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Communications

2014/2 (n° 95)

  • Pages : 248
  • Affiliation : Numéros antérieurs disponibles sur www.persee.fr

  • ISBN : 9782021180879
  • DOI : 10.3917/commu.095.0199
  • Éditeur : Le Seuil

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La nécessité d’une approche plus complexe de la résolution et de la transformation des conflits dans des cas d’affrontements violents, prolongés et inextricables apparaît comme une évidence si l’on se fie aux exemples, certes peu nombreux, où une solution durable a été trouvée et mise en œuvre avec succès. On recense à travers le monde de nombreux conflits qui perdurent à des niveaux de violence variables et se révèlent particulièrement résistants aux interventions et aux méthodes traditionnelles de médiation et de négociation. Ils se définissent par leur persistance même, de nombreux cycles de violence se déployant sur la durée, chaque cycle de violence augmentant la complexité du conflit et sa résistance à une résolution durable.

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Penseurs et praticiens réfléchissent depuis longtemps à des approches alternatives à la résolution/transformation de conflits. Depuis l’émergence dans les dernières décennies de ce champ disciplinaire qu’est la théorie de la paix et du conflit et de la pratique de consolidation de la paix, on a pu voir apparaître des strates successives de doctrines sur le sujet. Chaque école de pensée apporte ses propres outils conceptuels et ses propres solutions. Toute tentative d’amélioration de la théorie et de la praxéologie de la transformation interactive de conflits doit en priorité, pour être efficace, partir d’une compréhension des points forts et des points faibles des tentatives passées et actuelles.

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Oliver Richmond détaille quatre générations de théories ayant trait aux études sur la paix et les conflits [1][1] Oliver Richmond, Peace and International Relations :.... La première se caractérise par cette conception dite « réaliste » de la paix qui prône une approche de gestion des conflits visant à mettre fin à la violence ouverte et à (re)construire l’ordre étatique. La deuxième fait des membres de la société civile des acteurs décisifs de la résolution des conflits, et vise à éradiquer la violence structurelle, analysée comme la racine du conflit ; Richmond décrit cette approche comme un mélange d’idéalisme, de structuralisme et de libéralisme, qui ne remet jamais en question le rôle de l’État libéral dans son concept même. La troisième génération préconise un agenda de paix libéral fondé sur des missions multidimensionnelles et multilatérales de consolidation de la paix, par exemple des interventions de tierces parties. Bien sûr, c’est la fin de la violence ouverte qui est ici visée, mais, au-delà, ce sont bien des réformes institutionnelles qui sont censées régler la dimension structurelle des conflits. Même si cette troisième génération revendique son œcuménisme, elle se voit critiquée par la génération suivante, la quatrième donc, qui représente une approche critique poststructuraliste souvent mêlée de constructivisme social, de théorie des systèmes et de théorie poststructuraliste. Tout en reconnaissant notre dette envers ces quatre générations de théoriciens de la paix, nous souhaitons démontrer qu’une cinquième est désormais nécessaire, plus transdisciplinaire et plus intégrative : ce que nous proposons, c’est un nouveau cadre reposant sur les points forts de chacun des cadres précédents.

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Cette cinquième génération de recherches sur la paix et la transformation de conflits, unie par une théorie de la complexité générale [2][2] Edgar Morin, « Complexité restreinte, complexité générale »,..., pourrait dès lors dépasser le tournant culturel postmoderne et la pensée poststructuraliste de la quatrième génération, pour aller vers un universalisme « soft » postmoderne, qui à la fois se nourrit des critiques postmodernes de l’universalisme et les dépasse. L’approche de transformation de conflits présentée dans le présent article est une tentative de réponse à ce défi par application des approches épistémologiques et méthodologiques citées plus haut au concept de besoins humains élémentaires, qui pourra ainsi servir de cadre de référence à un tel universalisme « soft ».

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De même, Peter Coleman [3][3] Peter T. Coleman, « Paradigmatic Framing of Protracted,... décrit quatre paradigmes majeurs développés plus précisément aux fins d’analyse et de résolution des conflits prolongés et inextricables : le paradigme « réaliste », le paradigme fondé sur les relations humaines, le paradigme du modèle médical et le paradigme postmoderne, ainsi que les différentes conceptions du conflit et de la transformation de conflits qui se déploient dans le cadre de chacun d’eux.

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Ainsi, il parle de la conception réaliste des conflits comme d’un « jeu politique dangereux sur le pouvoir et le contrôle. Le règne de l’agression, de l’anarchie et de la domination ». Le paradigme fondé sur les relations humaines présente quant à lui le conflit en termes de « relations destructrices enfermées dans une spirale d’escalade. Les relations et connexions sociales y sont cruciales ». Le paradigme du modèle médical voit dans les conflits des « affections pathologiques touchant le système, nécessitant diagnostic, confinement et traitement » – pour notre part cependant, nous qualifierions ce paradigme davantage de « socio-thérapeutique » que de « médical ». Quant au paradigme postmoderne, il voit dans le conflit un ensemble de récits socialement construits impliquant préjugés et polarisation, et préconise la prise de conscience et la pensée complexe.

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Coleman conclut son analyse de ces approches, et des paradigmes qui les fondent, en faisant l’hypothèse que les quatre premiers paradigmes peuvent être liés à un cinquième, de nature systémique. Ce dernier s’attache aux « schémas de destruction émergents et profondément ancrés. Le tout est supérieur à la somme de ses parties » [4][4] Ibid., p. 227..

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En tout état de cause, c’est bien un méta-cadre systémique que prône Coleman pour mettre en relation ces divers paradigmes. Il décrit ce méta-cadre, aux plans épistémologique et méthodologique, comme une méthode de guidage de l’application des divers paradigmes et de meilleure compréhension de leurs postulats. Ce qui dès lors devient essentiel est le gain intellectuel apporté par la mise en lien des différentes perspectives [5][5] Peter T. Coleman, « Conflict, Complexity, and Change.....

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Par tissage et séquençage de telles approches complémentaires, il devient sans doute possible de déclencher des modifications de la structure profonde des systèmes [de conflits] […] de telle sorte que se produisent des changements transformationnels en séquence durable [6][6] Peter T. Coleman, « Paradigmatic Framing of Protracted,....

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Dès lors, une question se pose : parmi les diverses approches au sein du paradigme systémique, laquelle pourrait fonctionner comme méta-cadre pour l’analyse des conflits prolongés et inextricables ? Le choix de Coleman est celui de la « théorie des systèmes dynamiques ».

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John Paul Lederach, en revanche, considère qu’un paradigme systémique est sans doute insuffisant. S’appuyant sur les travaux de Paolo Freire, il avance que « la consolidation transformative de la paix maintient et prolonge le changement à la fois personnel et systémique [7][7] John Paul Lederach, Preparing for Peace. Conflict Transformation... ». Il est sans aucun doute besoin d’approches systémiques pour analyser certains des « fossés dans la consolidation de la paix » identifiés par John Paul Lederach [8][8] John Paul Lederach, « Just Peace. The Challenge of.... Toutefois, si de telles approches sont bien nécessaires pour l’analyse du « fossé d’interdépendance », elles seront peut-être inopérantes pour celle du « fossé de justice », du « fossé procédé-structure [9][9] Ibid. » ou du « fossé d’authenticité [10][10] John Paul Lederach, The Moral Imagination. The Art... ».

