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Confluences Méditerranée

2011/2 (N° 77)

  • Pages : 240
  • DOI : 10.3917/come.077.0193
  • Éditeur : L'Harmattan

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De mémoire de nations, on n’avait jamais vu un tel vent de révolte souffler sous les cieux arabes, ni monter tant d’espoir chez les peuples de la région ! Que les contextes géopolitiques diffèrent d’un pays arabe à l’autre, que l’ampleur des révoltes et la nature des réponses qui leur sont données dépendent de situations particulières, que des risques de division soient en cours, cela ne change rien au scénario, désormais. Que la violence et la répression jalonnent ces soulèvements inédits, que la menace de la discorde, voire de la guerre civile existent, comme en Libye : la dictature ne peut plus s’exercer dans l’impunité, et les régimes totalitaires ne peuvent plus attenter aux droits de leur peuple sans que la planète entière ne soit prise à témoin. Que l’Occident n’ait rien vu venir, qu’il soit pris dans les pièges ou les artefacts d’un mouvement en devenir, qu’il ait agi trop tard ou trop tôt, ce n’est pas très grave : pour une fois que le cours des choses échappe aux Occidentaux, ils ne s’en porteront pas plus mal. Voilà qui aidera à mettre leur orgueil à l’endroit et à redéfinir leur relation au reste du monde.

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Enfin, que le chemin vers la démocratie soit long et les moyens de le torpiller divers et variés ne peut faire reculer l’Histoire ! Laquelle s’est emballée, ce jour du 17 décembre, lorsque, dans un petit pays du Nord de l’Afrique, en apparence stable et tranquille, la Tunisie, un jeune homme prénommé Mohamed Bouazizi s’est immolé dans un geste de désespoir, provoquant le plus grand séisme démocratique des temps modernes. La glaciation arabe s’effrita en trois mois de révolte. Une lame de fond déferla sur cette région, la transformant certainement pour toujours. Oui. La « contagion démocratique » a gagné les Arabo-musulmans, la peur séculaire a changé de camp, les jeunes ont osé crier leur ras-le-bol et les femmes sont sorties dans la rue. Le lien avec un passé fait d’atermoiement et d’obéissance est rompu. Certains régimes l’ont compris, qui se sont précipités pour colmater des brèches, édicter des mesures sociales et tenter des ouvertures politiques, y compris dans les royaumes où, chose inédite, est envisagée l’hypothèse de la séparation des pouvoirs, à coups de réformes institutionnelles et de distribution de riyals…

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Ainsi, s’il y a des événements à propos desquels il ne faut pas s’indigner – pour reprendre le mot de Stéphane Hessel dont je propose ici une version en miroir –, ce sont bien les révoltes arabes actuelles ! Bien au contraire, il y a tout lieu de se réjouir en voyant les vents tourner, les murs des dictatures se fissurer et se défaire le combat mené depuis toujours contre la liberté ! Quand apparaît, pour la première fois en terre d’islam, l’avènement possible de la démocratie, dans l’acception moderne du mot.

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Car c’est bien une première dans le monde arabe. Qu’on n’essaie pas de nous persuader du contraire, jamais ces pays n’ont vécu ce sursaut synchronisé, et jamais un tel ouragan n’a remis en jeu l’équilibre politique et social, les structures les plus profondes de la oumma[1][1] L’ensemble ou la communauté des musulmans.. Certes, il y a eu des rébellions par-ci par-là, des schismes religieux, des conflits tribaux, des luttes de pouvoir, il y a eu des résistances contre les envahisseurs étrangers, des mouvements nationaux contre la colonisation européenne, des réformes modernistes, comme la Nahdha [2][2] Mouvement de réformes intellectuelles qui ont été menées..., au XIXe siècle, promues par une élite cultivée, il y a eu des razzias pour l’honneur, des « révoltes du pain », des guerres civiles, comme au Liban, mais jamais cette configuration extraordinaire où la région s’est embrasée tout entière au même moment, non pas contre une offensive étrangère – rappelons-nous la guerre du Golfe -, ni en raison de luttes internes – souvenons-nous des événements des années quatre-vingt-dix en Algérie -, mais pour se retourner contre le pouvoir en place et demander d’une seule voix les changements qui s’imposent.

Pourquoi nous réjouir ?

Les révoltes actuelles battent en brèche nombre d’idées reçues…

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  • Depuis le temps qu’on nous dit que le monde arabe ne peut être gouverné que par la force, que la dictature y est un mal nécessaire et le seul à même de transformer ses sociétés, à y circonscrire la violence endémique et la religiosité galopante, la Tunisie et l’Egypte pour commencer, d’autres pays de la région, ensuite, viennent de démontrer qu’il est possible aux Arabes d’exprimer leur rejet de la force répressive et leur détermination à mettre un terme à la dictature.

