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Cliniques méditerranéennes

2008/2 (n° 78)

  • Pages : 320
  • ISBN : 9782749209968
  • DOI : 10.3917/cm.078.0281
  • Éditeur : ERES

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De 1904 à 1907, Karl Abraham, médecin allemand, travaille à la clinique du Burghölzli à Zurich aux côtés de Paul Eugen Bleuler et de Carl G. Jung [1][1] H.C. Abraham (1974). Karl Abraham. Biographie inachevée.... Bleuler est directeur du Burghölzli de 1898 à 1927. Jung est son assistant de 1900 à 1909 [2][2] C.G. Jung (1962), « Ma vie », souvenirs, rêves et pensées.... Selon Ernst Falzeder, c’est Bleuler qui introduit la psychanalyse dans sa clinique autour de 1902 [3][3] E. Falzeder, « Sigmund Freud et Eugen Bleuler : l’histoire... mais c’est surtout le nom de Jung que l’on retient à ce propos. En 1904-1905, Jung fonde un laboratoire de psychopathologie expérimentale et fait découvrir la psychanalyse à Abraham.

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En 1905, Freud a synthétisé ses idées sur la place de la sexualité dans la vie psychique, dans ses Trois essais sur la vie sexuelle. Il fait le point sur la compréhension des névroses, qu’il avait d’abord attribuées à des causes externes (des séductions) puis à des causes internes (des facteurs de la constitution et du développement sexuel) [4][4] S. Freud (1905d), « Trois essais sur la vie sexuelle.... Comme le note Jeffrey M. Masson, c’est la première allusion publiée que Freud fait à son abandon de la théorie de la séduction [5][5] J.-M. Masson (1983), Le réel escamoté, le renoncement....

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En 1907, Abraham, qui avait fait le choix de travailler sur les traumatismes sexuels, fit paraître deux travaux [6][6] K. Abraham (1907a), « Signification des traumatismes.... Et lorsque, cette même année 1907, Abraham s’adresse à Sigmund Freud, ce dernier reconnaît dans une lettre l’investissement du jeune médecin pour la psychanalyse et sa capacité à s’attaquer au problème sexuel, « celui que seul un tout petit nombre veut aborder [7][7] S. Freud, K. Abraham (1907-1925), Correspondance complète... ». Freud, revenant sur cette période, déclare, en 1914, que le dernier mot sur la question de l’étiologie traumatique fut prononcé par Abraham [8][8] S. Freud (1914d), « Contribution à l’histoire du mouvement..., suggérant au lecteur l’indépendance de pensée du jeune médecin et soulignant ainsi l’intérêt des théorisations d’Abraham, théorisations que discute J.-M. Masson [9][9] J.-M. Masson, 1983, p. 146-147.. Nous visons à montrer que le choix d’Abraham de traiter de la notion de traumatisme dans son rapport à la sexualité infantile (dans l’hystérie et la démence précoce) est guidé par le souci stratégique de trouver une place dans la psychologie freudienne.

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Il nous paraît intéressant de développer un autre aspect. Freud, dans sa contribution à l’histoire de la psychanalyse [10][10] S. Freud, 1914d, p. 260-261., tout comme Ernest Jones, biographe de son maître [11][11] E. Jones (1953), La vie et l’œuvre de Sigmund Freud.... et Hilda Abraham, biographe de son père [12][12] H.C. Abraham, 1974, p. 72-75., note que les travaux d’Abraham s’inscrivent dans la continuité des siens. Une lecture attentive d’une part de la correspondance de Freud et d’Abraham [13][13] S. Freud, K. Abraham (1907-1925)., d’autre part des articles d’Abraham, nous montre que Freud est étonnamment très présent aux côtés d’Abraham dans ses premiers travaux. Il lui offre en particulier des éclaircissements théoriques. Nous formulons l’hypothèse que Freud est partie prenante des formulations d’Abraham.

Abraham : rencontre avec le traumatisme

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En 1905 et 1906, Abraham est accaparé par son travail clinique. Hilda Abraham écrit dans la biographie de son père que ce sont des années préparatoires aux publications ultérieures. Il réunit un matériel au Burghölzli qui va donner lieu à deux publications [14][14] H.C. Abraham, 1974, p. 72..

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Abraham publie l’article « Signification des traumatismes sexuels juvéniles pour la symptomatologie de la démence précoce » avant de le présenter oralement, selon Hilda Abraham. L’article fut partiellement lu [15][15] H.C. Abraham, 1974, p. 72. le 2 avril 1907 à l’assemblée annuelle du groupe allemand de psychiatrie à Francfort. Dans ce document, Abraham s’appuie sur la théorisation de Freud. Ce dernier a montré que « les symptômes de l’hystérie reposent sur des réminiscences à forte résonance affective appartenant avant tout au domaine de la sexualité et pouvant être ramenées à la petite enfance du sujet [16][16] K. Abraham, 1907a, p. 21. ». Abraham va chercher à savoir si les symptômes d’une démence précoce s’expriment de la même façon. Le premier cas qu’Abraham cite est celui d’une femme âgée de 57 ans qui avait été violée par son oncle alors qu’elle avait 10 ans. Ce dernier l’avait menacée d’incendier la maison si elle racontait tout à ses parents. Elle se tut et se soumit plusieurs fois à la volonté de cet oncle. Quelque temps plus tard, elle éprouva des sensations identiques à celles qu’elle avait ressenties avec l’oncle, ce qui la poussait à se masturber. Elle fut longtemps déprimée, songea au suicide, eut des rêves qui étaient des réminiscences de ces scènes. Abraham dit de cette patiente que « derrière le sentiment de peur se cache probablement un désir de satisfaction sexuelle ». Par la suite, elle entendit des voix, en particulier celle de son « méchant » oncle. Les signes de psychose chez cette patiente sont apparus après le traumatisme. Abraham précise cependant que d’autres enfants endurent des traumatismes semblables sans devenir pour autant des malades mentaux.

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Il cite aussi le cas d’une patiente de 43 ans qui, à l’âge de 9 ans, avait été entraînée dans une forêt par un voisin, qui essaya de la violer. La frayeur ne semblait pas l’avoir marquée alors, mais ses premières règles vinrent réveiller l’accident antérieur. Lorsqu’elle voulut se marier à 23 ans, son père refusa. La patiente était dans un grand état d’excitation sexuelle. Un jour alors qu’elle s’était approchée de l’homme qu’elle aimait, elle fut prise d’une crise de démence précoce. L’excitation sexuelle éveillait le souvenir de ce qu’elle avait enduré à 9 ans. Passons sur les crises qui marquèrent sa vie ultérieure. Abraham cite encore l’exemple d’une jeune femme en butte aux assiduités de son père et de son frère aîné. Adulte, elle se maria avec un homme qui devint violent. La brutalité et le manque d’égards éveillaient en elle le souvenir du comportement analogue de son père. Lors de sa grossesse, la psychose éclata.

