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Confluences Méditerranée

2011/2 (N° 77)

  • Pages : 240
  • DOI : 10.3917/come.077.0075
  • Éditeur : L'Harmattan

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Réveil de l’islam et sciences politiques françaises

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Dans un article consacré aux sciences politiques sur l’Egypte, Jean Claude Vatin [1][1] J-C. Vatin, « L’Egypte dans la politologie occidentale »,... a constaté que c’est à la faveur du « réveil » de l’islam dans les années 70 et 80 que les sciences politiques françaises sont arrivées à conquérir une place dans la politologie internationale portant sur la région, avec notamment les travaux d’Olivier Roy, Gilles Kepel et François Burgat. Ces travaux ont ainsi permis de revaloriser une longue tradition de recherche, bien ancrée en France, l’islamologie associée aux travaux des grands orientalistes français. La revalorisation de cette tradition de recherche a néanmoins encouragé une tendance des travaux des sciences politiques portant sur les sociétés de la région à ne les étudier qu’au prisme de ce que l’on dénomme « le phénomène islamique », avec pour conséquence une surévaluation du rôle des acteurs islamistes dans les changements politiques de la région. La célèbre métaphore de « l’islam contre l’Etat » symbolisée par l’assassinat de Sadate en 1981, la révolution iranienne de 1979 et la guerre civile en Algérie dans les années 1990 ont consacré leur importance dans l’imaginaire des chercheurs.

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Or ce qui s’est passé en Tunisie et en Egypte a montré que les acteurs islamistes n’ont pas été les initiateurs de ces soulèvements ni même les acteurs principaux. Si pour la Tunisie, une telle situation pouvait être justifiée par le fait que l’organisation islamiste de la Nahda a été laminée par l’appareil sécuritaire du régime de Ben Ali, pour l’Egypte ce n’était pas le cas. Malgré leur situation de « ni-permis ni défendus » et les régulières campagnes de répression à leur égard, les Frères Musulmans ont bénéficié d’espaces de liberté appréciables aussi sur le plan syndical, politique et électoral. En 2005, les Frères Musulmans sont même parvenus à obtenir 88 sièges à l’Assemblée du Peuple. Or, à l’instar des autres formations politiques de l’opposition, la participation des Frères Musulmans s’est située à la lisière du soulèvement qui a conduit Moubarak à démissionner [2][2] S. Ben Néfissa, « Ces 18 jours qui ont changé l’Egypte..... De plus, l’idiome islamiste n’a pas non plus informé le langage révolutionnaire, cette mutation étant déjà clairement perceptible dans le langage protestataire des mobilisations sociales de ces dernières années dont la progression a été le phénomène majeur dans l’espace public. Or l’analyse de ce phénomène a montré, au-delà de sa déconnexion de la doxa islamiste, qu’il n’avait aucun lien avec les forces politiques de l’opposition.

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Et c’est probablement cette caractéristique qui pourrait expliquer le peu d’intérêt qu’il a suscité auprès des chercheurs de tradition francophone [3][3] Il est significatif de noter que les deux publications.... Une des conséquences de cette réaction a donc été de renforcer l’illégitimité de l’objet « mouvement social » dans les études portant sur la région, malgré certains travaux scientifiques qui ont tenté de baliser, sur le plan scientifique, un tel thème [4][4] Bennani-Chraibi M et. Fillieule O, 2003, (dirs), Résistances.... Sa prise en charge a donc été reléguée aux journalistes et aux collectifs de militants [5][5] CETRI, Etat des résistances dans le SUD-2010. Monde... alors que l’ensemble des pays de la région, avant même les révolutions, connaissaient une multiplication des protestations sociales en Egypte, en Algérie [6][6] Pour l’année 2010 les services de la gendarmerie nationale..., au Maroc et en Tunisie [7][7] Chouikha, L. ; Gobe E. 2009, « La Tunisie entre la....

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Mais la polarisation sur l’islamisme n’est pas la seule cause d’une telle incompréhension des phénomènes à l’œuvre. L’interprétation littéraliste des analyses portant sur les pactes sociaux et politiques à la base de l’autoritarisme peut être considérée comme un second facteur important de celle-ci.

Pactes sociaux et politiques et autoritarisme

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Pendant longtemps, le « non passage » à la démocratie des pays arabes a été un thème central des travaux des sciences politiques consacrés à cette région. Il est vrai que comparativement à d’autres pays du Sud, les pays de la zone dite arabo-islamique semblaient beaucoup plus proches de ce que l’on dénommait à une certaine époque le « développement politique », apprécié principalement par le processus de construction d’Etat/nation. Or, par rapport à ce « méga-critère », les pays de cette zone semblaient en « avance ». Dotés d’une tradition étatique très ancienne, ils cumulaient également d’autres critères dont ne disposaient pas d’autres régions géographiques : la connaissance de l’écrit, une langue unifiée ainsi qu’une certaine homogénéité sociale, culturelle et religieuse comparativement aux « tribalismes » et « communautarismes » africains, par exemple. Partant, il suffisait d’adjoindre aux systèmes politiques « anciens » de ces pays, les institutions de la modernité politique pour en faire des Etats démocratiques.