  • L’on a prétendu que la rue arabe était impuissante à bouger et à faire bouger les choses. Or, elle vient de démontrer sa capacité de défaire les régimes, de contraindre ses gouvernants à la démission ou à la fuite. Et ce n’est certes pas au moyen de la violence ou du terrorisme, bien au contraire, c’est la résistance de la société civile qui a payé, les jeunes en premier, habituellement décrits comme immatures et portés sur le consumérisme, qui se révèlent les vrais moteurs des soulèvements.

  • L’on disait le monde arabe « génétiquement » opposé à la démocratie et allergique aux valeurs universelles. Or, du Caire à Sanaa, en passant par Tripoli, les revendications qui se sont affichées se résument en un mot : Démocratie.

  • Depuis les années quatre-vingts, le monde arabo-musulman est supposé abriter des forces extrémistes et des kamikazes en herbe. Chaque fois qu’un mouvement de protestation pointe, tous les doigts brandissent la menace islamiste, régimes en place et Occident confondus. Les révoltes arabes en cours, si elles risquent d’être récupérées par la mouvance religieuse, ne se sont pas faites en son nom, ni n’ont réclamé un lien avec son idéologie.

  • Les Arabes ont la manie de voir dans l’Occident l’investigateur de leurs maux, c’est un fait. Mais, pour une fois, ils ont tenu pour caduque « la théorie du complot », et n’ont pas cédé à l’invocation automatique de « la main étrangère », même si les dictateurs aux abois n’ont eu que ce motif pour justifier leur répression, provoquant ainsi l’effet contraire. En Tunisie, c’est la thèse de « la main étrangère » justement, prétextée par Ben Ali, qui a renforcé la détermination des manifestants.

  • Les Arabes seraient habités par la haine de l’Occident et la détestation d’Israël, ils ne descendraient dans la rue que pour dénoncer l’un et l’autre, l’alliance de l’un avec l’autre. Les soulèvements actuels ont été, le plus souvent, débarrassés de ce que certains appellent péjorativement le « circus arabe », qui consiste à conspuer l’Occident et, en prime, à brûler les drapeaux américains et israéliens. Les insurgés n’ont pas fustigé l’Occident, ils ont mis en accusation leurs propres potentats.

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Ainsi, les révolutions arabes ont déroulé le scénario contraire à celui que prévoyaient les élites intellectuelles et politiques mondiales. Embêtant, non ? Est-ce la raison pour laquelle on entend l’assourdissant silence de certains intellectuels occidentaux ? Il est à craindre, en effet, que ne trouvent grâce aux yeux de ces derniers que les révoltes aéroportées des USA ou dont les commandements sont confiés aux coalitions. Voir l’Irak, hier, la Libye aujourd’hui…

Les révoltes en cours ont désigné clairement les symptômes de la « maladie arabe »

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  • L’usure du pouvoir, pour commencer. A preuve : Kadhafi : quarante deux ans de règne. Hosni Moubarak : trente deux ans. Ben Ali : vingt-trois ans. Le premier ministre du Bahreïn… quarante trois ans, etc. Sans compter les monarchies éternelles et les « fils » qui se préparent à relayer les pères à la tête des Républiques. Le pouvoir aux mains d’un seul homme, voilà la marque de fabrique des pays arabes. Personne au monde – à part quelques potentats sub-sahariens- ne réussit autant qu’eux à se maintenir aussi durablement. Le mythe du korsi, la chaise, est bien connu dans cette région, ainsi que les mille et une façons de s’y maintenir confortablement et durablement, quitte à user des manières les plus fortes.

  • La corruption qui imprègne tous les clans, de Tunis à Rabat, en passant par les principautés du Golfe. Avec une galaxie liée au pouvoir qui compte des hommes d’affaires, des marchands d’armes, des fortunes mafieuses colossales, des alliés et des proches associés aux prébendes, des makhzen de toutes sortes, lesquels mettent en coupe les pays, exploitent les richesses au profit de leurs protégés, générant le népotisme et ouvrant la porte à la prédation.

  • La répression qui frappe des peuples pris en tenailles entre des polices performantes et inhumaines, des services secrets puissants et outillés pour la torture, des mouchards infiltrés dans toutes les couches sociales grâce à des « partis uniques », hyper puissants et tentaculaires. Sans compter les ministères de l’Intérieur bâtis comme des bunkers et dont les sous-sols ressemblent à des antichambres de l’enfer. Ce n’est pas pour rien, d’ailleurs, qu’à Tunis les manifestations se soient déroulées devant ces lieux baptisés « Ministère de la Torture », que des assauts aient pris pour cibles, au Caire, les sièges des moukhabrat[3][3] Services secrets. et que, dans plusieurs villes arabes, ce soient les postes de police qui ont brûlé en premier.

