CAIRN.INFO : Matières à réflexion

1 « ... de tous les moyens qu’emploient les Zouaoua pour lutter contre la misère de leur pays natal, le plus commun, comme le plus infaillible est l’émigration temporaire. Ils sont les Auvergnats de la grande Kabylie. Leurs pérégrinations s’exercent même sur une échelle plus étendue que celle de nos besogneux montagnards. En effet, non seulement on les voit en tournée lointaine, s’engager comme domestiques, maçons, domestiques ou soldats, amasser un petit pécule et revenir alors au pays pour s’y marier ; non seulement chaque famille compte presque toujours un de ses fils en excursion prolongée de ce genre ; mais encore beaucoup exercent à proprement parler le métier de colporteurs entre la montagne et la plaine » (Daumas 1853, 177).

2 Ainsi s’exprime le général Daumas, un de ces conquérants de l’Algérie qui, à travers les livres et articles issus de leur expérience, font figure, à leur façon, d’ethnologues décrivant les peuples avec lesquels ils sont si brutalement entrés en contact. Nous ne sommes certes pas les mieux placés pour analyser ces proses militaires et coloniales, puisque notre terrain ordinaire est ce Midi occitan qui, au XIXe siècle, est à la fois en voie de plus en plus rapide d’absorption dans le tout français et le théâtre d’une renaissance culturelle animée notamment par le Félibrige de Frédéric Mistral [1]. Mais ce qui a attiré notre attention dans le propos du général Daumas, c’est ce parallèle qu’il établit entre une des populations du Maghreb, les Kabyles, et ce personnage familier à tout Français de son temps, y compris à Paris, le colporteur auvergnat. Et il ne nous a pas fallu chercher longtemps pour trouver d’autres parallèles de même nature. Il nous semble que ce rapprochement entre montagnards des deux rives revient de façon suffisamment forte dans les textes produits par certains des acteurs du processus colonial en Algérie pour qu’il ne s’agisse pas d’une coïncidence sans signification. D’autant plus que le portrait, assez positif, du montagnard kabyle est volontiers confronté à celui, bien plus négatif, de l’Arabe des plaines, et que cette opposition ne peut que nous rappeler celle que d’autres intellectuels, en métropole, retrouvent dans le Midi en général, entre ceux que le géographe Onésime Reclus appelle respectivement les « monticoles » et les « planicoles ». Bref, un détour par le stéréotype du montagnard du Midi peut nous apprendre des choses sur la façon dont des Français confrontés à la différence maghrébine ont cherché à la rendre déchiffrable par le recours à la comparaison avec un monde moins lointain, ces campagnes du sud de la France dont l’intégration réelle à l’ensemble national vient tout juste de commencer, et qui font l’objet de toute une littérature à prétentions ethnographiques.

3 Dans les deux cas, on voit des auteurs opposer des montagnards pourvus de qualités indéniables quoiqu’un peu trop rudes parfois, à d’autres populations, habitant les plaines (et souvent les villes) nettement moins bien considérées. Et c’est ainsi que l’on peut observer les figures d’une sorte de quadrille exécuté, sous l’œil d’experts plus ou moins autoproclamés, par les planicoles du Midi et de l’Afrique du Nord face aux montagnards des Alpes ou du Massif Central et ceux de l’Atlas.

4 Bien sûr, les ressemblances superficielles pointées par nos observateurs n’effacent pas les différences fondamentales entre populations du sud de la France et du nord de l’Afrique, en ce qui concerne la religion, mais surtout la différence des statuts : les uns sont citoyens, les autres ne le sont pas, et sont en fait tout juste en voie d’être « pacifiés » par les moyens que l’on connaît. Nous ne ferons certes pas des Méridionaux des colonisés, mais nous nous interrogerons ici sur la façon dont le discours des dominants établit, à ses propres fins, des ressemblances entre les uns et les autres, par l’application d’une échelle de valeurs communes qui conditionne le regard porté par les élites, métropolitaines ou coloniales, sur ces populations. Il nous faut donc voir comment le regard porté sur le Méridional dès avant la conquête de l’Algérie peut annoncer à sa façon celui que sera porté sur les Algériens.

Sur la rive nord

5 Nous avons évoqué Onésime Reclus. Il est temps de lui donner la parole :

6 [En Languedoc] « Deux natures s’y opposent vigoureusement : le planicole et le monticole, l’homme de la vigne et l’homme du châtaignier. Le planicole aime le luxe, le farniente, la mollesse, les jeux et le jeu, et qui le cabaret qui le café. Il est impressionnable, nerveux, imaginatif, exubérant, gai, plein d’esprit, tantôt violent, tantôt apathique. C’est le caractère connu de tous, sous le nom de méridional. Tout autre l’homme de la montagne (...). La montagne cévenole, dure à monter, dure à descendre, de sol ingrat, force ses montagnards à l’effort, à l’énergie, à la sobriété ; il leur faut se contenter de peu, se résigner à tout, souffrir le froid et le hâle, vivre de rien dans le préau de leur terrasse. (...) Le Cévenol a donc plus de résistance physique et morale que son voisin du plat pays ; il est moins léger d’esprit, plus familial et de famille plus nombreuse. (Reclus 1908, 348-350)

7 Pour cette géographie d’avant Vidal de la Blache, la description des populations s’accommode volontiers de considérations psycho-logisantes censées définir l’âme de ces populations. Et bien sûr, il s’agit moins de science exacte que de manipulation de clichés familiers au lecteur, ce que confesse naïvement Reclus, évoquant ce caractère du Méridional « connu de tous ». On ne saurait définir plus explicitement le stéréotype. Il existe donc un « caractère méridional » et un caractère du Montagnard, familiers à tout Français. Car Reclus n’invente rien, et il a des prédécesseurs. Quelques exemples suffiront pour montrer comment de génération en génération peut s’imposer une figure obligée, qui finit par entrer dans le sens commun.