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Les désillusions provoquées par le blocage démocratique, comparativement aux autres régions du monde, ont donc encouragé les chercheurs à poser des hypothèses sur les causes d’un tel phénomène. Cette démarche a été marquée par une étape importante avec la publication de l’ouvrage dirigé par Ghassan Salamé [8][8] Ghassan Salamé (dir), Démocraties sans démocrates,..., au milieu de la décennie 1990. Cet ouvrage a été d’un grand apport sur le plan théorique et les articles qui le composent ont ouvert des perspectives analytiques importantes [9][9] Lire notamment l’article de Philippe Fargues « Explosion.... La question démocratique arabe a toutefois conduit à certaines impasses, mises en exergue notamment par Steven Heydemann [10][10] S. Heydemann, « La question de la démocratie dans les.... Ce dernier a montré qu’elle conduit les chercheurs à moins analyser le fonctionnement politique de ces pays qu’à rechercher ce qui « n’existe pas » et ce qui « manque » à ces sociétés pour « accéder » à la démocratie. Son analyse rejoint les critiques qui ont porté sur la « transitologie », notamment émises par Michel Dobry [11][11] M. Dobry, « Les processus de transition à la démocratie »,.... Ce dernier a mis l’accent sur le « flou » de son contenu, son aspect téléologique et enfin sa recherche d’une « voie idéale vers la démocratie » qui serait conditionnée par un certain nombre de « lois », de « pré-conditions » ou d’étapes nécessaires. Si Michel Dobry a posé la nécessité de rompre avec les traditions qui isolent l’analyse des systèmes autoritaires des paradigmes ordinaires de la science politique, Steven Heydemann rappelle, à propos du monde arabe, qu’il existe « de la politique en dessous du seuil » (de la transition) qui mérite l’intérêt et l’analyse des chercheurs [12][12] S. Heydemann, « La question de la démocratie dans les....

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C’est notamment à partir de ce renversement de paradigme d’analyse du politique dans le monde arabe que la recherche a ainsi mis l’accent sur l’importance d’analyser le fonctionnement des systèmes politiques arabes et les modalités de leur acceptation par les sociétés. En effet, un système autoritaire ne repose pas uniquement sur la répression. Il se construit également sur des alliances, des transactions et des collusions avec la société. C’est à l’intérieur de ce cadre que la recherche a mis l’accent sur la manière dont les pouvoirs publics de la région ont réactualisé leur autoritarisme autour du crédo libéral et des injonctions de la « bonne gouvernance », promues par les organisations internationales. L’analyse de cette reformulation a montré comment aussi bien le secteur privé de ces pays que les organisations dites de la société civile se caractérisaient par des rapports clientélistes avec les élites dirigeantes, avec la complicité du secteur privé international et des institutions internationales.

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Ainsi donc, la promotion internationale de la démocratie et de la société civile a permis les reformulations des modes de domination des pouvoirs publics sur les sociétés et facilité les consolidations autoritaires [13][13] M. Camau, « Sociétés civiles « réelles » et téléologie.... Les thèses développées par Béatrice Hibou [14][14] Hibou B. 2006, La force de l’obéissance, Economie politique... à partir de la Tunisie sur le faux retrait de l’Etat et sur sa « privatisation » sont de, ce point de vue, fondamentales. Ce qu’elle dénomme « le pacte de sécurité » dans la Tunisie de Ben Ali met en lumière ces transactions qui impliquent que les régimes s’efforcent d’assurer aux gouvernés un minimum en matière de consommation, d’emploi, de santé, d’éducation, d’accès aux biens de base en échange de leur acceptation de l’ordre politique autoritaire. Il s’agit-là d’un modèle analytique qui pourrait être reproduit pour bien d’autres pays et les révolutions que la Tunisie et l’Egypte pays ont connues, ne le remettent pas en cause.

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Par contre, les deux soulèvements mettent en lumière les perturbations que les pactes de sécurité ont connues ces dernières années et que d’aucuns parmi les politistes n’ont pas vu venir pensant que le pacte social et politique était stable et immuable. Or des questions se posent : qu’est ce qui a provoqué en Tunisie, la « force de la désobéissance » dont parlent Larbi Chouikha et Eric Gobe [15][15] Eric Gobe, Larbi Chouikha, « La force de la désobéissance :... ? Quels sont les « ratés » de ce système ? Quelles sont les couches sociales écartées de cet échange ? Peut-on considérer qu’une partie du secteur privé tunisien a été elle-même victime de la prédation de la famille de Ben Ali et comment analyser qu’en Egypte, ce sont les couches sociales « favorisées » qui ont été l’un des acteurs principaux de la révolution du 25 janvier ? Le littéralisme de l’interprétation de ce modèle analytique a donc constitué un facteur supplémentaire conduisant les chercheurs à ne pas prendre au sérieux les protestations sociales et économiques qui ont précédé les deux révolutions. Or, c’est notamment à partir de ces pactes sociaux et politiques qu’il convient de s’interroger sur les processus politiques futurs de ces pays et plus précisément, les processus électoraux.

Le devenir des pactes sociaux et politiques et les processus électoraux futurs

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La première conséquence politique des deux révolutions est l’apparition dans le jeu politique d’un acteur de taille, le corps électoral en tant que source première de la souveraineté et de la légitimité politique.

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Les processus transitionnels sont différents entre les deux pays. La Tunisie se prépare à élire au mois de juillet 2011 une assemblée constituante qui nommera un autre gouvernement de transition et rédigera la nouvelle constitution. L’Egypte quant à elle se prépare à des élections législatives [16][16] La déclaration constitutionnelle de l’armée n’a pas..., sénatoriales et présidentielles [17][17] Outre le contrôle de la magistrature sur les bureaux... pour le dernier trimestre 2011. A leur issue, l’armée remettra le pouvoir aux civils et une commission, formée de 100 membres du nouveau parlement, sera chargée d’élaborer une nouvelle constitution qui devra être soumise à un référendum populaire. Tel est le processus politique prévu à partir du référendum organisé le 19 mars 2011 et de la déclaration constitutionnelle que l’armée a publiée le 30 mars 2011.