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Freud, qui avait soutenu que toute hystérie tire son origine d’un traumatisme psychosexuel de la prépuberté modifia sa théorie. Il mit alors l’accent sur la façon différente de réagir aux impressions sexuelles en fonction de la constitution innée [17][17] S. Freud, 1906a, « Mes vues sur le rôle de la sexualité.... Le traumatisme cesse d’être la seule condition, sa signification apparaît secondaire. Selon Abraham, il en va de même pour la démence précoce. Abraham décrit les deux sortes de cas de figure. Il y a des patients qui présentent un traumatisme sexuel, et d’autres des anomalies sexuelles, sans qu’une provocation extérieure grave se soit produite. Comme exemple de cette seconde catégorie, Abraham cite le cas d’un jeune homme de 24 ans. Alors qu’il avait 10 ans, sa sœur entra dans sa chambre à coucher et l’embrassa tendrement. Elle mourut peu après. À l’âge adulte, ses hallucinations traduisent l’attrait sexuel qu’elle exerce sur lui. Pour Abraham :

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« Les événements de type sexuel, qu’ils aient la valeur d’un traumatisme réel ou qu’il s’agisse d’impressions moins violentes, ne constituent pas l’origine de la maladie mais ils en déterminent les symptômes [18][18] K. Abraham, 1907a, p. 26.. »

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Dans ce texte, il rejette le fait que les récits d’événements sexuels aient été suggérés. Au cours d’une crise de démence, on repère ce qui est délirant de ce qui s’est effectivement produit. Les événements traumatiques, dont parle Abraham, étaient des plus présents dans la vie psychique des malades. Il précise que :

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« Dans différents cas les patients semblaient m’avoir attendu pour me communiquer le matériel [19][19] K. Abraham, 1907a, p. 27.. »

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Ce texte traite des souvenirs d’expériences sexuelles et de la manière dont ils sont intégrés à la vie psychique chez les personnes souffrant de démence précoce. À la différence des névroses, les déments se rappellent ces expériences. Elles ne sont pas refoulées. Hilda Abraham relève que cette observation permet un diagnostic différentiel, ce qui souligne l’importance de ce travail [20][20] H.C. Abraham, 1974, p. 74..

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Dans son article, Abraham se réfère au travail de Freud. Il s’inscrit dans la poursuite de sa pensée. Que pouvons-nous trouver comme raison pour laquelle Abraham s’intéresse aux traumatismes ? L’une d’entre elles est de montrer les analogies entre l’hystérie et la démence précoce et de proposer l’utilisation de la psychanalyse aux personnes souffrant de démence, alors que Freud l’avait développée pour les hystériques. En élargissant l’application de la psychanalyse au-delà de ce qu’imaginait son créateur, Abraham devait pouvoir trouver une place dans la psychanalyse et une reconnaissance par Freud.

Le travail d’Abraham vu par Freud

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Pour comprendre l’intérêt de Freud pour le travail d’Abraham, outre l’article d’Abraham que nous avons vu, cherchons une source restituant les échanges entre psychanalystes. Nous la découvrons en lisant les minutes de la Société psychanalytique de Vienne. Max Eitingon, qui travaille au Burghölzli à Zurich aux côtés d’Abraham, rend visite à Freud à Vienne. Quelque temps avant la lettre de Freud à Abraham, du 7 juillet 1907, à la Société psychanalytique de Vienne, Eitingon, au cours de la séance du 23 janvier : « […] demande comment s’explique-t-on les attaques si fréquentes des jeunes filles de la part des vieillards ; un facteur infantile ne joue-t-il pas un rôle à cet égard ? » Freud répond plus loin qu’il y a beaucoup de prédilection des vieillards pour les petites filles [21][21] Les premiers psychanalystes, Minutes (I) de la Société.... Ainsi les discussions au sein de la discussion de la Société psychanalytique de Vienne relayent les échanges entre Zurich et Vienne.

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Les correspondances Freud-Abraham constituent par ailleurs une autre source de première main pour comprendre ce qui motive Freud pour le travail d’Abraham. Les premières lettres d’Abraham sont manquantes. Selon Hilda Abraham, Freud commença à garder les lettres de son père lorsqu’il eut des raisons de penser que cette relation était « importante et sûre[22][22] H.C. Abraham, 1974, p. 70. », tenons-nous-en à ce point de vue.

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Dans une lettre en date du 25 juin 1907, nous savons par Freud qu’il avait pris connaissance du travail d’Abraham avant sa publication [23][23] Lettre [n° 1F] de Freud à Abraham, du 25 juin 1907. Selon Jones, c’est Abraham qui lui aurait envoyé un tirage à part [24][24] E. Jones, 1953, p. 37..

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Toujours dans cette lettre, en se référant à la publication d’Abraham, Freud lui écrit qu’il est plus facile de mettre au jour des « expériences vécues » pour la démence précoce que pour l’hystérie [25][25] Lettre [n° 1F] de Freud à Abraham, du 25 juin 1907. Il ne reste pas trace de la réponse d’Abraham dans la correspondance complète entre les deux hommes. En revanche, nous possédons la lettre suivante de Freud ; elle est datée du 5 juillet 1907 [26][26] L’éditeur de l’édition anglaise de la correspondance.... Cette lettre nous donne de précieuses informations sur les questions que se pose alors Abraham. Nous allons examiner les idées principales développées par Freud.

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Une partie importante de la lettre a pour thème l’analyse de la véracité des propos d’enfants concernant une agression sexuelle et les conséquences de ces agressions présumées. Freud dit à Abraham que lui a été épargnée l’erreur de tenir les traumatismes sexuels pour l’étiologie propre des névroses. Il précise qu’il ne savait pas que ces événements étaient très courants et quand il l’a appris, il s’est tourné vers la constitution psychosexuelle. Il n’était donc pas trop tard à Abraham, selon Freud, pour rectifier sa position. Freud enchaîne : « Cependant, il est vraiment salutaire que le travail sur ces tr. sex. soit entrepris par quelqu’un qui n’a pas, comme moi, été plongé dans l’incertitude par cette première grande erreur. » Mais de quelle erreur s’agit-il ? Celle de prendre pour réels des faits imaginés.

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Dans la suite de la lettre, Freud écrit : « Le contraignant réside pour vous comme pour moi dans le fait que ces tr. sont ce qui donne sa forme à la symptomatologie de la névrose. » Freud poursuit par une difficulté que l’on trouve dans l’hystérie et il ne sait pas si le parallèle vaut pour la démence précoce. Il écrit :

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« L’hystérique s’éloigne considérablement par la suite de l’auto-érotisme de l’enfance, il exagère l’investissement d’objet (c’est là ce qui l’oppose au dément intégral [Voll-Dementen], qui, n’est-ce pas, d’après notre supposition, retourne à l’autoérotisme). En conséquence de quoi, il fait remonter par le fantasme son besoin d’objet jusqu’à l’enfance et revêt l’enfance autoérot. de fantasmes d’amour et de séduction. »

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Freud le précise, « une partie » des traumatismes sexuels sont des fantasmes ou peuvent l’être. Mais se pose alors la délicate distinction entre ce qui est fantasmé et ce qui est réel :

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« […] la distinction d’avec les traumatismes authentiques, si fréquents, n’est pas facile à établir, et la complexité de ces rapports aussi bien que la relation des tr. sex. à l’oubli et au souvenir est une des grandes raisons pour lesquelles je ne peux me résoudre à en donner une représentation conclusive. »

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Citons la suite de la lettre de Freud. Le passage est important car il donne à Abraham un renseignement pour apprécier la valeur des événements à partir de leur datation :

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« D’après mes impressions, la période de 3 à 5 ans est celle où remonte la détermination des symptômes, les traumatismes plus tardifs sont pour la plupart authentiques, ceux qui sont plus anciens ou qui relèvent de cette période sont de prime abord douteux. »

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Freud expose clairement les limites auxquelles il est confronté quant à la difficulté de se saisir de ce qui est authentique ou non dans le discours des patients. On sent Freud enfermé dans ces deux termes « fantasme » et « traumatisme ».