8 Dès la fin du XVIIIE siècle un certain Bérenger, Provençal d’origine, quoique « monté » à Paris, décrit ainsi ses compatriotes.

9 « Nos paysans, nos varlets des environs d’Aix, de Marseille et de Toulon sont une race d’hommes brutale et dure à l’excès ; n’attendez d’eux aucun acte de complaisance et de bonté. Ils vous verraient vous égarer et prendre un chemin dangereux, qu’au lieu de vous indiquer votre route, ils riraient méchamment de votre erreur. Si la soif vous presse sur ces routes brûlantes et poudreuses, gardez-vous de cueillir une grappe à leurs vignes (...) je ne vous réponds pas que les chiens lancés ne volent sur vous et ne vous déchirent » (Bérenger 1786, I, 166-167).

10 Il préfère nettement les « Montagnards de la Haute Provence » dans lesquels il voit d’authentiques Gaulois qui auraient conservé toutes les vertus de leurs aïeux. À condition qu’ils restent chez eux, s’entend :

11 « L’innocence et la douceur des mœurs antiques forment encore le caractère de ces peuplades ; mais elles s’altèrent visiblement depuis que les hommes et les femmes ont pris l’habitude de descendre, aux approches de l’hiver, dans nos villes méridionales, pour y servir de domestiques ou de savoyards. Comme ils se placent, pour l’ordinaire, auprès des courtisanes et des gens de théâtre, ils se familiarisent avec le vice et le luxe et ne remportent plus dans leurs villages que le dégoût et la vertu et de la simplicité » (Ibidem pp.164-165).

12 S’oppose déjà là un modèle négatif, celui des plaines et des villes, et un modèle d’innocence, celui des refuges alpins – préservé, mais menacé par l’inquiétant phénomène des migrations temporaires qui mettent le montagnard au contact de la corruption des villes d’en bas. Pour le premier aspect, notre auteur ne fait que préfigurer une longue litanie de considérations peu amènes sur le Méridional – Provençal ou Languedocien, un ethnotype dont on pourrait suivre la trace jusqu’assez tard, sous des plumes parfois plus prestigieuses : l’aspect ici développé étant celui de la violence caractéristique de ces populations – elle s’atténuera dans la seconde moitié du XIXe siècle. Alexandre Dumas évoque, ainsi, son premier contact, à Montélimar, avec des indigènes qui racontent devant lui, avec force éclats de rire, leurs exploits de la Terreur Blanche de 1815 – vingt-cinq ans plus tôt.

13 « Nous mettions le pied sur cette terre chaude et altérée qui boit si vite le sang, dont le sol et les habitants nous étaient encore inconnus, et cette nature demi-espagnole, demi-sarrasine, qui a besoin d’être étudiée longtemps pour être comprise, se révélait à nous pour la première fois » (Dumas 1841, 1, p. 230).

14 Et de décrire l’Avignonnais Pointu, assassin du Maréchal Brune en 1815, « Le type parfait de l’homme du Midi, teint olivâtre, œil d’aigle, nez recourbé, dents d’émail ». (T. 1, p 301). Ou le poète nîmois Jean Reboul, moins inquiétant, mais néanmoins crédité d’« un teint d’un brun presque arabe, des cheveux noirs et luisants, des dents d’émail... des yeux magnifiques, de ces yeux indiens, veloutés et puissants, faits pour exprimer l’amour et la colère » (T. 2, p. 33).

15 Sarrasins ? Arabes ? En ce temps-là, la conquête de l’Algérie commence à peine. Mais la figure de l’indigène brun exhibant des dents étincelantes, que l’on retrouvera plus tard dans les descriptions des indigènes d’Afrique du Nord, est ici incarnée par des Français authentiques, quoique quelque peu discutables. On note aussi, en conformité avec la théorie des climats qui n’est alors pas totalement passée de mode, que ces hommes du soleil sont aussi des hommes de la passion et de la violence.

16 Par la suite, cette image du Méridional s’adoucit quelque peu, sans d’ailleurs en devenir plus positive pour autant : il n’est plus violent, mais son caractère vif et passionné se traduit désormais par les flots de paroles qu’il déverse, inversement proportionnels à la quantité de travail et d’action véritable qu’il est capable de fournir : c’est le temps du Tartarin de Daudet et d’autres textes de même encre, parfois pires encore. Bornons-nous à un exemple, tiré là encore d’un récit de voyage (à Nice), dû à Jules Monod, et datant de 1902 :

17 « Le Niçois est bien l’habitant que l’on rêve pour cette terre indolente et heureuse, où la vie est si facile et qui ne connaît aucune des tristesses de l’hiver et des frimas. Son caractère distinctif est l’insouciance et une grande vivacité qui le porte quelque fois vers l’inconstance, par le fait des vives impressions du moment » (Monod 1902, 49).