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Même s’il convient de distinguer entre les types de consultations électorales et rappeler que la situation politique est encore très incertaine, l’analyse des futurs processus électoraux devra nécessairement intégrer la question de la reformulation des « pactes sociaux et politiques » dont il vient d’être question, et qui se trouve à la base même de la dimension clientéliste du vote dans les deux pays.

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Cette constatation est d’autant plus importante que les deux révolutions comportent une dimension sociale fondamentale même si elle a été rapidement « subsumée » par la dimension politique. Rappelons que la révolution tunisienne a commencé par les soulèvements sociaux dans les régions enclavées et les quartiers déshérités. Quant à l’Egypte, ce sont les mouvements sociaux intervenus au cours de la deuxième semaine du conflit qui ont pesé sur la décision de l’armée de faire pression pour la démission de Moubarak [18][18] S. Ben Néfissa, « Ces 18 jours qui ont changé l’Egypte..... Dès lors, les deux soulèvements posent la question de l’avenir de l’Etat « social » auquel les catégories les plus démunies demeurent profondément attachées. L’intensification actuelle des protestations sociales atteste de cet attachement qui révèle la demande d’Etat et l’intensité de l’aspiration à l’Etat [19][19] Gallissot, R, 1999, « Emeutes : ordre étatique et désordre....

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Aujourd’hui, dans certaines régions de la Tunisie, les nouveaux représentants de l’Etat sur le plan régional sont régulièrement renvoyés par les populations, impatientes de percevoir les résultats sociaux concrets de la révolution. Ainsi, on le voit, le comportement du corps électoral tunisien est une inconnue comme il l’est en Egypte. Les deux révolutions ont eu pour conséquence de libérer, à des degrés divers [20][20] Si en Tunisie, une simple déclaration au Ministère..., l’expression partisane qui vient d’être considérablement renforcée par l’interdiction du parti de l’administration et de l’Etat, le Parti National Démocratique pour l’Egypte et le Rassemblement Constitutionnel Démocratique pour la Tunisie. Or ces deux partis devaient leur poids dans les transactions électorales à leurs positions de médiateur entre les populations et les ressources bureaucratiques de l’Etat. Ils étaient les organisateurs du clientélisme électoral public. De même, ils attiraient le clientélisme privé de la part des « hommes d’affaires » eux-mêmes en mal d’accès aux marchés de l’Etat [21][21] S. Ben Néfissa et A.A. Arafat, Vote et Démocratie dans.... Ces derniers ont mis au service des régimes autoritaires leur propre capacité distributive. Cette dimension clientéliste du vote se retrouvait particulièrement dans les caractéristiques du corps électoral effectif égyptien, le cas tunisien en l’absence de données, ne pouvant pas s’analyser à cette aune. Ceux qui votaient étaient les catégories sociales les plus démunies et également le milieu rural, en mal d’accès à l’appareil central de l’Etat au Caire [22][22] S. Soliman (ed), La Participation politique aux élections.... Il importe également d’analyser le vote islamiste dans le cadre du clientélisme, même s’il présente des particularités qui expliquent sa force. Il allie la distribution des services sociaux et le choix pour un candidat de l’opposition politique. Est-ce que la remise en cause du Parti/Etat ne va pas renforcer le vote pour le courant islamiste ?

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C’est à partir notamment de ces phénomènes qu’il importe d’interroger les processus politiques et électoraux futurs dans les deux pays et le rapport de forces entre les différentes tendances. Quel rôle jouera le secteur privé dans les différentes consultations électorales ? Les « hommes d’affaires » vont-ils entamer une véritable entrée en politique en fondant des partis ou en en finançant d’autres et si oui lesquels ? C’est le cas notamment en Egypte avec la création du parti « Les Egyptiens Libres » par le très riche homme d’affaires, Naguib Sawires. Est-ce que les deux révolutions vont contribuer à politiser les transactions électorales et à diminuer leur signification clientéliste ? Est-ce que les processus électoraux futurs vont permettre une véritable rotation des élites dirigeantes et l’expression d’orientations politiques alternatives, voire même des choix de société ?

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Il est difficile de conjecturer les réponses à ces questions d’autant plus qu’aujourd’hui, dans les deux pays, une reformulation générale de la carte politique et partisane est en cours et cette dernière concerne également les courants islamistes « classiques » qui ne sont plus les seuls à décliner le référent islamiste [23][23] Le noyau dur des Frères Musulmans s’est regroupé autour.... L’avenir des processus électoraux futurs dépendra de la capacité de la nouvelle carte partisane à attirer des bases sociales nouvelles, jusque là écartées de la vie politique. C’est à un corps électoral « en friche » que s’adresseront désormais les élites politiques actuelles et futures pour le transformer en un véritable corps électoral qui exprime son opinion dans les urnes [24][24] A. Garrigou, Le vote et la vertu. Comment les Français.... Quels scores obtiendraient les Frères Musulmans dans le cadre d’une participation électorale importante et d’élections véritablement concurrentielles ? Si les Frères Musulmans semblent avoir perdu une partie de la bataille idéologique, ont-ils pour autant perdu la bataille politique et électorale ? Un des phénomènes importants mis en exergue par la révolution égyptienne a été « l’entrée en politique » de la jeunesse et également des couches sociales considérées comme « favorisées ». Quels seront les choix électoraux de la « nouvelle classe moyenne » pour qui, manifestement, l’entrée en politique n’est pas liée à des questions de survie économique ? Mais quel est donc son poids sociologique en comparaison de l’immense majorité des électeurs appartenant aux couches sociales défavorisées ?