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Freud invite ensuite Abraham à essayer de lever le doute sur la réalité des traumatismes. La lacune peut être comblée par l’observation : « Quand à la diversité des tr., j’en ai aussi connaissance, pour une part à partir d’exemples criants. » Dans la suite de la lettre, nous retombons dans cette ambiguïté : « Elle est pour une part la conséquence de l’activité fantasmatique, mais, pour une autre, elle tient sans doute à ce que les conditions qui permettent de telles expériences sont très favorables dans certains milieux et dans d’autres, très sporadiques. » Il y a les traumatismes dus à l’activité fantasmatique et les autres. Si Freud parle de l’incidence des conditions sociales sur l’observation, c’est que ses patients appartenaient à de très bons milieux sociaux. Il parle de l’âge des traumatisés : « les tr. sex. antérieurs à 5 ans ont marqué un recul très net, recul par rapport à l’auto-ér. » Mais cette information ne donne pas lieu, pour Freud, à une explication, il laisse à Abraham ce soin. Il poursuit et écrit qu’à partir de 8 ans, les occasions « fourmillent dans toutes les classes sociales ».

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Une autre idée dans cette lettre est le silence des enfants, ses raisons, et le vécu familial. L’importance de ces traumatismes a amené Freud à formuler la question qu’Abraham semble s’être posée dans la lettre manquante, à savoir pourquoi les enfants ne parlent pas de ces traumatismes sexuels. La réponse que fait Freud est que les enfants se taisent quand ils ont obtenu du plaisir plus précisément un « gain de plaisir ». C’est ainsi que s’explique « l’énigme qui veut que l’on apprenne les mauvais traitements infligés par les bonnes d’enfants et les gouvernantes seulement longtemps après leur congédiement, alors que l’enfant pourrait être assuré de la protection de parents affectueux [27][27] Lettre [n° 2F] de Freud à Abraham, du 5 juillet 19... ». Le renvoi des bonnes ou gouvernantes ne semble donc pas lié à la découverte des méfaits. Par ailleurs, on peut se poser cette question : si le renvoi d’une gouvernante est possible, alors comment se passe dans la vie familiale la découverte d’une séduction par un des membres de la famille ? Freud ne le traite pas dans cette lettre à Abraham.

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Revenons aux deux lettres de Freud à Abraham, Freud exprime son intérêt pour le premier article d’Abraham ou ses réflexions [28][28] K. Abraham (1907 [9]), et lettres [n° 1F et 2F] de.... Cette estime correspond-elle à une formule de courtoisie, ou est-elle véritable ? Pour susciter l’attention du maître viennois, nous pensons que ce nouveau disciple devait se consacrer au même thème que celui de Freud. Et ce d’autant plus que pour Freud ce thème restait d’actualité. Nous savons par une lettre à Jung que Freud était sollicité par un collègue de Hambourg pour écrire « Les explications sexuelles données aux enfants » et « Fantasmes hystériques [29][29] S. Freud, C.G. Jung (1975). Correspondance 1906-1914,... ». Seul le premier texte va nous intéresser. Freud note que le seul auteur qui ait fait des propositions concernant le quand et le comment de ces explications est Emma Eckstein dans « La question de la sexualité dans l’éducation des enfants [30][30] S. Freud (1907c), « Les explications sexuelles données... ». Attardons-nous sur cet auteur, qui s’intéresse par ailleurs au problème de la séduction dans un texte intitulé : « La gouvernante en tant que mère » (1889-1890). Dans cet article, cité par Masson, elle aborde le problème des filles non mariées qui arrivent à la ville pour y travailler. Elles sont alors convaincues d’être sous la protection de la famille. Mais les protecteurs se transforment vite en séducteurs, elles sont alors victimes des hommes dans la maison [31][31] J.-M. Masson, 1983, p. 212-213.. Ces actes de séduction par rapport aux jeunes filles employées comme servantes n’étaient pas résolus au point de vue légal et, pour être dénoncés, il fallait qu’ils soient d’une certaine ampleur.

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Que savons-nous d’autre sur Emma ? Considérons un autre document, un manuscrit écrit par Freud en 1895 « De l’esquisse d’une psychologie scientifique », où est développé le cas d’une jeune fille qui porte le prénom d’Emma. Elle vécut deux scènes de séduction à 8 et 13 ans. Freud se sert de ce cas pour expliquer la notion d’« après-coup » qui désigne un processus de réorganisation ou de réinscription d’un vécu dans la psyché. Un événement traumatique prend dans l’« après-coup », en fonction du contexte historique et subjectif ultérieur, une signification nouvelle pour le sujet [32][32] S. Freud (1950a bis), « Projet d’une psychologie »,.... Selon le travail de Max Schur, le cas d’Emma se rapporte bien à Emma Eckstein [33][33] M. Schur (1972), La mort dans la vie de Freud, traduction.... Masson écrit qu’elle a été la première « patiente analysée » par Freud [34][34] J.-M. Masson, 1983, p. 75.. Schur précise par ailleurs qu’elle était soignée pour hystérie [35][35] M. Schur, 1972, p. 107.. Masson, s’appuyant sur Schur, écrit que c’est avec cette patiente que Freud a pu accéder à une « clef » lui permettant de comprendre que les phénomènes de séduction étaient en fait des fantasmes [36][36] J.-M. Masson, 1983, p. 119-120..

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On ne peut que souligner le fait que c’est à l’époque où Abraham étudie le thème des abus sexuels que Freud fait référence à Emma Eckstein, ce qui dénote l’incidence réciproque des travaux de Freud et Abraham. Le thème du traumatisme est une notion centrale de la psychanalyse, on saisit le souci d’Abraham de s’y investir.

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Revenons à cette lettre du 7 juillet 1907 de Freud à Abraham. Elle est riche de contenu. Et si Freud fait un effort pour mettre son savoir à la portée d’Abraham, une formulation comme celle-ci nécessite un effort pour être comprise : « Le masochisme a préservé le secret. » Freud veut sans doute dire : l’enfant devenu masochiste conserve son secret. Soulignons la difficulté de penser : comment ce qui est traumatique, même si c’est de l’ordre du sexuel, provoque-t-il du plaisir ?

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Une autre idée, développée en relation avec le secret, est la culpabilité. Le comportement des jeunes filles adultes qui gardent le secret pourrait bien avoir la signification d’un plaisir. Freud relève que la remarque d’Abraham sur le déplacement de la conscience de culpabilité est très juste. Il ne la reprend pas dans cette lettre. Mais une ombre plane : pourquoi certains enfants parlent-ils de ce qu’ils ont vécu alors que d’autres le taisent ? Il est difficile d’attribuer à ces derniers une organisation anormale. Freud propose comme explication que le traumatisme sexuel déploierait son « effet pathogène », et dans le cas où il y aurait une forte prédisposition auto-érotique, il déclencherait plaisir et conscience de culpabilité.

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Enfin la dernière idée de cette lettre concerne l’importance du facteur constitutionnel. Freud évoque deux points de l’analyse d’Abraham : l’intention inconsciente et la constitution anormale. Il s’y réfère directement. Ces deux points sont très clairs pour Freud et se décomposent en séries. La constitution se retrouve chez chaque enfant ainsi que chez toute personne saine et on peut y trouver les mêmes perversités infantiles. Il faut supposer que dans l’hystérie cette aptitude est plus grande que chez des personnes saines. Parfois ce sont des facteurs de la période actuelle qui relèguent les événements de l’enfance à un rôle de disposition car « il n’a pas été fait usage » de ces événements avant. Il devient alors difficile de poser un jugement sur ce qui est le facteur principal, entre aptitude et événements de la vie.

