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Confluences Méditerranée

2012/3 (N°82)

  • Pages : 212
  • ISBN : 9782336002118
  • DOI : 10.3917/come.082.0145
  • Éditeur : L'Harmattan

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Avec son discours adressé à ses « bien-aimés », sa « famille » et son « clan », Mohamed Morsi, élu à 51,73 % des voix prononcées au second tour, ouvre une nouvelle page dans l’histoire de l’Égypte, celle d’une deuxième République à connotation religieuse. L’arrivée au Palais présidentiel de ‘Urûba d’un représentant de la société des Frères Musulmans, longtemps qualifiée de « gamâ‘a mahdhûra » (société interdite), pourrait enfin permettre aux membres du Parti Liberté et Justice (PLJ), organe politique de la société récemment officialisé, de faire leurs preuves sur un champ politique où les Frères revendiquent leur place depuis la fin des années 1920. Or, cette élection s’inscrit dans un contexte politique et sécuritaire extrêmement tendu, avec en arrière-plan une crise socioéconomique aiguë, des rapports complexes entre les acteurs politiques internes et des spéculations diverses sur les relations à entretenir avec différentes puissances étrangères, régionales et internationales. Aussi, chaque discours et chaque décision, émanant du nouveau président risque de mettre à mal une force politique qui a longtemps représenté l’opposition au pouvoir et qui n’a sans doute jamais formulé d’autre programme politique concret que cette opposition. Seul l’avenir nous dira ce qu’il en sera. En attendant, nous proposons ici de revenir sur le champ politique égyptien et les dynamiques entre ses principaux acteurs, dans le cadre précis d’une lecture des résultats du premier tour des présidentielles, puis du second tour. En suivant ce scénario à l’égyptienne, nous tenterons de saisir les conditions et le sens du choix de l’islam aux présidentielles en insistant sur le rôle du Conseil militaire dans le déroulement de l’action…

En guise de prologue…

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Le dimanche 24 juin 2012, l’Égypte s’est jointe aux pays de la région où prédominent à la tête des régimes des figures de la mouvance islamique, notamment en Tunisie. Les symboles de l’autoritarisme traditionnel se sont retirés de la scène politique et avec ce changement radical de la forme du régime, du moins en apparence, certaines puissances étrangères, comme les États-Unis, acceptent de parier sur les figures islamiques politiques, associées aux révolutions et mouvements de contestation arabes. Dans le cas égyptien, dépassés les 18 jours de soulèvement qui ont exclu Mubarak et certains membres éminents du Parti National Démocratique (PND) de la scène politique, il est difficile d’affirmer avec certitude que les Frères Musulmans ou autres mouvances religieuses s’inscrivent profondément et/ou exclusivement dans la ligne de la Révolution du 25 Janvier [1][1] De nombreux jeunes appartenant au mouvement du 6 avril.... On retiendra pour exemple l’hésitation qui a marqué les représentants du Parti Liberté et Justice (PLJ) quant à la position à prendre par rapport aux revendications des jeunes révolutionnaires, surtout en ce qui concerne la redéfinition du statut de l’armée [2][2] Les événements de Maspero en octobre 2011 avaient opposé.... Cet élément explique en partie la crainte exprimée par certaines tranches de la société civile égyptienne de voir se développer une islamisation progressive des différentes institutions politiques du pays, alors que la voix de l’islam politique ne représente pas nécessairement ce à quoi aspiraient les citoyens face aux urnes présidentielles. En effet, il importe d’insister sur le fait que, pendant des décennies, le régime Mubarak a consciemment joué sur le statut politique assez flou des Frères Musulmans. En maintenant les Frères dans un statut de « société interdite », il en a fait un principal représentant de l’opposition, tout en acceptant l’intégration de ses membres au sein du Parlement avec l’étiquette « indépendants » lors des législatives. Ainsi, les Frères ont développé des années durant une base sociale pour se garantir un fonds électoral, insistant sur leur représentation des valeurs d’une tradition islamique dont se serait éloigné le régime Mubarak. Et c’est essentiellement sur ce type d’argument, construit à travers des années, que les Frères se sont assurés l’adhésion de milliers d’électeurs en réalité en quête de changement, et, si possible, de justice sociale au nom de l’islam. Il y a donc un certain décalage entre le vote pour le PLJ et l’aspiration profonde de l’électeur et ce décalage est dû, en partie, aux mécanismes politiques mis en place par le régime déchu. C’est un point à retenir pour nuancer le choix islamique exprimé par les urnes, aussi bien législatives que présidentielles.

Des législatives aux présidentielles : retour sur les chiffres

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Rappelons qu’entre novembre 2011 et janvier 2012, les Égyptiens avaient participé à 62 % aux législatives [3][3] Selon la Haute Commission électorale, ce taux de participation... et avaient consacré plus de 67 % des 498 sièges de l’Assemblée du Peuple au PLJ (44,6 %) et au Parti salafiste En-Nour La Lumière (22,5 %). Face à cette domination de l’Assemblée par l’acteur religieux, on a noté une certaine faiblesse des forces traditionnelles d’opposition libérale, du moins non religieuses. En parallèle, on a relevé une fragilité de l’acteur jeune révolutionnaire, encore peu expérimenté sur le champ politique.

