Accueil Revues Revue Numéro Article

Confluences Méditerranée

2010/1 (N°72)

  • Pages : 184
  • ISBN : 9782296104181
  • DOI : 10.3917/come.072.0103
  • Éditeur : L'Harmattan

ALERTES EMAIL - REVUE Confluences Méditerranée

Votre alerte a bien été prise en compte.

Vous recevrez un email à chaque nouvelle parution d'un numéro de cette revue.

Fermer

Article précédent Pages 103 - 106 Article suivant
1

Le PSU comme « intellectuel collectif » a été souvent crédité d’avoir été un laboratoire d’idées pour la gauche française, y compris en politique internationale. Sur la question israélo-palestinienne, il a connu un parcours très significatif qui aboutit à un positionnement global en 1975, lequel restera inchangé jusqu’à la dissolution du parti en 1990.

1960-1967 : un conflit entre deux nationalismes

2

Dès le début, le PSU s’est intéressé au conflit israélo-arabe. D’emblée, l’État hébreu lui apparaît comme le prolongement du combat antifasciste et comme le garant de la mémoire de la Shoah. Le mouvement sioniste est considéré comme un mouvement de libération nationale d’un peuple sauvé par la constitution de l’État d’Israël. L’édification de cet État en Palestine repose sur un lien historique et religieux entretenu avec la « terre de Moïse », lieu de formation de la personnalité du peuple juif. Cet Etat bénéficie de la légalité internationale – résolution de l’ONU en 1947 – et d’une légitimité idéologique incontestable du fait de ses bases socialistes.

3

Israël est alors présenté comme État socialisant reposant sur deux éléments : le mouvement communautaire et coopératif d’un côté, la Histadrouth (CGT israélienne) de l’autre.

4

Toujours en construction, Israël apparaît encore au début des années 1960 comme un petit État menacé de destruction par son environnement arabe, en particulier par l’Egypte. Le PSU perçoit alors la question palestinienne comme un problème de réfugiés, mais où la responsabilité des dirigeants arabes est jugée centrale. Israël n’est pas considéré coupable de la situation Le droit au retour des Palestiniens est envisagé d’abord comme une question intérieure arabe. Tribune socialiste ne fait pas mention de la création de l’OLP en 1964.

Le désenchantement progressif

5

En 1966, Tribune socialiste constate que le kibboutz représente un phénomène minoritaire dont l’essor est menacé par la progression du capitalisme et des mentalités individualistes. Le journal dénonce « le chauvinisme très vif de nombreux kibboutz à l’égard des Arabes ». Bref, Israël commence à décevoir. La société israélienne connaît un glissement à droite, et les valeurs pionnières commencent à disparaître.

6

Parallèlement, la critique contre la politique internationale d’Israël, considérée comme anti-neutraliste, en particulier depuis la connivence franco-israélienne dans l’expédition de Suez en 1956, se développe. Surtout, le PSU appelle l’État juif à mettre fin « à sa politique folle de poursuite vers la puissance atomique ». Le PSU vise la coopération militaire et technologique avec la France. En même temps, il s’inquiète du rapprochement d’Israël avec les États-Unis. Dès la fin de 1965, Tribune socialiste estime qu’Israël ne souhaite pas résoudre le problème judéo-arabe, ni à l’intérieur de ses frontières, ni à l’échelle du Moyen-Orient.

7

A partir de 1966 s’affirment au sein du parti deux sensibilités opposées, l’une favorable à Israël, l’autre favorable aux forces anti-impérialistes arabes de références baasiste et nassérienne. Lors de ses congrès, le PSU invite à la fois le Mapam (gauche socialiste israélienne) et le Baas syrien, ainsi que l’Union socialiste arabe (nassérienne)

1967-1975 : le ralliement à la cause palestinienne comme lutte anti- impérialiste

8

La guerre des Six-Jours va amener le PSU à modifier radicalement sa lecture du conflit israélo-arabe. La résolution « Moyen-Orient », adoptée lors du cinquième congrès (été 1967), juste après le conflit, illustre le tournant stratégique du PSU.

9

Pour la première fois, une résolution est votée sur le Moyen-Orient. La ligne du PSU peut alors être caractérisée en trois points, la paix doit en effet reposer :

10
  1. « sur la reconnaissance simultanée des droits et des aspirations nationales du peuple israélien et du peuple arabe de Palestine » ;

  2. « sur l ‘indépendance des États du Moyen-Orient » ;

  3. « sur le développement des forces socialistes et l’éviction des intérêts impérialistes étrangers dans ces États ».

