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1Valéry disait que la peau représente ce qu’il y a de plus profond dans l’homme et que ce n’est pas dans ce qu’il cache qu’il faut chercher sa vérité, mais dans ce qu’il exhibe [1]. Internet, souvent dénoncé comme un espace de dissimulation et de mensonge, pourrait bien constituer le lieu privilégié de cette authenticité.

2À la fin des années 1970, C. Lasch attirait l’attention sur la généralisation des personnalités narcissiques, l’invasion de la société par le discours égocentré, l’exaltation d’une pseudo-connaissance de soi et la peur grandissante face aux sentiments et au vieillissement. Pour lui, une culture du narcissisme était en train de s’imposer, fondée sur l’image et, en déduisait-il, sur l’imaginaire [2]. Le sujet y était pris dans une trame toujours forte limitée aux apparences et aux effets spéculaires. Il en résultait des relations superficielles avec les autres, tandis que la séduction s’imposait comme instrument fondamental de réussite sociale. Son inquiétude était partagée par R. Sennett, qui parlait d’une véritable «?tyrannie de l’intimité [3]?».

3Ces travaux semblent aujourd’hui avoir trouvé une confirmation dans la constitution d’Internet comme axe d’injonction à la visibilité en tant que critère ontologique fondamental pour l’existence du sujet. Alors que les médias traditionnels comme la télévision cherchaient à articuler les événements primordiaux de l’espace public, Internet – qui n’est pas un média – est principalement centré sur l’expression des espaces privés des individus, avec des effets en retour sur l’organisation des médias eux-mêmes. L’intimité des agents sociaux se trouve privatisée, c’est-à-dire rendue publique à un petit nombre de gens, avant de recevoir souvent une publicité plus large encore [4].

4De la même façon, J. Birman pose la question d’Internet comme d’un monde dans lequel le cogito cartésien se trouverait soumis au règne des images et de la visibilité. Pour lui, l’individu contemporain n’énoncerait plus, comme le faisait Descartes au xviie siècle?: «?Je pense donc je suis?», mais?: «?Je vois et je suis vu donc je suis?» [5]. Pour lui, la tyrannie de l’intimité constitue l’autre face de la tyrannie de la visibilité. Les deux seraient le côté pile et le côté face de la même problématique constitutive de la contemporanéité. Les sujets ne seraient plus victimes de la discipline décrite par M. Foucault dans Surveiller et Punir[6], ils seraient devenus des acteurs de la construction de leur propre prison spéculaire et panoptique.

5Il nous semble pourtant que ces travaux font peu de cas de l’importance que revêt chez l’être humain le fait de se montrer pour exister, et de la complexité des usages.

Intimité, extimité et estime de soi

6Le désir de se montrer est fondamental chez l’être humain et il est antérieur à celui d’avoir une intimité. Il contribue en effet au sentiment d’exister dès les premiers mois de la vie. Cette particularité trouve son origine dans le fait que l’enfant se découvre dans le visage de sa mère [7]. La présentation de soi est toute la vie une façon de guetter dans le regard d’autrui – et, au sens large, dans ses réactions – une confirmation de soi.

7Le désir d’avoir une intimité, aussi bien physique que psychique, apparaît plus tard, et se confirme aux alentours de la quatrième année avec la possibilité pour l’enfant de comprendre que les expériences de chacun sont différentes et qu’elles organisent sa vision personnelle du monde [8]. Il découvre alors les possibilités et les plaisirs de la dissimulation. L’articulation de ces deux désirs opposés et complémentaires – de présentation de soi et d’intimité – est ensuite au cœur du lien social.