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Les questions sont plus nombreuses que les réponses mais les analyses qui ont porté sur les transitions démocratiques des pays du Sud montrent que celles-ci ne remettent pas en cause le phénomène majeur du clientélisme [25][25] J.L. Briquet et F. Sawicki (dirs), Le clientélisme.... Patrick Quantin [26][26] P. Quantin, « La difficile consolidation des transitions... dans son analyse des transitions démocratiques de l’ensemble des pays de l’Afrique Subsaharienne, met l’accent sur le désenchantement vis-à-vis des effets de la démocratie et note l’absence de renouvellement des élites politiques « d’avant la démocratie » qui montrent ainsi leur capacité à se maintenir malgré la compétition électorale. Ce sera peut être le cas pour les élites du PND en Egypte et du RCD en Tunisie. Par ailleurs, les travaux sur les pays d’Amérique Latine [27][27] Olivier Dabène, « L’état de la démocratie en Amérique..., mettent en exergue la crise de l’offre politique par des partis aux programmes quasi similaires. D’ores et déjà il est possible de constater un tel phénomène aussi bien en Egypte qu’en Tunisie. Ainsi, l’analyste a du mal à distinguer les différences politiques de près de 60 partis politiques reconnus en Tunisie [28][28] Les formations partisanes les plus importantes sont,.... En Egypte, les Frères Musulmans égyptiens viennent de rendre public leur programme économique. Or force est de constater que ce dernier prône tout simplement le libéralisme économique et la juste répartition des richesses [29][29] Al Ahram Hebdo, 13 avril 2011..

Hybridation du politique et mouvement social

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Si l’interprétation littéraliste des pactes sociaux et politiques a été un facteur important du manque d’intérêt de la recherche sur les mouvements sociaux des pays de la région parce qu’elle faisait la part belle à une sorte de compromis tacite entre pouvoir autoritaire et citoyens « clientélisés », les mêmes propos peuvent être émis à propos du nouveau regard porté sur les régimes politiques dans le monde, bâti notamment à partir des thèses de Michel Camau.

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Ce dernier parle de « zones grises » pour exprimer le fait que dans le cadre de la mondialisation et de ses impacts sur les capacités des Etats, les distinctions tranchées entre les régimes autoritaires et les régimes démocratiques tendent aujourd’hui à s’estomper [30][30] Camau M., 2006, « L’exception autoritaire et l’improbable.... Le dernier ouvrage dirigé par Olivier Dabène, Vincent Geisser et Gilles Massardier [31][31] Dabène O., Geisser V., Massardier G., (dir), 2008,..., met l’accent sur les convergences Nord-Sud en ce qui concerne les caractéristiques des régimes politiques avec notamment la mise en lumière « d’espaces non pluralistes » et « d’enclaves autoritaires » dans les démocraties contemporaines. Cette quasi-inversion des problématiques qui dominaient le champ des études politiques est parfaitement légitime et heuristique car elle permet notamment le « décentrement » de l’analyse du politique dans le monde. A ce titre, elle est même fondamentale. Mais il convient toutefois de rappeler que cette proposition ne disqualifie pas la proposition « normale » ou « classique », à savoir le repérage des espaces pluralistes et démocratiques à l’intérieur des systèmes autoritaires comme, par exemple, les espaces médiatiques dans la zone arabe.

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Ces derniers ont été des facteurs fondamentaux dans les mutations politiques et sociales de ces pays. La publication, en 2009, de deux ouvrages collectifs consacrés aux médias dans la région est significative de ce point de vue [32][32] Gonzalez-Quijano Y., Guaaybess T. 2009, Les arabes.... Or c’est la première proposition, à savoir la recherche « des enclaves autoritaires », qui a été retenue dans le champ des études politologiques sur le monde arabe avec pour conséquence la recherche tous azimuts des « sources sociales » de la production de l’autoritarisme, des vecteurs de sa construction et des fondements sociaux de la dépolitisation des sociétés de la région.

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Cette interprétation a donc eu pour conséquence également de ne pas prendre au sérieux les mutations de l’expression sociale et politique dans ces pays sous l’impact justement de leur « médiatisation ». De ce point de vue, l’exemple égyptien de ces dernières années était très significatif. Alors que sur le plan institutionnel le régime de Moubarak avait renforcé sa clôture autoritaire, jamais les égyptiens n’avaient été aussi libres de parler, de s’exprimer et d’agir. L’Egypte montrait comment, dans le cadre de la mondialisation, la clôture des institutions politiques n’étaient pas contradictoire avec des mutations de l’espace public du pays. C’est notamment ce phénomène qui a « facilité » l’issue du soulèvement égyptien du 25 janvier 2011, déclenché, dans la réalité, par le précédent tunisien qui a ouvert le champ des possibles.

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Plus important encore, c’est à partir de la thèse de l’hybridation des régimes politiques qu’il convient de réhabiliter l’analyse des mouvement sociaux pour les pays de la région [33][33] S. Ben Néfissa, « Mobilisations et révolutions dans... et de les considérer comme des formes d’expression politique ou « la poursuite de la politique par d’autres moyens », pour reprendre l’expression du spécialiste français des mouvements sociaux, Lilian Mathieu [34][34] Lilian Mathieu, Comment Lutter ? Sociologie et mouvements....

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Cette thèse permet également de remettre en cause la corrélation posée par Charles Tilly et Sydney Tarrow [35][35] Tilly, C., Tarrow, S. 2008 Politique(s) du Conflit.... entre les formes de l’action collective et la nature des régimes politiques. Pour ces derniers, si les systèmes démocratiques se particularisent par des mouvements sociaux, les régimes autoritaires sont les terreaux d’émeutes et de soulèvements violents et sporadiques. Or, bien avant les révolutions, l’Egypte et la Tunisie ont connu des longs mouvements sociaux en parallèle avec des émeutes et des formes d’action violentes.