18 Nice, préfecture des Alpes-Maritimes, ce n’est pas très loin des Alpes tout court, apparemment. Comme d’ailleurs la basse Provence dans son ensemble, tandis que la plaine languedocienne cède vite la place aux montagnes, elle aussi. Mais ce voisinage n’implique pas une véritable parenté des populations. Là encore tout au long du siècle, des auteurs, qui parfois se sont d’ailleurs bien lus les uns les autres, veillent à diffuser parmi les lecteurs une image attendue du brave Montagnard (Martel 1987). Parmi les premiers, on trouve les statisticiens préfectoraux du premier Empire (Bourguet 1988) : l’un d’eux décrit ainsi l’Alpin des vallées occitanes du Piémont, alors intégrées dans un tout à fait français département de la Stura, un Alpin dans lequel il reconnaît la figure de ses ancêtres Ligures (Annuaire Stura 1809).

19 P. 179, en Val Maira : « L’hiver, les hommes quittent leurs tristes montagnes et se répandent dans la plaine où ils s’occupent des travaux de la campagne auxquels les propriétaires les emploient. L’été ils regagnent leurs montagnes pour chercher à tirer de leur sol ingrat quelques productions pour l’entretien de leurs malheureuses familles ».

20 Un peu plus tard, en 1818, voici un « géographe », le polygraphe provençal D.J.M. Henry, parlant des Basses-Alpes :

21 « Les mœurs des peuples sont toujours en rapport avec le sol qu’ils habitent. Un climat doux et tempéré aide à la civilisation et rend polis et urbains ceux qui vivent sous son heureuse influence. Les montagnards au contraire, sans cesse au milieu des rochers, se plient difficilement aux façons moins acerbes des habitants des pays de plaine, et leur caractère contracte quelque chose de la rudesse de leur sol » (Henry 1818, 19).

22 Lui aussi reconnaît sans hésiter dans la physionomie des montagnards du vallon de Fours les traits des ancêtres Gaulois décrits par les auteurs classiques. Et lui aussi note l’importance du fait migratoire :

23 « Les hommes s’expatrient tous les ans à l’approche de l’hiver, pour faire valoir dans toutes les provinces leur active et probe industrie, et au retour de la belle saison, ils rapportent dans leur famille le gain qu’ils ont fait dans cette course hivernale. (...) Rentrés dans leur foyer, les Fournaisiens ne cherchent qu’à se délasser de leurs fatigues et ce sont leurs femmes qui se livrent aux travaux de l’agriculture » (ibidem, 46-47).

24 Climat, rudesse des mœurs, mais aussi robustesse et ardeur partagées au travail même par les femmes, importance des migrations temporaires : le discours est à présent bien rôdé. D’autres ne feront qu’apporter leurs propres variations sur ces thèmes désormais connus. Comme ce Montémont décrivant le Briançonnais :

25 « Lors de la belle saison, les hommes en état de travailler vont exercer leur industrie dans les centres plus favorisés de la nature. Il ne reste que les vieillards et les femmes pour cultiver la terre. La femme s’attelle à la charrue avec un âne et supplée ainsi à la pénurie des bêtes de somme. Elle fait le gros travail et remplit la tâche d’un homme presque aussi bien que lui-même » (Montémont 1821, 1, p. 159).

26 On peut aussi se référer aux portraits tirés de cette extraordinaire collection de stéréotypes sociaux, psychologiques et géographiques constitué par l’ouvrage collectif Les Français peints par eux mêmes, publié sous la Monarchie de Juillet grâce à la collaboration de plusieurs écrivains et de journalistes alors célèbres. C’est un certain d’Alcy qui présente « le Dauphinois ». Mais il prend bien soin de préciser que sous ce singulier se cache en fait un pluriel : il y a Dauphinois et Dauphinois, et c’est l’altitude qui fait la différence :

27 « L’habitant de Montélimar comme celui de Pierrelatte et de Nyons suit la tradition provençale pour les coutumes et le langage. Brusque, farouche, peu serviable, il vous maltraitera si vous ne lui cédez le pas, et pour peu que vous ayez besoin de ses services, il vous jouera mille méchants tours (d’Alcy 1841, 127).

28 Voilà qui rappelle étonnamment les propos peu charitables de Bérenger, plus de cinquante ans plus tôt. Mais nous n’en avons pas fini avec les rappels étonnants :

29 « Ce qu’il nous reste à visiter maintenant, c’est la partie la plus poétique et la moins connue du Dauphiné, c’est le Dauphinois des montagnes, l’homme de la nature et des traditions, celui qui n’a encore rien perdu de sa force et de son originalité primitive : Embrun, Briançon, les vallées du Queyras et de Freissinières, Vallouise, où les Sarrasins se réfugièrent et où les Vaudois vinrent chercher un asile contre la proscription. (...) Toute cette race étrange qui se répand par le monde sans rien y perdre d’elle-même, sans rien y prendre des autres races, et qui revient toujours, ceux qui sont devenus riches comme ceux qui sont restés pauvres, toujours et toute entière mourir aux lieux où elle est née, fidèle en toutes choses aux vieilles et saintes traditions paternelles (ibidem 129).

