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Confluences Méditerranée

2011/2 (N° 77)

  • Pages : 240
  • DOI : 10.3917/come.077.0037
  • Éditeur : L'Harmattan

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Introduction

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Le 11 février 2011, Hosni Moubarak quitte la présidence égyptienne, accédant ainsi à la principale revendication des acteurs d’un soulèvement qui a duré dix-huit jours.

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La révolte égyptienne a été impulsée puis menée par une coalition hétéroclite de forces sociales et politiques. Si la jeunesse « Facebook », dans la lignée de la dynamique amorcée par le « Mouvement du 6 avril » [1]  Mouvement d’opposition qui tire son nom de la grève... [1] , s’attribue la paternité du soulèvement, il n’en reste pas moins que la contestation a mobilisé l’ensemble des classes sociales et rassemblé autour de thèmes unificateurs les forces politiques de gauche, les cercles nassériens et les mouvements islamistes.

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En ce sens, il est nécessaire de replacer les évènements de 2011 dans la longue durée et de montrer leur enracinement dans un héritage contestataire. Sans vouloir nier la dimension inédite d’un tel soulèvement, on peut souligner qu’il est l’aboutissement d’un processus nourri depuis les années 1970 : la constitution et le renforcement d’une opposition égyptienne, dont le spectre s’étend de la gauche « progressiste » aux Frères musulmans et qui partage des mots d’ordre largement empruntés à l’arsenal conceptuel socialiste. Ces référents communs, d’abord mobilisés par Nasser, ont été tour à tour (ré) appropriés, brandis et/ ou instrumentalisés, les contenus qu’on leur assigne de part et d’autre divergeant selon les projets défendus. Sous Sadate comme sous Moubarak, les mouvements d’opposition au régime ont en effet repris et adapté au terrain égyptien des concepts socialistes à forte résonance anti-impérialiste, hérités de la Guerre froide. Ces derniers ont alimenté l’expression de revendications d’ordre politique et social. Ils ont permis de fonder théoriquement, d’une part, l’idée selon laquelle l’Egypte devait s’émanciper des tutelles héritées et des subordinations nouvelles (Etats-Unis et URSS pendant la Guerre froide, puis Etats-Unis surtout après la chute du communisme). Ils ont permis d’autre part de nourrir des revendications internes (droits sociaux, libertés politiques, remise en cause de l’appareil sécuritaire et policier) et des critiques portant sur la politique extérieure (dénonciation de la paix séparée avec Israël). Les implications « révolutionnaires » des forces de gauche et des mouvements islamistes dans la révolte de janvier/ février 2011 sont donc le fruit de la maturation d’un référentiel socialiste qui a nourri les oppositions égyptiennes. Néanmoins, les concepts « anti-impérialistes » n’ont pas systématiquement fait l’objet d’une réflexion terminologique claire : si certains communistes ont repris à leur compte le corpus marxiste-léniniste, une grande partie des sympathisants de gauche ou des militants islamistes s’est efforcée de concilier références socialistes, nationalistes et/ou religieuses. En outre, le seul objectif politique que les différents courants de l’opposition ont véritablement partagé est resté la dénonciation (voire le renversement) d’un régime honni.

Un héritage partagé : reprise et appropriation de concepts révolutionnaires

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Après la Seconde Guerre mondiale, le discours anti-impérialiste et révolutionnaire offre aux populations des Etats émergents un champ conceptuel susceptible d’alimenter leurs revendications en faveur de la lutte anticoloniale, de l’indépendance et du non-alignement. Ils l’investissent en l’adaptant à leurs aspirations propres. En Egypte, après le coup d’Etat militaire du 23 juillet 1952 [2]  Le coup d’Etat des Officiers libres renverse la monarchie... [2]  et la prise du pouvoir par Nasser en octobre 1954, ce processus est d’abord le fait du régime lui-même, dans une perspective à la fois nationaliste et panarabe. Les Nassériens s’approprient la terminologie des communistes car ils y puisent des caractéristiques politiques et idéologiques qui coïncident avec leurs propres buts. Ils s’intéressent tout particulièrement au système de parti unique assurant de longues périodes de pouvoir relativement stable, à l’espoir d’une industrialisation rapide, à la capacité du régime de mobiliser les masses ou encore à la militarisation de l’Etat et de la société [3]  VASSILIEV, Alexei, Russian Policy in the Middle East :... [3] . Le 16 janvier 1953, les partis politiques sont interdits. Toutes les forces nationales doivent désormais se rassembler dans une organisation unifiée : Nasser crée l’Union nationale des citoyens en 1956. Celle-ci devient, en décembre 1962, l’Union socialiste arabe (USA), immense rassemblement des partisans du régime, dont les principes sont basés sur le socialisme arabe nassérien. Le 23 mars 1964, une nouvelle Constitution est adoptée qui proclame le socialisme d’Etat et affirme que l’Egypte « est un Etat démocratique socialiste fondé sur l’alliance des forces populaires laborieuses » [4]  BERNARD-MAUGIRON, Nathalie, « Les constitutions égyptiennes... [4] . Nasser lui-même n’hésite pas à désigner l’Egypte comme « la première ligne de défense du camp socialiste » et confie en 1967 : « sans le dire officiellement, nous sommes en réalité communistes » [5]  SCHWANITZ, Wolfgang, “Deutschland und der Mittlere... [5] . En mars 1971, Shaarawi Gomaa, ministre de l’Intérieur et secrétaire pour les questions d’organisation du comité central de l’USA, assure que le devoir qui incombe à l’organisation est « de conduire la révolution nationale et de lutter contre l’impérialisme » [6]  MfAA, « Note sur des conversations entre le candidat... [6] .