11

Dans l’immédiat, « la discussion doit s’engager entre l’État d’Israël d’une part, l’ensemble des pays arabes et les représentants du peuple arabe de Palestine d’autre part, éventuellement sous l’égide des Nations unies ou par tout autre intermédiaire »

12

Le document adopté est le produit d’une difficile synthèse entre les deux tendances s’affrontant dans le parti. Il marque cependant une évolution nette en faveur de la cause palestinienne dans la mesure où, désormais, la reconnaissance d’Israël par les États arabes est inséparable de la reconnaissance des droits des Palestiniens – et non plus comme une sorte de préalable. En outre, le texte estime que « l’offensive d’Israël contre les pays arabes et l’occupation ou l’annexion de territoires ne constituent cependant en aucune manière une garantie de sécurité pour le peuple israélien ». En conséquence, il rappelle que « la véritable sécurité pour le peuple israélien ne peut résulter que de l’abandon de cette politique et de son insertion dans la réalité du Moyen-Orient, condition de sa reconnaissance par les États arabes et de son développement pacifique normal ».

13

En décembre 1967, le PSU appelle à la formation d’un « État indépendant » pour les Palestiniens, tout en rappelant que la création de l’État d’Israël est « un fait politique irréversible ».

14

À partir de ce moment, l’occupation de territoires arabes devient l’objet central des représentations d’Israël au sein du PSU et constitue à ses yeux le principal obstacle à la paix, ce qui justifie le droit du peuple palestinien à la lutte armée.

15

Avec la guerre des Six-Jours, les jeux sont faits. Les défenseurs d’Israël sont minoritaires et le changement du rapport à Israël est irréversible.

16

Finalement, le PSU adopte le 29 novembre 1969 une résolution qui reconnaît la légitimité nationale de l’OLP. Le soutien à l’organisation se fonde sur trois positions de principe :

17
  1. reconnaissance de la lutte menée par le peuple palestinien sous la forme choisie par ses militants, comme une lutte de libération nationale ;

  2. affirmation du caractère de classe de cette lutte et dénonciation des déviations nationalistes et cléricales ainsi que des ambiguïtés du nationalisme arabe ;

  3. reconnaissance de l’OLP, organisation unifiée, et de ses organes exécutifs, comme direction politique et militaire du mouvement national palestinien.

18

À la fin de l’année 1970, le terme « révolution palestinienne » supplante celui de « résistance palestinienne ».

19

Il faut dire que, prenant ses désirs pour des réalités, le PSU idéalise la résistance palestinienne en lui attribuant des potentialités et des caractères progressistes et même socialisants qui ne sont pas forcément majoritaires dans le mouvement.

20

En 1974, le mouvement national palestinien effectue un tournant stratégique majeur.

21

Au conseil national de novembre 1975, consacré uniquement à la politique internationale, le PSU adopte une résolution où il opère des distinctions fondamentales :

22

(…)

23

Le PSU distingue le soutien aux luttes de peuples pour leur libération du soutien aux organisations qui les représentent. Le soutien à l’OLP n’est notamment pas contradictoire avec la recherche de convergences politiques avec des hommes, groupes ou organisations palestiniennes se réclamant ouvertement du socialisme.

24

Le PSU distingue le soutien à la lutte armée de la résistance palestinienne de l’approbation sans réserve des moyens employés dans cette lutte. Certains moyens peuvent en effet faire obstacle au développement des luttes de masse.

25

(…)

26

Le PSU estime :

27
  • Il existe un fait national israélien non réductible au fait impérialiste qui a favorisé son implantation en Palestine, ni à l’idéologie nationale sioniste, ni à l’État actuel d’Israël, État bourgeois expansionniste et théocratique lié à l’impérialisme.

  • La reconnaissance d’un tel fait national (lié au processus historique d’expulsions et de persécutions qui a engendré la création de l’État d’Israël) ne saurait faire oublier qu’il a été fondé sur la spoliation palestinienne.

28

(…)

29

Le PSU est favorable à une solution du conflit israélo-palestinien garantissant le droit de chacune des deux nations à disposer d’elle-même et pouvant à terme ouvrir la voie à la création d’un État démocratique, laïque, à forme fédérale, unitaire ou confédérale, solution pouvant mettre le socialisme à l’ordre du jour.

30

La lutte contre le sionisme exige de la part des forces socialistes une lutte de chaque instant contre toutes les formes d’antisémitisme et contre toutes les formes de racisme dans le monde. Elle exige aussi qu’elles se prononcent pour la satisfaction des revendications nationales des minorités juives dans tous les pays où elles se manifestent. »

31

Cette résolution de 1975 ne fut jamais remise en cause. ■

Plan de l'article

  1. 1960-1967 : un conflit entre deux nationalismes
  2. Le désenchantement progressif
  3. 1967-1975 : le ralliement à la cause palestinienne comme lutte anti- impérialiste

Pour citer cet article

Ravenel Bernard, « PSU : la recherche de l'équité », Confluences Méditerranée, 1/2010 (N°72), p. 103-106.

URL : http://www.cairn.info/revue-confluences-mediterranee-2010-1-page-103.htm
DOI : 10.3917/come.072.0103


Article précédent Pages 103 - 106 Article suivant
© 2010-2014 Cairn.info
back to top
Feedback