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Une telle configuration de la scène politique au lendemain des législatives n’a pas réellement permis de présager la plupart des résultats obtenus lors du premier tour des présidentielles, à part peut-être les chiffres élevés Morsi. Mais même les chiffres de celui-ci, et le reste des scores réalisés par les différents candidats, ont été assez surprenants. Sur les 51 millions d’électeurs censés participer aux élections, et avec un taux de participation de 48 %, l’arrivée en tête de course de Mohamed Morsi (24,78 %) et de Ahmed Chafiq (23,66 %) a été considérée comme « choquante » – pour reprendre un terme largement utilisé sur le terrain et repris sur différents médias d’expression arabe ; les résultats de Hamadein Sabbâhî, arrivé troisième avec 20,72 %, comme ceux de Khaled Ali, arrivé cinquième malgré ses chiffres modestes 0,58 %, ont révélé une conscience profonde – et pourtant inattendue en comparaison avec les législatives – de l’importance du changement aux yeux des électeurs ; alors que des figures de l’opposition largement reconnues comme Abdel Moneim Aboul Fotouh, ou d’autres figures se présentant comme telles comme Amr Moussa se sont trouvées en quatrième et cinquième positions avec respectivement 17,47 % et 11,13 %.

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Il faut garder à l’esprit, comme arrière-plan aux élections présidentielles, la déclaration constitutionnelle soumise à référendum le 19 mars 2011 par le Conseil Supérieur des Forces Armées (CSFA), et surtout l’article 28 de cette déclaration. En effet, l’article donnait les pleins pouvoirs à une Haute Commission chargée des élections présidentielles, dont les décisions seraient finales et irrévocables. Cette mesure a longtemps nourri un doute concernant les intentions de l’armée, qui pourtant prétendait se tenir à une même distance de tous les candidats et se préparait, disait-elle, à transmettre le pouvoir à un président civil le 30 juin 2012 au plus tard. Et si le Conseil militaire avait monté un accord avec un candidat particulier qu’il souhaitait imposer et que cette mesure visait à garantir l’imposition de ce choix ? Par ailleurs, les débats largement médiatisés en avril 2012 concernant l’émission d’une loi au sujet de l’exercice des droits politiques, appelée « loi d’exclusion politique », ont participé à alourdir cette atmosphère de suspicion. La loi d’exclusion politique avait clairement pour objectif d’interdire à des figures de l’ex-régime – notamment le vice-président, le Premier ministre et le dirigeant du PND – de prendre part à la vie politique au sein de la deuxième République égyptienne. Adopté par l’Assemblée du Peuple et ratifié par le CSFA, ce texte semblait garantir l’immunisation du processus électoral contre toute infiltration des figures de l’ancien régime. Cependant, jusqu’à deux jours du second tour des présidentielles, la Cour Constitutionnelle n’avait pas encore donné son dernier mot concernant la constitutionnalité de la loi et la participation d’Ahmed Chafiq à la course semblait largement menacée.

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Dans un tel climat de tension, deux grandes orientations contradictoires ont commencé à se développer parmi les électeurs : une profonde confusion régnait face à la multitude des candidats et aux appartenances politiques de plusieurs d’entre eux ; mais, malgré cette incertitude quant aux éventuels accords tacites entre le Conseil militaire et/ou l’ancien régime d’une part et certaines figures parmi les 23 inscrites au départ, il importe de souligner qu’un souffle d’optimisme marquait les esprits à la veille du premier tour des présidentielles. La diversité des modes de promotion électorale des 13 candidats finalement retenus par la Haute Commission a répandu dans les rues des grandes villes égyptiennes une atmosphère nouvelle : un intérêt à la chose politique, un échange d’idées sur les enjeux et les perspectives possibles, et, enfin, une participation relativement importante aux urnes, sous les yeux de plus de 50 organisations égyptiennes et étrangères. Sur les 51 millions d’Égyptiens appelés aux bureaux de vote, un taux de participation de 46 % a été enregistré au premier tour. Cette baisse de participation en comparaison avec les législatives (62 %) peut s’expliquer par les facteurs présentés plus haut et surtout cette suspicion concernant la validité de tout le processus démocratique, vu le manque de transparence du CSFA aux commandes du pays. Mais l’abstention aux présidentielles peut aussi être justifiée par des logiques socioculturelles et politiques plus terre à terre, comme le sentiment que peut avoir l’électeur égyptien moyen que le député représente plus concrètement ses intérêts que le président de la république qui peut ne pas être conscient même de sa présence. L’effet d’une déculturation et d’une déresponsabilisation politiques, étendues sur des décennies, ne doit pas être négligé dans ce contexte.