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Ces lacunes, néanmoins, ne constituent pas en elles-mêmes un argument contre la théorie des systèmes dynamiques comme méta-cadre préconisée par Coleman. Ce dernier en effet reconnaît clairement l’importance des autres cadres paradigmatiques et les avantages d’une analyse des conflits mettant en œuvre tous les outils conceptuels des approches non systémiques. Mais le paradigme systémique en tant que tel n’est pas, pour un penseur comme Edgar Morin, suffisamment complexe dès lors qu’il s’agit des dimensions intersubjectives et interactionnelles (sociopsychologiques et culturelles) du conflit.

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Plus précisément, on voit affleurer, dans l’approche systémique, deux postulats réductionnistes facilement analysables dans un cadre morinien. Tout d’abord, la prépondérance accordée à cette idée selon laquelle « un système est davantage que la somme de ses parties », et ensuite le besoin proclamé de simplification de la complexité des conflits violents pour « permettre l’identification d’une intervention réalisable » [11][11] Barbara Unger, Oliver Wils, Systemic Conflict Transformation..... Bien au contraire, c’est d’une compréhension plus profonde de la complexité de la réalité qu’il est besoin [12][12] Maria Clusella, Eugenia Ortiz, « Systemic Epistemology.... pour aboutir à des solutions plus créatives et plus durables.

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Pour Morin, cette complexité nécessite d’appréhender la relation entre tout et parties. Si donc le tout est supérieur à la somme de ses parties, il est tout aussi vrai, selon lui, que le tout est inférieur à cette somme.

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Pourquoi ? Parce qu’un certain nombre de qualités et de propriétés présentes dans les parties peuvent être inhibées par l’organisation du tout. […] Dans la relation humaine individu-société, les possibilités de libertés à la limite délinquantes ou criminelles inhérentes à chaque individu vont se trouver inhibées par l’organisation de la police, des lois, de l’ordre social. […] c’est à travers l’organisation des parties en un tout qu’apparaissent les qualités émergentes et que disparaissent les qualités inhibées [13][13] Edgar Morin, « Complexité restreinte, complexité générale »,....

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Ce à quoi Morin réfère dans ce passage, c’est le principe holographique de complexité, en l’occurrence que le tout se reflète dans chacune de ses parties, et que par conséquent l’« aspect supérieur » se retrouve également dans chaque partie. Ce principe hologrammique est l’un des trois cités explicitement par l’auteur lorsqu’il trace les contours du paradigme de la complexité, qui est également pour lui dialogique et récursive. Tony Kashani décrit ainsi les trois paradigmes de Morin :

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[…] « dialogique » renvoie aux tensions entre deux logiques qui vont entrer dans des combinaisons variées l’une par rapport à l’autre, parfois s’opposant […], parfois se complémentant. « Récursivité », au cas où un organisme produit des éléments pour régénérer le processus même qui l’a lui-même créé. […] « Hologrammique », évidemment, renvoie au principe du « un pour tous et tous pour un ». En d’autres termes, le tout représente la partie, cependant que la partie est toujours contenue dans le tout [14][14] Tony Kashani, « Dissident Cinema. Defying the Logic....

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Même si un certain nombre de spécialistes de la pensée systémique définissent cette dernière comme holistique, cela ne cadre pas avec la conception morinienne de la complexité. Pour Morin, en effet, la pensée systémique est contextuelle, mais non holistique. En outre, ajoute-t-il, elle ne saurait être réduite à des systèmes qu’il décrirait comme comportant de la « complexité restreinte » ; elle se doit au contraire de dépasser les systèmes pour aller vers ce qu’il nomme « complexité générale ».

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L’idée de « sciences de la complexité » […] est restreinte aux systèmes que l’on peut empiriquement considérer comme complexes parce qu’ils se présentent empiriquement en une multiplicité de processus interconnectés, interdépendants et rétroactivement associés. En fait, jamais la complexité n’est remise en question ni pensée au plan épistémologique. Ici, la coupure épistémologique entre complexités restreinte et générale apparaît, car à mon sens tout système, quel qu’il soit, est complexe par sa nature même. […] Mais alors, qu’est-ce que la complexité « générale » ? Elle nécessite, je le redis, d’être épistémologiquement repensée, c’est-à-dire de repenser l’organisation même du savoir.

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Morin combine ensuite cette complexité générale, et sa remise en cause épistémologique, avec une « politique de civilisation » et une « éthique de la Terre-Patrie » qui pose directement la question de l’urgence de satisfaire aux besoins humains fondamentaux, aux intérêts sociaux fondamentaux et aux valeurs globales fondamentales [15][15] Edgar Morin (avec Anne-Brigitte Kern), Terre-Patrie,.... Cela cadre donc admirablement avec la distinction posée par Steve Best et Douglas Kellner sur les us et abus de la théorie de la complexité :

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Comme toute théorie scientifique, […] la théorie de la complexité peut être déployée à des fins politiques différentes. Nous faisons une distinction entre une théorie de la complexité conservatrice et idéologique qui utilise de nouvelles découvertes scientifiques et technologiques à des fins de légitimation du [système dominant] et une théorie de la complexité critique qui interprète le pouvoir et l’intelligence « ascendants » (bottom-up) en termes de démocratie directe et non comme une ruche bourdonnante. [Cela] soulignerait la nécessité d’un développement durable et de la construction d’une économie écologiquement viable et d’une société juste, tout en critiquant les aspects destructeurs de la nouvelle technologie et de la nouvelle société [16][16] Steve Best, Douglas Kellner, « Kevin Kelly’s Complexity....

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Morin transcende les différents concepts standard des théories de la complexité et du chaos, tels ceux de l’école de Santa Fe ou celle de Prigogine, qui sont davantage centrés sur la modélisation mathématique et les analogies conceptuelles appliquées aux sciences naturelles. Pour lui, de telles approches demeurent restrictives, dans la mesure où elles ne prennent nullement en compte les défis épistémologiques, cognitifs ou pragmatiques posés par la complexité.

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Notre thèse ici sera donc qu’il y a davantage à gagner à adopter le paradigme de la pensée morinienne d’une complexité générale plutôt que la théorie des systèmes restreints. Cette voie permet de mettre les approches interactionnelles et narratives sur le même plan que les approches systémiques. Ce que nous propose Morin, ce n’est pas une « grande théorie », mais plutôt un paradigme doublé d’une méthode pour une réforme épistémologique de la pensée et de la science sur la base de la complexité générale. Son paradigme permet le développement d’un cadre méthodologique pour une recherche sur la paix pluraliste et transdisciplinaire, une analyse complexe des conflits et une transformation de conflits complexe et interactive.

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L’utilisation de la complexité générale en tant que méta-théorie pour un cadre transdisciplinaire ouvre un grand nombre de voies d’analyse. Le paradigme morinien de pensée complexe épistémologique et ontologique va bien au-delà des approches systémiques-fonctionnalistes, structuralistes, poststructuralistes, modernistes ou postmodernistes, et transcende les différents réductionnismes classiques en sciences et en philosophie, tels biologisme-anthropologisme-sociologisme, individualisme-holisme-systémisme et réalisme-idéalisme-constructivisme.

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La « méthode » méta-théorique morinienne de pensée complexe permet la mise en lien d’approches systémiques, narratives et interactionnelles de théories au plan de la théorie sociale, mais également au plan d’une praxéologie multidimensionnelle. Elle permet la construction de théories transdisciplinaires du conflit, de la violence, de la paix et de la transformation de conflits, mais également une « éthique complexe » de consolidation de la paix et de transformation de conflits, en intégrant les différents domaines sociaux que sont individu, société et espèce.