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Sur le plan idéologique également, la thèse de l’hybridation du politique permet de comprendre les caractéristiques du langage contestataire et révolutionnaire. Les observateurs ont été particulièrement attentifs à la baisse d’efficacité de l’idiome islamiste. Mais il convient de constater également la baisse d’efficacité du discours « archéonationaliste » et antioccidental, alimenté pendant des décennies par les régimes politiques de la région. Les thèmes centraux du nationalisme arabe, notamment la question israélo-palestinienne, demeurent fondamentaux, mais ils sont en cours de reformulation. Il s’agit là d’un phénomène d’une extrême importance qui atteste de la globalisation idéologique des sociétés de la région et d’une sorte de bricolage entre d’une part la rhétorique internationale sur la démocratie et les droits de l’homme et les particularités du langage contestataire propre à chaque pays. Cette mutation était clairement perceptible ces dernières années en Egypte notamment. De fait, la recherche scientifique sur l’Egypte n’a pas perçu cette mutation car elle s’est limitée à analyser la manière dont les institutions politiques se sont adaptées à la promotion internationale de la démocratie. Or cette dernière a fait également l’objet de reformulations et réappropriations de la part des autres acteurs sociaux, juridiques, politiques et médiatiques. Il est possible de poser l’hypothèse que c’est cette rhétorique, par-delà la nécessaire analyse critique qui lui a été adressée [36][36] Ben Néfissa, S. 2000 « NGOs, Governance and Development..., qui a ébranlé ce que certains chercheurs dénomment la « clôture normative islamiste » qui dominerait le débat et l’espace public [37][37] Baudouin D., Ferrié, JN, « La part islamique du droit.....

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En fait, la domination du référent normatif islamiste n’a prouvé son efficacité que sur les questions relatives au statut personnel, parce que les Textes Sacrés contiennent des dispositions nombreuses à leur propos. Leur importance juridique et juridictionnelle a été renforcée par l’article 2 de la Constitution égyptienne qui pose, jusqu’à aujourd’hui [38][38] La déclaration constitutionnelle de l’armée du 30 mars 2011 reprend..., que la Loi islamique est la source principale de la législation. Aujourd’hui aussi bien en Tunisie qu’en Egypte, c’est la référence à la normativité démocratique qui domine le débat public, obligeant les acteurs islamistes à se positionner par rapport à elle. Les deux révolutions ont consacré cette analyse. Les deux peuples ont pour la première fois de leur histoire fait l’expérience pratique de la souveraineté populaire qui a fait tomber les têtes des régimes politiques. Pour le penseur tunisien Mohamed Talbi, il s’agit même d’un renversement majeur dans la mentalité arabo-musulmane [39][39] M. Talbi, entretien, La presse, 21 avril 2011, Tun.... Pour ce dernier, le passage de la soumission par le sabre à la révolte populaire contre le sabre pour imposer des régimes issus du peuple, est un évènement capital de l’histoire arabo-musulmane.

Hybridation du politique et révolutions civiles

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L’importance du décentrement de l’interrogation politologique, liée à la thèse de l’hybridation du politique, a pour impact principal de remettre en cause définitivement la thèse de l’exceptionnalité politique des pays de la région arabe, d’unifier et de normaliser les paradigmes d’analyse du politique des sociétés du Nord et du Sud. C’est ainsi que certaines analyses portant sur le renouvellement « post moderne » de l’expression politique peuvent être utiles pour comprendre certaines des intrigues des révolutions tunisienne et égyptienne et principalement leur absence de leadership politique et idéologique. Leurs groupes et leurs leaders se font et se défont et aucun d’entre eux ne peut prétendre à la domination ou même à la représentation. Aujourd’hui une partie de la jeunesse révolutionnaire égyptienne s’est regroupée dans « la coalition de la révolution du 25 janvier » et en Tunisie se créent tous les jours des « comités de défense de la révolution ».

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Aujourd’hui aussi bien en Tunisie qu’en Egypte, ces caractéristiques sont perçues comme problématiques aussi bien par les analystes que par les acteurs politiques. Comment « représenter » et donner la parole à des acteurs non définis et délimités ? L’équilibre instable de l’actuelle période transitoire repose sur cette équation. Faute de leadership politique révolutionnaire, ce sont les personnalités et les formations politiques de l’opposition classique qui sont chargées de traduire les objectifs d’une révolution dont elles n’ont pas été les initiateurs. De plus, les deux soulèvements se sont particularisés par leur pacifisme et également par leur absence de volonté de prise du pouvoir. Les insurgés visaient la seule modification de l’architecture globale des régimes avec leur fameux mot d’ordre « le peuple veut la chute du régime » mais pas la prise du pouvoir. Il est donc logique, qu’aussi bien en Tunisie qu’en Egypte, des pans entiers de l’ancien personnel des régimes déchus soient également en charge de la période transitoire, qu’il s’agisse des militaires ou des civils. Ni l’Instance Supérieure Pour la Réalisation des Objectifs de la Révolution [40][40] Présidée par le Professeur de Droit Yadh Ben Achour,..., ni le troisième gouvernement présidé par Beji El Caid Sabssi, ni les différents Comités de Défense de la Révolution ne jouissent d’une légitimité politique. La légitimité politique de la révolution aura besoin de passer par le truchement du suffrage universel pour pouvoir s’exprimer, partiellement du moins.

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En ce qui concerne l’Egypte, la rapide organisation du référendum du 19 mars a accordé une certaine légitimité au processus politique prévu par l’armée même si « la coalition de la révolution du 25 janvier » continue à manifester son mécontentement devant la lenteur du processus de transformation.