Le premier tour des présidentielles en trois temps

Duel Morsi/ Chafiq : réflexions sur une surprise électorale

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À la tombée des résultats, les électeurs égyptiens semblaient profondément perturbés. Contre toute attente, ce sont les deux candidats se situant le plus à la marge de la liste officielle qui ont fini en duel : un candidat présenté comme remplaçant de Khayrat Al Chater, premier choix des Frères Musulmans [4][4] Khayrat Al Chater, condamné 6 fois à la prison sous... ; et une figure de l’ancien régime, exclu puis repêché au dernier moment dans un contexte d’instabilité constitutionnelle. Il faut rappeler deux grands facteurs marquant la scène politique égyptienne. Le premier est que l’Assemblée du Peuple était dominée par les députés de tendance islamique et on craignait, avec l’arrivée de Morsi au pouvoir, de se retrouver face à un régime où deux des trois pouvoirs – le législatif et l’exécutif – seraient monopolisés par le religieux. Cette crainte était avivée par l’incertitude concernant l’expérience politique effective des différents partis de tendance islamique qui, entre janvier et mai, n’avaient pas fait preuve de grandes compétences sur le plan législatif pour trouver des solutions aux problèmes des Égyptiens [5][5] À part une grande question sociale étudiée au sein.... Mais cette crainte se conjuguait aussi à une certaine baisse de popularité du PLJ qui avait d’abord annoncé qu’il ne s’engagerait pas dans les présidentielles, puis avait soutenu la candidature officielle des deux candidats, Khayrat Al Chater et Mohamed Morsi. C’est ce qui explique peut-être le score peu élevé du candidat Frère Musulman aux présidentielles, en comparaison avec le score global du PLJ aux législatives.

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Le deuxième facteur est que la rue, elle, était dominée par un réel chaos sécuritaire. Depuis le retrait de la police en janvier 2011, l’armée avait déployé certaines de ses forces pour assurer une partie de l’ordre public. Mais de manière générale, les « baltaguiya » (hors-la-loi, souvent au service de l’ancien régime) s’étaient répandus dans de nombreux quartiers, aussi bien dans les centres urbains que ruraux ; les accidents de la circulation, les vols à main armée et les viols se sont multipliés ; la régularité du train de vie quotidien s’est trouvée rompue avec les manifestations permanentes dans les grandes places de différentes villes égyptiennes. On pouvait noter auprès de certaines catégories sociales ou de certaines tranches d’âge une réelle exaspération face à cette situation d’instabilité. Ces deux facteurs expliquent en grande partie les résultats élevés de Chafiq au premier tour, avec son étiquette civile, non religieuse, et sa promesse de ramener l’ordre à la société « en moins de 48 heures » selon ses propos lors de sa campagne électorale.

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Deux « machines électorales » se sont opposées lors de ce premier tour, deux machines quasi institutionnalisées : celle des Frères, avec leur proximité des citoyens les moins favorisés socialement et leurs mécanismes clientélistes passant parfois par la distribution de biens « en nature » ; et celle de l’ancien régime, avec ses propres réseaux, empruntant des modes de clientélisation comparables, et accusé lors de ce premier tour d’avoir fraudé un certain nombre de voix.

Les voix de la révolution, plus fortes pendant les présidentielles que les législatives

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Au-delà du choc de voir un ex-premier ministre de Mubarak s’opposer à un Frère Musulman, un autre constat a largement marqué les esprits à l’annonce des résultats du premier tour : le chiffre réalisé par Hamadein Sabbahi, arrivé troisième avec un peu plus de 20 % des voix. Ce dernier a mobilisé autour de lui de jeunes étudiants et des intellectuels depuis quelques années déjà [6][6] À partir d’un travail de terrain effectué au Caire.... Assez clair sur ses projets pour les citoyens égyptiens, Sabbahi s’est largement distingué des autres candidats aux présidentielles lors de sa campagne électorale. Avec pour slogan « l’un d’entre nous », il a su montrer que son programme politique marqué par la pensée socialiste pouvait répondre à beaucoup de revendications révolutionnaires : meilleure exploitation des richesses nationales, programme social pour l’emploi des jeunes, redéfinition du rôle de l’État dans le domaine économique. Mais en plus de ces points qui se recoupent en partie avec les propositions d’autres candidats – dont Aboul Fotouh ou Khaled Ali –, c’est sa position tranchée par rapport à l’armée et son statut qui a dénoté sa ferme intention de procéder au changement. Comme il l’a expliqué dans le cadre de l’émission télévisée quotidienne « Qui est le Président ? », présentée par Tariq Habib sur la chaîne officielle égyptienne tout au long de la période de campagne, s’il devenait président, il inviterait le CSFA à se dissoudre et appellerait l’armée à reprendre sa place et ses fonctions de protection des frontières de l’Égypte, en se retirant intégralement des pouvoirs législatif et exécutif. De plus, il consacrerait les limites de ce statut dans la Constitution et insisterait pour élaborer un mode transparent de supervision du budget de l’armée.