  • L’absence de liberté d’expression. C’est connu, dès qu’il s’agit de la chose politique, l’Arabe chuchote plus qu’il ne parle, il se méfie de l’ami comme du voisin, recourt aux codes et aux sous-entendus, à moins qu’il ne garde son opinion pour lui. Le syndrome de la frustration quant à la liberté du propos est le lot le plus partagé des Arabes. Il est flagrant pour ce qui est de leurs journaux. De l’aveu des Tunisiens eux-mêmes, leur presse est « la plus stupide au monde ». Que d’éloges aux potentats ! Que de portraits à la une du chef de l’Etat ! Que de caméras autour des coupures de rubans ! Que d’affirmations véhémentes de la puissance du pouvoir, comme autant de menaces voilées à l’adresse de la population et de l’opinion internationale. La presse fût-elle un peu moins muselée, que de précautions, de fils rouges, d’auto censure, de frontières de toutes sortes sont tracées pour que soient épargnés les rois, les oligarchies, les armées, les fortunes secrètes…

  • La domination des femmes, victimes de lois qui les maintiennent dans le statut de mineures à vie. A l’exception de la Tunisie, l’autre moitié des sociétés arabes ne pèse ni sur la politique ni sur l’économie, écartée qu’elle est par des pouvoirs qui l’ont souvent privée d’une émancipation digne de ce nom, en prétextant la peur des intégristes ou, au contraire, le péril du féminisme à l’occidentale.

  • La négation de l’individu : c’est au nom de l’intérêt de la nation, du souverain, de la religion, de l’ethnie ou de la tribu, que les pouvoirs parlent, excluant ainsi, la société civile et la prise de position personnifiée. Ici, la norme, c’est la communauté, laquelle ne laisse point de place au citoyen.

  • Le mal-être de la jeunesse : cette génération qui constitue la moitié, parfois les trois quarts de la population des pays arabes souffre des mêmes difficultés : frustration, chômage et absence de perspectives. La marginalisation des jeunes par les cercles politiques et par des clans qui ont la main haute sur les postes à pourvoir et les carrières à espérer, les a menés à la passivité, à la consommation superflue, au trafic de toutes sortes, à l’intégrisme ou au désespoir qui débouche sur l’émigration. Les enquêtes le confirment. Partout dans le monde arabe, les candidats vers l’Europe se bousculent et « brûlent » au péril de leur vie. Pour les fortunés du Golfe, quand ils n’ont pas l’opportunité d’aller étudier en Occident, les jeunes ont aussi à souffrir de l’absence de libertés individuelles les plus élémentaires.

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C’est contre ces maux, ces injustices et ces déséquilibres que les peuples arabes se sont soulevés.

Qui pourrait se réjouir en premier lieu des changements annoncés ?

Les démocrates et les républicains, à coup sûr…

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Ces révolutions se sont concentrées sur la demande de droits de justice sociale mais aussi de liberté politique. Le roi du Maroc ne s’y est pas trompé en prononçant ces mots relatifs aux mouvements de foule de ses sujets, et qui résument, d’une façon générale, ce qu’attendaient les démocrates arabes de leurs dirigeants : « La consolidation de l’Etat de droit des institutions, l’élargissement du champ des libertés individuelles et collectives et la garantie de leur exercice, ainsi que le renforcement du système des droits de l’Homme dans toutes leurs dimensions, politique, économique, sociale, culturelle, environnementale et de développement ». Quelqu’un a-t-il entendu, depuis vingt siècles, un tel discours sous un ciel arabe !

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Voici donc que vacillent les monarchies, du Golfe au Maghreb, et que les sultans se mettent à réfléchir au bien-être de leurs sujets ! Les Arabes n’iront pas jusqu’à guillotiner leurs rois, mais les manifestants sont allés jusqu’à contester leur légitimité. Ils ont posé la question : nos rois sont-ils vraiment les représentants de la religion et les Commandeurs des croyants ? C’est bien la question qui tue. Car elle n’a pas seulement un lien avec le registre séculier, elle pose la question de la relation entre Dieu et César, entre pouvoir divin et pouvoir des hommes. Or, si le roi n’est plus « Emir des croyants », qui le serait ? Quel commandement va remplacer celui du Roi, si ce n’est celui des hommes, tout simplement. Tombent en même temps que les titres, les servitudes, les privilèges de la couronne et du sang, le rempart suprême qui protège et impose l’exercice du pouvoir : à savoir la légitimité historique et religieuse. Le roi est nu, son pouvoir est vain, si le bon croyant n’y voit plus son Commandant sur terre…