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Pour ce qui est de l’autre aspect, l’intention inconsciente, la position d’Abraham est valable pour un certain nombre d’enfants. Il faudrait modifier et inclure le fait que, quand le conscient et l’inconscient ne sont pas séparés, l’enfant réagit par compulsion aux impulsions sexuelles. Il n’y a alors pas d’opposition intérieure.

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Freud mentionne un de ses textes, un passage dont il ne sait pas s’il est extrait de L’interprétation du rêve[37][37] S. Freud (1899-1900), « L’interprétation du rêve »,... ou de Étiologie. Il évoque la période de latence comme « condition fondamentale de la possibilité de la névrose ». Le texte dont il s’agit est « Mes vues sur le rôle de la sexualité dans l’étiologie des névroses » de 1906 [38][38] S. Freud (1906a), « Mes vues sur le rôle de la sexualité.... Freud invite Abraham dans la ligne qu’il vient de tracer. Il lui explique le phénomène de la latence en deux étapes. Il lui dit qu’il n’a pas été plus loin à ce jour. Les réponses de Freud donnent à penser que la lettre manquante d’Abraham devait être riche de renseignements.

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Ce qu’en pense Freud, on l’a vu, il le juge incomplet, il dit à Abraham que de larges passages de son exposé font une impression « tentante, voire convaincante », surtout ce qui se rapporte au traumatisme plus tardif donc plus proche à déclencher une démence précoce. Freud précise à Abraham qu’il faut que rien ne le retienne de lui parler de ses résultats. Il revient sur un point : il faudrait qu’Abraham mette en regard l’auto-érotisme de l’enfance et l’auto-érotisme de la démence précoce et ne postuler pour la démence que le retour à l’auto-érotisme [39][39] Lettre [n° 2F] de Freud à Abraham, du 5 juillet 19....

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Pourquoi s’arrêter précisément sur cette lettre ? La réponse est simple : elle est majeure car les thèmes abordés sont précis. Abraham a sans doute comme but de produire un autre texte sur le traumatisme sexuel. Début octobre, il ne l’a pas encore publié [40][40] Lettre [n° 5A] d’Abraham à Freud, du 6 octobre 190.... Il parle indéniablement d’un second texte fondé, comme on peut le voir, sur un échange constant avec Freud.

Abraham : départ de Zurich à Berlin

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La valeur du travail d’Abraham se saisit mieux en considérant parallèlement les avancées de Jung. Appuyons-nous sur la correspondance Freud-Jung. En date du 5 octobre 1906, Jung déclare qu’il va bientôt envoyer à Freud un texte dans lequel il prend en considération le point de vue de Freud, la dementia praecox et sa psychologie [41][41] Lettre [n° 2J] de Jung à Freud, du 5 octobre 1906.. Quel texte va-t-il envoyer à Freud ? Il s’agit de « Psychologie de la démence : essai » dont la première édition paraît quelques mois plus tard, c’est-à-dire en 1907. Si dans l’avant-propos, Jung dit qu’il montre comment il arrive aux « conceptions géniales de Freud [42][42] C.G. Jung, (1907), « Psychologie de la démence précoce... », dans sa préface, Jung déclare n’être pas en accord avec Freud sur deux aspects mentionnés : l’importance exclusive du trauma sexuel infantile et l’importance de la sexualité [43][43] C.G. Jung, 1907, p. 13.. Nous avons vu dans leur correspondance qu’il n’en allait pas de même entre Abraham et Freud.

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Revenons à Jung. Le 19 avril 1907, dans sa correspondance à Freud, il écrit qu’il cherche des points communs entre hystérie et démence précoce [44][44] Lettre [n° 19J] de Jung à Freud, du 19 avril 1907., nous sommes quelques semaines après l’exposé d’Abraham à Francfort. Les différences entre ces deux pathologies posent problème à Jung, elles « s’effacent » depuis qu’il les analyse, comme il le dit en juin 1907 [45][45] Lettre [n° 29J] de Jung à Freud, du 4 juin 1907.. Ce n’est pas le cas pour Abraham, nous l’avons vu dans son premier texte.

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Il serait trop long de développer ici les rapports entre Jung et Abraham. Par le courrier de Freud à Jung, nous savons que les lettres du 25 juin et du 7 juillet 1907 et la première publication d’Abraham ont disposé favorablement Freud à l’égard de ce dernier [46][46] Lettre [n° 36F] de Freud à Jung, du 10 juillet 190... et par ailleurs Freud est favorable à Abraham car il s’attaque au problème sexuel [47][47] Lettre [n° 40F] de Freud à Jung, du 27 août 1907.. C’est pour cette raison que Freud a mis à sa disposition ses connaissances comme il le dit dans cette même lettre.

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Le 6 octobre, Abraham informe Freud de son intention de quitter Zurich et donc d’abandonner son poste à l’hôpital psychiatrique. Pour Abraham, l’affaire est personnelle. Elle est aussi professionnelle, les deux étant imbriquées. En Allemagne comme juif, en Suisse comme non suisse, il n’a pu aller au-delà d’un poste d’assistant et va maintenant essayer d’exercer à Berlin, comme spécialiste des maladies nerveuses et psychiques. Si les neurologues ne manquent pas à Berlin, les espoirs de réussite professionnelle d’Abraham reposent sur l’utilisation de la psychanalyse et sa formation psychiatrique qui fait défaut aux médecins berlinois [48][48] Lettre [n° 5A] d’Abraham à Freud, du 6 octobre 190.... Freud lui répond rapidement. Il exprime le regret de voir Abraham quitter Zurich, tout en mettant en valeur le côté positif de son départ. La judéité a son importance : poussé « au grand air » le fait d’être juif va l’obliger « comme nous tous » – à l’exception de Jung – à donner le meilleur de lui-même. Freud regrette de ne pouvoir recommander personne à Berlin. Abraham va être le premier psychanalyste à Berlin [49][49] Lettre [n° 6F] de Freud à Abraham, du 8 octobre 19.... Commence alors, comme l’écrit Jacques Le Rider, une nouvelle ère, pour la psychanalyse, en Allemagne [50][50] J. Le Rider, (1982), « La psychanalyse en Allemagne....

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Le 13 octobre, Abraham projette de faire à l’« Association freudienne locale » un compte rendu sur le thème du traumatisme sexuel infantile. Son départ est proche et nous ne savons s’il en eut le temps. Abraham quittant Zurich espère pouvoir maintenir un lien avec Freud, l’informer de vive voix de ses projets scientifiques et en discuter [51][51] Lettre [n° 7A] d’Abraham à Freud, du 13 octobre 19.... Les liens se resserrent entre les deux hommes. Dans sa réponse en date du 21 de ce même mois, Freud dit qu’il est d’accord sur les développements, contenus dans la lettre d’Abraham en date du 9 août 1907 [52][52] Lettre [n° 4A] d’Abraham à Freud, du 9 août 1907., concernant la démence [53][53] Lettre [n° 8F] de Freud à Abraham, du 21 octobre 1.... Il les valide donc. Freud est intéressé à prolonger leur collaboration. Abraham va lui envoyer la seconde étude [54][54] Lettre [n° 10A] d’Abraham à Freud, du 24 novembre ....