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La question du programme politique du candidat nous mène à l’interrogation suivante : après des années de désintérêt au politique ou de détachement conscient d’un domaine considéré comme corrompu et balisé d’avance, peut-on considérer que le choix électoral opéré par le citoyen aujourd’hui se fait essentiellement en fonction du programme du candidat ? Nous pensons plutôt que, face à l’urne, et dans les conditions présentées tout au long de cet article, l’électeur égyptien moyen s’est plutôt trouvé face à une série d’identifications ou d’incarnations, sans doute par manque d’habitude à la participation politique et à ses pratiques. Ainsi, si dans les deux cas de Morsi et Chafiq, les électeurs votaient pour des structures supra-candidats identifiées à des institutions plus qu’à des programmes (les Frères Musulmans ou l’Ordre public), Sabbahi et/ou Ali représenteraient, eux, une certaine incarnation de la Révolution, du Changement, ou, pour une certaine génération, le souvenir d’un temps révolu [7][7] On a retenu un témoignage recueilli dans un bureau.... C’est, à notre avis, ce qui explique le bon score de Sabbahi, dont la base organisationnelle est bien plus réduite que celle de Chafiq ou de Morsi. Ses résultats ne s’inscrivent pas dans le contexte d’une machine électorale ancrée sur la scène politique, mais plutôt dans celui d’une volonté d’agir autrement, assez consciente des besoins du pays et de ses intérêts. Face aux pratiques électorales traditionnelles qui ont pu mener Chafiq et Morsi au deuxième tour, on peut dire que c’est la mobilisation de l’esprit révolutionnaire dans le cadre d’un programme politique parmi les mieux définis qui a permis à Sabbahi d’arriver troisième.

Les candidats « favoris » [8][8] Les résultats des sondages effectués par deux grands... et leurs modestes résultats

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Enfin, il convient de noter que des figures auxquels certains médias avaient proposé des « duels télévisés » – comme Abdel Moneim Aboul Fotouh et Amr Moussa [9][9] Cf. le duel Aboul Fotouh/ Moussa sur On TV, diffusé... – se sont trouvées en quatrième et cinquième positions. Résultat assez étonnant si l’on se souvient que le premier était considéré comme novateur dans son opposition au régime, allant jusqu’à se confronter aux tendances des Frères Musulmans qu’il jugeait parfois trop conciliantes envers le régime ; et que le deuxième a acquis une certaine popularité durant son mandat en tant que Ministre des Affaires étrangères entre 1991 et 2001. Il aurait été nommé Secrétaire général de la Ligue Arabe pour ne pas gagner davantage de popularité face à l’ex-président égyptien [10][10] Dès la fin des années 1990, il était de coutume, dans.... Toutefois, Moussa a été combattu lors de la campagne électorale par le mouvement civil jeune « Emsek Fulûl ! » (Attrape ce membre de l’ancien régime !), le présentant comme une figure du régime Mubarak au même titre que Chafiq.

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Aboul Fotouh et Moussa se sont donc trouvés plus loin dans le peloton de course et on pourrait reprendre ici en partie une hypothèse selon laquelle la médiatisation ciblée à laquelle ils ont accepté de se prêter leur a été plus défavorable que bénéfique. Trois remarques sont à retenir pour comprendre les effets que ce « duel » a pu avoir. Tout d’abord, la nouveauté de l’exercice médiatique s’est reflétée dans les questions qui se sont surtout concentrées sur la personnalité de chacun des deux candidats ou qui sont restées très générales sur des sujets très complexes, comme l’indépendance politique effective de l’Égypte face aux aides américaines ou les rapports à entretenir avec Israël. Par ailleurs, au niveau de certaines réponses, elles sont peut-être restées trop rhétoriques sur des questions urgentes, comme par exemple les mesures que chacun des candidats aurait prises dans le contexte des violences perpétrées autour des symboles de l’État comme le Ministère de la Défense. Aucun des deux candidats n’a donné l’impression de pouvoir maîtriser la situation chaotique sécuritaire du pays. Enfin, chacun des candidats disposant d’un temps de parole consacré à sa défense ou à la critique des propos de l’autre, on a pu assister à des moments de confrontation ou de justification personnelle susceptibles de confondre le spectateur si ce dernier n’est pas assez au fait de la complexité de la scène politique et des visées politiques profondes de chacun. Ainsi, alors qu’Aboul Fotouh présentait de manière positive le droit de manifester et les manifestations qui se sont déroulées en mai contre les symboles du pouvoir de l’armée, Amr Moussa a attiré l’attention sur le fait que son adversaire avait eu une position contradictoire à ce sujet. Plus tard, Aboul Fotouh demandera à Moussa d’expliquer comment un homme politique qui a fait partie du régime précédent et qui a donc contribué à corrompre la vie politique en Égypte peut prétendre à la présidence pour réformer la situation du pays. Ce ne sont là que de brefs exemples dont l’objectif est de montrer que l’échange de critiques et d’accusations peut avoir terni l’image des deux candidats, surtout qu’en se défendant, chacun a pu révéler des détails qu’il n’aurait pas nécessairement souhaité présenter sous cette forme quelques jours avant les urnes. Il reste encore compliqué de cerner la pertinence de cette analyse avec précision. Mais il ne faut pas oublier, par ailleurs, que ces deux candidats ont peut-être eu du mal à se construire une base électorale solide en se situant en dehors d’institutions ancrées dans la société égyptienne. En effet, Aboul Fotouh s’est vu exclu de la société des Frères Musulmans dès février 2011, lorsqu’il a annoncé son intention de soumettre sa candidature aux présidentielles et que les Frères avançaient encore qu’ils refusaient de prendre part à ce processus. Ce candidat a donc dû se fonder sur les bases qu’il s’est constituées à travers son propre réseau social, sans doute plus limité que celui des Frères, mobilisé pour le compte de Morsi. Quant à Moussa, on peut bien comprendre que, par ses positions détachées de l’orientation islamique, mais pas impliquées dans une autre tendance facilement reconnaissable par les électeurs, ainsi que par son manque d’emprise sur la situation sécuritaire, il n’ait pas disposé d’outils de persuasion assez ancrés dans l’imaginaire des électeurs.