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Ces caractéristiques des révolutions tunisiennes et égyptiennes sont pourtant des indicateurs importants de leur nature plus « civile » que strictement politique. Le nouveau modèle de société civile, proposé par J. Cohen et A. Arato [41][41] J. Cohen Jean (entretien), 2001, Pour une démocratie... à partir notamment des révolutions des pays de l’Est et des « nouveaux mouvements sociaux » dans les « vieilles démocraties », semble pouvoir aider à la compréhension des révolutions tunisienne et égyptienne, par-delà la différence des contextes. Aussi bien les mutations de l’activisme social dans les pays européens [42][42] P. Rosanvallon, La Contre-démocratie. La Politique... que les révolutions des pays de l’Est présentent en effet plusieurs aspects communs avec les deux révolutions arabes : ils ne sont pas analysables en termes de classes sociales ; ils ont intégré les valeurs du libéralisme politique et enfin, il s’agit de mouvements qui ne cherchent ni la prise du pouvoir ni son exercice. Ils visent à influencer les politiques et les décisions publiques.

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Les travaux de Pierre Ronsavallon sur la diversité de l’expression politique et citoyenne dans les pays démocratiques représentent également un apport précieux pour le renouvellement du concept de société civile. La société civile exprime ainsi les pratiques de défiance et de contrôle des citoyens à l’égard de ceux qu’ils ont élus. Elle vise à compléter les insuffisances de la démocratie représentative qui a toujours été traversée par la tension entre l’élection au suffrage universel et la nécessité d’assurer la présence d’une réalité sociale complexe et conflictuelle, dénommée le « peuple » [43][43] P. Rosanvallon, Le Peuple Introuvable. Paris, Gallimard,....

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La catégorie habermasienne « d’espace public [44][44] J. Habermas, L’Espace public. Archéologie de la publicité... » est centrale pour cette refondation du concept de société civile. Il s’agit principalement d’espaces symboliques de délibération, et non de décisions, dans lesquels les individus privés échangent et communiquent sur des questions d’intérêts généraux, dégagent des opinions publiques. Cette « publicité » est un moyen de pression à la disposition des citoyens pour influencer les décisions publiques et ne pas laisser ces dernières monopolisées par les appareils de l’Etat et les institutions de la société politique. Pour la formation des espaces publics, les médias, anciens et nouveaux, sont centraux et il n’est donc pas étonnant que la question des médias a été fondamentale dans les soulèvements politiques des deux pays.

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Ainsi donc, les nouveaux mouvements sociaux et espaces publics délibératifs sont au cœur de cette refondation du concept de société civile. C’est à partir de là, que nous posons l’hypothèse que les révolutions égyptienne et tunisienne sont peut-être principalement des révolutions civiles. Ce qui corrobore cette idée ce sont les manifestations actuelles d’une société civile en gestation avec la multiplication non seulement des mouvements sociaux mais également des collectifs et des initiatives citoyennes diverses, mobilisés sur des thèmes multiples sans hiérarchie apparente entre les thèmes. Une des particularités « civiles » de cette véritable ébullition est le fait que malgré l’explosion du nombre des partis politiques, ces initiatives se déroulent en dehors de ces derniers.

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Ces phénomènes mettent en exergue la participation du plus grand nombre au débat et à l’espace public, autrefois biaisé ou interdit par l’autoritarisme politique. Cette participation se fait par la parole, l’écriture, l’expression culturelle, la manifestation dans la rue, le mouvement social etc. Les thèmes du débat sont multiples : le statut des femmes, la transition politique, les caractéristiques du futur régime politique, le rôle social de l’Etat, la citoyenneté, le statut de l’armée, la nature confessionnelle ou laïque de l’Etat etc. Les questions auparavant occultées émergent dans l’espace public. Le plus important est peut être la question du statut de la religion pour le futur politique de ces pays. La période des « laïcités autoritaires en terres d’islam », très bien analysée par Pierre Jean Luizard, est ainsi peut être aujourd’hui en passe d’être dépassée. Cette mutation provoque appréhensions et inquiétudes car elle signale que c’est à la société elle-même de défendre sa propre conception du rapport à la religion [45][45] P.J. Luizard, Laïcités autoritaires en terres d’islam,.... Si cette analyse se confirme, les révolutions égyptienne et tunisienne auraient donc eu comme impact de faire émerger la société civile comme une sorte de recours aux inéluctables désenchantements de la démocratie électorale articulée aux Etats et dépassée par la mondialisation.

34

Cet article a tenté d’analyser certains angles morts de la recherche en sciences politiques portant sur la région. Il convient de rappeler toutefois que le phénomène révolutionnaire est toujours un mystère et que les sciences sociales n’ont pas pour objectif d’analyser le futur mais de comprendre le présent. Elles doivent toutefois prêter attention à certains signaux qui peuvent paraître comme des épiphénomènes mais qui, dans la réalité, sont des indices de mutations sociales profondes. ?

Notes

[1]

J-C. Vatin, « L’Egypte dans la politologie occidentale », Egypte-Monde Arabe, n° 8, 1991, p. 7-48.

[2]

S. Ben Néfissa, « Ces 18 jours qui ont changé l’Egypte. Révolution civile et politique », S. Ben Néfissa, B. Destremau, (Dir) Protestations sociales, révolutions civiles, Revue Tiers monde, numéro spécial, mai 2011, pp. 227-236.