Abraham : second travail sur le traumatisme

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Le second apport d’Abraham au traumatisme : « Les traumatismes sexuels comme forme d’activité sexuelle infantile » est publié en novembre 1907. Cet article est riche en exemples, il montre la pratique d’Abraham auprès de personnes ayant vécu des traumatismes. Par ailleurs, Abraham évoque des cas de névroses traumatiques, c’est le premier article psychanalytique qui en présente.

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Aux deux points développés par Freud dans « Mes vues sur le rôle de la sexualité dans l’étiologie des névroses » à savoir la sexualité, les traces de l’enfance, Abraham ajoute le traumatisme sexuel précoce qui influe sur ces deux points et la présence de traumatismes chez un grand nombre de névrosés ou de psychotiques, au cours de l’anamnèse infantile.

45

Abraham s’appuie sur les actes des procès-verbaux concernant des indécences commises sur des enfants. Certains enfants, plus que d’autres, sont l’objet des tentations sexuelles, ce qui ne s’explique pas par un traumatisme « imprévu » et « soudain » mais par une tentative de séduction précédente. Lorsqu’un attentat sexuel a lieu, la personne qui en est l’objet – Abraham ne parle pas de victime – peut se conduire activement et se défendre, ou se laisser aller.

46

Abraham cite le Deutéronome et un extrait de Don Quichotte que Freud avait mentionnés dans sa Psychopathologie de la vie quotidienne[55][55] S. Freud (1901b), Psychopathologie de la vie quotidienne,.... Ces exemples rejoignent ceux qu’il avait publiés antérieurement.

47

Breuer et Freud avaient montré que les hystériques souffrent de réminiscences. Les deux auteurs avaient constaté que les traumatismes sexuels infantiles n’avaient pas été dévoilés à l’entourage immédiat mais avaient été gardés sous silence. Abraham montre que le comportement inverse existe aussi. Il donne le cas d’un ouvrier qui tente une action indécente dans une cave sur une petite fille. Effrayée, elle va rapporter les faits à sa mère qui engage des poursuites, l’homme est arrêté.

48

Abraham présente un cas cité dans sa précédente publication [56][56] K. Abraham, 1907a, p. 23.. Un voisin cherche à attirer une petite fille de 9 ans. Il essaye de la violer, elle se dégage, rentre à la maison, mais ne dit rien. Pour Abraham, l’enfant a succombé au charme de l’acte défendu. L’enfant a alors l’impression d’être fautive, et par culpabilité elle garde le silence. La faute vient du « tentateur », elle vient aussi de la personne qui se laisse tenter [57][57] K. Abraham, 1907b, p. 32.. Masson, commentant ce passage, écrit qu’il est surprenant qu’Abraham ne cherche pas une autre explication à la discrétion de l’enfant. Il se demande si l’enfant avait peur que ses parents prennent son aveu pour un fantasme et la battent pour la punir d’inventer une histoire [58][58] J.-M. Masson, 1983, p. 147..

49

La recherche du plaisir rend une activité sexuelle attrayante. Abraham prolonge l’apport de Freud qui fait la distinction entre « plaisir préliminaire » et « plaisir de satisfaction ». Le plaisir préliminaire comprend les excitations sexuelles des zones érogènes ainsi que d’autres excitations sensorielles comme des impressions visuelles, ou encore des représentations purement psychiques. Le plaisir de satisfaction est celui de l’acte sexuel. Dans un but libidinal, l’enfant peut se livrer au traumatisme qui prend la forme soit d’une recherche de plaisir préliminaire, soit de désir de satisfaction.

50

Freud s’est penché sur les stades de la sexualité de l’enfant : stade auto-érotique puis amour objectal. Les émois peuvent être hétérosexuels ou homosexuels. Ils peuvent prendre un caractère sadique ou masochiste. Freud parle de « stade pervers polymorphe ». Les émois ne montrent pas leur vraie nature à l’enfant, l’intention peut ne pas être consciente. Abraham prend ces idées à son compte. Il ajoute que « l’enfant subit le traumatisme selon l’intention de son inconscient ».

51

Se référant à son article « Signification des traumatismes sexuels juvéniles pour la symptomatologie de la démence précoce », Abraham avait montré que les gens atteints de cette affection avaient connu, plus jeunes, un développement prématuré et une anomalie quantitative de la libido.

52

Comme le sentiment de faute est désagréable, les réminiscences sont traitées de manière à réduire leur influence gênante. Ces influences vont être « clivées » des autres formes de la conscience. Elles mèneront une existence sous la forme de « complexes ».

53

Les enfants qui n’ont pas subi un traumatisme sexuel avec culpabilité peuvent s’exprimer librement, ils n’ont pas à se débarrasser de réminiscences.

54

Le processus d’évanouissement des représentations de la conscience peut être long. Le processus de refoulement peut rester longtemps inconscient. Lorsqu’un événement analogue au traumatisme sexuel primaire arrive, il fait resurgir les contenus des représentations refoulées. On assiste à la conversion en symptômes d’une hystérie ou d’une démence précoce.

55

Un second traumatisme ou un troisième rompt l’équilibre psychique de la maladie. La disposition innée de l’individu fait qu’il développe plus facilement une hystérie ou une démence précoce.

56

Le fait de subir continuellement des traumatismes pourrait être appelé « diathèse traumatophile [59][59] K. Abraham, 1907b, p. 36. ». Comme le précise Marcel Gauchet, la notion de diathèse signifiait du temps de Charcot hérédité. Il écrit :

57

« La diathèse, c’est quelque chose qui n’est pas la maladie, mais qui donne la maladie, le contraire de la lésion localisée, quelque chose comme le terrain, une disposition générale à la maladie, quelque chose qui a à voir avec la « constitution » ou l’hérédité [60][60] M. Gauchet, G. Swain, Le vrai Charcot, Les chemins.... »

58

Le fait de subir des traumatismes répétés s’apparente à une hérédité. Les adultes hystériques forment un public qui subit des traumatismes sexuels ou d’autres traumatismes. Abraham suppose qu’il en va de même chez l’enfant.

59

Dans Psychopathologie de la vie quotidienne, Freud a montré que des intentions inconscientes expliquent des accidents et d’autres ennuis [61][61] S. Freud, 1901b, p. 219-247.. Abraham prolonge l’apport de Freud en soutenant ici que les « accidents » sexuels peuvent reposer sur une volonté de l’inconscient. Abraham cite le cas d’une jeune fille renversée par un cheval au galop. Elle n’a subi aucun dommage physique. Plus tard, elle va développer les symptômes d’une névrose traumatique. Abraham décrit l’anamnèse de ce cas. C’est une patiente qui était peu épanouie dans sa vie personnelle et professionnelle et qui avait perdu le goût de vivre. Pour Abraham, lorsqu’un accident se déroule dans des circonstances n’excluant pas la fuite, il est possible de parler d’une intention inconsciente de suicide. Freud a donné des explications aux suicides ou tentatives de suicide pouvant passer pour un accident.

60

Deux cas de chutes permettent ensuite à Abraham de montrer le rôle de la « volonté de l’inconscient ». Il écrit que dans un très grand nombre de cas, « l’hystérie traumatique a la même signification que la sinistrose. La lutte pour l’obtention d’un dédommagement empêche la disparition des manifestations morbides ». L’amélioration de l’état des patients, constituant une réduction de dédommagement, empêche la disparition des menaces morbides. Il n’est pas rare que des personnes subissent un second ou un troisième traumatisme, qui rompt l’équilibre psychique et entraîne la maladie. Ce traumatisme provoquera selon la disposition innée une hystérie ou une démence précoce.