8Mais comment cette articulation se fait-elle?? Pour le comprendre, rappelons d’abord que l’intimité se définit traditionnellement par opposition à ce qu’elle n’est pas?: le privé et le public. Elle est ce qu’on ne montre à personne, ou seulement à quelques «?intimes?», tandis que l’espace privé est confondu avec la famille. Mais l’intimité comporte aussi une autre dimension?: ce que chacun ignore sur lui-même [9]. Cette définition permet d’aborder la question de l’intimité d’un point de vue dynamique, et plus seulement topique. Nous avons proposé en 2001 le mot «?extimité?» pour rendre compte de cette dynamique. Nous le devons à J. Lacan, qui l’avait proposé pour illustrer le fait que rien n’est jamais ni public ni intime, dans la logique de la figure mathématique appelée «?bande de Moebius?», pour laquelle n’existe ni «?dehors?» ni «?dedans?». Nous avons repris le mot en lui donnant une signification différente?: il est pour nous le processus par lequel des fragments du soi intime sont proposés au regard d’autrui afin d’être validés. Il ne s’agit donc pas d’exhibitionnisme. L’exhibitionniste est un cabotin répétitif qui se complaît dans un rituel figé [10]. Au contraire, le désir d’extimité est inséparable du désir de se rencontrer soi-même à travers l’autre et d’une prise de risques.

9Le désir d’extimité ne se confond pas non plus avec le conformisme, qui comporte un renoncement à se trouver soi-même. Il se distingue notamment de la recherche de l’approbation sociale, dont A. Smith a fait l’une des deux forces à l’œuvre dans l’histoire – l’autre étant l’amour de soi, qu’il fait dériver de l’instinct d’autopréservation [11]. Le désir d’approbation sociale correspond en effet pour cet auteur à la recherche de la reconnaissance sociale que la richesse est censée donner à son possesseur. Le désir d’extimité porte non pas sur des biens matériels ayant une valeur financière, mais sur des parties de soi jusque-là gardées secrètes et sur la reconnaissance de leur originalité.

10Sa mise en jeu relève d’un désir qui n’est pas forcément conscient, et qui participe à la construction en parallèle de trois dimensions du self?: son intégration (une estime de soi adaptée se nourrit à la fois de sources internes et de profits relationnels), sa cohérence (certaines revendications du sujet peuvent lui être renvoyées par l’entourage comme ne lui appartenant pas en propre), son adaptation aux normes sociales.

11On a besoin d’intimité pour construire les fondations de l’estime de soi, mais la construction complète de celle-ci passe ensuite par le désir d’extimité. La manifestation du désir d’extimité est ainsi étroitement tributaire de la satisfaction du désir d’intimité?: c’est parce qu’on sait pouvoir se cacher qu’on désire dévoiler certaines parties privilégiées de soi.

12Ce processus peut être mis en relation, en psychanalyse, avec la théorie du self de H. Kohut et, en sociologie, avec la distinction entre soi public et soi privé [12]. Kohut met l’accent sur la nécessité de la construction d’une estime de soi réaliste affranchie des idéaux de toute-puissance du soi grandiose infantile [13]. Le désir d’extimité peut alors se comprendre comme l’une des instances de régulation qui permettent ce passage, l’autre étant la capacité des parents de valoriser les manifestations d’une estime de soi réaliste par l’enfant. Quant à R. F. Baumeister, il montre l’importance de la gestion du soi public pour la construction d’une estime de soi conforme aux normes sociales et donc susceptible d’être valorisée par l’environnement.

Particularités de l’expression de soi sur Internet

13La mise en jeu du désir d’extimité sur Internet présente plusieurs caractéristiques. La première est l’invisibilité, laquelle peut favoriser la désinhibition à propos de sujets que les individus n’aborderaient pas s’ils devaient donner leur identité. Mais les possibilités d’anonymat sur Internet sont plus souvent exploitées pour se construire une identité fictive [14]. C’est une façon d’explorer de nouvelles manières d’entrer en contact, de se séduire, de nouer des relations [15]. Internet est d’abord un espace dans lequel on explore des identités multiples.

14Une étude fine des sites Web montre que ceux-ci se répartissent entre deux pôles opposés. À une extrémité, ceux qui exigent que les noms, statuts et adresses e-mail soient publics et qui ne laissent donc aucun espace à la dissimulation?; à l’autre, ceux qui imposent l’anonymat et l’utilisation d’un masque sous la forme de pseudonymes. C’est entre ces deux extrêmes que se situe l’essentiel de ce qui se passe sur le Net. Autant dire que ceux qui veulent s’y exhiber peuvent le faire et que ceux qui veulent s’y cacher peuvent le faire aussi [16]. Le dispositif technique de nombreuses plates-formes permet à l’individu de «?s’essayer?» à diverses identités qu’il teste avec l’intention d’expérimenter l’effet produit. Le pseudonyme permet parfois la dissimulation, mais il est d’autres fois un masque permettant une forme d’authenticité [17]. C’est notamment le cas de réseaux spécialisés dans des conversations intimes. Ces groupes sont l’occasion de confidences, de questions et réponses sur la qualité des plaisirs, les formes possibles de rencontres, les bisexualités, les déboires conjugaux, le désir d’enfant, la prévention du sida, les difficultés au travail, le deuil, les sex-toys, et même parfois les ennuis de santé. Les échanges y sont quelquefois vifs, souvent enflammés, mais toujours respectueux et empathiques [18].