De l’entre-deux-tours à la phase finale

« La peste ou le choléra ? »

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C’était là la scène politique au lendemain des résultats du premier tour. Que faire donc face à ce duel Morsi/ Chafiq ? Choisir Chafiq, c’était opter pour une double garantie, du moins en apparence : éviter l’islamisation d’un grand nombre d’institutions politiques, et ramener l’ordre au quotidien des Égyptiens. Mais c’était par ailleurs risquer de remettre en place le régime destitué il y a un an et quelques mois, surtout que beaucoup d’Égyptiens avaient retenu les propos du candidat qui affirmait dans un entretien en janvier 2010 que Mubarak était son modèle, propos qu’il confirma en avril 2012 sur la chaîne Al Hayâ en affirmant qu’il resterait son modèle jusqu’à sa mort [11][11] Cf. les vidéos mises en ligne par la chaîne égyptienne.... Choisir Morsi donc ? Mais c’était relever un pari trop risqué vu son manque – apparent – d’expérience et de charisme politique, et compter sur une promesse électorale difficile à garantir : le détachement prévu du PLJ une fois arrivé à la tête du pays pour assurer la protection des droits de tous dans le contexte d’un État civil, constitutionnel, démocratique, moderne. On comprend donc mieux pourquoi on entendait beaucoup de citoyens égyptiens sur le terrain se demander « comment choisir entre la peste et le choléra ? », surtout parmi les électeurs coptes, qui – pourtant – sont loin de constituer un bloc uni de votants. S’abstenir alors ? Sur Facebook et autres réseaux sociaux, on a vu se multiplier les appels à déserter le deuxième tour, dans l’espoir de « pourrir » un processus électoral décrédibilisé par les différentes décisions du CSFA, par les jugements « trop cléments » prononcés à l’encontre de Mubarak et Habîb Al ‘Adly, mais surtout les deux fils du président et les conseillers de l’ex-ministre de l’Intérieur [12][12] Après plusieurs reports, les jugements ont été prononcés... et, enfin, par la décision de la Cour Constitutionnelle, rendant inconstitutionnel le tiers de l’Assemblée du Peuple à deux jours du deuxième tour [13][13] Le 14 juin 2012, la Cour a rendu inconstitutionnelle... et confirmant le droit de Chafiq à se présenter aux présidentielles. Mais en s’abstenant, on laissait la voie ouverte à une fraude certaine, surtout si l’on prenait en compte les plaintes déposées par différents candidats, dont notamment les plus proches des mouvances jeunes révolutionnaires et non religieuses. Sabbahi, par exemple, avait déposé plusieurs plaintes impliquant Chafiq, dont une selon laquelle des milliers de circonscrits – normalement interdits de vote – auraient donné leur voix au candidat proche de l’ancien régime, en utilisant des cartes d’identité falsifiées. La solution : se présenter au bureau de vote et « annuler » sa voix, pour que l’on ne nous la vole pas.

Retour sur les pressions du second tour

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Au-delà de l’opposition acharnée entre les deux machines électorales mobilisées au profit de Morsi et de Chafiq au premier comme au deuxième tour, il convient de rappeler que les deux candidats ont essayé, chacun à leur manière d’attirer les votants qui avaient choisi les autres candidats au premier tour. Morsi est allé jusqu’à proposer plusieurs formes d’accord aux candidats sortants, et aux jeunes révolutionnaires. Parmi ses propositions : une « institution présidentielle », où se joindraient à lui deux vice-présidents ou conseillers dont les objectifs seraient de réaliser un réel équilibre entre tendances politiques. Dans ses discours, le candidat PLJ conjuguait plusieurs grandes constantes : la reconstruction de l’histoire de la Révolution du 25 Janvier, en y inscrivant les jeunes Frères dès les phases préparatoires ; la nécessité de se constituer en bloc pour empêcher le retour à l’ancien régime ; les messages rassurants à l’égard des catégories susceptibles de douter de ses politiques : les coptes et les femmes. À ces sollicitations pressantes, au climat de tension générale, il faut aussi ajouter que, durant les quelques jours séparant la clôture des bureaux de vote (17 juin) et l’annonce des résultats finaux du second tour (24 juin), deux événements ont renforcé la tension régnant dans la rue : le 17 juin, le CSFA a émis une déclaration constitutionnelle complémentaire, limitant les prérogatives du Président [14][14] Le texte de cette déclaration constitutionnelle complémentaire..., et la Haute Commission a demandé un délai supplémentaire pour étudier les plaintes présentées par les deux candidats au deuxième tour. La Place Tahrir s’emplit alors de manifestants sous un slogan principal : « Non, à la déclaration constitutionnelle complémentaire/ enchaînante ! » (avec un jeu de mots entre mukammil et mukabbil) [15][15] Il faut noter que l’ensemble des forces politiques....