61

Dans un post-scriptum de 1920, Abraham déclare que son texte de 1907 fait des erreurs sur la conception de Freud. Les résultats de l’investigation n’en sont pas influencés. En 1914, Freud écrit dans la Contribution à l’histoire du mouvement psychanalytique :

62

« Le dernier mot sur la question de l’étiologie traumatique, c’est Abraham (1907) qui le prononça plus tard, lorsqu’il fit remarquer que la spécificité de la constitution sexuelle de l’enfant s’entend précisément à provoquer des expériences vécues sexuelles d’une espèce particulière, donc des traumas [62][62] S. Freud, 1914d, p. 261.. »

63

L’importance du traumatisme a beaucoup à voir avec la constitution. Abraham écrit :

64

« J’étais parvenu à l’hypothèse d’un développement prématuré de la sexualité et d’une anomalie quantitative de la libido. De plus, je considérais que ces enfants se préoccupaient trop précocement et intensément de choses sexuelles. Cette conception peut être précisée actuellement : les enfants de cette catégorie ont un désir anormal de plaisir sexuel et, de ce fait, ils subissent des traumatismes sexuels [63][63] K. Abraham, 1907b, p. 34.. »

65

Masson fait remarquer que « le sens du texte d’Abraham n’est pas que les enfants en général ont une constitution sexuelle de nature à provoquer des traumatismes sexuels, mais que certains enfants sont séducteurs, désirent la séduction, la provoquent [64][64] J.-M. Masson, 1983, p. 146. […] ». Abraham se réfère aux écrits de Freud et reprend à son compte une partie des informations données par Freud dans sa correspondance. On voit bien à la lecture de la correspondance puis du second travail d’Abraham que Freud est partie prenante de ses formulations. Abraham va trouver une place auprès de Freud par le thème du traumatisme qui restera au centre de ses préoccupations comme nous l’avons montré ailleurs [65][65] G. Tréhel, « Karl Abraham (1877-1925) et Hermann Oppenheim....

Reconnaissance d’Abraham par Freud

66

Comme nous l’avons vu, Abraham envoie ce second texte à Freud en novembre 1907 [66][66] Lettre [n°10 A] d’Abraham à Freud, du 24 novembre .... Freud loue la clarté avec laquelle Abraham présente – on pourrait dire lui restitue – les différences dans les conceptions du traumatisme infantile, le rapport entre plaisir et sentiment de culpabilité. Freud ajoute à la description de l’anormalité de l’enfant qui devient névrosé (accroissement quantitatif de la libido, précocité, prolifération des fantasmes) la forte inclination au refoulement. Freud invite Abraham, et souhaite qu’il profite « le plus possible de sa visite à Vienne [67][67] Lettre [n°11 F] de Freud à Abraham, du 26 novembre... ».

67

Les échanges entre Freud et Abraham sont importants, car le lendemain de la rédaction de cette lettre par Freud, dans les « Minutes » de la Société psychanalytique de Vienne, à la séance du 27 novembre 1907 [68][68] Séance [n° 31] du 27 novembre 1907, Minutes (I)., Freud mentionne « un petit article d’Abraham ». Les éditeurs des « Minutes » écrivent dans une note qu’il peut s’agir aussi bien de l’un ou de l’autre des deux textes d’Abraham de 1907.

68

Dans cette séance, on s’aperçoit qu’il s’agit de plus qu’une « mention » au « petit article d’Abraham », car Adler fait référence à la « communication » de Freud sur le point de vue d’Abraham au sujet du traumatisme. Adler déclare que lui-même a fait des expériences qui contredisent les vues d’Abraham. Pour Adler : « Une classification basée sur le fait de raconter ou de taire quelque chose est superficielle. En ce qui concerne le nombre des traumatismes, il ne faut pas surestimer le traumatisme : la constitution se choisit son traumatisme sexuel. » Le point de vue d’Adler n’est pas discuté tout au moins dans la retranscription des Minutes. Ce qui nous paraît important c’est de voir que les positions d’Abraham et Freud se confondent presque, et que par ailleurs d’autres psychanalystes sont concernés par le débat. Notons que le contenu discuté par Adler porte sur le secret, thème cité dans le premier texte d’Abraham mais développé dans le second. Ce qui nous amène à considérer que le texte dont parle Freud est le second texte de 1907 [69][69] K. Abraham, 1907 [10]. que Freud vient, comme nous l’avons vu, de recevoir.

69

Nous savons par un courrier de Jung à Freud en date du 10 octobre, qu’Abraham est parti à Berlin [70][70] Lettre [n° 48J] de Jung à Freud, du 10 octobre 190.... William McGuire, dans une note à cette lettre, ajoute qu’Abraham démissionna en novembre 1907 et déménagea. Jung est ainsi débarrassé de ce gêneur. Abraham s’installe à Berlin. Il laisse passer quelques jours avant de répondre à Freud. Les paroles « louangeuses » et l’invitation ont réjoui Abraham, Freud réitère son invitation à Vienne pour le dimanche 15 décembre 1907 [71][71] Lettre [n° 12A] d’Abraham à Freud, du 6 décembre 1.... En nous référant à la correspondance de Freud à Jung, nous savons qu’Abraham est venu voir Freud du dimanche 15 au mercredi 18 décembre [72][72] Lettre [n° 57F] de Freud à Jung, du 21 décembre 19.... Pendant son séjour, Freud va lui dispenser des enseignements et des suggestions comme Abraham le dit dans sa lettre de remerciement [73][73] Lettre [n° 13A] d’Abraham à Freud, du 21 décembre .... Le temps que lui consacre Freud est important. Nous savons qu’ils eurent des discussions quotidiennes et qu’elles se prolongeaient souvent tard dans la nuit [74][74] Lettre d’Abraham à Eitingon, du 1er janvier 1908 dans....

70

Le mercredi 18, se tient une nouvelle séance de la Société à laquelle Abraham est présent et participe. La discussion porte sur les traumatismes sexuels et l’éducation sexuelle. Freud ne manque pas de souligner le progrès apporté par le travail d’Abraham [75][75] Séance [n° 34] du 18 décembre 1907, Minutes (I)..

71

Si nous nous appuyons sur le travail de Masson, Freud aurait renoncé à sa théorie de la séduction, trop contestée par le monde médical allemand [76][76] J.-M. Masson, 1983, p. 151, p. 202.. Freud dut voir en Abraham un médecin qui allait l’aider à conquérir une place qu’il n’avait pu occuper du fait de ses premières prises de position.

72

Au début de 1908, Abraham est fier d’être reconnu par Freud non comme un simple disciple mais comme un prolongateur de l’œuvre. Dans une lettre à Eitingon, Abraham évoque la classification en trois catégories que fait Freud de ses disciples :

73

« À la plus basse, appartiennent ceux qui ont compris seulement La psychopathologie de la vie quotidienne ; au-dessus, viennent ceux qui ont compris les théories concernant les rêves et les névroses ; enfin, la catégorie la plus élevée est constituée par ceux qui l’ont suivi dans la théorie de la sexualité, et ont admis son extension du concept de libido (je ne peux pas le citer absolument mot pour mot). Il me classe dans cette troisième catégorie, ce qui est pour moi très gratifiant [77][77] Lettre d’Abraham à Eitingon, du 1er janvier 1908 dans.... »

74

Jung n’est lui que dans la deuxième catégorie de Freud. Abraham avait conquis Freud. Bien des années plus tard, en 1925, Freud dira la confiance qu’il eut pour Abraham, en qui il voyait un collaborateur précieux [78][78] S. Freud (1925 [1926b]), « Karl Abraham† », ocpf, volume....