15L’expression du soi intime que constitue le processus d’extimité n’a de sens que si l’interlocuteur est reconnu susceptible de le valider. La théorie de la «?pénétration sociale [19]?» définit ainsi les relations interpersonnelles comme un processus de connaissance réciproque qui se développe depuis l’intimité non partagée vers une intimité partagée de plus en plus grande. En même temps, comme la révélation d’une partie de son intimité comporte des risques (notamment de dérision et de manipulation), le désir d’extimité se manifeste plutôt envers des personnes choisies. Le lien d’expression et de validation mutuelle de l’intimité qui s’ensuit définit même la forme la plus complète d’empathie, que nous avons désignée pour cette raison comme «?empathie extimisante [20]?».

16Sur Internet, la particularité du désir d’extimité est de pouvoir s’adresser non pas à une personne précise, mais à une multitude. Elle en acquiert alors des caractéristiques particulières.

17Selon la théorie de la «?facilitation sociale [21]?», la présence – réelle ou imaginée – d’un public influence le processus d’autoprésentation de soi dans le sens d’une conformité à ce qui est attendu. De ce point de vue, on peut dire que l’Internet définit une situation nouvelle dans laquelle la présence du public est bien réelle, mais peut être à tout moment ignorée. Du coup, le risque lié à la présentation de soi peut être ignoré lui aussi, d’une façon qui ouvre la porte à tous les excès.

18Parallèlement, la tendance à vouloir se rendre visible à tout prix, notamment au moment de l’adolescence, peut conduire à des propos excessifs pour attirer le plus grand nombre possible de «?clics?», sur le modèle du système Google, où les informations qui arrivent en premier sont censées être celles qui sont le plus consultées, processus que nous avons appelé «?googleïsation de l’estime de soi [22]?».

19Par opposition à l’intimité partagée avec quelques-uns, l’intimité partagée avec un grand nombre a pu être désignée comme intimité «?light?». Sa fonction est de maintenir un lien social léger susceptible d’être activé à tout moment. Elle est en cela comparable à celle des traditionnels «?cocktails?», qui permettent de réactiver une fois par an des liens jugés potentiellement utiles tout en évitant de créer une trop grande proximité que, du reste, personne ne souhaite. Le domaine où s’exerce cette forme de socialisation semble toutefois plutôt concerner aujourd’hui des casual games, comme FarmVille, que les réseaux sociaux comme Facebook. S’agissant de celui-ci, son usage correspond très peu à la recherche d’un capital social, et beaucoup plus à la promotion de l’estime de soi [23].

20L. Reichelt, elle, parle d’«?intimité ambiante [24]?» et en souligne les aspects positifs. Cette situation nouvelle consisterait à être proche de personnes auxquelles on accorde de l’attention alors que l’on n’est pas en mesure de participer à leur vie autant qu’on le souhaiterait. Cela permettrait à l’occasion de gagner du temps quand on les croise dans la vraie vie, mais ce n’est pas le but. Il s’agirait plutôt de découvrir des individus qui, sans cela, seraient restés de simples connaissances, et d’être en contact avec eux à un niveau de régularité et de proximité qui n’est pas celui des intimes, sans pour autant qu’ils soient des étrangers.