30 Mais, comme chez Bérenger toujours, une inquiétude pointe in fine :

31 [Le montagnard] « restera-t-il longtemps ce qu’il est aujourd’hui ? J’en doute. Et la raison, la voici : si l’industrie n’a pas encore pénétré dans la montagne, elle est sur le point de le faire, elle est à l’œuvre pour cela. De toute part, la population de la plaine envahit la montagne, et avec elle s’efforce d’y amener ses usages, sa civilisation impie, son industrie toute matérialiste. »

32 Ce pessimisme n’est pas partagé par Chaix, ancien sous-préfet de Briançon sous l’Empire, reconverti dans le fouriérisme dans ses vieux jours, et, il est vrai, natif, lui, de la région (Chaix 1845)

33 « Faut-il que le sang des premiers Alpins Bergeants domine encore assez heureusement pour n’être pas plus pervertis par la double influence des gouvernements de nos jours et du jésuitisme revenant ? Le Haut-Alpin, dans l’atmosphère la plus rare, le plus pur, éloigné des cours, des grands, des plus mauvais exemples de notre civilisation, peut avoir conservé plus de naturel, celui de l’antilope de nos monts, l’innocente fierté que nous tenons à bon droit de Dieu ». (p. 265)

34 « La masse des Alpins dauphinois paraît s’être toujours montrée avec quelque supériorité sur les méditerranéens, ce qui est attribué généralement à un soleil différent ». (p. 267)

35 Mais l’Alpin n’est pas seul à présenter ces heureux traits de caractère. D’autres montagnards les partagent. Au « gavot » des Alpes répond de l’autre côté du Rhône le « gabach » : en 1866 un Montpelliérain « monté » à Paris, Jules Troubat, dans une revue au titre prometteur, l’Echo des provinces, décrit le migrant temporaire descendu du Massif Central :

36 « Les plaines les plus fertiles, les cités les plus brillantes ne sauraient compenser pour ces pauvres gens les noyers séculaires, les châtaigniers qui les nourrissent, et leurs misérables cabanes. Il leur faut la fraîcheur de leurs vallées, le parfum de leurs prairies, leurs montagnes de neige et la quenouille de la veillée » (Troubat 1866, 101-10).

37 On pourrait croire que les années passant, et les modes changeant, ce discours va céder la place à des considérations moins subjectives. On aurait tort. Voici deux entrées du grand Dictionnaire géographique et administratif de la France publié en six gros volumes à Paris en 1890 par une équipe dirigée par Adolphe Joanne et dans laquelle figurent deux des frères Reclus, les fameux géographes :

38 T.1, article Hautes Alpes (pp. 72 sqq.)

39 « Attaché au sol pauvre et dénudé qui le nourrit à peine lui et ses troupeaux, il [le Haut-Alpin] ne le quitte guère que lorsque son absence du foyer paternel doit assurer à une sœur l’existence et un mari (...). L’affluence des touristes n’a pas encore sérieusement altéré ces mœurs toutes primitives ».

40 Tandis que dans le T V, l’article Provence (pp. 3675 sqq.) décrit ainsi le « Provençal du littoral », à la fois indolent et emporté :

41 « N’ayant pas à lutter, il s’irrite à la moindre difficulté (...) C’est un homme franc, enthousiaste, accueillant et gai. Le radieux soleil qui éclaire et chauffe cette terre de Provence toute entière a pénétré de ses rayons jusqu’au caractère de la race ».

42 Et encore en 1914, pour les Basses-Alpes, dans l’un de ces manuels départementaux dont parle Anne-Marie Thiesse (Thiesse 1997) :

43 « L’habitant des montagnes est en général brun ou châtain, de taille moyenne ; il est trapu, d’allure lente, de caractère calme, réfléchi, obstiné, très attaché au passé. Il a le goût du travail, de l’épargne, mais aussi l’esprit processif. L’habitant de la plaine est d’allure plus légère, d’esprit plus mobile, plus enthousiaste. Ce qui le caractérise surtout, c’est l’entrain, la gaieté, la faculté de saisir les ridicules, la verve frondeuse, la raillerie mordante et imagée. Tous deux doivent au climat un esprit clair, net, soucieux surtout des réalités, peu enclin à la rêverie, une grande sobriété, un attachement tout particulier au sol natal et à la famille » (Eisenmayer-Cauvin 1914, p. 153).

44 Le stéréotype est si bien installé qu’il en vient à contaminer même des gens sérieux, comme ce docteur Niepce, auteur en 1851 d’un austère Traité du goitre et du crétinisme plein d’effrayants tableaux recensant canton par canton les goitreux et les fameux crétins des Alpes ; les deux catégories ne se confondant pas nécessairement. Mais, au milieu des tableaux surgissent parfois des considérations attendrissantes sur la « vie simple et laborieuse » des indigènes, sur leurs migrations temporaires qui ne diminuent pas leur amour pour leur terre natale, même si le contact avec les plaines risque d’altérer la « droiture et la simplicité primitive » qui les caractérise, comme chez Bérenger et ses successeurs (Niepce 1851). C’est ici que la science doit s’avouer impuissante...