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Si l’Egypte a pu apparaître un temps comme l’« avant-poste du système socialiste européen » [7]  CARRERE D’ENCAUSSE, Hélène, La politique soviétique... [7]  au Moyen-Orient, il ne faut pas déduire cependant de l’adoption d’une terminologie socialiste une parenté idéologique entre le régime égyptien et le modèle soviétique. La rhétorique anti-impérialiste fait l’objet d’une instrumentalisation maîtrisée, dans des buts extrêmement pragmatiques : faire pression sur les Etats-Unis dans le règlement de la question israélo-arabe et encourager les livraisons d’armes de l’URSS.

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Le coup d’Etat militaire de 1952, qui mène les Officiers Libres au pouvoir, obtient le soutien d’une grande partie des intellectuels, quelle que soit par ailleurs leur inclination politique : l’appui au coup d’Etat est aussi bien le fait de sympathisants communistes que de certains membres de l’organisation des Frères musulmans [8]  YOUNIS, Sherif, « Marxisme et patriotisme dans les... [8] . Tous condamnent le colonialisme et le pouvoir féodal des grands propriétaires terriens. La révolution de 1952 conduit pourtant à l’élimination de toutes les organisations politiques existantes et à l’arrestation des communistes comme des Frères musulmans, deux courants subversifs aux yeux de Nasser [9]  KAMINSKY, Catherine, KRUK, Simon, La stratégie soviétique... [9] . Ce dernier parvient à orchestrer le ralliement des diverses tendances politiques à son régime, privant celles qui s’y refusent de tout accès à la sphère institutionnelle. Georges Corm rappelle que « le nassérisme a […] instauré le régime de parti unique et d’organisations de masse tel que pratiqué dans les démocraties populaires et a donc confisqué la liberté d’expression, ce qui lui a valu l’hostilité des deux grandes forces sociales de l’Egypte, les communistes et les Frères musulmans […] » [10]  CORM, Georges, « Méditerranée-Rive sud, Différents... [10] .

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A partir de 1976, Sadate encourage la mise en place du multipartisme, afin de donner un cadre légal et strictement défini à l’opposition. Ce processus permet la constitution d’un parti de gauche autorisé, l’Organisation Unioniste Nationale Progressiste ou parti Tagammu (« Rassemblement ») [11]  L’Organisation Nationale Unioniste Progressiste est... [11] , qui se distingue du Parti Communiste Egyptien (PCE). Après avoir conduit sous Nasser la répression des Frères musulmans, Sadate soutient la renaissance des organisations islamiques dans la société civile afin de contrecarrer l’opposition de gauche, tout en prenant soin de les écarter de la scène politique légale. En 1977, la loi sur les partis politiques précise en effet « qu’aucun parti ne peut se fonder sur une classe ou une religion » [12]  POMMIER, Sophie, Egypte, l’envers du décor, Editions... [12] . La recomposition du paysage politique permet de démanteler progressivement l’USA, de cloisonner strictement les formes d’expression politique et de faire d’une « opposition constructive » [13]  MfAA, , « Rapports annuels de 1977 et 1978 de l’ambassade... [13]  l’alibi démocratique du régime.

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La signature du traité de paix israélo-égyptien, le 26 mars 1979, suscite en Egypte l’opposition conjointe du parti Tagammu, des forces communistes et des mouvements islamistes, qui font l’objet de campagnes d’arrestations. En 1981, lorsque Hosni Moubarak arrive au pouvoir, il affiche sa volonté de rassembler la nation, afin de désamorcer l’opposition. En ménageant un espace d’expression politique minimal, voué à servir d’exutoire aux revendications populaires, il parvient à neutraliser les mouvements de contestation. Il institue par exemple « un espace limité d’action pour les Frères musulmans, autorisés à investir syndicats, organisations professionnelles et tissu associatif local » [14]  POMMIER, Sophie, op.cit., p. 67. [14] . Sous ses mandats successifs, on assiste néanmoins à une identification croissante du parti gouvernemental, le PND [15]  Parti National Démocratique, parti du gouvernement... [15] , au pouvoir exécutif. En 1988, ce dernier se revendique toujours du « socialisme démocratique » [16]  SAPMO, Congrès du Parti du PCE, relations du SED avec... [16] .