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C’est sur cette base transdisciplinaire, et tout en respectant l’autonomie relative des perspectives de recherche individuelles – même si une certaine flexibilité devra être conservée dans leur association –, qu’une analyse des conflits complexes elle-même basée sur la théorie de la complexité peut être mise en œuvre. Ces fondations épistémologiques et méthodologiques vont dès lors permettre une réflexion sur les recherches sur la paix et le conflit, et ouvrir la voie à de nouvelles stratégies de recherche à niveaux multiples, complexes et interactives.

Transformation complexe des conflits : comment mettre en lien les théories et méthodes systémiques, narratives et interactives

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Dans l’élaboration d’une telle approche complexe d’une « analyse complexe des conflits », on peut classer les différentes conceptions du conflit et de la transformation de conflits selon trois dimensions théoriques, centrées respectivement sur la structure sociale systémique, le sens culturel-symbolique et l’(inter)action. Ces trois points de vue théoriques, pris comme un tout, sont fondamentaux pour l’analyse des constellations du conflit, essentiellement au plan sociétal.

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Ces approches et théories peuvent être vues comme les angles d’un triangle. L’un représente les structures – au sens de structures sociales existantes dans et entre les sociétés – au sein desquelles les acteurs évoluent et qui influent sur le comportement desdits acteurs ; c’est là le domaine du monde « extérieur ». À un autre angle, on trouve la compréhension culturelle et symbolique, le monde intérieur des individus, groupes et sociétés et leurs schémas de pensée et significations, leur psychologie ; il s’agit de la dimension du monde « intérieur ». Enfin, au troisième, on retrouve l’(inter) action, essentiellement centrée sur les acteurs, individus et groupes qui participent aux conflits dans le monde physique, dotés d’un certain niveau d’agentivité, et donc également sur leur comportement ; c’est là que monde « intérieur » et monde « extérieur » se rencontrent, façonnant et influençant le comportement de ces acteurs, qu’il s’agisse de groupes ou d’individus. Toute approche des conflits va mettre en jeu au moins une ou deux de ces trois dimensions, mais pas toutes trois, en raison tout simplement du niveau de complexité requis. Il n’est aucune approche théorique ou méthodologique qui soit en mesure de rendre pleinement compte de cela.

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C’est à l’intérieur même de ces trois perspectives que l’on peut placer les cinq cadres que Coleman tente d’intégrer pour comprendre les constellations de conflits profonds et prolongés. Le réalisme, par exemple, est centré sur les acteurs, leur comportement et leurs capacité et tendance à dominer ; il tient pour acquis que les décisions de ces acteurs sont des tentatives rationnelles pour maximiser leur intérêt. Cela est flagrant dans la pensée réaliste classique sur la résolution de conflits en politique internationale, et également en matière d’application aux conflits des diverses théories des jeux. Une approche réaliste peut également reconnaître l’importance des structures : c’est tout spécialement le cas du réalisme structural, centré sur le système international. Par conséquent, on peut concevoir le réalisme comme un continuum entre les deux pôles de l’(inter)action et de la structure, où brille par son absence l’impact de facteurs tels la culture, la psychologie et le monde intérieur des acteurs.

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Chacune des trois perspectives possède ses propres points de vue, sa propre systématique et sa propre capacité à enclencher la transformation des conflits. Il serait par conséquent quelque peu vain de tenter d’intégrer ces différents modèles dans une seule et même « grande approche ». On peut cependant les mettre en relation, tout en maintenant leurs forces individuelles, pour aller vers une meilleure compréhension des conflits et de la façon de les aborder.

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L’apport épistémologique majeur de la transformation complexe de conflits est la reconnaissance de l’égale importance des perspectives singulières de chacun des paradigmes et cadres qui peuvent être appliqués aux conflits. Aucun des cadres en particulier ne saurait être utilisé pour médiatiser les autres – si tel était le cas, cela reviendrait à prendre les points forts et faibles de ce cadre pour l’imposer aux autres. Et pourtant, il n’en reste pas moins qu’un cadre connecteur est nécessaire afin de médiatiser les différents cadres et, par conséquent, de mieux saisir le tout et sa complexité.

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C’est bien ce que nous permet la complexité générale : sans imposer de perspective dominante, elle fonctionne comme élément connecteur entre les cadres. Elle ajoute les liens indispensables dans les espaces les séparant. Chaque partie peut dès lors demeurer distincte, contribuant à plein à la transformation de conflits, mais dans le même temps il reste possible de saisir les rapports réciproques complexes entre les parties, tout en gagnant sensiblement en compréhension de leur fonctionnement en tant que tout.

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Nous proposons donc, sur cette base théorique, un méta-cadre transdisciplinaire pour la transformation complexe de conflits (TCC), avec des stratégies de recherche et des méthodes dialogiques multi-niveaux. Ce méta-cadre mettra en lien les trois perspectives essentielles que sont la théorie des systèmes, la théorie narrative et le constructivisme interactionnel.

L’analyse systémique des conflits : une étude de la complexité des besoins humains essentiels

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Sa première composante majeure est une analyse systémique du conflit et de la transformation de conflits, sous-tendue par une théorie des besoins humains essentiels, conçus comme une « condition interne qui altère l’état de bien-être d’un organisme. Cette altération, reconnue par le système nerveux central, va pousser l’organisme à agir dans le but de compenser l’écart [17][17] Stefan Borrmann, Soziale Arbeit mit rechten Jugendlichen.... ». Si l’on adopte ce point de vue, les besoins seraient universels à tous les êtres humains, même si les désirs et buts particuliers exprimés afin de les satisfaire demeurent différents entre individus ou entre sociétés.

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De même, l’approche TCC met l’être humain au centre de l’anthropologie historique, du développement social et de la transformation de conflits. Notre approche s’appuie en particulier sur le concept de « besoins humains fondamentaux » dû à Herbert Kelman [18][18] Herbert C. Kelman, « Social Psychology and the Study..., lui-même influencé par son travail avec John Burton. Comme le souligne Demirdogen, la conception de Kelman des conflits, fondée sur l’ethnicité et l’identité, constitue un apport majeur et singulier, et « le postulat maître est que le conflit international est un processus mû par des besoins communs et des peurs collectives, plutôt qu’un processus entièrement fondé sur le calcul rationnel d’intérêts nationaux objectifs de la part des décideurs politiques [19][19] Ülkü D. Demirdogen, « A Social-Psychological Approach... ». Il est dans cette optique relativement simple de résoudre les conflits qui reposent sur les ressources ou les intérêts, bien plus que ceux portant sur des valeurs et des besoins fondamentaux.

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C’est Abraham Harold Maslow qui le premier a analysé la motivation humaine comme fonction d’une hiérarchie de besoins qui vont des besoins physiologiques élémentaires jusqu’à, tout en haut de la pyramide, des besoins psychologiques tels la reconnaissance, l’estime et l’accomplissement de soi, ces derniers étant posés comme innés au plan biologique. De son côté, Burton tente d’étendre les idées de Maslow à la théorie des conflits ; sa liste élargie des besoins humains comporte, outre des besoins matériels tels nourriture, abri, sécurité physique et bien-être, des besoins psychologiques comme identité, sécurité, autonomie, reconnaissance, estime de soi et un certain sens de la justice. De façon révélatrice, il rompt avec l’idée selon laquelle les besoins humains fondamentaux s’organiseraient en une hiérarchie objective inhérente [20][20] John Burton, Conflict Resolution and Prevention, New....