45 Finissons-en avec ces montagnards du nord de la Méditerranée. Leur image a une fonction bien précise, qui ne se limite pas, malgré les apparences, à abreuver de pittoresque le lecteur parisien. En démontant le stéréotype, on trouve d’abord l’idée d’une certaine profondeur temporelle : le montagnard d’aujourd’hui est le descendant des populations sauvages dont nous parlent les historiens antiques. Mieux : par une sorte de torsion du temps, le regarder, c’est regarder son ancêtre : la montagne et son froid conservent les caractères ethniques et les mœurs rudes des anciens âges.

46 Second élément : ce sauvage des montagnes est bon, comme il se doit, et doté d’une ardeur au travail qui seule lui permet de survivre là-haut.

47 Troisième grand trait, basé d’ailleurs sur l’observation d’un phénomène réel : loin d’être enfermé dans ses montagnes, cet homme voyage. Ce qui lui permet de compléter son ordinaire et celui de sa famille, (sans pourtant en faire une sorte de romanichel, puisqu’il revient toujours sur sa terre, là où il a sa famille et son patrimoine), mais l’expose du même coup à un grave danger : la fréquentation de l’homme des plaines.

48 Car la vertu du montagnard vaut surtout par référence au vice de son voisin des plaines du sud. Au delà du cliché banal des villes corruptrices, valable partout, s’identifie ici un personnage spécifique, le Provençal, le Languedocien, qui annonce déjà par son physique comme par ses rares qualités et ses nettement moins rares défauts d’autres hommes, ces Espagnols et ces Italiens que le regard des voyageurs et des intellectuels du Nord ne considère pas d’un très bon œil. Vu de Paris, ce Sud lointain et écrasé de chaleur héberge une population différente par son apparence et son langage, produit de peu valorisants métissages, aux mœurs douteuses, à la violence forte peu maîtrisée. Ce n’est pas le lieu ici d’analyser en détail les tenants et aboutissants de cette image négative, qui met à mal le mythe rassurant d’une population française une et indivisible (Martel 1994). Bornons-nous à signaler qu’elle s’harmonise fort bien avec celle du montagnard. Ce dernier, froid, travailleur, réfléchi, peu passionné et moins vif que le planicole, offre au regard de l’observateur bourgeois, un visage familier, celui des populations du Nord, justement celles dont depuis Madame de Staël sinon Montesquieu, on ne se lasse pas de célébrer ces vertus qui lui ouvrent les portes de l’avenir. Parler de l’homme des montagnes, là où les effets de l’altitude compensent ceux de la latitude, c’est offrir au regard le rassurant contraste d’une figure familière : au cœur même du Sud, voici que la montagne offre au voyageur du Nord la rencontre d’un homme qui est presque son semblable – presque, parce que c’est quand même un homme du peuple...

Des Gavots dans le Djurdjura ?

49 Dès 1830, les Français, représentés au départ par leurs militaires, découvrent l’Algérie, ses paysages et ses habitants. On sait bien que cette découverte est marquée par de terribles violences, et que les habitants résistent. Mais il y a ennemis et ennemis, et ces mêmes militaires vont assez vite découvrir que tous les » Algériens » ne sont pas de la même espèce. En laissant ici de côté l’utilisation tactique qui a pu être faite de ces différences au nom du vieux principe diviser pour régner, nous nous limiterons à essayer de voir comment la vision que certains Français peuvent avoir des Kabyles peut nous rappeler quelque chose.

50 Nous avons cité en introduction le parallèle établi par le général Daumas entre les migrants temporaires de la montagne Kabyle et le colporteur auvergnat. Mais notre général va plus loin quand il compare les deux populations qui se partagent l’Algérie. Ce parallèle évocateur ne figure pas dans un livre, qui n’aurait touché qu’un public averti, mais dans un article paru dans une revue généraliste, la Revue Contemporaine (en 1856), sur un support donc plus apte à mettre en circulation des idées et des images qui pourront s’installer dans les consciences.

51 « Si on considère l’Algérie du point de vue topographique, on peut la diviser en deux parties bien distinctes : la partie des montagnes, qui couvre la moitié du territoire, et la partie des plaines et des vallées. Si on la considère au contraire, au point de vue des habitants, on remarque une différence très tranchée entre les races qui peuplent ces deux portions du pays. Les plaines, les vallées, sont occupées par les Arabes ; les Kabyles sont établis dans les montagnes, derrière lesquelles ils ont abrité leur liberté. (Daumas 1856)

52 Le partage du pays entre le peuple conquérant et le peuple vaincu devait avoir, sur l’un et sur l’autre, une influence considérable.

53 L’Arabe, l’homme des longs parcours, devenu tranquille possesseur des terres les plus fertiles, vivant au milieu de riches contrées, n’ayant qu’à livrer au sol une semence que la terre lui rendait au centuple, put s’abandonner nonchalamment aux plaisirs et aux douceurs de ce farniente qui lui est si cher.