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La consolidation de régimes autoritaires grâce à la légitimation constitutionnelle [17]  La nouvelle Constitution, adoptée le 11 septembre 1971 puis... [17]  et au contrôle strict de l’opposition cantonne donc le débat politique à un espace réduit et fortement encadré. L’Etat égyptien s’appuie sur la terminologie socialiste pour fonder son pouvoir, tout en vidant de leur contenu des mots d’ordre potentiellement émancipateurs. En verrouillant l’espace politique, il encourage la réappropriation de ces thèmes mobilisateurs par une partie de l’opposition. Cette dernière s’empare ainsi des exigences de justice sociale et de liberté politique et les intègre à un discours aussi bien « progressiste » qu’islamiste. Quatre thèmes majeurs sont mis en avant depuis le début des années 1970 : les relations israélo-égyptiennes, la dépendance croissante de l’Egypte vis-à-vis des Etats-Unis, l’insuffisance des droits économiques et sociaux et, à partir de 1981, le maintien de l’état d’urgence. A plusieurs reprises, entre 1970 et 2011, une opposition pourtant hétérogène se rassemble pour former un front uni face au régime décrié. La rhétorique anti-impérialiste reste la « valeur centrale sur laquelle se restructurent tous les discours politiques » [18]  LAURENS, Henry, « Moyen-Orient, l’engrenage des méprises,... [18] .

Une mobilisation commune ? Stratégies et ambiguïtés d’un front uni contre le régime en place

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Privés de statut légal, communistes et Frères musulmans s’interrogent sur la manière dont ils peuvent investir la scène publique et adoptent des stratégies similaires, qui oscillent entre fermeté idéologique et pragmatisme politique. Une protestation sociale trop vigoureuse risquant d’exposer les mouvements d’opposition à la répression du pouvoir, le choix du compromis évite souvent à ces derniers d’apparaître comme les promoteurs de l’instabilité.

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A partir de 1975, les communistes égyptiens tentent de se reconstituer. Cibles de la répression organisée par Sadate après les émeutes de 1977, arrêtés en 1979, emprisonnés avec l’ensemble des opposants en 1981, ils se divisent peu à peu entre « opportunistes » et « dogmatiques », pour reprendre leur propre terminologie [19]  SAPMO, Congrès du Parti du PCE, 1980-1985, relations... [19] . En 1980, 1984 et 1987, ils réunissent le Congrès du Parti, de façon illégale, afin de définir les modalités d’action de leur organisation. Les discussions révèlent de profondes dissensions à l’intérieur du mouvement. Le représentant des communistes exilés à l’étranger, Michel Kamel, est partisan d’une ligne idéologique stricte et refuse l’idée d’une fusion avec le parti Tagammu. Il condamne fermement la « création d’un nouveau parti […] qui se contentera du champ d’action politique que les détenteurs du pouvoir lui octroieront », ainsi que le mouvement qui vise à faire du PCE « une simple enseigne, sans contenu de classe et sans action révolutionnaire » [20]  SAPMO, Congrès du Parti du PCE, relations du SED avec... [20] . A l’inverse, Rifaat el Saïd, leader du Tagammu, qui assume aussi la direction du PCE en Egypte, soutient le principe de la double affiliation, préalable à l’unification des deux partis. Il estime que seule l’intégration du PCE au parti de gauche légal lui permettra d’avoir accès à la sphère politique institutionnelle. Ces divisions internes sont accentuées par les arrestations successives dont les militants communistes font l’objet, en 1985 et en 1987.

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Pour les Frères musulmans, l’accès au jeu électoral n’est guère plus simple. Barbara Azaola Piazza rappelle que la vie parlementaire égyptienne a oscillé « durant les dernières décennies entre la répression et l’intégration limitée des forces islamistes » [21]  AZAOLA PIAZZA, Barbara, « Le régime de Moubarak, les... [21] . Bien qu’interdite, l’organisation des Frères musulmans, principale force de la mouvance islamiste, participe à différentes élections grâce à des accords avec d’autres partis, le Wafd en 1984, le Parti du Travail et le Parti Libéral en 1987, ou des candidatures indépendantes, comme en 2000 et en 2005. Aux élections législatives de 1987, l’alliance dont font partie les Frères musulmans remporte plus de 10 % des voix, tandis que le parti Tagammu en obtient moins de 3 %.

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Le partage d’une expérience commune, celle de l’exclusion de la sphère politique institutionnelle, amène ponctuellement les forces d’opposition de gauche et les mouvements islamistes à adopter la stratégie du rassemblement. Malgré les désaccords idéologiques, la constitution de fronts patriotiques peut apparaître comme une solution provisoire pour accéder à la reconnaissance politique. Cette idée est régulièrement brandie par les forces d’opposition. Après les émeutes de janvier 1977, Fouad Morsi, l’un des membres dirigeants du parti Tagammu, estime que « l’opposition grandissante, de gauche comme de droite » fragilise le régime de Sadate. Il évoque la mise en place d’un « front démocratique national », qui représenterait selon lui « une véritable alternative » [22]  MfAA, « Remarques sur des entretiens de diplomates... [22] . A l’automne 1983, le PCE fonde un « comité pour la défense de la démocratie », qui comprend de « larges forces nationales, patriotiques, libérales et islamiques » [23]  SAPMO, Congrès du Parti du PCE , relations entre le... [23] . Le comité prône l’action commune en faveur de l’abrogation de l’état d’urgence, proclamé par Hosni Moubarak en 1981, et le droit pour tous les mouvements politiques de créer des partis indépendants. Pour le PCE, l’alliance avec le parti Tagammu, le Wafd, le Parti Libéral ou les Frères musulmans est un gage de visibilité croissante. En mai 1988, l’annonce par le gouvernement d’Hosni Moubarak de la prolongation pour trois ans de l’état d’urgence, suscite une vive résistance. Les trois partis formant l’opposition parlementaire, le Parti Libéral, le Parti des Travailleurs Socialistes et le nouveau parti Wafd, entament une campagne d’opposition. Les deux premiers de ces partis s’unissent aux Frères musulmans pour former l’Union islamique [24]  BStU, Département X, Berlin, 26 mai 1988, confidentiel,... [24] . Avec l’accord du parti Tagammu, les Frères musulmans appellent l’Union à encourager le rassemblement de l’opposition égyptienne afin d’activer les formes de résistance légales contre le régime de Moubarak. Un certain nombre d’intellectuels se rallient à eux.