La Société civile, les tenants des droits de l’Homme et les médias

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Pourquoi les manifestants se sont-ils rassemblés sur les grandes places des capitales, si ce n’est pour reprendre possession du cœur de l’espace public et pour s’en prendre aux symboles des pouvoirs dominateurs qui y ont établi leurs sièges. Surtout, pour narguer celui qui n’a eu de cesse de les surveiller, pourchasser ou torturer. En effet, les révoltes viennent de triompher de ce personnage typique qui sévit dans les pays arabes, flic, wali, général, bureaucrate ou cadre du parti, généralement issu des indépendances, intelligent sans être cultivé, ennemi de la contestation, qu’elle vienne de l’islamiste ou du droit-del’hommiste, de l’intérieur ou de l’extérieur du pays, soupçonneux de tout élément étranger, sans état d’âme quant à la torture, l’essentiel étant pour lui d’assurer l’ordre, politique, tribal, d’infiltrer tous les rouages, d’étouffer dans l’œuf toute immixtion de la société civile dans les affaires de la politique. Après le souverain contesté, le Raïs chahuté, l’initiateur du Changement en fuite, le « frère Colonel » poussé dans ses derniers retranchements, le Guide de la Révolution est aux abois, voici la main du pouvoir et l’outil de sa répression en bien mauvaise posture…

Les femmes…

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  • Une prise de la rue par les femmes, voici ce que les révoltes arabes nous ont montré avec évidence. Car ces soulèvements ne se sont pas faits sans elles. Il suffit de revoir les images des manifestations dans les rues de Tunis ou de Sanaa, du Caire ou de Benghazi pour se rendre compte qu’elles sont sorties revendicatrices et déterminées. Qu’importe si elles étaient parfois voilées de pied en cap, ou dans des cortèges séparés des hommes, si leurs rangs étaient pleins ou clairsemés, si l’occupation de l’espace extérieur renseignait ou non sur leur condition et leur histoire nationale. Le monde entier a pu constater, de ses yeux constater, que les femmes arabes n’étaient plus dans les harems à se goinfrer de loukoum, ni coincées derrière les fourneaux, elles n’étaient pas toutes des co-épouses frustrées et recluses, ni des graines de courtisanes, ni des obsédées du shopping. Elles étaient dans la rue, et c’est inédit dans l’histoire arabe. Ou presque. La première fois, ce fut en 1919, lorsque l’Egyptienne Hoda Charaoui avait mené un cortège de dames voilées pour protester contre la présence anglaise. Et puis ce fut, des décennies plus tard, les Maghrébines saluant l’indépendance de leurs pays, avant les manifestations islamistes dans les rues d’Alger ou de Casa. Pas de quoi créer des révolutions.

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Aujourd’hui, nous voici devant la certitude absolue que les femmes arabes ont une conscience politique. Dans les salons d’Alger ou de Dubaï, elles ne parlent plus chiffons ni cuisine, elles posent des questions aux pouvoirs en place. On les a vues crier des slogans, brandir des drapeaux, relayer les mots d’ordre sur Internet, couvrir de leur corps les dépouilles qu’on acheminait vers les cimetières pour les protéger des tirs de la police et, le soir, envoyer aux soldats et aux comités de sécurité de quoi calmer leur faim. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, et contrairement à ce qui se passe ailleurs, les femmes arabes ont fait passer la revendication politique avant la cause des femmes et les droits de l’Homme avant la question du genre.

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Mais la vraie révolution est celle qui leur permettra un vrai rendez-vous avec l’Histoire et les laissera escompter une réelle influence sur les affaires de la cité. Dès lors, on ne peut juger de l’aboutissement des révoltes arabes actuelles qu’à l’aune de la transformation qu’elles apporteront au statut des femmes et dans la mesure où elles leur éviteront deux écueils : la menace islamiste qui risque de les remettre derrière les murs et le syndrome de la guerre d’Algérie qui a vu les Moujahidat renvoyées au foyer alors qu’elles avaient pris le maquis et participé à la libération de leur pays. A supposer que le régime de Bahreïn tombe demain, qu’importe la redistribution entre chiites et sunnites s’il n’y a pas une redistribution des rôles entre les deux sexes. La Révolution, Messieurs, c’est d’abord celle qui porte un projet de liberté pour les femmes. Et c’est en mesurant sa capacité d’émanciper les femmes arabes, en l’occurrence, qu’on jugera de sa crédibilité. C’est-à-dire de son aptitude à les traiter en citoyennes à part entière, à leur concéder la liberté de leur corps et de leurs actes, à leur faire place dans tous les rouages de l’économie, à les porter par les urnes aux plus hautes fonctions de l’Etat. Par conséquent, si les femmes arabes ont accepté aujourd’hui de rallier un combat plus large, il faudrait que les révolutions le leur rendent en les mettant au centre des changements annoncés, sans quoi l’on n’assisterait qu’à des simulacres de Révolutions…