54 Le Kabyle au contraire, habitant un pays accidenté, peu propre à la culture des céréales, forcé par conséquent de se créer un moyen d’échange pour obtenir les produits qui lui manquaient, se fit industrieux et travailleur. Il fut redevable à ces causes de cette énergie sauvage qui lui permit de résister aux Turcs et de protéger ses montagnes contre des dominateurs étrangers (pp. 21-22).

55 (...) L’Arabe vit sous la tente, il est nomade sur un territoire limité, et par conséquent il n’est pas individuellement propriétaire [...] Le Kabyle habite la maison ; fixé au sol, il est propriétaire dans toute l’acception du mot. (...)

56 L’Arabe déteste le travail ; dur à la fatigue quand il s’agit de parcourir de grands espaces, il est paresseux avec délices (...). Le Kabyle au contraire, travaille beaucoup, et en toute saison ; la paresse est une honte à ses yeux.

57 Chez les Kabyles un des membres de la famille s’expatrie toujours momentanément pour aller chercher fortune dans les principales villes du pays. On en trouve à Alger, à Sétif, à Bône, à Oran, à Constantine, partout. Ils s’emploient comme maçons, jardiniers, moissonneurs, et quand ils ont amassé un petit pécule, ils rentrent au village, achètent un fusil, un bœuf, et se marient. (...) L’Arabe, paresseux de corps, se ressent un peu, dans tous les mouvements de l’âme, de cette inertie physique. Chez le Kabyle, la colère et les rixes atteignent des proportions incroyables... L’Arabe est menteur ; le Kabyle regarde le mensonge comme une honte. (...) L’Arabe a les cheveux et les yeux noirs. Beaucoup de Kabyles ont les yeux bleus et les cheveux roux ; vivant dans une contrée moins chaude, ils sont également plus blancs que les Arabes. (...) L’Arabe paresseux n’a point d’industrie... Le Kabyle au contraire est industrieux par essence, le pays qu’il habite lui fait une loi du travail ; aussi voyons nous ces montagnards bâtir des maisons, faire de la menuiserie, forger des armes, des canons et des batteries de fusils, des sabres renommés...

58 Extraordinaire parallèle, et qui ne doit bien sûr rien au hasard. C’est l’Arabe (ou, souvent, le Berbère arabisé, mais peu importe ici) qui en fait les frais. Mais ce qui importe dans la perspective qui est la nôtre, c’est que ce parallélisme nous en évoque irrésistiblement un autre. L’Arabe partage avec le Bas Provençal ou le Bas Languedocien un certain nombre de tares : le climat des plaines qu’il habite lui fournit avec tant de libéralité les produits de la terre qu’il n’a somme toute pas besoin de trop travailler. Il est indolent comme le Niçois de Jules Monod, ou le planicole de Reclus [2], et tant d’autres Méridionaux. Il est aussi menteur, et bien peu sympathique. Voilà pour le moral ; au physique, on note sans surprise qu’il est brun de poil et de peau. Le Kabyle en revanche, confronté à un sol et à un climat ingrats, se doit d’être particulièrement industrieux. On retrouve le thème des migrations temporaires, qui pourrait inciter le lecteur pressé à croire qu’il a au fond affaire à une population de nomades, comme les Arabes. Mais il y a nomade et nomade. Le nomadisme de l’Arabe est celui du vagabond, qui ne sort certes pas d’un certain cercle (car sans doute sa paresse lui interdit-elle de se risquer à des explorations aventureuses), mais n’est pas lié à un terroir, puisqu’il ignore apparemment la propriété. Le Kabyle, lui, la connaît. Son nomadisme est temporaire et c’est sur sa terre qu’il doit toujours revenir. Enfin, au physique, on retrouve le thème rebattu de l’aspect somme toute bien Européen, voire bien nordique, du Kabyle, ce rouquin aux yeux bleus. On sait à quelles spéculations sur ses origines ethniques ce genre de notation a pu aboutir : à la limite, ne permettaient-elles pas au colonisateur de retrouver dans ce pays lointain des cousins celtes ou à tout le moins Aryas, égarés loin de leurs frères jusqu’à ce que ces derniers les retrouvent ?

59 Le général Daumas est-il un cas isolé, développant ses considérations ethnographiques tout seul dans son coin ? Il faut croire que non, et d’autres vont dans son sens, comme, vingt ans plus tard, le savant docteur Topinard, patronné par nul autre que le brave général Faidherbe. Lui aussi oppose les vertus du montagnard aux vices du planicole arabe.

60 « Le Kabyle habite une maison de pierre ou de chaume ; ses maisons sont agglomérées en villages et hameaux. L’Arabe campe sous la tente ; le douar est la réunion de plusieurs tentes en cercle ; il change de place aussi souvent que l’exigent les besoins de ses troupeaux, et ne cultive qu’accessoirement ».