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Ce mouvement de rassemblement reste néanmoins dicté par une considération très pragmatique : le renforcement de la visibilité politique. Lorsqu’il semble desservir l’indépendance idéologique, il est dénoncé par ceux-là mêmes qui le prônaient. En avril 1989, le PCE de Michel Kamel condamne la « politique d’alliance » des communistes légalistes, qui coopèrent tour à tour avec les « partis bourgeois du gouvernement et de l’opposition » et aspirent à « créer des formes élitistes de fronts qui excluent les classes révolutionnaires » [25]  SAPMO, Congrès du Parti du PCE, relations du SED avec... [25] . Le mouvement critique explicitement le rapprochement de la gauche égyptienne avec le Wafd et « parfois, avec la tendance islamiste » [26]  Ibid. [26] . Ces différends s’expliquent par le fait que pour les communistes exilés, les concepts socialistes ont fait l’objet d’une réflexion doctrinale plus rigoureuse que chez les autres acteurs de l’opposition. Ils s’accommodent donc moins aisément du flou idéologique qui peut entourer l’utilisation de telles notions. En effet, tandis que certains Egyptiens souhaitent emprunter « une voie intermédiaire entre le socialisme et l’impérialisme […] sur la base du Coran » [27]  MfAA, Relations entre l’Egypte et l’URSS, 1972-1974,... [27] , le parti de Michel Kamel dénonce les « idéologies aventureuses […] étrangères au marxisme-léninisme […] qui se sont infiltrées dans les rangs du mouvement communiste » [28]  SAPMO, Congrès du Parti du PCE, 1980-1985, relations... [28] .

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La constitution de fronts patriotiques apparaît néanmoins comme le moyen le plus efficace de donner du poids à l’opposition. En 2011, le réseau Kifaya, qui a apporté son soutien au Mouvement du 6 avril, réunit des militants de sensibilités politiques extrêmement variées, allant de la gauche marxiste aux islamistes.

Lieux et sociabilités contestataires : rivalité pour le contrôle des espaces de mobilisation

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L’espace public et les campus universitaires sont les lieux privilégiés de la mobilisation pour les forces d’opposition, qui rivalisent sur le terrain et forment des coalitions changeantes. De ce point de vue, la révolte de 2011 a hérité de structures de contestation déjà bien éprouvées. Dans les universités, et notamment à l’Université du Caire, des groupes de discussion se forment parmi les étudiants, qui constituent l’esquisse d’une opposition organisée. Au début des années 1970, les Frères musulmans gagnent en audience parmi eux. Les premières Gamaat islamiyya (associations islamiques) apparaissent en 1973 sur les campus [29]  POMMIER, Sophie, op.cit., p. 60. [29] . En 1977, elles remportent les élections universitaires, signifiant l’échec de la gauche.

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Du 17 au 25 janvier 1972, de fortes mobilisations étudiantes ont lieu au Caire, dont l’objet est notamment de dénoncer la politique de Sadate à l’égard d’Israël [30]  SAPMO, « Rapport d’information n°6 du 1er février 1972 sur... [30] . Les étudiants condamnent l’enlisement de la situation depuis la guerre de juin 1967. Ils appellent au rassemblement des forces patriotiques et critiquent ce qu’ils appellent la « politique de l’espoir » menée par Sadate, qui a empêché selon eux toute préparation militaire de l’Egypte, face à l’éventualité de la reprise du conflit. Marxistes et Nassériens condamnent d’une seule voix l’incapacité de Sadate à entrer en guerre [31]  BEATTIE, Kirk J., Egypt during Sadat Years, Palgrave,... [31] . Une grande partie de la mobilisation se construit autour de slogans anti-américains et anti-impérialistes. Les étudiants de l’Université du Caire et de l’Université Aïn Shams, parmi lesquels se trouvent des fils de généraux et de ministres, publient des tracts présentant leurs doléances : la reprise du conflit contre Israël pour récupérer le Sinaï occupé depuis 1967 et régler le sort de la Palestine, la nationalisation de toutes les sociétés américaines présentes en Egypte, la hausse du niveau de vie et le respect des droits à l’université [32]  SAPMO, « Rapport d’information n° 1/72, les troubles... [32] . Les étudiants parviennent à occuper la place Tahrir, au centre du Caire, un jour durant, avant d’être délogés par la police. Ils forment des groupes de discussion en pleine ville afin d’exposer leurs revendications à la population.