[3]

Il est significatif de noter que les deux publications qui ont porté sur le phénomène ont été faites à l’initiative des chercheurs égyptiens et des chercheurs anglo-saxons. D. Chahata (ed) Le retour du politique : les nouveaux mouvements de protestations en Egypte, Centre des Etudes Politiques et Stratégiques d’Al Ahram, le Caire 2010 ; Beinin J., Vairel F., 2011, Social Movements, Mobilization, and Contestation in the Middle East and North Africa, Stanford, Stanford University, Press. Pour la recherche française, il faut signaler la table ronde « Mobilisations collectives, Médias et Gouvernance en Egypte » organisée en 2009 par l’IRD-UMR 201, le Centre des Etudes Politiques et stratégiques d’Al Ahram, le Centre égypto-danois pour le dialogue. Le Caire.

[4]

Bennani-Chraibi M et. Fillieule O, 2003, (dirs), Résistances et Protestations dans les sociétés musulmanes, Paris, Presses de Sciences Po, 424 p. ; Le Saout, D. et Marguerite Rollinde, 1999, (dirs) Emeutes et mouvements sociaux au Maghreb, Paris, Karthala-Institut Maghreb-Europe, 381 p. ; Dorronsoro, G. (ed), 2005, La Turquie conteste : Mobilisations sociales et régime sécuritaire, Paris, CNRS éditions,

[5]

CETRI, Etat des résistances dans le SUD-2010. Monde Arabe, Paris, Editions Sylepse ; P. Puchot, Tunisie, une révolution arabe, 2011, Paris, Galaade Editions.

[6]

Pour l’année 2010 les services de la gendarmerie nationale algérienne ont dénombré 11500 émeutes, manifestations et rassemblements dans le pays. in K.A. Abderrahim, « Jacqueries et réseaux de résistance en Algérie. Le Monde Diplomatique. Février 2011.

[7]

Chouikha, L. ; Gobe E. 2009, « La Tunisie entre la « révolte du bassin minier de Gafsa » et l’échéance électorale de 2009, L’Année du Maghreb, 5 pp. 387-420.

[8]

Ghassan Salamé (dir), Démocraties sans démocrates, Paris, Fayard, 1994, 452 pages. Lire notamment l’article de Philippe Fargues « Explosion démographique ou rupture sociale » pp. 163-198.

[9]

Lire notamment l’article de Philippe Fargues « Explosion démographique ou rupture sociale » pp. 163-198.

[10]

S. Heydemann, « La question de la démocratie dans les travaux sur le monde arabe », Critique internationale, n° 17, octobre 2002, p. 54-62.

[11]

M. Dobry, « Les processus de transition à la démocratie », Cultures & Conflits, n° 17, 1995, pp. 3-8.

[12]

S. Heydemann, « La question de la démocratie dans les travaux sur le monde arabe », Critique internationale, n° 17, octobre 2002, p. 54-62.

[13]

M. Camau, « Sociétés civiles « réelles » et téléologie de la démocratisation », Revue internationale de Politique comparée, vol. 9, n° 2, 2002, p. 213-232.

[14]

Hibou B. 2006, La force de l’obéissance, Economie politique de la répression en Tunisie. Paris, La Découverte, 363 p.

[15]

Eric Gobe, Larbi Chouikha, « La force de la désobéissance : retour sur la chute du régime de Ben Ali », S. Ben Néfissa, B. Destremau, (Dir) Protestations sociales, révolutions civiles, Revue Tiers monde, numéro spécial, mai 2011, pp 219-226

[16]

La déclaration constitutionnelle de l’armée n’a pas remis en cause l’architecture du système politique égyptien et notamment le déséquilibre des pouvoirs au profit de l’institution présidentielle. En ce qui concerne les législatives, le quota des 50 % des ouvriers et des fellahs pour les candidatures est toujours d’actualité de même que le quota des femmes.

[17]

Outre le contrôle de la magistrature sur les bureaux de vote, le référendum du 19 mars a considérablement assoupli les conditions de la candidature aux présidentielles : être soutenu par 30 membres du parlement ou du conseil consultatif (auparavant il en fallait 250), ou recevoir 30 000 signatures ou être membre d’un parti politique qui a au moins un siège dans l’une des deux chambres.

[18]

S. Ben Néfissa, « Ces 18 jours qui ont changé l’Egypte. Révolution civile et politique », S. Ben Néfissa, B. Destremau, (Dir) Protestations sociales, révolutions civiles, Revue Tiers monde, numéro spécial, mai 2011, pp. 227-236.

[19]

Gallissot, R, 1999, « Emeutes : ordre étatique et désordre social » in Le Saout, D. et Marguerite Rollinde, 1999, (dirs) Emeutes et mouvements sociaux au Maghreb, Paris, Karthala-Institut Maghreb-Europe, pp. 19-46.

[20]

Si en Tunisie, une simple déclaration au Ministère de l’intérieur suffit pour fonder un parti politique, en Egypte, les fondateurs de partis doivent disposer d’un minimum de 5000 membres.

[21]

S. Ben Néfissa et A.A. Arafat, Vote et Démocratie dans l’Égypte contemporaine, Paris, Khartala-IRD, 2005, 279 p.

[22]

S. Soliman (ed), La Participation politique aux élections législatives 2005, The Egyptian Association for community participation enhancement, 2006, p. 283 (version arabe).

[23]

Le noyau dur des Frères Musulmans s’est regroupé autour du Parti de la Liberté et de la Justice mais ils ne sont plus les seuls à décliner le projet islamiste. Outre la dissidence de leur jeunesse vis-à-vis de leur direction, les Frères Musulmans sont concurrencés par plusieurs regroupements : le parti El Wasat formé par des transfuges des Frères Musulmans au début des années 2000, projet partisan de Houssam Abou El Foutouh, sans compter la nouvelle entrée en politique des Salafistes égyptiens.