21L’autoprésentation de soi dans les mondes numériques est contrainte de se couler dans des formes imposées?: questionnaires des sites de rencontres en ligne, choix d’un avatar, création d’un profil, etc. La probabilité d’une fixation narcissique dépend évidemment de la relation que chacun entretient avec lui-même?: plus l’idée qu’on a de soi est indécise et flottante et plus est grand le risque de s’y laisser captiver. Mais on aurait tort de croire qu’il ne s’agit que de fragilité personnelle du postulant. Comme la Castafiore lorsqu’elle chante l’air des Bijoux de l’opéra de Gounod, l’internaute est toujours tenté de faire une pause à ce stade de sa recherche pour «?se voir plus beau en ce miroir?». Le fait que les possibilités soient toujours limitées ferait courir un risque de réification de la subjectivité [25].

22À la limite, l’importance accordée à l’apparence pourrait conduire à nier l’intériorité qu’elle abrite, autrement dit les dimensions non visibles de la personne, avec le risque d’induire un rétrécissement de l’espace intérieur, voire son annulation pure et simple [26].

23Nous voyons plutôt la solution à ce problème dans une distinction entre «?intime?» et «?intimité?». N’oublions pas en effet que le mot «?intimité?» recouvre deux catégories bien distinctes?: ce qu’on décide de ne partager que «?dans l’intimité?» – et les relations sexuelles en font généralement partie?; et ce que chacun ne partage avec personne – voire qu’il ignore lui-même à son sujet. D’ailleurs, si tout le monde reconnaît qu’on partage de l’intimité sur Internet, il ne viendrait à personne l’idée que ceux avec lesquels on la partage sont pour autant des «?intimes?». Le mot «?intime?» évoque une très grande proximité que le mot «?intimité?» n’évoque pas. C’est la même différence que celle qui se faisait traditionnellement entre le «?privé?» et le «?privatissime?». Sur Internet, chacun partage une part plus ou moins grande de son intimité, mais on ne partage pas l’intime?: soit parce que celui-ci suppose une proximité physique que l’Internet n’assure pas, soit parce que ce sont des choses que l’on n’a pas soi-même symbolisées et que l’on ne peut donc pas formuler à son propre sujet.

24Sur les réseaux, tout se diffuse très vite, et les informations données à un unique ami peuvent parvenir de proche en proche à des personnes susceptibles d’en faire un usage hostile. Les informations sont bien souvent utilisées par les moteurs de recherche pour fournir des publicités ciblées. En démocratie, on s’aperçoit que le plus grand danger d’Internet n’est pas le contrôle de chacun par un pouvoir centralisé, mais plutôt le contrôle de chaque citoyen par des sociétés privées, à but de protection ou de commerce. Il est essentiel que chaque usager des nouveaux réseaux prenne conscience de ces problèmes et réfléchisse bien à ce qu’il désire livrer, ou non, d’informations personnelles.

25Enfin, s’habituant à ce que son intimité soit surveillée, chacun finit par s’octroyer la liberté de surveiller ses proches. Le problème d’Internet et des nouvelles technologies n’est pas seulement de savoir jusqu’où les nouvelles générations accepteront de leur plein gré de montrer une part croissante de leur intimité – contribuant du même coup à «?désacraliser?» celle-ci –, mais de savoir jusqu’où elles s’accorderont le droit de contrôler l’intimité d’autrui?: surveillance des enfants par leurs parents, des employés par leur patron, des maris ou des femmes suspectés d’infidélité par leur conjoint, etc.

26Le développement de cette seconde tendance pourrait en effet amener à remettre en cause la première. N’oublions pas que la satisfaction du désir d’extimité suppose que le désir d’intimité soit satisfait. S’il s’avérait que les nouveaux réseaux sociaux menacent l’intimité, rares sont ceux qui prendraient le risque d’y dévoiler des aspects d’eux-mêmes. Pour que les gens aient envie de se montrer, il faut qu’ils puissent se cacher aussi souvent qu’ils le souhaitent.