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Pour Sadate, le contenu même des exigences formulées par les manifestants est la preuve du fait que « l’agitation estudiantine » a été « orchestrée par les communistes » [33]  EL-SADATE, Anouar, A la recherche d’une identité, histoire... [33] . La plupart des grands mouvements de masse, entre 1972 et 1977, leur sont d’ailleurs imputés. Ce sont pourtant les cercles islamistes qui remportent le plus de succès parmi les étudiants, notamment chez ceux qui suivent les cursus les plus prestigieux, médecine ou études d’ingénieurs. Ils profitent davantage de la victoire d’octobre 1973 que les mouvements marxistes et nassériens, qui avaient fait du manque d’intransigeance de Sadate à l’égard d’Israël leur principal argument contre le régime [34]  BEATTIE, Kirk J., op.cit., p. 201. [34] . En outre, la dimension religieuse associée au succès militaire par l’opinion publique accroît l’audience dont les mouvements islamistes bénéficient.

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Au-delà des universités, la contestation s’exprime dans l’ensemble des espaces publics. En juin 1970, Rifaat el Saïd rapporte que dans les marchés aux livres, « à côté des ouvrages religieux, les écrits et les volumes marxistes-léninistes sont ceux qui se vendent le mieux » [35]  MfAA, « Remarques sur des conversations avec des représentants... [35] . La rue est investie à chaque grande manifestation populaire, qu’elle soit initiée ou récupérée par les mouvements d’opposition. Les émeutes de janvier 1977, qui font 160 morts, sont motivées par la hausse de l’inflation, l’augmentation du chômage et les difficultés d’approvisionnement. Sadate ordonne la prolongation des vacances semestrielles afin d’éviter toute mobilisation étudiante. Les communistes sont accusés d’avoir encouragé les manifestations populaires pour fomenter un coup d’Etat et font l’objet d’intimidations [36]  MfAA, op.cit., ambassade de la RDA en République arabe... [36] . Pour Fouad Morsi, militant fervent du Parti de gauche, l’opposition toutefois est le fait aussi bien des forces de gauche que de celles de droite. Selon lui, la dégradation du niveau de vie accroît nettement le rôle des cercles islamistes dans la vie sociale égyptienne [37]  MfAA, op.cit., ambassade de la RDA en République arabe... [37] .

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Moubarak prolonge durablement l’état d’urgence en le justifiant par la lutte antiterroriste, et consolide ainsi un arsenal répressif qui lui permet d’arrêter des « suspects », de contrôler la presse et d’interdire les manifestations ou les réunions publiques. Il parvient à contenir les émeutes de 1986 et 2008. La dernière prorogation de la loi, le 11 mai 2010, prive un peu plus l’opposition, légale ou non, des moyens d’affirmer sa visibilité, en lui interdisant l’accès à l’espace public.

En conclusion : vers un mouvement d’islamisation des thèmes anti-impérialistes ?

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Si les forces de gauche et les mouvements islamistes s’approprient le même référent anti-impérialiste pour condamner la politique conduite par le régime, l’appui dont ils bénéficient au sein de la population diverge en revanche nettement. Le parti Tagammu et les communistes égyptiens, traversés par des luttes intestines, ne parviennent pas à s’imposer comme les vecteurs légitimes de la contestation politique et se révèlent incapables de répondre aux aspirations des jeunes militants. Si dans « l’ensemble du spectre des idéologies politiques [d’Egypte], des islamistes jusqu’à l’ultra-gauche […], on retrouve l’anti-impérialisme comme valeur fondamentale » [38]  LAURENS, Henry, op. cit., p. 140. [38] , seuls les premiers parviennent réellement à impulser ou à récupérer une dynamique d’opposition soutenue par la population. Aux élections de 2005, le parti Tagammu obtient 2 sièges sur 454, tandis que les Frères musulmans, avec leurs 88 députés, deviennent la principale figure de l’opposition parlementaire. La promotion de slogans unificateurs permet à ces derniers d’intégrer les revendications populaires en matière sociale, tout en rejetant l’idée de lutte des classes. Les formes de l’opposition ont en effet évolué [39]  AZAOLA PIAZZA, Barbara, op.cit., p. 159. [39]  depuis les années 1970, les partis libéraux, comme al-Ghad, ou islamistes, comme al-Wasat, parvenant à capter l’essentiel des revendications nationales. Alors que les régimes successifs avaient présenté la rhétorique islamiste comme réactionnaire et violente, celle-ci, porteuse d’une critique à forte dimension sociale, devient l’un des biais privilégiés de la contestation politique.