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Dans une approche de type TCC, la théorie des besoins se voit complexifiée encore davantage, et devient essentiellement un outil dialogique d’exploration de la complexité des besoins humains fondamentaux. Les parties en conflit peuvent-elles s’accorder pour prendre les besoins humains partagés comme cadre de référence pour la médiation entre leurs cadres de référence particuliers, tels les droits de l’homme, le droit international, les constitutions, normes sociales, visions religieuses ou méthodes locales de résolution de conflits ?

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À cet égard, il faut impérativement dépasser une conception des besoins humains fondamentaux comme purement « systémiques » (fonctionnalistes ou bien évolutionnistes). Ils demeurent pertinents bien au-delà d’une telle vision. Comme l’écrit Castoriadis :

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[…] une société ne peut exister que si une série de fonctions sont constamment accomplies […], mais elle ne se réduit pas à cela, ni ses façons de faire face à ses problèmes ne lui sont dictées une fois pour toutes par sa « Nature », elle s’invente et se définit aussi bien de nouveaux modes de répondre à ses besoins que de nouveaux besoins [21][21] Cornelius Castoriadis, L’Institution imaginaire de....

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Ces nouveaux besoins ne peuvent être identifiés et compris que dialogiquement.

Pour un recadrage des récits de conflits : de l’empathie à la créativité

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Le détour par Castoriadis nous mène tout droit à la deuxième composante du méta-cadre TCC, le monde intérieur des acteurs des conflits, qui va nous fournir un aperçu d’une dimension plus profonde, plus civilisationnelle du conflit, fondée sur une philosophie de l’histoire. Castoriadis a contribué à faire comprendre que les institutions ou structures sociales ne comportent pas seulement du structurel ou du fonctionnel, mais également un imaginaire social qui est « tissé avec le symbolique » ; par conséquent, il n’existe pas que du fonctionnel, mais aussi de l’imaginaire, sans lequel la fonctionnalité ne saurait être comprise [22][22] Takis Fotopoulos, « Systems Theory and Complexity.....

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De même, mais en référence plus particulière à la notion de « trauma culturel », Jeffrey Alexander développe une sociologie culturelle doublée d’une théorie narrative [23][23] Ron Eyerman, « Jeffrey Alexander and the Cultural Turn.... Pour lui, le culturel possède une « structure » fondée sur des récits, et ces récits constituent la base de l’identité individuelle ou collective. Le récit donne un sens et une identité à ceux qui le partagent. Il raconte d’où nous venons, ce que nous faisons dans le présent et où l’avenir nous emmène. C’est ce récit qui se trouve endommagé par un trauma dans une communauté, et ce dommage doit dès lors être réparé : il émerge alors un besoin d’empathie et de réparation de l’injustice commise dans le passé. Le récit est entretenu par toute une variété d’acteurs, médias et autres agents collectifs, qui s’en emparent et le modifient en une « spirale de signification [24][24] Ibid. ».

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Renvoyant à Bernhard Geisen, Ron Eyerman appelle de ses vœux une « pragmatique culturelle » qui ferait le lien entre méta-théorie et études de cas, afin de comprendre non seulement comment le récit régule l’action, mais également l’idée selon laquelle l’action ne se réduit jamais au simple exercice d’un choix économique. Un drame social se déroule, avec ses acteurs et son public, et cette représentation « prend ses racines dans le rituel et la mimesis » plutôt que dans le calcul rationnel. À travers le récit, l’action humaine est à la fois « gouvernée par les règles et pourtant également productrice de règles, pratique et pourtant également créative » [25][25] Bernhard Geisen, cité in Ron Eyerman, « Jeffrey Alexander....

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Les besoins humains fondamentaux, par conséquent, ne sauraient être considérés uniquement comme besoins autopoïétiques [26][26] Takis Fotopoulos, « Systems Theory and Complexity »,.... Si tel était le cas, seul serait concerné un des niveaux d’être identifiés par Castoriadis, auquel viendraient se surajouter la psyché humaine, l’individuel social, l’individuel historique, mais aussi la « capacité émergente » du sujet autonome et de la société autonome [27][27] Suzi Adams, « Towards a Post-Phenomenology of Life.....

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Une théorie complexe des besoins humains fondamentaux devra donc prendre en compte l’importance des récits et de la compréhension herméneutique. Dans l’analyse de ces dimensions socioculturelles, nous pourrons mettre en œuvre une herméneutique poststructuraliste – elle peut être qualifiée ainsi dans la mesure où « les discours se caractérisent par la “surdétermination” », et où par conséquent il existe des « formations multi-stratales de sens qui permettent des articulations diverses et même antagonistes » [28][28] Stefan Neubert, Some Perspectives of Interactive Constructivism....

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Dans une telle perspective, non seulement les besoins humains fondamentaux vont passer d’un sens fonctionnaliste à un sens davantage subjectif, nourri par la culture, mais ils vont devenir eux-mêmes une valeur en soi. Plus précisément, le concept de besoins humains fondamentaux n’est pas en lui-même une valeur ; la valeur réside plutôt dans le fait que tous les êtres humains doivent voir leurs besoins humains fondamentaux satisfaits. Dès lors, c’est bien cette satisfaction qui, en un certain sens, devient la méta-valeur fondamentale et le résultat attendu de la TCC.

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Même s’il n’existe aucune hiérarchie objective des besoins, les êtres humains et les sociétés ont tendance à en privilégier certains et à fonder des valeurs collectives comme idéologies politiques sur cette priorisation. Ainsi, le marxisme met en général au centre même de son idéologie le besoin humain fondamental de bien-être (matériel) ; le libéralisme, le besoin de liberté (politique et économique) ; le nationalisme, le besoin d’identité (nationale) ; quant à l’approche standard sécuritaire « réaliste », c’est la survie (de l’État) qui y constitue la priorité absolue. Dans le cas de conflits profondément enracinés, on observe souvent une fixation sur un ou plusieurs des besoins humains fondamentaux, et en principe sur celui ou ceux-là mêmes qui sont manquants. On sait que des gens peuvent sacrifier leur vie pour leur identité religieuse ou culturelle (comme par exemple le droit à parler leur propre langue), mais d’autres peuvent également sacrifier leur vie à leur bien-être, ou leur identité à leur survie.

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L’approche TCC vise à déconstruire et redéfinir ces idéologies et récits, sur la base de hiérarchies particulières, ou sur des fixations de besoins humains fondamentaux. Son postulat central est que ces besoins sont d’importance égale, qu’aucun d’entre eux n’est donc plus important qu’un autre, et que toute solution durable d’un conflit passe nécessairement par leur satisfaction globale. Il n’existe pas de besoins humains fondamentaux pour les systèmes, États, institutions, organisations ou partis politiques, ces derniers représentant des valeurs culturelles et des intérêts sociaux ; dès lors, ces valeurs et intérêts devront être traduits et redéfinis en fonction des besoins humains fondamentaux. Cela permet une différenciation critique entre intérêts/valeurs fondamentaux, intérêts/valeurs propres au groupe et intérêts/valeurs égocentrés.