Les jeunes, aussi…

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Jusque-là, les jeunes avaient tout à perdre. A partir de maintenant, ils ont tout à gagner. Personne ne pourra plus les infantiliser, les accuser d’indifférence à la chose politique. Et tout le monde sait maintenant qu’ils sont au courant de tout, et prêts à tout. Ironie du sort, c’est en introduisant auprès de cette population les grandes technologies de communication que les pouvoirs ont préparé l’avènement des révoltes qui sont en train de les balayer. Via Internet, ces jeunes, souvent instruits et intelligents, qui n’ont eu de cesse de regarder vers le monde libre, ont vite constaté qu’ils séjournent dans des pays prisons ; qu’ils sont privés de parole et surveillés de près, là ou d’autres vivent à l’heure des démocraties, s’expriment à travers les journaux, la création artistique, ou la contestation autorisée. C’est ce hiatus tragique entre une jeunesse désormais branchée sur la modernité et des régimes dictatoriaux, marqué par la phobie du changement, vivant les oreilles fermées au monde, qui va être le détonateur des Révolutions. Cette génération ne peut que se réjouir d’avoir fait tomber la chape de plomb et de faire fuir ses potentats, dans le geste symbolique du meurtre du père, perpétré dans des sociétés patriarcales autoritaires et vivant à l’ancienne.

Une étonnante « révolution dans la révolution »…

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  • L’avènement de la citoyenneté, d’abord. Depuis toujours, il semble que les peuples arabes aient rarement participé à faire leur histoire. Par la faute de régimes qui n’ont concédé à leur peuple que des miettes, qui les ont tenus sous le joug avec de fausses justifications, allant des luttes contre le colonisateur à l’épouvantail de l’islamisme en passant par la cause palestinienne. Hier, on demandait aux hommes de défendre la cohésion nationale contre l’envahisseur, aux femmes de préserver « l’authenticité » du pays au profit de la « lutte d’indépendance » et de maintenir les traditions au nom de l’identité arabo-musulmane. Puis, il y a eu les indépendances, les mots d’ordre des raïs pour un développement qui servait en réalité les privilèges des élites, puis le motif de l’hostilité occidentale à l’islam, puis la menace du terrorisme. Résultat : les peuples arabes n’ont jamais existé. Seuls leurs régimes ont commandé, entrepris, payé pour conserver les intérêts de leurs clans, au mépris de la dignité de leurs citoyens. Ces Arabes qui n’existaient pas viennent de déjouer le contrôle de leur pouvoir, tout autant que l’inertie des pressions extérieures. Leur mot d’ordre : s’élever contre la fameuse hogra, typique du dirigeant arabe vers le citoyen. La hogra[4][4] Mépris, dédain. qui encourageait à l’émigration, à l’enrôlement dans les rangs islamistes, parfois au suicide et qui a servi de puissant carburant de la révolte. La fin de la hogra correspond à l’avènement de l’homme arabe. Du citoyen qui pourrait demain décider de son destin et prendre part à l’histoire.

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Qui ne peut se réjouir de cette dignité retrouvée !

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  • L’affranchissement du religieux. Si en apparence, les soulèvements arabes actuels sont ponctués par « Allah Akbar » et relayés par des religieux, ils rompent en profondeur avec une idéologie religieuse qui prétend mener la lutte des peuples au nom d’Allah (fi sabil allah) et la justifie par le djihad. A cette notion la rue arabe vient de substituer thawra (révolution), assortie des slogans « Liberté » et « Démocratie », qui vont à l’encontre d’une orthodoxie centrée sur l’obéissance au « guide suprême » et la soumission au dogme.

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Par ailleurs, le profil du héros des révoltes actuelles ne correspond pas à celui du martyr, tel qu’il est conçu et défini par l’idéologie arabo-musulmane, et ne colle pas au mythe du shahid[5][5] Martyr.. Les Bouazizi des temps modernes sont des martyrs d’un type nouveau, dont le combat est débarrassé du référent religieux et dont l’exploit n’invoque pas l’au-delà, ni ne songe aux récompenses du paradis. Pas de rituels, pas de youyous, ni de litanies. Le martyr des révolutions a remplacé le kamikaze. Il s’est battu pour la cité des hommes, et non pour la cité de Dieu.

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  • A cela s’ajoute une rupture avec le schéma anthropologique des sociétés traditionnelles : la décision des peuples de mettre un terme au règne des Pères de la Nation porte atteinte au sacro-saint principe du respect dû aux anciens qui perpétue le meurtre d’une génération. Ce n’est pas un hasard si ces révoltes ont commencé par des immolations et en ont été jalonnées en Tunisie, au Yémen, en Egypte, en Algérie, au Maroc. Cette image du feu symbolise avant tout la volonté d’en finir avec les vieilleries et de réclamer du sang neuf.