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En 2011 néanmoins, les organisations islamistes se sont montrées réticentes à s’investir trop clairement dans la dynamique révolutionnaire, partagées entre l’allégeance au régime et la volonté de suivre la révolte, sans la politiser ou l’« islamiser ». Elles rejoignent avec prudence le mouvement de protestation civile orchestré par des plates-formes d’opposition comme Kifaya, apparues dans les années 2000 et qui font figure de mouvements intergénérationnels et politiquement divers [40]  Ibid. [40] . Ces réseaux puisent leur force dans leur capacité à faire converger des revendications de différents types et, éventuellement, à faire alliance avec les Frères musulmans. La conjonction de l’ensemble de ces forces et le relais médiatique dont elles ont disposé grâce aux réseaux sociaux, ont permis de donner aux manifestations une ampleur nouvelle. La force du rassemblement de janvier/ février 2011 réside dans le fait que ce dernier a été l’expression d’un élan avant tout national. En ce sens, la mobilisation s’est principalement construite autour de revendications socio-économiques. La révolte égyptienne n’a pas vu fleurir de slogans anti-américains ou anti-israéliens stigmatisant l’ennemi « impérialiste » ou « sioniste ». Henry Laurens rappelle avec justesse qu’en Tunisie comme en Egypte, les drapeaux brandis n’ont pas été les drapeaux rouges ou les drapeaux verts de l’islam, mais les drapeaux nationaux, emblèmes d’une souveraineté retrouvée [41]  LAURENS, Henry, participation à l’émission télévisée... [41] . Olivier Roy va même jusqu’à qualifier le mouvement égyptien de « révolution post-islamiste », mettant en exergue l’inscription de la génération révolutionnaire dans un « espace politique séculier » et le reflux des slogans religieux et panarabes [42]  ROY, Olivier, « Révolution post-islamiste », in : Le... [42] . La prudence dont font preuve les Frères musulmans depuis le départ de Moubarak confirme en partie cette analyse. Désireux de ne pas s’aliéner la communauté internationale, soucieux de ne pas se voir accusés de récupérer à leur profit un mouvement qu’ils n’ont pas initié, ils prônent la solidarité sociale alors que les conflits sociaux se multiplient. Le 30 avril 2011, ils ont proclamé la création de leur parti, Liberté et Justice, en prenant bien soin de présenter celui-ci comme une « formation civile à référence islamique » [43]  D’après les termes d’Alexandre BUCCIANTI dans son article... [43] , théoriquement indépendante de la confrérie. Ils ont enfin annoncé que lors des élections législatives de septembre 2011, à l’issue desquelles une assemblée constituante doit être formée, ils ne présenteraient des candidats que dans 50 % des circonscriptions seulement.

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Néanmoins, si les thèmes brandis lors de la révolte égyptienne ont d’abord été nationaux et « désidéologisés », il n’est pas certain que les mots d’ordre anti-impérialistes aient perdu pour autant leur capacité mobilisatrice. Certaines décisions prises par le gouvernement provisoire, impensables sous Moubarak, font de l’indépendance de la politique étrangère égyptienne l’un des piliers de la souveraineté nationale restaurée et peuvent ainsi apparaître comme participant d’une entreprise de légitimation auprès de la population. Le 22 février 2011, moins de deux semaines après la chute d’Hosni Moubarak et pour la première fois depuis la révolution islamique de 1979, Le Caire autorise deux navires de guerre iraniens à emprunter le canal de Suez pour rejoindre la mer Méditerranée [44]  Dépêche AFP publiée dans Le Monde du 22 février 2011 sous... [44] . Cette initiative suscite la réprobation israélienne. Le 13 avril 2011, une dépêche AFP informe du fait que l’Egypte a décidé de réviser les accords gaziers qui la liaient à d’autres pays, y compris à la Jordanie et à Israël [45]  Dépêche AFP du 13 avril 2011. [45] . Les contrats israélo-égyptiens avaient été fortement critiqués par l’opposition égyptienne, notamment islamiste, qui estimait qu’ils avaient été conclus à prix trop bas et de façon illégale puisque le Parlement ne les avait pas approuvés. Le 29 avril 2011, le ministre égyptien des Affaires étrangères, Nabil al-Arabi, annonce que l’Egypte va rouvrir sa frontière avec Gaza, afin d’alléger le blocus imposé par Israël [46]  « La frontière entre l’Egypte et Gaza sera bientôt... [46] . Bien que le Caire se soit empressé, après la chute d’Hosni Moubarak, d’assurer que l’accord de paix israélo-égyptien signé à Camp David en 1979 ne serait pas remis en cause, ces initiatives traduisent une modification évidente de l’équilibre régional au Moyen-Orient et la redéfinition progressive de la politique extérieure égyptienne. En ce sens, elles répondent à des thèmes brandis aussi bien par les Frères musulmans que par le gouvernement provisoire ou des figures de l’opposition comme Mohamed el-Baradei.

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Pourtant, une fois le départ de Moubarak obtenu, la place de l’armée au sein du régime, les antagonismes sociaux et les objectifs politiques sont des thèmes qui alimentent les divergences entre anciens « opposants ». La révolution faite, le partage d’un référent contestataire s’efface au profit de l’affirmation de tendances centrifuges. ■

Notes

[1]

Mouvement d’opposition qui tire son nom de la grève générale lancée le 6 avril 2008 en soutien aux travailleurs des usines textiles de Mahalla al Kubra.

[2]

Le coup d’Etat des Officiers libres renverse la monarchie constitutionnelle du roi Farouk. La République est instaurée en juin 1953.

[3]

VASSILIEV, Alexei, Russian Policy in the Middle East : from Messianism to Pragmatism, Ithaca Press Reading, 1993, p. 152.