61 Le Kabyle est individuellement propriétaire ; il s’attache à sa maison, à son jardin, à ses vergers ; il engraisse ses terres et s’efforce de leur faire rapporter le plus possible. L’Arabe ne possède rien par lui-même ; la tribu a la propriété collective du sol et le distribue chaque année ou le loue ; aussi n’a-t-il aucun intérêt à l’améliorer ; ses troupeaux constituent sa fortune. (...) On ne trouve jamais le Kabyle désœuvré ; actif, entreprenant, sa présence est une source de richesse pour notre colonie. L’Arabe, au contraire, est paresseux, indolent, et se livre à la contemplation. Dur à la fatigue pour parcourir de vastes espaces, il restera neuf mois à ne rien faire. Le Kabyle est prévoyant, il abrite ses bestiaux et leur emmagasine des provisions pour l’hiver. L’Arabe vit au jour le jour et se laisse surprendre par la famine, lui et ses bêtes. Le Kabyle fait du commerce ; il prend du service dans nos troupes, descend dans la plaine cultiver les terres des arabes et va chercher fortune dans les villes du littoral ; mais toujours il revient au village où il s’achète un lot de terre et se marie (...) (Topinard 1874).

62 Le tableau, ici, se précise, s’enrichit, en même temps que les leçons initialement implicites sont à présent assénées très clairement. Daumas suggérait que le Kabyle est un propriétaire (comme il convient à un vrai paysan, comme chez nous). Topinard ajoute que ce paysan vit dans une maison qui ressemble aux nôtres, au cœur d’un village ou d’un hameau. D’autres précisent que ces maisons en pierre sont couvertes de tuiles creuses, comme dans le Midi français. Si le Kabyle doit s’expatrier temporairement, il revient toujours au pays, et c’est là qu’il se marie : pas question de mêler son sang à celui des gens des plaines. Ces gens des plaines, de leur côté, présentent chez Topinard les mêmes tares que chez Daumas. Ce n’est donc pas à eux qu’il convient de se fier, mais bien plutôt à ces nobles et fiers Kabyles, qui d’ailleurs n’hésitent pas à prendre du service dans « nos troupes ».

63 Voilà qui indique assez quelles arrière-pensées pouvaient sous-tendre ces considérations d’apparence savante. Mais, répétons-le, ce n’est pas notre propos. Ce qui retient notre attention, c’est l’écho que ces discours coloniaux évoquent pour qui a lu les notations de Reclus et des autres sur le monticole et le planicole du Midi Français. Faut-il y voir le seul effet du hasard ?

64 Bien sûr, il y a des similitudes induites par la réalité même des populations étudiées et de leur mode de vie. À l’origine de tout cliché, il y a un fait réel, mal interprété ou interprété de façon consciemment biaisée par un observateur étranger. Il ne faut pas s’étonner de retrouver, dans les montagnes des deux côtés de la Méditerranée, le personnage du colporteur saisonnier ou du moissonneur descendu dans les plaines au début de la belle saison. Cette émigration, qui concerne aussi bien les Kabyles que les Alpins du Sud, les Pyrénéens, les Auvergnats ou leurs congénères du Tyrol ou du Valais, permet de soulager pour un temps la pression démographique des hauts pays. Et elle permet aux communautés montagnardes de récolter, en bas, l’argent qui servira aux propriétaires à accroître leur domaine ou à payer leurs impôts. Nos auteurs coloniaux ici donc n’inventent rien. Mais, ce qui nous frappe, c’est que Daumas pour mieux faire comprendre à son lecteur profane ce dont il parle recourt à une comparaison accessible à tous, avec ces Auvergnats que tout Parisien du temps connaît et rencontre dès qu’il a besoin qu’on lui monte de l’eau à son étage. De même, on conçoit sans peine qu’il vaut mieux, à 1000 mètres d’altitude, vivre dans une maison en pierre que sous une tente (comme si tous les « Arabes » vivaient de cette façon !). Mais c’est une bonne occasion aussi pour le chroniqueur colonial de rapprocher ces habitats de ceux que l’on trouve dans les villages de France.

65 Certes, on devine bien, même si par force nous n’en traitons pas ici, que l’on trouve sans peine dans les descriptions de Daumas et de ses épigones des notations qui n’ont rien à voir avec ce que nous avons présenté ici, que ce soit sur le statut de la femme ou les structures familiales et tribales ou des comportements comme la vendetta et l’omerta (qui au demeurant ne sont pas inconnus alors en pays d’oc). Et, bien sûr, il y a la religion : les spéculations sur la tiédeur supposée de la foi musulmane et les réminiscences chrétiennes chez les fiers Berbères n’empêchent pas que les observateurs doivent bien constater la place tenue par l’Islam dans la vie et la culture locales. Mais tout ceci, à notre sens, n’éclipse pas les ressemblances que nous avons relevées avec le discours sur les hommes du sud de la France. Tout particulièrement dès lors qu’on quitte le domaine des observations factuelles sur un mode de vie pour s’aventurer dans celui de la psychologie des peuples.