  • Les révoltes remettent également en question l’ancienne configuration du pouvoir arabe, représentée par la métaphore du troupeau et du berger, la ra’iyya (peuple) et le ra’i, ancrée dans la mentalité musulmane et fondée sur l’obéissance. Enfin, la revendication pressée d’un système électoral, structuré sur le contenu objectif d’un programme politique, va à l’encontre des alliances de naguère organisées selon la subjectivité du lien familial et des solidarités claniques. C’est dire si les soulèvements en cours vont changer la structure sociale profonde de ces pays : il est à parier que les tribus seront mises à mal, les anciennes alliances chamboulées, le monde féodal fissuré. Tombera alors cette notion qui a régi toutes sortes de pouvoir en terre musulmane : celle de la moubayaa, l’allégeance au roi, à l’émir, au caïd, au président, au wali… Et si c’était, quelque part aussi, le coup de grâce à l’idée même du califat ?

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Maintenant que nous connaissons les gagnants de cette page d’histoire arabe, ainsi que ses perdants que sont les régimes autoritaires, les Raïs d’un autre âge, les inconditionnels du parti unique, les systèmes sécuritaires répressifs et les corrompus de tous poils, voyons ce que le reste du monde peut gagner ou perdre des révolutions arabes.

Les Arabes, l’Occident et Israël

L’Occident qui a pactisé avec les autoritarismes arabes se réjouira-t-il des révoltes actuelles ?

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L’on pourrait croire que l’Occident est heureux de voir monter la révolte dans les pays arabes. Depuis qu’il soupçonne ces derniers de verser dans l’obscurantisme plutôt que dans la modernité, leurs élites de répondre aux abonnés absents, leur jeunesse de fournir les rangs des terroristes, leurs médias de manger du Croisé, l’on pourrait se dire que le temps était venu pour que les Arabes trouvent grâce aux yeux des Occidentaux. Ce n’est pas si simple. A y voir de près, l’on découvre une Amérique qui s’inquiète pour ses monarchies du Golfe, une Europe qui panique devant l’arrivée de nouveaux immigrés du Sud, des économistes qui, la main sur le cœur, surveillent la montée du cours du pétrole. L’on découvre un islam servant plus que jamais de bouc émissaire, des Droites européennes qui ont le vent en poupe, et une fausse Jeanne D’Arc nommée Marine le Pen, qui clame sans gêne que l’Arabo-musulman est une espèce non-intégrable par définition !

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Après réflexion, on s’explique ce désarroi. D’abord, la révolte actuelle repose la fameuse « question arabe » sous un visage nouveau, celui des après-indépendances où les peuples de la région sont censés régler les conflits par eux-mêmes à l’intérieur de frontières définitives, et celui des sursauts en cours visant à démontrer que ces mêmes peuples peuvent s’émanciper tout seuls de leurs régimes. Or, le cas libyen torpille les scénarios révolutionnaires. Les civils libyens demandent à être protégés et sollicitent l’intervention étrangère, quand dans le reste des rues arabes, les manifestants crient leur détermination à prendre leur destin en main. Les populations insurgées de Kadhafi entérinent la coalition occidentale, pendant que le spectre de la guerre d’Irak hante encore les esprits et que l’occupation éventuelle de Tripoli ressuscite le souvenir de la prise de Bagdad. C’est que, quelle que soit la nature de l’intervention occidentale dans la région, se devine la machine des « intérêts particuliers » américano-européens (cf. Wikileaks) et l’appétit du pétrole de Kadhafi et consorts. Sans oublier la loi du « deux poids deux mesures » que pratique l’Occident en matière d’ingérence humanitaire, à preuve, la Côte d’Ivoire ou l’intervention de l’armée saoudienne à Bahreïn, pour ce qui est d’aujourd’hui, la collaboration avec des régimes du Golfe autoritaires et corrompues, hier, l’acceptation de pratiques répressives qui faisaient vivre sous état d’urgence les Syriens depuis 1967, les Egyptiens depuis 1981 et les Algériens depuis 1992.

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  • De fait, la révolte arabe perturbe les idées de l’Occident, son mode de vie assurée, ses certitudes, son statut autoproclamé de « monde civilisé ». La remise en route des révolutions par les Arabes agit sur la météo des humeurs occidentales, sur leur porte-monnaie, sur leurs vacances programmées. Comment faire pour se passer désormais de la main d’œuvre abondante et pas chère dont les régimes arabes assuraient les conditions optimales ? Quid du tourisme ? Ce secteur n’est-il pas devenu le principal vecteur de contact entre les deux rives et le décor obligé de tout occidental cherchant à se dépayser ? Dix millions de touristes passent en Egypte, cinq pour la seule Tunisie, soit la moitié de la population. Les décors où l’on bronze au soleil pour 200 euros ne créent pas de liens. Quitte à étouffer leurs peuples, les dictateurs donnaient toutes les assurances sur la sécurité, l’essentiel étant de déconnecter « l’homme blanc » des misères du monde… Où trouver la paix et le silence sinon chez ces peuples gentils, interdits de parole, dont on peut ignorer la désespérance ? On profitera des plages, fussent-elles pavées d’humiliation, on humera les senteurs de jasmin, dégagent-elles des relents de pourriture.