[4]

BERNARD-MAUGIRON, Nathalie, « Les constitutions égyptiennes (1923-2000) : ruptures et continuités », in : Egypte/ Monde arabe, 2e série, n° 4-5, 2001, pp. 103-133.

[5]

SCHWANITZ, Wolfgang, “Deutschland und der Mittlere Osten im Kalten Krieg”, in : Comparativ, 16. Jahrgang, 2006, Heft 2, Leipziger Beiträge zur Universalgechsichte und vergleichenden Gesellschaftsforschung, p. 22.

[6]

MfAA, « Note sur des conversations entre le candidat du bureau politique et secrétaire du comité central du SED, Werner Lamberz, des fonctionnaires du comité central de l’USA et des fonctionnaires d’Etat égyptiens, mars 1971 », Ambassade de la RDA en Egypte, le Caire, 31 mars 1971, « Note sur l’entretien entre Werner Lamberz et Shaarawi Gomaa, le 27 mars 1971, entre 19h et 20h40 », 205/ L 187, C 17/75.

[7]

CARRERE D’ENCAUSSE, Hélène, La politique soviétique au Moyen-Orient, 1955- 1975, Presses de la Fondation nationale des Sciences politiques, 1975, p. 216.

[8]

YOUNIS, Sherif, « Marxisme et patriotisme dans les régimes militaires de libération nationale : les Officiers Libres et les « communistes égyptiens », in : Les gauches en Egypte, XIXe-XXe siècles, Cahiers d’Histoire, revue d’histoire critique, n° 105-106, juillet-décembre 2008, p. 151.

[9]

KAMINSKY, Catherine, KRUK, Simon, La stratégie soviétique au Moyen-Orient, PUF, 1988, p. 51.

[10]

CORM, Georges, « Méditerranée-Rive sud, Différents modèles politiques » in : Confluences Méditerranée, Eté 2007, n° 62, p. 169.

[11]

L’Organisation Nationale Unioniste Progressiste est un mouvement d’opposition de gauche, laïque, qui devient le parti de gauche légal à partir de 1976.

[12]

POMMIER, Sophie, Egypte, l’envers du décor, Editions la Découverte, Paris, 2008, p. 60.

[13]

MfAA, , « Rapports annuels de 1977 et 1978 de l’ambassade de la RDA en Egypte, sur la politique intérieure et extérieure de l’Egypte et sur les relations du pays hôte avec la RDA et les pays tiers, décembre 1977- janvier 1979 », Rapport annuel de 1978, ambassade de la RDA en RAE, le Caire, 2 janvier 1979, ‘Développement politique intérieur de la République arabe d’Egypte en 1978’, L 187, C 65/ 13.

[14]

POMMIER, Sophie, op.cit., p. 67.

[15]

Parti National Démocratique, parti du gouvernement fondé par Sadate en 1978 après la dissolution de l’USA.

[16]

SAPMO, Congrès du Parti du PCE, relations du SED avec les partis en Egypte, Bd .3, 1988-1989, « Rapport d’information sur le PND, Parti National Démocratique d’Egypte, confidentiel », juin 1988, DY 30/ 13 669.

[17]

La nouvelle Constitution, adoptée le 11 septembre 1971 puis révisée en 1980, 2005 et 2007, renforce les pouvoirs présidentiels.

[18]

LAURENS, Henry, « Moyen-Orient, l’engrenage des méprises, entretien avec Henry Laurens », in : Le Débat, 2008/2, p. 127.

[19]

SAPMO, Congrès du Parti du PCE, 1980-1985, relations du SED avec les partis égyptiens, 1981-1989, « Thèses sur la discussion à propos de la situation du PCE », 6 septembre 1985, DY 30/ 13 666.

[20]

SAPMO, Congrès du Parti du PCE, relations du SED avec les partis en Egypte, Bd. 3, 1988-1989, « Fascicule du PCE de Michel Kamel, avril 1989 », DY 30/13 669.

[21]

AZAOLA PIAZZA, Barbara, « Le régime de Moubarak, les espaces et les acteurs de l’opposition », in : Confluences Méditerranée, n° 75, Automne 2010, p. 157.

[22]

MfAA, « Remarques sur des entretiens de diplomates de la RDA avec des représentants, des fonctionnaires d’Etat, et des hommes politiques d’Egypte. Contient notamment : visite de l’ambassadeur de RDA en Egypte, Becker, à des représentants égyptiens, en 1977, 1974-1977 », ambassade de la RDA en République arabe d’Egypte, le Caire, le 11 août 1977, « Note sur une conversation entre l’ambassadeur, le camarade Dr. Radde, et le membre du secrétariat du parti de Gauche, le Dr. Fouad Morsi, le 6 août 1977 », 205/ L 187, C 1429/78.

[23]

SAPMO, Congrès du Parti du PCE , relations entre le SED et les partis en Egypte, Bd. 1., 1981-1986, « Note sur une conversation du camarade Trappen avec des représentants du PCE », 19 novembre 1983, DY 30/13 667.