66 Alors ? Faut-il imaginer Daumas et les autres déchiffrant le paysage algérien à la lueur de ce qu’ils savent déjà de ce sud demi-espagnol, demi-sarrasin, comme dit l’autre, qu’ils ont pu observer en métropole, ou sur lequel ils ont pu lire des choses ? On aurait ainsi affaire au réemploi de catégories interprétatives déjà rôdées à propos des différences internes à la France, la vision du Midi, et de ses contrastes valant maquette pour celle de l’Afrique du Nord. La comparaison, explicite ou implicite entre les Montagnards de France et ceux d’Algérie aurait ainsi la vertu de rendre familier ce qui aurait pu au départ être indéchiffrable – c’est bel et bien, nous le savons, une des utilités fondamentales du stéréotype. Retrouver du Celto-ligure dans l’Atlas permet de mieux saisir les ressorts d’une société radicalement autre, mais qui par ce biais commence à devenir lisible. Et de même que somme toute le thème du brave montagnard servait à nourrir le réquisitoire contre des Méridionaux du bas-pays suspects aux yeux d’une bourgeoisie échaudée par la violence indéniable des ruraux du Midi aux débuts du XIXe siècle, le thème du brave Kabyle, ce propriétaire plein d’ardeur au travail permet de justifier par contraste le peu de bien qu’on pense de cet Arabe qui occupe malencontreusement des terres dont la France (et ses colons) aurait grand besoin.

67 À moins bien sûr que la ressemblance entre les discours tenus sur les deux couples parallèles que nous avons identifiés ne soit que le résultat de l’application locale de mécanismes de stéréotypisation bien plus généraux. Il nous faudrait alors élargir l’enquête aux images du Népalais, ou du Caucasien, ou du Highlander d’Écosse – nous le ferons peut-être un jour. Mais dans l’immédiat, nous ne pouvons nous empêcher d’être impressionné par la parenté étroite que révèlent, des deux côtés de la Méditerranée, les textes que nous avons parcourus ici, et leur collection de clichés plus ou moins bien intentionnés, sur fond de manipulation et d’incompréhension fondamentale, mâtinées de la paresse inhérente à la fonction de compilateur. ?

Notes

  • [1]
    Et nous sommes redevables des données que nous utilisons à propos de l’Algérie à nos amis Paul Siblot et Paul Pandolfi, que nous remercions vivement.
  • [2]
    Sous la plume duquel on trouve un autre parallèle établi entre le Midi et l’Algérie, lorsqu’il explique comment le latin a conquis les Gaules contre le « barbare » gaulois de la même façon que le français est à présent en train d’éliminer les « patois »... mais aussi l’arabe et le berbère en Algérie, les idiomes barbares d’aujourd’hui… (La France à vol d’oiseau, op. cit. p. 52).
Français

Les conquérants de l’Algérie au XIXe siècle se trouvent confrontés à des populations diverses et hostiles, Arabes ou Berbères, qu’il leur faut essayer de comprendre et d’opposer, pour mieux les dominer. Pour cela, ils s’appuient sur les ressemblances qu’ils peuvent trouver entre leurs nouveaux sujets et des populations plus familières sur lesquelles pèsent des stéréotypes. Il est assez curieux de ce point de vue de voir comment certains établissent des parallèles, explicites ou implicites, entre les Algériens et des populations du Midi de la France, montagnards ou habitants des plaines. On étudiera ici la façon dont fonctionne dans les textes ce parallèle, et ce qu’il signifie.

Bibliographie

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  • Bourguet 1988, Déchiffrer la France. La statistique départementale à l’époque napoléonienne, Paris, EAC.
  • Chaix 1845, Préoccupations statistiques, géographiques, pittoresques et synoptiques du Département des Hautes-Alpes, Grenoble.
  • Daumas 1853, Mœurs et coutumes de l’Algérie, Paris, rééd. Paris, Sindbad, 1988.
  • Daumas 1856, « La Kabylie », Revue contemporaine, 30 novembre 1856, rééed. Paris, J.P. Rocher, 2001.
  • Dumas 1841, Nouvelles impressions de voyage, Bruxelles.
  • Eisenmayer-Cauvin 1914, La Haute Provence, étude de géographie régionale.
  • Faidherbe-Topinard 1874, Instructions sur l’anthropologie de l’Algérie. « Instructions particulières », Paris.
  • Henry 1818, Recherches sur la géographie ancienne et les antiquités du département des Basses-Alpes, Digne.
  • Martel 1987, « Les Alpes du Sud, une Arcadie ? » Amiras/repères, nos 15-16, pp. 171-188.
  • Martel 1994, « Affreux, sales, méchants et de gauche : une certaine image des Méridionaux au XIXe siècle », Estudis Occitans, n° 15,1994, pp.14-26.
  • Monod 1908, Aux pays d’azur, Nice.
  • Montémont, 1821, Voyage aux Alpes et en Italie, Paris.
  • Niepce 1851, Traité du goitre et du crétinisme, Paris.
  • Reclus 1908, La France à vol d’oiseau, Paris, Flammarion.
  • Thiesse 1997, Ils apprenaient la France, Paris, Editions de la Maison des sciences de l’Homme.
  • Troubat 1866, « Un type méridional, le gabach », L’Écho des provinces, T. XII, 1866, pp. 101-109.
Philippe Martel
LLACS, Université Paul Valéry.
Dernière publication diffusée sur Cairn.info ou sur un portail partenaire
Mis en ligne sur Cairn.info le 04/04/2012
https://doi.org/10.3917/come.080.0163
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