  • La révolution arabe porte atteinte également à la hiérarchie des peuples décidée par les nations prospères et à la paternité proclamée par l’Occident –des valeurs universelles. Vous imaginez les Arabes libérés de leurs dictatures, qui pourraient, demain, négocier d’égal à égal, refuser de monnayer la sécurité de leurs peuples, mieux gérer leurs richesses, voire s’unir entre eux pour un marché commun ? Vous imaginez un monde arabe devenu juste, démocratique, féministe et protecteur de ses minorités ? Comment feraient l’Europe et l’Amérique sans ce repoussoir qui, depuis des décennies, leur fournit de quoi affûter leurs capacités de s’indigner, revigorer leurs extrémistes, légitimer leur mépris des anciens « indigènes », justifier l’occupation israélienne, protéger leurs stratégies politiques et les intérêts de leur économie ? Et puis, que ferait l’Occident pour se divertir de lui-même ? Que ferait le « monde civilisé » si les Arabes entraient eux aussi dans l’ère de la démocratie et de la modernité et si les émirs perdaient leur costume de vieux despotes exotiques ? C’en est fini de l’« ennemi culturel » ! Et du fameux « choc des cultures ». Et l’imaginaire colonial sur l’Orient ? Car vous voyez d’ici les épouses des harems commencer à ressembler aux girls de la City, les basanés se transformer en immigrés désirables, les romanciers du bled ne plus pouvoir faire pleurer le bon lecteur sur la soeur lapidée, l’oncle d’Arabie et l’honneur de la tribu…

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D’ailleurs, depuis que le monde arabe a recours aux révolutions, il semble que les révolutions se soient dépréciées. A preuve, les Belges. Ils n’ont pas trouvé mieux que de lancer leur « Révolution des frites ». Ce qui n’est certes pas la meilleure façon de rendre hommage aux soulèvements arabes… Ce sont là, peut-être, les soubresauts d’un Occident contraint désormais d’assainir son rapport au monde arabe et de repenser sa relation avec lui, de procéder à une « révolution de l’imaginaire » à son égard.

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L’Occident ouvre déjà un œil sur des populations qui vivent sous état de siège depuis des décennies. Il sait qu’il ne peut plus défendre des monarchies du Golfe qui maintiennent la moitié de leur population en état de servitude. Il a déjà le soutien la Ligue arabe pour sa « croisade » d’un genre nouveau, en Libye ; il connaît le penchant de son opinion en faveur de l’établissement d’un processus démocratique dans tout le périmètre arabe, il établira demain un vrai partenariat avec des Etats qui respecteront d’autant plus leurs engagements envers lui qu’ils tiendront leurs engagements envers leur propre peuple. C’est ce nouveau partenariat et cette nouvelle stratégie de voisinage avec les pays de la rive Sud, qui remettront en route l’Histoire de la Méditerranée pour une nouvelle page écrite sur les bases de l’égalité de la dignité et de l’intérêt partagé.

Israël et les Palestiniens

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Qu’adviendra-t-il du conflit israélo palestinien, maintenant que la révolution arabe est déclenchée ? Qu’en sera-t-il de cet abcès qui met en danger toute la région, crée la zizanie entre peuples et dirigeants, et divise le monde en deux lobbies. Certes, la pierre est dans le camp d’Israël. Face aux pays de la région qui rejettent les dictatures et entendent façonner autrement leur avenir, l’Etat hébreu ne pourra plus se prévaloir de l’exclusivité du modèle démocratique. Et la démocratie dont il ne sera plus seul détenteur ne lui servira plus de blanc-seing pour justifier son occupation des terres palestiniennes. La révolte arabe met à bas les prétextes israéliens contre un monde arabo-musulman accusé de générer l’insécurité, l’islamisme et le terrorisme. Elle change la donne politique pour l’Etat israélien en faisant tomber son principal allié arabe, l’Egyptien Moubarak, en risquant de dénoncer des alliances plus secrètes et des relations ambiguës que la rue arabe dénoncera librement désormais. Ce sont là, entre autres, quelques motifs de réflexion pour l’Etat israélien, dont l’armée est déjà amenée à étudier des plans pour faire face à une possible troisième Intifada…

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Les Palestiniens auraient raison de ne pas se réjouir non plus de la révolte actuelle, car elle met en sourdine ce qui fut jusque-là la grande Cause des « frères arabes », la libération de la Palestine. Une cause qui alimente depuis 1948 la colère de générations d’Arabes, et dont la flamme fut savamment entretenue par des pouvoirs désireux de détourner l’attention de leurs peuples des dossiers internes et des revendications nationales. En effet, jusque-là, le seul motif autorisé de la contestation arabe, le seul slogan de la « rue arabe », consistait à fustiger l’occupation israélienne et à demander justice pour les Palestiniens. Aujourd’hui, cette même rue arabe se préoccupe de ses propres maux et exprime les motifs de son propre dépit. Ce qui risque d’occulter – provisoirement- « la question palestinienne » et de repousser l’échéance d’une solution… A voir.