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Pour une analyse approfondie des rapports entre intérêts sociaux, valeurs culturelles et fixations sociopsychologiques des besoins humains fondamentaux, on pourra se reporter à Lederach et à son système d’analyse des historiques des conflits, ou de l’escalade des conflits et des dynamiques de polarisation. Il nous suggère de commencer par un premier cercle, qui contient les événements violents au présent : « Le cercle des événements récents fait ressortir les expressions les plus visibles des conflits politiques, militaires, sociaux et économiques [29][29] John Paul Lederach, The Moral Imagination, op. cit.,.... » Ce cercle nous amène alors tout doucement vers une circonférence intermédiaire, celle de l’« histoire vécue ». Un troisième cercle concentrique est le contexte mémoriel, ou « histoire remémorée » ; à ce stade de notre réflexion, on pourra invoquer Vamik Volkan, qui analyse ce cercle temporel sous l’angle d’une psychologie des foules aux accents très psychanalytiques, comme des événements remémorés générateurs de « traumas choisis [30][30] Vamik D. Volkan, Das Versagen der Diplomatie. Zur Psychoanalyse... ». Enfin, pour terminer, on trouve l’histoire profonde, la « représentation des individus de leur place sur cette terre, au sens figuré, et de leur place liée à une géographie particulière, au sens littéral [31][31] John Paul Lederach, The Moral Imagination, op. cit.,... ».

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Pour nous, en matière de conflits, et en particulier de conflits prolongés et inextricables, ces représentations et présupposés profondément ancrés dans la mémoire collective de l’histoire des conflits vont souvent fonctionner comme des obstacles à une transformation pacifique de ces affrontements. Ils sont également le combustible de la dynamique de l’escalade et de la polarisation, lesquelles vont à leur tour être exacerbées par des politiques populistes et fondamentalistes. Ils peuvent ainsi être utilisés pour légitimer la force, qu’elle soit directe ou structurelle, et sont transmis en héritage d’une génération à la suivante par les mythes et symboles nationaux.

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Pour Oliver Ramsbotham, face à des constellations de conflits profonds et inextricables comportant de telles dynamiques complexes d’escalade et de polarisation, l’objectif premier de toute médiation devra être centré sur la « compréhension mutuelle » entre les parties en conflit : « l’effort doit se déplacer vers la promotion du dialogue pour une mobilisation stratégique […]. Ce qui est nécessaire, c’est la mobilisation stratégique des discours [32][32] Oliver Ramsbotham, Transforming Violent Conflict. Radical... ». Dans l’approche TCC, tout en tenant compte du scepticisme de Ramsbotham sur la « compréhension mutuelle », cet effort doit plutôt porter sur la préparation de chaque partie à des solutions créatives par l’autoréflexivité.

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L’empathie, tout au moins l’empathie analytique, avec les autres parties en conflit est sans doute une nécessité pour une transformation complexe et interactive des conflits, mais elle est étroitement liée à la créativité. La créativité est la capacité mentale à voir quelque chose qui n’existe pas encore, pour le faire ensuite advenir. Partir d’une situation structurellement et culturellement violente, où les besoins humains fondamentaux d’une majorité ne sont pas satisfaits, et imaginer puis faire advenir cette satisfaction dans le cadre d’un système culturellement et structurellement pacifique suppose l’utilisation par chaque individu de l’intégralité de son potentiel créatif.

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En travaillant directement avec les parties en conflit (sur un mode de conseil, de facilitation ou de médiation), la TCC insiste donc sur l’importance de combiner un travail intergroupes et un travail intragroupes [33][33] Jay Rothman, Resolving Identity-Based Conflict in Nations,.... Cela signifie la facilitation du dialogue par un processus à moyen et long terme d’autoréflexion critique. L’autoréflexion va permettre aux parties prenantes de mieux se comprendre elles-mêmes, de mieux comprendre les autres et le conflit. Ce faisant, elles deviendront mieux à même de redéfinir leurs propres attitudes, présupposés et objectifs, et de parvenir à inventer des solutions et stratégies transformatrices afin d’atteindre ces objectifs redéfinis.

Le constructivisme interactif : l’invention de solutions transformatrices

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La troisième composante de l’approche TCC est cet aspect, centré sur les solutions, de la transformation complexe de conflits qui se fonde sur l’intervention (inter)active. Dans une telle perspective, les besoins humains fondamentaux vont subir un déplacement : de valeur de satisfaction desdits besoins, ils vont devenir la base pour une construction de solutions légitimes et durables du conflit. La légitimité d’un objectif ou d’une stratégie, liée au comportement et donc aux (inter)actions, est fonction du respect ou du non-respect des besoins de tous – jusques et y compris de nos propres besoins humains fondamentaux, dont certains seront peut-être marginalisés en raison d’une fixation extrême sur une catégorie différente de besoins – dans le cadre de cet objectif ou de cette stratégie. Les besoins humains fondamentaux sont non négociables, même pour soi-même, pour son propre groupe ou sa propre société.

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Le « constructivisme interactif » renvoie à l’action humaine, et, dans une approche TCC, plus particulièrement à la facilitation et à la mise en œuvre de processus de dialogue interactifs (processus de dialogue intergroupes), combinés (si possible) avec une préparation autoréflexive et séparée de chaque partie prenante au conflit (processus de dialogue intragroupes). Le but est de conseiller, former ou « éduquer » chaque partie en conflit pour différentes formes de transformation interactive de conflits, depuis la prévention jusqu’à la réconciliation, en passant par la négociation/médiation, à travers un procédé transformatif d’autoréflexion et d’introspection des dimensions sociales inconscientes et souterraines de la constitution du conflit, processus très semblable à celui de conscientização dans l’œuvre pédagogique de Freire :

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C’est uniquement dans une perspective dialectique […] qu’il est possible de comprendre le phénomène de l’introjection de l’oppresseur par l’opprimé, l’« adhésion » de ce dernier à son oppresseur, la difficulté qu’ont les opprimés à repérer l’oppresseur en dehors d’eux-mêmes. [Erich Fromm disait :] « Une telle pratique éducative est une sorte de psychanalyse historico-socio-culturelle et politique. » C’est ce que mécanistes autoritaires, dogmatiques et sectaires échouent à percevoir, et rejettent presque toujours comme « idéalisme » [34][34] Paulo Freire, Pedagogy of Hope. Reliving Pedagogy of....

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Dans une approche TCC, nous rejoignons cette idée de « conscientisation », mais avec une nuance un peu différente : la transformation de conflits doit suivre non pas le schéma médical « diagnostic-pronostic-thérapie », mais le schéma systémique-thérapeutique « observation-solution-orientation ». L’objectif du conseil en conflit et dialogue pour la paix est de fournir aux participants la capacité d’échapper aux cercles vicieux de la violence en suscitant chez eux une compréhension plus approfondie de la dynamique en jeu, une « conscientisation » des contextes enfouis, et une redéfinition des objectifs, mais sur la base des principes d’interactivité et de participation des parties prenantes. Ils devraient donc cesser progressivement de fonder leur comportement sur les positions pour aller vers les intérêts, puis les valeurs, et au bout du compte aborder l’autre en prenant les besoins humains fondamentaux comme terrain commun, pour dès lors se mettre à travailler à surmonter les incompatibilités des objectifs.

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La praxéologie de la TCC intègre des approches orientées acteurs (transformation des stratégies, des actions ou des comportements), des approches orientées structures (transformation des objectifs et contradictions), et d’autres orientées culture (transformation des valeurs, attitudes et présupposés). Même si la TCC est également favorable à l’intégration, au consensus, à la coopération, à l’apprentissage mutuel et à la collaboration créative, ses objectifs demeurent le caractère satisfaisant de la répartition et des structures de pouvoir symétriques. Il pourra donc être souvent nécessaire de choisir des stratégies non coopératives pour donner des moyens à la partie exploitée ou opprimée, sans jamais cesser d’utiliser des méthodes non violentes de lutte et de résistance, et dans le but plus fondamental de (re)créer les conditions d’une coopération.