[24]

BStU, Département X, Berlin, 26 mai 1988, confidentiel, « Information des organes de sécurité de Bulgarie sur le rôle des partis d’opposition dans l’aggravation de la situation en Egypte », Zentralarchiv, MfS, Abt. X 561.

[25]

SAPMO, Congrès du Parti du PCE, relations du SED avec les partis en Egypte, Bd. 3, 1988-1989, « Fascicule du PCE de Michel Kamel, avril 1989 », DY 30/ 13 669.

[26]

Ibid.

[27]

MfAA, Relations entre l’Egypte et l’URSS, 1972-1974, « Opinions concernant la fin de l’activité du personnel militaire soviétique en RAE », le Caire, 26 juillet 1972, L 187/ 21-L 159, C 1307/76.

[28]

SAPMO, Congrès du Parti du PCE, 1980-1985, relations du SED avec les partis égyptiens, 1981-1989, « Rapport sur la question de l’unité », documents tirés de la première conférence générale du PCE, septembre 1980, DY 30/ 13 666.

[29]

POMMIER, Sophie, op.cit., p. 60.

[30]

SAPMO, « Rapport d’information n°6 du 1er février 1972 sur les troubles étudiants au Caire », Rolf Günther, DY 30 IV B 2/20 431.

[31]

BEATTIE, Kirk J., Egypt during Sadat Years, Palgrave, New York, 2000, p. 201.

[32]

SAPMO, « Rapport d’information n° 1/72, les troubles étudiants du 17 au 25 janvier 1972 », résolutions des étudiants, DY 30 IV B 2/20 431.

[33]

EL-SADATE, Anouar, A la recherche d’une identité, histoire de ma vie, Fayard, 1978, p. 355.

[34]

BEATTIE, Kirk J., op.cit., p. 201.

[35]

MfAA, « Remarques sur des conversations avec des représentants égyptiens en Egypte, 1968- 1970 », « Note sur une conversation du premier secrétaire de l’ambassade, Wegricht, avec le Secrétaire du Conseil de la Paix en RAU, M. Rifaat Saïd », le Caire, 17 juin 1970, L 187 C 641/73.

[36]

MfAA, op.cit., ambassade de la RDA en République arabe d’Egypte, le Caire, le 3 février 1977, « Note sur une conversation avec Abdel Rahman Sadek, secrétaire général pour les Affaires Etrangères de l’Assemblée du Peuple, le 2 février 1977 », 205/L 187, C 1429/78.

[37]

MfAA, op.cit., ambassade de la RDA en République arabe d’Egypte, le Caire, le 11 août 1977, « Note sur une conversation entre l’ambassadeur, le camarade Dr. Radde, et le membre du secrétariat du parti de Gauche, le Dr. Fouad Morsi, le 6 août 1977 », 205/L 187, C 1429/78.

[38]

LAURENS, Henry, op. cit., p. 140.

[39]

AZAOLA PIAZZA, Barbara, op.cit., p. 159.

[40]

Ibid.

[41]

LAURENS, Henry, participation à l’émission télévisée Bibliothèque Médicis, « la révolte du monde arabe », diffusée le 25 février 2011 sur la chaîne Public Sénat.

[42]

ROY, Olivier, « Révolution post-islamiste », in : Le Monde, 12 février 2011.

[43]

D’après les termes d’Alexandre BUCCIANTI dans son article « En Egypte, les Frères musulmans créent leur parti politique », site de RFI, 30 avril 2011.

[44]

Dépêche AFP publiée dans Le Monde du 22 février 2011 sous le titre « Deux navires iraniens traversent le canal de Suez ».

[45]

Dépêche AFP du 13 avril 2011.

[46]

« La frontière entre l’Egypte et Gaza sera bientôt ouverte », in : Le Monde, 29 avril 2011.

Résumé

Français

La révolte égyptienne de janvier-février 2011 a été impulsée puis menée par une coalition hétéroclite de forces sociales et politiques. Un tel rassemblement est l’aboutissement d’un processus nourri depuis les années 1970 : la constitution et le renforcement d’une opposition égyptienne, dont le spectre s’étend de la gauche « progressiste » aux Frères musulmans et qui partage des mots d’ordre largement empruntés à l’arsenal conceptuel socialiste. D’abord brandis par le régime nassérien afin de légitimer le pouvoir, les concepts anti-impérialistes sont peu à peu réappropriés par une partie de l’opposition, qui les intègre à un discours aussi bien « progressiste » qu’islamiste. Malgré son caractère hétérogène, cette dernière adopte la stratégie du rassemblement à plusieurs reprises, entre les années 1970 et 2011, pour former un front uni contre le régime. Communistes et islamistes, privés de statut légal, rivalisent pour le contrôle des espaces de mobilisation, comme les universités. Pourtant, seuls les seconds parviennent réellement à impulser ou récupérer une dynamique d’opposition soutenue par la population.

Plan de l'article

  1. Introduction
  2. Un héritage partagé : reprise et appropriation de concepts révolutionnaires
  3. Une mobilisation commune ? Stratégies et ambiguïtés d’un front uni contre le régime en place
  4. Lieux et sociabilités contestataires : rivalité pour le contrôle des espaces de mobilisation
  5. En conclusion : vers un mouvement d’islamisation des thèmes anti-impérialistes ?

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