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En attendant, ce n’est pas pour rien que les Palestiniens sont restés relativement à l’écart des soulèvements. Leurs chefs craignent que le caractère intra-national de ces derniers ne donne l’exemple à la population, justement, et n’inverse le sens de la révolte des Palestiniens contre l’occupant pour la diriger contre leurs propres gouvernants. Les jeunes Palestiniens pourraient alors dénoncer la mauvaise gestion des deniers publics par leurs élus, le népotisme, la corruption, la tyrannie des idéologies et, surtout, la division entre les deux gouvernements du Hamas à Gaza et du Fatah en Cisjordanie. A moins que cette bataille pour les droits nationaux ne soit utilisée intelligemment pour servir une vraie lutte contre l’occupant et un réel mouvement de libération. A moins qu’Israël ne comprenne que l’occupation n’est plus la solution devant une refondation de la résistance palestinienne, l’établissement de nouveaux régimes arabes qui seront assez forts de leur légitimité auprès de leur population et de l’opinion internationale pour faire pencher la balance en faveur des Palestiniens. Il ne restera plus alors de prétexte pour refuser de voir naître un Etat Palestinien. Seuls les ennemis de la démocratie, de la justice et de l’émancipation des peuples ne s’en réjouiront pas !

Un dernier constat

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Regardons bien le spectacle de ce printemps 2011 : pendant que sur les places des grandes capitales arabes fusent les slogans d’espoir, sous les cieux nordiques il y a comme un marasme. D’un côté une déferlante de liberté, de l’autre un reflux démocratique, qui va de l’Amérique latine à la Hongrie en passant par la montée des partis de Droite dans la vieille Europe. Une vague de conservatisme, d’un côté, de l’autre une revendication inédite des valeurs universelles. Un sentiment d’altérité et une volonté de ressembler au reste du monde, sur une rive, un froid identitaire, l’éloge du terroir et la rengaine de l’assimilation, sur l’autre. Est-ce en raison de ce repli que l’ex Tiers-monde a entamé ce sursaut démocratique et s’est persuadé qu’il lui faut se suffire à lui-même pour faire sa révolution ? Qui peut nous expliquer la logique de ces deux vents contraires ? Il a dû se tromper celui qui nous annonçait la fin de l’Histoire. Il n’avait pas compté avec les Arabes. Lesquels posent des questions et ouvrent sur l’inconnu, devant un Occident qui pensait avoir déverrouillé toutes les portes. Des Arabes avec qui il faudra désormais compter. Vraiment ? C’est dire si nous sommes à un croisement critique, tout peut être sauvé ou… perdu entre l’Occident et ses voisins arabes.

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De fait, nous ignorons où s’arrêteront ces révoltes et quel paysage elles laisseront après la tempête. Et nous savons, en revanche, que les révolutions peuvent engendrer des monstres. Mais cela n’empêche pas de se réjouir pour le présent, ni de parier sur l’avenir ; de se persuader que le temps des Staline et des Khomeiny est révolu et que l’Apartheid est un lointain souvenir ; de croire qu’il impossible, après ce vent de conscience et de liberté d’une ampleur sans pareille, d’envisager un retour de la tyrannie, du fascisme, de l’obscurantisme ou de la colonisation. A défaut de quoi, il y a lieu de s’indigner. Et pour de bon ! ?

Notes

[1]

L’ensemble ou la communauté des musulmans.

[2]

Mouvement de réformes intellectuelles qui ont été menées dans le monde arabe au 19e siècle.

[3]

Services secrets.

[4]

Mépris, dédain.

[5]

Martyr.

Plan de l'article

  1. Pourquoi nous réjouir ?
    1. Les révoltes actuelles battent en brèche nombre d’idées reçues…
    2. Les révoltes en cours ont désigné clairement les symptômes de la « maladie arabe »
  2. Qui pourrait se réjouir en premier lieu des changements annoncés ?
    1. Les démocrates et les républicains, à coup sûr…
    2. La Société civile, les tenants des droits de l’Homme et les médias
    3. Les femmes…
    4. Les jeunes, aussi…
    5. Une étonnante « révolution dans la révolution »…
  3. Les Arabes, l’Occident et Israël
    1. L’Occident qui a pactisé avec les autoritarismes arabes se réjouira-t-il des révoltes actuelles ?
    2. Israël et les Palestiniens
    3. Un dernier constat

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