Désir d’extimité et réciprocité?: les formes de l’empathie

27Le discours sur l’intimité est inséparable de la possibilité d’établir une relation empathique [27]. Nous ne dirions rien à personne si nous ne pensions pas qu’au moins certains de nos interlocuteurs ont le pouvoir de se mettre à notre place. En fait, le mot «?empathie?» recouvre deux attitudes psychiques bien différentes. L’une est centrée sur la compréhension d’autrui – on peut la dire cognitive –, l’autre sur la relation avec lui – on peut la dire relationnelle. L’enfant accède normalement à la première de ces deux formes d’empathie aux alentours de sa quatrième année. L’évolution qui l’y mène passe par trois phases. La première correspond au moment où le bébé éprouve totalement ce que ressent son adulte de référence [28]?: il «?s’imprègne?» – «?comme une éponge?», est-on tenté de dire – des états émotionnels de l’adulte dont il est le plus proche. Puis, très vite, il accède à la distinction entre soi et l’autre, il devient capable d’avoir ses émotions à lui tout en percevant celles des autres et d’éprouver éventuellement les leurs sans se confondre avec eux. Enfin, l’enfant devient capable de se mettre véritablement à la place de l’autre pour percevoir le monde comme lui tout en restant lui-même. C’est ce que certains auteurs expliquent par l’apparition d’une «?théorie de l’esprit [29]?» et d’autres par la capacité de simuler mentalement la subjectivité d’autrui [30]. Cette forme d’empathie ne nous dit rien toutefois de la façon dont cette compréhension d’autrui peut être utilisée. Elle peut l’être en pratique de deux façons opposées, soit pour se rapprocher de l’autre, soit au contraire pour le manipuler.

28L’empathie relationnelle passe elle aussi par plusieurs étapes, mais ce ne sont pas les mêmes. Il s’agit d’abord du renoncement à la toute-puissance qui permet d’abandonner le désir d’emprise sur l’autre. Puis il s’agit de reconnaître à l’autre la possibilité d’éprouver ce que je ressens exactement de la même manière que je le fais pour lui. La forme d’empathie qui en résulte peut être dite réciproque. Enfin, il s’agit, dans un troisième temps, de reconnaître à mon interlocuteur le droit, par ses réactions, de m’informer sur moi-même. Cette forme d’empathie peut être appelée aussi extimisante dans la mesure où elle met en jeu le désir d’extimité, qui suppose, rappelons-le, de reconnaître à autrui le pouvoir de nous informer sur nous.

29Sur Internet, ces diverses formes d’empathie coexistent. L’empathie cognitive est celle dont fait preuve le pédophile qui se fait passer pour un enfant?; ou encore celle de l’escroc qui dit chercher une personne de confiance pour la faire profiter de sa fortune. C’est aussi le cas de formes de séduction qui visent en réalité à préparer des pratiques de harcèlement [31]. L’empathie relationnelle, elle, engage autrement l’intimité. Elle consiste à rendre visible une partie de soi à condition que l’autre rende visible une partie de lui d’une manière dont la pratique du peer to peer constitue la métaphore.