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Dans cette praxéologie, on trouve également une approche multi-orientation : des dimensions multiples doivent être abordées simultanément. Concernant la dimension du sens narratif et de la redéfinition, l’accent devra être mis sur le développement d’une empathie analytique envers les parties opposées. Pour ce qui est de la dimension d’(inter)action, c’est sur la non-violence, non seulement en action mais en communication, qu’il faudra plus particulièrement se pencher. Et quant à la dernière dimension, la(les) contradiction(s) systémique(s)/structurelle(s), la solution devra être élaborée sur la base du principe de satisfaction des besoins humains fondamentaux pour tous.

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Un autre trait de la praxéologie TCC est que le médiateur du conflit a toute latitude pour proposer ses propres idées et propositions de solutions possibles, notamment lorsqu’il y a impasse sur une des questions en jeu. Une telle intervention demandera beaucoup de prudence, et laissera toujours entendre clairement qu’il ne s’agit que d’une proposition à examiner.

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Tout particulièrement dans le cas d’Occidentaux – individus ou ONG – intervenant dans d’autres parties du monde, l’autoréflexion critique sur les propres valeurs et intérêts du médiateur (sans parler de ses propres hiérarchies/systèmes des besoins fondamentaux) est une précondition. Dans l’approche morinienne de la complexité, on trouvera également une base théorique importante à une relégitimation des interventions autoréflexives du médiateur de conflit, fondée sur une « partialité multidirectionnelle » (Boszormenyi-Nagy), qui transcende les attitudes classiques de neutralité ou de partialité totale.

Trois phases et neuf perspectives pour une transformation complexe de conflits

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La transformation complexe de conflits nécessite non seulement des changements de comportement chez les acteurs du conflit, mais également des changements dans les contextes sociaux et culturels sous-jacents. Le cadre de la transformation complexe de conflits (TCC) que nous dessinons ici se veut une méthode pratique pour identifier les changements nécessaires à une transformation du conflit en jeu.

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Un projet de dialogue pour une transformation complexe et interactive des conflits s’organise en trois phases. La première consiste à comprendre les acteurs (y compris les acteurs cachés), leurs objectifs, ainsi que la constellation de conflits globale des parties prenantes. L’accent général est mis sur le présent, sur la compréhension de la réalité du moment. La deuxième phase est centrée sur le développement d’une compréhension des dimensions plus souterraines du conflit, à partir de modèles de comportement sous-jacents, des structures sociales des sociétés, et de l’inconscient social qui sous-tend les significations politiques et culturelles – l’idée ici est de pouvoir reformuler des objectifs illégitimes en objectifs légitimes, sur la base du critère de satisfaction des besoins humains fondamentaux pour toutes les parties prenantes. Dans cette phase, l’accent général est mis sur le passé qui a façonné visions du monde, structures sociales et modèles de comportement. Enfin, la troisième phase consiste à élaborer une formule inclusive pour une solution durable, fondée sur l’intégration créative des objectifs légitimes des parties en conflit. L’accent général est donc mis ici sur l’avenir, sur la vision des parties prenantes d’une société transformée, capable de garantir le niveau maximum de satisfaction des besoins humains fondamentaux pour tous ceux qui sont affectés.

Conflit, violence, paix et transformation de conflits : neuf perspectives
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Ce processus en trois phases peut fonctionner en mettant l’accent soit sur les défis du présent, soit sur les influences du passé, soit sur les perspectives d’avenir. En lien avec ces trois temps, on trouve neuf perspectives, chacune centrée sur une question particulière en rapport avec l’une des trois dimensions de la transformation complexe et interactive des conflits décrite ci-dessus. Il existe des relations dialectiques-dialogiques entre ces trois approches épistémologiques-méthodologiques, et ce dans l’ensemble des neuf perspectives ; le médiateur et les parties en conflit vont parcourir l’ensemble du cycle, accumulant la compréhension apportée par ces approches, jusqu’à parvenir à une compréhension complexe du conflit et des changements nécessaires pour le transformer. Ces perspectives sont proposées comme une méthode de pilotage d’un processus dialogique avec et entre les parties prenantes, qui va garantir que tous les éléments des conflits prolongés soient passés en revue.

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La première perspective concerne la compréhension des enjeux du conflit, en commençant au niveau expérientiel, pour lancer le processus dialogique. La question clé est tout simplement : « Sur quoi porte le conflit ? », ce qui implique d’en identifier les acteurs, y compris éventuellement les acteurs cachés ou oubliés, marginalisés ou exclus, et également leurs objectifs et les stratégies qu’ils mettent en œuvre pour les atteindre. La question porte donc sur les acteurs et leurs comportements à un niveau de surface, et nécessite un angle (inter)actionnel.

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La deuxième perspective nous emmène vers une compréhension de la structure de surface, notamment des contradictions du conflit au présent. Certaines peuvent être relativement évidentes, par exemple dans le cas d’un groupe tentant de parvenir à l’indépendance face à ceux qui s’efforcent de maintenir l’intégrité territoriale et la souveraineté de l’État. Mais parfois la contradiction peut être plus délicate à saisir, notamment dans des cas de conflits prolongés impliquant une multiplicité de parties porteuses d’objectifs propres. La meilleure façon d’aborder ce type de contradiction est de tenter de trouver une logique à ces objectifs divers et variés. Il est important, pour faciliter cette tâche, de ne pas réduire le conflit à une proposition binaire (« ou… ou… »), mais au contraire de se laisser les possibilités offertes par un « ni… ni… » contextuel, par différentes formes de compromis et de synthèse, et « aucune de celles-ci, pas même celle-là, mais quelque chose de plus et d’entièrement différent [35][35] Matthias Varga von Kibed, Insa Sparrer, Ganz im Gegenteil.... ». Cela ouvre un espace bien plus vaste pour une cartographie des objectifs des parties prenantes. La contradiction elle-même est fondée sur les rapports structurels entre ces parties, et repose par conséquent sur une approche théorique systémique.

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La troisième perspective vise à examiner les présupposés, besoins et peurs qui sous-tendent les objectifs des parties en conflit. Ce processus, parce qu’il met en jeu des présupposés, attitudes et émotions propres à chacune, nécessite les outils d’une approche narrative. Il s’agit ici de mieux comprendre les divers objectifs, le « pourquoi » du « quoi » que les différentes parties tentent de construire. Cela repose très largement sur leur expérience passée.

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Il existe une rupture naturelle entre la première et la deuxième phase : toutes les parties prenantes doivent être prêtes et disposées à plonger plus profondément dans le pourquoi du conflit et à poursuivre le processus de sa transformation. Si tel n’est pas le cas, et que les efforts pour creuser sous la surface du conflit ne sont pas les bienvenus pour l’une au moins des parties, ce sera là un signe qu’il faut passer plus de temps avec ladite partie à examiner les trois premières perspectives (et parfois même certains aspects de l’une des perspectives suivantes). Si toutes les parties sont prêtes à passer à la phase suivante, et à une compréhension plus approfondie du conflit, alors le processus peut recommencer, mais avec des priorités différentes et à un niveau différent. Une forme semblable de renégociation sera peut-être également nécessaire dans un certain nombre de cas au cours d’autres phases du processus global.