Conclusion

75

En 1907, Abraham élargissait son intérêt pour la psychanalyse en abordant ce thème du traumatisme. Comme l’écrit Hilda Abraham :

76

« Ses deux articles étaient probablement destinés à lui ouvrir la voie vers de plus hautes fonctions en Suisse, pays qu’il s’était mis à aimer. Peu à peu, et sans doute à contrecœur, il parvint à la conclusion que le travail dans les hôpitaux suisses n’était pour lui d’aucun avenir [79][79] H.C. Abraham, 1974, p. 75.. »

77

Les travaux d’Abraham s’inscrivaient dans un projet professionnel et personnel de haute portée.

78

Abraham voulait être reconnu par Freud qu’il considérait comme son maître. Il fut heureux que ce dernier voie en lui, en 1907, un élève. En optant pour l’écriture de textes sur le traumatisme sexuel, Abraham accède à une reconnaissance de Freud. Plus que cela le second texte porte l’empreinte des réflexions de Freud et d’une certaine façon Abraham se fait le porte-parole de Freud. Il y va d’un consensus entre les deux hommes. Abraham ne mentionne pas le fait qu’il s’appuie sur les lettres de Freud, et Freud ne revendique pas ces idées.

79

En se servant du matériel qu’il peut observer au Burghölzli, Abraham utilise les mêmes sources que Jung. Ce dernier lui reprochait, après avoir refusé de collaborer avec lui, de copier les idées de Bleuler et de lui-même. Les rapports entre Abraham et Jung deviennent conflictuels. Il nous faudra étudier ailleurs, en s’appuyant sur les écrits théoriques et leurs correspondances, comment, tout en se rapprochant de Freud, Abraham s’éloigne de Jung et Bleuler en 1908 sur le thème de la sexualité infantile et du traumatisme.

Notes

[*]

Gilles Tréhel, Centre d’études en psychopathologie et psychanalyse (cepp), ea 2374, université de Paris VII. 11 bis, rue Eugène Jumin, F-75019 Paris.

[1]

H.C. Abraham (1974). Karl Abraham. Biographie inachevée précédée de « La petite Hilda », traduction française de J. Adamov, Paris, puf, 1976, p. 63-78.

[2]

C.G. Jung (1962), « Ma vie », souvenirs, rêves et pensées recueillis par A. Jaffé, traduction française de R. Cahen, Y. Le Lay, avec la collaboration de S. Burckhnardt, Paris, Gallimard, 1978, p. 137-146.

[3]

E. Falzeder, « Sigmund Freud et Eugen Bleuler : l’histoire d’une relation ambivalente », dans A. Haynal, E. Falzeder, P. Roazen, Dans les secrets de la psychanalyse et de son histoire, traduction française de M. Struchen, Paris, puf, 2005, p. 131-162, p. 136-139.

[4]

S. Freud (1905d), « Trois essais sur la vie sexuelle », ocpf, volume VI : 1901-1905, traduction française de P. Cotet, F. Rexand-Galais, Paris, puf, 2006, p. 59-181, p. 126.

[5]

J.-M. Masson (1983), Le réel escamoté, le renoncement de Freud à la théorie de la séduction, traduction française de C. Monod, Paris, Aubier, 1984, p. 138.

[6]

K. Abraham (1907a), « Signification des traumatismes sexuels juvéniles pour la symptomatologie de la démence précoce », Œuvres complètes I : 1907-1914, traduction française de I. Barande, avec la collaboration de E. Grin, Paris, Payot, 2000, p. 21-28 et K. Abraham (1907b), « Les traumatismes sexuels comme forme d’activité sexuelle infantile », Œuvres complètes I : 1907-1914, traduction française de I. Barande, avec la collaboration de E. Grin, Paris, Payot, 2000, p. 29-40.

[7]

S. Freud, K. Abraham (1907-1925), Correspondance complète 1907-1925, traduction française de F. Cambon, Paris, Gallimard, 2006, 791 pages. Lettre [n° 1F] de Freud à Abraham, du 25 juin 1907.

[8]

S. Freud (1914d), « Contribution à l’histoire du mouvement psychanalytique », ocp.f, volume XII. : 1913-1914, traduction française de P. Cotet, R. Lainé, Paris, puf, 2005, p. 247-315, p. 160-161.

[9]

J.-M. Masson, 1983, p. 146-147.

[10]

S. Freud, 1914d, p. 260-261.

[11]

E. Jones (1953), La vie et l’œuvre de Sigmund Freud. 1/La jeunesse (1856-1900), traduction française de A. Berman, Paris, puf, 1958, p. 36-37.

[12]

H.C. Abraham, 1974, p. 72-75.

[13]

S. Freud, K. Abraham (1907-1925).

[14]

H.C. Abraham, 1974, p. 72.

[15]

H.C. Abraham, 1974, p. 72.

[16]

K. Abraham, 1907a, p. 21.

[17]

S. Freud, 1906a, « Mes vues sur le rôle de la sexualité dans l’étiologie des névroses », Résultats, idées, problèmes, tome I : 1890-1920, traduction française J. Altounian, A. et O. Bourguignon, G. Goran, J. Laplanche, A. Rauzy, Paris, puf, 1991, p. 113-122, p. 120.

[18]

K. Abraham, 1907a, p. 26.

[19]

K. Abraham, 1907a, p. 27.

[20]

H.C. Abraham, 1974, p. 74.

[21]

Les premiers psychanalystes, Minutes (I) de la Société psychanalytique de Vienne (du 10 octobre 1906 au 3 juin 1908), traduit par N. Schwab-Bakman, Paris, Gallimard, 428 pages. Séance [n° 10] du 23 janvier 1907.

[22]

H.C. Abraham, 1974, p. 70.

[23]

Lettre [n° 1F] de Freud à Abraham, du 25 juin 1907.

[24]

E. Jones, 1953, p. 37.

[25]

Lettre [n° 1F] de Freud à Abraham, du 25 juin 1907.

[26]

L’éditeur de l’édition anglaise de la correspondance entre Freud et Abraham donne comme date à cette lettre le 7 juillet 1907. The Complete Correspondence of Sigmund Freud and Karl Abraham, 1907-1925 Completed Edition, traduction de l’allemand à l’anglais de C. Schwarzacher, avec la collaboration de C. Trollope, & K. Majthényi King, Londres, Karnac, 626 pages.

[27]

Lettre [n° 2F] de Freud à Abraham, du 5 juillet 1907.

[28]

K. Abraham (1907 [9]), et lettres [n° 1F et 2F] de Freud à Abraham, du 25 juin et 5 juillet 1907.

[29]

S. Freud, C.G. Jung (1975). Correspondance 1906-1914, traduction française de R. Fivaz-Silbermann, Paris, Gallimard, 1992, 765 pages. Lettres [n° 27 et n° 34] de Freud à Jung, du 26 mai et 1er juillet 1907.

[30]

S. Freud (1907c), « Les explications sexuelles données aux enfants », La vie sexuelle, traduction française de D. Berger, Paris, puf, 8e édition, 1989, p. 7-13, p. 12-13.

[31]

J.-M. Masson, 1983, p. 212-213.

