I, trad. L. Robin, Paris, Pléiade, 1950, 423 e, p. 666.

[5]

Ibid., 435 d, p. 683.

[6]

« … Ce qui tendait à caractériser la rectitude, c’était l’aptitude à manifester quelle est la nature de chaque réalité », ibid., 422d, p. 664.

[7]

Ainsi que Genèse I,6 ; I,9 ; I,11 ; I,14 ; I,20 ; I,24 ; I,26, qui concerne la création de l’homme, en quoi Jacques Derrida, cité par Judith Butler, identifie les premiers performatifs. Voir J. Butler, Le Pouvoir des mots, Paris, Amsterdam, 2004, p. 92.

[8]

Judith Butler, Défaire le genre, trad. M. Cervulle, Paris, Amsterdam 2006, p. 227.

[9]

Platon, Cratyle, op. cit., 392c.

[10]

Ibid., 430 c, d.

[11]

Ibid., 431, a. p. 676. « Ne serait-il pas possible de lui dire “ceci est ton nom” et après cela, de présenter à son sens auditif cette fois : soit au petit bonheur en lui disant : “Homme !” (ce qui à son égard, est une image), soit au petit bonheur, en lui disant : “Femme !” (ce qui dans l’espèce humaine, est image à l’égard du genre féminin) ? »

[12]

« Ce méprisable principe de la convention perpétuée par l’usage », ibid., p. 683.

[13]

Aristote, Rhétorique, trad. C. E. Ruelle, Paris, Livre de Poche, 1996, p. 315. « La quatrième [chose] distingue, comme l’a fait Protagoras, les genres des noms masculins, féminins, et neutres, car il faut exprimer ces genres correctement. »

[14]

Isidore de Séville, op. cit., Livre XII, p. 247.

[15]

« Vois plus loin briller l’esprit ardent d’Isidore, de Bède et de Richard… » (Dante, Paradis, X, 130, 131).

[16]

Isidore de Séville, The Etymologies, trad. et notes, St. Barney, W. J. Lewis, J. A. Beach, O. Berghof, Cambridge, 2010. La traduction française des citations m’incombe. L’ouvrage est une compilation de sources antiques.

[17]

Isidore de Séville, The Etymologies, op. cit., p. 39.

[18]

Ibid., p. 43.

[19]

Ibid., p. 44.

[20]

Ibid., p. 42.

[21]

Platon, Cratyle, op. cit., 398 c, p. 634.

[22]

« Alors Yahvé modela l’homme avec la glaise du sol. »

[23]

E. Levinas, Difficile liberté, p. 57, cf. Genèse I, 27, et Genèse, II, 22,23.

[24]

Isidore de Séville, op. cit., p. 244.

[25]

Ibid., L I, p. 54. Voir à ce propos l’article de Sandra Boehringer, « Comparer l’incomparable », Études platoniciennes.

[26]

Ibid., p. 213, étant entendu que « les femmes doivent être sous l’autorité de leurs maris en raison de la faiblesse de leur caractère », p. 212.

[27]

« Or les hommes se sont premièrement considérés eux-mêmes et ayant remarqué parmi eux une différence extrêmement considérable, qui est celle des deux sexes, ils ont jugé à propos de varier les mêmes noms adjectifs, y donnant diverses terminaisons, lorsqu’ils s’appliquaient aux hommes et lorsqu’ils s’appliquaient aux femmes », Lancelot et Arnaud, Grammaire générale et raisonnée, Paris, republications Paulet, 1969, p. 31.

[28]

Ibid., p. 32.

[29]

« Car de même que le premier dictionnaire de l’âme humaine était une vivante épopée de la nature sonore et agissante, de même, la première grammaire ne fut à peu près rien d’autre qu’une recherche philosophique, pour faire à partir de cette épopée, l’histoire réglée », J.-G. Herder, Traité de l’origine du langage, Paris, puf, 1992, p. 103.

[30]

Ibid., p. 75.

[31]

Ibid., p. 130.

[32]

E. Benveniste, Vocabulaire des institutions indo-européennes, I (Économie, parenté, société), Paris, Minuit, 1969, p. 205.

[33]

Ibid., p. 315.

[34]

« Toutefois, il faudrait se garder d’établir des corrélations trop précises entre les changements survenus dans la société et ceux qui apparaissent dans la nomenclature, ou inversement, entre la stabilité du vocabulaire et celle de la société », ibid., p. 275.

[35]

Penelope Eckert, Sally McConnell, Language and Gender, Cambridge, up, 2003, p. 67.

[36]

P. Bourdieu, Langage et pouvoir symbolique, Paris, Le Seuil, 1981, p. 60.

[37]

Marina Yaguello, Le sexe des mots, Paris, Belfond, 1989. Claire Michard, Le Sexe en linguistique, op. cit.

[38]

Voir note 5.

[39]

Isidore de Séville, op. cit., p. 54.

[40]

Ibid.

[41]

Comme cela est autorisé dans le Nouveau Testament, Matthieu, XVI sur Pierre.

[42]

Isidore de Séville, The Etymologies, op. cit., Livre VII, p. 163.

[43]

Denise Riley, Am I That Name? Feminism and the category of women in History, Londres, MacMillan, 1988.

[44]

Cl. Michard, Le Sexe en linguistique, op. cit., p. 133.

[45]

Ronald B. de Sousa et Kathryn Pauly Morgan, « Philosophy, sex and feminism », http://www.chass.utoronto.ca/~sousa/sexphil.html, p. 9. Ce neutre qui irrite profondément J. Butler, comme « la masculinité qui se donnerait des airs d’universalité désincarnée », Troubles dans le genre, op. cit., p. 76. C. Gilligan, C. Diamond, M. Le Dœuff relèvent « le biais masculin » de la connaissance.

[46]

Pierre Bourdieu, La Domination masculine, Paris, Le Seuil, 1998, 2002, p. 22. Ce qui est pour lui une preuve de la violence symbolique du langage, celle qui s’exerce avec l’acquiescement de celui (!) qui en fait les frais…

[47]

Michèle Le Dœuff, L’Étude et le Rouet, Paris, Le Seuil, 1989, p. 226.

[48]

Pensons à la nouvelle de Virginia Woolf tant prisée de Bourdieu, « La promenade au phare », ainsi qu’à la pièce d’Oscar Wilde « Un mari idéal ».

[49]

Judith Butler, Le Pouvoir des mots, politique du performatif, Paris, Amsterdam, 2004, p. 212.

[50]

Margaret Mead, L’Un et l’autre sexe, Paris, Folio Essais, 1988, p. 9.

[51]

Claire Michard, op. cit., p. 133.

[52]

Au terme d’une conférence sur « La pensée straight » tenue en 1978. L’énoncé serait nettement moins original à propos du sexe opposé, tant il est clair que, dans la conviction et le parler ordinaires, les homosexuels ne sont pas des hommes mais des…

[53]

Language and gender, op. cit., p. 4.

[54]

Judith Butler, Défaire le genre, Paris, Amsterdam 2006, p. 211.

Plan de l'article

  1. Origine des mots, nature des choses
  2. Genres de genres
  3. Étymologies
  4. Nature de la langue et langue de la nature
  5. Innocence ou nocivité de la grammaire
  6. La force du verbe
  7. Genre grammatical et sexe social

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