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La phase deux, davantage centrée sur le passé, vise à atteindre une plus grande empathie avec sa propre position et avec celle des autres. Dans notre cadre, cela est renforcé encore par une plongée dans les origines du conflit, la manière dont il s’est développé dans le temps, et les rapports entre ses causes premières et les dimensions profondes des comportements, de la structure sociétale et de la culture de la constellation du conflit. Moyennant quoi, l’approfondissement de la compréhension devrait permettre une évaluation des objectifs qui soit fonction des hiérarchies sous-jacentes des besoins humains fondamentaux pertinents au cas considéré, et définir sur cette base la légitimité desdits objectifs.

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La quatrième perspective revient à une approche (inter)actionnelle permettant de comprendre les modèles sous-jacents de comportement adoptés pour parvenir à la satisfaction des besoins humains fondamentaux : que pourrait-on, dans le cas observé, considérer comme besoins humains fondamentaux sous-jacents aux objectifs formulés ? Afin d’obtenir cette réponse des parties en conflit, on peut poser la question : « Qu’est-ce qui va se passer si les choses continuent telles qu’elles sont aujourd’hui ? »

71

La cinquième perspective nous plonge au cœur de la théorie des systèmes : il s’agit d’explorer les structures de la société et la manière dont elles influent peut-être sur les contradictions de surface. C’est notamment une question d’identification des lieux de concentration du pouvoir dans la société et, partant, d’approfondissement de la compréhension de la structuration même de cette société. Même si ces structures sont parfois quasi invisibles, le résultat demeure mesurable.

72

La sixième perspective poursuit ce processus par un examen de la mémoire collective et de l’inconscient social de la constellation du conflit. En l’espèce, une théorie narrative est indispensable pour comprendre les significations et schémas de pensée partagés par la société dans son ensemble : ceux-ci ont un effet des plus concrets sur le conflit et sa manifestation dès lors qu’ils façonnent les attitudes et présupposés des parties prenantes, leurs émotions et leurs attentes. Qui plus est, comprendre ce récit souterrain demande toujours une analyse du passé. Des théories narratives différentes peuvent déboucher sur des styles d’analyse différents.

73

Le processus, en sa deuxième étape, est conçu pour développer non seulement une meilleure compréhension, plus approfondie et plus adaptée – plus respectueuse de la complexité de la réalité –, du conflit par les parties prenantes, mais également et surtout une compréhension plus empathique de soi-même et de l’« autre ». Cette compréhension est également importante pour générer un sentiment d’empathie analytique pour les autres parties en conflit ; il ne s’agit ni de sympathie ni d’accord, mais d’une appréhension des émotions, attitudes et présupposés de l’autre, et par conséquent d’un changement de conception : d’un « cadre oppositionnel [36][36] Jay Rothman, Resolving Identity-Based Conflict in Nations,... », on glisse vers un éventuel cadre de référence partagé.

74

S’il y a reconnaissance commune de la légitimité des besoins humains fondamentaux impliqués de toutes les parties prenantes au conflit (ou un cadre de référence convenable pour la justice qui soit acceptable par les parties en conflit, et ne constitue pas lui-même une violation de leurs conceptions respectives des besoins humains fondamentaux), et s’il y a volonté d’explorer les moyens que ces besoins soient satisfaits, alors il est possible d’envisager le passage à la troisième étape.

75

Celle-ci est orientée vers l’avenir : elle cherche à développer une réalité nouvelle (authentique, légitime) susceptible d’être mise en œuvre par les parties en conflit sur la base d’une reconnaissance des besoins de toutes. Le point de départ demeure les objectifs et stratégies des parties prenantes après transformation. Même s’il est encore possible que les objectifs transformés puissent entrer en contradiction, on aura désormais beaucoup plus de latitude pour trouver des solutions créatives.

76

La septième perspective, tout comme la sixième, est centrée sur une approche narrative, qui fonctionne au niveau des mémoires collectives et des récits nationaux. Dans ce cas, cependant, il s’agit d’identifier lesquels des objectifs (dans son propre groupe et chez l’autre, ou les autres) respectent les besoins humains fondamentaux et les valeurs légitimes. Dès lors que l’on comprend qu’il existe des besoins légitimes qui peuvent sous-tendre des objectifs ou stratégies illégitimes, on peut commencer à trouver des objectifs ou stratégies alternatifs qui ne compromettent pas les besoins humains fondamentaux. On pourra aller chercher des éléments cognitifs et émotionnels constructifs dans la mémoire collective pour ensuite les faire remonter à la surface par le dialogue, afin de garantir l’authenticité du processus et les solutions potentielles. Une solution aux racines authentiques plongeant dans la mémoire collective de la société-hôte prise en compte aura bien plus de chances de succès qu’une solution qui serait en grande partie étrangère, ou considérée comme importée.

77

Dans la huitième perspective, c’est une approche systémique qui permettra de déterminer quelles structures devront être changées et recréées, sur la base de solutions aux objectifs légitimes des parties en conflit. À ce stade, des objectifs multiples devront être reliés entre eux, et leur cartographie précise (ceux à retirer, ceux faisant l’objet de compromis ou de vraies solutions créatives) va là encore permettre de trouver un schéma : ce sera cette fois un chemin unificateur capable de satisfaire les objectifs légitimes de chacune des parties.

78

La neuvième perspective est un retour à l’action et à l’interaction. Il est nécessaire de trouver des mesures concrètes pour mettre en œuvre une vision de la manière légitime d’aborder le conflit, un schéma général d’action pour transformer le conflit sur la base d’une compréhension désormais approfondie du contexte culturel et sociétal. Quels seront les contours d’un tel plan d’action ? Il n’existe aucun plan parfait ni aucune solution parfaite, et par conséquent c’est sur la durabilité que tous les efforts doivent porter ; la réversibilité est en l’occurrence un aspect souvent – bien que pas toujours – important.

79

Un accord doit comporter suffisamment de flexibilité pour que la solution prévoie les problèmes qui, inévitablement, apparaîtront lorsqu’il commencera à être appliqué.

80

Il n’y a pas de phase finale au processus de transformation complexe et interactive de conflits ; demeurera toujours le besoin d’une réconciliation à long terme entre les parties prenantes. Une telle réconciliation pourra à son tour faire l’objet d’un processus similaire, en trois phases et neuf perspectives.

81

La transformation de conflits est un processus complexe et non linéaire. Il se déploie à partir des trois perspectives de la première phase (conflits, objectifs, comportements et attitudes des acteurs ou organisations pris individuellement) pour atteindre les trois perspectives de la deuxième phase (les facteurs politiques, structurels et culturels qui propagent ces conflits au niveau des systèmes culturels, des récits culturels et des politiques sociétales), et parvenir enfin aux trois perspectives de la troisième phase (valeurs partagées, solutions créatives et actions non violentes), fondées sur la reconnaissance des besoins de toutes les parties en conflit au niveau de l’humanité dans son ensemble. C’est un processus nécessairement interactif si l’on veut comprendre, aborder et transformer la complexité des conflits par la voie du dialogue.

Notes

[1]

Oliver Richmond, Peace and International Relations : A New Agenda, Londres, Routledge, 2008.

[2]

Edgar Morin, « Complexité restreinte, complexité générale », communication au colloque Intelligence de la complexité : épistémologie et pragmatique, Cerisy-la-Salle, 26 juin 2005 ; Actes parus aux éditions de L’Aube en 2007.