[32]

S. Freud (1950a bis), « Projet d’une psychologie », S. Freud (1887-1904). Lettres à Wilhelm Fliess 1887-1904, traduction française de F. Kahn, F. Robert, Paris, 2006, p. 595-693, p. 656-660.

[33]

M. Schur (1972), La mort dans la vie de Freud, traduction française de B. Bost, Paris, Gallimard, 1975, p. 107.

[34]

J.-M. Masson, 1983, p. 75.

[35]

M. Schur, 1972, p. 107.

[36]

J.-M. Masson, 1983, p. 119-120.

[37]

S. Freud (1899-1900), « L’interprétation du rêve », ocpf, volume IV : 1899-1900, traduction française J. Altounian, P. Cotet, R. Lainé, A. Rauzy, F. Robert, Paris, puf, 2003, 756 pages.

[38]

S. Freud (1906a), « Mes vues sur le rôle de la sexualité dans l’étiologie des névroses », Résultats, idées, problèmes I : 1890-1920, traduction J. Altounian, A. et O. Bourguignon, G. Goran, J. Laplanche, A. Rauzy, Paris, puf, 1991, p. 113-122.

[39]

Lettre [n° 2F] de Freud à Abraham, du 5 juillet 1907.

[40]

Lettre [n° 5A] d’Abraham à Freud, du 6 octobre 1907.

[41]

Lettre [n° 2J] de Jung à Freud, du 5 octobre 1906.

[42]

C.G. Jung, (1907), « Psychologie de la démence précoce : essai », Psychogenèse des maladies mentales, traduction française de J. Rigal, Paris, Albin Michel, 2001, p. 11-187, p. 13.

[43]

C.G. Jung, 1907, p. 13.

[44]

Lettre [n° 19J] de Jung à Freud, du 19 avril 1907.

[45]

Lettre [n° 29J] de Jung à Freud, du 4 juin 1907.

[46]

Lettre [n° 36F] de Freud à Jung, du 10 juillet 1907.

[47]

Lettre [n° 40F] de Freud à Jung, du 27 août 1907.

[48]

Lettre [n° 5A] d’Abraham à Freud, du 6 octobre 1907.

[49]

Lettre [n° 6F] de Freud à Abraham, du 8 octobre 1907.

[50]

J. Le Rider, (1982), « La psychanalyse en Allemagne », sous la direction de R. Jaccard, Histoire de la psychanalyse, tome II, Paris, Hachette, 1988, p. 107-143.

[51]

Lettre [n° 7A] d’Abraham à Freud, du 13 octobre 1907.

[52]

Lettre [n° 4A] d’Abraham à Freud, du 9 août 1907.

[53]

Lettre [n° 8F] de Freud à Abraham, du 21 octobre 1907.

[54]

Lettre [n° 10A] d’Abraham à Freud, du 24 novembre 1907.

[55]

S. Freud (1901b), Psychopathologie de la vie quotidienne, traduction française de V. Jankélévitch, Paris, Payot, 1993, note 1, p. 208.

[56]

K. Abraham, 1907a, p. 23.

[57]

K. Abraham, 1907b, p. 32.

[58]

J.-M. Masson, 1983, p. 147.

[59]

K. Abraham, 1907b, p. 36.

[60]

M. Gauchet, G. Swain, Le vrai Charcot, Les chemins imprévus de l’inconscient, Paris, Calmann-Lévy, 1997, p. 85.

[61]

S. Freud, 1901b, p. 219-247.

[62]

S. Freud, 1914d, p. 261.

[63]

K. Abraham, 1907b, p. 34.

[64]

J.-M. Masson, 1983, p. 146.

[65]

G. Tréhel, « Karl Abraham (1877-1925) et Hermann Oppenheim (1857-1919) : rencontre autour des névroses traumatiques de paix », L’information psychiatrique, vol. 81, n° 9, 2005, p. 811-822.

[66]

Lettre [n°10 A] d’Abraham à Freud, du 24 novembre 1907.

[67]

Lettre [n°11 F] de Freud à Abraham, du 26 novembre 1907.

[68]

Séance [n° 31] du 27 novembre 1907, Minutes (I).

[69]

K. Abraham, 1907 [10].

[70]

Lettre [n° 48J] de Jung à Freud, du 10 octobre 1907.

[71]

Lettre [n° 12A] d’Abraham à Freud, du 6 décembre 1907.

[72]

Lettre [n° 57F] de Freud à Jung, du 21 décembre 1907.

[73]

Lettre [n° 13A] d’Abraham à Freud, du 21 décembre 1907.

[74]

Lettre d’Abraham à Eitingon, du 1er janvier 1908 dans H.C. Abraham (1974), p. 79.

[75]

Séance [n° 34] du 18 décembre 1907, Minutes (I).

[76]

J.-M. Masson, 1983, p. 151, p. 202.

[77]

Lettre d’Abraham à Eitingon, du 1er janvier 1908 dans H.C. Abraham, 1974, p. 79-81.

[78]

S. Freud (1925 [1926b]), « Karl Abraham† », ocpf, volume XVIII. : 1926-1930, traduction française de J.-G. Delarbre, D. Hartmann, Paris, puf, 1994, p. 101-103.

[79]

H.C. Abraham, 1974, p. 75.

Résumé

Français

Karl Abraham est un médecin et psychanalyste allemand. Après une première expérience professionnelle à Berlin, pour travailler avec Eugen Bleuler et Carl G. Jung, il se rend à Zurich, lieu où il se familiarise auprès de Jung avec les travaux de Freud. De cette expérience vont naître ses deux premiers articles psychanalytiques dans lesquels il accorde une place centrale au traumatisme sexuel. Dans cette année 1907, où le mouvement psychanalytique prend un essor, Abraham s’attaque à l’étude du traumatisme par rapport à la sexualité infantile dans l’hystérie et la démence précoce. En nous appuyant sur les deux premiers textes psychanalytiques d’Abraham que nous mettrons en relation avec la correspondance Abraham-Freud, dont nous ferons une analyse attentive, nous présenterons d’une part la théorisation d’Abraham, de l’autre les échanges de vues entre les deux hommes sur le thème de la sexualité et montrerons que Freud est partie prenante des formulations d’Abraham.

Mots-clés

  • Karl Abraham
  • Sigmund Freud
  • traumatisme sexuel
  • histoire de la psychanalyse

English

SummaryKarl Abraham is a doctor and a German psychoanalyst. After a first professional experiment in Berlin, he goes to Zurich in order to work with Eugen Bleuler and Carl G. Jung. Jung allows him to become acquainted with the studies of Freud. From this experiment and this meeting, sprang the two first psychoanalytic articles of Abraham. In these ones, a central place is given to the notion of sexual traumatism. In 1907, psychoanalytic trend expands rapidly. In this context, Abraham studies the place of infantile sexuality in the development of hysteria and precocious dementia. Using the two first psychoanalytic texts of Abraham, connected with the correspondence Abraham-Freud, that we will study carefully, we will present on one hand the theorization of Abraham, on the other hand the exchange of views between the two men about sexuality, and will prove that Freud is influenced by the ideas of Abraham.

Keywords

  • Karl Abraham
  • Sigmund Freud
  • sexual traumatism
  • history of psychoanalysis

Plan de l'article

  1. Abraham : rencontre avec le traumatisme
  2. Le travail d’Abraham vu par Freud
  3. Abraham : départ de Zurich à Berlin
  4. Abraham : second travail sur le traumatisme
  5. Reconnaissance d’Abraham par Freud
  6. Conclusion

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