Deux présidents pour l’Égypte ? Un dénouement bien égyptien…

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Alors que les Égyptiens suivaient avec inquiétude les chiffres relevés en direct par les chaînes télévisées dans les différents bureaux de vote, chacun des deux candidats s’est déclaré vainqueur, en avançant ses propres résultats. La Haute Commission ayant rétorqué que seuls les chiffres qu’elle soumettrait représenteraient les résultats officiels, Morsi prononça un discours assez sec où il avertit contre toute tentative de fraude de la part de l’institution chargée de comptabiliser les votes. Dans plusieurs médias et sur les réseaux sociaux, on a pu entendre ou lire des menaces proférées par des membres du PLJ de mettre le pays à feu et à sang. Un sentiment de plus en plus affirmé à l’encontre du Conseil militaire se trouvait nourri par le retard de la proclamation des résultats et par les discours des Frères. Par réaction, les foules en attente sentaient que seule l’élection de Morsi serait garante de l’intégrité du processus électoral et de la sincérité du CSFA concernant la transmission du pouvoir. On comprend donc les premières réactions exprimées dans la salle de conférence de presse où le Conseiller Faruq Sultan a prononcé la victoire de Morsi, avec les cris poussés par les journalistes « Dieu est Tout-Puissant ! » (Allahu Akbar !). Plus qu’une expression à connotation religieuse, c’était une sorte de soulagement par rapport au sentiment de doute qui a hanté les Égyptiens pendant des mois, depuis le début du processus électoral. Quelques minutes plus tard, sur la Place Tahrir et d’autres espaces publics dans toute l’Égypte, les chaînes télévisées ont transmis les réactions à chaud d’un peuple convaincu d’avoir choisi le moindre mal.

Une conclusion ouverte…

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Voilà, à nos yeux, la signification essentielle du choix de l’islam en Égypte aujourd’hui : le moindre mal dans un contexte de transition marqué par une réelle fragilité constitutionnelle et institutionnelle, par l’omniprésence d’un Conseil militaire aux décisions opaques et polyvalentes et par la difficulté de définir une politique détachée de la mouvance des Frères Musulmans, enfin parvenue au pouvoir après un siècle environ de clandestinité. En effet, comment sortir de la houlette des Frères pour devenir président de tous les Égyptiens, musulmans ou pas ? Parce que tout se construit sur le tas, en fonction de situations ponctuelles à gérer sur le coup et non en vue de fonder des bases démocratiques pour le long terme, on se trouve actuellement dans plusieurs impasses, à différents niveaux.

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Dans un pays où l’infrastructure de l’État de droit est restée très fragile pour préserver l’autorité des Pharaons précédents, on ne dispose pas à ce stade d’une Constitution claire pour cette deuxième République, mais d’une série de déclarations émises par le militaire et dont on ne peut définir le statut en l’absence d’une Assemblée constituante [16][16] La première Assemblée constituante, avait été dissoute.... Cette Assemblée, reconstituée vers la mi-juin après de longues négociations concernant les pourcentages et les figures la composant, risque en effet d’être affectée par le jugement d’inconstitutionnalité du tiers de l’Assemblée du Peuple. D’ailleurs, pour éviter au nouveau Président de se trouver face à un vide institutionnel pour prêter son serment républicain, il a été convenu avec le Conseil militaire que Morsi prêterait serment symboliquement sur la Place Tahrir, puis devant les juges et conseillers de la Cour Constitutionnelle et, enfin, devant un ensemble de représentants d’institutions et de membres de la société civile dans le grand amphithéâtre de l’Université du Caire. Trois serments républicains qu’il s’agira de respecter…