Notes

  • [1]
    P. Valéry, L’Idée fixe ou Deux hommes à la mer (1932), Paris, Gallimard, 1966.
  • [2]
    C. Lasch, The Culture of Narcissism. American Life in an Age of Diminishing Expectations, New York et Londres, W.W. Norton and Company, 1979.
  • [3]
    R. Sennett, Les Tyrannies de l’intimité, Paris, Seuil, 1979.
  • [4]
    M. Foessel, La Privatisation de l’intime, Paris, Seuil, 2008.
  • [5]
    J. Birman, «?La visibilité en question?: l’espace, le temps, l’histoire?», in Voir, être vu. L’injonction à la visibilité dans les sociétés contemporaines, Actes du colloque organisé les 29, 30 et 31 mai 2008 par l’Association internationale de sociologie (CR 46) et l’Association internationale des sociologues de langue française (CR 19).
  • [6]
    M. Foucault, Surveiller et Punir, Paris, Gallimard, 1974.
  • [7]
    D. W. Winnicott, Jeu et Réalité. L’espace potentiel (1971), Paris, Gallimard, 1975.
  • [8]
    A. M. Leslie, «?Pretense and Representation?: The Origins of “Theory of Mind”?», Psychological Review, 94, 1987, p. 412-426.En ligne
  • [9]
    S. Tisseron, L’Intimité surexposée, Paris, Flammarion, 2002.
  • [10]
    G. Bonnet, Voir, être vu. Figures de l’exhibitionnisme aujourd’hui, Paris, PUF, 2005.
  • [11]
    C. Marouby, L’Économie de la nature. Essai sur Adam Smith et l’anthropologie de la croissance, Paris, Seuil, 2004.
  • [12]
    R. F. Baumeister, Public Self and Private Self, New York, Springer-Verlag, 1986.
  • [13]
    H. Kohut, Le Soi?: la psychanalyse des transferts narcissiques, Paris, PUF, 1971.
  • [14]
    A. Hérault et P. Molinier, «?Les caractéristiques de la communication sociale via Internet?», Empan, n° 76, «?Réseaux Internet et lien social?», Toulouse, Érès, 2009.
  • [15]
    D. Boyd, «?Why Youth (Heart) Social Network Sites?: The Role of Networked Publics in Teenage Social Life?», in Youth, Identity and Digital Media, Cambridge (Mass.), MIT Press, 2007.
  • [16]
    D. Cardon, «?Le design de la visibilité. Un essai de cartographie du web 2.0?», InternetActu, 2008 (http://www.internetactu.net/2008/02/01/le-design-de-la-visibilite-un-essai-de-typologie-du-web-20/).
  • [17]
    A. Klein (dir.), Objectif Blogs?! Exploration dynamique de la blogosphère, Paris, L’Harmattan, 2007.
  • [18]
    D. Welzer-Lang, «?Du réseau social au réseau sexuel?», Empan, n° 76, «?Réseaux Internet et lien social?», Toulouse, Érès, 2009.
  • [19]
    I. Altman et D. A. Taylor, Social Penetration?: The Development of Interpersonal Relationships, New York, Holt, Rinehart and Winston, 1973.
  • [20]
    S. Tisseron, L’Empathie au cœur du jeu social, Paris, Albin Michel, 2010.
  • [21]
    R. B. Zajonc, «?Social Facilitation?», Science, 149, 1965, p. 269-274.En ligne
  • [22]
    S. Tisseron, Virtuel, mon amour. Penser, aimer et souffrir à l’ère des nouvelles technologies, Paris, Albin Michel, 2008.
  • [23]
    A. Gorrini, Estimità?: Self Disclosure e bisogno di Autostima in Facebook, thèse de doctorat, Faculté de psychologie, Université de Milan-Bicocca, 2009.
  • [24]
    L. Reichelt, «?Ambient Intimacy?», conférence Future of Web Apps, octobre 2007 (http://www.slideshare.net/leisa/ambient-intimacy-fowa-07).
  • [25]
    A. Honneth, La Réification. Petit traité de théorie critique, Paris, Gallimard, 2006.
  • [26]
    C. Haroche, «?L’invisibilité interdite?», in Voir, être vu. L’injonction à la visibilité dans les sociétés contemporaines, Actes du colloque organisé les 29, 30 et 31 mai 2008 par l’Association internationale de sociologie (CR 46) et l’Association internationale des sociologues de langue française (CR 19).
  • [27]
    S. Tisseron, L’Empathie au cœur du jeu social, op. cit.
  • [28]
    D. Stern, Le Monde interpersonnel du nourrisson, Paris, PUF, 1989. En ligne
  • [29]
    A. M. Leslie, «?Pretense and Representation?», art. cité.
  • [30]
    J. Decety, «?L’empathie est-elle une simulation mentale de la subjectivité d’autrui???» in A. Berthez et G. Jorland, L’Empathie, Paris, Odile Jacob, 2007.
  • [31]
    P. W. Agatson, R. M. Kowalski et S. P. Limber, «?Student’s Perspectives on Cyber Bullying?», Journal of Adolescent Health, 41 (6), 2007, p. 59-60.En ligne
Français

Résumé

L’intimité est essentielle à l’être humain, mais ses expressions sont sans cesse modifiées par le désir d’extimité. Celui-ci correspond au fait de déposer certains éléments de notre vie intime dans le domaine public afin d’avoir un retour sur leur valeur. Il est différent de l’exhibitionnisme et du conformisme. Il contribue à la fois à la construction de l’estime de soi et à la création d’une intimité plus riche et de liens plus nombreux. Il tient la clé de l’empathie sur Internet, et celle-ci tient à son tour la clé des pratiques pathologiques.

Serge Tisseron
Université Paris Ouest-Nanterre La Défense
Dernière publication diffusée sur Cairn.info ou sur un portail partenaire
Mis en ligne sur Cairn.info le 01/01/2012
https://doi.org/10.3917/commu.088.0083
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