[24]

A. Garrigou, Le vote et la vertu. Comment les Français sont-ils devenus électeurs ?, Paris, Presses de la Fondation nationale des sciences politiques, 1992

[25]

J.L. Briquet et F. Sawicki (dirs), Le clientélisme politique dans les sociétés contemporaines, Paris, PUF, 1998.

[26]

P. Quantin, « La difficile consolidation des transitions démocratiques africaines », dans Christian Jaffrelot (éd.), Démocraties d’ailleurs, Paris, Karthala, 2000, p. 479-507.

[27]

Olivier Dabène, « L’état de la démocratie en Amérique latine », dans Christian Jaffrelot (éd.), Démocraties d’ailleurs, Paris, Karthala, 2000, p. 399-423.

[28]

Les formations partisanes les plus importantes sont, pour le moment, Parti Démocratique Progressiste, le Mouvement Ettajdid, le Mouvement Ennahdha et également Le Parti Ouvrier Communiste Tunisien.

[29]

Al Ahram Hebdo, 13 avril 2011.

[30]

Camau M., 2006, « L’exception autoritaire et l’improbable point d’Archimède de la politique dans le monde arabe », in É. Picard E., (dir.), La Politique dans le monde arabe, 2006, Paris, Armand Colin, pp. 29-54.

[31]

Dabène O., Geisser V., Massardier G., (dir), 2008, Autoritarisme Démocratiques et Démocraties autoritaires, Paris, La Découverte, p 334.

[32]

Gonzalez-Quijano Y., Guaaybess T. 2009, Les arabes parlent aux arabes. La révolution de l’information. Sindbad-Actes Sud ; Mohsen-Finan K., 2009, Les Médias en Méditerranée - Nouveaux médias, monde arabe et relations internationales, Paris, Actes Sud, 398 p.

[33]

S. Ben Néfissa, « Mobilisations et révolutions dans les pays de la méditerranée du SUD à l’heure de « l’hybridation » du politique : Egypte, Liban, Maroc, Tunisie » in S. Ben Néfissa, B. Destremau, (Dir) Protestations sociales, révolutions civiles, Revue Tiers monde, numéro spécial, mai 2011, pp. 5-26.

[34]

Lilian Mathieu, Comment Lutter ? Sociologie et mouvements sociaux, 2004, Les éditions Textuel, Paris, page 34.

[35]

Tilly, C., Tarrow, S. 2008 Politique(s) du Conflit. Paris, Presse de Sciences Po, 2008, pp. 86-121

[36]

Ben Néfissa, S. 2000 « NGOs, Governance and Development in the Arab World : Discussions Paper », Management of Social Transformations (Unesco-Most), 2000, 46, p. 1-32.

[37]

Baudouin D., Ferrié, JN, « La part islamique du droit. Usages législatifs et judiciaires de la référence au droit islamique dans le contexte égyptien », in « P.R. Baduel (ed), Chantiers et défis de la recherche sur le Maghreb contemporain, Paris, IRMC - Karthala, 2009.

[38]

La déclaration constitutionnelle de l’armée du 30 mars 2011 reprend cette disposition.

[39]

M. Talbi, entretien, La presse, 21 avril 2011, Tunis.

[40]

Présidée par le Professeur de Droit Yadh Ben Achour, cette institution se dénomme : l’Instance Supérieure pour la réalisation des objectifs de la révolution, de la réforme politique et de la transition démocratique.

[41]

J. Cohen Jean (entretien), 2001, Pour une démocratie en mouvement. Lectures critiques de la société civile, Raisons politiques, n° 3, août, p. 139-160 ; J. Cohen, A. Arato, 1993, « Un nouveau modèle de société civile », Les Temps modernes, n° 564.

[42]

P. Rosanvallon, La Contre-démocratie. La Politique à l’âge de la défiance. Paris. Seuil, 2006 page 67-71.

[43]

P. Rosanvallon, Le Peuple Introuvable. Paris, Gallimard, 1998.

[44]

J. Habermas, L’Espace public. Archéologie de la publicité comme dimension constitutive de la société bourgeoise, Paris, éditions Payot, Paris, 1978.

[45]

P.J. Luizard, Laïcités autoritaires en terres d’islam, Paris, Fayard, 2008.

Résumé

Français

Les soulèvements qui ont conduit à la chute des deux présidents tunisien et égyptien et qui agitent aujourd’hui les pays de la région ont provoqué la surprise non seulement de l’opinion internationale mais également des milieux académiques, en France notamment. Cet étonnement pose le problème de certains angles morts de la recherche scientifique sur la région. Si la focalisation des sciences politiques françaises sur l’islamisme a souvent été dénoncée avec raison, par contre les interprétations conformistes et littéralistes des analyses portant sur les pactes sociaux et politiques à la base du phénomène autoritaire et sa consolidation dans le cadre de la globalisation démocratique dans la région n’ont pas suffisamment été mises en exergue. Une de leurs conséquences a été de faire du « mouvement social » un objet de recherche illégitime, malgré son importance accrue ces dernières années dans les pays de la région. Or ces analyses demeurent pertinentes pour interroger les processus politiques futurs de ces pays et également pour comprendre les spécificités plus « civiles » que strictement politiques des révolutions tunisienne et égyptienne

Plan de l'article

  1. Réveil de l’islam et sciences politiques françaises
  2. Pactes sociaux et politiques et autoritarisme
  3. Le devenir des pactes sociaux et politiques et les processus électoraux futurs
  4. Hybridation du politique et mouvement social
  5. Hybridation du politique et révolutions civiles

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