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Tant que les questions à négocier étaient symboliques, il restait encore aisé de traiter avec le Conseil militaire. Mais sera-t-il possible de poursuivre sur cette lancée lorsqu’il s’agira de questions plus complexes, comme par exemple la prise d’une décision finale concernant le statut du Parlement, ou, plus complexe encore, la délimitation du statut de l’armée dans le cadre de la nouvelle Constitution ou le droit d’avoir accès au budget des militaires ? Plus encore : la Révolution a clairement remis en question le rapport des Égyptiens avec les représentants de l’armée et si « on aime encore les Forces armées, on demande aujourd’hui des comptes au Conseil Supérieur » [17][17] Slogan avancé par le mouvement du 6 avril, exprimant.... Un compromis s’avère donc nécessaire pour traiter avec l’armée selon des critères nouveaux, garantissant au citoyen un sentiment de sécurité sans pour autant se trouver opprimé par cette institution. Morsi saura-t-il négocier ce compromis ? Dans les jours et les mois qui viennent, un autre véritable défi se posera au président, la capacité à se détacher concrètement du PLJ, sous peine de se voir décrédibilisé aux yeux de ceux qui l’ont élu, et, plus grave, aux yeux de ceux qui ne l’ont pas élu, plus nombreux, et tout à fait prêts à réinvestir la Place Tahrir. Difficile d’imaginer une scission complète ou rapide, surtout après le discours prononcé sur cette Place avant de prêter serment, discours où Morsi a explicitement fait remonter les origines de sa présidence à l’action « d’hommes qui sont semé les germes de la révolution dès les années 1920… ». De même, se posera la difficulté de se soumettre à l’autorité d’Al Azhar, institution religieuse publiquement reconnue par l’ensemble des Égyptiens, musulmans et coptes. Al Azhar, qui avait réussi à rassembler les Égyptiens autour de plusieurs déclarations basiques à intégrer dans la construction de la Constitution du pays, représente un acteur problématique aux yeux de Morsi, et du PLJ plus généralement. En effet, avec la Révolution, Al Azhar s’était largement imposé comme acteur médiateur, affirmant de plus en plus sa volonté d’autonomie par rapport au pouvoir politique et ses représentants, insistant sur son refus de donner pleine confiance à telle tendance religieuse plutôt que telle autre, rappelant que, si un choix était à faire, l’institution resterait « du côté des jeunes » et des objectifs de la Révolution. Rien n’est encore définitif sur les rapports qu’entretiendront Morsi ou les Frères Musulmans plus largement avec Al Azhar. Notons, en attendant, que les positions du nouveau président par rapport à cette institution seront cruciales dans la définition du sens de l’autorité religieuse dans la deuxième République égyptienne. ?

Notes

[1]

De nombreux jeunes appartenant au mouvement du 6 avril n’hésitent pas à remettre en question la participation spontanée des Frères à la Révolution dès le premier jour.

[2]

Les événements de Maspero en octobre 2011 avaient opposé manifestants, pour la plupart coptes, et membres des forces armées, de même qu’en novembre 2011, les rues du Centre-Ville, comme la rue Mohamed Mahmoud, avaient témoigné d’affrontements meurtriers entre jeunes et forces de l’ordre. Une certaine rupture s’est alors produite entre jeunes révolutionnaires et Conseil militaire, avec des demandes pressantes de remise du pouvoir aux civils, de limitation du rôle du Conseil dans la vie politique égyptienne et de transparence quant à ses objectifs, entre autres revendications. On note que les Frères Musulmans ne se sont pas prononcés de manière claire et tranchée sur leur position concernant l’ensemble des demandes.

[3]

Selon la Haute Commission électorale, ce taux de participation au premier tour des législatives était considéré comme « record », par rapport au 50 millions d’Égyptiens censés se rendre aux urnes. Avec une touche d’humour, M. Abdel Moez Ibrahim, à la tête de la commission, soulignait le 2 décembre 2011 que ce taux n’avait jamais été atteint « depuis le temps des Anciens Égyptiens ».

[4]

Khayrat Al Chater, condamné 6 fois à la prison sous différents régimes, a été définitivement exclu de la course aux présidentielles sur une décision de la Haute Commission qui n’a pas retrouvé de trace judiciaire crédible affirmant son acquittement total des condamnations dont il a fait l’objet.

[5]

À part une grande question sociale étudiée au sein de l’Assemblée – l’application des conditions de sécurité sociale à la femme avec des enfants à charge –, les travaux des députés n’ont pas retenu l’attention du public de manière positive. Ce jugement, peut-être trop sévère parce qu’il se fonde uniquement sur quatre mois d’exercice parlementaire, devra être revu plus tard si toutefois cette Assemblée était maintenue.

[6]

À partir d’un travail de terrain effectué au Caire entre 2007 et 2009.

[7]

On a retenu un témoignage recueilli dans un bureau de vote de Sayyeda Zaynab (quartier populaire ancien, près du Centre-Ville) qu’une votante d’un certain âge demandait de l’aide au responsable du bureau de vote pour qu’il lui explique comment choisir « le candidat qui représente Nasser », en se référant à Sabbahi dont elle ignorait le nom.

[8]

Les résultats des sondages effectués par deux grands centres – le Centre Al Ahram pour les Etudes Politiques et Stratégiques et le Centre Basîra (société civile) – mettait effectivement en avant une certaine préférence pour des candidats dont les noms n’ont finalement pas été retenus au second tour.

[9]

Cf. le duel Aboul Fotouh/ Moussa sur On TV, diffusé le 10 mai 2010, dans le cadre d’une émission présentée par Mona Al Chazli et Yusri Fuda.