[3]

Peter T. Coleman, « Paradigmatic Framing of Protracted, Intractable Conflict. Toward the Development of a Meta-Framework-II », Peace and Conflict. Journal of Peace Psychology, vol. 10, no 3, 2004, p. 197-235.

[4]

Ibid., p. 227.

[5]

Peter T. Coleman, « Conflict, Complexity, and Change. A Meta-Framework for Addressing Protracted, Intractable Conflicts-III », Peace and Conflict. Journal of Peace Psychology, vol. 12, no 4, 2006, p. 325-348.

[6]

Peter T. Coleman, « Paradigmatic Framing of Protracted, Intractable Conflict », art. cité, p. 228.

[7]

John Paul Lederach, Preparing for Peace. Conflict Transformation across Cultures, Syracuse, NY, Syracuse University Press, 1995, p. 20.

[8]

John Paul Lederach, « Just Peace. The Challenge of the 21st Century », in State of the World Forum (ed.), People Building Peace. 35 Inspiring Stories from Around the World, Utrecht, International Books, 1999, p. 27-36.

[9]

Ibid.

[10]

John Paul Lederach, The Moral Imagination. The Art and Soul of Building Peace, Oxford/New York, Oxford University Press, 2005.

[11]

Barbara Unger, Oliver Wils, Systemic Conflict Transformation. Guiding Principles for Practitioners and Policy Makers Working on Conflict, Berlin, Berghof Foundation for Peace Support, 2006, p. 3.

[12]

Maria Clusella, Eugenia Ortiz, « Systemic Epistemology. A Synthetic View for the Systems Sciences Foundations », Proceedings of the First World Congress of the International Federation for Systems Research. The New Roles of Systems Sciences for a Knowledge-Based Society, 14-17 novembre 2005, Kobe, Japon.

[13]

Edgar Morin, « Complexité restreinte, complexité générale », communication citée, p. 6-8.

[14]

Tony Kashani, « Dissident Cinema. Defying the Logic of Globalization », 2007 (en ligne sur www.tonykashani.com/?page_id=6) ; Edgar Morin, « Complexité restreinte, complexité générale », communication citée, p. 10.

[15]

Edgar Morin (avec Anne-Brigitte Kern), Terre-Patrie, Paris, Seuil, 1993.

[16]

Steve Best, Douglas Kellner, « Kevin Kelly’s Complexity Theory. The Politics and Ideology of Self-Organizing Systems », Organization Environment, vol. 12, no 2, p. 141-162.

[17]

Stefan Borrmann, Soziale Arbeit mit rechten Jugendlichen. Grundlagen der Konzeptentwicklung, Wiesbaden, Verlag für Sozialwissenschaften, 2006, p. 185.

[18]

Herbert C. Kelman, « Social Psychology and the Study of Peace. Personal Reflections », in L. Tropp (ed.), The Oxford Handbook of Intergroup Conflict, New York, Oxford University Press, 2012, p. 361-372.

[19]

Ülkü D. Demirdogen, « A Social-Psychological Approach to Conflict Resolution. Interactive Problem Solving », International Journal of Social Inquiry, vol. 4, no 1, 2011, p. 219.

[20]

John Burton, Conflict Resolution and Prevention, New York, St. Martin’s Press, 1990.

[21]

Cornelius Castoriadis, L’Institution imaginaire de la société, Paris, Seuil, 1975, p. 174.

[22]

Takis Fotopoulos, « Systems Theory and Complexity. A Potential Tool for Radical Analysis Or the Emerging Social Paradigm for the Internationalised Market Economy ? », Democracy and Nature. The International Journal of Inclusive Democracy, vol. 6, no 3, 2000, p. 435.

[23]

Ron Eyerman, « Jeffrey Alexander and the Cultural Turn in Social Theory », Thesis Eleven, 79, 2004, p. 25-30.

[24]

Ibid.

[25]

Bernhard Geisen, cité in Ron Eyerman, « Jeffrey Alexander and the Cultural Turn in Social Theory », art. cité, p. 29.

[26]

Takis Fotopoulos, « Systems Theory and Complexity », art. cité.

[27]

Suzi Adams, « Towards a Post-Phenomenology of Life. Castoriadis’ Critical Naturphilosophie », Cosmos and History. The Journal of Natural and Social Philosophy, vol. 4, nos 1-2, 2008, p. 394.

[28]

Stefan Neubert, Some Perspectives of Interactive Constructivism on the Theory of Education, Cologne, University of Cologne, 2003.

[29]

John Paul Lederach, The Moral Imagination, op. cit., p. 141.

[30]

Vamik D. Volkan, Das Versagen der Diplomatie. Zur Psychoanalyse nationaler, ethnischer und religiöser Konflikte, Giessen, Psychosozial-Verlag, 1999.

[31]

John Paul Lederach, The Moral Imagination, op. cit., p. 143.

[32]

Oliver Ramsbotham, Transforming Violent Conflict. Radical Disagreement, Dialogue and Survival, Abingdon, UK, Routledge, 2010, p. 166.

[33]

Jay Rothman, Resolving Identity-Based Conflict in Nations, Organizations, and Communities, San Francisco, Jossey-Bass, 1997.

[34]

Paulo Freire, Pedagogy of Hope. Reliving Pedagogy of the Oppressed, Londres, Continuum Books, 1992, p. 89-90.

[35]

Matthias Varga von Kibed, Insa Sparrer, Ganz im Gegenteil. Tetralemmaarbeit und andere Grundformen systemischer Strukturaufstellungen, Heidelberg, Carl Auer System Verlag, 2002.

[36]

Jay Rothman, Resolving Identity-Based Conflict in Nations, Organizations, and Communities, op. cit.

Résumé

Français

La « méthode » morinienne de la pensée complexe permet la mise en rapport d’approches systémiques, narratives et interactionnelles de cadres théoriques, au plan de la théorie sociale, mais également au plan d’une praxéologie multidimensionnelle. Elle permet ainsi l’élaboration de théories transdisciplinaires du conflit, de la violence, de la paix et de la transformation de conflits, mais également une « éthique complexe » de consolidation de la paix et de transformation de conflits, en intégrant les différents domaines sociaux : individu, société et espèce.

English

Morin’s meta-theoretical “method” of complexity thinking allows the connection of systemic, narrative, and interactional approaches to theories on the level of social theory, but also on the level of a multidimensional praxeology. It allows the construction of transdisciplinary theories of conflict, violence, peace and conflict transformation as well as a “complex ethics” of peacebuilding and conflict transformation, integrating the different social domains of individual, society, species.

Español

El « método » del pensamiento complejo de Morin permite la relación de abordajes sistémicos, narrativos e interacciónales de teorías en el plan de la teoría social, pero igualmente en el plan de una praxiologia multidimensional. Permite la construcción de teorías transdisciplinarias del conflicto, de la violencia, de la paz y de la transformacion de los conflictos, pero igualmente una « ética compleja » de consolidación de la paz y de transformación de los conflictos, integrando los diferentes dominios sociales: individuo, sociedad y especie.

Plan de l'article

  1. Transformation complexe des conflits : comment mettre en lien les théories et méthodes systémiques, narratives et interactives
  2. L’analyse systémique des conflits : une étude de la complexité des besoins humains essentiels
  3. Pour un recadrage des récits de conflits : de l’empathie à la créativité
  4. Le constructivisme interactif : l’invention de solutions transformatrices
  5. Trois phases et neuf perspectives pour une transformation complexe de conflits

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