[10]

Dès la fin des années 1990, il était de coutume, dans les cercles étudiants et intellectuels égyptiens, de présenter Moussa comme la figure de « l’opposition au régime de l’intérieur ». Entre 2004 et 2005, de nombreux mouvements jeunes l’avaient appelé à se présenter comme candidat aux élections présidentielles de 2005, invitation qu’il avait déclinée alors. On retiendra donc qu’il représente une figure de l’opposition au régime, mais qui a finalement souffert de sa longue appartenance au système politique de Mubarak.

[11]

Cf. les vidéos mises en ligne par la chaîne égyptienne alhayachannels, en date du 02/04/2012.

[12]

Après plusieurs reports, les jugements ont été prononcés le 2 juin 2012 : la prison à perpétuité pour Mubarak et l’ex-ministre de l’Intérieur et l’acquittement des deux fils Mubarak et des conseillers de ‘Adly. Plus que les résultats des élections, ce sont ces jugements qui ont poussé les manifestants à occuper de nouveau la Place Tahrir.

[13]

Le 14 juin 2012, la Cour a rendu inconstitutionnelle la loi relative aux législatives selon laquelle les partis politiques avaient été autorisés à présenter des candidats aux sièges individuels, alors que les partis étaient censés se limiter aux deux tiers des sièges de l’Assemblée, qui leur étaient consacrés. Il s’ensuivit que le tiers de l’Assemblée était considéré inconstitutionnel, ce qui impliquait – en quelque sorte – la dissolution de toute l’Assemblée, rajoutant au chaos de la situation institutionnelle.

[14]

Le texte de cette déclaration constitutionnelle complémentaire cite entre autres articles : le Président prête serment devant l’Assemblée générale de la Cour Constitutionnelle au cas où l’Assemblée du Peuple serait dissoute ; le CSFA se charge de tout ce qui se rattache à l’armée ; le Président déclare la guerre après approbation du CSFA ; le Président peut, en cas d’urgence, demander au CSFA de participer à protéger les institutions de l’État ; le CSFA peut se charger de certaines responsabilités de l’Assemblée du Peuple jusqu’à la tenue de nouvelles élections législatives ; le CSFA peut former une Assemblée constituante avec pour objectif de rédiger une Constitution en l’espace de trois mois. Traduction du résumé des principaux articles. Cf. le texte complet dans sa version originale dans le Journal Officiel du 17 juin 2012 (n° 22 bis).

[15]

Il faut noter que l’ensemble des forces politiques s’est accordé sur ce refus. Aussi, on a pu retrouver sur la Place Tahrir des représentants de toutes les tendances : la Société des Frères Musulmans dans son ensemble et notamment le Parti Liberté et Justice, le Parti salafi En Nour et la Gamâ‘aislamiya radicale, le mouvement du 6 avril qui avait appelé au rassemblement contre « le coup d’État de l’armée » et les forces socialistes, ainsi que l’ensemble des bureaux organisationnels de différentes formations politiques révolutionnaires.

[16]

La première Assemblée constituante, avait été dissoute par un jugement judiciaire suite au retrait des libéraux, puis d’Al Azhar et enfin de l’Eglise copte égyptienne à la fin du mois de mars, retardant le processus de rédaction de la Constitution égyptienne et surtout, laissant planer le doute concernant diverses questions centrales, dont la référence à la charia islamique dans l’article 2 de la version actuelle.

[17]

Slogan avancé par le mouvement du 6 avril, exprimant le refus de la mainmise du CSFA sur le pouvoir politique en Égypte.

Résumé

Français

Le 24 juin 2012, les Égyptiens ont choisi le candidat des Frères Musulmans à la présidentielle, Mohamed Morsi, pour inaugurer cette deuxième République égyptienne. Dans un contexte fortement marqué par l’instabilité institutionnelle et la fragilité constitutionnelle, par le chaos sécuritaire et l’omniprésence du militaire, il reste difficile d’évaluer le processus de transition démocratique. En revenant sur le champ politique égyptien au lendemain des législatives et en reprenant les « surprises » des présidentielles, certains choix électoraux sont mis en lumière pour nuancer les propos selon lesquels l’Égypte serait sortie de la dictature militaire pour entrer, de son propre gré, dans la dictature islamique. Une analyse fondée sur le terrain et limitée aux facteurs internes permet de proposer un éclairage sur les mécanismes socioculturels propres au champ égyptien. Il en ressort que les électeurs ont plutôt voté contre un retour de l’ancien régime que pour un programme politique à référent islamique.

Plan de l'article

  1. En guise de prologue…
  2. Des législatives aux présidentielles : retour sur les chiffres
  3. Le premier tour des présidentielles en trois temps
    1. Duel Morsi/ Chafiq : réflexions sur une surprise électorale
    2. Les voix de la révolution, plus fortes pendant les présidentielles que les législatives
    3. Les candidats « favoris » et leurs modestes résultats
  4. De l’entre-deux-tours à la phase finale
    1. « La peste ou le choléra ? »
    2. Retour sur les pressions du second tour
    3. Deux présidents pour l’Égypte ? Un dénouement bien égyptien…
  5. Une conclusion ouverte…

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